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vendredi 6 mars 2020

Saint Joseph élevé au-dessus de tous les saints



Extrait de "Pouvoir de Saint Joseph", par le R. P. Huguet, Mariste :




Quand nous disons que Saint Joseph a été le plus grand de tous les saints, celui qui a reçu le plus de grâces et de caresses de Jésus, nous exceptons toujours Marie qui a été incomparablement plus privilégiée et plus sainte encore que son chaste Époux.


Saint Joseph l'emporte sur tous les Patriarches et sur tous les Prophètes, comme Époux de Marie et comme Père de Jésus. (Tolet. t, sur saint Luc)


Quand nous remontons d'âge en âge jusqu'à l'origine des choses, nous trouvons de grands hommes et de grands saints, les Noé, les Abraham, les David, les Moïse, les Isaïe, les Jean-Baptiste et tant d'autres ; or, leur grandeur vient des rapports qu'ils ont eus avec le Messie, dont ils étaient les figures, les précurseurs et les ancêtres ; mais combien la gloire de notre saint Patriarche est plus élevée encore ! Tandis que les autres saints ont annoncé le Rédempteur des nations, l'ont désiré, l'ont adoré en esprit, pourrons, ô bienheureux Joseph ! vous l'avez vu de vos yeux, vous l'avez porté entre vos bras, vous l'avez adoré vivant et présent, vous lui avez sauvé la vie, vous l'avez possédé pendant trente ans, recevant ses services et l'entendant vous appeler du doux nom de père (Ludovic de Ponte). Ô dignité incomparable ! Ô Ciel, qu'avez-vous de plus grand! Ô terre, qu'avez-vous qui puisse s'approcher de la gloire et du bonheur de Joseph qui avait sur Jésus-Christ toute l'autorité du Père éternel, et celle du Saint-Esprit sur la bienheureuse Vierge Marie, avec le pouvoir de commander au Fils et à la Mère, c'est-à-dire, à la Reine du Ciel et de la terre, qui partage avec Dieu le gouvernement du monde, qui voit toutes les créatures assujetties à son empire, qui porte la terreur de son nom jusque dans les abîmes, qui est Fille du Père, Épouse du Saint-Esprit, Mère du Fils, l'honneur du Ciel, l'espérance de la terre et l'épouvante des enfers. Où est le saint, où est l'Ange, où est le Séraphin qui ait jamais eu un emploi si sublime et on empire si glorieux ?
Dire que Joseph est l'Époux de Marie, c'est dire de lui, s'écrie saint Jean Damascène, tout ce qu'on peut dire de plus grand.
Marie, si élevée en perfection, méritait bien de recevoir des mains de Dieu un époux d'une sainteté éminente. « S'il y avait eu, dit le savant Billuart, une femme plus pure que Marie, elle aurait été choisie pour la Mère de Dieu ; et s'il s'était trouvé un homme plus juste que Joseph, il aurait été l'époux de Marie (« On doit à Marie le culte d'hyperdulie et à saint Joseph le plus haut degré de culte de Dulie. » — Cornélius a Lapide, ch. I, sur S. Matth. — Voyez Suarez, de Myst. J.-C, disp. 8. — La rubrique du Missel romain prescrit, en vertu d'un décret de la sacrée Congrégation des rites, de nommer saint Joseph avant les Apôtres dans l'Oraison A cunctis. 17 septembre 1815). »
« Vous voyez la dignité de Marie, dit Bossuet, en ce que sa virginité bienheureuse a été choisie dès l'éternité pour donner Jésus-Christ au monde ; et vous voyez la dignité de Joseph en ce que cette pureté de Marie qui a été si utile à notre nature a été confiée à ses soins, et que c'est lui qui conserve au monde une chose si nécessaire (Sainte Marie Madeleine de Pazzi, repassant un jour dans son esprit la gloire dé saint Joseph, s'écria : celle de Marie comme pour la rendre plus belle, plus brillante et plus glorieuse. Saint Joseph est au milieu de Jésus et de Marie comme une étoile resplendissante, et prend sous sa protection la plus particulière les âmes qui combattent sous les étendards de la Vierge. — Extases, part. 2, ch. 30). »
