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dimanche 30 octobre 2022

Nature du don de science



Le Seigneur a conduit le juste par les voies droites, et lui a donné la science des saints. (Sag., X, 10)

« L'âme ayant été détachée du mal par la crainte de Dieu, et ouverte aux nobles affections par le don de piété, éprouve le besoin de savoir par quel moyen elle évitera ce qui fait l'objet de sa crainte et pourra trouver ce qu'elle doit aimer. L'Esprit Saint vient à son secours, et lui apporte ce qu'elle désire, en répandant en elle le don de science (D. Guéranger). »

« On distingue trois sortes de sciences : la première est celle des philosophes, qui consiste à connaître une chose par sa cause. La seconde est la science des théologiens, qui est la connaissance d'une chose tirée, non point de sa cause naturelle, comme celle des philosophes, mais de l'Écriture sainte et des principes de la foi. La troisième science est celle des saints, dont l'Écriture sainte fait souvent mention. Elle est un des sept dons de l'Esprit-Saint (Saint-Jure, ch. III, sect. 16. art. 8) »

« Ce don est une lumière du Saint-Esprit qui éclaire l'âme pour connaître les choses humaines et pour en porter un jugement certain, par rapport à Dieu et en tant qu'elles sont l'objet de la foi. Le don de science nous fait voir promptement ce que nous devons croire ou ne pas croire, ce qu'il faut faire ou ne pas faire ; le milieu qu'il faut tenir entre les deux extrémités où l'on peut tomber dans l'exercice des vertus ; mais tout cela en général, car, pour tout ce qui concerne les cas particuliers, dans les occasions où l'on se trouve, et lorsqu'on veut se déterminer à agir, c'est au don de conseil qu'il appartient de prescrire ce qu'il faut faire.

« La béatitude qui répond à ce don est la troisième : Bienheureux ceux qui pleurent ;  parce que la science que le Saint-Esprit nous donne nous apprend à connaître nos défauts et la vanité des choses de la terre, et qu'elle nous montre que nous ne devons attendre des créatures que des misères et des pleurs.

« Le fruit du Saint-Esprit qui lui répond est celui de foi, en tant que ce don perfectionne les connaissances que nous avons des actions humaines et des créatures par la lumière de la foi (P. Lallemant, IVe princ., ch. IV, art. 3). »

Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d'ignorants qui en savent plus que les savants. (Le curé d'Ars)

La foi du bon curé d'Ars était toute sa science ; son livre, c'était Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne cherchait pas la sagesse ailleurs qu'en Jésus-Christ, dans sa mort et dans sa croix. Il n'y avait pas pour lui d'autre sagesse véritable, pas d'autre sagesse utile. Ce n'est pas dans la poussière des bibliothèques, ce n'est pas à l'école des savants, c'est dans la prière, à genoux aux pieds du Maître, en couvrant ses pieds divins de larmes et de baisers ; c'est en présence des saints tabernacles, où il passait ses jours et ses nuits, dans les temps que la foule ne lui avait point encore ôté la liberté de ses jours et de ses nuits, c'est là qu'il avait tout appris. (Vie du curé d'Ars)

On raconte de Charles de Lorraine, évêque de Verdun, et aussi grand évêque qu'il était grand prince, qu'il fut voir un jour le P. Lessius, de la Compagnie de Jésus, au collège de Louvain, et que ce Père, qu'il trouva dans la bibliothèque, lui dit, en lui montrant cette grande multitude de livres, qu'ils avaient devant les yeux : « Monseigneur, ne serait-ce pas un grand avantage, que de savoir tout ce qui est contenu dans ces volumes ? Je crois néanmoins qu'un petit rayon de la lumière qui vient de Dieu vaut mieux que tout cela. » En effet, cette lumière est d'un prix inestimable : Dieu la donne quelquefois à une pauvre servante, à un frère lai, qui fait les fonctions domestiques dans un couvent, et qui se trouve par là plus éclairé que le plus grand docteur de l'ordre. Il est à croire que Suarez avait part à cette faveur, et que c'est ce qui lui faisait dire qu'il aurait volontiers donné toute sa science pour une heure de conversation avec Dieu. (Surin)

(Les sept dons du Saint-Esprit)


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dimanche 17 juillet 2022

Effets des sept dons du Saint-Esprit



Vous enverrez votre Esprit, et tout sera créé, et vous renouvellerez la face de la terre. (Ps. 103, 30)


Les sept dons sont les sept Esprits envoyés par toute la terre contre les sept esprits mauvais dont parle l'Évangile. « Par le don de crainte, l'Esprit-Saint chasse l'orgueil du cœur de l'homme, et y introduit Dieu par l'humilité. Par le don de piété, il lui fait fouler aux pieds la honte de l'envie, et invite avec douceur le prochain à s'approcher de lui. Par le don de la science, il apaise totalement sa colère, et l'établit dans une douce paix et un calme parfait avec lui-même. Par le don de la force, il dissipe sans retard sa paresse, et excite ardemment les puissances de son âme à agir. Par le don de conseil, il comprime puissamment son avarice, et le porte sagement à acquérir des trésors pour le ciel. Par le don d'intelligence, il met un frein violent à sa gourmandise, et nourrit son âme de délices célestes. Par le don de la sagesse, il lui inspire un mépris courageux de la luxure, le soumet tout entier au joug de la chasteté, et le rend ainsi à la liberté (S. Bonav., liv. I, ch. III). »

