mardi 8 octobre 2019

VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce



Extrait de "MORALE CHRÉTIENNE EN FORME DE MÉDITATIONS, ET VIE CHRÉTIENNE, Où l'on donne des Règles pour faire ses actions, remplir ses devoirs en Chrétien, et passer saintement les Dimanches et les Fêtes", Ed. 1811 :




VIE CHRÉTIENNE, Où l'on donne des règles pour faire en Chrétien toutes les actions de la vie, pour remplir dignement ses devoirs, soit généraux, soit particuliers.


TRAVAIL

Tous, sans exception, sont obligés de travailler, parce que tous sont enfants d'Adam. Le travail, qui aurait été pour lui une douce occupation avant sa désobéissance, est devenu pour lui, après sa prévarication, une partie de son châtiment. Le travail est différent par rapport aux conditions différentes ; mais qui ne travaille pas, selon son état, résiste à l'ordre de Dieu, ne fait pas la pénitence qui lui est imposée, sort de la voie du salut. Une vie molle et oisive est une vie de réprouvé. L'oisiveté est également dans les riches et dans les pauvres, un péché, et une source de péchés. De plus, l'indigence et les misères qui l'accompagnent, en sont les suites ordinaires.
Ne vous contentez pas de travailler, travaillez comme il faut. Ne travaillez pas comme des bêtes, sans réflexion ; comme les démons, en murmurant ; comme les Païens, par un motif d'avarice ou de vanité, pour fournir au jeu ou à la débauche. Travaillez en Chrétiens, pour obéir aux Commandements de Dieu, pour expier vos péchés, pour soulager vos besoins et ceux des autres, pour fuir l'oisiveté et gagner le Ciel.
Ne travaillez jamais à des choses défendues, ou dans des temps défendus ; n'entre prenez aucun travail dont vous ne soyez capable, ou qui soit dangereux pour votre salut : que votre travail soit modéré ; travaillez assez, et ne travaillez pas trop : qu'il soit assidu ; ne travaillez pas un jour ou une heure pour demeurer oisif le lendemain, ou l'heure suivante : qu'il soit exact ; faites bien tout ce que vous faites, comme sous les yeux de Dieu. Travaillez comme la sainte Vierge, comme saint Joseph, et tous les Saints, en union avec Jésus-Christ, qui a été dans les travaux depuis sa jeunesse.
Pendant le travail, ayez de bonnes pensées dans l'esprit, de bonnes paroles dans la bouche, la patience dans le cœur.

1. Écartez avec soin toutes les pensées d'injustice, d'envie, de vengeance, d'impureté, etc. Une pensée volontaire, toute seule, peut être un péché mortel ; et tous les péchés naissent des pensées mauvaises. Occupez-vous de pensées chrétiennes. Pensez au Ciel, qui est sur votre tête ; à l'enfer, qui est sous vos pieds ; à la mort, qui vous menace ; au Jugement, qui vous attend. Que la peine vous fasse souvenir de ce que le péché mérite. Que l'espérance du gain passager élève votre esprit aux récompenses éternelles. La matière de votre travail doit être pour vous un sujet de saintes pensées. Vous êtes auprès du feu, quel sera le feu de l'enfer ? Vous êtes dans une boutique, que gagnez-vous pour le Ciel ? Vous coupez des arbres, n'êtes-vous point un arbre stérile qui va être coupé ? Vous semez, que semez-vous dans votre cœur ? Vous moissonnez, que moissonnez-vous? Vous faites quelque autre ouvrage, ne négligez-vous point le grand ouvrage de votre salut ?

2. Gardez-vous en travaillant, comme partout ailleurs, de dire aucune mauvaise parole contraire à la piété, à la charité, à la pureté, etc. Ne chantez jamais des chansons profanes, et qui soient capables de réveiller les plus légères idées contraires à la pureté. Souvenez-vous que le poison des mauvais discours n'est pas moins mortel, parce qu'il est couvert et enveloppé ; que le crime n'est pas moins exécrable devant Dieu, parce que les hommes s'en font un jeu. Celui qui s'échappe à dire ou à chanter de mauvaises choses, est un meurtrier des âmes, l'organe de Satan , l'opprobre du Christianisme, et le persécuteur de J. C. Ne prenez point de part à de tels discours, empêchez-les par votre autorité, ou détournez-les par votre prudence, en changeant adroitement de discours. Faites du moins sentir par votre air et à vos manières l'horreur que vous en avez.
Édifiez-vous vous-même et les autres par de bons discours et de saints Cantiques.
Voyez l'article des Conversations.

