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jeudi 5 août 2021

Combien de Modestie est nécessaire pour l'édification du Prochain, et utile à notre avancement particulier



La Modestie, dont nous nous proposons maintenant de parler, consiste à composer notre extérieur de manière que tous nos sens soient recueillis : que nos gestes, que nos entretiens, que notre démarche, enfin que tous nos mouvements soient réglés de telle sorte qu'ils puissent édifier tous ceux qui nous aperçoivent, et avec qui nous sommes obligés de vivre.
Et d'abord, comme il est constant que les hommes ne peuvent voir que l'extérieur des objets, rien ne les édifie, et ne les gagne davantage qu'un maintient sage et modeste : et cet extérieur les touche, et les instruit mieux que le vain bruit de l'éloquence.
Quant à nous, C'est le sentiment commun de tous les Saints, que la modestie et le recueillement des sens est un des principaux moyens que nous ayons à notre disposition pour notre avancement spirituel, d'autant que cela contribue beaucoup au recueillement intérieur ; et que comme nos sens sont autant de portes par où le mal peut entrer dans notre cœur, il est nécessaire que ces portes soient exactement gardées, afin que notre cœur puisse être dans une entière sûreté. Saint Jérôme écrivant sur ces paroles de Job : « Les portes de la mort ne vous ont-elles point été ouvertes, et n'avez-vous point vu les portes des ténèbres ? » dit que nos sens sont les portes de la mort, d'autant que c'est par ces organes que la mort du péché entre dans notre âme, suivant ces paroles de Jérémie : La mort est montée par nos fenêtres. Il ajoute que nos sens sont appelés les portes des ténèbres, parce qu'ils donnent entrée aux ténèbres du péché. Saint Grégoire dit la même chose presque dans les mêmes termes, et c'est une façon de parler ordinaire aux Saints, tirée des expressions des Philosophes, qui soutiennent qu'il n'y a rien dans l'entendement, qui n'ait auparavant passé par les sens. Quand les portes d'une maison sont exactement fermées et soigneusement gardées, tout y est en sûreté : mais si on les laisse ouvertes, si personne n'est chargé de veiller à leur garde, et si tout le monde peut y entrer et sortir à toute heure, rien ne sera en assurance dans cette maison, ou du moins on n'y sera ni en sûreté ni en repos. Il en est de même de notre âme : ceux qui auront soin de bien garder les portes de leurs sens , vivront dans la piété et dans la douceur de la paix intérieure ; mais ceux qui négligent d'en garder les avenues, n'auront ni paix, ni repos dans leur cœur. C'est pour cela que le Sage nous avertit de garder notre cœur avec toute sorte de soin, parce que c'est la source de la vie. Or, le cœur se garantit en gardant avec soin les portes des sens, suivant le sentiment de Saint Grégoire, qui dit, que pour conserver la pureté de notre cœur, il faut prendre garde à ne point laisser échapper nos sens au dehors. « Accoutumez vos yeux, dit Saint Dorothée, à ne se point tourner de côté et d'autre sur des choses vaines, et où vous n'avez nul intérêt ; cela ne sert qu'à vous détourner de vos plus saintes occupations, à les rendre infructueuses. Si vous n'avez soin que les portes de vos sens soient bien gardées, tout ce que vous avez amassé en beaucoup de temps et avec beaucoup de peine, s'échappera aisément par-là, et vous vous trouverez les mains vides. On perd bientôt par la négligence, ce que l'une a acquis par la grâce, avec beaucoup de difficulté et de travail. Évitez de trop parler, ajoute encore Saint Dorothée , parce que cela vous détourne des saintes pensées qui pourraient vous venir à l'esprit, et peut étouffer entièrement en vous toute les inspirations du Ciel. »