Saint Paul prouve l'excellence de Jésus-Christ au-dessus de tous les Anges par la noblesse de son nom : Tanto melior Angelis effectus, quanto proe illis differentius nomen hereditavit. Quelle estime ne devons-nous pas avoir pour saint Joseph qui porte avec raison le nom de père d'un Dieu et qui, après avoir été associé à la paternité divine, a pu dire avec le Père éternel, parlant à un même fils : Je lui servirai de Père et il m'obéira comme un fils, Ego ero illi in Patrem, et ipse mihi erit in filium. S'il est vrai, comme l'enseigne saint Thomas, que les Apôtres ont reçu des grâces plus abondantes et plus précieuses, parce qu'ils étaient plus immédiatement unis à Celui de la plénitude duquel nous avons tout reçu, quelle doit être la mesure des grâces accordées à Joseph qui, après Marie, a été uni le plus étroitement au divin Sauveur ? Si Dieu, continue le même docteur, traite les fidèles comme le font les princes de la terre, qui prodiguent leurs faveurs et leurs trésors à ceux qui remplissent les offices les plus considérables dans leur royaume ; qui jamais entre toutes les créatures du Ciel et de la terre a eu des fonctions aussi sublimes que celui qui a été le gardien, le sauveur et le père du Fils unique de Dieu ! Si Dieu, dit saint Paul, en donnant les charges fournit en même temps les qualités nécessaires pour s'en bien acquitter, Qui fecit nos idoneos ministros (II Corinth. III) ; quelle maturité de jugement, quelle rare prudence aura-t-il donnée à cet homme choisi par sa sagesse pour l'administration des plus grandes affaires qu'il a jamais eues hors de lui-même ? Quelle haute élévation d'esprit aura-t-il donnée à Joseph qui devait pendant trente ans étudier à l'école de la Sagesse Incarnée ; mais surtout quelle capacité de cœur, quelle étendue de volonté, quelle fécondité d'amour n'aura-t-il pas accordées à celui qui devait être l'autel vivant sur lequel devait reposer tout le feu de l'amour de Dieu renfermé dans la personne de Jésus-Christ ? Mais si nous ne pouvons comprendre les seules dispositions que saint Joseph a eues pour cette sublime paternité, comment pourrions-nous avoir une juste idée des mérites que ce grand Patriarche a acquis dans l'exercice de ses fonctions divines ?
Quelques docteurs paraissent surpris que le Sauveur n'ait jamais proféré une parole pour louer la très-sainte Vierge et saint Joseph, quoiqu'il ait fait l'éloge de son Précurseur, de saint Pierre et même de quelques pécheurs, dès qu'ils ont été sincèrement convertis. C'est sans doute parce que, en s'avouant leur Fils et en leur rendant toute l'obéissance que les pères et les mères peuvent attendre de leurs enfants, il ne pouvait rien faire de plus honorable et de plus glorieux pour eux (Pater Jesu, vir Mariae, cujus laus est in Evangelio. — Saint Bonaventure).
Les paroles qui furent dites et la gloire du Précurseur de Jésus-Christ : Magnus erit coram Domino, « Il sera grand devant le Seigneur, » peuvent être justement appliquées au glorieux Époux de sa très-sainte Mère. En effet, quelques rapports qu'ait eus saint Jean avec le Sauveur, Joseph en a eu encore de plus intimes. Jésus-Christ ne s'humilie qu'une fois devant Jean-Baptiste, et il fut soumis à Joseph toute sa vie. Jean prépare les voies au Seigneur, mais Joseph coopère en quelque sorte au mystère de l'Incarnation. C'est en sa personne que les Patriarches et les Prophètes ont reçu ce divin Messie qui leur avait été promis, c'est par ses yeux qu'ils l'ont vu, c'est par ses bras qu'ils l'ont embrassé ; c'est lui qui l'a nourri et qui a fait, pour ainsi dire, couler ses sueurs dans les veines de l'Enfant-Dieu qui devait répandre tout son sang sur le Calvaire pour expier les péchés du monde. Aucun