C'est le propre des grandes choses, de celles qui sont extraordinairement belles et rares, d'attirer les yeux, et d'occuper l'esprit. Ainsi, vous verrez des gens qui y sont attachés avec plaisir, et qui ont de la peine à en retirer leurs yeux. Ah ! si cela est, comment ne point avoir d'application à la présence de Dieu, devant qui toutes les beautés les plus charmantes ne sont que de vilaines laideurs, devant qui tout ce qu'il y a de plus rare parmi les choses créées, soit dans la terre, soit dans le ciel même, ne mérite pas qu'on s'applique un moment à le regarder ? Est-il possible que ce Dieu qui fera toute l'occupation du Paradis, et dont l'occupation en fera la félicité, qui est un bonheur infini, soit ainsi dans l'oubli en ce monde ; et qu'étant partout, partout on ne le voie point ?
Mais dira-t-on, c'est qu'il est caché à nos yeux corporels. Réponse bien indigne de l'homme, qui n'a pas seulement un corps qui a des yeux, ce qui lui est commun avec les bêtes, mais une âme spirituelle, douée d'intelligence, qui lui fait discerner ce que les sens n'aperçoivent pas. Nous avons dit que plusieurs Philosophes, par la seule lumière naturelle, avaient connu la présence de la Divinité en toute chose. Mais réponse intolérable dans le Chrétien qui a reçu le don de la foi, qui est un œil spirituel qui lui découvre certainement la présence de Dieu qui est partout, et avec plus d'assurance que les choses qui sont plus présentes à ses sens. Est-ce donc que ce bel œil qui est même éclairé par la lumière divine, lui sera inutile, et qu'il n'en sera point d'usage ?
Quoi donc, il sera vrai que nous marcherons dans Dieu ; que si nous regardons, nos regards passent à travers de Dieu ; que si nous respirons, c'est en Dieu ; que l'être de Dieu est intimement présent à notre être, qu'il le pénètre, qu'il l'anime, qu'il le soutient, qu'il lui donne la vie, l'opération, et tout ce qu'il a, et que néanmoins nous ne le regarderons pas seulement, on n'y pensera pas ?
Cependant on regarde, on s'applique à tout ce qui tombe sous les sens, en sorte, dit saint Augustin, qu'il semble que l'homme soit devenu tout chair ; car il ne pense qu'à ce que ses yeux de chair lui découvrent. Étrange et malheureuse corruption ! Infâme extase bestiale, par la domination de la partie animale ! Ainsi, l'homme dépravé est tout occupé des choses sensibles, soit qu'il soit seul, soit qu'il soit en compagnie. Que l'on fasse réflexion sur l'occupation des hommes ; leur pauvre esprit n'est rempli que de créatures, de terre, et des choses de la terre, de maisons, de jardins, de bois, de rivières, d'ameublements, de chevaux, d'équipages, d'habits, d'honneurs, de plaisirs, et des biens temporels. C'est à quoi ils pensent, c'est ce qu'ils aiment. Voilà le sujet de leurs entretiens, la matière de leurs conversations, pendant, hélas ! que l'on passe sa vie dans la désoccupation du Créateur.
Un serviteur de Dieu, (et c'est ce que nous avons rapporté autre part, dans l'un des ouvrages que la divine Providence nous a fait donner au public) arrivant à Paris par la voie d'un carrosse public, entendant toutes les personnes de sa compagnie qui s'entretenaient des nouveaux bâtiments que l'on avait faits dans cette grande ville, et qui s'invitaient à la regarder. Hélas ! dit-il, et personne ne pense à dire que Dieu est ici, et personne ne pense à le regarder. Un autre faisant voyage sur l'eau dans un bateau plein de monde, comme quelques-uns ayant remarqué qu'il était tout pensif, et qu'il ne disait rien, lui en eussent demandé la cause ; hélas ! leur répondit-il, c'est que je pensais à l'intime présence de Dieu qui remplit ce bateau, et que personne n'y pense. Le même, dans plusieurs autres voyages, ne pouvait assez s'étonner, qu'il ne trouvait que des gens qui s'occupaient de tout ce qui se présentait à leurs yeux corporels, sans se souvenir de l'immense Majesté de Dieu qui remplit toutes choses. Mais ce qui le surprenait davantage, est que lorsqu'il leur montrait combien il était juste de s'y appliquer, une si grande vérité ne faisait aucune impression, ni sur leurs esprits, ni sur leurs cœurs. Ah ! disait-il en lui-même, il faut que l'esprit et le cœur de l'homme soient dans un épouvantable dérèglement ! On lui dit : voilà des bêtes, des maisons, des arbres : il les regarde, il en parle, il ne fait son entretien ; on lui dit : voilà Dieu, et il n'y pense pas, et il n'en parle point ! On plaignait la personne dont nous parlons, qui , dans un long voyage, se trouvait seule dans un carrosse public ; et elle ne pouvait assez admirer la l'aveuglement des gens qui ne considéraient pas qu'elle avait avec elle les trois Personnes divines de la suradorable Trinité. Si en passant par quelques lieux, et que l'on prît quelqu'un dans le carrosse, on lui marquait que ce lui serait une satisfaction d'avoir de la compagnie : ô pauvres aveugles, disait-elle en elle-même, j'en ai bien une autre ; et bien loin d'avoir du plaisir de celle des créatures, elles me donnent de la peine ; car elles ne servent qu'à divertir de celle du Créateur.
Ô qu'une âme qui découvrirait la présence de Dieu, y goûterait de délices, et qu'elle y trouverait de matière pour s'entretenir avec cette suprême Majesté ! Ô quelle différence entre la vie des sains Anachorettes, et celles des personnes qui vivent dans le siècle ! Les créatures du monde, à peine peuvent-elles supporter la retraite. Il leur faut toujours de la compagnie, et des divertissements qui ne sont que bagatelles. Elles passent leur vie à s'entretenir avec d'autres créatures leurs semblables, et une demi-heure que dure la célébration du très-saint Sacrifice de la Messe, leur paraît bien longue. On crie si un Prédicateur parle plus d'une heure des plus grandes vérités de la Religion. On dit qu'on a de la peine à s'entretenir avec Dieu l'espace d'une demi-heure ou d'une heure ; et cependant, où trouve-t-on de ces créatures du monde parfaitement contentes, même de celle qui jouissent davantage de ce que l'on y recherche le plus. Leurs jeux, leur bonne chère, leurs récréations, leurs plaisirs, leurs plus belles conversations, donnent-ils à leur cœur un repos entier ? C'est ce qu'ils ne peuvent faire, parce qu'ils n'ont rien de véritablement solide, ils ne sont qu'une pure vanité.
Au contraire les divins Solitaires, dans une entière séparation des créatures, sans avoir de conversation avec elles, sans leurs jeux, leurs divertissements, n'ayant que Dieu seul dans leurs déserts pour compagnie, qui était toutes leurs richesses, tout leur plaisir, possédaient une tranquillité que le monde ne connaît point. Une paix divine qui surpasse tout sentiment, demeurait dans leurs cœurs. Ils menaient une vie angélique, et ils commençaient à en goûter les joies célestes. Ô ! qui pourrait nous dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du divin Paul, Hermite, qui a vécu plus de quatre-vingts ans dans le désert, sans jamais y avoir vu ni parlé à personne ; car il y avait plus de quatre-vingts ans qu'il s'y était retiré lorsqu'il y fut visité par saint Antoine. Certainement sa vie a été une vie du Paradis, toujours dans la contemplation de la Divinité.
