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vendredi 25 février 2022

Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit



Saint Augustin remarque très-bien, que comme le corps naturel de l'homme reçoit uniquement sa vie de l'âme qui l'anime ; de même tous les Chrétiens qui sont le corps mystique de Jésus-Christ, ne vivent tous que de son seul Esprit : et comme le corps naturel meurt à même temps que l'âme en est séparée, aussi le Chrétien tombe dans un état funeste d'une mort la plus horrible de toutes, lorsqu'il perd la grâce et l'amour de Jésus-Christ par le péché. C'est l'état malheureux du monde dans l'abandonnement à ses convoitises, dont l'on peut assurer ce que le Fils de Dieu ordonne de dire de sa part à l'Évêque de l'Église de Sardes : Je sais quelles sont vos œuvres ; vous avez la réputation d'être vivant, quoique vous soyez mort. Ô combien y en a-t-il dans le monde, qui sont des gens pleins d'une grande santé, qui passent leurs jours dans les divertissements et dans les plaisirs, qui se promettent de longues années, et qui devant Dieu sont véritablement morts ! Hélas ! c'est à quoi le monde pense peu, et c'est bien à quoi il devrait penser. Les soins de la santé du corps occupent presque tous les hommes. C'est ce que partout on se demande les uns aux autres. Dès qu'on se rencontre, la première chose dont il est question, c'est de la santé du corps. A l'abord on se demande, Comment vous portez-vous ? Mais combien y en a-t-il de ceux qui répondent qu'ils se portent bien, qui ont perdu la véritable vie, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ ? Combien y en a-t-il que l'on complimente sur leur bonne santé, à qui l'on devrait donner des larmes sur l'état de leur mort lamentable ? Ô mort infiniment affreuse aux yeux de Dieu et de ses Anges !
Or cette mort arrive, parce que le Saint-Esprit n'habite plus dans l'âme, qui est privée de la grâce sanctifiante par le péché, et qui n'en reçoit plus la véritable vie. Mais le malheur des malheurs du monde, est que non-seulement il n'a pas le Saint-Esprit, mais qu'il ne le peut recevoir. Ce sont les propres paroles du Fils de Dieu, en saint Jean au chapitre quatorze, qui promettant à ses Disciples le Saint-Esprit, leur déclara que le monde ne le peut recevoir ; c'est-à-dire, le monde demeurera dans la corruption, le monde ne cessant point d'être monde, de même que la nuit ne peut pas être le jour, et le jour la nuit. Il faudrait que le monde changeât d'esprits, de sentiments, de maximes, d'inclinations. L'esprit du monde et l'Esprit de Dieu ne sont pas seulement dissemblables, mais entièrement contraires : on ne peut les avoir ensemble, ils sont incompatibles.
C'est ce que saint Jacques, dans son Épître catholique, enseigne admirablement, par l'opposition de la sagesse qui vient du Ciel, de l'Esprit de Dieu, et la sagesse du monde. La sagesse qui vient d'en haut, dit cet Apôtre, est chaste, paisible, modeste, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres ; elle n'est point défiante ni dissimulée : et la sagesse du monde est une sagesse terrestre, sensuelle et diabolique.
La sagesse qui vient du Ciel, du Saint-Esprit, est chaste, paisible, modeste, et détachée de son propre sens : car elle est pure, et élevée au-dessus des sens, qui sait les mortifier et les vaincre, qui prend et se sert des moyens propres à les assujettir à la grâce, ainsi elle crucifie la chaire avec ses convoitises, et rend l'homme obéissant à Dieu, le tenant entièrement sous sa domination et son empire.
Elle est paisible, modeste, détachée de son propre sens, parce qu'elle fuit les contentions, elle se laisse facilement persuader, elle n'est pas opiniâtre, elle est prompte à se soumettre. Ces marques ont toujours servi de règle aux Saints et aux maîtres de la vie spirituelle, pour discerner si les personnes qui étaient en estime d'une sainteté singulière, avaient le véritable esprit de Dieu. Ainsi nous lisons des saints Solitaires, qui ayant appris la vie extraordinaire du bienheureux Siméon Stylite sur sa colonne, lui envoyèrent dire de leur part, qu'il eût à descendre de sa colonne, et à quitter le genre étonnant de vie qu'il menait, avec ordre, s'il résistait, de l'y obliger. Ces Pères ne trouvant point de marques plus assurées de l'esprit de Dieu, que la disposition à se soumettre ; et c'est ce qu'ils trouvèrent d'une manière admirable dans cet incomparable Saint, qui se mit en état d'exécuter l'ordre qu'il recevait, au même temps qu'on le lui eût proposé : et ce qui est très digne de remarque, c'est que ces Solitaires n'étaient pas ses supérieurs. C'est une maxime très-véritable, qu'il ne faut attendre rien de bon d'une personne qui est opiniâtre, propriétaire dans ses exercices de piété, quand elle ferait des miracles. L'Esprit de Dieu est un esprit de soumission et d'obéissance ; et non seulement de volonté, mais d'entendement : car le véritable obéissant ne veut pas seulement se soumettre en faisant ce qui lui est ordonné, mais il croit facilement que ceux qui lui commandent, ont raison, qu'ils sont plus éclairés que lui, qu'il se trompe dans ses pensées.
La sagesse du monde au contraire est terrestre, sensuelle, diabolique ; au lieu que celle de Die vient d'en haut, du Ciel. Celle-ci est toute de la terre ; c'est où elle prend son origine et ses progrès. Comme elle est toute dans l'estime des honneurs, des plaisirs, et des biens de la terre, c'est ce qui fait son occupation, comme nous l'avons remarqué, c'est à quoi elle s'applique, c'est ce qu'elle enseigne ; et ceux qui sont les mieux instruits dans ces affaires de la terre, qui inspirent plus les moyens d'y réussir, et qui y réussissent davantage, passent pour les plus habiles, ce sont les sages du monde. Bien loin d'être paisible, de posséder une véritable paix que Dieu seul donne, que l'âme seule possède, qui lui est entièrement unie, elle est toute dans les guerres qui viennent des cupidités, comme l'enseigne encore l'Apôtre saint Jacques, qui combattent dans le corps par la révolte des sens et des passions, par l'inclination aux voluptés, les membres servant d'armes au péché ; et au-dehors par les contestations et les querelles pour le bien et pour la gloire, qui sont les sources de toutes les guerres.
La sagesse du monde est sensuelle, toute animale, et par suite toute contraire à l'esprit. Dieu proteste dans l'Écriture, que son esprit ne demeurera plus dans l'homme, parce qu'il est chair : mais elle est diabolique, car elle vient du démon. Ainsi elle est fière, orgueilleuse, superbe ; elle marche en choses grandes, elle se porte à ce qui éclaire et ce qui est au-dessus d'elle. Ses yeux sont élevés, et son cœur enflé. Elle présume beaucoup d'elle-même, méprise facilement les sentiments des autres, pense toujours avoir raison, demeure propriétaire dans ses pensées, elle veut toujours l'emporter. Elle a un esprit dominant, une volonté dominante, elle préfère ses pensées à celles des autres, elle veut faire ce que ses pensées lui suggèrent. La superbe règne dans elle, comme dans le diable, d'où elle vient.