Les anciens Pères du Désert, au rapport de Cassien, disaient que celui qui voulait acquérir la perfection, conserver la pureté de cœur, et demeurer dans le recueillement d'esprit, devait
être aveugle, sourd et muet. Mais comment pourrons-nous, me dira-t-on, être sourds, muets et aveugles, nous qui avons tant de commerce avec le prochain, et qui sommes par conséquent obligés de voir et d'entendre beaucoup de choses que nous ne voudrions pas ? Le remède à ce mal est de voir ce qui est hors de nous comme si on ne le voyait pas, et d'entendre les choses du monde comme si on ne les entendait point ; de n'y pas laisser attacher notre cœur ; d'en bannir sans différer toutes ces choses-là, sans souffrir qu’elles s'arrêtent un seul moment dans notre mémoire.
On rapporte de Saint Bernard, qu'il avait le cœur tellement attaché à Dieu, qu'il voyait sans voir, et entendait sans entendre : il semblait qu'il eût perdu l'usage des sens. Au bout d'une année de noviciat, il ne put dire si le Plancher de sa cellule était de bois ou de plâtre : il y avait trois croisées vitrées dans l'Église, il ne s'aperçut jamais qu'il y en eût plus d'une.
Il est aisé de conclure de ce que nous venons de dire, combien se trompent ceux qui font peu de cas de ces sortes de choses extérieures, et qui pensent que la perfection ne consiste pas à être modeste dans ses actions et retenu dans ses paroles, mais qu'elle doit consister dans l'intérieur du cœur, et dans la pratique des solides et véritables vertus.
Saint Bonaventure dit à ce sujet que le recueillement intérieur s'acquiert et se conserve par le recueillement extérieur. C'est la garde et la défense du cœur au-dehors ; car, comme la nature ne produit point d'arbres sans feuilles et sans écorce, ni de fruit sans peau, et qu'elle n'a rien formé qu'elle ne l'ait accompagné en même temps de parties qui sont destinées à son ornement et à sa conservation : de même la grâce qui agit conformément à la nature, mais beaucoup plus parfaitement, qu'elle, ne forme point la vertu intérieure dans un cœur, sans y joindre les ornements ou les défenses extérieures ; c'est l'écorce, c'est la peau sous laquelle se conserve la piété, le recueillement intérieur et la pureté du cœur : si l'on ôte ces parties si essentielles, tout le reste ne tardera pas à se corrompre.
Il faut remarquer encore ici une chose bien essentielle ; c'est que comme le recueillement extérieur sert à produire et à conserver en nous le recueillement intérieur, aussi le recueillement intérieur produit infailliblement le recueillement extérieur. Où est Jésus-Christ, dit Saint Grégoire de Nazianze, la modestie y est aussi. Lorsqu'il y a une solide vertu au-dedans de nous, il y a aussi de la gravité, de la modestie et de la retenue dans tous nos mouvements extérieurs.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Du Recueillement.













