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mercredi 3 juin 2020

De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, Tome I, par le R.P. Jean-Joseph Surin :




De l'Union avec Jésus-Christ



En quoi consiste l'union avec Jésus-Christ ?

Nous ne parlons point ici de l'union qui est commune à tous les amis de Dieu, et qui a pour fondement la grâce sanctifiante : il y en a une plus particulière, qui est le fruit de la solide dévotion et de la ferveur de l'amour ; et cette dernière union est plus ou moins parfaite selon la disposition des sujets. La moins parfaite consiste à tenir son esprit et son cœur élevé vers Jésus-Christ, et à suivre, autant qu'on peut, les mouvements de la grâce. La plus parfaite est celle qui va jusqu'à une liaison si étroite, et une si grande familiarité, qu'il semble que l'homme extérieur aussi bien que l'homme intérieur n'ait plus d'autre vie que celle de Jésus-Christ.


Comment se fait l'union du corps avec l'Homme-Dieu ?

Par la force de la grâce, qui lui donne un sentiment si vif de la présence de Jésus-Christ, qu'il lui semble que son corps et ses membres sont véritablement le corps et les membres de ce Dieu-Homme. Jusque-là, que par son imagination et par ses sens il ne se distingue plus soi-même, il ne sent plus que Jésus-Christ, dans lequel il est comme perdu. C'est apparemment ce que saint Paul a voulu dire par ces paroles : Je vis, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi. (Gal. 2, 20)


En combien de manières se fait cette union du corps ?

En deux manières ; l'une passagère, et l'autre permanente et habituelle.


Comment se fait l'union passagère ?

Par une impression de la présence de Jésus-Christ si intime et si délicieuse, que rien n'en saurait exprimer la douceur et les effets. On l'appelle passagère, parce qu'elle ne dure qu'un certain temps, et c'est ordinairement après avoir reçu la sainte Eucharistie. Il semble alors aux âmes dont nous parlons, que Jésus-Christ se répand en elles, qu'il leur communique non seulement son esprit, mais encore sa vie naturelle ; qu'elles n'agissent plus que par lui, comme par le principe de leurs opérations ; de sorte que leurs paroles, leurs prières, leurs actions, même naturelles, leur paraissent venir de ce principe.


Comment se fait l'union habituelle ?

Par une impression qui dure, et qui, devenant ordinaire, rend comme permanent le sentiment de la présence de Jésus-Christ. C'est lui qui donne la force et le mouvement à tout : c'est en lui et par lui qu'on agit, qu'on parle, qu'on désire, qu'on s'attriste ou qu'on se réjouit, sans que l'âme puisse reconnaître en soi d'autre principe de ses actions et de ses divers sentiments, que J.-C. vivant et agissant en elle. Non seulement elle est toujours élevée vers ce divin Maître, mais elle se sent abîmée en lui, jusqu'à ne plus distinguer ses membres, des membres de J.-C. ; ce qui la remplit de sentiments affectueux et de goûts exquis.


Sur quoi fondez-vous ce que vous dites de cette union ?

Sur la doctrine de saint Paul. Nous avons cité au commencement de ce chapitre, ce qu'il dit dans son Épitre aux Galates : il dit encore, parlant aux Corinthiens : Est-ce que vous cherchez une preuve que J.-C, parle en moi ? (Cor. 13, 3) Et pour montrer que l'Apôtre dans ces endroits ne parle pas seulement de la grâce sanctifiante, mais dune grâce spéciale et d'une espèce de résidence de J.-C. ; nous n'avons qu'à comparer les paroles de saint Paul avec ce que nous savons de quelques Saints.
Il est écrit de sainte Catherine de Sienne, que parlant de cette faveur qu'elle recevait de Dieu, à son confesseur, saint Raimond de Pennafort, et que ce Saint ne comprenant rien à ce que lui disait la Sainte, Dieu voulut l'instruire par ses propres yeux, en lui faisant voir un jour le visage de Notre-Seigneur confondu avec le visage de sainte Catherine. C'est S. Raimond qui nous rend lui-même ce témoignage dans la vie de cette Sainte qu'il a écrite. Un auteur de ce siècle, homme sage et plein de piété, a écrit qu'il connaissait une personne sur qui la présence de J-C. faisait une telle impression, qu'elle ne voyait et ne sentait rien en soi qui lui fût propre, et qui n'appartînt à ce Dieu homme ; de sorte que, si on lui parlait de ses mains, elle ne savait que dire ; et que si on parlait des mains de Jésus-Christ, elle montrait les siennes pour celles de ce Dieu-homme, tant elle était absorbée et comme perdue dans le sentiment qu'elle avait de la présence de ce divin Sauveur. Il est inutile de demander si c'est Jésus-Christ résidant réellement, qui produit ces effets merveilleux , ou s'il les opère par la vertu de sa grâce et par la force de l'amour : il suffit de savoir que ces secrets, pour être impénétrables, n'en sont pas moins des faveurs réelles.


Comment se fait l'union spirituelle de l'âme de l'homme avec celle de Jésus-Christ ?