Les sept dons du Saint-Esprit donnent secours aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales, et par conséquent à toutes les vertus, dans les rencontres difficiles où elles pourraient succomber. « Le don d'intelligence soutient la foi. Le don de science vivifie notre espérance, et nous fait voir comme nous sommes lourdement trompés de nous fier aux hommes et aux choses créées. Le don de sagesse, donnant à la charité la saveur de Dieu et des choses divines, la met tout en flammes. La prudence serait trop courte et s'abuserait souvent sans le don de conseil. La piété tempère les rigueurs de la justice. La force dans certains périls rendrait assurément les armes à l'ennemi, si le don qui porte son nom ne la soutenait dans le combat. Le don de la crainte est nécessaire à la tempérance, pour réprimer les violentes impétuosités de la concupiscence. »

« De tout cela nous pouvons conclure que les dons du Saint-Esprit, possédés en un haut degré, et non-seulement comme ils se trouvent ordinairement dans les justes avec la grâce, ne nous sont point seulement utiles pour faire excellemment notre salut et arriver à la perfection, mais qu'ils y sont même nécessaires ; que ce sont eux qui font les hommes vraiment spirituels ; que sans eux on ne peut bien se défaire de ses vices, dompter absolument ses passions, arracher les mauvaises habitudes, résister aux rudes assauts de la chair, du monde et du démon, remporter des victoires signalées, faire de grandes choses pour son avancement et pour la gloire de Dieu, et parvenir à la sainteté. »

« Les roues neuves d'un chariot ne tournent qu'avec bruit et avec peine ; mais quand elles sont ointes et huilées, elles vont paisiblement et avec promptitude. C'est ainsi que le Saint-Esprit fait aller les roues de notre âme, c'est-à-dire ses puissances, l'entendement et la volonté, avec l'onction et le baume de ses dons, que l'Église qualifie du nom d'onction spirituelle (Saint-Jure, ch. III, sect. 16, art. 2). »

L'Esprit-Saint, par ses dons, répand en nous la lumière d'une vraie connaissance et la ferveur du saint amour. (Saint Bonaventure)

L'empereur Julien, voulant rendre son apostasie solennelle, fit préparer dans un temple un grand sacrifice aux idoles. Mais, au moment de commencer la cérémonie, le feu de l'autel s'éteignit tout à coup ; les couteaux des prêtres des faux dieux ne purent couper les chairs des victimes, et le sacrificateur, effrayé, s'écria : « Il y a ici quelque Galiléen qui a été nouvellement ou lavé d'eau, ou oint de baume. » (Il voulait dire : ou baptisé, ou confirmé). Alors un jeune page chrétien qui venait de recevoir le sacrement de Confirmation, élevant la voix, lui dit : « C'est moi qui ai fait le signe de la croix et invoqué le nom de Jésus pour attirer cette honte à vos idoles. » L'empereur, qui avait été chrétien, et qui était bien instruit du pouvoir de Jésus-Christ, fut saisi de frayeur. Il appréhenda les effets de la vengeance divine, et sortit du temple couvert de confusion, sans proférer une seule parole. Le courageux soldat de Jésus-Christ rapporta aux chrétiens ce qui venait d'arriver, et ils reconnurent combien ceux en qui habite la vertu de Jésus-Christ par le sacrement de Confirmation, quand on le reçoit dans des dispositions saintes, sont redoutables au démon.

(Les sept dons du Saint-Esprit)


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lundi 12 juillet 2021

Connaissance de l'existence de Dieu



Puisque ce pur Esprit échappe à toute expérience sensible, à moins qu'il ne prenne lui-même l'initiative de se manifester, nous ne pouvons découvrir son existence que par induction. Partant des choses connues, mais qui postulent nécessairement l'existence d'un Créateur, nous affirmons l'existence de ce dernier puisque ses œuvres sont là pour l'attester. « Dieu existe vraiment » sera forcément la conclusion d'un raisonnement rigoureux.
Par contre, puisque personne ne peut donner ce qu'il n'a pas, en constatant l'existence de créatures intelligentes et libres, nous conclurons avec certitude que Dieu doit a fortiori être intelligent et libre, et même qu'il doit l'être souverainement.
Il ressort de ceci qu'un dialogue est possible entre Dieu et les créatures intelligentes et libres que nous sommes. Ce dialogue, s'il s'établit, sera comme une contre-épreuve de la justesse du raisonnement qui nous aura conduits à l'affirmation de l'existence de Dieu.

