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mardi 25 juillet 2023

La politesse est indissociable de la charité, Considérations sur la nature, les principes, les règles fondamentales, la nécessité de la bienséance et de la civilité


La politesse, on le constate, se fait de plus en plus rare dans ce monde, mais aussi malheureusement chez les catholiques, plus encore chez ceux qui crient haut et fort détenir la bonne doctrine... ce ne sont pas des mots qui font un catholique, mais l'esprit de Dieu qui l'anime et les actes qui en découlent ; d'où selon nous la nécessité de rappeler que la politesse est indissociable de la charité. Sans politesse donc, nulle charité. Espérons que ce rappel soit une source de motivation pour ceux qui ont oublié l'importance de la politesse et de la civilité pour être agréables à Dieu et aux hommes.


Sainte Anne et Saint Joachim instruisant Marie


Considérations sur la nature, les principes, les règles fondamentales,
la nécessité de la bienséance et de la civilité


La Bienséance, telle que nous la considérons dans ce traité, est la convenance qui règle nos rapports extérieurs avec Dieu, avec le prochain, avec nous-mêmes.
La Civilité, cette partie de la bienséance qui ne s'occupe que des rapports mutuels des hommes entre eux, ajoute aux convenances naturelles auxquelles nous sommes tenus à l'égard des autres, certaines règles arbitraires qui varient avec les temps et les lieux. Elle emprunte à la Politesse ce qu'elle peut avoir, dans le mode, d'aisé, de fin et de délicat.
Fondées sur la nature des choses, les règles de bienséance sont immuables, elles obligent tous les hommes, et elles ne peuvent être enfreintes sans un désordre plus ou moins grave.
Quant aux lois de la civilité et de la politesse qui changent suivant les pays et les temps, elles doivent être respectées d'après les principes de la bienséance générale. Celle-ci, en effet, tout en gardant le silence sur les formes arbitraires du respect et de la bienveillance extérieure, prescrit indirectement l'observation de ces règles, précisément par l'obligation qu'elle impose de se montrer bon et honnête à l'égard des autres.
L'infraction de ces lois dépendant des usages, peut provenir ou de l'ignorance : elle annonce une mauvaise éducation ; ou de l'oubli : il dévoile un esprit léger, et peu fait pour sentir vivement les convenances ; ou de la grossièreté : elle ne se trouve que dans un cœur sans vertus, et nullement susceptible de se plier à la politesse extérieure ; ou bien enfin d'un caractère plein d'orgueil : abaissant les autres à ses propres yeux, il se croit dispensé des règles de l'honnêteté ; froissé dans sa vanité, il ne garde plus aucune mesure à l'égard de ceux qui l'on blessé.
Toutefois, gardez-vous de cette civilité purement extérieure, telle qu'elle se trouve ordinairement dans le monde. On croit avoir gardé toutes les règles, lorsque, sous des formes pleines de politesse, sous les protestations réitérées d'une bienveillance hypocrite et d'un respect apparent, on cache le mépris ou l'indifférence, souvent même la haine.
La civilité, pour un chrétien, doit puiser son principe dans la charité, seul lien d'union solide entre les hommes. Le chrétien, non content d'y chercher ces motifs si puissants qui le portent à regarder dans les autres hommes des chefs-d’œuvre sortis des mains du Créateur, des enfants, comme lui, de ce père commun, des frères régénérés avec lui dans le sang du Sauveur, dont ils sont appelés à partager ensemble le royaume et la gloire ; le chrétien, dis-je, trouvera encore dans les caractères de la vraie charité, des règles qui le guideront avec d'autant plus de sûreté dans ses rapports avec ses frères, qu'elles lui sont données par l'Esprit-Saint lui-même.
Formée sur ces divins enseignements, la civilité du chrétien sera donc, comme sa charité, pleine de patience et de douceur ; dans ses procédés, elle ne fera paraître ni précipitation ni orgueil ; apprenant à fouler aux pieds ses propres intérêts, elle ne cachera jamais des desseins ambitieux. Au lieu de montrer de l'aigreur contre ceux qui auraient pu le piquer, celui qui règle sa civilité sur l'amour de ses frères supporte tout, souffre tout ; loin de témoigner des défiances injurieuses, par une louable simplicité et une noble franchise, il croit et il espère toute espèce de bien des autres. Si quelquefois il blâme le mal, plus souvent et avec plus de complaisance il relève les belles actions. Sa civilité, comme sa charité, ne lui fait jamais défaut ; elle répand sur toute sa conduite les charmes les plus attrayants.