Par une espèce d'application des deux âmes, et par une liaison étroite entre leurs puissances, par le moyen de laquelle les biens renfermés dans la mémoire, dans l'entendement et dans la volonté de J.-C., sont communiqués à la mémoire, à l'entendement et à la volonté de l'homme, de la manière que l'explique sainte Gertrude, lorsqu'elle dit que l'âme de Jésus-Christ est imprimée sur la sienne, comme un cachet de cire.


Comment se fait cette communication de biens à la mémoire ?

Par une connaissance expérimentale, qui ne permet point à l'âme de douter que J.-C. ne réveille ses idées dans le besoin, et ne lui suggère à propos tout ce qui lui est nécessaire quand il s'agit de prier, d'agir, ou de parler pour sa gloire.


Comment se fait la communication d'entendement à entendement ?

Par une participation d'intelligence; l'homme éprouvant, lorsqu'il veut s'appliquer, qu'il se fait dans son esprit comme une effusion de lumière, de discernement et de connaissance, même pour les sciences naturelles. C'est comme une source qui s'ouvre dans l'entendement, et d'où la science et les lumières coulent en abondance, surtout lorsqu'il s'agit de parler. Alors, dit l'Écriture, il répandra comme une pluie les paroles de sa sagesse (Eccl. 39, 9). Notre Seigneur dans l'Évangile, parlant de cet esprit d'intelligence qu'il voulait communiquer aux Fidèles, le compare à des fleuves d'eau vive qui couleront de leur sein, à une source d'eau qui jaillit jusqu'à la vie éternelle. (Jean. 7, 38 et 4, 14)


Comment est-ce que la volonté de l'homme entre en participation de richesses avec la volonté de Jésus-Christ ?

Par la liaison qui est entr'elles, et par l'écoulement perpétuel de l'amour de J.-C. dans la volonté de l'homme. Ce ne sont que douceurs, que caresses, que désirs ardents de procurer la gloire de Dieu ; et on connaît que ces richesses sont communiquées par Jésus-Christ, qui se rend présent à l'âme, et qui la remplit de telle sorte, qu'elle ne voit, qu'elle ne goûte que lui en toutes choses, et qu'elle se sent incapable d'avoir aucune affection, ni aucun sentiment de joie, qui ne soit de lui et pour lui.
Il y a grande apparence que saint Paul était dans cette disposition, et que c'est ce qui lui a fait répéter si souvent le nom de Jésus dans ses Épitres. C'est sans doute pour la même raison, qu'on trouva ce nom sacré écrit sur le cœur de saint Ignace Martyr. C'est dans un semblable transport d'amour pour notre divin Sauveur, que saint Vincent Ferrier a dit au dernier chapitre du Traité de la vie spirituelle, qu'il viendrait un jour des gens dont toutes les affections, tous les sentiments, toutes les paroles se termineraient à Jésus-Christ. Quelques-uns croient qu'il a parlé en esprit de prophétie, et qu'il avait en vue des hommes qui mettent toute leur gloire à se consacrer au service de Notre Seigneur, et à porter son nom.
Au reste, ces faveurs insignes sont uniquement le partage des personnes, qui s'y disposent par une entière abnégation, et qui, mettant en pratique ce que nous avons dit de la Doctrine de J.-C., méritent qu'il accomplisse en elles cette belle promesse : Je me ferai connaître à lui. (Jean. 14, 21)


Ces communications de la part de Notre-Seigneur , qui s'insinue dans la volonté de l'homme, n'ont-elles jamais d'autre objet que Jésus-Christ ?

Il arrive quelquefois que la personne à qui J.-C. se communique de la sorte, n'a d'autre idée que celle du S. amour, auquel elle attribue toutes ces grâces : elle ne voit qu'amour, elle ne savoure qu'amour, elle est comme perdue et absorbée dans l'amour. C'est pour cela que sainte Catherine de Sienne terminait toutes ses Épitres par ces deux paroles, Jésus Amour, que S. François de Paule avait toujours à la bouche le mot de charité ; que sainte Françoise d'Assise employait dans ses cantiques le mot d'amour, sans ordre et sans mesure. Il s'est trouvé des âmes si occupées et si pénétrées de cette simple vue d'amour qu'elles ne répondaient autre chose à toutes les questions qu'on leur faisait : Qui êtes-vous ? Amour : Que cherchez-vous ? Amour, etc.



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Jean-Joseph Surin, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4), Réflexions sur la nature et les forces des Démons, et sur l'économie du Royaume des ténèbres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Amour du Père Surin pour tout ce que Notre-Seigneur a aimé, et premièrement de sa grande dévotion à la très-sainte Vierge, Du grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, SCIENCE EXPÉRIMENTALE DES CHOSES DE L'AUTRE VIE, Acquise par le Père Jean-Joseph Surin, Exorciste des Religieuses Ursulines de Loudun, De l'imagination de l'homme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la vie Apostolique, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du bon Directeur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conduite des âmes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'étude des Lettres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réponse à quelques doutes touchant l'Oraison, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Ce qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, Clerc Régulier Théatin, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison qui convient à la voie extraordinaire, et Avis nécessaires à ceux qui sont dans cette voie, par le R.-P Jean-Joseph Surin, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (1), Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (2), Des qualités qui sont propres dans la voie extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la voie surnaturelle ou extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'avancement de l'âme et des principaux moyens qui peuvent le procurer, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens extérieurs qui aident à acquérir la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens intérieurs qui aident à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels sont les devoirs de piété dont il faut s'acquitter envers les Saints ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'occuper des souffrances de Jésus-Christ ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'exercer en ce qui regarde la Doctrine de Jésus-Christ ?, De la vie intérieure, et de la familiarité avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du Père Surin pour la pauvreté, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du renouvellement de l'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Habits, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie illuminative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, De l'amour admirable du Père Surin pour les souffrances, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la vie Purgative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, Du devoir des Veuves, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, et Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?.