Dernière remarque avant d'aborder les preuves de l'existence de Dieu :


Pour quelle raison les sans-Dieu font-ils tant d'efforts et déploient-ils tant de zèle pour convaincre les croyants de l'inexistence de Dieu ?
C'est pour se convaincre eux-mêmes de cette absurdité. car enfin, si ces impies étaient vraiment convaincus de la non-existence de Dieu, se livreraient-ils à une telle propagande anti-Dieu ? Ils se contenteraient tout au plus de le dire, voire de hausser les épaules et de rire au spectacle que donnent ces « attardés » en s'obstinant dans une foi chimérique à leurs yeux ; mais jamais ils ne déploieraient de tels efforts s'ils étaient vraiment convaincus que Dieu n'existe pas ! Y a-t-il des groupements organisés pour prouver, par exemple, qu'il n'y a pas de pétrole sur la lune ? Les gens sensés, honnêtes et surtout désintéressés savent que l'on ne prouve pas le néant. Aussi, en constatant l'acharnement que mettent les athées à essayer de prouver que Dieu n'existe pas, on est en droit de penser que tous leurs efforts ne tendent qu'à s'encourager eux-mêmes dans leur incertitude, justement quant à l'inexistence de Dieu.
Sans aucun doute, Dieu les gêne, et ils voudraient se persuader qu'il n'existe pas. Mais comment y arriver quand, tout autour de soi, des gens sensés et, parmi eux, de vrais savants continuent à croire et à proclamer son existence ?
Nous devons le savoir et nous ne devons pas craindre de le dire, les sans-Dieu n'ont aucune certitude de leur négation et ils le savent bien. Or, en manifestant leur foi, les croyants réveillent l'incertitude des sans-Dieu, leur rappellent qu'ils n'ont aucune assurance quant à l'au-delà, et leur donnent ainsi mauvaise conscience. Oui ! Soyons-en bien persuadés, tous les efforts des athées pour prouver que Dieu n'existe pas n'ont pas d'autre raison que l'incertitude qui les torture. Aussi est-il bon de le souligner, ces efforts prouvent, à leur manière, l'évidence de cette existence qu'ils nient sans cesse et, qu'à leur grand regret, ils n'arrivent pas à supprimer ! Nous pouvons l'affirmer sans aucune hésitation : c'est parce que le doute les torture que les sans-Dieu déploient tout leur zèle. Ils veulent se persuader, par leurs déclarations et leurs blasphèmes, que Dieu n'existe pas. Voltaire, lui aussi, a fait l'impossible pour se convaincre du néant de l'au-delà, et l'on connaît la phrase qui résume sa déception après tant d'efforts : « L'univers m'embarrasse, mais je ne puis songer que cette horloge marche et n'ait point d'horloger. »
Mais, penseront certains, que faites-vous de l'athéisme scientifique des marxistes ?
Je me contente de plaindre les colporteurs de cette imbécilité. Ce qualificatif pompeux d'athéisme scientifique n'est qu'un slogan publicitaire doublé d'un mensonge éhonté, qui réussit fort bien auprès des naïfs et des sots.
« Mentez ! Mentez toujours ! disait l'impie Voltaire, il en restera bien quelque chose ! » Les marxistes ne l'ignorent pas et ils s'en servent auprès des simples et des étourdis.
Les personnes sensées savent aussi qu'on ne peut en aucune manière prouver le néant. Il ne peut donc pas exister d'athéisme scientifique.
Mais ce que les personnes qui réfléchissent comprennent aussi, c'est que s'il n'y a pas d'athéisme scientifique, il peut y  avoir un procédé d'apparence scientifique qui produise des athées en série. C'est en cela, dans sa manière de faire des athées, que l'athéisme marxiste se donne une apparence scientifique. Car, il me faut le souligner, ce n'est pas par quelque preuve savante que les tenants de ce système auraient développée que cet athéisme serait scientifique, — l'athéisme marxiste est tout aussi stupide, prétentieux et menteur que ses devanciers —, mais c'est par la manière de faire des athées que l'athéisme pervers des marxistes se donne une apparence scientifique. En fait, il est tout simplement diabolique, car il est particulièrement fourbe et menteur (le diable « est menteur et père du mensonge » Jn VIII, 44). Je m'explique.
S'étant rendu compte que l'existence de Dieu s'impose à tout esprit normal qui raisonne sainement, les marxistes ont compris que, pour faire des athées en série, il fallait tout simplement, mais nécessairement, empêcher le bon fonctionnement des intelligences. Comment arriver à cette fin contre nature ? Par l'enseignement obligatoire d'une fausse philosophie.
Laquelle choisir ?
Surtout pas le thomisme, pas la philosophie du sens commun !
L'idéalisme était tout indiqué. Ce système aberrant, que contredisent toutes les sciences expérimentales sans aucune exception, qui nie l'objectivité de nos connaissances intellectuelles, s'y prêtait à merveille. Les marxistes l'adoptèrent. Et comme dans tous nos pays autrefois chrétiens, le ministère de l'Instruction publique est entre les mains des marxistes ou de leurs alliés socialistes, il leur a été facile d'imposer à toutes les générations montantes cette fausse philosophie qui détraque « scientifiquement » les intelligences, les empêche de raisonner sainement et en fait inévitablement des athées.
Pour les intelligences ainsi détraquées, il n'y a plus de raisonnement possible puisqu'il n'y a plus ni vérité objective d'aucune sorte, ni certitude. C'est ce qui explique du reste que, dans nos sociétés modernes où ces élucubrations ont été imposées et ont faussé la plupart des esprits, on ne parle plus de vérité, mais de sincérité ; c'est aussi ce qui permet à chacun d'avoir SA vérité. Voilà tout le secret de l'athéisme marxiste.
Le lecteur l'aura compris. Cet athéisme ne consiste pas en quelque objection scientifique, mise au point par les marxistes et jamais réfutée par les croyants, pas du tout. Comme tous les athéismes, le marxisme consiste uniquement en une négation gratuite. S'il se maintient, c'est seulement par l'enseignement d'une fausse philosophie, que toutes les sciences expérimentales (même celles qui sont enseignées en Russie) contredisent et réprouvent absolument, mais qui est imposée abusivement et malhonnêtement par des gouvernements impies, avec la complicité d'un épiscopat muet qui laisse faire.
Pendant la guerre de 1940, il m'est arrivé de discuter avec un professeur de philosophie idéaliste, qui appartenait au même régiment que moi. Ce malheureux n'était sûr de rien, même pas de sa propre existence. Voilà l'athéisme marxiste, un athéisme antiscientifique, que des menteurs appellent pompeusement athéisme scientifique.

