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vendredi 25 février 2022

Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit



Saint Augustin remarque très-bien, que comme le corps naturel de l'homme reçoit uniquement sa vie de l'âme qui l'anime ; de même tous les Chrétiens qui sont le corps mystique de Jésus-Christ, ne vivent tous que de son seul Esprit : et comme le corps naturel meurt à même temps que l'âme en est séparée, aussi le Chrétien tombe dans un état funeste d'une mort la plus horrible de toutes, lorsqu'il perd la grâce et l'amour de Jésus-Christ par le péché. C'est l'état malheureux du monde dans l'abandonnement à ses convoitises, dont l'on peut assurer ce que le Fils de Dieu ordonne de dire de sa part à l'Évêque de l'Église de Sardes : Je sais quelles sont vos œuvres ; vous avez la réputation d'être vivant, quoique vous soyez mort. Ô combien y en a-t-il dans le monde, qui sont des gens pleins d'une grande santé, qui passent leurs jours dans les divertissements et dans les plaisirs, qui se promettent de longues années, et qui devant Dieu sont véritablement morts ! Hélas ! c'est à quoi le monde pense peu, et c'est bien à quoi il devrait penser. Les soins de la santé du corps occupent presque tous les hommes. C'est ce que partout on se demande les uns aux autres. Dès qu'on se rencontre, la première chose dont il est question, c'est de la santé du corps. A l'abord on se demande, Comment vous portez-vous ? Mais combien y en a-t-il de ceux qui répondent qu'ils se portent bien, qui ont perdu la véritable vie, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ ? Combien y en a-t-il que l'on complimente sur leur bonne santé, à qui l'on devrait donner des larmes sur l'état de leur mort lamentable ? Ô mort infiniment affreuse aux yeux de Dieu et de ses Anges !
Or cette mort arrive, parce que le Saint-Esprit n'habite plus dans l'âme, qui est privée de la grâce sanctifiante par le péché, et qui n'en reçoit plus la véritable vie. Mais le malheur des malheurs du monde, est que non-seulement il n'a pas le Saint-Esprit, mais qu'il ne le peut recevoir. Ce sont les propres paroles du Fils de Dieu, en saint Jean au chapitre quatorze, qui promettant à ses Disciples le Saint-Esprit, leur déclara que le monde ne le peut recevoir ; c'est-à-dire, le monde demeurera dans la corruption, le monde ne cessant point d'être monde, de même que la nuit ne peut pas être le jour, et le jour la nuit. Il faudrait que le monde changeât d'esprits, de sentiments, de maximes, d'inclinations. L'esprit du monde et l'Esprit de Dieu ne sont pas seulement dissemblables, mais entièrement contraires : on ne peut les avoir ensemble, ils sont incompatibles.
C'est ce que saint Jacques, dans son Épître catholique, enseigne admirablement, par l'opposition de la sagesse qui vient du Ciel, de l'Esprit de Dieu, et la sagesse du monde. La sagesse qui vient d'en haut, dit cet Apôtre, est chaste, paisible, modeste, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres ; elle n'est point défiante ni dissimulée : et la sagesse du monde est une sagesse terrestre, sensuelle et diabolique.
La sagesse qui vient du Ciel, du Saint-Esprit, est chaste, paisible, modeste, et détachée de son propre sens : car elle est pure, et élevée au-dessus des sens, qui sait les mortifier et les vaincre, qui prend et se sert des moyens propres à les assujettir à la grâce, ainsi elle crucifie la chaire avec ses convoitises, et rend l'homme obéissant à Dieu, le tenant entièrement sous sa domination et son empire.
Elle est paisible, modeste, détachée de son propre sens, parce qu'elle fuit les contentions, elle se laisse facilement persuader, elle n'est pas opiniâtre, elle est prompte à se soumettre. Ces marques ont toujours servi de règle aux Saints et aux maîtres de la vie spirituelle, pour discerner si les personnes qui étaient en estime d'une sainteté singulière, avaient le véritable esprit de Dieu. Ainsi nous lisons des saints Solitaires, qui ayant appris la vie extraordinaire du bienheureux Siméon Stylite sur sa colonne, lui envoyèrent dire de leur part, qu'il eût à descendre de sa colonne, et à quitter le genre étonnant de vie qu'il menait, avec ordre, s'il résistait, de l'y obliger. Ces Pères ne trouvant point de marques plus assurées de l'esprit de Dieu, que la disposition à se soumettre ; et c'est ce qu'ils trouvèrent d'une manière admirable dans cet incomparable Saint, qui se mit en état d'exécuter l'ordre qu'il recevait, au même temps qu'on le lui eût proposé : et ce qui est très digne de remarque, c'est que ces Solitaires n'étaient pas ses supérieurs. C'est une maxime très-véritable, qu'il ne faut attendre rien de bon d'une personne qui est opiniâtre, propriétaire dans ses exercices de piété, quand elle ferait des miracles. L'Esprit de Dieu est un esprit de soumission et d'obéissance ; et non seulement de volonté, mais d'entendement : car le véritable obéissant ne veut pas seulement se soumettre en faisant ce qui lui est ordonné, mais il croit facilement que ceux qui lui commandent, ont raison, qu'ils sont plus éclairés que lui, qu'il se trompe dans ses pensées.
La sagesse du monde au contraire est terrestre, sensuelle, diabolique ; au lieu que celle de Die vient d'en haut, du Ciel. Celle-ci est toute de la terre ; c'est où elle prend son origine et ses progrès. Comme elle est toute dans l'estime des honneurs, des plaisirs, et des biens de la terre, c'est ce qui fait son occupation, comme nous l'avons remarqué, c'est à quoi elle s'applique, c'est ce qu'elle enseigne ; et ceux qui sont les mieux instruits dans ces affaires de la terre, qui inspirent plus les moyens d'y réussir, et qui y réussissent davantage, passent pour les plus habiles, ce sont les sages du monde. Bien loin d'être paisible, de posséder une véritable paix que Dieu seul donne, que l'âme seule possède, qui lui est entièrement unie, elle est toute dans les guerres qui viennent des cupidités, comme l'enseigne encore l'Apôtre saint Jacques, qui combattent dans le corps par la révolte des sens et des passions, par l'inclination aux voluptés, les membres servant d'armes au péché ; et au-dehors par les contestations et les querelles pour le bien et pour la gloire, qui sont les sources de toutes les guerres.
La sagesse du monde est sensuelle, toute animale, et par suite toute contraire à l'esprit. Dieu proteste dans l'Écriture, que son esprit ne demeurera plus dans l'homme, parce qu'il est chair : mais elle est diabolique, car elle vient du démon. Ainsi elle est fière, orgueilleuse, superbe ; elle marche en choses grandes, elle se porte à ce qui éclaire et ce qui est au-dessus d'elle. Ses yeux sont élevés, et son cœur enflé. Elle présume beaucoup d'elle-même, méprise facilement les sentiments des autres, pense toujours avoir raison, demeure propriétaire dans ses pensées, elle veut toujours l'emporter. Elle a un esprit dominant, une volonté dominante, elle préfère ses pensées à celles des autres, elle veut faire ce que ses pensées lui suggèrent. La superbe règne dans elle, comme dans le diable, d'où elle vient.