saint n'a partagé ni ne partagera jamais les prérogatives de cet illustre Patriarche. Le pouvoir de faire des miracles est fort rare, néanmoins il n'a pas été accordé seulement à saint Bernard ; mais Joseph seul avec Marie commande à Jésus-Christ. La grâce de l'apostolat est sans doute une des plus excellentes dont Dieu puisse favoriser un homme sur la terre, et cependant saint Pierre et saint Paul ne sont pas les seuls qui l'ont reçue du Ciel. L'esprit de prophétie est une faveur très-grande, mais Isaïe et Jérémie ne sont pas seuls prophètes, tandis qu'il n'y a que Joseph qui ait seul la gloire d'être le chaste Époux de Marie et le Père du Sauveur des hommes.
« Si le nom de dépositaire, dit Bossuet, emporte une marque d'estime et rend témoignage à la probité ; si pour confier un dépôt nous choisissons ceux de nos amis dont la vertu est plus reconnue, dont la fidélité est plus éprouvée, enfin les plus intimes, les plus confidents : quelle est la gloire de saint Joseph, que Dieu fait dépositaire, non-seulement de la bienheureuse Marie, que sa pureté angélique rend si agréable à ses yeux ; mais encore de son propre Fils, qui est l'unique objet de ses complaisances et l'unique espérance de notre salut ? De sorte qu'en la personne de Jésus-Christ, saint Joseph est établi le dépositaire du trésor commun de Dieu et des hommes. Quelle éloquence peut égaler la grandeur et la majesté de ce titre ! »
« Dieu ayant destiné saint Joseph à exercer l'autorité de père sur le Verbe Incarné, on doit tenir pour certain, dit saint Liguori, qu'il lui conféra tous les dons qui convenaient à une pareille charge. On ne doit pas douter qu'il ne l'ait enrichi de toutes les grâces et de tous les privilèges accordés aux autres saints. »
Si la sagesse de saint Joseph a eu un si noble emploi dans la conduite du Verbe Incarné, sa patience dans les travaux qu'il a soufferts ne lui a pas été moins glorieuse. Tous les pas qu'il faisait, tous les soins qu'il se donnait, toutes les sueurs qu'il répandait ne regardaient purement que la vie de Jésus d'où dépendait le salut général de tous les hommes. De sorte que, s'il s'est trouvé des saints qui ont plus souffert que lui, certainement il n'y en a point qui ont souffert pour un si digne sujet. Les anachorètes ont fait de grandes abstinences pour conserver la vie de l'âme ; mais saint Joseph a pris sur son nécessaire pour le donner à Jésus et à Marie (S. Thom., in c. I, Matth. ad v. 20). Les martyrs ont enduré de cruels tourments pour le nom de Jésus, mais saint Joseph a exposé sa vie pour sauver celle de Jésus (Joseph a reçu de Dieu une si grande abondance de grâces et de faveurs que l'on peut dire sans crainte qu'aucun saint ne fut plus semblable au Christ par ses qualités naturelles, par ses vertus héroïques, et par les souffrances qu'il a endurées. — P. J. Gratien).
Si servir fidèlement Dieu, c'est régner, comme l'assure la vérité même, les services que lui a rendus saint Joseph sont si grands, dans une affaire si importante et dans un emploi si glorieux, que non-seulement ils le distinguent des autres saints, mais encore qu'il peut par là leur servir de modèle, en sorte que cette noble qualité de serviteur que Dieu a donnée aux Patriarches, aux Apôtres et à tous les saints de l'ancienne et de la nouvelle Loi devient comme singulière à saint Joseph.
Jugez par ces sublimes considérations quel respect nous devons avoir à cet admirable Saint, quelle confiance nous devons avoir en sa protection. Car s'il est singulier en ses mérites, ne doutons point qu'il ne le soit aussi dans le pouvoir et le crédit dont il jouit dans le Ciel auprès de Jésus et de Marie auxquels il a rendu de si grands services pendant les jours de sa vie mortelle.