samedi 10 juillet 2021

L'humilité empêche que Dieu ne nous humilie et ne nous châtie


L'humilité a cela de propre, qu'elle supplée à ce qui nous manque d'ailleurs, et qu'elle empêche que Dieu ne nous humilie et ne nous châtie

C'est une grande folie, dit Saint Bernard, que de se confier en quelque autre chose que dans la seule humilité. « Car, mes frères, ajoute-t-il, comme nous avons tous offensé Dieu en beaucoup de choses, il est impossible que nous n'ayions toujours tort devant lui : Si quelqu'un veut entrer en jugement avec Dieu, dit Job, il ne pourra pas répondre un seul mot à sa décharge, contre mille accusations que Dieu lui fera. Que reste-t-il donc à faire, si non d'avoir recours de tout son cœur aux remèdes de l'humilité, et de suppléer par-là à tout ce qui nous manque d'ailleurs ? »
Comme cette pratique est d'une très-grande importance, le même saint Docteur nous la répète en plusieurs autres endroits. « Si vous ne vous sentez pas la conscience assez pure, suppléez, dit-il, à ce défaut, par une sainte confusion ; et ce qui vous manque du côté de la ferveur, tâchez de le réparer par un humble et sincère aveu de votre infirmité. » Saint Dorothée rapporte que l'abbé Jean recommandait très-souvent la même pratique à ses disciples : « Humilions-nous, disait-il, pour assurer notre salut ; et si notre faiblesse nous empêche de vaquer au travail, vaquons du moins à la pratique de l'humilité : dans cette disposition, nous serons aussi avancés que ceux qui auront beaucoup travaillé. Si après avoir couru longtemps dans les voies de l'iniquité, vous avez une santé trop faible pour marcher dans les sentiers étroits de la pénitence, des austérités et des souffrances, prenez le chemin de l'humilité ; vous n'en sauriez trouver un qui vous conduise plus sûrement au terme où vous vous proposez d'arriver. Si vous ne pouvez vous appliquer à la prière, appliquez-vous à exciter en vous le sentiment de confusion de ce que vous ne pouvez pas y parvenir ; et si vous n'avez pas de talent pour exécuter de grandes choses, ayez au moins de l'humilité ; par ce moyen vous suppléerez à tout ce qui vous manque. »
Il faut avouer ici que Dieu nous traite avec beaucoup de ménagement, et qu'il se contente de bien peu. Il demande seulement que nous nous reconnaissions pour ce que nous sommes, et que nous concevions de nous des sentiments proportionnés à notre faiblesse. S‘il nous demandait d'exercer de grandes austérités sur nous, et de nous élever à des contemplations bien sublimes, les uns pourraient s'excuser sur la faiblesse de leur complexion, et les autres sur leur incapacité ; mais y a-t-il rien qui puisse nous empêcher de nous humilier? Il n'est besoin pour cela, ni d'une santé robuste, ni d'un esprit pénétrant et éclairé : il ne faut, dit Saint Bernard, qu'un peu de bonne volonté : c'est une chose facile à tout le monde, et tout le monde y est engagé par un pressant motif, puisque, selon le Prophète, le sujet de nous humilier est au-dedans de nous-mêmes. Ayons donc recours à l'humilité, elle suppléera à ce qui manque à notre perfection ; cette disposition de notre part touchera de compassion les entrailles de la miséricorde divine. Vous êtes dénué des richesses spirituelles ; vous êtes dans une entière indigence : soyez humble, et Dieu sera satisfait de vous. Ce divin Maître ne peut souffrir qu'on joigne l'arrogance à la pauvreté ; et de trois choses que Dieu abhorre, selon le Sage, la principale est l'orgueil dans le pauvre : c'est aussi cet orgueil qui blesse davantage les gens du monde. Dieu a tellement en horreur l'orgueil et la présomption, et il aime tant l'humilité, que les Saints disent que souvent, par un jugement secret, mais juste, il permet, pour humilier les orgueilleux, qu'ils tombent en quelque péché grief, et quelquefois même dans les péchés les plus honteux, je veux dire, les péchés de la Chair.
Châtiez-moi, ô mon Dieu, avec une bonté de Père : employez, pour guérir mon orgueil, les souffrances, les maladies, les affronts, les injures, et toutes les humiliations qu'il vous plaira m'envoyer ; mais ne souffrez pas, Seigneur, que je tombe jamais en péché mortel. Donnez pouvoir au démon d'attaquer ma réputation et ma santé, de me rendre semblable à Job ; mais défendez-lui de rien entreprendre sur mon âme : pourvu, ô mon Dieu, que vous ne vous retiriez pas de moi et que vous ne permettiez pas que je m'éloigne de vous, il n'y aura point d'affliction qui puisse me nuire ; au contraire, je tirerai avantage de tout ce qui m'arrivera de fâcheux puisque je pourrai m'en servir pour acquérir cette vertu d'humilité qui vous est si agréable.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à C'est particulièrement aux humbles que Dieu accorde les plus grandes faveurs, Des précieux avantages que procure le troisième degré de l'Humilité, Que l'Humilité n'est point opposée à la Magnanimité, mais qu'elle en est le fondement, De la force en soi-même et de la force en Dieu, Pour vaincre toutes sortes de tentations, et pour acquérir la perfection chrétienne, ne point compter sur nous-mêmes, mais uniquement sur le secours de Dieu, Du troisième degré de l'Humilité : En quoi il consiste, Comment faire son examen particulier sur la vertu de l'Humilité, Comment dans l'oraison nous pouvons nous exercer à la pratique du second degré d'Humilité, Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes, Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.














