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jeudi 2 septembre 2021

Circonstances que nous devons observer en parlant



Mettez, Seigneur, des gardes à ma bouche, et une porte à mes lèvres pour les fermer. Saint Ambroise et Saint Grégoire, parlant des maux divers que cause l'intempérance de la langue, et nous exhortant à l'observation du silence pour les éviter ; font ensuite cette objection : Hé quoi, faut-il donc que nous devenions muets ? Nullement, répondent-ils ; car la vertu du silence ne consiste pas à ne parler point, mais à parler à propos, et à se taire quand il faut ; de même que la vertu de tempérance ne consiste pas à ne point manger, mais à manger sobrement et dans les temps réglés, à ne manger que ce qui est nécessaire, et à s'abstenir de tout le reste. Il y a, disent-ils encore, en rapportant ces paroles de l'Ecclésiaste, un temps de se taire, et un temps de parler ; ainsi il est nécessaire d'user de discernement, pour savoir faire à propos l'une et l'autre de ces choses ; car on peut manquer en ne parlant pas quand il le faut, de même qu'en parlant quand il ne faut pas. Or, ces deux choses, ajoutent-ils, nous sont marquées dans ces paroles du Prophète : Mettez, Seigneur, des gardes à ma bouche, et une porte à mes lèvres pour les fermer. David, dit Saint Grégoire, en demandant à Dieu qu'il mette des gardes à sa bouche, ne lui demande pas qu'il y élève une muraille, afin qu'elle ne s'ouvre jamais : il demande seulement qu'il y mette une porte ; et comme une porte est faite pour être ouverte, et pour pouvoir être fermée quand il est nécessaire, il nous donne à entendre par-là, que nous devons aussi ouvrir et fermer la bouche, selon qu'il en est besoin, et que c'est en cela que consiste l'essentiel de la vertu du silence. Le Sage, dans l'Ecclésiastique, demande la même chose à Dieu : « Qui mettra, dit-il, des gardes à ma bouche, et le sceau de la sagesse sur mes lèvres, afin qu'elles ne me fassent point tomber, et que ma langue ne me perde point ? » Il faut tant de circonstances et tant de conditions, pour ne parler que bien à propos, que ce n'est pas sans raison que le Sage craint que sa langue ne le perde ; et qu'il demande à Dieu le discernement nécessaire pour savoir ouvrir et fermer la bouche quand il le faut ; car il suffit de manquer à une seule circonstance en parlant, pour commettre une grande faute ; et au contraire, pour parler sagement, et ainsi qu'il convient, il est nécessaire que toutes les circonstances s'y rencontrent, et qu'on n'en omette aucune. Il y a cette différence du bien au mal, que pour qu'une action morale soit bonne, il faut que toutes les conditions requises y concourent toutes en même temps, au lieu que pour la rendre mauvaise, il suffit qu'il y en manque une seule.
Saint Basile, Saint Ambroise, Saint Bernard, et plusieurs autres Saints nous marquent les circonstances qui sont nécessaires pour bien parler ; et ils disent que la première et la principale est de bien considérer auparavant ce que l'on veut dire.
C'est le conseil que donne l'abbé Amon, rapporté par Saint Éphrem : « Avant que vous parliez, dit-il, communiquez premièrement avec Dieu ce que vous avez à dire, et les raisons que vous avez de le dire ; et après cela, parlez hardiment, comme un homme qui exécute la volonté de Dieu, qui vous a commandé de parler. » Voilà qu'elle est la principale circonstance pour bien parler ; pourvu que nous l'observions, nous observerons facilement toutes les autres.
La seconde circonstance à quoi nous devons prendre garde, est la fin et l'intention qui nous oblige de parler ; car il ne suffit pas que ce que nous disons soit bon, il faut aussi que la fin que nous nous proposons en le disant soit bonne.
Saint Basile dit qu'il faut en troisième lieu, que celui qui parle, considère et ce qu'il est, et à qui, et devant qui il parle.