Extrait de Oui, c'est évident, Dieu existe vraiment, Père Noël Barbara, Ed. Fort dans la Foi.


Reportez-vous à Preuves classiques de l'existence de Dieu, et Y a-t-il un Dieu qui s'occupe de nous ?.













dimanche 4 avril 2021

Sur la Fête de Pâques



C'est aujourd'hui que Notre-Seigneur Jésus-Christ est ressuscité, affranchi désormais de toutes les misères humaines, vivant d'une vie immortelle. Suspendez un moment vos indécentes railleries, Ô incrédules ! et consentez à nous entendre.....
Le Seigneur est descendu dans le monde, parce qu'il savait bien qu'il en sortirait glorieusement. Il s'est laissé condamner à la mort, parce qu'il avait arrêté sa future résurrection. Car n'allez pas croire que, comme le commun des hommes, il s'exposât au danger sans l'avoir calculé, abandonnant l'événement au hasard ; mais, parce qu'il était Dieu, il avait tout réglé pour une fin certaine et déterminée.
La résurrection de Jésus-Christ assure la nôtre. Grâce à sa divine résurrection, nous sommes devenus les héritiers de Dieu, les cohéritiers de Jésus-Christ. Que nos corps aient été la proie des oiseaux dévorants, des animaux féroces ou des monstres de la mer, qu'ils aient été consumés par la flamme ou rongés par le ver du tombeau, ils nous seront rendus tout entiers.
Dieu, en créant l'homme, l'avait d'abord destiné à être immortel. Dégradé par le péché, il perdit cet heureux privilège ; mais l'intention du Créateur était qu'il lui fût un jour rendu. Sa bonté et sa puissance lui permettaient-elles de ne pas se montrer aussi bienfaisant à l'égard de l'œuvre de ses mains, que les hommes le sont à l'égard de ce qui leur est soumis ? Or, nous voyons partout le témoignage que les hommes veulent voir se propager et se multiplier ce qui leur appartient. L'intention du Créateur a donc été que l'homme corrompu par le péché fût un jour réformé et renouvelé. L'incrédule ne combat cette assertion que par l'opinion où il est que Dieu ne peut pas ressusciter un corps anéanti par la mort ; et il mesure la toute-puissance de l'Être souverain par sa propre faiblesse. Il est facile de tirer d'objets existants, ou qui ont existé autrefois, la preuve de la vérité de cet ordre de choses à venir, dont on accuse l'impossibilité. Un peu de boue façonnée par les mains du Créateur a fait l'homme. Vous le savez. Apprenez-moi, je vous le demande, vous dont la science prétend pénétrer tous les mystères, par quel mécanisme un peu de poussière s'est transformée en chair ? comment un limon grossier a produit et les os et la peau, et toute la structure de l'homme, tant à l'extérieur que dans les parties diverses qui composent cette substance si savamment organisée, et qui, toutefois, n'est qu'une si faible portion de l'universalité des êtres ? Ce mystère vous échappe, vous ne concevez rien à la naissance de l'homme, et pourtant vous ne pouvez le nier. Pourquoi nieriez-vous sa régénération ? (Saint Grégoire de Nysse)

La résurrection du Sauveur, devenue le gage infaillible de la nôtre, a fourni matière à d'éloquentes démonstrations du dogme de la résurrection de la chair. Tertullien avait traité déjà le même sujet avec la plus brillante énergie, tant dans le quarante-huitième chapitre de son Apologétique, que dans son livre De la résurrection de la chair. Nos prédicateurs français n'ont pas manqué d'appuyer de son autorité leurs principaux raisonnements. Ce que l'on vient de lire de Saint Grégoire de Nysse ne sera pas moins propre à enflammer le génie des orateurs chrétiens.