mercredi 17 mars 2021

Exercices de Mortification



En quoi consiste la pratique de la Mortification

Puisque l'exercice de la mortification est le principal moyen dont nous pouvons nous servir pour nous vaincre nous-mêmes, et nous rendre maîtres de nos passions et de nos appétits, il est à propos d'entrer dans un détail suivi et exact de ce qu'il faut faire pour mettre cet exercice en pratique. La règle générale qu'on peut donner d'abord, est que nous cherchions ce qui nous est le plus nécessaire, et qu'avant tout nous fassions nos efforts pour l'acquérir. Vous commencerez donc cet exercice, par profiter des occasions de mortification qui se présentent tous les jours d'elles-mêmes. Et certes, si nous voulons faire usage de toutes les occasions de mortification qui nous viennent de la parte de notre prochain, nous en trouverons assez, et de tous les genres. Si nous considérons ensuite celles que Dieu nous envoie immédiatement, comme les maladies, les tentations, les peines intérieures, le partage si inégal de ses dons, soit naturels, soit surnaturels, nous trouverons qu'elles sont infinies, et qu'elles naissent presque sous nos pas. Voilà quelles sont les occasions dans lesquelles nous devons premièrement nous exercer ; parce que ses sortes de mortifications se présentant à chaque instant, et ne dépendant pas de nous, il faut tâcher de nécessaire qu'elles sont, de les rendre volontaires et méritoires ; afin qu'étant obligés par état de les souffrir, nous puissions au moins en recueillir quelque fruit.
Il est d'autres genres de mortification que nous devons nous imposer, et que quelques-uns appellent mortifications actives ; pour les distinguer des autres qu'ils nomment passives, parce qu'il n'est pas en notre choix de les éprouver, ou de ne les pas éprouver. Mais quoique nous devions les pratiquer volontairement, elles sont pourtant nécessaires pour l'objet de notre salut, et par conséquent elles doivent être mises encore au nombre des premières.


Pratique de la Mortification dans les choses permises, et même dans celles qui sont nécessaires