Malheur à nous, qui en sommes si peu occupés. Malheur à toi, ô monde, dans tes ténèbres, qui, ayant Dieu présent partout, et qui partout ne le regardes pas, et qui t'ennuies si-tôt dans le peu de temps que tu y penses, et que l'on te parle de sa suprême Majesté. Ô si tu savais quel honneur c'est que la permission qu'il nous donne de nous entretenir avec sa grandeur infinie, que ne serais-tu pas pour jouir d'un bien si divin ? Une âme éclairée voit bien que s'il fallait souffrir durant toute la vie pour avoir cette grâce seulement un moment, que ce serait peu de chose : et voici que nous pouvons, quand il nous plaît, et facilement avec le secours divin, jouir de cet honneur inestimable ; et nous le négligeons !
Ô vraiment, s'écriait la séraphique Thérèse, puisque mon Dieu est partout, je ne le laisserai pas sans avoir l'honneur de l'entretenir ! Certainement c'est une indignité insupportable à une chétive créature, de traiter de la sorte son Créateur. Hélas ! voudrait-on en user de cette manière avec une personne un peu considérable ? C'est ce qui paraîtrait insupportable à une créature, et il faut qu'un Dieu le souffre !
Mais d'où vient un aveuglement si excessif parmi les hommes ? C'est que les esprits sont aveuglés par la terre à laquelle ils sont attachés. Ô bienheureux ceux qui ont le cœur pur par le dégagement ; car ils verront Dieu. C'est à eux à qui il se manifeste avec des amours ineffables ; et c'est cette manifestation qui est le don de sa divine présence.
Toutes les créatures à la vérité, avec le secours de sa grâce, peuvent le voir partout, puisqu'il remplit tout de son immense Majesté. Mais dans la voie commune, il faut s'appliquer avec une attention spéciale pour découvrir son adorable présence. Les Chrétiens, avec la lumière de la Foi, s'y appliquent comme ceux qui cherchent quelque chose avec une chandelle durant l'obscurité de la nuit ; c'est avec une attention particulière, et avec peine. Mais il y en a à qui il se découvre par une lumière infuse, et qui marchent sans peine en sa présence, comme ceux qui cheminent pendant la clarté d'un grand jour, à qui les objets sont présents sans aucune difficulté. C'est le don que ce Dieu de toute bonté fait à ceux qui le servent en vérité, par un véritable renoncement à eux-mêmes, au monde, et à toutes les choses du monde. Il s'en est même trouvé qui ont eu ce don continuel : comme il est rapporté du saint Homme, le grand dévot de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, le vénérable Frère Alphonse Rodriguez, Religieux de la Compagnie de Jésus, comme lui-même l'assura un jour à plusieurs Pères de sa Compagnie, qui, disputant un jour sur ce sujet, estimaient que cela n'était pas possible. Mais ce qui ne l'est pas dans la voie ordinaire, l'est bien extraordinairement, quand il plaît à Dieu d'en faire la grâce.
Ce divin Souverain qui en est le Maître, en dispose comme bon lui semble. Toujours est-il vrai que ceux qui le cherchent le trouveront. Ainsi, le Chrétien, qui, se servant de la Foi, s'applique de temps en temps à son adorable présence, peu à peu avec son secours en aura la sainte habitude, et souvent s'en souviendra.
Il ne faut donc pas borner l'Oraison dans l'espace de nos Églises. L'Apôtre voulait qu'on priât Dieu en toutes sortes de lieux. Tout le monde, dit Saint Cyprien, est le Temple de la Divinité ; dans toute son étendue, l'on y trouve la société des trois Personnes divines de la suradorable Trinité, nous avons donc partout une belle compagnie. Que personne donc ne se plaigne de sa solitude. Que les Religieuses pensent à cette importante vérité, et leur retraite n'aura plus rien de rebutant pour elles ; et ce leur sera une peine d'aller aux parloirs. Les premières carmélites de la réforme de saint Thérèse, assuraient que ce leur était une espèce de martyre, quand elles étaient obligées de s'y rendre ; et leur grand soin était d'en sortir au plutôt. Que les pauvres, et les autres personnes délaissées se consolent, puisqu'elles ont avec elles ces Personnes divines qui font tout le bonheur du Paradis. Ô si elles savaient le don de Dieu ! Il est aisé de se passer des créatures quand on a le Créateur. Comment après cela désirer avec empressement la conversation des hommes, ou se plaindre d'en être privé ?
(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)
Reportez-vous à Dieu qui est partout, demande le respect intérieur, Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Dieu est présent partout, Fête de la Très-Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Prière à la Très Sainte Trinité, Méditation sur la Très-Sainte Trinité : Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Très-Sainte Trinité, Méditation pour le Dimanche de la Sainte-Trinité, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Aveuglement de l'homme, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. Méditation sur la présence de Dieu, Méditation sur l'oubli de la présence de Dieu, Méditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.
samedi 2 avril 2022
Dieu qui est partout demande que l'on se souvienne de sa divine présence
jeudi 7 octobre 2021
Autres remèdes contre les Tentations : Examiner scrupuleusement quel est l'endroit de notre âme le plus faible, recourir à ce qui est de plus contraire à la tentation, s'occuper toujours à quelque travail utile...
Saint Bernard remarque que, quand le démon nous veut séduire, il examine auparavant notre tempérament, notre caractère et nos inclinations : et qu'il nous attaque toujours par les choses où il voit que nous avons le plus de penchant. Ceux qui sont d'un naturel doux et susceptible des impressions du plaisir et de la joie, il les attaque par des images d'impureté et des sentiments de vanité : ceux qu'il reconnaît être d'un caractère dur et austère, il les combat par des mouvements continuels de colère, de dépit, d'orgueil, d'indignation et d'impatience. Ce que nous devons opposer à ses artifices, c'est d'examiner scrupuleusement quel est l'endroit de notre âme le plus faible et le plus dépourvu de défense ; c'est-à-dire quelles sont les choses à quoi l'inclination naturelle, ou la passion, ou l'habitude nous portent le plus ordinairement, et d'employer tous nos soins à fortifier le côté le plus faible, et où nous voyons qu'il y a le plus à craindre pour nous.
Les maîtres de la vie spirituelle, proposent un autre remède assez semblable à celui que prescrit Saint Bernard. Ils disent que la maxime générale, pour se défendre d'une tentation, est de recourir aussitôt à ce qu'elle a de plus contraire.
Un excellent remède que les Saints nous proposent encore, et que l'on peut regarder comme un remède général et très-salutaire, c'est de résister fortement aux tentations dès leurs premières attaques. « Pendant que votre ennemi, dit Saint Jérôme, est encore petit et faible, tuez-le, étouffez-le dans sa naissance : si vous le laissez croître et fortifier, peut-être ne serez-vous plus alors en état de lui résister. » La tentation est comme une étincelle de feu, qui peut causer un grand embrasement, si l'on ne se hâte de l'éteindre. Résistez au mal dès le commencement, disait un ancien Poète ; lorsqu'on l'a laissé invétérer, le remède arrive trop tard.