Tels sont les principes, telles sont les règles de cette civilité véritable dont la politesse du monde n'est qu'une froide et pâle image.
L'esprit de charité qui inspire, qui vivifie la civilité et la politesse de tout chrétien, doit surtout se faire remarquer chez un ecclésiastique, obligé, par état, à une vie de dévouement, de zèle et de charité. Appelé à continuer et à perpétuer, sur la terre, la mission d'amour et de sacrifice de son divin maître, il imitera son humilité et sa douceur. Dans tous ses rapports avec le prochain devront se faire remarquer et sa modestie et sa bienveillance. Au-dessus du monde, par son caractère et ses fonctions ; hors du monde, par un esprit vraiment sacerdotal qui l'éloigne des habitudes de la société mondaine, le prêtre, cependant, vit au milieu du monde : aussi doit-il se plier à ces règles de bienséance, d'ailleurs indifférentes, mais auxquelles il est soumis comme les autres, et qu'il ne pourrait enfreindre sans s'exposer au mépris, au discrédit des gens du monde, et sans compromettre le succès d'un ministère laborieux et sanctifié même par de grandes vertus. Cependant, se souvenant toujours de sa dignité et de son caractère, il ne doit se prêter à rien de bas ni de trop mondain : ce serait une autre manière de tomber dans le mépris que d'affecter une politesse mondaine, contraire à ce que les gens du monde eux-mêmes attendent des mœurs graves d'un ecclésiastique.
Nous faisons connaître au jeune élève du sanctuaire le caractère spécial de la civilité pour un ecclésiastique, afin que, de bonne heure, il s'accoutume à cette bienveillance, à cette modestie, à cet esprit de dévouement, et à cette sage réserve qui devront, plus tard, paraître tout particulièrement dans ses rapports avec ses frères.
Exposer les principes et les règles fondamentales de la civilité chrétienne, n'est-ce pas faire sentir toute son utilité, toute son importance ? En effet, l'exercice de la civilité, telle que nous l'entendons, n'est autre chose que l'exercice des plus belles vertus chrétiennes : la patience, le renoncement à soi-même, l'humilité, la modestie, la douceur, en un mot la charité.
De l'observation consciencieuse des règles de la bienséance naît comme nécessairement cette habitude d'une sainte contrainte qui dispose à tous les sacrifices que demande la pratique des vertus.
La vigilance que nous devons avoir sur nous-mêmes et sur toutes nos démarches pour ne manquer à aucune convenance, facilité cette autre vigilance plus rigoureuse avec laquelle nous devons garder notre cœur et nos sens ; elle facilité aussi l'attention continuelle que nous devons apporter à l'accomplissement de nos devoirs.
De tout ce que nous venons de dire, il est facile de conclure combien il est important, combien il est nécessaire de s'exercer de bonne heure à la pratique de la civilité.
Elle forme, nous venons de le voir, aux habitudes les plus propres à faire naître et à entretenir les vertus. Pratiquée dès le jeune âge, la civilité préserve souvent les enfants, les jeunes gens, de ces vices grossiers qui ne trouvent pas de prise sur un cœur formé, par la bienséance, à la délicatesse et à l'honnêteté. Combien de fois un air de modestie et d'une honnête retenue n'a-t-il pas préservé un jeune homme du contact des méchants, qui fuient à l'aspect de la vertu ?
La considération de ne pouvoir se former plus tard que très-difficilement à ces habitudes d'honnêteté qu'il n'aurait pas contractées dans sa jeunesse, doit déterminer un jeune homme à s'accoutumer à l'exercice de la civilité et de la politesse, et à redresser, de bonne-heure, les mauvais plis qu'il réussirait avec peine à réformer dans la suite.
Un jeune élève se fera donc un devoir d'étudier avec attention les règles de la bienséance, et les différents usages de la société dans laquelle il est appelé à vivre. Ce sera surtout par la pratique qu'il parviendra à la connaissance de ces règles et de ces coutumes.
Une grande vigilance sur soi-même, sans préoccupation gênante ; l'observation attentive des bons procédés et des bonnes manières dans les personnes civiles et délicates ; la bonne volonté de profiter des avis ou des corrections par lesquelles un supérieur, un ami, cherchent à réformer des défauts contraires à la civilité et à la politesse : tous ces moyens seront employés avec zèle, et conséquemment avec profit, par les jeunes gens qui sentiront l'importance et la nécessité de se former aux bienséances et à la politesse.