Les Maîtres de la vie spirituelle prescrivent un autre exercice de mortification dans les choses qui sont permises. Un Chrétien fervent ne se borne pas aux mortifications qui sont purement d'obligation et nécessaires pour le salut ; il en ajoute encore d'autres qui ne sont que de dévotion et que les Théologiens appellent œuvres de surérogation. Saint Dorothée dit que rien ne contribue davantage à notre avancement et à cette tranquillité si désirable, que la pratique de la mortification dans les choses qui sont permises. « Si vos affaires, dit-il, vous appelant au-dehors, ou en quelque endroit de la maison, il vous prend envie de regarder quelque objet, ne le regardez pas. Lorsque vous êtes en compagnie, s'il vous vient à l'esprit une pensée ou une saillie qui serait très-bien placée dans la conversation, et s'il vous semble qu'en la disant, vous passerez pour un homme spirituel, ne la dites point. Vous êtes tenté d'aller en quelque lieu pour savoir ce qui s'y passe, ni allez pas. Vous voyez par hasard quelque chose de nouveau qu'on aura apporté dans votre maison, et vous sentez un désir de savoir qui l'a apporté, et à quel dessein : ne le demandez pas. Vous voyez entrer un étranger ; la curiosité vous porte à savoir qui il est, d'où il vient, où il va, et quelle est l'affaire qui l'amène ; réprimez cette inquiétude et cette curiosité, et ne vous informez de rien de tout cela. »
Ce Saint Abbé ajoute que cet exercice servira beaucoup à nous faire prendre l'habitude de mortifier notre propre volonté ; parce que si nous nous accoutumons à y renoncer dans les petites choses, nous ne tarderons pas à parvenir à nous en dépouiller tout-à-fait dans des occasions plus considérables. Saint Bonaventure conseille dans les choses les plus indifférentes ; comme de cueillir, ou de ne pas cueillir une fleur qui plaît ; lorsqu'on se promène dans un jardin : « Car encore, dit-il, qu'il n'y ait point de mal à la cueillir, il est pourtant plus méritoire devant Dieu de s'en abstenir, dans la vue de se mortifier. » Et il ajoute qu'un serviteur de Dieu doit dire souvent en lui-même : « Pour l'amour de vous, ô mon Dieu ! je veux me priver de regarder cet objet, d'écouter ce concert, de goûter de cette douceur, de prendre ce divertissement, etc. »
Les Saints vont encore plus loin. Ils ne se contentent pas que nous nous accoutumions à nous dépouiller de notre propre volonté dans les choses indifférentes et innocentes ; ils nous conseillent encore de la mortifier en celles qui sont d'une nécessité absolue. On demandera peut-être comment cela se peut faire ? Faut-il, dira-t-on, pour se mortifier, se dispenser des ses obligations ? À Dieu ne plaise : jamais il n'est permis de faire le mal dans la vue qu'il pourrait en résulter quelque bien. Mais enfin, que faut-il faire pour cela ? Les Saints ont trouvé un secret admirable pour y réussir, et c'est de la doctrine même de Saint Paul qu'ils l'on tiré. Ayez soin, disent-ils, de ne rien faire, de ne rien désirer, de ne rien dire par le mouvement de votre volonté et de votre appétit sensuel : avant que de manger, mortifiez en vous-même l'envie ou le besoin que vous en avez ; renoncez au plaisir que vous y trouvez ; mangez, non pas afin de vous satisfaire, mais afin d'obéir à Dieu, qui veut que vous mangiez pour vous nourrir. Avant que de vous mettre au travail, mortifiez intérieurement le désir qui vous y porte ; mais travaillez, parce que Dieu vous le commande, et non pas parce que vous y trouvez quelque plaisir. Usez-en de même à l'égard de tout ce que vous faites ; et dépouillant ainsi toutes vos actions de l'attachement que vous y pouvez avoir, faites-les purement dans la vue de Dieu : il n'est pas juste que ces actions vous commandent ; c'est à nous à nous en rendre les maîtres, pour les rapporter toutes à Dieu seul, et ne rien faire que pour lui, ainsi que nous le recommande l'Apôtre par ces paroles « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. »
En conservant toujours le même ordre dans les règles que nous venons de donner, on peut encore regarder cette pratique comme un exercice de conformité à la volonté de Dieu, en recevant tout comme venant de sa main, et comme nous étant envoyé de sa part, avec des entrailles de Père pour notre plus grand bien ; en faisant état que Jésus-Christ lui-même nous dit : Mon fils, je veux que vous fassiez cette action, ou que vous souffriez maintenant cette épreuve. Alors nous trouverons beaucoup plus de facilité, plus de douceur à nous soumettre, puisque ce sera un exercice d'amour de Dieu, qui rend les choses aisées et même agréables. La pensée que c'est la volonté de Dieu que nous accomplissons, et que c'est Dieu qui demande de nous ce sacrifice, est une raison qui ne laisse après elle aucun doute, qui nous détermine absolument, et qui est, outre cela, le plus utile et le plus parfait de tous les motifs.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à Qu'il faut se mortifier surtout dans le vice, ou dans la passion dominante, sans toutefois négliger les petites mortifications, Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas, Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifier, De deux sortes de Mortifications, Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.














jeudi 15 septembre 2016

Deux principes fondamentaux touchant la conformité à la volonté de Dieu


Retable de San Zeno à Vérone (Andrea Mantegna)



Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne du R.P. Alphonse Rodriguez, Extrait :



Deux principes fondamentaux touchant la conformité à la volonté de Dieu.