C'est encore un très-bon remède contre les tentations, que de s'occuper toujours à quelque travail utile. Cassien remarque que les Solitaires de son temps enseignaient à leurs disciples, et pratiquaient eux-mêmes soigneusement cette maxime qu'ils tenaient de leurs anciens : Que le démon vous trouve toujours occupé. C'est un moyen que Dieu lui-même enseigna à Saint Antoine, pour le mettre en état de persévérer dans la vie solitaire, et se défendre de diverses tentations qui en sont comme inséparables. Un jour ce saint Solitaire se plaignant des tentations qu'il éprouvait dans le temps de ses prières, il disait à Dieu : Seigneur, que ferai-je ? Je voudrais être meilleur que je ne suis, et ne penser jamais qu'à vous : mais une multitude d'autres pensées me troublent, et entraînent mon imagination après elles. Il entendit alors une voix qui lui dit : Antoine, si vous voulez plaire à Dieu, priez : et lorsque vous ne pourrez plus vaquer à la prière, travaillez de vos mains, et occupez-vous toujours à quelque chose : faites de votre côté ce que vous pourrez, et le secours d'en-haut ne vous manquera pas.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
Reportez-vous à Prière pour demander à Dieu la victoire des tentations, Des Tentations qui se présentent à nous sous l'apparence du bien, La prière est encore un puissant remède contre la Tentation : Prières courtes et ferventes dont on se peut servir dans le temps des Tentations, La défiance de soi-même et la confiance en Dieu, sont des moyens salutaires pour vaincre les Tentations, Ce
qui peut surtout nous rassurer dans les Tentations, c'est que Dieu ne
permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, Remède contre les Tentations ; premièrement, il ne faut pas se décourager quand elles nous arrivent, Que les tentations sont une leçon salutaire, et pour nous et pour les autres, Les tentations servent à nous mieux faire connaître notre faiblesse, et à nous faire sentir le besoin de recourir à Dieu, Pourquoi Dieu permet que l'on soit tenté ; Avantages réels qui résultent de ces tentations, Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après leur retour à Dieu, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Des tentations, Conduite à tenir à l'égard des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis le plus utile de tous : Priez !, Aspiration dans les tentations, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, et Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.
lundi 20 septembre 2021
Remède contre les Tentations ; premièrement, il ne faut pas se décourager quand elles nous arrivent
« Du reste, mes Frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans la puissance de sa vertu... Endossez les armes de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les embûches du diable. » Saint Antoine qui était si bien exercé dans cette guerre que les fidèles ont à soutenir contre les démons, avait coutume de dire, qu'un des principaux moyens de vaincre cet ennemi, était de montrer beaucoup de résolution et même de la joie dans les tentations, parce qu'alors le démon s'afflige, et perd l'espérance de nous nuire : Résistez au diable, dit Saint Jacques, et il s'enfuira de vous.
Rien ne sera plus propre à nous encourager dans les tentations, que de considérer la faiblesse de cet ennemi, et combien peu le démon a de pouvoir contre nous, puisqu'il ne peut nous faire tomber dans le péché, si nous ne voulons y consentir. Voyez, mes Frères, dit Saint Bernard, combien notre ennemi est faible, il ne peut vaincre que celui qui veut bien être vaincu.
Les démons étant apparus une fois à Saint Antoine sous diverses formes, toutes plus hideuses les unes que les autres, et l'ayant tous environné comme pour l'accabler à la fois, le Saint ne fit autre chose que se rire d'eux, et leur dire : Si vous aviez la liberté de me nuire, le moindre de vous suffirait pour me combattre ; mais parce que vous n'avez point ce pouvoir, vous venez en troupe pour m'épouvanter. Si Dieu vous a donné quelque pouvoir sur moi, me voici, dévorez-moi ; mais s'il ne vous en a point donné, tous les efforts que vous faites sont inutiles. Nous pouvons répondre la même chose à chaque tentation qui nous arrive. En effet, depuis que Jésus-Christ s'est fait homme, le démon n'a plus de forces ; il l'avoua lui-même un jour à Saint Antoine, qui lui répondit : Quoique tu sois le père du mensonge, tu ne laisses pas d'avoir dit maintenant la vérité malgré toi, puisque le Sauveur nous a dit : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde... C'est pourquoi je rends grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par Notre Seigneur Jésus-Christ. »
Ce qui peut encore nous encourager, et nous donner de nouvelles forces dans les tentations, c'est de songer que Dieu nous voit combattre. Un soldat qui combat sous les yeux de son Général ou de son Prince, en devient beaucoup plus animé et plus brave.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
Reportez-vous à Ce qui peut surtout nous rassurer dans les Tentations, c'est que Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, Que les tentations sont une leçon salutaire, et pour nous et pour les autres, Les tentations servent à nous mieux faire connaître notre faiblesse, et à nous faire sentir le besoin de recourir à Dieu, Pourquoi Dieu permet que l'on soit tenté ; Avantages réels qui résultent de ces tentations, Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après leur retour à Dieu, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Des tentations, Conduite à tenir à l'égard des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis le plus utile de tous : Priez !, Aspiration dans les tentations, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, et Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.
samedi 19 juin 2021
Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve
| La Tentation de Saint Antoine |
Saint Léon considérant ce qui se passe dans le monde, s'écrie : Tout y est plein de périls, tout y est plein de pièges. Les convoitises y tentent, les plaisirs des sens y dressent des embûches, les biens temporels y servent d'une occasion dangereuse, les pertes que l'on en fait inquiètent, les détractions y font de la peine, les louanges sont remplies de flatteries, les haines y irritent, en sorte qu'il est difficile d'éviter les péchés que tous ces maux causent. Malheur à moi, dit saint Bernard, nous sommes dans un pays de guerre, où des flèches mortelles tombent de tous côtés. On est en danger partout, partout on trouve des obstacles. De quelque côté que je me tourne, je ne trouve rien qui m'assure ; ce qui est agréable et ce qui est fâcheux, la prospérité et l'adversité, les richesses et la pauvreté, les veilles et le sommeil, le travail et le repos, toutes ces choses sont autant de sujets de combats. La vie est tellement pleine de tentations, que l'on pourrait dire que c'est une continuelle tentation. Le monde, enseigne S. Ambroise, est tout environné de précipices ; et ce qui est de plus terrible, c'est que la plupart des hommes y périssent. C'est ce qui fut montré à saint Antoine, l'honneur des déserts : il vit le monde tout plein de pièges : et ces vues ont percé de crainte les plus grands Saints.
Les saints Religieux dans leurs Cloîtres, quoiqu'éloignés de la plupart des dangers du monde, ont servi Dieu avec crainte et avec tremblement. Les pieux solitaires au milieu des déserts les plus affreux, dans une séparation entière du siècle, et de toutes les occasions dangereuses qui y sont, ont été saisis de frayer. Le grand Apôtre, dans un parfait dépouillement, dans un dégagement universel du monde, tout plein du S. Esprit, tout rempli des sentiments de Jésus-Christ, regardant comme de la boue et de la fange tout ce que les siècles a de plus précieux, ayant été élevé jusqu'au troisième ciel ; et d'autre part châtiant son corps par de longues veilles, par la faim, la soif, la nudité, vivant dans l'affliction et dans la douleur, s'exposant à toutes choses, et les plus pénibles pour la gloire de son Maître, dans les voyages, dans les villes, dans le désert, sur mer, sur terre, souffrant de toutes sortes de personnes, de ceux de sa nation, des Gentils, des faux frères, les fouets, les verges, les naufrages, les prisons, et souvent se trouvant proche de la mort, avoue qu'il est dans la peur, et dans la peur d'être damné.
S. Jean Chrysostome méditant les périls du monde, gémit dans l'amertume de son cœur. Je ne sais, dit-il, où j'en suis, et je ne saurais revenir de l'étonnement où me met la chute de David, ce qui a donné plusieurs fois de l'émotion à mon esprit, ce qui m'a grandement affligé. Je considérais que David était le père de Jésus-Christ, à raison qu'il en tirait son origine selon la chair, qu'il avait vécu dans l'innocence, qu'il était plein d'humilité, qu'il se confiait en Dieu, dont Dieu avait dit qu'il était selon son cœur, qui faisait du bien à ses ennemis, qui portait le cilice, qui jeûnait très-rigoureusement, qui s'appliquait à la prière au milieu des plus grandes occupations que l'on puisse avoir en cette vie, sept fois le jour, qui faisait l'oraison au lever de l'aurore, à midi et le soir ; qui se levait toutes les nuits à minuit pour rendre ses adorations à l'infinie Majesté de Dieu, et qui fortifié de la sorte ne laisse pas de tomber à la seule vue d'une femme. Après cela, ou il faut être insensible, ou dans la dernière présomption, si l'on ne passe pas toute sa vie dans la crainte et le tremblement. Si ceux qui sont comme des étoiles brillantes, tombent du ciel de la plus sublime perfection, et à la moindre occasion, que ne doivent pas craindre les hommes rampants sur la terre, remplis de faiblesses, qui ne peuvent se soutenir, tout pleins de blessures, et au milieu d'une infinité de dangers ?