(Politesse et Bienséances, par l'Abbé Théodore de Beauvois)







vendredi 4 février 2022

Quels sentiments doit inspirer à des enfants chrétiens la fête de la Purification ?



En contemplant Jésus qui, dès l'entrée de sa vie, vient se consacrer à Dieu pour être la victime de notre salut, ils seront pénétrés pour lui de reconnaissance et d'amour ; et si, plus heureux que le vieillard Siméon, il ne leur est pas seulement donné de le porter entre leurs bras, mais de le recevoir au fond de leurs cœurs par la sainte communion, ils béniront mille et mille fois ses miséricordes, et s'offriront en union avec lui à son Père céleste.
Ils apprendront à estimer, à chérir la pauvreté en dépit du monde et de ses maximes, puisque Jésus-Christ, qui était riche de tous les biens du ciel, s'est fait pauvre pour l'amour de nous jusqu'à vouloir être racheté au jour de sa présentation, non par un agneau qui était l'offrande des riches, mais par celle des plus indigents, deux colombes ou deux tourterelles. Ces innocentes victimes, qui allaient mourir pour Jésus, et qui retraçaient une image de la sainteté du sacrifice qu'il offrirait un jour, leur rappelleront que, s'ils veulent faire à Dieu une oblation d'eux-mêmes qui lui soit agréable, ils doivent s'efforcer d'être simples comme la colombe, fidèles et innocents comme la tourterelle, et de se purifier de leurs péchés en gémissant comme elle dans la solitude et la retraite.
Ils recueilleront aussi les grandes et touchantes leçons que leur donne Marie dans ce mystère. Si, pour cacher au monde le miracle de son enfantement divin, elle se soumet, comme les autres femmes de Juda, à la loi humiliante de la purification, pourraient-ils tirer vanité des plus frivoles avantages, et vouloir être loués de ceux même qu'ils n'ont pas ?
Si elle obéit à un précepte dont elle est évidemment exempte, pourront-ils encore se dispenser des lois de Dieu et de son Église, de l'obéissance à leurs parents et à leurs maîtres ? Ne sentiront-ils pas le besoin d'étouffer en eux cet esprit d'indépendance qui les rend impatients de tout joug et de toute autorité ? Enfin, quand Marie offre en sacrifice le cher objet de son cœur, son Fils bien-aimé, est-il une affection frivole, une inclination vaine dont ils ne doivent faire à Dieu un généreux sacrifice ?
Comme le saint vieillard Siméon, et à l'exemple de la sainte prophétesse Anne, ils n'auront pas de plus grand bonheur que de se voir souvent réunis au pied du saint autel pour adorer le Seigneur ; ils s'armeront de la mortification pour immoler l'amour des plaisirs sensuels ; ils sauront se priver quelquefois même de ce qui est permis, pour n'être pas entraînés par ce qui est défendu, se souvenant que le plaisir est le principal séducteur de la vie humaine, et qu'il a renversé l'homme innocent dans le paradis terrestre.

(Manuel des petits séminaires)



Reportez-vous à Dispositions de Jésus et de Marie pendant la sainte cérémonie de la Purification, Temps de la Sainte Enfance de Jésus, Invitation à célébrer la sainte enfance de Jésus, Dispositions de Jésus et de Marie pendant la sainte cérémonie de la Purification, Pour la Fête de la Purification : Prière à Jésus et à Marie pour obtenir l'humilité, Circonstances remarquables qui accompagnèrent la présentation du Sauveur au temple, Jour de la Purification : Soumission de Jésus-Christ et de sa sainte Mère à la Loi de Moïse, Ce que prescrivait la loi de Moïse, touchant la présentation au temple des enfants premiers-nés, et la purification des mères, La Fête de la Purification ou de la Chandeleur, Méditation pour le Jour de la Purification, Instruction sur la Fête de la Purification, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 23e Méditation : Il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, et Discours sur la purification de Marie.