C'est cette sagesse diabolique qui est la source de toutes les hérésies, qui ont toutes un esprit particulier, opiniâtre, point de volonté à se soumettre, préférant leurs fausses lumières aux décisions des Papes et de l'Église, s'abusant quelquefois par quelques œuvres éclatantes d'aumônes, de retraite, d'austérités corporelles. C'est ce que l'on a vu dans plusieurs Pères du désert, qui ayant mené une vie angélique, se sont enfin perdus tombant dans l'hérésie, comme il est arrivé à plusieurs à l'égard de l'hérésie des Monothélites. Mais nous l'avons dit, et c'est ce que l'on ne peut jamais assez répéter ; jamais il ne faut attendre rien de bon d'une personne attachée à ses sentiments, opiniâtre dans ses pensées et ses actions, quand d'autre part elle ferait des miracles.
Malheur à vous, dit Dieu par le Prophète Isaïe, qui êtes sages à vos propres yeux, et qui êtes prudents en vous-mêmes. Et il dit en un autre lieu du même Prophète : Je ferai une merveille dans ce peuple ; car la sagesse des sages périra, et la prudence des hommes intelligents sera obscurcie. Malheur à vous qui vous retirez dans la profondeur de vos cœurs. L'Apôtre s'écrie, l'Écriture dit, J'arrêterai les sages dans leurs subtilités. Dieu a connu les pensées des sages, et en a découvert la vanité. Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la prudence des prudents. Où sont les Philosophes, les Docteurs de la Loi ? où sont les curieux des secrets de la nature ? C'est pourquoi il assure qu'il ne prêche point la sagesse de ce monde, ni des Princes du monde, c'est-à-dire des Démons. Il déclare que le Saint-Esprit dit clairement que quelques-uns renonceront à la foi, écoutant des esprits d'erreur, et des doctrines de démons ; voilà la sagesse diabolique.
Cette sagesse néanmoins terrestre, sensuelle et diabolique, est la sagesse du monde, si directement contraire à celle de Dieu ; que comme elle est une folie à ses yeux divins, selon la doctrine de l'Apôtre, de même la sagesse de Dieu est une folie aux yeux du monde. C'est par cette folie de la prédication, dit-il, qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui auront la foi : et il écrit de lui-même, qu'on le regardait comme un insensé. Il ne faut pas en être surpris, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, dont saint Marc l'Évangéliste, au troisième chapitre de son Évangile, rapporte que ses parents vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il a l'esprit aliéné. Après cela on ne doit pas s'étonner si ceux qui prêchent la pureté de son Évangile, qui enseignent que c'est un bonheur d'être pauvre, d'être misérable dans la vie présente, d'y avoir beaucoup de traverses et de contradictions ; que c'est un malheur d'être riche, et d'y avoir beaucoup d'honneurs et de plaisirs, et qui tâchent avec le secours de leur divin Maître, de prêcher plus ces vérités par leurs actions, que par leurs paroles, sont désapprouvés, sont méprisés, sont quelquefois moqués, si l'on s'éloigne d'eux, si la parenté, les familles les regardent comme des gens qui font tort à leur honneur. Cependant notre Apôtre écrit : Que nul ne se trompe soi-même. Si quelqu'un d'entre vous se croit sage selon le monde, qu'il devienne fou, c'est-à-dire qu'il renonce à la sagesse séculière, pour suivre les maximes du Fils de Dieu qui semblent folie.
Mais à qui le Seigneur donnera-t-il l'intelligence de la parole, dit le Prophète Isaïe ? à des enfants qu'on ne fait que de sévrer ? Ce ne sera pas aux superbes, mais ce sera à ceux qui ont la simplicité et l'innocence des enfants. Notre bon Sauveur rend grâces à son Père, de ce qu'il a caché les choses qu'il enseigne, aux sages et aux prudents ; car il les laisse dans leur aveuglement que leur cause leur orgueil, et de ce qu'il les a découvertes aux petits. Il ne les fait connaître et goûter intérieurement qu'aux simples et aux humbles. Il rend grâces à son Père, de ce que tel est son plaisir. Et saint Luc nous apprend que, lorsqu'il dit ces paroles, à cette heure-là même son esprit eut un transport de joie. Son plaisir, comme celui de son Père, est de s'entretenir avec les simples, et de leur découvrir ses secrets.
C'est ce qu'il a fait dès le commencement de l'établissement de l'Évangile, se communiquant à de pauvres pêcheurs, et se servant d'eux pour enseigner sa doctrine à toute la terre. C'est ce qu'il a fait dans la suite des siècles ; et on ne peut assez admirer les hautes et divines lumières qu'il a données aux Brigittes, aux Thérèses, et à d'autres personnes simples et sans lettres. Le Père Ribera de la Compagnie de Jésus, personnage d'une rare érudition, aussi-bien que d'une piété singulière, rapporte dans la vie qu'il a écrite de sainte Thérèse, que recevant plusieurs ordres de Dieu pour les dire de sa part, et la Sainte lui disant avec humilité, qu'elle s'étonnait de ce qu'il ne s'adressait pas aux doctes et savants, il lui répondit : Ma fille, ils ne me croiraient pas. Il parlait sans doute des doctes suffisants en eux-mêmes, et non pas des Savants qui sont humbles. Saint Jean, au Chapitre septième de son Évangile, écrit que les Archers envoyés par les Chefs des Prêtres et par les Pharisiens, étant retournés vers eux sans se saisir de la personne de notre Seigneur, et leur ayant dit, Jamais homme ne parla comme cet homme ; les Pharisiens leur répliquèrent, Êtes-vous aussi de ceux qui vous êtes laissés séduire ? Y-a-t-il quelqu'un des Magistrats ou des Pharisiens qui ait cru en lui ? ils ajoutèrent qu'il n'y avait que la populace. Il faut être humble, non seulement de paroles et à l'extérieur, mais il faut être humble de cœur pour recevoir l'esprit de Dieu et ses vérités. L'Apôtre saint Jacques dit de plus, que la sagesse qui vient du Ciel, n'est ni défiante ni dissimulée. Elle est toute sincère, elle fait marcher simplement sans aucuns détours. Elle parle comme elle pense, à la différence de la sagesse diabolique des hérétiques, qui cachent leur doctrine, qui la déguisent ; qui dans les apparences, quand ils craignent les Puissances Écclésiastiques ou Séculières, font profession des vérités catholiques, usant d'artifices, de restrictions, se réservant à se produire dans les temps qu'ils espèrent leur être favorables.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du monde en ce qu'il n'est point du Royaume de Dieu, Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans ses occupations, Des divertissements, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les devoirs des pères à l'égard de leurs enfants, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur l'Autorité, Le Malheur du monde pour les scandales, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.