Saint Anselme, Archevêque de Cantorberi, qui a eu l'honneur d'être appelé le Chapelain de la Mère de Dieu, pour sa rare dévotion envers cette auguste Reine du Ciel, et à raison de ses incomparables grandeurs qu'il a prêchées, et dont il a écrit avec un zèle singulier, vit un jour dans une extase un grand fleuve impétueux qui entraînait quantité d'ordures, trouble, sale et vilain étrangement ; et il entendit une voix qui disait : Ce fleuve est le monde, et c'est de cette eau dont les hommes de la terre son abreuvés.
C'était le sentiment de saint Augustin, qui s'écrie : Malheur à toi, fleuve du monde. Qui pourra ne pas se laisser emporter à l'impétuosité de tes eaux ? Jusqu'à quand ne seras-tu point desséché ? jusqu'à quand entraîneras-tu après toi les malheureux enfants d'Ève dans les abîmes d'une mer épouvantable ? Mais ce saint Docteur remarque que la coutume est l'un des plus gros torrents de ce fleuve, et l'un des plus rapides, qui enlève le plus de monde, et les jette dans le précipice. Quand le Saint-Esprit, par le Prophète Isaïe, dit : Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d'iniquités, plusieurs Interprètes pensent qu'il parle aux pécheurs habitués dans leurs péchés, qui n'ayant point résisté à la coutume, se sont fait une nécessité de pécher, qui les tyrannise cruellement. Ainsi on entend dire aux moindres : Que fera-t-on ? c'est la coutume ; et de la sorte on est damné pour jamais par coutume. On a honte même, comme le remarque saint Augustin, de ne pas faire comme les autres. Si l'on porte des habits trop magnifiques, ou même qui ne soient pas assez modestes, on rougira d'être vêtu chrétiennement ; car ce n'est pas la mode. Maudites modes que le diable invente quand elles sont contre la modestie, et que l'on aime mieux suivre, que celle de Jésus-Christ. Si l'on est trop libre dans les compagnies et dans les divertissements, on veut faire comme les autres. Si on fait des dépenses excessives, si l'on emploie l'argent au jeu, on est de ces parties, et l'on ne fait pas réflexion que ceux qui se sauvent sont en petit nombre, et qu'ainsi l'on ne doit pas faire comme le grand nombre, puisqu'il faut être du petit, si l'on aspire véritablement au salut. Qui pourrait jamais expliquer les maux des méchantes coutumes dont le monde est rempli ? S. Chrysostome faisant attention sur les maux qui en arrivent, s'étonne des Juifs, qui étant nourris de la manne, qui était une nourriture céleste, et du ministère des saints Anges, c'est pourquoi elle est appelée le pain du Ciel et le pain des Anges, ne laissaient pas de regretter les oignons d'Égypte, parce qu'ils y étaient accoutumés. Ainsi la maudite coutume du monde est cause que l'on préfère la dure servitude de ses passions à la liberté glorieuse des enfants de Dieu, les plaisirs des sens à ceux de l'esprit, la chair à Dieu.
Le monde étant ainsi plein de toutes parts de dangers, notre Maître, dit S. Bernard, nous apprend dans la prière qu'il nous a enseignée, de demander à Dieu en toute humilité, de ne pas permettre que nous soyons tentés, notre faiblesse nous devant faire craindre la tentation. Il nous crie : Veillez et priez, afin que vous n'entriez pas en tentation, veillez, priez, de peur que l'on ne vous trouve endormis. Prenez garde que vos coeurs ne s'appesantissent par les soins de cette vie. Le Prince de ses Apôtres, saint Pierre, nous exhorte à être prudents, et à veiller dans la prière. Ces avis ne s'adressent pas seulement aux Ecclésiastiques et aux Religieux, aux Solitaires, aux personnes retirées. Quand notre Sauveur ordonne à ses Apôtres de veiller, il leur déclare qu'il dit à tous ce qu'il leur dit.
Les gens du monde ont une éternité de bonheur à acquérir, et une éternité de peines à éviter, aussi bien que ceux du Cloître. Ils ont le même Paradis à espérer, et le même Enfer à craindre. Il n'y a que cela de différence, que ceux qui sont séparés des embarras du siècle, sont incomparablement moins en danger, que ceux qui y demeurent. Cependant l'enchantement est si prodigieux, que le monde renvoie au Cloître l'application à la prière ; comme si les malades renvoyaient la médecine à ceux qui se portent bien ; comme si ceux qui marchent dans un chemin plein de voleurs et de précipices, ne s'appliquaient point à en éviter les périls, disant que ces soins sont bons pour ceux qui voyagent en des lieux où il n'y a rien à craindre. Voilà la folie du monde insensé. On dit qu'on n'a pas le loisir de penser à Dieu ; que l'on a trop d'affaires. Hé, quoi donc, il n'y aura que la seule et unique affaire, affaire d'une conséquence infinie, qui sera négligée ! Ces gens d'affaires, néanmoins, trouvent du temps pour boire, pour manger, pour dormir ; et jamais le monde a-t-il eu une seule personne, quelques affaires qu'elle ait eues, qui n'en ait pas trouvé le loisir ? Si ce n'est en de certaines heures, on en sait bien trouver d'autres. Ces gens d'affaires ne parlent-ils plus aux autres créatures ? Ô folie, qui n'a rien de pareil ! Il n'y a que Dieu à qui l'on n'a pas le loisir de parler : il n'y a que l'affaire de l'éternité qui ne nous occupe point.
Après tout, il n'y a point de moment dans la vie, dans lequel nous ne soyons en danger de perdre le Paradis, et d'être damnés. Il est très certain que tous les hommes seront ou sauvés, ou damnés ; qu'ils seront pour une éternité, ou dans le Paradis, ou dans l'Enfer. Où serez-vous, vous qui lisez ceci ? À quoi pensez-vous, si vous n'y pensez bien ? De là vient la nécessité de l'oraison mentale. Elle est telle, que saint François de Sales, que chacun sait n'avoir pas été emporté en matière de dévotion, veut néanmoins que les gens mêmes qui vivent dans le siècle et dans l'embarras du ménage, en fassent tous les jours une heure ; et cela avec tant d'exactitude, que si l'on n'a pas eu le loisir le matin, qu'on ne reprenne le temps vers le soir. Nous en pourrons parler encore avec le secours divin, dans la suite de ce Traité.