EXEMPLE

L'Ordre si célèbre de Saint-Dominique fut toujours très-zélé pour honorer saint Joseph. L'un de ses membres les plus illustres, Albert le Grand, dès le XIVe siècle, avait composé un office de saint Joseph, à la prière de plusieurs Âmes pieuses qui avaient une vive confiance en ce saint Patriarche. Plus tard, le Général de l'Ordre chargea un de ses Religieux d'en composer un autre, qui fut trouvé si pieux, que seul il aurait assuré au docte Isidore de l'Isle la reconnaissance de tous les cœurs dévoués à saint Joseph. Ce fervent Religieux fut un des premiers qui aient travaillé à répandre le culte de notre Saint. Entrevoyant la gloire dont il devait briller, il invita les écrivains qui viendraient après lui à méditer attentivement la vie cachée de saint Joseph et à mettre au grand jour les trésors inestimables de mérites qu'elle renferme, les assurant qu'ils y découvriraient des richesses plus précieuses que chez les Patriarches de l'ancienne Loi.


PRATIQUE

Remerciez saint Joseph de tout ce qu'il a fait pour Jésus et Marie, et pour le bien de votre âme.



Reportez-vous à Prééminence de saint Joseph dans le Ciel, Saint Joseph, Protecteur de l'ÉgliseDe quelques industries cachées qui conduisent bientôt à la perfection, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Saint Joseph honoré par les saints, Prière à Saint Joseph, Père et Protecteur des Vierges, Prière pour demander la pureté, Prière pour obtenir la pureté, Pouvoir de saint Joseph, Confiance de sainte Thérèse d'Avila en saint Joseph, Invocations et prières à Saint Joseph pour chaque jour de la semaine, Union admirable de Jésus, Marie et Joseph, Délices de Nazareth, Saint Joseph, patron et modèle des âmes intérieures, Saint Joseph à Nazareth, Saint Joseph choisi de Dieu pour être le chef de la Sainte-Famille, Tendresse de saint Joseph pour Jésus, Neuvaine de prières à Saint Joseph, Neuvaine à Saint Joseph, pour se préparer à ses Fêtes, et obtenir quelque grâce spéciale pendant la vie et une bonne mort, Les Sept Dimanches de Saint Joseph, Excellence du saint nom de Joseph, Saint Joseph patron et modèle des religieux, Hymne en l'honneur de Saint Joseph, Litanies de la paternelle protection de Saint Joseph, Litanies des souffrances de Saint Joseph, Litanies de Saint Joseph, Prière efficace en l'honneur de Saint Joseph, Courtes prières à Saint Joseph, Chapelet de Saint Joseph, Acte de consécration au glorieux Saint Joseph, Prière de Saint Pie X au glorieux Saint Joseph modèle des travailleurs, Sermon pour la Fête de Saint Joseph, Marie est donnée en mariage à Saint Joseph, Litanies de l'amour de Marie, Supplique à Saint Joseph, Oraison pour présenter son cœur à saint Joseph et Méditations et Exemples pour le Mois de Saint Joseph.















dimanche 30 avril 2017

Si un chrétien peut trop aimer et trop honorer la Sainte Vierge


Extrait de "Les trois roses des élus" de Mgr de Ségur (Tome 11 des Œuvres complètes) :