La quatrième circonstance, dit Saint Ambroise, est de considérer le temps où il faut parler : car une des principales qualités de la prudence, est de savoir dire les choses dans leur temps : L'homme sage, dit l'Ecclésiastique, ne parlera point qu'il n'en soit temps : mais l'homme léger et imprudent, ne gardera ni temps, ni mesure. Et le Saint-Esprit, au Livre des Proverbes, parlant de ceux qui observent cette circonstance du temps, ajoute qu'une parole dite à propos, est comme des pommes d'or sur un lit d'argent. Mais aussi tout le contraire arrive, lorsqu'on ne garde point cette règle, car alors les meilleures choses perdent leur prix, et deviennent désagréables. Une parabole, dit le sage, ou une parole grave et sentencieuse, sera mal reçue de la bouche d'un fou : car il ne la dit point dans son temps. Cette circonstance du temps consiste encore à n'interrompre personne en parlant ; ce qui est également contraire aux règles de la bienséance, et à celles de l'humilité Chrétienne : c'est mal prendre son temps, que de parler quand une autre parle. N'interrompez personne au milieu de son discours, dit l'Ecclésiastique ; attendez qu'il ait achevé ce qu'il veut dire, et ensuite vous parlerez à votre tour. Ce qu'il ajoute, confirme ce qu'il vient de dire : « Ne répondez rien, dit Salomon, que vous n'ayiez bien entendu ce que l'on vous dit. Celui qui répond avant que d'avoir entendu ce qu'on lui a dit, fait voir qu'il est insensé, et digne de confusion. » Saint Basile donne encore ici un autre avertissement touchant le temps où l'on peut répondre : c'est que quand on adresse la parole à un autre qu'à vous, vous devez garder le silence ; et lorsque vous trouvant dans une compagnie, on y demandera le sentiment de tout le monde en général sur quelque chose que ce soit, si ce n'est point à vous qu'on adresse particulièrement la parole, vous ne devez pas vous charger de répondre pour tous les autres.
La cinquième circonstance que les Saints veulent qu'on observe pour bien parler, regarde la manière de parler ; c'est-à-dire, la composition du visage et le ton de la voix.
Saint Bonaventure comprend, sous cette circonstance, celle de parler avec un visage ouvert et serein, sans faire aucun signe irrégulier de la bouche ou des yeux : sans mouvement violent de la tête, sans gestes outrés. Saint Ambroise et Saint Bernard ajoutent à cette circonstance, que la voix ne doit être ni languissante, ni entrecoupée : qu'elle ne doit rien avoir d'affecté et d'efféminé : mais qu'elle doit être réglée, mâle et grave, comme il convient à un homme de l'avoir. Que s'il ne faut pas que la manière de parler soit languissante ni affectée, aussi ne faut-il pas qu'elle soit dure ni sèche, car, reprend Saint Bernard, comme je ne veux rien de mou ni d’efféminé, soit dans le son de la voix, soit dans la contenance et dans le geste, aussi je n'y veux rien trouver qui sente la rudesse et la grossièreté.
Saint Ambroise dit qu'il faut que les remontrances et les avertissements soient sans aigreur, et sans qu'il y ait rien qui puisse blesser : et il rapporte à ce sujet ce passage de l'Apôtre : « Ne reprenez personne avec rudesse, mais avertissez doucement les vieillards, comme vos pères : les jeunes hommes, comme vos frères, les femmes âgées, comme vos mères : et les jeunes femmes, comme vos sœurs. »
En un mot, il y a tant de circonstances à observer, pour parler comme il convient de le faire, qu'il est très-difficile qu'on n'y fasse quelque faute : c'est donc un excellent remède ou un puissant préservatif de demeurer dans le silence comme dans un port où nous serons à couvert de tous les inconvénients, et de tous les dangers qu'il y a à parler, suivent ces paroles du Sage : « Celui qui garde sa bouche et sa langue, garde aussi son âme de beaucoup d'afflictions. »
Personne n'ignore ce beau mot, de Saint Arsène, qu'il répétait souvent, et qu'il chantait même quelquefois, ainsi que le rapporte l'Auteur de sa vie : « Je me suis souvent repenti d'avoir parlé, disait-il, mais jamais de m'être tu. Une parole une fois échappée, ne revient jamais. » Saint Jérôme dit, qu'aussitôt qu'une parole est proférée, elle est comme une pierre que l'on ne peut plus retenir, dès qu'elle a été lancée, ni empêcher qu'elle fasse tout le mal qu'elle peut faire, si elle atteint quelqu'un.
Faisons donc une ferme résolution de régler notre langue, et disons avec le Prophète : « J'ai résolu de prendre garde à mes voies, afin que je ne pèche pas par ma langue. » Saint Ambroise, écrivant sur ces paroles, dit qu'il y a des voies que nous devons suivre, et d'autres auxquelles nous devons prendre garde. Nous devons prendre garde aux nôtres, de crainte de  nous y égarer, et de nous y perdre : nous y prendrons garde, conclut ce Saint Archevêque, si nous savons bien nous taire.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à De la Médisance, Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable, Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection, Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.