Qu'il soit fait, Seigneur (Matth. 26. v. 39), non pas comme je le veux, mais comme vous le voulez. Le Fils de Dieu, disent les saints Pères, est descendu du Ciel, et s'est revêtu de notre chair pour deux raisons : l'une, pour nous racheter par son sang ; l'autre, pour nous enseigner par sa doctrine la voie qui conduit au Ciel, et nous instruire par son exemple.
Or, entre plusieurs leçons qu'il nous a données, une des principales est que nous ayons une entière conformité à la volonté de Dieu. Doctrine céleste qu'il nous a enseignée, et par ses paroles, et par son exemple : par ses paroles, lorsque, nous apprenant à prier, il nous a enjoint de dire au Père éternel (Matt. 6, 10) : Que votre volonté soit faite en la terre comme dans le Ciel ; par son exemple, puisqu'il dit lui-même (Joan. 6, 39) : Je suis descendu du Ciel, non pas pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. C'est conformément à cela que, dans l'oraison que Jésus-Christ fit au jardin, lorsqu'il était sur le point de consommer le grand ouvrage de notre salut, quoiqu'il sentît vivement les horreurs de la mort en tant qu'homme, et que pour faire voir qu'il l'était véritablement, il dit (Matth. 26, 39) : Mon Père, s'il est possible, faites que ce calice passe loin de moi ; sa volonté néanmoins demeura toujours dans une parfaite soumission à celle de son Père ; aussi ajouta-t-il aussitôt après (Ibid.) : Toutefois qu'il soit fait, non pas comme je le veux, mais comme vous le voulez.
Or, pour traiter cette matière à fond, et pour établir solidement la pratique de cette conformité, il faut supposer ceux principes, qui sont comme les fondements de toute cette doctrine. Le premier de ces deux principes est que notre avancement et notre perfection consistent en la conformité à la volonté de Dieu ; et que plus cette conformité sera grande, plus notre perfection le sera aussi. Ce principe est incontestable, et la preuve en est sensible : car il est évident que la perfection consiste essentiellement dans la charité et dans l'amour de Dieu ; et que, plus on aimera Dieu, plus aussi on sera parfait. Cette doctrine est fondée sur les Livres saints : l'Évangile et les Épîtres de Saint Paul en sont remplis ; elle est pareillement confirmée par les écrits des saints Pères. L'amour de Dieu est le plus grand (Matth. 22. 33) et le premier de tous les commandements... La charité (Ad Col. 3. 14. Cor. I. l3. 13.) l'emporte sur tout le reste. Or, comme ce qu'il y a de plus sublime et de plus parfait dans toutes les vertus, c'est d'aimer Dieu ; de même ce qu'il y a de plus noble, de plus pur et de plus exquis dans cet amour, c'est de se conformer absolument à la volonté divine, et de n'avoir en toutes choses d'autre volonté que celle de Dieu.
Le second principe est qu'il ne peut rien arriver dans le monde, si ce n'est par l'ordre et la volonté de Dieu, excepté le péché dont il n'est ni ne saurait être la cause ou l'auteur ; mais je dis que, hors le péché, tout ce qui nous arrive, les maladies, les souffrances, les peines, les afflictions, la perte des biens, les disgrâces, les calamités, tout cela est réglé et arrive par l'ordre et la volonté de Dieu. Ce principe est aussi certain que le premier ; et ce que les païens ont imaginé sur le pouvoir de la fortune dont ils avaient fait une divinité, n'est qu'une chimère. La fortune n'est rien ; ce n'est point elle, par conséquent, qui donne les biens qui s'appellent communément biens de fortune ; c'est Dieu seul qui les dispense à qui il lui plaît, selon les desseins de sa providence. Cette doctrine nous est enseignée par le Saint-Esprit, lorsqu'il nous dit par la bouche du Sage (Eccli. 11. 14) : Que les biens et les maux, la vie et la mort, la pauvreté et les richesses, nous viennent également de Dieu.