vendredi 16 juillet 2021

Autres preuves de l'existence de Dieu : Les traces de son action dans la Création




Je l'ai rappelé dans le bref commentaire du texte de saint Paul aux Romains, Dieu, pour authentifier ses œuvres, les a comme signées, en laissant en chacune d'elles des traces de ses perfections invisibles. Les preuves que je vais développer ici aideront le lecteur à observer, pour quelques-uns, peut-être, à découvrir, ces traces de Dieu.

Observer des traces est à la portée de tout le monde. Ainsi, dans la vie courante, les empreintes laissées sur le sable fin de quelque plage déserte ou sur un tapis de neige, sont des signes que tout le monde peut voir et qui parlent. D'elles-mêmes, ces traces permettent d'affirmer qu'un homme ou un animal est passé par là. De plus, si l'on prend la peine de les observer de plus près, on peut même déterminer la nature de celui qui les a laissées. Les empreintes d'un oiseau ou d'un chien ne sont pas celles d'un homme et, quand il s'agit de ce dernier, on peut même savoir s'il était chaussé ou s'il allait nu-pieds. N'est-ce pas ainsi que raisonnent habituellement les gens sensés ?

Qui d'entre nous, apercevant quelques graffiti dans une caverne qu'il croyait inexplorée, n'acquiert, sur-le-champ, la certitude que quelqu'un l'a déjà visitée et qu'il y a laissé ces graffiti pour signaler son passage à ceux qui la visiteraient après lui ? De la même manière, s'il nous arrivait de découvrir, en quelque lieu que ce soit, deux simples pierres juxtaposées avec, entre elles, un peu de cendres, il ne nous viendrait pas à l'esprit de penser au hasard, ou à quelque animal qui les aurait posées là. Devant ce foyer éteint, qui manifeste le passage d'un être intelligent, le bon sens nous assure, tout naturellement, qu'un homme est passé là avant nous, ce foyer étant indubitablement la trace qu'il a laissée de son passage.

Après ces quelques explications, rappelons-nous une vérité qui, pour être évidente, n'en demeure pas moins oubliée de nos jours. Je veux parler de la notion d'ordre.

Il y a ordre, quand tout est bien à sa place, c'est-à-dire quand tout concourt à atteindre le but que l'on se propose d'atteindre. L'ordre exige donc, de toute nécessité :
— et une intelligence
— et une volonté.

Une intelligence, pour penser le but à atteindre et les moyens à prendre pour atteindre ce but.
Une volonté, pour disposer toutes choses comme l'a prévu l'intelligence en vue du but à atteindre.

Le hasard, qui ne produit de fait que du désordre, ne nécessite aucune intelligence.

Voici un exemple facile à comprendre :

Il permettra de mieux saisir cette double évidence. Imaginons une table recouverte d'une importante collection de timbres-poste de tous pays, parfaitement triés et classés en petites piles distinctes, suivant leur origine et la série auxquelles ils appartiennent. Le collectionneur, qui a passé des heures à faire ce tri, est sorti pour se détendre. Afin que personne ne brouille son classement, il a interdit l'entrée de la pièce où il a laissé sa collection.

Au retour de sa promenade, il trouve toutes les piles renversées et une grande partie des timbres en désordre sur le parquet.
— « Qui a fait cela ? »
— « Personne ! »

Le hasard pourrait-il expliquer ce désordre ? Parfaitement ! Et notre collectionneur doit se rendre à l'évidence. Avant de sortir, il avait bien poussé la fenêtre de la pièce, mais sans la fermer. Une tempête s'est levée, un grand vent a soufflé, ouvrant la fenêtre, renversant les piles et emportant les timbres qui sont retombés pêle-mêle sur le parquet de la pièce. Le désordre, qui ne requiert aucune intelligence, peut très bien s'expliquer par une cause aveugle, le hasard d'un coup de vent.

Découragé, notre collectionneur laisse ses timbres à terre et, après avoir fermé la fenêtre, s'en va faire une nouvelle promenade. La collection, il la reclassera plus tard ; à présent il a besoin de se changer les idées.

À son retour, après une absence de plusieurs heures, il retrouve toute sa collection sur la table et dans un ordre parfait. Tous les timbres sont à nouveau empilés, bien ordonnés, suivant leur pays d'origine et la série à laquelle ils appartiennent.
— « Qui donc m'a fait cette bonne surprise », demande-t-il, avec un large sourire ?
— « Le vent », répond un plaisantin. « Ce matin, vous aviez oublié de fermer la fenêtre de gauche et, cet après-midi, c'est celle de droite qui est restée ouverte. Et c'est encore le vent qui les a emportés, mais cette fois en sens inverse. Et voilà comment ils ont été remis en ordre ! »

Cette explication est-elle acceptable ?

