mercredi 22 janvier 2020

De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME II, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :




De la présence de Dieu



Qu'entendez-vous par la présence de Dieu ?

Un exercice intérieur par lequel l'homme rend Dieu présent à sort esprit, afin de tirer de cette pensée la force dont il a besoin pour se conduire saintement dans les différentes occasions qui se présentent.


En quoi consiste cet exercice ?

Il renferme comme trois degrés de perfection, qui répondent aux progrès plus ou moins grands des personnes qui s'y appliquent. Le premier est de se souvenir de Dieu par le moyen, de la foi, qui nous apprend qu'il est partout, qu'il nous voit, et qu'il considère toutes nos actions dont il doit être le Juge. Un homme convaincu de cette vérité, tâche de ne point perdre la vue de Dieu, et de se comporter comme l'ayant pour témoin de sa conduite. C'est ce que le Seigneur lui-même enseigne à son serviteur Abraham : Marchez devant moi et soyez parfait. C'est ce que pratiquait le Prophète David : J'ai toujours eu le Seigneur devant les yeux, persuadé qu'il était sans cesse à ma droite pour me soutenir. Cette vue porte à fuir toute sorte de mal, et à pratiquer toute sorte de bien. C'est pour cela que le premier avis qu'on donne à ceux qui commencent à pratiquer la vertu, est de se rendre la pensée de Dieu familière ; cet exercice étant en effet la clef de tous les autres, et le moyen le plus efficace pour faire bientôt de grands progrès.


Quel est le second degré qu'on distingue dans l'exercice de la présence de Dieu ?

C'est non seulement de nous souvenir de Dieu, mais encore de penser qu'il est en nous, et qu'il fait sa demeure dans notre intérieur. Car si la Foi nous apprend qu'il est dans tous ses ouvrages, auxquels il se communique à proportion de leur capacité et de leur noblesse ; il n'est pas difficile de comprendre que l'homme étant une créature très-parfaite, Dieu se plait à habiter en lui d'une manière particulière et comme dans son Temple, suivant ce que dit saint Paul : vous êtes Le Temple du Dieu vivant. Conformément à ces principes, les hommes spirituels s'accoutument à se représenter Dieu en eux-mêmes, et à conserver non seulement l'idée, mais encore le sentiment de sa présence.
Nous avons dit au Chapitre précédent que notre âme est comme une maison où il y a diverses demeures. C'est dans ces demeures que Dieu se fait sentir, mais surtout dans la dernière et la plus profonde. De là il arrive assez souvent que la partie sensible et inférieure de l'âme est agitée par la tentation, tandis que la partie supérieure et raisonnable possède Dieu et le goûte. Quelquefois aussi le trouble passe jusqu'à la demeure supérieure, qui est la partie raisonnable ; et alors Dieu se retire et se retranche, pour ainsi dire, dans lieu le plus intime et le plus profond de l'âme, où il fait sentir à l'homme les effets de sa présence, de sa protection, et même de sa tendresse.
C'est de là que quelques Mystiques ont pris occasion de donner le nom de donjon à cette partie de l'âme qui demeure tranquille, et qui ne perd point le goût de Dieu, tandis que le trouble et la tentation occupent les autres parties. Cette expression figurée a déplu à ces Docteurs délicats et peu intérieurs, dont nous avons parlé au chapitre précédent ; ils se sont récriés comme si on avait prétendu introduire dans l'âme quelque chose de matériel ; il n'y a pourtant rien ici que de fort spirituel. Sans mettre aucune séparation réelle entre les parties, ou les différentes demeures qu'on distingue dans l'âme, il est aisé de comprendre comment Dieu se plaît à se communiquer à elle dans une de ces parties, tandis qu'il permet qu'en quelques autres elle soit agitée par la tentation.
On entre aisément dans le sens de ces expressions, quand on fait réflexion que S. Paul distingue le vieil homme du nouveau, l'homme extérieur de l'homme intérieur. Et quoiqu'en cette matière il n'y ait aucune comparaison à faire des hommes ordinaires avec J. C. qui ne pouvait ressentir aucun trouble involontaire ; ce que nous disons ici s'explique par ce que les Évangélistes rapportent de notre Sauveur, qui aux approches de sa mort, était tout à la fois et révolté contre le supplice selon la partie inférieure de son âme, et parfaitement soumis à la volonté de son Père selon la partie supérieure.
Les personnes accoutumées à la présence de Dieu, sentent bien cette différence. Leur pratique ordinaire est de se retirer dans le fond de leur âme pour y chercher Dieu et y jouir du goût de sa présence. C'est à quoi S. Augustin nous invite lorsqu'il dit que Dieu crie après nous afin que nous rentrions dans notre cœur pour l'y trouver, Clamat ad nos ut redeamus ad cor. C'est pour cela que l'Écriture nous avertit que Dieu n'est pas loin de nous, et qu'il en est même fort près. C'est par une grâce spéciale qu'on acquiert cette facilité à trouver Dieu au-dedans de soi-même, quoique les soins de l'homme y contribuent aussi beaucoup, comme l'enseigne Blosius dans les premiers chapitres de son Institution, et comme nous l'avons montré au premier chapitre de cette partie.
Ce qu'il faut encore remarquer, c'est qu'on peut avoir le sentiment de la présence de Dieu en trois manières ; dans la première on goûte Dieu en général ; Sans aucune connaissance distincte ; dans la seconde, l'âme sent en soi J. C. qui lui est uni par sa grâce, et en particulier par la réception de la sainte Eucharistie ; elle le sent qui réside et qui opère en elle de la même manière que l'on sent près de soi une personne qui nous tient compagnie, avec cette différence, que cette personne est au dehors et que J. C. est au dedans. La troisième manière est plus relevée et moins ordinaire que les deux autres ; elle consiste à sentir les trois Personnes divines qui résident dans l'âme, et qui conversent avec elle. Il faut lire là dessus les Auteurs Mystiques, et en particulier sainte Thérèse dans la septième demeure du Château de l'âme.