Notre-Dame du Rosaire
Notre-Seigneur qui, par sa grâce, vit et règne dans le cœur de ses fidèles, y répand les sentiments qui remplissent son divin Cœur ; et, pour être dignes de lui, pour lui être conformes en toutes choses, comme le demande la foi, nous devons aimer, avec lui et comme lui, sa Mère bien-aimée. Nous ne pouvons pas trop aimer la Sain te-Vierge, parce que nous avons beau faire, nous ne l'aimerons jamais autant que l'a aimée JÉSUS.
Jugez un peu, mon bon lecteur, de ce qu'a dû être le Fils de DIEU pour sa Mère, en considérant qu'il l'a élue, seule entre toutes ses créatures, pour être aussi digne que possible de devenir un jour sa Mère ! C'est pour lui-même, pour son honneur qu'il a fait d'elle un chef-d'œuvre accompli de sainteté, l'exemptant totalement de tout péché, originel et actuel, la comblant de ses grâces les plus excellentes, les plus délicates, les plus sublimes, et la rendant ainsi capable d'être aimée de lui par-dessus tout, après son Père céleste. Tout en elle attirait le Cœur de Jésus ; et son cœur à elle-même ne faisait qu'un avec celui de son Fils, de son DIEU, de son doux Amour.
Je le répète, pour imiter JÉSUS, pour porter dignement le beau nom de chrétien, nous devons, tous tant que nous sommes, aimer sa Mère et la nôtre de tout notre cœur, de toutes nos forces, de toute notre âme, de tout notre esprit. Autrement nous ne ressemblons plus à JÉSUS, l'exemplaire des chrétiens.
Le seul hommage que nous ne pouvons pas, que nous ne devons pas rendre à la Mère de DIEU, c'est l'hommage suprême de l'adoration, due à DIEU seul. Mais quel est le catholique qui a jamais pensé à adorer la Sainte Vierge ?
Quand ils nous en accusent, les ministres, protestants mentent impudemment et sciemment : il n'en est pas un seul, en effet, qui puisse être assez ignorant pour se tromper de bonne foi sur un pareil sujet. Non, nous n'adorons point la Sainte Vierge ; mais nous l'aimons, nous la vénérons de toutes les forces de notre foi ; mais nous l'honorons le plus et le plus parfaitement possible, de toutes les manières que peuvent nous suggérer la foi et l'amour ; mais nous la prions tant que nous pouvons, jamais trop ; nous sommes à ses pieds comme de bons fils, pleins de respect et de confiance, s'adressant à la meilleure, à, la plus puissante, à la plus douce, à la plus miséricordieuse des mères. Et cet amour filial, c'est dans le Cœur même de JÉSUS que nous le puisons ; nous aimons MARIE avec JÉSUS, et nous tâchons de l'aimer comme JÉSUS l'a aimée. C'est elle qui nous a donné JÉSUS, à Bethléem d'abord, puis au Calvaire ; pourrions-nous trop la bénir, trop l'aimer ?
« Mais, me disait un jour une bonne et sincère dame protestante, qui hésitait alors à rentrer dans le sein de l'Église et qui a eu le bonheur de se faire catholique deux mois après ; mais le chapelet ? On y récite dix Ave Maria contre un seul Pater. N'y a-t-il pas là un excès ? Et n'est-ce point honorer la Sainte Vierge dix fois plus que DIEU ? » — Je répondis à cette bonne dame : « Le chapelet est un exercice de prières tout spécialement destiné à honorer la Mère de DIEU ; et par conséquent, il ne faut pas s'étonner si c'est à elle surtout que s'adresse directement notre prière, quand nous récitons le chapelet, et si, dans le chapelet, il y a dix Ave Maria pour un seul Pater. Dans la pensée du grand saint Dominique, qui en a été l'instituteur, cet exercice de prière en l'honneur de la Mère de DIEU devait remplacer, pour les pauvres gens et pour tous ceux qu'absorbait le travail de chaque jour, la récitation du Psautier ; aussi a-t-on longtemps appelé le Rosaire (dont le chapelet n'est que la troisième partie) le Psautier de la Sainte Vierge. Les quinze Pater qui séparent les cent cinquante Ave Maria du Rosaire (et les cinquante du chapelet), sont simplement des points d'arrêt, destinés à rappeler aux fidèles la méditation de ce qu'on nomme les quinze mystères du Rosaire, et qui nous remettent incessamment en mémoire les principaux faits delà vie de la Sainte Vierge dans ses rapports avec son divin Fils. Il n'y a donc rien ici qui puisse ressembler à un honneur plus ou moins considérable, rendu à la Sainte Vierge, aux dépens de Notre-Seigneur.
Et puis, quelle idée fausse, quelle fausse manière d'envisager la piété catholique que de voir dans les manifestations de notre amour pour la Sainte Vierge une sorte de larcin fait au bon DIEU ! Comme si nous ne savions pas que toutes les grandeurs, toutes les excellences de la bonne Vierge et des Saints viennent tout entières de DIEU, et de DIEU seul ! Et comme si nous n'obéissions pas à la parole de DIEU en le louant dans ses Saints, et dans la Reine, dans la merveille de ses Saints, qui est sa très-sainte Mère ! Combien de fois l'Écriture Sainte ne nous répète-t-elle pas cette belle invitation : « Louons le Seigneur dans ses Saints ! » Et dans lequel de ses Saints ce bien-aimé Seigneur est-il plus admirable que dans la Sainte par excellence, dans sa Mère immaculée, qu'il a faite plus sainte mille fois que tous ses Saints, que tous ses Anges, et au-dessus de laquelle il n'y a que lui, le Saint des Saints.
Qu'on le sache bien, dans la prière de l'Église, dans le culte catholique tout est à sa place : DIEU seul, Jésus-Christ seul y est adoré, parce que seul il est adorable ; et tout ce qui se joint à ce culte souverain, à titre de vénération, de respect et d'amour, n'est que le rayonnement et comme le complément de son culte à lui-même, l'Église se faisant très justement un devoir de bénir et d'exalter le Seigneur dans ses œuvres.
La sainte Mère de DIEU tient à nos yeux la place que tient, dans un grand royaume, la mère du Roi. MARIE est la Reine-Mère du ciel et de la terre, parce que son Fils en est le Roi. En définitive, n'est-ce pas au Roi que revient tout l'honneur des hommages que ses sujets rendent à sa mère ? Il en est de même de l'Église : c'est à DIEU, c'est à Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST que reviennent tous les hommages que notre piété filiale ne cesse de rendre à sa très-sainte Mère. Plus nous honorons et aimons la Sainte Vierge, plus il nous bénit et nous regarde avec complaisance.
Ô mon cher lecteur, mon ami, ne craignons jamais de trop aimer la bonne Sainte Vierge, notre Mère. Plus nous l'aimerons, plus elle nous aimera. « Ô ma chère Souveraine ! lui disait un jour naïvement le jeune Frère Alphonse Rodriguez de la Compagnie de JÉSUS, agenouillé devant une de ses images ; ô ma chère Souveraine ! si vous saviez combien je vous aime ! Je vous aime tant, que vous ne pouvez m'aimer davantage. » Et la sainte et douce Mère de DIEU lui apparaissant et le regardant avec une ineffable tendresse, lui répondit en souriant : « Tu te trompes, mon fils. Car je t'aime bien plus que tu ne saurais m'aimer. »