Mais écoutons ici le grand Maître, notre divin Sauveur, qui dit qu'il faut toujours prier, et ne se point relâcher ; qu'il faut veiller et prier en tout temps. Écoutons son Apôtre, qui nous dit : Priez continuellement, faites en tout temps par l'esprit toutes sortes de prières et des applications à Dieu, et veillez par lui en offrant des vœux avec grande instance : qui nous avertit que le jour du Seigneur arrivera, comme un voleur qui vient la nuit. Car lors, nous apprend-il, que les hommes se vanteront d'être en paix et en assurance, ils seront surpris par une soudaine ruine qu'ils ne pourront éviter, comme une femme est surprise par les douleurs de l'enfantement. Il crie ensuite aux Chrétiens, qu'ils ne sont pas dans les ténèbres pour être surpris par ce jour comme par un voleur : qu'ils sont tous enfants de la lumière et du jour, et non pas des enfants de la nuit et des ténèbres : qu'ils ne doivent donc pas s'endormir comme les autres, mais veiller et être sobres. Écoutons le Prince des Apôtres, qui nous dit : Soyez prudents, et veillez dans la prière ; et il parle de la sorte après avoir donné avis que la fin de toutes choses était proche. Écoutons le Disciple de l'amour, et le Disciple bien aimant et bien-aimé, qui nous dit : Heureux celui qui veille, et qui conserve ses vêtements, afin qu'il ne marche point nu, la grâce dont nous devons être revêtus ; de peur qu'en étant dépouillés nous ne demeurions confus devant Dieu et ses Anges.
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
Reportez-vous à Le Malheur du monde pour les scandales, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce
qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle
depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce
qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliques, Du monde, Méditation sur les dangers du monde, Méditation sur l'amour de la retraite, Méditation sur les moyens de se sanctifier dans le monde, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.
samedi 24 avril 2021
Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ
C'est une vérité que l'on aurait peine à croire, si notre divin Maître, qui est la vérité même, ne nous l'avait enseignée. Et c'est ce qu'il a déclaré parlant à son Père, à qui il dit : Père juste, le monde ne vous a point connu. Le Saint-Esprit l'avait déjà enseigné par ces paroles du Prophète Roi : Le Seigneur a jeté les yeux du haut du Ciel sur les enfants des hommes, pour voir s'il y en a quelqu'un qui connaisse Dieu et qui le cherche : ils se sont tous égarés. Il était dans le monde, écrit saint Jean l’Évangéliste ; et c'est lui qui a fait le monde, et le monde ne l'a pas connu. Oui même, après qu'il a été vu en la terre, selon la prédiction du Prophète Baruch, et qu'il a conversé avec les hommes, il est venu chez soi, car toute la terre lui appartient, et tous ceux qui l'habitent ; et les siens l'ont si peu connu, qu'ils ne l'ont pas reçu.
C'est bien ici qu'il faudrait répandre des torrents de larmes sur le malheur du monde, qui n'est pas, qui ne vit pas, qui ne marche pas seulement dans les ténèbres à l'égard des vérités de la Religion, des moyens du salut, des occasions de la damnation éternelle, à l'égard des illusions dont il est rempli, ce que nous avons déploré dans le Chapitre précédent ; mais à l'égard de Dieu même, et de son Fils Jésus-Christ. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si nous avons dit que sa présence en toutes choses et sa divine providence lui étaient inconnues. Certainement le grand Apôtre prononce avec bien de la justice, qu'il est les ténèbres mêmes.
Voilà le dernier malheur du monde, et la cause de son malheur éternel. Car comme la connaissance de Dieu est absolument nécessaire pour arriver à notre fin, ce qui fait tout notre bonheur ; le défaut de cette connaissance, nous en mettant dans la privation, nous jette dans un mal infini. La vie éternelle consiste, dit notre divin Maître parlant à son Père, à vous connaître, vous qui êtes le seul dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé ; et on ne peut parvenir à la vie éternelle sans cette connaissance. Il faut connaître Dieu, il faut connaître Jésus-Christ. Personne ne va à son Père que par lui ; et celui qui le voit, voit aussi son Père. Je suis, nous déclare-t-il, la lumière qui suis venu au monde ; afin que quiconque croit en moi, ne demeure pas dans les ténèbres. La plénitude de la véritable science consiste dans cette connaissance de Dieu et de son Fils Jésus-Christ : c'est ce que les Pères de l'Église enseignent. Ceux qui en sont plus divinement éclairés, ce sont les savants aux yeux de Dieu et de ses Anges. C'est ce qu'on appelle la science des Saints, que Dieu donne aux petits et humbles de cœur, aux personnes vraiment détachées d'elles-mêmes, du siècle, et de tout ce que le siècle estime ; dans laquelle il a rendu admirables des gens sans lettres, de simples femmes, pendant que cette science est cachée aux sages et aux prudents du monde. Nous avons connu un célèbre Docteur qui disait qu'il avait été longtemps sans connaître Dieu avec toute sa doctrine ; il voulait dire qu'il ne le connaissait pas par la science des Saints.
Or si c'est dans la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ que consiste la vie éternelle, comme l'on n'en peut douter, on doit nécessairement convenir que c'est ce qui fait tout notre bonheur, et à même temps demeurer d'accord que son ignorance est la cause de tous nos maux. Et voilà le malheur, comme il a été déjà dit, et le très-grand malheur du monde, selon le témoignage que notre divin Maître en a rendu.
On aurait donc bien sujet d'aller crier de ville en ville, et de village en village, Au Dieu inconnu. Autrefois l'Apôtre l'a fait dans Athènes, le pays des savants du siècle, et au milieu d'un sénat, l'un des plus sages de la terre. Mais on peut le prêcher parmi le peuple Chrétien. On peut le crier, qu'il adore Dieu sans le connaître : car est-ce le connaître que de lui insulter jusque devant ses Autels où il réside corporellement, profanant la sainteté de ses Temples par les irrévérences que l'on y commet, s'y tenant en des situations peu modestes ? ce que l'on remarque assez communément, lorsque l'on s'assemble pour entendre les Sermons, dont il ne faut pas être surpris, si l'on en voit si peu d'effets, s'y préparant d'une si étrange manière. Est-ce le connaître, de n'avoir pas de honte de le traiter avec si peu de respect, et de n'oser ouvrir la bouche pour empêcher qu'il ne soit déshonoré de la sorte ? Ceux mêmes qui doivent élever leur voix, comme le son d'une trompette, pour me servir des expressions de l'Écriture, pour crier contre ces profanations, souvent demeurent muets, et quelquefois les commettent avec plus de hardiesse. Voici ce qu'on lit sur ce sujet dans les Sentences Chrétiennes et Cléricales de feu Monsieur Bourdoise Prêtre de la Communauté de saint Nicolas de Chardonnet, dont saint François de Sales a eu une si haute estime, et dont il se servait quand il allait prêcher dans Paris pour lui tenir compagnie. C'est lui qui parle dans ces Sentences que l'on a données au public. J'ai une fois en ma vie mis hors et chassé d'une Cathédrale cent treize causeurs en deux heures, et en aurais bien mis davantage, si le cent quatorzième qui se présenta, n'eût été un Prêtre Bénéficié de cette Église ; car alors je trouvai à qui parler, et là toute mon autorité et mon zèle furent trop courts. Là j'expérimentai qu'il n'y a rien à gagner aux Prêtres. Ces profanations, aussi bien que l'ignorance de Dieu nous ont obligés, assistés des miséricordes de notre bon Sauveur, et de la protection de son immaculée Mère Vierge, de donner au public deux Traités, dont l'un est de Dieu inconnu, et l'autre des horreurs des profanations des Églises.
Est-ce connaître Dieu, de faire si peu d'état de l'honneur qu'il nous fait, vermisseaux de terre que nous sommes, non seulement nous permettant de l'entretenir quand il nous plaît, mais nous y exhortant, qu'il semble que ce nous soit une peine de converser avec sa Majesté suradorable par l'oraison ; qu'une demi-heure que dure une Messe où il se trouve présent avec son sacré Corps et son précieux Sang, paraît un temps trop long, que l'on s'en ennuie. En userait-on de la sorte avec les Rois de la terre, s'ils permettaient de les entretenir, et de leur parler ? On passe la plupart des jours dans la conversation des viles créatures, on se plaint si l'on est seul, et dans leur privation ; et on crie contre la longueur d'une demi-heure s'il la faut donner à Dieu ; et encore comment la lui donne-t-on ?
