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vendredi 16 novembre 2018

Méditation sur les défauts qui rendent infructueuse notre piété envers les morts






Méditation pour le 16 novembre


Défauts qui rendent infructueuse notre piété envers les morts



Notre charité doit être sans doute maintenant instruite et éclairée par les méditations faites jusqu'à ce jour, sur la nécessité de soulager les membres de l'Église souffrante, et nous sommes déterminés à remplir ce devoir que nous n'avons peut-être que trop négligé : occupons-nous donc aujourd'hui des moyens convenables et efficaces de le remplir : car l'on peut avancer avec un grand évêque, qui fut autrefois une des lumières de l'Église de France, saint Sidoine Apollinaire, que dans le monde même chrétien, il y a peu de personnes qui, selon les principes et les règles de la religion, aient pour les morts une solide et vraie charité. Et, en effet, on en voit peu qui contribuent réellement à soulager leurs peines ; peu qui se servant des moyens que nous fournit le christianisme, leur procurent les secours dont ils ont besoin et dont ils pourraient profiter. On ne laisse pas cependant, à en juger par les apparences, d'avoir pour les morts de la piété ; mais il arrive que ce qu'on appelle piété pour les morts, est une piété stérile et infructueuse ; ou une piété d'ostentation ; ou une piété mondaine et païenne, qui n'agit point par les vues de la foi ; ou, enfin, une piété qui, toute chrétienne qu'elle est, ne produit que des œuvres mortes, c'est-à-dire des œuvres sans mérite, parce qu'elles ne sont pas faites en état de grâce.
L'on peut appeler piété stérile et infructueuse pour les morts, celle qui ne consiste qu'en de vains regrets, qu'en d'inutiles lamentations, qu'en des cris lugubres. « Nous voyons, dit saint Bernard, des morts pleurer d'autres morts ; nous voyons des hommes vivants, mais tout mondains et par là morts devant Dieu, pleurer sincèrement et amèrement la mort de ceux qui leur ont été chers pendant la vie : mais que nous paraît-il de tout cela ? beaucoup de pleurs et peu de prières, peu de charité, peu de bonnes œuvres ; des gémissements, mais de nul effet ; des excès de désolation sans aucun fruit. Ceux qui pleurent de la sorte, méritent bien eux-mêmes d'être pleures : verè plorandi qui ità plorant. »
Et, en effet, de quel secours peut être à une âme l'excès de votre douleur ? Tous ces témoignages d'une affection outrée et sans mesure seront-ils capables d'adoucir sa peine ; et pensez-vous que ce feu purifiant, dont elle ressent les vives atteintes, puisse s'éteindre par les larmes qui coulent de vos yeux ? « Ah ! mon frère, écrivait saint Ambroise à un seigneur distingué, pour le consoler sur la perte qu'il avait faite d'une sœur qu'il aimait uniquement, réglez-vous jusque dans votre douleur. Toute violente qu'elle est, soyez équitable et chrétien. Dieu vous a ôté une sœur, qui vous était plus chère que vous-même : priez pour elle et pleurez sur vous. Pleurez sur vous, parce que vous êtes un pécheur encore exposé aux tentations et aux dangers de cette vie ; et priez pour elle afin de la délivrer des souffrances de l'autre. Voilà le zèle que vous devez avoir : car voilà ce qui peut lui servir, et de quoi elle vous sera éternellement redevable. » Appliquons-nous à nous-mêmes ces paroles de saint Ambroise : nous éviterons par là le danger de n'avoir pour les morts qu'une piété stérile et infructueuse.
Rien de plus commun aussi qu'une piété d'ostentation pour les morts, c'est-à-dire une piété qui se borne à l'extérieur des devoirs funèbres, aux cérémonies d'un deuil, à l'appareil d'un convoi, à tout ce qui peut briller aux yeux des hommes ; aimant ce faux éclat jusque dans les choses les plus saintes, tels que sont les services de l'Église, où souvent il y a plus de pompe que de religion. Non pas toutefois qu'on veuille condamner tout ce qui se pratique extérieurement dans les funérailles, car l'abus qu'on en fait n'empêche pas que ce ne soient de saints devoirs dans leur origine et dans l'intention de l'Église, qui les a institués ; mais l'on veut seulement dire que ce n'est pas à cela que doit se borner toute notre piété en vers les morts ; que, si nous en demeurons là, nous ne faisons rien pour eux ; que, comme l'a très-bien remarqué saint Augustin, tout ce soin d'une honorable sépulture est plutôt une consolation pour les vivants qu'un soulagement pour les morts ; solatia vivorum , non subsidia mortuorum ; qu'une âme dans le purgatoire nous est incomparablement plus obligée des bonnes œuvres et des aumônes, dont nous lui appliquons le fruit, que de toute la dépense et de toute la magnificence de ses obsèques ; qu'une communion faite pour elle lui marque bien mieux notre reconnaissance, que les plus riches et les plus superbes monuments ; et qu'il y a, au reste, une espèce d'iniquité, ou même d'infidélité, à n'épargner rien quand il s'agit de l'inhumation d'un corps, qui n'est dans le tombeau que pourriture, tandis qu'on néglige de se courir une âme qui est l'épouse de Jésus-Christ et l'héritière du ciel.
Parlerons-nous encore d'une autre espèce de piété pour les morts, de cette piété toute mondaine et toute païenne, qui, n'ayant pour objet que la chair et le sang, n'agit pas dans les vues de la foi ? Elle n'inspire pour les morts que des sentiments naturels, que des sentiments peu soumis à Dieu, que des sentiments qui montrent bien qu'au lieu d'aimer la créature pour Dieu, l'on n'aime Dieu, ou plutôt l'on n'a recours à Dieu que pour la créature. Ah ! mes frères, disait saint Paul aux Thessaloniciens, à Dieu ne plaise que je vous laisse ignorer ce qui concerne les morts, et la conduite que vous devez tenir à leur égard. Je veux que vous le sachiez, afin que vous ne vous attristiez pas, comme les nations infidèles, qui n'ont nulle espérance dans l'avenir. Prenez garde, dit saint Jean-Chrisostôme en expliquant ce passage : il ne leur défendait pas de pleurer la mort de ceux qu'ils avaient aimés et dû aimer pendant la vie ; mais il leur défendait de pleurer comme les païens qui, n'étant pas éclairés des lumières de la vraie religion, confondent là-dessus la piété avec la sensibilité, le devoir avec la tendresse, ce qui doit être de Dieu avec ce qui est purement de l'homme.
La foi seule nous apprend à en faire le discernement ; et réglant en nous l'un par l'autre, elle nous fait concevoir pour les morts des sentiments chrétiens et raisonnables. Ce sera aussi la foi qui, les jours suivants, nous apprendra quels sont les seuls moyens convenables et efficaces, propres à apporter du soulagement aux âmes du purgatoire ; la prière, le saint sacrifice, les bonnes œuvres : en un mot, tout ce que la vraie piété pratique pour plaire à Dieu, et obtenir ses faveurs pour les vivants et pour les morts.