3. L'impatience ne diminuerait pas vos peines, elle les augmenterait ; elle vous en ferait perdre le fruit devant Dieu, et vous exposerait à bien des péchés, murmures, malédictions, médisances, jugements, blasphèmes, etc.
La patience adoucit le mal, attire la bénédiction de Dieu, procure des biens infinis pour le temps et pour l'éternité. Pour vous exciter à la patience, pensez à l'ordre de Dieu : n'est-il pas juste de s'y soumettre ? À vos péchés : que méritent-ils ? Aux biens que la pénitence procure même pour cette vie : ils sont infinis. Aux maux que cause l'impatience : on ne peut les compter. À l'exemple de Jésus- Christ et des Saints : comment ont-ils soufferts ? À la couronne que Dieu vous prépare dans le Ciel : que ne vaut-elle pas ! Accompagnez ces réflexions de ferventes prières.
Après le travail, demandez pardon à Dieu des fautes que vous y aurez faites ; tâchez de les reconnaître et de les corriger. Remerciez-le des bénédictions qui l'ont suivi : priez-le qu'il vous fasse la grâce d'en user selon sa volonté.
Partagez avec les pauvres le fruit de vos travaux. Quand le succès ne vous semble rait pas heureux, il le sera toujours, si vous savez entrer dans les desseins de Dieu. Demandez la grâce de le faire.


Prière avant le travail :

C'est pour obéir à vos ordres, éviter l'oisiveté, expier mes fautes, et mériter vos récompenses, que j'entreprends ce travail, ô mon Dieu ! Je vous l'offre, je le consacre à votre gloire. Je renonce à tout motif d'avarice, d'ambition et d'amour-propre. Bénissez mon travail, Seigneur, sanctifiez-le. Que je ne m'appuie point sur mon industrie, mais uniquement sur votre secours. Que je pense moins à faire quelque gain pour la terre, qu'à gagner le Ciel. Je travaillerai en vain, si je ne travaille pas pour vous, ô mon Dieu ! si vous ne travaillez pas avec moi.


Courte prière avant le travail :

C'est pour vous, ô mon Dieu, c'est pour obéir à vos ordres, que j'ai commencé ce travail : que je le continue pour vous ; que la vanité et la cupidité n'y aient aucune part. Agréez, Seigneur, ma soumission et ma pénitence.
Je travaille pour vous, Seigneur, et sous vos yeux. Que je travaille d'une manière digne de vous. Que je travaille comme si je vous voyais des yeux de mon corps ; comme vos Saints ont travaillé.
Le travail que je fais n'est pas de mon goût ; mais vous m'y condamnez, Seigneur, je dois me soumettre. Je me sens fatigué, ô mon Dieu, soyez ma force, ne souffrez pas que je tombe dans l'impatience. Je ne réussis pas, vous le permettez, ô mon Dieu, j'adore vos ordres.
On loue ce que je fuis ; mais, mon Dieu, ne le blâmez-vous point ? Ne permettez pas que j'en perde le fruit par mon amour-propre. Je réussis assez selon le monde ; mais que me servirait de gagner le monde entier, si je viens à me perdre ? J'aime mon occupation, elle me fait plaisir ; que je ne l'aime que pour vous, ô mon Dieu, que je ne trouve mon plaisir qu'en vous.
Je cultive ce champ, cette vigne ; mon Dieu, que je travaille à cultiver mon âme, qui est votre vigne et votre champ. Que j'en arrache les ronces et les épines, que je la : prépare pour recevoir avec fruit votre divine semence.
Je travaille à remuer des pierres, du fer, du bois, de la terre. Que mon cœur soit au Ciel ; et ces travaux grossiers me rendront digne d'une gloire éternelle ! Attirez mon cœur à vous, ô mon Dieu ! qu'il ne cherche que vous.
Qu'en balayant cette chambre, en faisant ce lit, en préparant à manger, je me souvienne, ô mon Dieu, d'ôter les ordures de mon âme, de me procurer le repos éternel, de mériter cette nourriture qui ne périt point.
Qu'en puisant cette eau, en la faisant couler dans ce pré, dans ce jardin, je pense, hélas ! à la sécheresse, à l'aridité de mon âme. Daignez, Seigneur, me donner cette eau qui rejaillit à la vie éternelle, et répandre sur mon âme la céleste rosée de votre grâce.
Je travaille de ma profession dans une boutique à faire de la toile, des habits, etc. Ma première profession est d'être Chrétien : ai-je soin d'en remplir parfaitement les devoirs ?
Puis-je voir ce feu qui est dans ce foyer, dans ce four et ne craindre pas le feu de l'enfer ! Que cette crainte, ô mon Dieu ! ne soit pas stérile. Que je travaille à éteindre les feux éternels par l'eau de mes larmes et de mes sueurs.