Bien sûr que non, et aucun homme sensé ne pourra jamais l'admettre. Ah ! si les timbres, qui avaient été laissés en désordre sur la partie droite de la pièce, avaient été retrouvés en désordre sur le côté gauche, on aurait pu attribuer au hasard d'un coup de vent ce nouveau déplacement. Le vent, qui les avait emportés en désordre de gauche à droite, aurait très bien pu les emporter à nouveau et les déposer, toujours en désordre, de droite à gauche.

Mais lorsque des timbres qui étaient en désordre sont retrouvés en ordre, c'est que quelqu'un d'intelligent les a de nouveau classés. En effet, il faut nécessairement une intelligence pour reconnaître les séries et les pays auxquels chaque timbre appartient, et il faut aussi une volonté pour les regrouper sans les mélanger, c'est-à-dire pour les remettre en ordre.

Et toujours, en quelque domaine que ce soit, l'ordre qu'on y constate, c'est-à-dire l'arrangement des choses en vue d'obtenir une fin, prouve l'existence, et d'une intelligence qui a prévu la fin recherchée et le moyen pour l'atteindre, et d'une volonté pour exécuter le tout.

Une simple brouette, une modeste marmite, un foyer rudimentaire, tout ce qui représente un ordre quelconque, témoigne, répétons-le une fois encore, et de l'existence d'une intelligence qui a pensé la fin et les moyens pour atteindre cette fin, et d'une volonté qui a mis en place les moyens choisis.

Seuls les « imbéciles », au sens étymologique du terme, pourraient admettre que l'ordre puisse être le résultat du hasard. Un être intelligent ne l'admettra jamais ; il sait que, de fait, le hasard ne produit que du désordre.

Dieu s'est plu à laisser dans ses œuvres les traces de son action créatrice. Il les a laissées à notre intention, pour que nous les découvrions et que, par elles, nous arrivions à Le connaître Lui-même. Entreprenons cette découverte.


« Des preuves, excessivement fortes, d'un principe intelligent et bienfaisant nous entourent de toutes parts ; elles nous font voir, à travers la nature, l'influence d'un Être, d'un créateur et d'un Maître éternel. » (Lord Kelvin, physicien. Cité par les Drs Murat dans « Les grands témoignages de Dieu dans la nature »)



Extrait de Oui, c'est évident, Dieu existe vraiment, Père Noël Barbara, Ed. Fort dans la Foi.


Reportez-vous à Preuves classiques de l'existence de Dieu, Connaissance de l'existence de Dieu et Y a-t-il un Dieu qui s'occupe de nous ?.














dimanche 30 mai 2021

Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes



Les vertus morales, dit Saint Basile, ainsi que les arts et les sciences, ne s'acquièrent que par un exercice assidu et une pratique constante. Pour devenir bon Artisan, bon Musicien, bon Orateur et bon Philosophe, il faut s'exercer souvent aux actes qui sont propres à chacune de ces professions, et ce n'est que par l'exercice continuel qu'on peut y réussir. Aussi, pour acquérir l'humilité et les autres vertus morales, il faut en pratiquer les actes: et ce n'est que par cette méthode que l'on peut en contracter l'habitude. En vain dirait-on que le raisonnement et le discours, joints aux enseignements et aux conseils de l'Écriture, suffisent pour modérer les passions et pour en régler les mouvements; c'est se tromper, dit Saint Basile, que de raisonner de la sorte ; ce serait faire comme un homme qui apprendrait toute sa vie a bâtir, ou à battre de la monnaie, et qui cependant n'exercerait jamais ni l'un ni l'autre de ces arts. Il n'est pas douteux que celui qui n'emploierait tout son temps qu'à se remplir l'esprit de règles et de préceptes de quelque art que ce soit, sans penser à les mettre en pratique, ne deviendrait jamais un bon Artisan. Il en est de même de l'humilité : il est certain que l'on ne l'acquerra jamais, non plus que toute autre vertu, si l'on ne s'applique de toutes ses forces à les mettre en pratique : « Car ceux qui écoutent la loi, dit Saint Paul, ne sont pas pour cela justes devant Dieu ; mais ceux qui pratiquent la loi seront justifiés. »
Saint Augustin dit sur ces paroles du Sauveur : « Si je vous ai donc lavé les pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; » que ce que Jésus-Christ a voulu nous apprendre en lavant les pieds à ses Apôtres, c'est qu'il faut pratiquer l'humilité. « Ô bienheureux Pierre ! ajoute-t-il, c'est-là ce que vous ignoriez, lorsque vous ne vouliez pas souffrir que le Seigneur vous lavât les pieds : il vous promit que vous le sauriez par la suite ; et voilà qu'il vous l'apprend : Car je vous ai donné l'exemple, dit-il, afin que vous fassiez comme j'ai fait. Puisque nous avons donc appris l'humilité de ce divin Sauveur, poursuit ce grand Docteur de l'Église, pratiquons, mes Frères, les uns envers les autres, nous qui ne sommes que de viles créatures, ce que le Très-Haut a pratiqué lui-même avec tant d'excès d'humilité. »
Puisque le souverain Maître et le Tout-Puissant s'est humilié ; que le Fils de Dieu s'est abaissé jusqu'à laver les pieds à ses Disciples ; qu'il a vécu dans la soumission la plus parfaite à la volonté de sa sainte Mère et de Saint Joseph, et qu'il s'est assujetti aux emplois les plus vils et les plus humiliants ; apprenons de lui à nous exercer de même dans les actions extérieures de l'humilité, et nous pourrons acquérir ainsi cette précieuse vertu.
Saint Bernard confirme cette vérité, lorsqu'il dit que l'humiliation est le chemin de l'humilité comme la patience est celui qui nous mène à la paix de l'esprit, et l'étude à la science. « Si vous voulez donc acquérir l'humilité, poursuit-il, mettez-vous dans le chemin de l'humiliation : car si vous ne pouvez souffrir les humiliations, vous ne pourrez jamais parvenir à l'humilité. »
Ce qui prouve encore que la pratique extérieure contribue beaucoup à nous faire acquérir cette humilité de cœur, et toutes les autres vertus intérieures, c'est que cette pratique fait bien plus d'impression sur la volonté que le simple désir, par la raison qu'un objet présent nous frappe bien plus que tout autre objet éloigné ; comme ce que nous voyons faire, nous instruit mieux que ce qu'on s'efforcerait de nous faire entendre par tous les raisonnements ; et qu'ainsi une chose que nous nous rendons sensibles par la pratique, a bien plus de force pour émouvoir notre volonté, que les désirs d'y parvenir, sur la seule idée que nous nous en sommes faite : un affront, par exemple, que l'on aura souffert sans murmurer et sans se plaindre, confirme bien davantage dans la patience, que tous ceux qu'on pourrait souffrir par le simple désir ou par la pensée.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.
