C'est cette sagesse diabolique qui est la source de toutes les hérésies, qui ont toutes un esprit particulier, opiniâtre, point de volonté à se soumettre, préférant leurs fausses lumières aux décisions des Papes et de l'Église, s'abusant quelquefois par quelques œuvres éclatantes d'aumônes, de retraite, d'austérités corporelles. C'est ce que l'on a vu dans plusieurs Pères du désert, qui ayant mené une vie angélique, se sont enfin perdus tombant dans l'hérésie, comme il est arrivé à plusieurs à l'égard de l'hérésie des Monothélites. Mais nous l'avons dit, et c'est ce que l'on ne peut jamais assez répéter ; jamais il ne faut attendre rien de bon d'une personne attachée à ses sentiments, opiniâtre dans ses pensées et ses actions, quand d'autre part elle ferait des miracles.
Malheur à vous, dit Dieu par le Prophète Isaïe, qui êtes sages à vos propres yeux, et qui êtes prudents en vous-mêmes. Et il dit en un autre lieu du même Prophète : Je ferai une merveille dans ce peuple ; car la sagesse des sages périra, et la prudence des hommes intelligents sera obscurcie. Malheur à vous qui vous retirez dans la profondeur de vos cœurs. L'Apôtre s'écrie, l'Écriture dit, J'arrêterai les sages dans leurs subtilités. Dieu a connu les pensées des sages, et en a découvert la vanité. Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la prudence des prudents. Où sont les Philosophes, les Docteurs de la Loi ? où sont les curieux des secrets de la nature ? C'est pourquoi il assure qu'il ne prêche point la sagesse de ce monde, ni des Princes du monde, c'est-à-dire des Démons. Il déclare que le Saint-Esprit dit clairement que quelques-uns renonceront à la foi, écoutant des esprits d'erreur, et des doctrines de démons ; voilà la sagesse diabolique.
Cette sagesse néanmoins terrestre, sensuelle et diabolique, est la sagesse du monde, si directement contraire à celle de Dieu ; que comme elle est une folie à ses yeux divins, selon la doctrine de l'Apôtre, de même la sagesse de Dieu est une folie aux yeux du monde. C'est par cette folie de la prédication, dit-il, qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui auront la foi : et il écrit de lui-même, qu'on le regardait comme un insensé. Il ne faut pas en être surpris, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, dont saint Marc l'Évangéliste, au troisième chapitre de son Évangile, rapporte que ses parents vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il a l'esprit aliéné. Après cela on ne doit pas s'étonner si ceux qui prêchent la pureté de son Évangile, qui enseignent que c'est un bonheur d'être pauvre, d'être misérable dans la vie présente, d'y avoir beaucoup de traverses et de contradictions ; que c'est un malheur d'être riche, et d'y avoir beaucoup d'honneurs et de plaisirs, et qui tâchent avec le secours de leur divin Maître, de prêcher plus ces vérités par leurs actions, que par leurs paroles, sont désapprouvés, sont méprisés, sont quelquefois moqués, si l'on s'éloigne d'eux, si la parenté, les familles les regardent comme des gens qui font tort à leur honneur. Cependant notre Apôtre écrit : Que nul ne se trompe soi-même. Si quelqu'un d'entre vous se croit sage selon le monde, qu'il devienne fou, c'est-à-dire qu'il renonce à la sagesse séculière, pour suivre les maximes du Fils de Dieu qui semblent folie.
Mais à qui le Seigneur donnera-t-il l'intelligence de la parole, dit le Prophète Isaïe ? à des enfants qu'on ne fait que de sévrer ? Ce ne sera pas aux superbes, mais ce sera à ceux qui ont la simplicité et l'innocence des enfants. Notre bon Sauveur rend grâces à son Père, de ce qu'il a caché les choses qu'il enseigne, aux sages et aux prudents ; car il les laisse dans leur aveuglement que leur cause leur orgueil, et de ce qu'il les a découvertes aux petits. Il ne les fait connaître et goûter intérieurement qu'aux simples et aux humbles. Il rend grâces à son Père, de ce que tel est son plaisir. Et saint Luc nous apprend que, lorsqu'il dit ces paroles, à cette heure-là même son esprit eut un transport de joie. Son plaisir, comme celui de son Père, est de s'entretenir avec les simples, et de leur découvrir ses secrets.
C'est ce qu'il a fait dès le commencement de l'établissement de l'Évangile, se communiquant à de pauvres pêcheurs, et se servant d'eux pour enseigner sa doctrine à toute la terre. C'est ce qu'il a fait dans la suite des siècles ; et on ne peut assez admirer les hautes et divines lumières qu'il a données aux Brigittes, aux Thérèses, et à d'autres personnes simples et sans lettres. Le Père Ribera de la Compagnie de Jésus, personnage d'une rare érudition, aussi-bien que d'une piété singulière, rapporte dans la vie qu'il a écrite de sainte Thérèse, que recevant plusieurs ordres de Dieu pour les dire de sa part, et la Sainte lui disant avec humilité, qu'elle s'étonnait de ce qu'il ne s'adressait pas aux doctes et savants, il lui répondit : Ma fille, ils ne me croiraient pas. Il parlait sans doute des doctes suffisants en eux-mêmes, et non pas des Savants qui sont humbles. Saint Jean, au Chapitre septième de son Évangile, écrit que les Archers envoyés par les Chefs des Prêtres et par les Pharisiens, étant retournés vers eux sans se saisir de la personne de notre Seigneur, et leur ayant dit, Jamais homme ne parla comme cet homme ; les Pharisiens leur répliquèrent, Êtes-vous aussi de ceux qui vous êtes laissés séduire ? Y-a-t-il quelqu'un des Magistrats ou des Pharisiens qui ait cru en lui ? ils ajoutèrent qu'il n'y avait que la populace. Il faut être humble, non seulement de paroles et à l'extérieur, mais il faut être humble de cœur pour recevoir l'esprit de Dieu et ses vérités. L'Apôtre saint Jacques dit de plus, que la sagesse qui vient du Ciel, n'est ni défiante ni dissimulée. Elle est toute sincère, elle fait marcher simplement sans aucuns détours. Elle parle comme elle pense, à la différence de la sagesse diabolique des hérétiques, qui cachent leur doctrine, qui la déguisent ; qui dans les apparences, quand ils craignent les Puissances Écclésiastiques ou Séculières, font profession des vérités catholiques, usant d'artifices, de restrictions, se réservant à se produire dans les temps qu'ils espèrent leur être favorables.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du monde en ce qu'il n'est point du Royaume de Dieu, Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans ses occupations, Des divertissements, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les devoirs des pères à l'égard de leurs enfants, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur l'Autorité, Le Malheur du monde pour les scandales, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.