Est-ce connaître Dieu, de négliger la divine Communion de son sacré corps ? Est-ce le croire ? Doute-t-on que tous les véritables trésors n'y soient renfermés ? Que ferait-on, si on avait le pouvoir de quelque trésor précieux d'or ou d'argent ? Mais il faut être dignement disposé pour participer à cette Communion vivifiante, il est vrai. Hé ! comment ne fait-on pas tout pour s'y préparer ? Je mourrai sans le pouvoir comprendre, comment il est possible de perdre une seule Communion par négligence ; je dis par négligence, puisque c'est se priver d'un trésor infini qui vaut mieux que le ciel et la terre.
Est-ce connaître Dieu, de lui préférer la créature, des voluptés criminelles aux plaisirs divins de son Paradis ; de lui préférer un peu d'or, d'argent, de biens temporels, des honneurs passagers : ce que fait tous les jours le monde par l'avarice, l'ambition, la vie sensuelle. En vérité c'est ne le pas connaître, de faire moins d'estime de sa possession, ou de sa perte, que des viles choses de la terre, pour lesquelles on s'embarrasse tant, ou pour les gagner, ou pour ne les pas perdre, et pour lesquelles on l'offense si criminellement.
Est-ce connaître Dieu, que de négliger ses divins intérêts, pendant que tout le monde est dans la recherche des siens propres, et des intérêts des autres créatures ? Les Intendants envoient des ordres pour les intérêts des Princes. On les exécute avec la dernière exactitude, et il est juste, et il le faut faire. Les mêmes Princes donnent des ordres pour punir les blasphémateurs, pour empêcher les profanations des Églises ; qui s'applique à leur exécution ? quelle attention y donnent les Magistrats et les autres Officiers ? Hélas ! à peine y pense-t-on. On blasphème, on profane la sainteté des Églises ; on n'y remédie point. Les plus pauvres, les gens de la plus basse condition trouvent des Avocats, des Procureurs qui plaident pour leurs intérêts : où sont les Avocats, les Procureurs qui plaident pour soutenir la cause d'un Dieu, qui entreprennent ses affaires ? Il est vrai, il y a les gens du Roi : où trouverons-nous les gens de Dieu ? Si l'on attaque les droits honorifiques, soit des Ecclésiastiques, soit des séculiers, on fait de grands et de longs procès. Chacun dit : Je suis obligé de garder mes droits. Ô mon Seigneur et mon Dieu, faites-nous penser et garder les vôtres. A la moindre nouvelle que l'on apprend que ces droits des créatures sont blessés, aussitôt on prend des mesures pour y remédier, pour en empêcher la continuation. On avertit, on sait mille et mille désordres que l'on commet contre la Majesté de Dieu ; ou l'on demeure comme insensible aux outrages de cette Majesté infinie, ou l'on s'y applique bien peu. On y fait peu de réflexion, on les oublie aisément ; ou les soins que l'on en prend, sont bien médiocres.
Après cela cessons de nous étonner si Dieu s'adresse même aux choses inanimées de ce qu'il n'est point connu, et par son peuple qu'il a élevé et nourri comme son enfant, et qu'il a comblé de ses bienfaits. Cieux, écoutez, dit-il par le Prophète Isaïe ; et toi terre, prête l'oreille. C'est de la sorte qu'il parle à ce qui n'a pas de sentiment, pour faire connaître aux hommes leur aveuglement. Il ajoute : Le bœuf connaît celui à qui il est, et l'âne l'étable de son maître ; mais Israël ne m'a pas connu, et mon peuple a été sans entendement. Dieu fait encore le même reproche par le Prophète Jérémie, dans lequel il appelle pour témoins de la perfidie de son peuple, les oiseaux du ciel. Moïse animé de son saint Esprit, appelle en témoignage le ciel et la terre. On peut remarquer ici que les ténèbres du pécheur son bien épaisses, la dureté de son cœur bien étrange, son insensibilité bien extrême, puisque Dieu s'en plaint même à ce qui et dépourvu d'intelligence.
Le saint Prophète Roi a dit de lui, qu'il a imité les bêtes qui sont sans raison, et qu'il leur est devenu semblable. Et lui parlant il s'écrie : Ne devenez pas comme le cheval et le mulet qui sont sans raison. Mais il est encore au dessous des bêtes, et plus stupide, puisque le bœuf et l'âne connaissent leur maître ; car ils les servent, et leur obéissent comme ils veulent, quoiqu'entre les animaux ils soient les plus stupides. C'est ce que remarque Saint Jérôme, qui pense que Dieu s'en sert pour ce sujet.
Mais puisque Dieu veut bien se servir de la comparaison de ces animaux, voici une chose assez surprenante à cet égard, et rapportée par une personne qui l'a vue, et qui en a été le témoin oculaire. Un esclave s'étant enfui de Rome, et s'étant caché dans une solitude, y rencontra un lion à qui il ôta une épine qui lui perçait le pied. A quelque temps de là cet esclave étant repris, il fut condamné à la mort, et exposé aux lions dans l'amphithéâtre de Rome selon la coutume de ce temps-là. Or il arriva que le lion qu'on lui lâcha pour le dévorer, était celui à qui il avait tiré l'épine du pied, et que l'on avait pris et enfermé avec les autres pour le supplice des criminels. Ce fut un spectacle bien surprenant à toute le peuple Romain assemblé dans l'amphithéâtre ; car à la vue de ce misérable esclave qui était presque déjà sans sentiment dans la crainte de la mort qui l'avait saisi, le lion qui le reconnut s'arrêta quelque temps comme immobile, et ensuite s'approchant de lui il commença à le flatter de sa queue comme les chiens font ordinairement, et à le lécher avec sa langue. Pour lors il se fit de grands cris d'une exclamation générale de tout le peuple étonné : on crie la liberté de l'esclave, et on l'obtient. L'Empereur même voulant savoir la cause d'un événement si singulier, l'apprit de la bouche de l'esclave ; ensuite on laissa le lion libre aussi bien que l'esclave, qui le conduisant comme un chien après lui dans les rues, on jetait des fleurs à pleine main sur le lion.
Que cet exemple est pressant ! Un lion a tant de reconnaissance pour un homme qui lui a tiré une épine du pied ; et nous qui devons tout à Dieu, et qui nous a délivrés de l'enfer, bien loin de reconnaître sa bonté infinie, nous le crucifions derechef, pour parler avec l'Apôtre, nous rendant coupables de sa mort par nos péchés qui en sont la cause. Saint Antoine de Padoue, pour convertir un hérétique, fit reconnaître la présence du sauveur en la sainte Hostie, d'une manière miraculeuse, par un cheval, qu'on avait laissé un temps considérable sans manger, et à qui présentant de l'avoine devant le très-saint Sacrement de l'Autel, il n'y toucha point, et la laissa pour se tenir en la manière qu'il pouvait en respect devant ce Sacrement adorable. Saint François d'Assise avait un agneau qui fléchissait les genoux, lorsqu'on les levait au très saint Sacrifice de la Messe. Malheur au monde, à la nation pécheresse, à la race corrompue des hommes qui ont si peu de respect pour ce Dieu caché en la divine Eucharistie.