mardi 20 juillet 2021

Moyens pour conserver la chasteté : la garde des sens, et surtout celle des yeux


Job rétabli dans sa propérité (Laurent de la Hyre)

Nous proposerons ici quelques moyens qui peuvent servir plus particulièrement à faire acquérir et conserver la perfection de la chasteté : le premier et un des plus essentiels, consiste à garder soigneusement toutes les avenues de notre âme, et principalement nos yeux ; parce que c'est ordinairement par cet organe que le mal entre dans le cœur.
David, quoiqu'accoutumé à s'élever à Dieu comme vers son centre, et à ne s'occuper que de la contemplation des choses célestes, se laissa néanmoins aller à des désirs criminels, pour avoir arrêté ses regards sur un objet dangereux. La mort est montée par nos fenêtres, dit Jérémie, et mon âme est devenue la proie de mes yeux. Saint Grégoire, Pape, nous avertit qu'il ne faut pas regarder ce qu'il n'est pas permis de désirer, parce qu'il est à craindre que ces objets n'attirent à eux notre cœur par le moyen de nos regards indiscrets, et que malheureusement nous ne nous trouvions surpris, lorsque nous y pensons le moins.
C'est par cette raison que Job se précautionnait de telle sorte contre ce dangereux écueil, qu'il avait fait un pacte avec ses yeux, pour ne pas même penser à aucune femme. Le même Saint Grégoire, en expliquant ce passage, se fait une objection à laquelle il donne une réponse très solide : « Quelle sorte de pacte est cela, dit-il, de traiter avec ses yeux pour n'avoir aucune pensée ? Il semble que s'il y a quelque traité à faire pour éviter la pensée, c'est avec l'entendement et avec l'imagination qu'il le faut faire, et que si l'on veut faire un pacte avec ses yeux, C'est de les contraindre à ne fixer aucun objet. C'est avec raison néanmoins, répond ce Père, que Job dit, qu'il a fait un pacte avec ses yeux pour ne penser pas même à aucune femme : car il n'ignorait pas que c'est par les yeux que les mauvaises pensées entrent dans le cœur ; qu'en réprimant avec soin le mouvement de ses yeux et les avenues de ses sens, il pouvait répondre de conserver purs son cœur et son esprit. Si vous voulez donc, poursuit ce Saint Pape, n'être pas exposé à aucune mauvaise pensée, tenez vos yeux dans une grande modestie et une grande retenue, faites avec eux la convention, qu'ils ne porteront jamais leurs regards sur ce qu'il vous est défendu de désirer. »
Saint Éphrem dit que trois choses contribuent particulièrement à conserver la chasteté dans toute sa perfection ; la tempérance, le silence et la retenue des yeux. Quelque soin que vous ayez d'observer les deux premiers moyens, si vous négligez le troisième, votre chasteté sera en un très-grand péril.
Nous lisons que Saint Bernard s'étant un jour arrêté à regarder une femme, sans avoir aucune attention à ce qu'il faisait ; dès qu'il vint à s'apercevoir de sa distraction, il en fut si indigné contre lui-même, qu'il alla se plonger dans un étang glacé, et y demeura jusqu'à ce que son corps eût presque entièrement perdu sa chaleur naturelle.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Du Silence : Ses avantages et son utilité, Excellence de la chasteté, Prière à Saint Jean, disciple que Jésus aimait, Prière à Saint Louis de Gonzague pour obtenir la pureté d'esprit et de corps, Prière pour obtenir la pureté, Prière pour demander la pureté, et Prière à Sainte Maria Goretti.












dimanche 8 mars 2020

Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence


Extrait de "Traité de la vie spirituelle" de Saint Vincent Ferrier :