samedi 12 décembre 2020

Prière pour demander la simplicité chrétienne



Seigneur, je vous ai offert tout ce que j'avais, dans la simplicité de mon cœur. Je voudrais, ô mon Dieu, je voudrais pouvoir vous dire avec vérité que je vous offre le sacrifice d'un cœur simple et reconnaissant, l'hommage pur et généreux d'un cœur qui ne se cherche jamais et qui n'a de désirs que pour vous. Donnez-moi, Seigneur, cette douce simplicité ; faites qu'elle devienne le principe de toutes mes actions. Il n'appartient qu'à elle de nous établir dans la parfaite liberté des enfants de Dieu : elle nous inspire une sainte indifférence pour les jugements des hommes, et nous rassure contre leurs calomnies. La simplicité chrétienne émane de vous-même, ô Dieu qui n'êtes que vérité ! La candeur l'accompagne, la joie l'annonce, la paix la suit et la charité la couronne. Heureuse l'âme dont la simplicité est le partage ! Faites, Seigneur, que cette aimable vertu règle toutes mes paroles, préside à toutes mes démarches ; qu'elle unisse mes paroles à mes pensées, mes actions à mes intentions ; qu'elle soit à jamais la lumière et le soutien de mon âme. Ô mon Dieu, c'en est fait, je veux m'oublier moi-même pour ne penser qu'à vous, et vous servir toute ma vie dans la simplicité de mon cœur. Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Prière d'une âme qui veut se détacher des vaines affections, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et De la simplicité.