lundi 22 mars 2021

Quelque progrès que l'on ait fait dans la vertu, Il ne faut jamais s'arrêter dans la pratique de la mortification


On lit dans Saint Bernard que dans l'exercice de la mortification, il faut avoir toujours la serpe à la main, parce qu'il n'y a personne, quelque mortifié qu'il puisse être, qui n'ait toujours besoin de couper et de retrancher quelque chose : « Croyez-moi, dit cet admirable Écrivain, ce qui a été coupé, repousse ; ce qui a été chassé, revient ; ce qui a été éteint, se rallume ; et enfin ce qui paraissait assoupi, revient tout à coup à se réveiller. Il ne suffit donc pas, poursuit ce saint Abbé, d'avoir coupé une fois, il faut revenir souvent à la charge, et ne jamais cesser, s'il se peut, de continuer les mêmes opérations ; car si vous ne voulez point vous tromper vous trouverez toujours de quoi couper, et de quoi retrancher en vous. Quelque progrès que vous ayez pu faire dans la vertu, vous vous trompez si vous croyez avoir entièrement étouffé les vices en vous ; vous ne les avez qu'assujettis : Quelques efforts que vous opposiez, Le Jébuséen demeurera toujours avec vous ; c'est un ennemi que vous pouvez vaincre, mais que vous ne pourrez jamais exterminer. » Je sais, dit Saint Paul, qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire, dans ma chair. Le même saint Docteur expliquant ces paroles, fait cette judicieuse réflexion. L'Apôtre, dit-il, n'en aurait pas assez dit, s'il n'avait ajouté aussitôt après, que le péché faisait sa demeure en lui : « Car, reprend Saint Paul, je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas ; ce n'est donc plus moi qui le fais, mais c'est le péché qui habite en moi. » Il faut après un pareil aveu, poursuit Saint Bernard, ou que vous osiez vous préférer à l'Apôtre, ou que vous reconnaissiez avec lui que vous n'êtes pas exempt de vices. »
Comme les meilleures terres deviennent stériles et ingrates, si on néglige de les cultiver, et que d'elles-mêmes elles ne produisent que des chardons et des épines ; de même aussi quelque parfait que soit un Chrétien, si cette perfection n'est cultivée en lui par l'exercice continuel de la mortification et de la pénitence, son cœur ne sera bientôt plus qu'un champ aride et infructueux pour le Ciel, plein de ronces et d'épines, c'est-à-dire, rempli de mauvaises pensées, et d'une vaine et dangereuse confiance de lui-même. Il n'est donc personne qui n'ait besoin d'user de mortification ; ceux qui ont des inclinations corrompues, comme ceux qui n'en ont que de bonnes ; ceux qui sont encore imparfaits, et qui ne font que de commencer, comme ceux qui sont les plus avancés dans les voies de la perfection, enfin ceux qui ont péché, comme ceux qui ont conservé leur innocence ; tous généralement ont besoin de se mortifier ; les uns pour acquérir les vertus qui leur manquent, les autres pour conserver celles qu'ils ont acquises.
Si quelqu'un veut me suivre, dit le Sauveur du monde, qu'il renonce à soi-même, et qu'il porte tous les jours sa croix. C'est-à-dire, que nous ne devons passer aucun jour sans mortifier notre volonté en quelque chose. Que si vous y manquez, dit Saint Jean Climaque, croyez que c'est une grande perte pour vous ; et comptez que c'est un jour perdu.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à De plusieurs moyens qui nous faciliteront la pratique de la mortification, Avis importants sur la pratique de la Mortification, Qu'il faut se mortifier surtout dans le vice, ou dans la passion dominante, sans toutefois négliger les petites mortifications, Exercices de Mortification, Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas, Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifier, De deux sortes de Mortifications, Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.













samedi 20 mars 2021

Qu'il faut se mortifier surtout dans le vice, ou dans la passion dominante, sans toutefois négliger les petites mortifications