mardi 18 janvier 2022

Don Bosco rencontre Dominique Savio



Été 1854, le tocsin sonne à toutes les églises de Turin. Quelque marchand ambulant a apporté le choléra dans la ville royale du Piémont. Bientôt tous les hospices sont combles ; couvents et hôtelleries se transforment en infirmeries. Les religieux tant honnis, Capucins, Camilliens, Dominicains et Oblats, sont à l'œuvre.
Don Bosco et don Victor Alasonatti, depuis quelque temps son auxiliaire à l'internat et à l'oratoire, assistent les malades dans le quartier particulièrement contaminé du Valdocco.
De temps en temps, le choléra redouble de violence. Dans une seule paroisse, il fauche cinq cents personnes en quelques semaines. Et ce n'est toujours pas la fin !
L'internat, où logent actuellement plus de cent jeunes gens, est terriblement menacé.
— Qu'allons-nous faire ? demandent-ils à don Bosco.
— Restez dans la grâce de Dieu. Recommandez-vous toujours à la protection de la Sainte Vierge, et le fléau vous épargnera. »
Le jour de l'Assomption, don Bosco exhorte les aînés à se dévouer. Il n'a pas besoin d'insister. Plus de quarante élèves, ouvriers, apprentis de commerce, répondent aussitôt à son appel. Don Bosco en a les larmes aux yeux. Ses disciples lui donnent parfois du souci ; vienne l'épreuve, ils se révèlent des héros. Ils sont dans les hôpitaux ; ils vont chercher les abandonnés dans leurs mansardes, leur rendent joyeusement les plus humbles services et passent bien des nuits blanches au chevet des malades.
La misère est indescriptible. Le plus nécessaire fait souvent défaut. L'oratoire donne sans compter, mais les réserves s'épuisent.
Un jour, Michel Rua vient demander à la mère de don Bosco un drap pour un malade qu'il a découvert dans un taudis. La brave femme fouille inutilement armoires et bahuts :
— Plus rien ici, dit-elle ; voilà encore une nappe quand même !
— Merci, maman Bosco, c'est toujours autant.
À peine Michel a-t-il tourné les talons que Jean Cagliero arrive :
— À l'hôtel du Cœur d'or, quelques malades étrangers complètement démunis sont couchés sur le sol nu. N'auriez-vous pas pour eux quelques draps de lit et du linge ?
— Il n'y a vraiment plus rien de reste, soupire maman Marguerite.
— Absolument plus rien ?
Après un instant de réflexion, maman Bosco court à l'église, enlève la nappe d'autel, tire de la sacristie un amict et un rochet, et donne le tout au garçon : « Notre-Seigneur me pardonnera de l'avoir volé. N'est-ce pas lui-même qui souffre en la personne des malades ? »
Le garçon emporte le ballot. En revenant, le soir, il ne se sent pas très bien. La tête lui tourne, il a des nausées. Maman Marguerite l'oblige à aller se coucher. Il s'y résigne à contrecœur :
— Et mon service de nuit ! Les malades m'attendent.
— Toi aussi tu es malade. Tu as une forte fièvre. Tu as la tête brûlante. Couche-toi et dors bien !
Ce n'est pas le choléra, mais une sorte de typhoïde qu'il a attrapée. Quatre nuits durant il est entre la vie et la mort. Maman Marguerite ne le quitte pour ainsi dire pas. Le médecin, très inquiet, conseille de lui donner l'extrême-onction.
— Voyons, Jean, que préfères-tu, lui demande don Bosco, vivre ou aller en paradis ?
— Allez en paradis.
— Et pourtant ce ne sera pas encore pour cette fois. La Sainte Vierge veut te guérir. Tu t'en tireras, tu prendras la soutane, tu seras prêtre, et un jour, bréviaire sous le bras, tu partiras bien loin, bien loin...
Le lendemain, la fièvre est tombée. Quelques jours plus tard, Jean quitte le lit et reprend son service près des cholériques. La mystérieuse parole du père lui reviendra souvent à la mémoire et il en verra un jour la miraculeuse réalisation.