Quel est le troisième degré où l'on peut monter par l'exercice de la présence de Dieu ?

C'est lorsque non seulement on se représente Dieu par la foi, et on le sent en soi-même, mais qu'on le voit et qu'on le sent en toutes les créatures à mesure qu'elles se présentent. C'est ici un état très-parfait ; l'homme peut bien s'y disposer par ses soins ; mais on n'y parvient que par une grâce spéciale, dont Dieu favorise les âmes qui se sont longtemps exercées à l aimer. C'est comme un instinct secret qu'il leur communique, à la faveur duquel elles le trouvent partout, et goûtent en toutes choses sa douceur divine; de sorte que tout leur est occasion de s'enflammer de plus en plus en son amour.
Il n'est pas besoin de lumière surnaturelle pour connaître Dieu opérant dans toutes les créatures. Le Maître de la nature (disait Trismégiste) s'est dépeint lui-même dans ses Ouvrages; son pouvoir éclate en tout et partout. Ubique et in omnibus splendet. Non seulement on le connaît par les choses spirituelles, qui prouvent par elles-mêmes qu'elles ont un Dieu pour principe ; il se manifeste encore par les créatures les plus matérielles; (et, comme dit le même Auteur) il se transforme, pour ainsi dire, en toutes sortes de corps : in omnibus ut ita dicam, multi corporeus ; puisqu'après les avoir formés il les pénètre, il les soutient, il les conserve, il les conduit, il les anime par sa bonté et par sa puissance.
Mais outre cette connaissance qui ne passe pas les forces de la nature, les âmes parvenues au degré de perfection dont nous parlons, trouvent Dieu en tout, jusqu'à sentir sa présence dans les créatures les plus insensibles ; jusqu'à coûter la douceur de Dieu dans les mets dont elles usent ; jusqu'à reconnaître sa vertu divine dans le feu qui les échauffe ; jusqu'à être touchée de la beauté de Dieu même dans les fleurs et dans la lumière qui les récréent ; jusqu'à trouver partout de nouveaux sujets de l'aimer, de l'admirer et de le goûter ; c'est-à-dire, que ces personnes sont environnées de Dieu, comme d'une mer immense d'amour et de bonté, et qu'il n'y a pour elles rien de grossier et de matériel; parce qu'en tout ce qui se présente, elles ne voient et ne sentent que les effets et les marques de la bonté et de la puissance de Dieu. Elles le trouvent partout, parce qu'elles ne veulent et qu'elles ne cherchent que lui ; si bien que tout leur est occasion de s'élever à Dieu, et de croître continuellement en grâce et en amour.



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