Car encore que toutes ces choses arrivent par le moyen des causes secondes, il est certain néanmoins qu'il ne se fait rien dans toute l'étendue de l'univers, que par l'ordre et la volonté du souverain maître qui le gouverne. Rien ne se fait par hasard à l'égard de Dieu : il a tout réglé, et tout arrêté lui-même de toute éternité ; il a compté tous les cheveux de notre tête, et il ne nous en tombera pas un sans son ordre.
Ce que nous devons inférer de ces deux principes, c'est que, puisque toutes choses nous viennent de la main de Dieu et que toute notre perfection consiste à nous conformer à ce qu'il veut, il faut les recevoir toutes comme venant de lui et nous conformer entièrement en cela à sa divine volonté. N'attribuez rien, dans tout ce qui vous arrive, au hasard ou à la malice des hommes, car c'est là justement ce qui a coutume de faire le plus de peine ; et ne vous imaginez pas que cette disgrâce ou ce revers de fortune vous soit arrivé, parce que quelqu'un s'en est mêlé ; et que si les choses eussent été autrement disposées, cette affaire aurait mieux réussi : ce n'est pas à cela que vous devez vous arrêter ; mais de quelque manière et de quelque part que les choses vous viennent, recevez-les toujours, comme venant de la main de Dieu, puisque c'est lui en effet qui vous les envoie, et que les hommes ne sont que les instruments dont il se sert pour exécuter ses desseins.
Saint Dorothée (Doroth. Doct. 7) dit à ce sujet, en reprenant ceux qui ne reçoivent pas toutes choses comme venant de la main de Dieu : « Lorsque nous entendons dire quelque chose contre nous, nous faisons comme les chiens : quand on jette une pierre contre eux, ils courent après cette pierre pour la mordre, et laissent celui qui la leur a jetée. Il en est de même de nous ; nous laissons Dieu qui nous envoie les mortifications, pour l'expiation de nos péchés ; nous courons à la pierre, c'est-à-dire, nous nous en prenons au prochain, et nous tachons de nous en venger contre lui. »
Saint Augustin fait encore une réflexion très judicieuse. « Job, remarque ce Père (Aug. in Ps. 31), ne dit pas : Le Seigneur me l'a donné, le démon me l'a ôté ; mais persuadé que le démon ne peut  faire aucun mal, qu'autant que Dieu lui en donne le pouvoir, il rapporte tout également à Dieu, et il dit : Le Seigneur me l'a donné (Job. 1. 21), le Seigneur me l'a ôté. Voilà, continue le même saint docteur (Aug. ubi. sup), le modèle que nous devons suivre ; il faut qu'à son exemple nous rapportions à Dieu les maux qui nous arrivent. »
Un des anciens Pères du désert disait ordinairement, qu'un homme, pour s'établir dans un véritable repos, et jouir d'une véritable satisfaction dans la vie, devait se regarder, comme s'il n'y avait que Dieu et lui dans le monde : et Saint Dorothée (Doroth. Doct. 7) rapporte que ces anciens solitaires s'étaient tellement accoutumés à recevoir toutes choses comme venant de la main de Dieu, de quelque nature qu'elles fussent, et de quelque manière qu'elles arrivassent, qu'ils ne trouvaient point de moyen plus efficace pour se maintenir dans une profonde tranquillité d'esprit et s'établir dans un bonheur parfait.