L'épidémie tombant peu à peu en automne, don Bosco procure à ses chers samaritains une magnifique détente. Il les emmène aux Becchi faire les vendanges chez son frère Joseph.
Tout est bien changé au pays. Antoine est mort depuis cinq ans ; ce sont ses fils qui dirigent la métairie paternelle. Joseph est magnifiquement installé dans une autre ferme toute proche.
Joseph accueille avec un extrême plaisir toute cette bande de joyeux garçons ; il leur installe sous le toit de la paille pour dormir ; il leur fournit à boire et à manger, enchanté de ces lurons qui remplissent en chantant ses grandes cuves.
Au grand air les garçons surmenés retrouvent leurs forces, les joues pâles et tombées se rembourrent, et les plus taciturnes apprennent comment on rit aux Becchi !
Un matin, comme don bosco sort de la maison pour aller rejoindre sa troupe dans les vignes, un enfant d'une douzaine d'années l'aborde avec son père :
— C'est à moi que vous avez affaire ?
— Oui, monsieur l'abbé, répond l'homme. Je suis Charles Savio, forgeron à Mondonio, et voici mon fils Dominique. J'ai dû lui céder. Il voulait absolument venir aux Becchi pour vous parler.
Don Bosco examine l'enfant qui le regarde candidement de ses grands yeux brillants. Pour un peu, il croirait avoir devant lui son ami d'enfance, Louis Comollo.
Il fait entrer ses visiteurs, et Dominique lui raconte très ingénument qu'il apprend le latin à Châteauneuf, mais que son grand désir est d'aller continuer ses études à Turin, à l'oratoire.
— Voulez-vous bien m'y accepter ?
— Pourquoi pas ? Il me semble que tu es fait de bonne étoffe.
— De bonne étoffe ? reprend le petit. Alors ce sera vous le tailleur qui la travaillerez.
— Seulement, tu m'as l'air un peu faible de santé pour les études.
— Le bon Dieu m'aidera.
— Et que veux-tu faire, tes études finies ?
— Je voudrais être prêtre, si le bon Dieu m'en donne la grâce.
— Bel idéal ! Mais quelles sont tes aptitudes ? Nous allons tout de suite nous en rendre compte. Voici un livre ; va dans la chambre à côté en apprendre une page par cœur. Tâche d'y arriver dans une heure. Pendant ce temps-là, je vais parler avec ton père.
Dominique revient au bout de cinq minutes à peine :
— Si vous voulez me faire réciter ?
— Comment ? Tu sais déjà ta page par cœur ? Écoutons cela !
Dominique récite la page mot à mot, sans une hésitation.
— Tu as une merveilleuse mémoire ! constate don Bosco.
Cet exploit lui rappelle sa propre jeunesse.
— Oui, fait observer le père avec fierté, mon garçon apprend facilement. Il ne pense qu'à étudier. Il ne fera jamais un forgeron ; il n'en a pas la force, et puis, il est peut-être capable de mieux.
— C'est entendu, répond don Bosco. Viens à Turin à la Toussaint. Je t'accepte très volontiers.
L'enfant pousse un cri de joie et se jette sur la main du prêtre pour la baiser.
Dominique arrive avec son paquet à Turin au jour fixé. Don Bosco le mène à sa chambre, lui fait connaître le règlement et lui recommande d'être toujours docile à la volonté de ses maîtres.
« Je vous le promets », répond aussitôt Dominique. Son attention se porte alors sur une devise inscrite sur le mur : « Da mihi animas, cetera tolle. »
— Tu comprends ce que cela veut dire ? demande don Bosco.
— Donne-moi les âmes ; prends le reste !
— C'est la devise de saint François de Sale. Tu l'as bien traduite, mais, quand même, en comprends-tu bien le sens ?
— Certainement. Ici il n'est pas question d'argent, il s'agit des âmes. J'espère que la mienne aussi participera à cette entreprise.