dimanche 5 avril 2020

De la vie Apostolique, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :




De la vie Apostolique



Quelles sont les parties essentielles qui forment caractère de la vie apostolique ?

Il y en a trois, qui sont, l'Oraison, la Pénitence, et le zèle.


Sur quoi fondé dites-vous que l'Oraison est nécessaire aux hommes Apostoliques ?

Sur ce que tous les Apôtres s'y sont extraordinairement appliqués, et que c'est dans cette source qu'ils ont puisé les forces dont ils avoient besoin pour remplir les fonctions de l'Apostolat. Jésus-Christ leur divin modèle se retirait au désert, ou sur les montagnes pour prier. Nous apprenons de saint Pierre, que les premiers Disciples ont suivi l'exemple de leur Maître : Pour nous, dit-il, nous vaquerons assidûment à la prière et au ministère de la parole. Il est dit de S. Barthélemi, qu'il se mettait en prière cent fois le jour, et cent fois la nuit ; et de saint Jacques, que la peau de ses genoux s'était endurcie comme celle d'un chameau, par le long usage de la prière. Les Basiles, les Chrysostômes, les Jérômes, et les autres grands hommes qui ont succédé aux Apôtres, et qui ont hérité de leur esprit, ont eu recours à la retraite, et se sont disposés par un long exercice de l'oraison, à travailler utilement au salut des âmes.


Quelles qualités doit avoir l'Oraison d'un homme Apostolique ?

Elle doit être élevée, fervente et continuelle.


Qu'est-ce qui en fait l'élévation ?

La foi vive et pure, qui en est le fondement, et qui élève l'esprit au-dessus de tout ce qui est créé ; ce qui convient fort à un homme qui doit vivre sur la terre, comme s'il était déjà citoyen du Ciel.


En quoi consiste la ferveur de cette Oraison ?

En ce qu'elle part d'un cœur ardent et embrase de l'amour divin. C'est ce qu'on a remarqué dans saint Xavier. On eût dit, lorsqu'il commençait sa prière, que des flammes sortaient de sa bouche, à chaque parole qu'il proférait.


Pourquoi l'appelez-vous continuelle ?

Pour faire entendre qu'elle doit être assidue, et qu'un Apôtre doit donner à la prière tout le temps qui n'est pas occupé par ses fonctions. Saint Dominique regardait l'Église comme son habitation ordinaire ; il s'y rendait souvent, et y passait les nuits entières. Saint Xavier, après avoir travaillé tout le jour, se retirait dans quelque Église pour y passer la nuit, qu'il partageait entre la prière et un peu de sommeil qu'il prenait sur les marches de quelque Autel. Saint Ignace n'a point limité aux Profès de sa Compagnie, le temps de leur Oraison, pour leur faire entendre qu'ils doivent y employer tout le temps qu'ils ont de reste, après s'être acquittés de leurs emplois. Et parlant des Supérieurs, il dit, que leurs prières et leurs saints désirs sont comme les deux épaules avec lesquelles ils doivent soutenir les maisons dont on leur confie la conduite ; conformément à ce que dit saint Grégoire, de ceux qui président au gouvernement des Monastères ; que comme ils sont obligés par leur charge à être les premiers dans l'action, pour donner le mouvement à tout, ils doivent aussi être les plus appliqués et les plus assidus, à la contemplation.


Pourquoi dites-vous que la pénitence est une partie de la vie apostolique ?

Parce que tous les hommes Apostoliques ont été de grands pénitents. Saint Jean Baptiste se distinguait par sa vie austère, et il préparait la voie au Messie, en pratiquant lui-même la pénitence qu'il prêchait aux autres. Jésus-Christ qui l'a prêchée après son saint Précurseur, soutenait sa prédication par son exemple, témoin ses jeûnes au désert, et ses longues Oraisons. Tous les Saints qui ont reçu une portion de l'Esprit Apostolique, ont tenu la même conduite, et surtout les Fondateurs des Religions ; ils ont tous fondé leurs Ordres sur les austérités, ou sur de grands travaux pour le salut du prochain, qui sont une espèce de pénitence très-rude. C'est pour cette raison que le Fondateur de la Compagnie de Jésus n'a point ordonné de pénitences extérieures aux Profès de son Ordre : mais ne pouvant sagement leur en prescrire, il leur a laissé la liberté d'en faire autant qu'ils voudront, pourvu que ce soit de l'avis de leur Confesseur.