Écouter Faire la volonté de Dieu : pourquoi et comment ? avoir la foi.



Reportez-vous à De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Méditation sur la soumission à la volonté de Dieu, Le plus grand bonheur de l'homme sur la terre est d'avoir une parfaite conformité à la volonté de Dieu, Des grands avantages que nous procure la conformité à la volonté de Dieu, Seigneur, que vous plaît-il que je fasse ?, Leçon XI : De l'Oraison Dominicale, et Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir.














mercredi 13 juillet 2016

Combien l'examen de notre conscience est important


La Madeleine à la veilleuse (Georges de La Tour)



Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne du R.P. Alphonse Rodriguez, Extrait :




Combien l'examen de notre conscience est important.



De tous les moyens qui peuvent contribuer à notre avancement, il en est peu de plus efficaces, et qui soient plus universellement recommandés que l'examen de la conscience ; et tous les maîtres de la vie spirituelle veulent qu'on s'y appliqua chaque jour. Saint Chrysostôme, sur ces paroles du Psalmiste : Excitez-vous à la componction dans vos lits, est d'avis qu'on fasse cet examen tous les soirs avant que de se coucher ; et il en donne deux raisons également solides : la première, afin que le lendemain on soit plus disposé à se garantir des fautes que l'on a commises le jour précédent ; car si on les examine bien le soir, si on en conçoit une vive douleur, et si on se propose fermement de s'en corriger, comme on doit le faire dans l'examen, il est constant que ce sera un frein qui empêchera que le lendemain on n'y retombe. La seconde raison qu'il en donne, c'est que ce sera encore une garde de circonspection et de retenue pendant tout le jour ; parce que la pensée que ce jour-là même il faudra se rendre exactement compte de chaque action, fera qu'on sera davantage sur ses gardes, et qu'on aura plus d'attention sur soi-même.
Un grand seigneur, dit saint Chrysostôme, qui observe l'ordre dans ses affaires, ne laisse passer aucun jour sans voir le compte de son maître d'hôtel, de peur de lui donner occasion d'être moins attentif, et de s'embrouiller dans ses comptes. Voilà, conclut ce saint docteur, la règle que nous devons suivre ; il faut que nous comptions tous les jours avec nous-mêmes, de crainte que la négligence et l'oubli ne mettent du désordre dans nos comptes. Saint Éphrem et saint Jean Climaque ajoutent que comme des marchands bien soigneux tiennent registre des pertes et des gains de chaque jour ; et que, lorsqu'ils trouvent qu'ils ont fait quelque perte, ils tâchent aussitôt de la réparer ; nous devons aussi examiner chaque jour les gains et les pertes que nous faisons dans l'affaire de notre salut, afin que, remédiant aussitôt à nos pertes, nous empêchions par là qu'elles n'augmentent, et qu'elles ne viennent à consommer les fonds de notre fortune. Saint Dorothée remarque un autre avantage considérable que l'on tire de l'examen de conscience, c'est, dit-il, qu'en s'accoutumant à le bien faire tous les jours, et en se reprochant chaque jour ses fautes, on empêche que le vice ne prenne racine dans le cœur, et que les mauvaises habitudes ne s'y fortifient.
Tout cela doit nous donner une haute estime de cette pratique, nous la faire considérer comme un moyen très-efficace pour notre avancement ; et nous rendre si exacts à faire notre examen deux fois chaque jour, que rien ne soit capable de nous faire omettre un exercice si saint ; ou si quelque occupation indispensable nous empêche d'y vaquer dans le temps marqué, il faut faire en sorte d'y satisfaire au premier moment que nous aurons de libre. La maladie même qui nous dispense de l'oraison, ne nous dispense ni de l'examen particulier, ni de l'examen général : il faut donc tenir pour maxime infaillible, qu'on ne doit jamais se dispenser de cet examen, pour quelque raison que ce soit. Le malade au reste a toujours assez de matière pour fournir à son examen particulier, soit en se conformant à la volonté divine dans la maladie et dans les douleurs que Dieu lui envoie, et dans les remèdes qu'il est obligé de prendre, et qui sont quelquefois plus fâcheux que le mal même ; soit en souffrant avec patience la privation de plusieurs choses qui pourraient lui manquer ; soit en s'abandonnant entièrement entre les mains de Dieu, pour vivre ou pour mourir, selon qu'il plaira à la providence d'en ordonner.




Écouter Faire la volonté de Dieu : pourquoi et comment ? avoir la foi.




Reportez-vous à Pratique de l'examen de conscience, Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la confession, De l'examen de conscience, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur l'objet de l'examen de conscience, Exercice pour la confession, Cinq points pour l'examen général de conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Bien choisir le sujet sur lequel on doit faire l'examen particulier, Le ferme propos, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Première Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Intérieure, Deuxième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Surnaturelle, Troisième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Souveraine, Quatrième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Universelle, Méditation sur la pénitence du cœur, Première Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte de Foi, Deuxième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Crainte de Dieu, Troisième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Confiance en Dieu, Quatrième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte d'Amour de Dieu, Cinquième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Détestation du péché, Sixième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Résolution de devenir meilleur, Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (1/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (2/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (3/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (4/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (5/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (6/6), Conduite pour la Contrition, Premier Motif de Contrition : La Majesté de Dieu, Deuxième Motif de Contrition : La Justice de Dieu, Instruction sur la Contrition, Prière pour obtenir de Dieu miséricorde, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, De l'humilité de Marie, Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Guérison : Beauté du sacrement de réconciliation et Les communions sans action de grâces.