A ces vues, ou il faut renoncer à avoir plus de cœur, ou il faut qu'il ne respire plus que pour le divin amour. Ah, que nous avons bien d'autres sujets que les anciens Prophètes de nous adresser aux Cieux et à la Terre, d'appeler à témoins les animaux en témoignage de ce que les hommes ni ne connaissent Dieu, ni ne l'aiment. Dieu ne nous élève plus, il ne nous nourrit plus d'une manne faite par le ministère des Anges, mais de son propre corps, de son propre sang, après qu'il s'est immolé sur une croix pour nous, et nous a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang. Écoutez, pierres ; écoutez, rochers, vous avez bien amolli votre dureté, vous vous êtes bien brisés, lorsque cet aimable Sauveur a souffert. Ah, ce n'était pas pour vous, c'était pour les hommes, ces ingrats qui sont toujours insensibles à ses bienfaits. Tous les éléments, dit saint Grégoire, ont connu ce Dieu Sauveur en leur manière : les cieux par la nouvelle étoile qui a paru, la mer qui a obéi à sa voix, la terre qui a tremblé à sa mort, le soleil qui s'est éclipsé, les pierres qui se sont brisées, la mort par la résurrection de ceux qui étaient privés de vie. Et après cela le monde ne le connaît point.
Ici S. Bernard s'écrie : Que devons-nous donc faire pour le connaître ? Il répond : Nous avons plus besoin d'un cœur contrit et humilié, que de beaucoup d'étude. Nous avons plus besoin de soupirer et de pleurer, que de raisonner et d'étudier, de l'oraison que de la lecture. Il faut donner plus de temps à la contemplation des choses célestes, qu'à l'occupation des choses de la terre. Approchez-vous de Dieu, dit le Psalmiste, et soyez éclairés.
Que l'homme ne cherche point d'excuse dans son ignorance. Les hommes ont toujours été sans excuse, nous enseigne l'Apôtre aux Romains ; car par la connaissance que les créatures de ce monde ont des choses qui ont été faites, ce qui est invisible en Dieu, leur devient visible, même sa puissance éternelle et sa divinité. Il parle des Infidèles, qu'il appelle les créatures de ce monde, à la différence des Chrétiens qui sont appelés dans l’Écriture, la nouvelle créature. Le Saint-Esprit nous révèle que la lumière véritable éclaire tout homme venant en ce monde ; c'est-à-dire, tout homme capable de lumière, lorsque la raison est assez forte en son âme, pour être digne ou de punition, ou de gloire ; Dieu l'éclaire intérieurement et l'échauffe, en sorte que s'il ne manque pas à cette première grâce, il l'augmente et accomplit son œuvre, lorsque le jugement lui est venu à une juste maturité, et qu'il est obligé de se convertir à Dieu.
Mais entre tous les hommes, les Chrétiens qui connaissent et qui aiment peu Dieu, seront plus châtiés : car ils sont ce peuple qui marchait dans les ténèbres, et qui a vu une grande lumière, sur qui le jour s'est levé lorsqu'il habitait dans la région de l'ombre de la mort, à qui la lumière a été aussi claire que le soleil en plein midi. C'est le sujet de leur condamnation, comme nous le dit l’Évangile ; car ils ont aimé mieux les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait mal, hait la lumière, et il ne se présente point à la lumière, de peur qu'il ne soit repris de ses œuvres.
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
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qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle
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mercredi 22 juillet 2020
GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE (pour adulte), contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la Doctrine Chrétienne, Leçon LII : De la liberté de l'Église, et de la vie Monastique
PREMIÈRE PARTIE
Contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la Doctrine Chrétienne
LEÇON LII
De la liberté de l'Église, et de la vie Monastique
Après trois cents ans de souffrances, Dieu donna la paix à son Église sous l'Empereur Constantin, qui embrassa la foi chrétienne. Cette liberté rendit plus solennellement les prières publiques, et les assemblées des fidèles, qu'il fallait souvent faire la nuit et en cachette du temps des persécutions. On fit aussi des édifices plus magnifiques, on augmenta le nombre des ornements et des vases sacrés ; on donna de grandes richesses aux Églises pour l'entretien du luminaire et des bâtiments, et pour la nourriture des clercs et des pauvres. L'on fonda des hôpitaux de toutes sortes, mais en même temps la vertu commença à se relâcher dans le commun des chrétiens. Comme il n'y avait plus de péril à l'être, plusieurs en faisaient profession sans être bien convertis, ni bien touchés du mépris des plaisirs, des richesses et de l'espérance du ciel. Ainsi ceux qui voulurent pratiquer la vie chrétienne dans une plus grande pureté, trouvèrent plus sûr de se séparer du monde, et de vivre en solitude. On les appela Moines, c'est-à-dire, seuls ou solitaires. Les plus parfaits furent en Égypte, où saint Antoine commença à les faire vivre en communauté, et à rendre plus fréquente cette manière de vie, dont quelques particuliers avaient conservé la tradition depuis le commencement de l'Église ; car il y avait toujours eu quelques chrétiens, à qui le désir d'une plus grande perfection faisait pratiquer une vie fort austère, et retirée, à l'exemple de saint Jean-Baptiste et des Prophètes. Les Moines vivaient dans de grands déserts, où ils bâtissaient pour se loger, des pauvres cellules, et ils passaient le jour à travailler, faisant des nattes, des paniers, et d'autres ouvrages faciles, et méditant l'Écriture sainte. Ils jeûnaient tous les jours, ne prenant leur nourriture que vers le soir, et ne vivant la plupart que de pain et d'eau. Ils s'assemblaient pour prier le soir et la nuit. Ils dormaient peu, gardaient un grand silence, et s'exerçaient continuellement à toutes sortes de vertus. Leur travail suffisait, non-seulement pour les nourrir, mais encore pour fournir à de grandes aumônes. Ils obéissaient parfaitement à leurs Supérieurs, quoiqu'il y en eût quelquefois plusieurs milliers sous un même Abbé ; car en peu de temps ils multiplièrent extrêmement. Il y eut des femmes qui embrassèrent aussi cette manière de vie. Dès le commencement du christianisme, il y avait toujours un grand nombre de vierges et de veuves qui se consacraient à Dieu. Et quand l'Église fut en liberté, il s'en forma de grandes Communautés de Religieuses, et dans les villes et dans les solitudes. Il y a eu plusieurs saints qui ont fait des règles de la vie monastique pour les hommes et pour les femmes. Mais celle qui a été la plus suivie en Occident, est celle de saint Benoît, qui vivait en Italie au commencement du sixième siècle.
Fin de la première Partie.