Qu'est-ce que le zèle qui fait partie de l'esprit apostolique, et comment peut-on le pratiquer ?

C'est un désir ardent de procurer la gloire de Dieu, en contribuant au salut des âmes ; désir dont les hommes Apostoliques ont tous été enflammés. Ce zèle emploie différents moyens, qui sont principalement les avis donnés à propos, la Confession et la Prédication.


Qu'entendez-vous par les avis donnés à propos ?

J'entends ce que saint Paul entendait, lorsqu'il disait aux Fidèles : Je n'ai point cessé nuit et jour d'exhorter avec larmes chacun de vous ; c'est-à-dire, qu'un Apôtre doit profiter des entretiens ordinaires, pour porter les âmes à la vertu, tantôt en les instruisant, tantôt en les corrigeant, tantôt en leur donnant la consolation dont elles ont besoin. Il est toujours suffisamment autorisé pour instruire les autres dans les conversations familières qu'il a avec eux, et il ne doit laisser échapper aucune occasion de leur apprendre ce qu'il est nécessaire qu'ils sachent touchant la Foi et les bonnes mœurs. Il doit aussi quelquefois, quand Dieu l'inspire, et que la charité et la prudence le permettent, reprendre avec une sainte liberté ceux qui commettent le mal devant lui, pour satisfaire à ce précepte de saint Paul, Reprenez, suppliez, menacez, et n'autorisez pas le vice par un lâche silence, lorsqu'il est à propos de parler. Et comme le monde est plein de personnes affligées, qui souffrent des pertes de bien, ou des maladies, ou des contradictions de la part des hommes ; rien ne convient mieux à un homme Apostolique, que de faire part aux autres de la consolation divine dont il doit être plein lui-même, conformément à ce que dit S. Paul : Afin que par les choses que Dieu nous dit pour nous encourager nous-mêmes, nous puissions aussi de notre côté consoler ceux qui sont accablés de toutes sortes de maux.


Comment faut-il aider les âmes dans la Confession ?

Premièrement, il faut user d'une sainte adresse pour les engager à s'acquitter exactement de leur devoir, en leur adoucissant la peine qu'elles ont à déclarer leurs péchés, en leur proposant des motifs de contrition, en les aidant à former une résolution sincère de s'amender, et en les encourageant à la pratique de la pénitence. Secondement, on doit leur parler avec beaucoup de douceur, et avec une bonté véritablement paternelle. Car comme il convient au Prédicateur de reprendre vivement les vices, il convient au Confesseur de traiter doucement les pécheurs, et d'employer la tendresse de la charité pour les gagner à Dieu. Troisièmement, on ne doit pas se contenter d'écouter avec patience, d'interroger avec sagesse, et de donner l'absolution ; il faut y ajouter quelque avis salutaire, quelque instruction courte et efficace, qui puisse servir au pénitent de règle de conduite, conformément aux devoirs de son état.


Comment faut-il se servir de la Prédication pour aider les âmes ?

Nous avons touché cette matière dans le Chapitre septième de la troisième Partie. Nous dirons ici en peu de mots, que ceux qui prêchent l'Évangile doivent suivre la méthode de Jésus-Christ, des Apôtres, et des autres Saints qui ont exercé le ministère de la parole. Ces grands hommes ne s'amusaient point à faire de longs préambules, ils allaient d'abord au fait ; ils proposaient à leurs auditeurs ce qu'il y avait de plus important et de plus frappant dans le sujet qu'ils voulaient traiter ; et ils ne perdaient pas le temps à faire des raisonnements subtils, qui ne sauraient manquer de fatiguer et de rebuter un auditoire, parce qu'ils ne sont pas à la portée du grand nombre de Chrétiens ; outre qu'ils ne servent de rien pour remédier à leurs besoins spirituels.
Par exemple, le Dimanche de la Sexagésime, à l'occasion de la parabole du Semeur ; au lieu de faire, comme font quelques-uns, de grands raisonnements sur la manière dont le Verbe est sorti du sein de son Père pour venir dans le monde, pourquoi ne pas s'attacher d'abord au sens de la parabole, fixé par Jésus-Christ, et distinguer avec ce Dieu-Homme, trois sortes de personnes qui entendent la parole de Dieu, dont les unes, par leur dissipation volontaire, ressemblent à un grand chemin qui est ouvert à tous les passants ; les autres à une terre pierreuse, parce qu'elles n'ont pas soin d'attirer sur elles les influences du Ciel par leurs prières ; et les troisièmes à un champ couvert d'épines, qui représentent les soins, les richesses et les plaisirs de la vie, et qui étouffent la semence de la parole de Dieu ? Dans ces trois vérités, soutenues par les mouvements qui attendrissent les cœurs, il y a de quoi faire un Sermon très-utile.
Tels étaient les discours de Notre-Seigneur, de ses Disciples, et des autres Saints leurs successeurs, sur le ministère desquels le Ciel a répandu ses bénédictions avec le plus d'abondance. II faut mettre de ce nombre S. Chrysostome parmi les premiers Pères de l'Église ; et parmi ceux des derniers siècles, saint Vincent Ferrier, dont les prédications étaient suivies de succès prodigieux. Ces grands hommes s'attachaient d'abord aux vérités importantes qui regardent la pratique ; au lieu que plusieurs Prédicateurs se contentent de les indiquer en passant à leurs auditeurs, comme le fruit qu'ils doivent tirer du Sermon, ou ne les touchent qu'à la fin, après avoir lassé les esprits par des raisonnements secs, et souvent peu nécessaires.