samedi 19 septembre 2020

De la simplicité



Saint François d'Assise

Il est plus aisé de sentir ce que c'est que la simplicité que de la définir. Pour comprendre ce que c'est, considérons-la d'abord en Dieu ; nous la considèrerons ensuite dans l'âme intérieure, et nous en conclurons qu'en Dieu, ainsi que dans la créature, la simplicité est la source, le principe et le comble de toute perfection.
Dieu est infiniment parfait en tout genre de perfection, parce qu'il est un être infiniment simple. Il est éternel parce que son existence n'ayant ni commencement, ni aucune espèce de succession de moments, est simple et indivisible dans sa durée. Il n'y a par rapport à Dieu, ni passé, ni futur, mais un présent immobile. On ne peut pas dire de lui comme de la créature, il a été, il sera, mais il faut dire il est ; et cet il est comprend d'une manière ineffable tous les temps réels et imaginables, sans avoir avec eux aucune mesure commune.
Dieu est immense parce que son existence est infiniment simple quant à la présence. Il est partout et il n'est borné ni renfermé nulle part. Nul corps, nul esprit ne peut être nulle part, parce que tout corps est essentiellement borné à l'espace qu'il remplit, et que tout esprit créé n'existe et n'agit qu'où Dieu veut qu'il existe et qu'il agisse.
La science de Dieu est infinie, parce qu'elle est simple ; il n'y a en lui ni raisonnement, ni multiplicité d'idées, comme dans les intelligences créées. Il n'a qu'une seule idée qui embrasse la connaissance de toutes choses et de lui-même. Il en est ainsi de toutes les perfections divines. La simplicité en est le caractère ; et elles ne sont infinies que parce qu'elles sont simples.
Ses œuvres, au-dehors, sont variées et peuvent l'être à l'infini ; les opérations de sa grâce, de sa justice, de sa miséricorde sont variées de même, si on les considère dans les créatures qui en sont le terme. Mais ces œuvres et ces opérations, considérées en Dieu, ne sont autre chose que son action infiniment simple ; action qui, dans sa simplicité, s'étend à tout dans l'ordre physique et dans l'ordre moral.
La fin que Dieu se propose dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il commande, ou défend, ou permet, est infiniment simple, et n'a qu'un seul objet qui est sa gloire. C'est à sa gloire que se tourne nécessairement tout ce qui arrive ici-bas, aussi bien que la félicité des bons dans l'autre vie, et le malheur des méchants.
Ainsi, sous quelque aspect qu'on envisage Dieu, il est simple, et la simplicité est en lui la racine de l'infinité. L'intelligence éclairée de la lumière divine saisit cette grande et sublime vérité ; elle la contemple, mais elle ne saurait ni l'approfondir, ni la comprendre ; Dieu seul peut concevoir son infinie simplicité. Le peu que je viens d'en dire suffit pour nous en donner une idée juste, quoique imparfaite.
Il est évident que la simplicité ne peut jamais être dans la créature ce qu'elle est en Dieu. Mais il n'est pas moins évident que la perfection de la créature consistant dans sa ressemblance avec Dieu, plus elle devient simple à sa manière, plus elle est parfaite. Tout ce que Dieu opère dans une âme pour la rendre sainte se réduit donc à la simplifier ; et toute la coopération qu'il exige de cette âme, consiste à ce qu'elle se laisse arracher toute espèce de multiplicité pour passer dans la simplicité par une participation de celle de Dieu.
Lors donc que l'âme s'est donnée parfaitement à Dieu, afin qu'il fasse d'elle tout ce qu'il lui plaira dans le temps et dans l'éternité, il la simplifie d'abord dans son fond, en y mettant un principe d'amour infus et surnaturel, qui devient le mobile simple et unique de sa conduite. Elle commence à aimer Dieu, sans autre motif que d'aimer ; elle l'aime pour lui-même et non pour elle ; elle rapporte tout à cet amour, même sans y penser expressément et sans y faire attention : l'amour est le simple et unique regard de cette âme ; elle est toujours hors d'elle-même, ou du moins elle tend toujours à s'en dépouiller et à se transporter dans l'objet aimé.
Dieu la simplifie dans son intelligence. La multitude des pensées qui l'obsédaient auparavant tombe ; elle ne peut plus réfléchir, ni faire de raisonnements et de discours. Une lumière simple, mais indistincte, l'éclaire ; elle marche à la faveur de cette lumière, sans apercevoir d'objet particulier. Son oraison, chargée auparavant de considérations, d'affections, de résolutions, devient simple ; l'âme est occupée, et cependant elle ne s'occupe à rien ; elle sent et elle goûte sans pouvoir dire ce qu'elle goûte. Ce n'est point un sentiment particulier ; c'est un sentiment confus et général, qu'elle ne peut expliquer. Ne lui demandez pas sur quoi elle a fait oraison : elle ne le sait pas ; aucune idée ne s'est présentée à son esprit, ou elle ne s'est arrêtée à aucune de celles qui se sont offertes : ce qu'elle sait, c'est qu'elle s'est mise en oraison et qu'elle y a été comme il a plu à Dieu, tantôt sèche, tantôt consolée, tantôt recueillie sensiblement, tantôt distraite involontairement, mais toujours paisible et unie à Dieu dans son fond : elle passe ainsi les heures entières sans ennui, sans dégoût, vide en apparence de toute pensée et de toute affection : c'est que sa pensée et son affection son simples, et se terminent immédiatement à Dieu, l'être infiniment simple. L'âme est à peu près de même hors de l'oraison ; soit qu'elle lise, soit qu'elle parle, soit qu'elle s'occupe du travail et de soins domestiques, elle sent qu'elle est moins à ce qu'elle fait qu'à Dieu pour qui elle le fait, et que Dieu est l'intime occupation de son esprit ; en sorte qu'à cet égard son oraison et son attention à Dieu sont continuelles, et ne sont distraites par aucun objet extérieur. Cette simplicité de la vue de l'esprit se perfectionne de jour en jour, et le grand soin de l'âme est d'écarter tout ce qui la ramène à la multiplicité.