Don Bosco admire cet enfant, qui lui rappelle de plus en plus son cher Louis Comollo. Il en a les cheveux noirs et ondulés, l'arcade sourcilière bien tracée, les yeux rayonnants de pureté,  la bouche expressive, le noble ovale du visage.
De jour en jour, don Bosco apprécie mieux le trésor qui lui est confié.
Dominique Savio est vite habitué. La pauvreté et l'indigence règnent céans ; il n'empêche que les plus petites et les plus sombres chambrettes y resplendissent de joie.
Don Bosco prêche la gaieté autour de lui. S'il voit un enfant marcher la tête baissée : « Qu'est-ce qui t'ennuie ? demande-t-il aussitôt. Si tu as commis un péché, remets-toi vite la conscience en ordre ; autrement, change-moi cette mine-là ! »
Le nouvel arrivé admire l'ascendant de l'abbé sur ses enfants. L'un d'eux s'est-il oublié dans la journée et querellé avec un autre, don Bosco l'appelle le soir et lui demande :
— Eh bien, mon enfant, comment cela va-t-il ?
— Très bien.
— Vraiment ? Il n'y a rien en toi qui ne va pas très bien ?
L'enfant baisse la tête et dit :
— Si. Quand pourrais-je me confesser ?
— Va te préparer à la chapelle, je t'y rejoins dans un instant.
Dominique se demande souvent quelle est la recette de don Bosco pour soumettre à une discipline parfaite tant de jeunes gens, presque toujours sortis d'un milieu lamentable. « Il a sûrement une baguette magique, se dit-il, et je vois ce qu'elle est : celle de son affection pour nous. »
Dominique a raison. Le secret de l'éducation pour don Bosco, c'est la bonté. Lorsqu'un de ses pupilles a commis une faute, un seul mot aimable suffit presque toujours pour le ramener dans la bonne voie. Don Bosco ne recourt aux punitions qu'en tout dernier lieu, fort rarement, et lorsqu'il doit user de ce procédé, la bonté encore n'en est pas absente. Les châtiments corporels sont formellement interdits.
Dominique goûte surtout le petit mot du soir, qui clôt la journée. L'affaire de quelques minutes à peine, mais les paroles de don Bosco vont droit au cœur et s'achèvent toujours par un paternel « bonne nuit! ».
Un soir, don Bosco rappelle à son auditoire l'obligation pour chacun de se sanctifier et explique comment il est à la fois difficile et bien plus facile qu'on ne le pense généralement de tendre à la perfection tous les jours. Ce soir-là, Dominique n'arrive pas à s'endormir. Le lendemain, il vient trouver don Bosco dans sa chambre :
— Que faut-il faire pour devenir un saint ?
— Et toi, qu'en penses-tu ? Que crois-tu nécessaire ?
— Je pourrais rester des jours entiers sans rien manger, ou presque ?
— Non.
— Dois-je me fabriquer une discipline pour me flageller ?
— Non.
— Renoncer aux récréations ? Ne plus jouer avec mes camarades ?
— Non.
— Que faire donc pour aller au ciel ? demande Dominique à bout d'imagination. Dieu veut pourtant qu'on fasse pénitence ?
— La pénitence pour toi, c'est l'obéissance.
— Sans doute, mais je devrais quand même y ajouter de temps en temps quelque chose. On lit cela dans toutes les vies de saints.
— Naturellement, tu dois faire quelque chose de spécial aussi. Par exemple, supporter patiemment la faim et la soif, la chaleur et le froid.
— Mais, tout cela, il faut toujours que je l'endure.
— Oui, mais tout cela n'est vertu que si tu le supportes pour l'amour de Dieu. Voilà le chemin de la perfection ! Ce n'est pas compliqué, c'est même très simple.
— Et absolument rien de particulier ?
— C'est déjà une chose très particulière pour un enfant de douze ans d'accomplir consciencieusement ses obligations quotidiennes et de s'exercer à la patience. C'est pour lui le chemin direct du ciel.