Reportez-vous à De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du bon Directeur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conduite des âmes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'étude des Lettres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réponse à quelques doutes touchant l'Oraison, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Ce qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, Clerc Régulier Théatin, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison qui convient à la voie extraordinaire, et Avis nécessaires à ceux qui sont dans cette voie, par le R.-P Jean-Joseph Surin, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (1), Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (2), Des qualités qui sont propres dans la voie extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la voie surnaturelle ou extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'avancement de l'âme et des principaux moyens qui peuvent le procurer, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens extérieurs qui aident à acquérir la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens intérieurs qui aident à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réflexions sur la nature et les forces des Démons, et sur l'économie du Royaume des ténèbres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels sont les devoirs de piété dont il faut s'acquitter envers les Saints ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'occuper des souffrances de Jésus-Christ ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'exercer en ce qui regarde la Doctrine de Jésus-Christ ?, De la vie intérieure, et de la familiarité avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du Père Surin pour la pauvreté, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du renouvellement de l'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Seigneur, que vous plaît-il que je fasse ?, Des Habits, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie illuminative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la mémoire, par Le R.-P. Jean-Joseph Surin, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Combien sont mal fondées les plaintes de ceux qui se disent incapables de méditer, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, Les voies du salut, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour admirable du Père Surin pour les souffrances, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'imagination de l'homme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'entendement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la colère, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie Purgative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, Du devoir des Veuves, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?, Le souvenir de nos péchés est un moyen propre pour nous aider à supporter avec résignation, toutes les afflictions que Dieu nous envoie, Avis pour la lecture spirituelle, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), et Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4).















dimanche 15 mars 2020

Ce qu'il faut faire pour éviter les pièges et les tentations du démon


Extrait de "Traité de la vie spirituelle" de Saint Vincent Ferrier :