On voit des personnes qui mettent tout leur soin, et qui font consister toute leur sainteté à composer leur extérieur, à avoir un air modeste et édifiant, à faire paraître une grande retenue en toutes choses ; mais qui, à l'égard de la mortification intérieure, qui est la plus essentielle, se mettent peu en peine de la pratiquer : ces hommes sont ordinairement plus attachés que les autres à leur propre volonté, et opiniâtres dans leurs sentiments ; ils sont plus avides de louanges que les autres, et plus jaloux d'acquérir l'estime des hommes.
On pourrait appliquer aux hommes de cette espèce, ce que Jésus-Christ disait aux Scribes et aux Pharisiens : Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qui cependant êtes plein de rapine et d'impureté au-dedans ! Pharisiens aveugles, nettoyez premièrement le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors soit également net. Nettoyez donc, et mortifiez premièrement votre intérieur, si vous voulez que l'extérieur soit pur et exempt de souillures. Car si cette modestie extérieure ne vient de la paix et de la tranquillité du cœur, tout cela n'est que feinte et qu'hypocrisie. Vous êtes, dit le Sauveur, comme des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au-dehors aux yeux des hommes mais au-dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture. Ce qu'il dit un peu auparavant dans le même Chapitre, revient encore plus à notre sujet : « Malheur a à vous, Scribes et Pharisiens, qui payez la dîme de la mente, de l'anet et du cumin, et qui avez négligé ce qu'il y a de plus important dans la loi, et qui est la justice, la miséricorde et la foi ! » Il est aisé de faire ici l'application de ces paroles. Car il y a en effet des hommes qui prennent beaucoup de soin à se mortifier sur des choses de peu de conséquence, et qui ne coûtent rien à la nature ; mais à l'égard de celles qui les blessent et qui les touchent au vif, ils ne peuvent s'y résoudre. C'est par-là néanmoins qu'il faudrait commencer : cette passion, ce vice, cette inclination, cette mauvaise habitude qui nous domine, qui nous entraîne, qui nous met dans de plus grands dangers, qui nous fait tomber dans de plus grandes fautes ; voilà ce qu'il faut principalement mortifier en nous. Et comme l'expérience nous apprend qu'il n'y a presque personne qui n'ait à combattre quelque ennemi domestique qui lui fait plus dangereusement la guerre que tous les autres, et qui s'oppose davantage à son avancement ; c'est à cet ennemi, c'est à cette passion qu'il faut que chacun s'attache particulièrement pour essayer d'en arracher jusqu'à la racine, par le secours de la mortification : c'est sur quoi il faut tourner principalement toute attention dans l'examen particulier, et sur quoi il faut insister le plus dans l'Oraison, parce que c'est en effet ce que chacun a le plus de besoin de réformer en soi même. Mais il faut tellement travailler à la destruction de nos vices, que nous ne passions pas légèrement sur les moindres défauts : cet avertissement regarde particulièrement ceux qui négligent les mortifications légères, et qui en font peu d'état, les regardant comme des bagatelles et des pratiques peu utiles à l'avancement et à la perfection : cette erreur est aussi commune qu'elle est dangereuse. On le comprendra aisément, si on considère que ce qu'il y a de plus essentiel dans la mortification, ce n'est pas d'affaiblir la chair par des pénitences et des austérités excessives, mais de se dépouiller de sa propre volonté, car c'est-là proprement en quoi consiste la véritable mortification, et le véritable renoncement de nous-mêmes que Jésus-Christ nous recommande si fort dans l'Évangile. Or, on peut renoncer à sa propre volonté dans les petites choses comme dans les grandes ; et même l'on y acquiert quelquefois d'autant plus de mérite qu'elles sont plus contraires à notre inclination. Aussi éprouvons-nous tous les jours que des choses très légères d'elles-mêmes nous coûtent beaucoup plus à pratiquer que ne feraient des choses plus considérables ; parce qu'en effet, comme nous l'avons dit, la mortification ne consiste pas tant dans les choses que dans la répugnance de la volonté. De sorte que quand nous nous mortifions en quelque chose que ce soit, c'est un sacrifice que nous faisons à Dieu de notre propre volonté, en la combattant et en la surmontant pour l'amour de lui ; et comme en cela nous lui offrons ce que nous avons de plus précieux et de plus cher, qui est notre volonté, nous pouvons dire qu'en la lui sacrifiant, nous lui sacrifions tout.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


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mercredi 17 mars 2021

Exercices de Mortification



En quoi consiste la pratique de la Mortification

Puisque l'exercice de la mortification est le principal moyen dont nous pouvons nous servir pour nous vaincre nous-mêmes, et nous rendre maîtres de nos passions et de nos appétits, il est à propos d'entrer dans un détail suivi et exact de ce qu'il faut faire pour mettre cet exercice en pratique. La règle générale qu'on peut donner d'abord, est que nous cherchions ce qui nous est le plus nécessaire, et qu'avant tout nous fassions nos efforts pour l'acquérir. Vous commencerez donc cet exercice, par profiter des occasions de mortification qui se présentent tous les jours d'elles-mêmes. Et certes, si nous voulons faire usage de toutes les occasions de mortification qui nous viennent de la parte de notre prochain, nous en trouverons assez, et de tous les genres. Si nous considérons ensuite celles que Dieu nous envoie immédiatement, comme les maladies, les tentations, les peines intérieures, le partage si inégal de ses dons, soit naturels, soit surnaturels, nous trouverons qu'elles sont infinies, et qu'elles naissent presque sous nos pas. Voilà quelles sont les occasions dans lesquelles nous devons premièrement nous exercer ; parce que ses sortes de mortifications se présentant à chaque instant, et ne dépendant pas de nous, il faut tâcher de nécessaire qu'elles sont, de les rendre volontaires et méritoires ; afin qu'étant obligés par état de les souffrir, nous puissions au moins en recueillir quelque fruit.
Il est d'autres genres de mortification que nous devons nous imposer, et que quelques-uns appellent mortifications actives ; pour les distinguer des autres qu'ils nomment passives, parce qu'il n'est pas en notre choix de les éprouver, ou de ne les pas éprouver. Mais quoique nous devions les pratiquer volontairement, elles sont pourtant nécessaires pour l'objet de notre salut, et par conséquent elles doivent être mises encore au nombre des premières.


Pratique de la Mortification dans les choses permises, et même dans celles qui sont nécessaires