Écoutez ce sermon sur la dévotion à la Sainte Vierge Marie.


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Le culte et l'amour de la Sainte Vierge ont commencé avec l'Église



Extrait de "Les trois roses des élus" de Mgr de Ségur (Tome 11 des Œuvres complètes) :




Malgré le respectueux silence dont l'Esprit-Saint a voulu que les Évangélistes et les Apôtres entourassent la sainteté de MARIE, une parole véritablement royale a été déposée, pour la gloire de la Mère de DIEU, dans la Sainte Écriture au début même de l'histoire de l'Église. Dès la première page des Actes des Apôtres, il est dit, que les Apôtres et les disciples, descendant de la montagne des Oliviers et rentrant à Jérusalem, après l'Ascension, se réunirent dans le Cénacle, sur le mont Sion, pour se préparer à recevoir le Saint-Esprit et à inaugurer la mission divine de l'Église catholique. Or, ajoute l'auteur inspiré, « n'ayant tous qu'un cœur et qu'une unie, ils persévéraient dans la prière, avec les saintes femmes, et MARIE, la Mère de JÉSUS. » Ces saintes femmes étaient celles qui avaient accompagné la Sainte-Vierge au Calvaire.
MARIE nous est ici montrée comme le CŒUR, comme la Mère de l'Église naissante. Elle est à côté de saint Pierre, le premier Pape, au milieu des Apôtres et des disciples, les premiers Évêques et les premiers prêtres de la sainte Église, au moment où ils reçoivent l'Esprit-Saint, le jour de la Pentecôte. Il semble que ce divin Esprit veuille d'abord reposer sur elle avant de se donner à Pierre et aux Apôtres, comme jadis il avait reposé eu elle et l'avait « couverte de son ombre » au jour de l'Annonciation, lorsqu'elle était devenue la Mère du Verbe incarné, du divin Chef de cette même Église, du Prêtre éternel de DIEU.
Jusqu'à sa bienheureuse mort, qui eut lieu à Jérusalem, quatorze ans environ après la Pentecôte, la Mère de DIEU fut l'objet de la vénération et du religieux amour des premiers disciples de Notre-Seigneur. Les plus antiques traditions de l'Église nous l'attestent. Et comment en aurait-il pu être autrement, la foi catholique ayant enseigné aux premiers fidèles, comme elle nous l'enseigne à nous-mêmes, que MARIE est la Mère de DIEU, et que, avant de quitter ce monde, Notre-Seigneur l'a donnée pour Mère à tous les chrétiens ?
Cette vénération, ce culte d'amour et de respect a été tenu religieusement sous la loi du secret, comme la plupart des dogmes intimes du christianisme, pendant toute la période des persécutions, pour une raison de haute sagesse, bien facile à comprendre : dans des temps où le dogme de l'unité de DIEU dominait toute la lutte de l'Église contre le paganisme, il fallait, avant tout, ne point exposer les nouveaux chrétiens à une alternative que beaucoup d'entre eux n’auraient peut-être pu affronter impunément ; à savoir, de ne point rendre à la Très-Sainte Mère de DIEU le culte de haute et très haute vénération qui lui était dû ; ou bien, de dépasser la mesure, et de l'adorer comme une nouvelle déesse.
Ce qui est certain, c'est que le culte de la Sainte-Vierge, comme celui des saints martyrs, comme celui de l'Eucharistie, a été, dès l'origine, réservé aux seuls initiés ; les catéchumènes n'en connaissaient que le strict nécessaire, et, après le Baptême seulement, l'Église soulevait peu à peu, et toujours avec un respect religieux, le voile qui avait dû jusque-là dérober à leurs yeux des lumières dont ils n'auraient pu supporter l'éclat.