Saint Bruno

Celui qui voudra éviter les pièges et les tentations du diable, particulièrement à la fin de sa vie, doit être persuadé de deux choses. La première, qu'il ne doit pas avoir d'autre sentiment de lui-même, ni s'estimer davantage, qu'un cadavre rempli de vers, et donné en proie à la pourriture, dont ceux qui approchent tâchent de détourner les yeux, pour ne point voir une chose si affreuse, et font ce qu'ils peuvent pour ne point sentir la mauvaise odeur qui en sort. C'est ainsi, mon cher frère, que vous et moi devons toujours penser ; mais je le dois encore plus que vous, puisque je reconnais, avec justice, qu'il n'y a en moi que corruption dans le corps et dans l'âme ; qu'il n'y a au-dedans de moi que la mauvaise odeur de mes péchés, et d'une iniquité qui doit faire horreur ; et ce qui est encore plus fâcheux, c'est que de jour en jour je sens que cette corruption s'augmente et se renouvelle.
C'est le sentiment que l'âme fidèle doit avoir d'elle-même. Il faut qu'elle s'humilie profondément en la présence de Dieu qui voit tout ; qu'elle le considère comme un Juge très-sévère, qui lui demandera un compte exact et rigoureux de toute sa conduite. Elle ne saurait donc ressentir trop de douleur de l'avoir offensé, et d'avoir perdu la grâce qui lui fut donnée par le Baptême, où elle avait été lavée et purifiée dans le sang même de Jésus-Christ.
Ce n'est pas assez que l'âme reconnaisse sa corruption devant Dieu, et qu'elle-même en soit persuadée ; il faut, outre cela, qu'elle consente à donner ce spectacle, non-seulement aux Anges, et aux Saints du Ciel et de la terre, mais encore à tous les hommes ; qu'ils n'aient par conséquent que du mépris pour ses paroles et pour ses actions ; qu'ils se détournent pour ne la point voir, et pour ne point sentir l'odeur de sa corruption ; qu'ils la rejettent d'entre eux comme une personne morte avec qui ils ne veulent plus avoir de commerce, qui n'est plus de leur société, et qui à leur égard est quelque chose de plus horrible qu'un lépreux ; et cela jusqu'au temps que la grâce de Dieu daignera la visiter et la faire rentrer en elle-même. Qu'elle soit encore persuadée, que les hommes ne lui feraient aucun tort, mais la traiteraient comme elle le mérite, quand même ils lui arracheraient les yeux, qu'ils lui couperaient les mains, et lui feraient souffrir toutes sortes d'autres maux, dans un corps qui lui a servi pour offenser le Dieu qui l'a créée.
La seconde chose, est de désirer d'être humilié et méprisé, et de souffrir non-seulement avec patience, mais même avec beaucoup de joie, toutes les calomnies, les injures, les ignominies, enfin tout ce qu'il y a de plus fâcheux et de plus humiliant.
Il faut encore avoir beaucoup de défiance de soi-même, de tout ce qu'on a pu faire de bien, et de toute sa conduite passée, se tourner entièrement vers Jésus-Christ, et se jeter entre les bras de ce divin Sauveur, qui s'est réduit à une extrême pauvreté, qui a souffert toutes sortes d'opprobres, de mépris et d'humiliations, et une mort très-cruelle pour l'amour de nous.
Mourez donc à tous les sentiments, et à toutes les affections humaines, afin que Jésus-Christ crucifié vive dans votre cœur et dans votre esprit, et qu'étant tout transformé, et pour ainsi dire, tout transfiguré, vous n'ayez plus d'autre sentiment dans le cœur, que vous n'écoutiez, que vous ne regardiez plus que votre Seigneur attaché à la Croix et mourant pour vous, suivant en cela l'exemple de la sainte Vierge ; en sorte qu'étant entièrement mort au monde, votre âme n'ait plus d'autre vie que celle de la Foi ; attendant ainsi cette résurrection bienheureuse, où le Seigneur vous comblera d'une joie spirituelle et des dons de l'Esprit saint : vous, dis-je, et toutes les personnes dans lesquelles doit se renouveler l'état des Apôtres et la première ferveur de l'Église. Ayez donc soin de vous exercer à la prière, à la méditation, et aux saintes affections, pour obtenir les dons et les grâces de Dieu.
Les sentiments où vous devez être à son égard, se réduisent principalement à sept, qui sont : 1°. de l'aimer d'un amour très-vif, et très ardent. 2°. De le craindre par-dessus toutes choses. 3°. De lui rendre l'honneur et le respect qui lui sont dus. 4°. D'avoir un zèle très constant pour son service. Joignez à cela, 5°. les actions de grâces. 6°. Une obéissance prompte et parfaite pour tout ce qu'il vous ordonne, et autant qu'il est en vous. 7°. Le goût des choses du Ciel, lui disant sans cesse : Seigneur Jésus, faites par votre grâce, que mon esprit, mon cœur, et jusqu'à la moelle de mes os soient pénétrés de crainte et de respect pour vous, que je brûle d'un zèle ardent pour tout ce qui regarde votre gloire. Que ce zèle, ô mon Dieu, m'inspire pour tous les outrages que l'on a pu vous faire, une horreur extrême ; mais qu'elle redouble, si j'ai été moi-même assez malheureux pour vous outrager, ou que d'autres l'aient fait à mon occasion. Accordez-moi encore par votre bonté, qu'étant votre créature, je vous adore, avec une profonde humilité, comme mon Dieu et comme mon souverain Seigneur ; que je sois pénétré de reconnaissance pour toutes les grâces et pour tous les bienfaits sans nombre que j'ai reçus de votre miséricorde, et que je vous en rende de continuelles actions de grâces. Faites que je vous loue et que je vous bénisse toujours avec une joie parfaite et une entière effusion de cœur, et que vous obéissant en toutes choses, je puisse goûter un jour la douceur infinie de votre festin éternel, avec les Anges, les Apôtres, et tous vos Saints, quelque indigne que je sois d'une si grande grâce par mes continuelles ingratitudes.
Après vous avoir marqué quels sont les sentiments dans lesquels vous devez tâcher d'entrer à l'égard de Dieu, je vous en ferai remarquer sept autres, dans lesquels vous devez vous exercer par rapport à vous-même. 1°. C'est de vous humilier sans cesse pour vos imperfections et pour vos défauts. 2°. De pleurer continuellement, avec une douleur vive et amère, les péchés où vous êtes tombé, par lesquels vous avez été assez malheureux pour offenser votre Dieu et pour souiller votre âme. 3°. De souhaiter d'être méprisé, humilié, et foulé aux pieds de tout le monde, comme la plus méprisable de toutes les créatures et la plus remplie de corruption. 4°. D'exercer sur votre corps les plus rigoureuses macérations, et de lui en souhaiter de plus grandes encore, s'il est possible, le regardant comme le péché même ; ou, s'il est permis de parler ainsi, comme une sentine et un sépulcre où se trouvent renfermées toutes les horreurs. 5°. D'avoir une haine irréconciliable contre le péché, et contre les sources et les mauvaises inclinations qui le produisent. 6°. De veiller avec une application forte et continuelle sur tous vos sens, toutes vos actions, et toutes les puissances de votre âme, afin d'être toujours prêt et disposé à toutes sortes de bonnes œuvres, sans jamais vous lasser de cette attention et de cette vigilance. 7°. C'est enfin de garder en toutes choses les règles de cette modération parfaite, qui sait nous faire éviter l'excès, et le défaut, le trop, ou le trop peu, retrancher le superflu, sans faire tort au nécessaire ; en sorte qu'il n'y ait rien qui ne soit dans la bienséance et dans l'ordre.