RÉSOLUTION


Retranchons de notre piété pour les morts tout ce qu'il y a d'humain, tout ce qui peut la rendre infructueuse : que la foi seule nous anime et soit le mobile de tout ce que nous faisons pour leur soulagement. Quel désagrément, et pour nous et pour les morts auxquels nous nous intéressons, si des sentiments peu chrétiens nous faisaient perdre le fruit des soins que nous nous donnons pour marquer notre amour envers ceux que nous avons chéris sur la terre !


PRIÈRE


Seigneur, mon Dieu ! je vous demande instamment la grâce d'être guidé par une foi vive dans tout ce que je ferai pour le soulagement des âmes du purgatoire : ne permettez pas que des motifs indignes d'un chrétien fassent de ces œuvres des œuvres mortes, sans mérite pour moi et sans aucun effet pour mes frères souffrants. Par les mérites de N.-S. J.-C. Ainsi soit-il.


Indulgence applicable aux morts
. — Indulgences accordées à perpétuité à tous les Fidèles qui réciteront avec dévotion et un cœur contrit, la prière suivante en l'honneur de l'Ange gardien :
1° Indulgence de cent jours pour chaque fois.
2° Indulgence plénière une fois par mois pour tous ceux qui l'auront récitée chaque jour : il faut, le jour choisi, se confesser, communier et prier selon les intentions de l'Église, dans une église publique.
3° Indulgence plénière le 2 octobre, fête des saints Anges gardiens, pour ceux qui l'auront récitée toute l'année, matin et soir, sous les mêmes conditions que la précédente.
4° Indulgence plénière à l'article de la mort, pour ceux qui l'auront récitée fréquemment.
Prière. — Ange de Dieu, qui êtes mon gardien, et aux soins duquel j'ai été confié par la bonté suprême, daignez m' éclairer, me garder, me conduire et me gouverner. Ainsi soit-il.
(Brefs du 2 octobre 1795 et du 20 septembre 1786. — Décret du 13 mai 1821)