Néanmoins, la piété des fidèles ne pouvait s'empêcher d'exprimer ça et là, du moins par des figures, par des symboles dont les profanes ne pouvaient saisir le sens, des pensées chères à leurs cœurs. C'est ainsi qu'on a retrouvé, non seulement dans les immenses catacombes de Rome, mais encore en Orient et dans les Gaules, de nombreux débris d'un symbolisme chrétien qui date certainement des trois et quatre premiers siècles de l'Église, et qui nous attestent, entre autres, le culte de vénération et d'honneur dont l'antiquité chrétienne entourait le souvenir sacré de la Mère de Dieu.
Depuis trente ou quarante ans, l'archéologie romaine a fait à cet égard les découvertes les plus précieuses ; et les protestants sincères et instruits ont reconnu, avec une loyauté qui les honore grandement, que les peintures, les symboles et les inscriptions des catacombes attestent jusqu'à l'évidence, non seulement le culte rendu par nos pères à la Très-Sainte-Vierge dès l'origine du christianisme, mais encore la plupart des dogmes et des pratiques religieuses qui sont jusqu'à nos jours l'honneur et la vie de l'Église : la Papauté, par exemple, la suprématie de saint Pierre, et la hiérarchie ecclésiastique, la Présence réelle, le sacrifice et le sacrement de l'Eucharistie, la confession auriculaire, le culte des reliques et des images, etc.
Jadis j'ai vu moi-même, et j'ai pu les copier, plusieurs images fort bien conservées de la Sainte-Vierge, soit tenant l'Enfant-Jésus sur ses genoux, soit seule et dans l'attitude de la prière. L'une de ces dernières portait cette inscription, qui atteste l'antique tradition de l'éducation de la jeune vierge Marie au temple jusqu'à son mariage avec saint Joseph : Maria Ministra Templi Hyerusalem.
La plus remarquable de ces anciennes peintures remonte, d'une manière absolument certaine, au premier siècle, quelques années à peine après le martyre de saint Pierre et de saint Paul. Tout près de la chapelle souterraine où reposaient les corps des saints martyrs Nérée et Achillée, capitaines des gardes de sainte Domitilla, propre nièce des empereurs Titus et Domitien, on voit une belle peinture murale, qui ornait la tombe de quelque grand personnage sans doute, et qui représente, d'un côté la Sainte-Vierge, assise sur un siège d'honneur, habillée de blanc, avec un grand voile sur la tète, et portant sur ses genoux l'Enfant-Jésus, qui bénit les trois rois Mages, agenouilles à gauche, et lui offrant leurs présents. L'Enfant-Jésus est coiffé à la Titus. Guidés par les inscriptions des corridors voisins de cette catacombe, et par d'autres indices que la science a reconnus tout à fait péremptoires, les archéologues assignent à cette sainte image de MARIE, sans contredit l'une des plus anciennes des catacombes, la date des deux ou trois premières années du règne de Donatien, successeur immédiat de Titus. Flavia Domitilla avait été convertie à la foi par Nérée et Achillée, et baptisée avec eux par l'Apôtre saint Pierre en personne ; et le cruel Domitien Tayaut appris, les punit de mort. Domitilla fit recueillir leurs restes sacrés, et les déposa dans une de ses propriétés qu'elle donna à l'Église pour en faire une catacombe chrétienne.
Au sortir des persécutions, le culte île la Sainte-Vierge prit aussitôt dans toute l'Église un développement bien naturel ; quantité de basiliques et d'oratoires furent dédiés en son honneur, tant en Occident qu'en Orient. La plus célèbre de ces basiliques remonte au Bienheureux Pape Libère, en l'année 360, et fut appelée Sainte-Marie-Majeure, pour la distinguer des églises qui existaient déjà sous le vocable de la Bienheureuse Vierge.
Donc, rien de plus contraire à l'histoire et à la vérité que l'assertion de ceux qui ont osé dire que le culte de la Sainte-Vierge ne remontait qu'au cinquième siècle, ou tout au plus au quatrième.




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