(Tiré de Les Fêtes de l’Église romaine)


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jeudi 25 février 2021

De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison



Il est bon de joindre la prière au jeûne, dit l'Ange Raphaël à Tobie, quand il se fit connaître à lui. Les Saints Pères comprennent ordinairement sous le nom de jeûne, tout ce qui regarde la pénitence et la mortification de la chair : et ils considèrent en conséquence la mortification et l'oraison, comme les deux principaux moyens qui peuvent contribuer à notre avancement, et qui doivent être inséparables l'un de l'autre.
Que la mortification soit une disposition essentielle à la prière, c'est une vérité que tous les Saints et tous les Maîtres de la vie spirituelle nous enseignent. Ils se servent d'une comparaison qui rend cette vérité bien sensible. Ils disent que, comme on ne saurait écrire sur une peau de parchemin si elle n'est bien ratissée, et si on n'en a ôté toute la chair, de même, si toutes les affections charnelles ne sont bien déracinées de notre âme, et si elle n'est entièrement dégagée de ses passions, elle n'a point la disposition qui lui est nécessaire pour mériter que le Seigneur écrive, et imprime en elle les caractères de sa sagesse et de sa grâce. « À qui enseignera-t-il la science, dit le Prophète Isaïe, et à qui donnera-t-il l'intelligence ? Aux enfants qui sont sevrés, et qu'on a tirés de la mamelle. » C'est-à-dire, à ceux qui, pour l'amour de lui, se privent et se sèvrent des plaisirs du monde et des affections de la chair. Dieu veut trouver notre cœur libre et dégagé de toute attaché pour y entrer : il veut y voir régner une paix et une tranquillité profonde : Il a établi sa demeure dans la paix, dit le Prophète.
Quant à la seconde proposition, que l'oraison est un moyen efficace pour parvenir à la mortification, cela est suffisamment prouvé dans le Chapitre de l'Oraison. Prions donc continuellement et sans relâche, jusqu'à ce que nous ayions acquis, par la miséricorde de Dieu, cette parfaite mortification de nous-mêmes qui nous est si nécessaire, et que l'Écriture et les Saints Pères nous recommandent avec tant de soin.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'anéantissement, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.















mercredi 18 novembre 2020

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon XV : Connaissance des Anges


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.



XVe LEÇON


CONNAISSANCE DES ANGES




Q. En quoi les Anges sont-ils supérieurs à l'homme ?
R. Les Anges sont supérieurs à l'homme en science et en force. Ils connaissent bien mieux que nous les choses que nous connaissons ; ils en connaissent d'autres qui nous sont cachées, et ils peuvent en faire beaucoup qui nous sont impossibles.

Q. En quel état les Anges ont-ils été créés ?
R. Tous les Anges ont été créés dans la sainteté et l'innocence ; mais cet heureux état ne les rendait pas impeccables : la jouissance éternelle de Dieu devait être la récompense de leur fidélité.

Q. Qu'est-ce que les bons Anges ?
R. Les bons Anges sont ceux qui restèrent fidèles à Dieu, et dont le chef est l'Archange saint Michel.

Q. Qu'est-ce que les mauvais Anges ?
R. Les mauvais Anges sont ceux qui se révoltèrent contre Dieu, dont le chef s'appelle Lucifer ou Satan, et qui furent chassés du ciel et condamnés à l'enfer.

Q. Quelle est l'occupation des démons ou des mauvais Anges ?
R. L'occupation des démons ou des mauvais Anges, jaloux de notre bonheur, est de tenter les hommes sur la terre et de tourmenter les réprouves dans l'enfer. Mais ils ne peuvent nous nuire sans la permission de Dieu, qui leur permet de nous tenter afin d'éprouver notre vertu, et nous donne lui-même toutes les grâces nécessaires pour triompher de leurs attaques.

Q. Comment se divisent les bons Anges ?
R. Les bons Anges se divisent en trois hiérarchies qui contiennent chacune trois ordres ; ces neuf ordres s'appellent les neufs chœurs des Anges. La première hiérarchie renferme les Trônes, les Chérubins et les Séraphins ; la seconde, les Puissances, les Principautés et les Dominations ; la troisième, les Anges, les Archanges et les Vertus.

Q. Quelles sont les fonctions des bons Anges ?
R. La première fonction des bons Anges est d'adorer et de louer Dieu. Saint Jean nous les représente abîmés de respect devant le trône de la divine Majesté, répétant éternellement ce cantique : Saint saint, saint est le Dieu tout-puissant qui était, qui est et qui sera.