Reportez-vous à De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Qu’il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le retour de sa grâce, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Doctrine et paroles remarquables du bienheureux Frère Égide, compagnon de Saint François d'Assise : Sur la Chasteté, les Tentations et l'Oraison, Les pièges du Diable, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, L'obéissance est la fille et l'inséparable compagne de l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, Prière pour demander l'humilité, Méditation sur l'ignorance de l'homme à l'égard de l'état de grâce, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la vaine gloire, et Tu es poussière et tu retourneras en poussière.














samedi 14 mars 2020

De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :




De quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection



Quelles sont ces industries ?

Ce sont certains moyens qui dans leur simplicité renferment beaucoup de choses. On peut les comparer à ces sentiers qui accourcissent le chemin, et qui en demi-heure conduisent où l'on ne pourrait arriver qu'en deux heures par le chemin ordinaire. Ces industries sont au nombre de six.


Quelle est la première industrie ?

Elle suppose qu'on a déjà formé le dessein de sa perfection, et qu'on a la volonté d'y travailler ; et elle consiste à se maintenir dans une résolution ferme et habituelle d'éviter tout ce qui pourrait nuire le moins du monde à ce dessein, tout ce qui pourrait faire tomber dans la moindre imperfection, tout ce qui n'est pas parfaitement conforme à la volonté de Dieu. Ces occasions sont fréquentes, elles surprennent ceux qui ne sont pas extrêmement sur leurs gardes pour s'en éloigner dès qu'elles se présentent. C'est l'avis que donne saint Vincent Ferrier dans son Traité de la Vie spirituelle : Fuyez celui qui pourrait vous être occasion de la moindre imperfection, comme si c'était un Démon. Ce qui ne doit pas s'entendre des personnes avec qui on est obligé de converser, ni des occupations auxquelles notre état nous engage, ni des occasions auxquelles notre devoir nous expose ; mais de toutes les autres qu'il faut fuir ou quitter, dès qu'on s'aperçoit de quelque danger. Une personne qui s'est fait une loi de cette vigilance, et qui garde constamment cette loi, peut dire qu'elle a trouvé le secret d'arriver bientôt à la perfection, et de couper court à mille difficultés qui retardent beaucoup les autres hommes, et qui leur allongent le chemin.


Quelle est la seconde industrie ?

C'est de ne point se contenter des résolutions générales, et d'une bonne volonté, qui propose en gros tout le bien que l'on peut faire ; mais de descendre dans le détail, prenant à tâche de se corriger de quelque vice en particulier ; par exemple, de combattre le respect humain, de retrancher les inutilités de l'esprit, ou de guérir l'intempérance de la langue. On ne saurait montrer plus de bonne volonté, qu'en s'appliquant ainsi à des sujets particuliers ; outre qu'on est assuré de ne pas travailler en vain, et même de faire des progrès considérables. Il faut dire de l'acquisition des vertus, ce que nous avons dit du combat contre les vices : on doit les entreprendre l'une après l'autre, et s'adonner, par exemple, à la recollection, ou à la conformité à la volonté divine. On ne saurait tenir longtemps une telle conduite, sans se trouver beaucoup avancé. Et c'est ce que nous appelions un secret et une industrie ; parce qu'en effet il y a peu de gens qui connaissent l'utilité de cette pratique, et que parmi ceux qui la connaissent, il y en a encore moins qui aient le courage d'y persévérer.


Quelle est la troisième industrie ?

C'est de faire grand cas des petites choses, soit en matière de mal, soit en matière de bien : de compter pour beaucoup les moindres défauts ; d'exagérer dans son idée les plus petites imperfections, plutôt que de les traiter de fautes légères et sans conséquence. C'était la maxime du dévot Berchman, Religieux de la Compagnie de Jésus. Il est à propos, disait-il, de faire de grandes pénitences, pour expier les plus petites fautes. Pro parvis defectibus, magnas agere poenitentias decet. Il en est de même de la pratique du bien ; il ne faut rien négliger de tout ce qu'on peut faire pour Dieu, quelque peu important qu'il paroisse ; et il faut être persuadé que le moindre acte de vertu, que la fidélité à remplir le moindre de ses devoirs, et à se mortifier jusques dans les moindres choses, est une occupation très-noble et très avantageuse. Une personne qui est dans cette disposition, fait en peu de temps et sans beaucoup de travail, un grand fonds de vertu et de richesses spirituelles.


Quelle est la quatrième industrie ?

C'est de choisir un bon Directeur, et de se soumettre à ses lumières avec une entière déférence. Au sentiment de saint Vincent Ferrier, il n'est point de voie plus courte ni plus sûre pour mener à toute sorte de vertu et de perfection ; et l'expérience nous fait voir que ceux qui s'abandonnent ainsi à la conduite d'autrui, font en très peu détenu ce que d'autres ne sauraient faire en plusieurs années. Mais comme il y a peu de gens qui prennent ce moyen, on peut dire que c'est un secret et une industrie cachée. Nous avons traité cette matière dans le Chapitre troisième de la quatrième Partie.


Quelle est la cinquième industrie ?