Quelques jours après l'arrivée de Dominique à l'oratoire, on y célèbre une fête magnifique, le jour de la proclamation du Dogme de l'Immaculée Conception par le pape Pie IX, le 8 décembre 1854. À Rome, dans le fracas des canons et le vacarme des cloches, retentit l'exultante acclamation du peuple chrétien : « Vive l'Immaculée Conception ! »
Le même jour, Dominique Savio, agenouillé devant l'autel de la Sainte Vierge, répète plusieurs fois cette prière : « Marie, je vous donne mon cœur ; faites qu'il soit toujours vôtre. Jésus et Marie, soyez toujours mes amis ; mais, de grâce, faites-moi mourir plutôt que d'avoir le malheur de commettre un seul péché ! »

(Don Bosco, l'Apôtre des Jeunes, G. Hünermann)


Reportez-vous à Le songe de Don Bosco, Don Bosco et le Grigio, Don Bosco et le jeune condamné à la potence, La sainte amitié qui amena Jean Bosco séminariste, à la perfection chrétienne.

















vendredi 14 janvier 2022

Aimer Jésus enfant



Jésus s'est abaissé avec une bonté pleine de charmes jusqu'à l'enfance pour mieux gagner nos cœurs : pourrions-nous lui refuser notre amour ? Nous aimerons donc cet aimable Sauveur. Hélas ! jusqu'à ce jour nous ne l'avons pas aimé ; nous avons aimé le monde. Mais que le monde cesse de nous étaler ses charmes trompeurs et de nous vanter ses coupables délices ; nous ne voulons plus l'aimer. Ô Jésus ! c'est assez longtemps vous disputer notre amour. Je dois vous aimer, aimable Enfant, et je vous aime. Je vous aime et je n'aime que vous ; je vous aime et je ne me plais qu'à vous le dire !
Puissé-je aussi longtemps aimer votre enfance ! Ô sainte enfance ! tu me devins bien chère ! je m'estime heureux d'être encore à cet âge ; je veux n'en pas sortir. Puissions-nous tous conserver toujours le goût de cette aimable enfance ! c'est notre dernier vœu à la fin de ce beau jour : ô Jésus, ne rejetez pas l'unique désir de vos enfants fidèles ! Oui, que longtemps encore nous apprenions à votre école dans ce cher asile à prolonger cet âge précieux, et ainsi selon la parole d'un de nos plus touchants cantiques :

Au saint berceau,
Ah ! puisse l'innocence
Chercher toujours son appui, son flambeau ;
Près l'Enfant-Dieu, prolonger notre enfance,
Et tous les ans trouver plaisir nouveau
Au saint berceau.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à La vie cachée et les humbles occupations de Jésus à Nazareth nous inspirent l'amour de l'humilité, L'exemple de Jésus nous fait sentir le prix de l'obéissance, Imitation des vertus de la sainte Enfance, Prière à Jésus enfant, Invitation à célébrer la sainte enfance de Jésus, La Fête de la Purification ou de la Chandeleur, Méditation pour le Jour de la Purification, Instruction sur la Fête de la Purification, Temps de la Sainte Enfance de Jésus, Épiphanie : Acte de consécration au Désiré des nations, L'Épiphanie de Notre-Seigneur, Comment pouvons-nous imiter l'exemple des Rois-Mages ?, Quels fruits pouvons-nous recueillir de la fête de l'Épiphanie ?, Litanies des Saints Rois-Mages, Prière sur le saint nom de Jésus, Litanies des Saints consacrés à l'Enfance de Jésus, Litanies en l'honneur de la divine Naissance du Sauveur, Litanies des Saints Anges de la Crèche, Tirées du Directoire de la dévotion à l'Enfant-Jésus, Litanies des Justes de l'Ancienne Loi, Tirées du Directoire de la dévotion à l'Enfant-Jésus, La fête de Noël doit être chère à la France, La Pantoufle dans la cheminée, Les Fêtes de Noël à Paris : l'Offrande et la fête des Lettres, un pieux et antique usage, Les Fêtes de Noël à Paris : en prière devant la Crèche, Les Fêtes de Noël à Paris : au Couvent, Les Fêtes de Noël à Paris : au Petit-Séminaire, La nuit de Noël à Marseille, Extrait d'une description des Fêtes de Noël à Bruxelles : La Crèche en famille, Un épisode des Fêtes de Noël dans les pays du Nord de l'Europe : L'Arbre de Noël, Particularités de la nuit de Noël à Bethléem, La Sainte Grotte, Bethléem, Le Santo Bambino, Les petits Prédicateurs de six et de huit ans, L'Étable de Bethléem dans l’Église de l'Ara-Coeli, L'épée et le chapeau ducal portés à la procession le jour de Noël, Description de la sainte Crèche, Son histoire, Cérémonie de l'Adoration, La Messe de Minuit à Sainte-Marie-Majeure, Les Boutiques de Noël et le Præsepio, Les Pifferari, Regard sur le triple sacrifice du Jour de Noël, Noël, Jour de sainte allégresse, Lumière sur Noël, La crèche, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Litanies de la Sainte Famille, Visite à l'Enfant-Jésus dans la Crèche, La bénédiction de Noé à ses fils, Prophétie et figure de l'entrée des Gentils dans la vraie Église, La conduite réciproque de Ruth et de Noémi figure celle de Marie et de l'Église des Gentils, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.