Q. Quelle est la seconde fonction des bons Anges ?
R. La seconde fonction des bons Anges est de présider au gouvernement du monde visible et invisible, et d'exécuter les ordres de Dieu à l'égard de l'homme. C'est par le ministère des Anges que tous les grands événements de l'Ancien et du Nouveau Testament se sont accomplis.

Q. Quelle est la troisième fonction des bons Anges ?
R. La troisième fonction des bons Anges, c'est le veiller à la garde de l'Église universelle, des royaumes et des cités. Les saints Pères nous enseignent que des millions d'Anges environnent le bercail de Jésus-Christ, pour le défendre dans la guerre continuelle qu'il soutient contre les mauvais Anges ; et l'Écriture nous parle de l'Ange gardien des Perses et des Grecs, c'est-à-dire des empires.

Q. Quelle est la quatrième fonction des bons Anges ?
R. La quatrième fonction des bons Anges est de veiller à la garde de chacun de nous. Au premier moment de notre existence, un Ange est venu se placer à nos côtés pour nous défendre et nous conduire au ciel. Il présente à Dieu nos prières et nos bonnes œuvres, et il prie pour nous.

Q. Que faut-il conclure de tout l'ouvrage des six jours ?
R. Il faut conclure : 1° que Dieu est bien puissant, bien sage et bien bon ; 2° que l'homme est bien grand, puisque les créatures inférieures se rapportent à lui, et que les Anges mêmes travaillent continuellement pour lui ; 3° que nous devons bien aimer Dieu, user de toutes choses pour sa gloire et bien nous respecter nous-mêmes ; 4° que nous devons observer le dimanche avec beaucoup de fidélité.
 

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je me recommanderai chaque jour à mon bon Ange.


Reportez-vous à Pieuses invocations à l'Ange Gardien, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, De la fin des créatures, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu.














dimanche 8 novembre 2020

Prière à Saint François d'Assise, pour demander le mépris du monde et un ardent amour pour Jésus-Christ, ou une grâce quelconque



Glorieux saint François d'Assise, illustre par les prodiges dont Dieu a voulu manifester en vous sa toute-puissance, vous qui avez eu pendant votre vie un véritable mépris du monde et qui avez établi votre trésor dans le ciel en foulant aux pieds les richesses périssables de la terre, vous dont le cœur a été un brasier ardent de l'amour divin, obtenez-moi, je vous en supplie, un détachement et un profond mépris pour tout ce qui n'est pas éternel, afin que je ne vive que du pur et ardent amour de Dieu, qui vous a élevé à une si haute sainteté ; que désormais la croix et les plaies de Jésus-Christ soient toute ma science, mon soutien et ma consolation ; qu'à votre exemple, j'aime la sainte vertu de pauvreté, qui réprime les penchants déréglés, qui est la sauvegarde de l'humilité, le soutien de la perfection, et qui nous rend plus conformes à Jésus-Christ, qui a vécu pauvre et qui a aimé plus particulièrement les pauvres. Puisse votre amour pour la passion de Jésus, puissent les plaies sacrées du cœur, des mains et des pieds de ce divin Sauveur, dont vous portâtes les stigmates sur votre corps séraphique, s'imprimer dans mon âme et la rendre conforme à Jésus-Christ, afin qu'au jour des terribles révélations, elle brille du reflet de la splendeur de ces plaies sacrées, et qu'elle mérite d'être admise dans les tabernacles éternels, où les élus seront éternellement ravis de l'éclat et de la splendeur éblouissante qui rejailliront de ces plaies adorables ! Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Comment saint François, cheminant avec Frère Léon, lui exposa les choses dans lesquelles consiste la joie parfaite, Saint François d'Assise : Qu'il faut traiter le corps avec ménagement pour lui enlever tout prétexte à murmurer, Prière d'une âme qui veut se détacher des vaines affections, Paraphrase de l'Oraison Dominicale, par saint François d'Assise, Saint François d'Assise et le combat spirituel, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Méditation pour la Fête de Notre-Dame des Anges, Élan d'amour, Prière de Saint François d'Assise, Un saint Frère franciscain reconnaît, dans une étonnante vision, un de ses compagnons mort quelque temps auparavant, Doctrine et paroles remarquables du bienheureux Frère Égide, compagnon de Saint François d'Assise : Sur les Vices et les Vertus, la Crainte de Dieu, la Patience, l'Oisiveté, et le dégoût des choses temporelles, Doctrine et paroles remarquables du bienheureux Frère Égide, compagnon de Saint François d'Assise : Sur la Chasteté, les Tentations et l'Oraison, Comment un noble chevalier fut assuré de la mort et des sacrés et saints Stigmates de saint François, pour lequel il avait une grande dévotion, Exemple de la grande puissance de Frère Junipère contre les démons, Comment un saint Frère, après avoir lu, dans la légende de saint François, le chapitre des sacrés et saints Stigmates, pria Dieu avec tant de ferveur de lui faire connaître les paroles secrètes du Séraphin, que le Saint vint enfin les lui-même, La Couronne franciscaine, Comment saint François commanda à Frère Léon de laver une pierre, Auspicato Concessum, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Léon XIII, sur le Tiers-Ordre de Saint François, De la terrible vision que Frère Léon eut en songe, Comment saint François guérit un lépreux de l'âme et du corps ; parole que l'âme de ce lépreux lui adressa en montant au Ciel, Comment le Frère Pacifique fut ravi en extase et vit dans le ciel le trône de Lucifer réservé à Saint François, Comment Saint François voulait que le Serviteur de Dieu montrât toujours un visage joyeux, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Méditation pour la Fête de Saint François d'Assise, Comment saint François commandait aux animaux et en était obéi, Sacra propediem du Pape Benoît XV, au sujet du septième centenaire de la fondation du Tiers-Ordre franciscain, L'esprit du Tiers-Ordre de Saint François d'Assise, Des trois grandes promesses faites par Notre-Seigneur à Saint-François, Récit des Stigmates de Saint François d'Assise, Vie de Saint François d'Assise, Litanies de Notre Saint Père Saint François (Petit manuel du Tiers-Ordre), Saint François et le Chapitre de la Saint-Michel, Rite expiatis, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XI, à l'occasion du septième centenaire de la mort de Saint François d'Assise, et Litanie de Saint François d'Assise.