C'est d'avoir une dévotion particulière à la sainte Vierge et à saint Joseph. L'expérience de tous ceux qui ont eu recours à leur intercession, nous prouve que c'est là comme un trésor caché, d'où l'on tire de grandes richesses. Nous avons parlé ailleurs de la dévotion à la sainte Vierge. Ce qu'on doit à saint Joseph, se réduit à avoir une haute idée de ses mérites, une grande confiance en sa bonté, et un amour tendre pour sa personne.


D'où tirez-vous les preuves des mérites de saint Joseph ?

De sa qualité d'Époux de la sainte Vierge, et de Père putatif de Jésus-Christ. Car quoiqu'il n'eût point de part à la naissance du Messie, il avait sur lui tous les droits de Père, étant chargé de le nourrir et de le conduire : ce qui suppose en lui de grands talents et des vertus éminentes. Dieu l'a choisi, dit S. Bernard, pour être le nourricier de sa sainte humanité ; pour servir de soutien et de soulagement à sa Mère ; et pour être sur la terre son unique Ministre dans l'exécution du grand dessein de la Rédemption. Que de vertus ne demandent pas un tel ministère ! Quel discernement et quelle prudence pour conduire la plus grande affaire du monde, où il ne s'agissait de rien moins que des actions et de la vie de J. C. et de la sainte Vierge qui lui étaient soumis pour leur conduite extérieure ? Quelle pureté et quelle fidélité tout ensemble, pour converser familièrement avec cette Vierge, dont il était l'Époux ; et cependant pour la regarder constamment comme un dépôt dont il n'était que le gardien !
Ce qui prouve encore bien l'excellence de ses mérites, ce sont les privilèges singuliers dont il a été favorisé. Le premier est d'avoir vécu en la compagnie de deux personnes dont la présence dans le Ciel fait la joie et la gloire des Anges mêmes. Le second, est d'avoir eu Jésus et Marie pour l'objet de sa dévotion, c'est-à-dire, deux personnes qui naturellement lui étaient infiniment chères ; en quoi son bonheur était extrême : parce que, quoiqu'il les aimât d'un amour très-pur, et par un principe de grâce, il lui étroit aussi doux et aussi agréable de les aimer, qu'à un Père d'aimer son Fils, et à un Époux son Épouse, outre qu'il les voyait continuellement de ses yeux ; ce que nul autre que lui n'a jamais pu dire de l'objet de sa dévotion. Le troisième est d'être mort entre les bras de Jésus et de Marie. Comme la mort est le passage du teins à l'Éternité, on peut dire que cette faveur qui lui est particulière, renferme toutes les autres, et prouve seule son bonheur et son mérite, parce qu'elle couronne en lui une sainte vie par une très-sainte mort.


Sur quoi est fondée la confiance que nous devons avoir en ce grand Saint ?

Sur l'expérience d'un très-grand nombre de personnes qu'il a puissamment aidées, et qui doivent à son intercession la perfection éminente où elles sont arrivées.


Par où mérite-t-il notre tendresse ?

Par le caractère de sa sainteté, lequel est très-aimable et fort touchant. Il est difficile de faire attention aux communications intimes qu'il a eues avec Jésus-Christ et la sainte Vierge, à la familiarité surprenante dont ils ont usé envers lui, et aux services qu'il leur a rendus, sans être porté à l'aimer, et à l'aimer avec tendresse.


Par quelles saintes pratiques peut-on honorer saint Joseph ?

En l'invoquant souvent, en recourant à lui dans le besoin, et en s'occupant à méditer sur ses vertus et sur les événements de sa vie. On peut réduire tout ce qui regarde ce grand Saint à ces chefs ; savoir, sa naissance, son mariage avec la sainte Vierge, sa fidélité à soutenir l'épreuve où le mit la grossesse de son Épouse, les fatigues qu'il endura dans sa fuite en Égypte, sa douleur lorsque l'Enfant Jésus demeura perdu pendant trois jours, et son heureuse mort ; à quoi on peut ajouter sa Résurrection avancée: car il est très probable qu'il fut du nombre de ceux qui ressuscitèrent à la mort de J. C.


Quelle est la sixième industrie ?

C'est la pratique de la conformité à la volonté de Dieu, laquelle consiste à faire ce que Dieu veut, à le faire comme il veut, et parce qu'il le veut, ne se proposant jamais d'autre motif que celui de le contenter. Nous avons parlé de cette pratique en plusieurs endroits ; mais surtout au Chapitre second de la troisième Partie. Au sentiment des Saints, il n'y a rien de plus utile et de plus excellent dans la vie spirituelle ; c'est un secret merveilleux. Qui l'a découvert, et sait s'en servir, arrivera bientôt à l'union divine.
On peut mettre, au nombre des industries qui conduisent à la perfection, ce que nous avons dit de l'amour des souffrances au dernier Chapitre de la quatrième Partie. Épouser la Croix, c'est-à-dire, ne pouvoir vivre sans souffrance, mettre son plaisir dans la douleur, sa gloire dans le mépris, ses richesses dans la pauvreté ; c'est sans contredit le plus grand secret de la vie spirituelle; c'est une source inépuisable de mérites, et un moyen infaillible pour faire de continuels progrès. Il n'y a nulle comparaison à faire entre les personnes qui sont dans cette disposition, avec celles qui n'y sont pas.



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