Dieu simplifie la volonté en la réduisant à un seul but, à un seul objet, à un seul désir, qui est l'accomplissement de la volonté divine. L'âme n'est plus fatiguée, comme autrefois, par mille désirs, mille soucis, mille inquiétudes. Ses affections se trouvent toutes concentrées en une seule ; elle aime tout ce qu'elle doit aimer : parents, mari, enfants, amis, mais elle ne les aime qu'en Dieu et du même amour dont elle aime Dieu. Elle ne sait plus si elle veut quelque chose, parce que son vouloir est confondu avec celui de Dieu, et que Dieu veut pour elle à chaque moment ce qui lui est le plus convenable. C'est ainsi que sa volonté simplifiée trouve son repos et son centre dans celle de Dieu.
Dieu la simplifie en la détachant peu à peu d'elle-même et de tout regard sur son propre intérêt, de toute attention même sur sa situation actuelle. Tout ce qu'elle aimait auparavant, jeu, conversations, lectures, curiosités ; tout cela lui devient insipide ; le commerce des créatures ne lui cause que du dégoût : elle ne s'y prête que par devoir et par bienséance ; Dieu la tire sans cesse au-dedans et la sépare de tous les objets extérieurs. Il lui ôte par degrés tout regard sur elle-même et sur ce qui se passe en elle, parce que ce regard, ainsi partagé et fixé tantôt sur Dieu et tantôt sur elle, ne serait pas simple ; en sorte qu'elle vient à ne plus savoir comment elle est, à n'y plus penser, à ne point s'en embarrasser et à rejeter soigneusement toute pensée dont elle serait l'objet, afin que Dieu l'occupe tout entière. Il lui ôte par la même raison toute vue de son propre intérêt, parce que sa vue et son intention ne seraient pas simples si, à l'intérêt de Dieu elle joignait la recherche du sien, comme distingué de celui de Dieu. Elle n'envisage donc plus ses actions, ses bonnes œuvres, sa perfection, par rapport à elle, ni comme quelque chose qui l'intéresse personnellement ; mais elle voit tout cela par rapport à Dieu, comme des choses qui viennent de lui, qui lui appartiennent, et dont il peut disposer à son gré.
Dieu la simplifie dans toute sa conduite extérieure. Nul détour, nulle feinte, nulle dissimulation, nulle intrigue, nulle prétention, nulle affectation, nul respect humain. Elle va simplement comme Dieu la pousse ; elle dit, elle fait ce qu'elle croit être de son devoir, sans se mettre en peine de ce qu'on dira, de ce qu'on pensera. Ses discours sont simples, vrais, naturels ; elle ne prépare rien ; elle dit ce que l'esprit de Dieu lui suggère, sans s'embarrasser des suites. Quand il s'agirait de son honneur, de son bien, de sa vie, elle ne voudrait pas dire un mot ni faire une démarche d'elle-même ; mais elle laisse Dieu arranger toutes choses ; et elle ne voit que lui en tout ce qui lui arrive de la part des créatures.
Voilà un tableau raccourci de la simplicité chrétienne, telle qu'elle se trouve dans une âme qui se laisse conduire à Dieu. Et il est aisé de voir que cette vertu embrasse toute la perfection des voies intérieures ; qu'elle en est le commencement, le milieu et la fin, et que l'âme est parvenue au plus haut degré de sainteté, lorsqu'étant devenue parfaitement simple, elle ne voit en tout que Dieu, elle n'aime en tout que Dieu, elle n'a d'intérêts que les intérêts de Dieu, c'est-à-dire sa gloire et l'accomplissement de son bon plaisir.
On conçoit maintenant pourquoi les âmes intérieures sont méprisées du monde, qui est tout entier dans la malignité, comme dit saint Jean, et dans la multiplicité des objets créés, tandis qu'elles, de leur côté, sont toutes dans l'innocence, la candeur et la simplicité. Ce sont deux esprits tout opposés, dont l'un rejette, condamne et réprouve l'autre. Le monde n'est que feinte, dissimulation, tromperie, amour-propre ; il rapporte tout à soi et à son intérêt temporel. Les âmes intérieures sont tout le contraire ; et, par cette raison, elles passent à ses yeux pour des insensées.
On conçoit encore pourquoi ces mêmes âmes sont haïes et détestées des âmes propriétaires, quoique dévotes et vertueuses d'ailleurs : c'est qu'elles tiennent des routes toutes différentes ; c'est que les unes servent Dieu pour lui-même, sans regard à leur propre intérêt, ce qui est une suite nécessaire de la simplicité ; au lieu que les autres se recherchent elles-mêmes dans le service de Dieu, s'approprient tout, sont avides du sensible, veulent toujours des assurances, et ne sauraient consentir à se perdre de vue un instant. Il est impossible que des dévotions si contraires sympathisent, et que les âmes simples et abandonnées n'aient beaucoup à souffrir des autres, qui voient dans les premières une condamnation tacite de leurs principes et de leur conduite.
Enfin, l'on conçoit pourquoi la sainteté des âmes intérieures est absolument ignorée sur la terre, à moins que Dieu ne la manifeste lui-même. C'est que la simplicité les fait marcher dans une voie commune à l'extérieur, qu'elles n'affectent aucune singularité, qu'elles ont peu de pratiques, que tout se passe au-dedans, et qu'elles se cachent non-seulement aux autres, mais à elles-mêmes. Dieu veut qu'elles soient toutes pour lui ; il les cache dans le secret de sa face ; et, pour mettre plus en sûreté les grâces singulières qu'il leur fait, il permet presque toujours qu'elles soient humiliées, calomniées, persécutées. Ainsi Jésus-Christ a-t-il été méconnu et rejeté des Juifs, et n'a-t-il été glorifié qu'après sa mort.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph SurinSur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelleSur le Crucifix, L'intérieur de Jésus-Christ, Sur Jésus-Christ, La crèche, L'intérieur de Marie, De l'amour pur, De la jalousie de Dieu, De l'enfance spirituelle, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.