lundi 10 janvier 2022

Prière à Jésus enfant



Ô Jésus ! si la dévotion à votre sainte enfance doit être chère à tous les cœurs chrétiens, c'est à moi qu'il appartient sans doute de l'embrasser avec plus d'ardeur, puisque j'ai le bonheur d'être encore à cet âge heureux qui fut alors le vôtre, et que depuis vous avez toujours honoré de votre amour. C'est donc avec joie que je vais employer ce saint temps à célébrer
les mystères de votre divine enfance, et à en imiter les aimables vertus.
Ah ! je veux en ces jours, si pleins de douceur et de charmes, vous consacrer mes premières années et vous offrir les prémices de mon cœur ; mais vous, ô Jésus enfant ! daignez bénir cette offrande. Je viendrai fidèlement chaque jour, dans ce sanctuaire, près de votre tabernacle, étudier avec soin, et ce que vous avez dit et ce que vous avez fait lorsque vous étiez à mon âge : je me souviendrai qu'alors vous étiez doux et humble de cœur, et que votre obéissance à Marie et à Joseph demande que je me soumette à vos lois saintes, et à tous les ordres de mes parents et de mes maîtres ; je me souviendrai que mes adorations et mes hommages ne sauraient vous être agréables, si mon cœur n'est chaste et pur.
J'imiterai votre respect pour le saint lieu, votre amour du travail : humilité, douceur, obéissance, charité, innocence, piété dans la maison de Dieu, ô divines et aimables vertus de Jésus enfant ! vous serez ma plus douce étude durant les jours consacrés à honorer sa vie cachée à Nazareth ! Et vous, Jésus, qui semblez déjà me dire : Je vous ai donné l'exemple, afin que ce que j'ai fait vous le fassiez vous-même, accordez-moi la grâce d'entrer sérieusement dans l'esprit de ce saint temps par une fidélité pus inviolable à tous nos devoirs.

(Manuel des petits séminaires)


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samedi 8 janvier 2022

Temps de la Sainte Enfance de Jésus



La dévotion de la sainte enfance de Jésus n'est pas une dévotion nouvelle. Saint Léon le Grand en parlait déjà aux fidèles de son temps : « Jésus-Christ, disait-il, aime l'enfance, et il l'a prise d'abord à son entrée dans le monde. Il aime l'enfance qui, en sa personne, la forme de la douceur. Il aime l'enfance et il apprend à tous les âges de la vie à se modeler sur elle ; il y ramène même la vieillesse. Il abaisse jusqu'à l'imitation de ses exemples ceux qu'il élève ensuite dans son éternel royaume. »
L'Église, depuis bien des siècles, a consacré les temps qui suivent Noël et l'Épiphanie à célébrer les mystères de l'enfance de Jésus. Mais cette dévotion, au commencement de notre siècle, a reçu un développement heureux et une impulsion toute nouvelle.
Un saint prêtre qui s'appliquait avec un zèle infatigable à l'instruction de l'enfance et de la jeunesse chrétienne, dans les catéchismes de Saint Thomas d'Aquin, M. l'abbé Borderies, depuis évêque de Versailles, pour inspirer à ces jeunes cœurs la piété tout à la fois la plus tendre et la plus solide, les invitait souvent à méditer les mystères de l'enfance de Jésus, et proposait à leur imitation les vertus de ce divin modèle.
Le développement d'une dévotion si sainte et si utile était réservé à ces temps malheureux, où tout concourt à corrompre l'enfance presque au sortir du berceau, et à étouffer les germes de foi déposés dans son âme par le baptême. Cette dévotion devait arrêter l'action corruptrice d'un siècle impie, en inspirant au jeune âge des goûts de piété et d'innocence. Aussi s'est-elle répandue dans les catéchismes et dans les institutions chrétiennes, où elle a produit des fruits précieux de sanctification parmi la jeunesse. Mais elle doit être chère surtout aux enfants que la religion a recueillis à l'ombre de ses sanctuaires. Ils embrasseront avec joie une dévotion dont le divin objet est Jésus lui-même grandissant à Nazareth, pour le salut du monde, et leur offrant l'exemple de toutes les vertus qu'ils ont eux-mêmes à pratiquer : ils s'efforceront de retracer sa piété pour son Père céleste, son aimable innocence, sa docilité et son obéissance à Marie et à Joseph, son amour du travail, sa patience à supporter les rigueurs de la pauvreté. Les saintes pratiques de cette dévotion leur inspireront le respect le plus profond et l'amour le plus tendre pour cet adorable Enfant ; elles leur mériteront ses plus précieuses faveurs, et, à son exemple, ils croîtront chaque jour en âge, en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes.

(Manuel des petits séminaires)


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