mercredi 30 septembre 2020

Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8)




Jésus-Christ s'est appliqué ces paroles et s'en est servi pour confondre les pharisiens offensés des louanges que le peuple lui donna à son entrée dans Jérusalem, entrée qui fut le triomphe de sa petitesse et de son humilité. Le peuple le reconnut alors, le salua et le bénit, comme le Messie, le fils de David, le roi d'Israël. En ce moment, il rendit à ce Dieu sauveur une louange parfaite, parce qu'il honora sa pauvreté, sa bassesse, son anéantissement. Il ne réfléchit point, il ne raisonna point ; mais il se laissa conduire en enfant à l'instinct de la grâce. Au contraire, le pharisien orgueilleux, séduit par une fausse raison, ne vit rien dans cette pompe qui ne choquât ses idées, rien qui ne lui parût méprisable, ridicule, extravagant ; ses lumières trompeuses, ses préjugés bas et humains, ses fausses idées de grandeur, l'aveuglèrent et le confirmèrent dans son incrédulité.
Non-seulement notre raison ne comprend pas les choses de Dieu, mais elle est naturellement portée à les mépriser, à les traiter de folie. Cette disposition est plus commune qu'on ne pense parmi les chrétiens, surtout parmi ceux qui se croient dévots ; ils sont pour l'ordinaire les plus grands ennemis de la vie intérieure, comme les pharisiens, les dévots du judaïsme, furent les plus grands ennemis de Jésus-Christ.
On ne commence à goûter les choses de Dieu et à les comprendre, que lorsqu'on entre dans l'enfance spirituelle. Mais qu'est-ce que cette enfance ? L'enfant spirituel est celui qui se sent véritablement incapable de raisonner et de parler sur les choses de Dieu. C'est celui qui, sentant toute sa faiblesse et son ignorance, se laisse conduire par la grâce de Dieu, et par ceux qui lui tiennent la place de Dieu ; qui est petit, soumis, dépendant en toutes choses ; qui croit sans examen ce qu'on lui dit ; qui fait aveuglément ce qu'on lui ordonne, sans savoir, pour ainsi dire, ce qu'il fait. C'est celui qui, réduit à un instinct divin, à cet esprit de foi, bien supérieur à tous les raisonnements, marche d'autant plus sûrement qu'il ne connaît ni la route par laquelle on le mène, ni le terme où il doit aboutir. Il est dans l'état de saint Paul, aveuglé par la lumière céleste, que ses compagnons conduisirent par la main à Damas, sans que lui-même vît où il posait ses pas.
Je le répète : on ne voit rien en tout ce qui concerne l'intérieur, ou l'on voit mal et l'on s'égare, tant qu'on y fait usage de son propre esprit. La perte du propre esprit est ce qui nous introduit dans les secrets de Dieu ; et, plus on avance, plus cette perte augmente, jusqu'à ce qu'elle devienne totale et irrévocable. Ceux qui font consister leur avancement dans les grandes lumières, dans les idées sublimes, dans les raisonnements profonds, se trompent bien fort. Le démon a plus d'intelligence, plus de science, plus d'élévation dans les idées que tous les hommes ensemble. En perdant son bonheur, il n'a pas perdu ses lumières naturelles ; elles servent même à le tourmenter. Tout le progrès spirituel consiste donc dans l'anéantissement du propre esprit, du jugement propre, en sorte qu'on ne fasse absolument aucun fond sur soi-même, qu'on ne voie rien par ses yeux, qu'on ne juge de rien, qu'on ne raisonne sur rien par soi-même. Cet état est incompréhensible à quiconque ne l'éprouve pas. Les ennemis de la vie intérieure le traitent de vision et de chimère. Mais il est réel, confirmé par l'expérience des Saints ; l'Écriture en parle en mille endroits, et jamais on ne comprendra rien dans la doctrine de l'Évangile, ni aux états de Jésus-Christ, si l'on n'est dans cette bienheureuse enfance. Oui, heureux celui qui ayant donné son esprit et son cœur à Dieu, ne sait plus s'il a un esprit et un cœur, qui ne regarde pas même à ce que Dieu fait en lui, qui pratique la vertu sans songer qu'il la pratique, qui prie sans savoir comment il prie, ni même s'il prie, qui aime sans s'occuper de son amour, qui marche sans connaître la voie, sans voir son progrès ; qui est, en un mot, dans un parfait oubli de soi-même ; et qui, sans soin, sans réflexion, sans attention, se repose pleinement dans le sein de Dieu, comme un petit enfant sur le sein de sa mère.