 

lundi 31 août 2020

La crèche

 


La crèche n'est pas moins l'école de la vie intérieure que la croix. On commence par la crèche, on finit par la croix; l'une en contient les éléments, l'autre en renferme la consommation. Et comme en toute science les éléments sont ce qu'il y a de plus important et de plus nécessaire, faisons notre étude de la crèche, et appliquons-nous à exprimer en notre conduite ce qu'elle enseigne. Contemplons le Verbe fait chair, le Fils de Dieu devenu petit enfant. Voyons quelles sont en naissant ses dispositions intérieures ; considérons l'appareil extérieur de sa naissance, et qui sont ceux qu'il appelle à la crèche.
C'est l'amour de son Père, c'est l'amour des hommes qui l'a attiré sur la terre. Le sentiment qui occupe et qui remplit son cœur, est de s'offrir en holocauste à son Père pour réparer sa gloire et sauver le genre humain ; saint Paul, après David, nous l'apprend. En entrant dans le monde, dit cet apôtre, il dit : Les sacrifices et les victimes de l'ancienne loi ne vous ont point plu, mais vous m'avez donné un corps. C'est pourquoi j'ai dit : Voici que je viens, pour accomplir, ô mon Dieu ! votre volonté. Et quelle volonté ? une volonté infiniment rigoureuse, selon laquelle il devait se charger de nos péchés et porter le poids de la justice divine. Il a donc en naissant cette volonté, il s'y soumet avec amour. Dès le berceau, il envisage la croix, il soupire après la croix, et son premier désir est d'y mourir attaché pour apaiser son Père et nous racheter.
Apprenons de là que la croix est le grand objet de la vie intérieure, que la première chose que Dieu nous y présente est la croix ; que le premier sentiment d'un cœur qui se donne à Dieu, est l'acceptation de la croix. Or, qui dit la croix dit un oubli, une perte entière de nous mêmes en Dieu ; un sacrifice parfait de tous nos intérêts pour ne plus penser qu'aux intérêts de Dieu. Il sait seul jusqu'où doit aller ce sacrifice, puisque c'est lui qui nous le propose, qui nous inspire le courage de l'accepter et nous donne la force de l'accomplir. Mais de notre part nous ne devons y mettre aucunes bornes ; il faut l'accepter dans toute son étendue et sans aucune restriction ; il faut l'envisager sans cesse et soupirer après son accomplissement, comme fit Jésus-Christ.
Mais pourquoi naître petit enfant ? Pourquoi ne pas venir au monde comme Adam dans l'état d'homme fait ? Il ne tenait qu'à lui, sans doute, mais il a eu ses raisons pour préférer l'état d'enfance. Et la principale de ces raisons a été qu'il voulait nous apprendre que, du moment qu'on se donne à Dieu, il faut mettre à ses pieds tout jugement, toute volonté, toute force propre ; il faut se remettre dans la petitesse, dans la faiblesse, dans l'imbécillité d'un enfant ; il faut que tout ce qui a précédé soit anéanti, et qu'on entre dans un nouvel état, dans une nouvelle vie, dont Dieu seul est le principe ? Et quelle est cette vie ? dépendance parfaite de la grâce, simplicité, obéissance. Voyons Jésus-Christ naissant : il adore son Père aussi parfaitement dans le berceau que sur la croix. Mais toute son adoration est renfermée dans le cœur : il ne dit rien, il ne fait rien, il est comme anéanti ; et c'est dans cet anéantissement même que consiste la perfection de son hommage. Concevons cela, nous qui nous plaignons sans cesse d'être devant Dieu comme des brutes, sans pensée, sans parole, sans action. Cet état qui est la mort de l'amour-propre, est incomparablement plus agréable à Dieu que tout ce que notre esprit, notre cœur et notre bouche pourraient exprimer de plus sublime. Se taire devant Dieu, s'humilier, s'anéantir devant lui, être en sa présence comme si l'on n'était pas, c'est l'adoration parfaite en esprit et en vérité. Qu'a besoin Dieu de nos lumières et de nos sentiments qui ne font que nourrir un orgueil secret et une vaine complaisance en nous-mêmes ? Plus notre oraison approchera de celle de Jésus enfant, plus elle sera basse et ravalée à nos yeux, plus elle sera élevée aux yeux de Dieu.
Passons à l'appareil extérieur de sa naissance. Rebutée dans toutes les hôtelleries, Marie est réduite à se retirer dans une étable ; c'est là que naît le Fils de Dieu, au sein de la pauvreté, de l'humiliation, de la souffrance. Une crèche remplie d'un peu de paille lui tient lieu de berceau, de pauvres langes l'enveloppent; au milieu de la nuit, dans la plus rude saison de l'année, dans un lieu ouvert à tous les vents, son corps tendre et délicat est exposé aux injures de l'air. Personne n'assiste à sa naissance ; on ne lui donne aucun secours, aucun soulagement.
Quelle entrée dans le monde pour le Fils de Dieu, pour celui qui vient racheter le monde, et qui dès l'origine des choses a été annoncé à nos premiers parents pour le libérateur du genre humain ! Qui eût jamais cru qu'il eût choisi pour lui une naissance si pauvre, si obscure, si souffrante ! Mais que cette naissance est instructive pour ceux que le Saint-Esprit fait naître à la vie intérieure ! Elle leur donne dans ce divin enfant un modèle accompli des trois vertus qui doivent être désormais leurs compagnons inséparables ; détachement parfait de tous les biens de la terre, jusqu'à embrasser la plus rigoureuse pénitence, si Dieu le veut. Ainsi, mépris souverain de tous les honneurs de la terre, jusqu'à souhaiter non-seulement d'être ignoré du monde, mais d'en être le rebut ; renoncement absolu à tous les plaisirs de la terre, jusqu'à vouer son corps à tous les genres de mortification. Voilà ce que Jésus-Christ naissant enseigne à ses enfants intérieurs. Ce qu'il a choisi à la crèche, il l'a aimé, il l'a pratiqué toute la vie. Il a toujours été pauvre, vivant du travail de ses mains, n'ayant pas même où reposer sa tête ; il a toujours été ou inconnu au monde, ou en butte aux calomnies, aux mépris, aux persécutions du monde. Il s'est refusé tous les plaisirs et il a souffert dans sa vie privée et dans sa vie publique toutes les peines corporelles qui y étaient attachées. Sa mort a réuni dans le plus haut degré la pratique de ces trois vertus. Embrassons-les donc dès l'entrée de la vie spirituelle et ne nous en séparons jamais.
Qui sont enfin ceux que Jésus a admis à sa crèche ? C'est une chose bien remarquable qu'aucun n'y a paru que ceux qui y ont été appelés par une voix céleste ou par un signe miraculeux. Ceci nous enseigne que, pour entrer dans la voie intérieure, dont la crèche nous figure le commencement, il faut une vocation divine, et que personne n'y peut entrer de soi-même. Mais nous pouvons apporter de notre part quelque préparation à cette vocation, et pour cela nos dispositions doivent être les mêmes que celle des bergers et des mages.
Il faut donc que nous soyons simples, pauvres d'esprit, petits comme les bergers ; que nous ayons comme eux une grande droiture de cœur, que nous vivions dans l'innocence, ou que nous ayons fait un divorce absolu avec le péché. C'est encore pour l'ordinaire les personnes d'une condition commune, d'une vie obscure et retirée, des personnes ignorées et méprisées du monde, que Dieu appelle à la vie intérieure. De plus, les bergers veillaient même pendant la nuit sur leurs troupeaux : ce qui marque que la vigilance et l'attention sur soi-même, la crainte de Dieu, la fuite des occasions, la délicatesse de la conscience, nous préparent à la vocation du ciel. Ils prêtèrent une oreille attentive aux discours des Anges ; ils y ajoutèrent foi sans réfléchir ni raisonner ; ils quittèrent tout et partirent sur le-champ pour aller voir l'Enfant nouveau-né. Ainsi l'âme doit-elle écouter attentivement ce que Dieu lui dit au cœur, croire à sa parole avec une foi soumise et aveugle, tout quitter pour suivre promptement et fidèlement l'instinct de la grâce.
Dans la personne des mages, des grands et des savants sont aussi appelés à la crèche, mais des grands humbles, détachés de tout, prêts à tout sacrifier pour répondre à l'appel de Dieu : des savants sans suffisance, sans présomption, dociles à la lumière divine, devant laquelle ils font taire tous les raisonnements. Tels ont été un saint Louis, un saint Augustin, tant de Saints de l'un et de l'autre sexe, distingués par l'éclat de leur naissance et de leurs dignités, ou par l'étendue de leur génie et de leurs connaissances.
Le caractère d'Hérode, des pharisiens, des prêtres et des docteurs de la loi, nous fait connaître qui sont ceux que Jésus rejette et qui, de leur côté, ne font aucun usage des moyens ordinaires que la grâce leur fournit de connaître et de pratiquer la vie intérieure.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Litanies des Saints Rois-Mages, Litanies des Saints consacrés à l'Enfance de Jésus, Lumière sur NoëlSur Jésus-Christ, Excellence et nécessité de l'Humilité, L'intérieur de Marie, De l'amour pur, De la jalousie de Dieu, De l'enfance spirituelle, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