Reportez-vous à Leçon I : De la Création, Leçon II : Du péché, Leçon III : De la corruption du Genre humain et du déluge, Leçon IV : De la Loi de Nature, Leçon V : Du Patriarche Abraham, Leçon VI : Des autres Patriarches, Leçon VII : De la servitude d’Égypte, Leçon VIII : De la Pâque, Leçon IX : Du voyage dans le désert, Leçon X : Des dix Commandements, Leçon XI : De l'alliance de Dieu avec les Israélites, Leçon XII : Des infidélités du peuple dans le désert, Leçon XIII : Des derniers discours de Moïse, Leçon XIV : De l'établissement du peuple dans la terre promise, Leçon XV : De l'Idolâtrie, Leçon XVI : De David et du Messie, Leçon XVII : De Salomon et de sa sagesse, Leçon XVIII : Du Schisme des Tribus ou de Samarie, Leçon XIX : Des Prophètes, Leçon XX : Des Prophéties, Leçon XXI : De la captivité de Babylone, Leçon XXII : Du rétablissement des Juifs après la captivité, Leçon XXIII : De la persécution d'Antiochus et des Macchabées, Leçon XXIV : De l'état où était le monde à la venue du Messie, Leçon XXV : Comment le Messie était attendu des Juifs, Leçon XXVI : De la Naissance de Jésus-Christ, Leçon XXVII : De l'enfance de Jésus-Christ, Leçon XXVIII : De Saint Jean-Baptiste, Leçon XXIX : De la vocation des Apôtres, Leçon XXX : Des miracles de Jésus-Christ, Leçon XXXI : Des vertus de Jésus-Christ, Leçon XXXII : De la Doctrine de Jésus-Christ et premièrement de la Trinité et de l'Incarnation, Leçon XXXIII : De l'amour de Dieu et du prochain, Leçon XXXIV : Des Conseils, de la Grâce et de la Prière, Leçon XXXV : De l'état des Fidèles dans la vie présente, Leçon XXXVI : De la vie du siècle futur, Leçon XXXVII : Des ennemis de Jésus, Leçon XXXVIII : De la Cène de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XXXIX : De la Passion de Jésus-Christ, Leçon XL : De la mort de Jésus-Christ, Leçon XLI : De la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, Leçon XLII : De la descente du Saint-Esprit, Leçon XLIII : De l’Église de Jérusalem, Leçon XLIV : De la Persécution des Juifs, et de la Conversion des Samaritains, Leçon XLV : De la Conversion des Gentils, Leçon XLVI : De la Fondation et de la Subordination des Églises, Leçon XLVII : De la Tradition, de l'Écriture et des Conciles, Leçon XLVIII : De la ruine de Jérusalem, Leçon XLIX : De la vie des Apôtres, Leçon L : Des Persécutions, Leçon LI : Des Confesseurs et des Martyrs, Du dessein et de l'usage de ce Catéchisme, Première partie du Petit Catéchisme Historique, contenant en abrégé l'Histoire Sainte, Deuxième partie du Petit Catéchisme Historique, contenant en abrégé l'Histoire Chrétienne.
jeudi 13 juin 2019
Du miracle que Dieu fit par le moyen de saint Antoine, lorsqu'il prêcha les poissons de la mer
Le même fait, avec presque toutes ses circonstances, se trouve délicieusement raconté, en vieux style français, dans les Chroniques des Frères Mineurs, liv. v, chap. XVIII. M. Chavin de Malan rapporte ce passage dans son Histoire de saint François, ch. XII.
Le Christ béni voulant faire éclater la sainteté de son serviteur saint Antoine, et montrer avec quel respect on devait écouter ses prédications et suivre sa doctrine, se servit un jour d'animaux sans raison, de poissons, pour reprendre les hérétiques de leur fausse sagesse ; comme autrefois, dans l'Ancien-Testament, il s'était servi d'un âne pour confondre l'ignorance de Balaam. Dans le temps où la ville de Rimini se trouvait infestée d'une multitude d'hérétiques, saint Antoine entreprit de les ramener à la lumière de la vraie foi et dans les sentiers de la vertu, en leur expliquant, pendant plusieurs jours, les principes de la religion et les vérités de la Sainte-Écriture. Mais, loin de se laisser convaincre par ses paroles, ces cœurs endurcis et obstinés dans l'erreur refusaient de l'écouter. Inspiré alors par un mouvement divin, le Saint se rendit à l'embouchure de la rivière, près du bord de la mer, et là, il s'écria : « Poissons de l'Océan et de la rivière, écoutez, c'est à vous que je vais annoncer la parole de Dieu, puisque les hérétiques refusent de l'entendre. » À ces mots, une multitude de poissons de toute grosseur se presse auprès de saint Antoine, et le nombre en était si considérable que jamais on n'en avait autant vu dans cet endroit. Tous, la tête hors de l'eau et tournés vers leur prédicateur, se tenaient paisiblement rangés en ordre. Les plus petits se trouvaient les plus rapprochés de la rive ; ceux de moyenne grandeur se tenaient derrière eux, et les plus gros se trouvaient les derniers, à l'endroit le plus profond. Lorsqu'ils furent ainsi disposés, saint Antoine, d'une voix solennelle, leur adressa ces paroles : « Poissons, mes petits frères, vous devez, autant qu'il est en vous, rendre grâces à notre Créateur des biens dont il vous a comblés ; c'est à lui que vous devez le noble élément où il a fixé votre demeure ; c'est lui qui vous donne, à votre choix, des eaux douces ou salées ; c'est à lui que vous devez ces innombrables retraites où vous pouvez vous réfugier au moment de la tempête, et c'est de lui que vous avez reçu cet élément clair et transparent, avec toute la nourriture nécessaire à votre subsistance. Ce Dieu libéral et bienfaisant, vous imposa, au jour de votre création, l'ordre de croître et de vous multiplier, et il vous donna sa bénédiction. Et puis, quand survint le déluge universel, tous les animaux périrent, et vous fûtes les seuls qu'il mit à l'abri de tout danger. Il vous a donné des nageoires au moyen desquelles vous pouvez courir où il vous plaît. C'est à vous qu'il a confié le soin de conserver le prophète Jonas, et, au bout de trois jours, de le rendre sain et sauf. C'est vous encore qui avez fourni à Notre-Seigneur Jésus-Christ de quoi payer le cens ; à ce Dieu, qui, semblable à un pauvre, n'avait alors rien à donner. Enfin, par un choix mystérieux, c'est vous encore qui avez servi de nourriture au Christ, au Roi éternel, avant et après sa résurrection. Au souvenir de ces bienfaits si multipliés et si précieux, louez donc et bénissez le Dieu de qui vous les tenez ; vous y êtes obligés plus que toutes autres créatures. » En écoutant ces exhortations, les poissons ouvrent la bouche, inclinent la tête, et par leur attitude respectueuse, s'efforcent, autant qu'il est en eux, de rendre à Dieu leur tribut de louanges.
À cette vue, saint Antoine s'écrie, transporté de joie : « Béni soit le Dieu éternel, puisque des poissons lui rendent plus d'hommages que les hérétiques, et que des animaux sans raison écoutent sa parole avec plus de docilité que des hommes infidèles ! » Cependant la multitude des poissons augmentait à mesure que le Saint leur parlait, et pas un d'eux ne quittait l'endroit où il s'était placé. Au bruit de ce prodige, toute la ville accourut, et les hérétiques, en présence d'un miracle aussi étonnant et aussi manifeste, se sentirent entièrement touchés, se jetèrent aux pieds du saint prédicateur et demandèrent à entendre ses instructions. Aussitôt, le Saint se mit à leur prêcher avec tant de force que tous se convertirent et revinrent à la foi de Jésus-Christ ; tandis que les fidèles, fortifiés eux mêmes, demeurèrent remplis de la joie la plus vive. Alors saint Antoine congédia les poissons, en les bénissant au nom de Dieu ; et la multitude se retira ravie du prodige éclatant dont elle venait d'être témoin. Après cela, le Saint demeura plusieurs jours encore à Rimini, et il y produisit dans les âmes les fruits spirituels les plus abondants.
(Extrait des Fioretti ou petites fleurs de Saint François d'Assise)
Prière à saint Antoine de Padoue
Saint Antoine de Padoue, vous qui possédez et voyez Dieu face à face et qui, malgré l'extase, désormais éternelle, dans laquelle vous vivez au ciel, avez encore compassion de ceux qui sont ici-bas dans les sollicitudes de sa vie ; vous que l'on n'invoque jamais en vain, selon le témoignage de saint Bonaventure, dans les dangers, dans les calamités publiques et dans les divisions de famille ; vous qui mettez en fuite les démons, qui rendez la santé aux malades qui vous prient avec confiance ; vous qui, en un mot, faites retrouver tout ce qui était perdu, aussi bien dans l'ordre spirituel que dans l'ordre temporel.
Veuillez, je vous en prie, demander à Dieu pour moi qu'il écarte les périls qui me menacent et qu'il me fasse retrouver tout ce que j'ai perdu. Ainsi soit-il.
Dire cinq Pater et Ave.
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