Les Maîtres de la vie spirituelle prescrivent un autre exercice de mortification dans les choses qui sont permises. Un Chrétien fervent ne se borne pas aux mortifications qui sont purement d'obligation et nécessaires pour le salut ; il en ajoute encore d'autres qui ne sont que de dévotion et que les Théologiens appellent œuvres de surérogation. Saint Dorothée dit que rien ne contribue davantage à notre avancement et à cette tranquillité si désirable, que la pratique de la mortification dans les choses qui sont permises. « Si vos affaires, dit-il, vous appelant au-dehors, ou en quelque endroit de la maison, il vous prend envie de regarder quelque objet, ne le regardez pas. Lorsque vous êtes en compagnie, s'il vous vient à l'esprit une pensée ou une saillie qui serait très-bien placée dans la conversation, et s'il vous semble qu'en la disant, vous passerez pour un homme spirituel, ne la dites point. Vous êtes tenté d'aller en quelque lieu pour savoir ce qui s'y passe, ni allez pas. Vous voyez par hasard quelque chose de nouveau qu'on aura apporté dans votre maison, et vous sentez un désir de savoir qui l'a apporté, et à quel dessein : ne le demandez pas. Vous voyez entrer un étranger ; la curiosité vous porte à savoir qui il est, d'où il vient, où il va, et quelle est l'affaire qui l'amène ; réprimez cette inquiétude et cette curiosité, et ne vous informez de rien de tout cela. »
Ce Saint Abbé ajoute que cet exercice servira beaucoup à nous faire prendre l'habitude de mortifier notre propre volonté ; parce que si nous nous accoutumons à y renoncer dans les petites choses, nous ne tarderons pas à parvenir à nous en dépouiller tout-à-fait dans des occasions plus considérables. Saint Bonaventure conseille dans les choses les plus indifférentes ; comme de cueillir, ou de ne pas cueillir une fleur qui plaît ; lorsqu'on se promène dans un jardin : « Car encore, dit-il, qu'il n'y ait point de mal à la cueillir, il est pourtant plus méritoire devant Dieu de s'en abstenir, dans la vue de se mortifier. » Et il ajoute qu'un serviteur de Dieu doit dire souvent en lui-même : « Pour l'amour de vous, ô mon Dieu ! je veux me priver de regarder cet objet, d'écouter ce concert, de goûter de cette douceur, de prendre ce divertissement, etc. »
Les Saints vont encore plus loin. Ils ne se contentent pas que nous nous accoutumions à nous dépouiller de notre propre volonté dans les choses indifférentes et innocentes ; ils nous conseillent encore de la mortifier en celles qui sont d'une nécessité absolue. On demandera peut-être comment cela se peut faire ? Faut-il, dira-t-on, pour se mortifier, se dispenser des ses obligations ? À Dieu ne plaise : jamais il n'est permis de faire le mal dans la vue qu'il pourrait en résulter quelque bien. Mais enfin, que faut-il faire pour cela ? Les Saints ont trouvé un secret admirable pour y réussir, et c'est de la doctrine même de Saint Paul qu'ils l'on tiré. Ayez soin, disent-ils, de ne rien faire, de ne rien désirer, de ne rien dire par le mouvement de votre volonté et de votre appétit sensuel : avant que de manger, mortifiez en vous-même l'envie ou le besoin que vous en avez ; renoncez au plaisir que vous y trouvez ; mangez, non pas afin de vous satisfaire, mais afin d'obéir à Dieu, qui veut que vous mangiez pour vous nourrir. Avant que de vous mettre au travail, mortifiez intérieurement le désir qui vous y porte ; mais travaillez, parce que Dieu vous le commande, et non pas parce que vous y trouvez quelque plaisir. Usez-en de même à l'égard de tout ce que vous faites ; et dépouillant ainsi toutes vos actions de l'attachement que vous y pouvez avoir, faites-les purement dans la vue de Dieu : il n'est pas juste que ces actions vous commandent ; c'est à nous à nous en rendre les maîtres, pour les rapporter toutes à Dieu seul, et ne rien faire que pour lui, ainsi que nous le recommande l'Apôtre par ces paroles « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. »
En conservant toujours le même ordre dans les règles que nous venons de donner, on peut encore regarder cette pratique comme un exercice de conformité à la volonté de Dieu, en recevant tout comme venant de sa main, et comme nous étant envoyé de sa part, avec des entrailles de Père pour notre plus grand bien ; en faisant état que Jésus-Christ lui-même nous dit : Mon fils, je veux que vous fassiez cette action, ou que vous souffriez maintenant cette épreuve. Alors nous trouverons beaucoup plus de facilité, plus de douceur à nous soumettre, puisque ce sera un exercice d'amour de Dieu, qui rend les choses aisées et même agréables. La pensée que c'est la volonté de Dieu que nous accomplissons, et que c'est Dieu qui demande de nous ce sacrifice, est une raison qui ne laisse après elle aucun doute, qui nous détermine absolument, et qui est, outre cela, le plus utile et le plus parfait de tous les motifs.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


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mardi 16 mars 2021

Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas



Je comprends, dira quelqu'un, combien la mortification est nécessaire, et combien elle est avantageuse ; mais je songe en même temps combien il en coûte à la nature de s'assujettir : c'est ce qui m'effraye et me décourage. A cela je réponds, premièrement avec Saint Basile, que si pour la santé de notre corps nous prenons volontiers les remèdes les plus amers et les plus dégoûtants ; si nous nous soumettons aux opérations les plus douloureuses ; si pour amasser des biens périssables, les hommes s'exposent à tant de périls sur mer et sur terre, et surmontent tant d'obstacles, que ne devons-nous point faire pour la santé de notre âme, et pour acquérir les biens éternels ? N'est-il pas juste que nous fassions violence, et n'est-il pas convenable que nous Surmontions toute difficulté ? Cependant, parce que nous sommes, tous naturellement ennemis de la peine et du travail, et que dans la nécessité indispensable où nous sommes de souffrir, nous voudrions ne souffrir que le moins qu'il est possible, je réponds en second lieu, qu'il y a plus de travail à se soustraire à la mortification, qu'à s'y soumettre et s'y assujettir. Vérité que Saint Augustin avait bien comprise, lorsqu'il disait : « Vous l'avez ordonné, Seigneur, et c'est ce qui ne manque jamais d'arriver, que tout esprit déréglé trouve en lui-même son supplice. Ce dérèglement intérieur de l'appétit à l'égard de la raison, et de la raison à l'égard de Dieu, cause à l'homme de grandes peines et de grandes inquiétudes. » On remarque le même combat jusques dans les êtres inanimés : qu'y a-t-il qui ne soit dans un état violent, lorsqu'il est déplacé, et hors des règles et des bornes que l'Auteur de la nature a établies ? Quelles douleurs ne causent point un os qui est hors de son emboîture ? Quelle violence ne souffrent point les corps naturels qui sont hors de leur élément ? Et puisque c'est une chose si naturelle à l'homme que de vivre selon la raison, la nature ne doit-elle pas réclamer en lui, et sa propre conscience ne doit-elle pas s'élever continuellement contre lui, quand il sort de l'ordre ? Qui a pu jamais lui résister, disait Job en parlant de Dieu, et avoir quelque repos ? Non, il ne faut point espérer qu'on puisse être en paix avec soi-même, en vivant de la sorte. C'est dans ce sens que Saint Jean dit dans l'Apocalypse : « que ceux qui adoraient la bête, n'avaient nul repos, ni jour ni nuit. » Votre chair et votre sensualité est cette bête ; si vous vous soumettez à elle, jamais vous n'aurez de repos.
Ou compare encore l'effet des passions dans le cœur de l'homme, aux vents et aux tempêtes qui s'élèvent sur la mer ; car de même que les vents agitent la mer, et en troublent le calme par leur souffle impétueux, de même nos passions, par leurs mouvements tumultueux et leurs appétits déréglés, forment des tempêtes dans notre cœur, et en troublent entièrement le calme. Tantôt la colère y excite des orages ; tantôt il y règne un vent d'orgueil et de vaine gloire, qui nous élève au-dessus de nous-même ; tantôt c'est l'impatience qui nous irrite, tantôt c'est l'envie qui nous dessèche. Les impies, dit Isaïe, sont comme une mer agitée qui ne saurait se calmer. Mais dès que les vents s'apaisent, le calme vient aussitôt : Il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un calme profond. Si vous parvenez donc à pouvoir commander aux vents de vos passions et de vos appétits, à force de les mortifier et de les soumettre à la raison, vous jouirez d'une paix inaltérable et d'une tranquillité parfaite ; mais si vous négligez ce moyen de les apaiser et de les dompter, vous serez souvent exposé à de furieuses tempêtes, et au péril d'y succomber.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