dimanche 30 août 2020

L'intérieur de Marie

 


Marie conservait toutes ces paroles dans son cœur. (S. LUC, ch. 2)


Pour bien juger de l'intérieur de Marie, voyons ce que Dieu a fait pour elle, et ce qu'elle a fait pour Dieu.
Dieu l'ayant prédestinée à être la mère de Jésus-Christ : 1° l'a préservée du péché originel ; 2° l'a enrichie des plus grandes grâces dès le moment de sa conception ; 3° lui a donné de très-bonne heure, et peut-être dès le sein de sa mère, l'usage de la raison ; 4° il l'a élevée à la maternité divine, et lui a donné une part spéciale et unique à la croix et ensuite à la gloire de son Fils.
Marie a répondu à ces grâces de Dieu : 1° en vivant avec une attention sur elle-même aussi grande, aussi continuelle que si elle eût eu quelque chose à craindre de la concupiscence et de ses suites. Quelle doit donc être notre vigilance, nous qui avons éprouvé tant de fois les funestes effets de la concupiscence ?
2° En s'appliquant à suivre tous les mouvements de la grâce avec tant de fidélité, qu'elle n'a jamais commis le péché le plus léger, qu'elle a mérité à tous les instants de sa vie une nouvelle augmentation de grâce, qu'elle n'a pas fait un seul acte intérieur, pas une seule action extérieure, qui n'ait eu pour but de l'unir plus étroitement à Dieu. Quel modèle pour une âme qui s'est donnée pleinement à Dieu !
3° En faisant continuellement de sa raison l'usage le plus parfait. Et quel usage en a-t-elle fait ? Elle l'a soumise constamment aux lumières de la foi ; elle en a fait un sacrifice perpétuel à la raison suprême qui est Dieu ; elle ne s'est jamais permis un seul raisonnement sur les des seins de Dieu, ni sur sa conduite à son égard, quoique cette conduite fût pleine de mystères et de contradictions apparentes. Jamais nous n'avancerons dans la vie intérieure, si nous ne faisons le même usage de notre raison. Dieu conduit les âmes par des voies opposées à toutes les vues humaines ; il se plaît à renverser tous nos jugements, à déconcerter toutes nos prévoyances, à tromper toutes nos attentes. Nous n'avons qu'un seul parti à prendre, qui est de ne point nous regarder, de ne point raisonner sur ce que Dieu opère en nous, et de nous conduire par la foi et par l'obéissance.
4° En se disposant, sans le savoir, à la maternité divine par ce qui devait humainement la priver à jamais de cet honneur. Toutes les filles de Juda s'empressaient de se marier, afin de compter le Messie dans leur postérité. La stérilité était pour elles un opprobre. Marie se croit indigne de prétendre à la qualité de mère de Dieu. Dès l'âge le plus tendre, elle se présente au temple, elle y consacre à Dieu sa virginité, et, selon les idées de la nation, elle renonce pour jamais à la plus haute prétention des personnes de son sexe et de sa tribu. Ce n'est pas en aspirant à de grandes choses, en concevant de grandes vues et de grands desseins, qu'on parvient à la sainteté, ni qu'on se dispose aux desseins de Dieu, bien différents des nôtres. C'est en s'humiliant, en s'enfonçant dans sa bassesse et dans son néant, en se reconnaissant indigne de toute grâce, en craignant toute vue d'élévation, et en la rejetant comme une suggestion de l'esprit d'orgueil.
Quand à la croix de Jésus-Christ, Marie y a eu une si grande part, que, depuis la naissance de son Fils jusqu'à sa mort, elle a ressenti le contre coup de tout ce qu'il a souffert, non-seulement de la part des hommes, mais de la part de Dieu. Pour s'en former quelque idée, il suffit de considérer qu'elle avait pour son Fils un amour aussi grand que puisse l'avoir une créature, qu'elle l'aimait incomparablement plus qu'elle-même ; qu'elle lui était intimement unie, mais d'une union telle que Dieu n'en peut pas former de plus grande ; qu'elle ne vivait point en elle-même, mais dans son Fils ; que tous les sentiments qu'éprouvait J.-C., se communiquaient au cœur de sa mère avec toute la force et l'étendue dont une pure créature était capable. Élevons-nous donc à ce qui se passait dans l'âme de Jésus-Christ touchant la gloire de son Père outragée par les hommes, touchant sa sainteté déshonorée par le péché, touchant sa justice dont il était la victime, touchant tant de millions d'âmes à qui son sang devait être inutile, et même funeste par l'abus qu'elles en devaient faire. Et disons hardiment que l'âme de Marie éprouvait à proportion les mêmes impressions.