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mercredi 29 mars 2017

Méditation pour le Mercredi de la quatrième semaine de Carême : Jour de lumière








LE MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME

Jour de lumière


PRATIQUE

Invoquez à votre réveil les trois personnes de l'auguste Trinité, et demandez-leur qu'elles éclairent votre âme et qu'elles vous pardonnent vos ignorances. Ne faites rien dans la journée et dans toute votre vie que vous n'ayez demandé des lumières à Dieu ; vous avez besoin qu'il vous éclaire, parce que vous-même vous n'êtes que ténèbres, qu'ignorance et qu'aveuglement. Avouez-le, sentez-le, et demandez humblement d'en être délivré.


MÉDITATION

Jésus, en passant, rencontra un aveugle-né. (Joan, 9)


1er point. Heureuse rencontre pour le pauvre affligé qui n'avait jamais vu le jour de se trouver sur le passage d'un Dieu sauveur, auteur de la nature et de la grâce, et qui pouvait par conséquent éclairer son corps et son âme ! Admirons avec un profond respect ce grand miracle ; mais passons ici du corps à l'âme, et cherchons auprès de Jésus-Christ la guérison de notre aveuglement spirituel. Il y a un aveuglement grossier pour les grands pécheurs, dont l'écriture nous fournit de tristes exemples dans Pharaon, Antiochus, et dans beau coup d'autres, qui se sont aveuglés eux-mêmes par une infinité de crimes et de révoltes, et que Dieu a confirmés dans l'aveuglement par un secret redoutable de sa justice, pour les punir de leurs désordres. Il y a un autre aveuglement moins grossier, où les âmes lâches se précipitent, aveuglement dont les suites sont très dangereuses, quand on néglige de chercher la lumière dans la divine parole, dans l'oraison et dans les avis des personnes sages ; et cet aveuglement est d'autant plus dangereux, qu'il est plus délicat et moins sensible, et qu'on y demeure malgré la fréquentation des sacrements. Examinons en quoi il consiste. L'un se dispense par délicatesse de certaines pratiques, qu'il ne croit pas essentielles ; l'autre nourrit dans son cœur une antipathie secrète contre son prochain ; celui-ci, une attache trop sensible et trop forte ; un autre se permet une infinité de choses qui flattent sa passion dominante et qui portent nécessairement au péché et au relâchement : voilà son aveuglement. N'est-ce point le vôtre ?


Jésus cracha à terre ; il fit de la boue avec sa salive, il en oignit les yeux de l'aveugle, et lui dit : Allez vous laver dans la piscine de Silôe, qui signifie Envoyé. II y alla, s'y lava, et revint voyant clair.


2e point. L'aveugle de notre évangile reçoit les yeux corporels, et son âme est aussitôt éclairée des lumières de la grâce, et il soutient la foi de Jésus-Christ au milieu de plus ses cruels ennemis. Ce sauveur prend soin de l'instruire lui-même de sa filiation divine ; et cet aveugle fait dans le moment les deux actes les plus sublimes de foi et d'adoration.
Mettez-vous à la place de cet aveugle éclairé : peut-être avez-vous quelque aveuglement secret auquel vous ne faites pas assez d'attention. Allez à Jésus-Christ, qui est la lumière du monde, et entrez dans des dispositions d'humilité, de foi et d'obéissance. Purifiez-vous dans la piscine de la pénitence. Sans la pureté de cœur, vous ne vous connaîtrez jamais vous-même. C'est la foi soutenue de la docilité et d'une prompte obéissance qui nous éclaire des lumières divines. Croyez que Jésus-Christ peut vous éclairer, et lavez soigneusement toutes les souillures de votre âme, c'est le moyen d'être bientôt guéri de votre aveuglement.