On peut ainsi former différentes prières, qui aient rapport aux différentes occupations.


Prière après le Travail :

Je vous remercie, mon Dieu, des bénédictions que vous avez répandues sur mon travail. Je vous demande pardon des péchés que j'ai commis en travaillant. Que j'use également bien et du gain et de la perte. Je reçois l'un et l'autre de votre main paternelle. Qu'en finissant ce travail, ô mon Dieu ! je ne cesse point de travailler pour l'éternité.


NÉGOCE

Le Négoce est une espèce de travail, puisque c'est une occupation sérieuse, et même pénible. On doit observer à peu près par rapport au négoce, ce que nous avons dit du travail.
Un Chrétien doit négocier en chrétien, ne pas se contenter d'éviter certains défauts grossiers, indignes d'honnêtes Négociants ; mais, éviter tous ceux qui ne s'accordent pas avec la sainteté du Christianisme ; tels seraient de négocier par ambition ou par avarice, précisément pour amasser du bien sur la terre ; telles seraient mille manières de gagner, que les hommes condamnent peu, mais que Dieu déteste comme de vaines injustices, etc.
Négociez pour obéir à l'ordre de Dieu, pour servir aux desseins de sa Providence, et sous ses yeux. N'usez jamais de mauvaise foi, quand même on en userait en vers vous. Ne trompez point, lors même que vous avez été trompé. Ne mentez jamais, lors même que votre mensonge ne causerait du préjudice à personne. Ne jurez point ; car jurer sans raison, même pour la vérité, est toujours un péché : et jurer à faux est toujours un crime. Ne donnez point une marchandise pour une autre, fût-elle aussi bonne. N'en cachez point les défauts, dussiez-vous y perdre. N'excédez point le juste prix, il a ses bornes ; ne l'excédez jamais, pas même en la vendant à crédit. Ne vous prévalez point de l'ignorance ou de la nécessité des autres, ni de la trop grande envie qu'ils ont d'acheter ou de vendre. Craignez toutes sortes d'usures : la coutume ne saurait prévaloir contre la loi de Dieu.
Comptez moins sur votre industrie, votre crédit ou vos amis, que sur la bénédiction de Dieu. Attirez-la par vos prières et par vos aumônes. Évitez la sollicitude et le trop d'empressement. N'employez pas au négoce le temps spécialement consacré au Seigneur. Souvenez-vous qu'offenser Dieu dans le négoce pour gagner, c'est s'adresser au démon pour avoir des richesses. Si vous négociez selon Dieu, vous gagnerez toujours ; quand vous gagnerez moins pour la terre, vous vous enrichirez pour le Ciel. (Voyez les avis aux Marchands ci-après)


Prière :


Mon Dieu, je vous offre mon négoce. Que je négocie sous vos yeux, et jusqu'à ce que vous veniez, selon votre divine parole. Que je pense moins à m'enrichir pour le monde, qu'à amasser des trésors pour le Ciel. Bénissez mon négoce, ô mon Dieu ! Préservez-moi de toute attache, de toute injustice. Que me servirait-il de gagner tout le monde, si je perdais mon âme !



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