Jésus-Christ s'est sacrifié sur la croix en se livrant à toute la rigueur de la justice divine. Marie s'est sacrifiée elle-même, et plus qu'elle-même en sacrifiant Jésus-Christ, et en consentant à l'accomplissement des desseins de Dieu sur la rédemption du genre humain : en sorte que les plus grands sacrifices de la vie intérieure sont incomparablement au-dessous du sien, et par l'étendue, et pour l'intimité, et pour la douleur incompréhensible qu'elle ressentit. Quand nous aurons passé par les dernières épreuves, si Dieu nous en fait la grâce, nous aurons alors une faible idée des épreuves de Marie. Pour le commun des chrétiens, il ne voit dans la passion de Jésus-Christ, que les tourments du corps, et dans Marie, que la compassion qu'elle eut des tourments de son Fils.
L'intérieur de Marie fut donc une copie, mais la copie la plus ressemblante de l'intérieur de Jésus-Christ. Comme Jésus s'immola continuellement à son Père durant tout le cours de sa vie, Marie immola aussi continuellement Jésus dans son cœur, et s'immola avec lui au Père céleste.
Comme Jésus s'humilia et s'anéantit jusqu'à se regarder comme chargé des iniquités de l'univers, Marie s'humilia et s'anéantit en se regardant comme la mère de ce pécheur universel, de cet objet de la malédiction divine, et elle entra pour elle-même, autant qu'il était possible, dans les dispositions de son Fils.
Comme Jésus aima les hommes jusqu'à leur donner non-seulement la vie de son corps, mais la vie de son âme, Marie a aimé les hommes jusqu'à leur donner dans Jésus-Christ ce qui lui était plus cher que sa propre vie et que son âme.
Que dirai-je à présent de l'oraison de Marie ? Qui pourrait en parler dignement ? Jésus-Christ fut l'unique objet de ses pensées, l'unique objet de son amour ; depuis sa résurrection elle ne fut plus que de corps sur la terre, et son âme le suivit, pour ainsi dire, dans le ciel. Elle ne fit plus que languir après son Fils, et que s'élancer vers lui par des désirs d'une véhémence inexprimable. Son unique distraction, si on peut l'appeler de ce nom, fut de prier pour l'Église naissante, et de s'intéresser à son progrès.
Avec une si haute élévation de sentiments, que fut la sainte Vierge à l'extérieur ? Une femme du commun, une femme pauvre et vivant de son travail, occupée pendant trente ans à Nazareth du soin d'un petit ménage, confiée depuis à saint Jean qui partagea avec elle les oblations des fidèles. Quel bruit a-t-elle fait dans le monde ? Par quelles grandes œuvres s'est-elle signalée aux yeux des hommes ? Qu'a-t-elle fait à l'extérieur pour la propagation de l'Évangile ? Cependant, c'est la Mère de Dieu, c'est la plus sainte des créatures ; c'est celle qui a eu le plus de part à la rédemption du genre humain et à l'établissement de la religion chrétienne. Oh ! que les idées de Dieu sont différentes des nôtres ! Oh ! que les voies qu'il prend pour parvenir à ses fins, sont éloignées de nos voies ! Que l'obscurité, que la retraite, la solitude, la prière en silence sont agréables à ses yeux, et mille fois plus grandes que toutes les œuvres d'éclat ! Oh ! que c'est être tout devant Dieu que de n'être rien, de ne prétendre à rien, de n'aspirer qu'à être ignoré, oublié, méprisé, regardé comme ce qu'il y a au monde de plus vil et de plus abject ! Si la vie de la sainte Vierge ne nous apprend pas cette grande vérité, si elle ne nous la fait pas aimer, si elle n'étouffe pas en nous tout désir d'être quelque chose, si elle ne nous convainc pas que, pour se retrouver en Dieu, il faut se perdre tout à fait en soi-même, quel exemple plus sensible, quelle leçon plus puissante sera capable de nous persuader ? Jésus et Marie démontrent à tout chrétien que Dieu ne tire de véritable gloire ici-bas, que de notre anéantissement. Ils nous démontrent encore que, plus on a été anéanti sur la terre, plus on est grand, heureux, puissant dans le ciel.
Quelle est donc la solide dévotion envers la sainte Vierge ? L'imitation de son intérieur, de ses bas sentiments d'elle-même, de son amour pour l'obscurité, le silence, la retraite ; de son attrait pour les petites choses ; de sa fidélité à la grâce ; de la simplicité de son recueillement et de son oraison, dont l'unique objet fut Dieu et sa volonté, Jésus-Christ et son amour ; du sacrifice continuel d'elle-même, et de ce qu'elle aimait et devait aimer plus qu'elle-même. Demandons-lui tous les jours qu'elle nous serve de guide et de modèle dans la vie intérieure, et qu'elle nous obtienne les grâces qui nous sont nécessaires pour répondre aux desseins de Dieu sur nous. Ces desseins sont certainement des desseins de mort et de destruction.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


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