SENTIMENTS

Je l'avoue, ô mon Dieu, je ne suis que ténèbres, et je puis dire avec le prophète : La lumière de mes yeux n'est plus arec moi. Éclairez mon aveuglement, ô mon Sauveur ! Ô lumière toute-puissante, lumière suprême et céleste, source et principe de toutes les autres lumières, et qui ne pouvez être obscurcie par les ténèbres, par l'aveuglement ! absorbez-moi dans l'abîme de vos clartés, afin que je vous voie en moi, et que je me voie en vous (Soliloq. c. 13). Lumière céleste et divine, éclairez-moi, purifiez-moi, pour me rendre plus digne de vos célestes lumières.


SENTENCES

Éclairez, Seigneur, les yeux de mon âme, afin que je ne m'endorme jamais au temps de la mort, et que mon ennemi ne puisse dire : J'ai prévalu contre lui (psaum. 12).

On perd peu à peu les yeux de l'âme, à mesure qu'on perd la délicatesse de la conscience et la crainte chaste de déplaire à Dieu (Div. chr. serm. 13. sup. Ezva.).


RÉFLEXIONS

Jésus montré au peuple


C'est ici un flux et reflux perpétuel de douleurs et d'humiliations, de supplices et d'ignominies les plus honteuses ; elles se succèdent les unes aux autres sans intervalle, et se réunissent dans le cœur de Jésus comme dans leur centre. Après la cruelle flagellation, suit immédiatement sa honteuse exposition aux yeux d'an peuple insolent, et on ne pouvait imaginer rien de plus humiliant.
Paraissez, ô mon Jésus ! paraissez à nos yeux ; montrez-vous à nos âmes ; faites-vous sentir à nos cœurs, et brisez-les de douleur et de compassion. Que vos meurtrissures, que vos plaies, que votre sang, amollissent nos cœurs ; imprimez chez nous, en caractères ineffaçables, les sentiments que vous endurez pour notre amour. Vivez, vivez en nous ; nous voulons vivre, souffrir et mourir pour vous, et répandre tout notre sang pour épargner la moindre de vos douleurs.
Voilà l'homme ! dit Pilate. Ah ! il fallait dire que c'était un homme ; car, sans cela, on ne pourrait pas le reconnaître, puisqu'il en a perdu la figure. Les outrages de la flagellation le sang qui coule de sa tête depuis son couronnement d'épines, le rendent méconnaissable. Fureur des hommes que vous êtes implacable ! patience de mon Jésus que vous êtes incompréhensible ! Oui, Seigneur, votre bonté et votre patience vont encore plus loin que l'envie et la fureur de vos ennemis, puisque vous allez en souffrir encore davantage pour notre amour.


PRIÈRE

Seigneur, dont la bonté est infinie, prosternés aux pieds de votre adorable majesté, nous nous avouons coupables, et nous confessons nos péchés avec un cœur contrit et humilié ; ayez égard à la douleur dont nous sommes pénétrés, et accordez-nous votre grâce et votre miséricorde dans cette vie, et la gloire dans l'autre. Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ, votre fils et notre seigneur.



On rappela alors l'ancien aveugle : « Rends gloire à Dieu, lui dirent-ils. Nous avons découvert que cet individu est un pêcheur. » — « Si c'est un pêcheur, je n'en sais rien. Mais je sais bien une chose : j'étais aveugle, et à présent je vois ! » Ils insistent : « Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? » — « Mais je vous l'ai déjà dit et vous ne m'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l'entendre encore une fois ? Auriez-vous envie, par hasard, de devenir ses disciples vous aussi ? » Ils l'accablèrent d'injure : « Sois son disciple si tu veux. Nous, nous sommes les disciples de Moïse. Nous sommes sûrs que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons pas d'où il vient. » L'homme osa répondre : « C'est cela qui est étonnant : vous ne savez pas d'où il est, et il m'a ouvert les yeux ! On sait pourtant bien que Dieu n'écoute pas les pêcheurs ; mais il exauce celui qui l'aime et qui fait sa volonté. Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable ! » Ils lui coupèrent la parole : « Tu as le péché dans le sang, et tu nous fais la leçon ! » Et on le jeta à la porte...
Jésus apprit qu'on l'avait expulsé de la synagogue. L'ayant rencontré, il lui demanda : « Toi, est-ce que tu crois au Fils de Dieu ? » L'homme répondit : « Mais qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Et Jésus lui dit : « Tu le vois, celui qui te parle, c'est lui ! » — « Je crois, Seigneur ! »

(On se met à genoux)
Et il se prosterna à ses pieds pour l'adorer.






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