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mercredi 10 mars 2021

De deux sortes de Mortifications



Saint Augustin, parlant sur ce passage de Saint Mathieu : (Depuis la venue de Jean-Baptiste, le Royaume du Ciel souffre violence, et il n'y a que les violents qui l'emportent), dit : « Il y a deux sortes de mortifications et de croix ; l'une corporelle, et l'autre spirituelle : l'une qui afflige le corps, comme le jeûne, les macérations, la haire, le cilice, et les autres instruments propres à mater la chair, et à lui retrancher tout ce qui pourrait la flatter : c'est ce que l'on appelle pénitence extérieure. L'autre sorte de mortification est plus méritoire et plus sublime ; elle consiste à commander à ses passions, à faire chaque jour la guerre à ses vices, à exercer une rigoureuse censure contre soi-même, et à livrer de continuels combats contre l'homme intérieur ; c'est-à-dire, à captiver sa volonté, à se dépouiller de son propre jugement, à réprimer les saillies de la colère, à modérer ses vivacités et son impatience ; en un mot, à commander à sa bouche, à ses yeux, à sa langue, à tous ses sens, et à toutes ses mauvaises inclinations. » C'est ainsi, ajoute Saint Grégoire, Pape, qu'après avoir détruit les remparts de ses passions, on monte avec violence au Royaume céleste : c'est ainsi qu'il faut être généreux et intrépide, afin de l'emporter comme d'assaut. Cette sorte de mortification intérieure est donc bien plus parfaite que la première, parce qu'il y a bien plus de mérite à dompter l'esprit, en foulant aux pieds les honneurs et l'estime du monde, qu'à affliger le corps par le jeûne, les disciplines et le cilice. Mais comme ce genre de pénitence est plus excellent et plus méritoire que l'autre, il est aussi beaucoup plus difficile à pratiquer, et il coûte infiniment davantage à la nature ; par la raison que ce qui est plus parfait, est toujours d'un plus grand prix que ce qui l'est moins. Saint Grégoire, en plusieurs endroits de ses ouvrages, Saint Dorothée, et plusieurs autres Saints enseignent cette même doctrine.
Il résulte de ce que nous venons de dire, une chose bien digne de considération, et qui est judicieusement observée par Saint Bonaventure ; c'est qu'encore que la mortification intérieure soit beaucoup plus difficile que les pénitences extérieures, toutefois on peut bien plus justement se dispenser de celles-ci que de l'autre. On peut avoir une excuse légitime, à raison de la faiblesse du tempérament pour être dispensé du jeûne, de porter le cilice, de prendre la discipline, de veiller une partie de la nuit, etc. Mais personne ne peut légitimement dire qu'il n'a pas assez de force ni de santé pour être humble, pour être patient, pour avoir l'esprit de docilité et de soumission. Vous pouvez bien dire, si vous voulez, que vous n'avez pas assez de vertu pour pratiquer toute l'humilité, toute la soumission et toute la résignation qui vous est nécessaire ; mais vous ne pourrez pas alléguer que vous n'avez pas assez de santé pour cela ; car il n'est pas question ici de la disposition du corps, mais de celle de la volonté. L'homme fort et l'homme faible, l'homme sain comme le malade, en sont également capables avec le secours de la grâce, lorsqu'ils en ont la volonté.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à Excellence et nécessité de l'Humilité, Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifierQue de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.














jeudi 4 mars 2021

Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur



Pour mieux connaître la nécessité de la mortification, et pour nous encourager davantage à en embrasser la pratique, il importe infiniment que nous comprenions combien il est à craindre de suivre ses appétits déréglés. Malheur à vous, si vous venez à tomber entre les mains d'un si dangereux ennemi, et si vous vous livrez à la discrétion d'une bête si cruelle et si indomptable ! Savez-vous comment vous en serez traité ? Écoutez Saint Ambroise, et il vous l'apprendra : Celui, dit ce Père, qui ne sait pas commander à ses désirs, se trouve bientôt emporté par ces mêmes désirs, comme par un cheval fougueux qui à pris le mors aux dents, qui court à toutes jambes par des lieux inaccessibles, et qui ne s'arrête point qu'il ne soit tombé, avec celui qui le monte, dans le précipice. Voilà ce qui vous arrivera, si vous ne travaillez sans cesse à réprimer les saillies de concupiscence. Si vous ne vous appliquez sans relâche à la dompter, elle vous emportera de désordre en désordre, elle vous entraînera de vice en vice, elle ne s'arrêtera point qu'elle ne vous ait précipité dans des péchés énormes, et de-là dans les abîmes de l'enfer. « Ne vous laissez point aller à votre concupiscence, dit l'Ecclésiastique, et gardez-vous bien de suivre votre propre volonté : si vous donnez à vos désirs ce qu'ils vous demandent, vous deviendrez un spectacle de joie et de risée à vos ennemis. » C'est dans la crainte de ce châtiment qu'il est dit dans le même Livre : « Seigneur, qui êtes mon Père et mon Dieu, détournez de moi toute sorte de pensées impures ; ne permettez point que je sois possédé par les désirs de la chair, et ne me livrez point à l'égarement d'un esprit sans honte. »

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.