Voilà l'état dont Dieu tire sa louange parfaite ; parce que, dans cet état, Dieu est tout et la créature n'est rien, parce que Dieu fait dans cette créature tout ce qu'il veut, comme il veut, autant qu'il le veut, sans trouver aucun obstacle à ses desseins. Qu'est-ce qui honore Dieu ? sont-ce nos grandes actions, nos grands projets ? sont-ce nos grandes austérités, nos longues prières, nos pratiques multipliées ? sont-ce même nos croix, nos souffrances de toute espèce ? Non, rien de tout cela par soi-même n'honore Dieu. L'orgueil peut empoisonner tout cela ; l'esprit propre, la volonté propre peuvent en être le principe ; et, avec une sainteté apparente, on peut être un réprouvé. Ce qui honore Dieu, c'est notre destruction, c'est notre anéantissement, c'est la consomption entière de la victime.
Or, il ne nous appartient pas de nous détruire et de nous anéantir. Si nous le faisions par un principe qui fût en nous, ce principe prendrait de la vie et de la force par la mort de tout le reste. L'ouvrage de notre destruction n'appartient qu'à Dieu. Il faut que le principe détruisant soit extérieur et qu'il attaque en nous tout notre être. Il faut que le feu qui doit consumer la victime vienne d'en haut, et tout ce que la victime a à faire est de se tenir sur le bûcher, dans la disposition propre à être consumée, et de n'apporter aucune résistance à sa totale destruction.
Il faut donc pour cela qu'elle soit purement passive, qu'elle n'agisse point, qu'elle ne remue point, qu'elle ne regarde point à ce que le feu divin produit en elle ; qu'elle ne puisse pas même y regarder ; car un regard sur soi est un acte de vie ; et tant qu'on regarde ou qu'on peut regarder, on n'est pas mort.
Ainsi, l'enfance spirituelle qui nous dépouille de notre propre esprit, de notre propre volonté, de notre propre vie, pour faire place à l'esprit, à la volonté, à la vie de Dieu, est le commencement de la mort mystique ; c'est la formation de l'homme nouveau, et la destruction du vieil homme. À mesure que celui-ci se détruit, celui-là prend de l'accroissement ; et quand l'homme nouveau est tout à fait formé, l'autre est pleinement anéanti.
On voit à présent clairement que la vie spirituelle, ainsi que la vie naturelle, doit commencer par l'enfance ; que c'est là l'entrée et le premier pas ; le fond de l'homme et tout ce qui le constitue dans l'état d'homme parfait, soit pour le corps, soit pour l'âme, est dans l'enfant. Le temps, la nourriture, l'éducation, les exercices, l'expérience donnent le développement à ses facultés spirituelles et corporelles. Mais, dès la plus tendre enfance, toutes ces facultés y sont déjà en petit. Il en est de même de l'homme spirituel. Quand Dieu veut le former en nous, il le produit par sa grâce dans l'état d'enfant ; ensuite, par l'opération continuelle de cette même grâce à laquelle l'âme coopère par un plein acquiescement et par une inviolable fidélité, il lui donne peu à peu, et par un progrès insensible, l'accroissement et la perfection. Dieu agit toujours le premier ; l'essentiel même, qui est la formation de cet enfant spirituel, il le fait seul, et l'enfant ne contribue en rien à sa formation ; mais, une fois formé, il faut qu'il seconde l'action de Dieu, non en agissant de son chef, mais en faisant tout ce que Dieu veut qu'il fasse, et en souffrant tout ce que Dieu veut qu'il souffre.
Il est dans l'ordre que Dieu donne à cet enfant un directeur pour le conduire ; car, comment dans cet état se conduirait-il lui-même ? Il faut que l'enfant et son guide soient parfaitement souples l'un et l'autre aux mouvements de la grâce. Et Dieu exige de l'enfant une confiance sans bornes, une obéissance entière à celui qu'il lui donne pour guide. La confiance doit aller jusqu'à communiquer sans réserve tout ce qui se passe en nous de plus secret et de plus intime ; et l'obéissance, jusqu'à n'avoir aucune volonté, aucun jugement arrêté sur quoi que ce soit.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


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