Afin que vous puissiez continuer à vivre ainsi dans l'abstinence et dans la sobriété, tenez-vous toujours dans la crainte, reconnaissez que c'est de Dieu seul que vous vient cette vertu, et demandez-lui la grâce de persévérer dans sa pratique. Si vous voulez vous y soutenir, et ne pas faire de chute, évitez de juger et de condamner les autres, arrêtez les mouvements d'indignation que vous pourriez avoir contre eux, si vous voyez qu'ils n'observent pas toutes les règles nécessaires dans leur manger. Ayez-en pitié, priez pour eux, excusez-les autant que vous le pourrez, vous ressouvenant que vous ne pouvez rien de plus que les autres, et que c'est Jésus-Christ qui vous a tendu la main par sa grâce, pour vous soutenir, non pas en considération de vos mérites, mais par sa seule miséricorde.
Vous demeurerez ferme, si vous vous occupez de ces pensées. Car il n'y a point d'autre cause pourquoi quantité de personnes qui avaient bien commencé, et fait de grands progrès dans l'abstinence et dans les autres vertus, sont tombés dans l'abattement du corps et dans la tiédeur de l'esprit, que la présomption et l'orgueil, qui leur donnant de la confiance en eux-mêmes, leur ont fait concevoir de l'indignation contre les autres, dont ils se sont établis juges et qu'ils ont condamnés intérieurement. C'est pourquoi le Seigneur ayant retiré d'eux le don de sa grâce, ils ont perdu leur première ferveur : ou passant dans l'extrémité contraire ; et dans l'indiscrétion, ils sont allés au-delà de leurs forces, ce qui les a rendus infirmes ; en sorte qu'étant tout appliqués à rétablir leur santé, ils ont passé en cela les bornes d'une juste modération, et sont devenus plus délicats et plus intempérants que ceux qu'ils avaient auparavant condamnés.
J'en ai connu plusieurs qui sont tombés dans ce malheur ; Dieu permettant, pour l'ordinaire, que ceux qui condamnent les autres avec témérité, tombent dans les mêmes défauts qu'ils ont repris, ou quelquefois même dans de plus grands. Servez donc le Seigneur avec crainte et tremblement ; et lorsque vous vous sentirez dans la joie, par le souvenir des bienfaits dont il vous a comblé, embrassez la discipline de la répréhension et de la correction de vous-même, de peur qu'il ne s'irrite enfin contre vous, et que vous ne périssiez en sortant de la droite voie. Si vous en usez de cette sorte, vous demeurerez ferme et stable ; car ce sont des moyens très-agréables au Seigneur tout-puissant, pour pouvoir résister à l'intempérance. Peu de personnes parviennent à ne point manquer en mangeant trop, ou trop peu ; et peu observent dans cette action toutes les circonstances nécessaires.


Observation : Cette règle est applicable à de nombreuses situations : un manque d'empathie envers le prochain, le mépris d'une simple requête qui ne va ni contre la foi ni contre les mœurs, le manque de charité, une incompréhension face à une décision prise par le prochain, qui là encore ne va ni contre la foi ni contre les mœurs, etc. Dieu vous fera comprendre par la pratique, en permettant que vous soyez mis dans les mêmes conditions, afin que vous vous corrigiez et ne jugiez plus. C'est de cette manière qu'un calomniateur et un médisant seront calomniés et médis à leur tour ; qu'une personne qui aura méprisé une demande, verra les siennes méprisées également ; qu'un homme qui, par dédain et égoïsme, pour son propre confort, refusera de soulager son prochain, alors que céder ne lui aurait coûté que peu, se verra lui aussi privé un jour de ce même soulagement ; qu'un résident par exemple, qui, garant son véhicule chaque jour en rentrant, a pris l'habitude de mordre sur la place du voisin, ne lui permettant plus de se garer, et qui continue de la sorte malgré la requête légitime de ce dernier, tombera un jour sur plus antipathique que lui, et devra à son tour supporter l'égoïsme d'un nouveau résident ; qu'une personne émettant des incompréhensions sur le choix d'un ami qui refuse une opération pour offrir sa blessure et sa souffrance à la sainte Vierge, recevra quelque temps après la même blessure, et, sortie de son aveuglement, fera le même choix que son ami. Cette petite justice de Dieu sur la terre est avant tout due à sa très grande miséricorde.


Reportez-vous à Qu'est-ce que la persévérance ?Prière pour la PersévéranceCe qu'il faut faire pour éviter les pièges et les tentations du démon, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Hymne du Carême, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur le Carême, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, L'institution du Carême et la manière dont les premiers chrétiens le passaient, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Prière pour demander la victoire sur ses passions, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la sincérité de la pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la pénitence du cœur, et Méditation sur l'obligation de mener une vie pénitente et mortifiée.













mardi 10 décembre 2019

Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin



Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :





Des Vertus



Qu'est-ce que la Vertu ?

C'est une habitude de l'âme qui porte la volonté au bien.


Combien y a-t-il de sortes de vertus ?

Il y en a de deux sortes : les Vertus Théologales, qui sont la Foi, l'Espérance et la Charité : les Vertus Morales, dont quatre, savoir, la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance, sont appelées Cardinales, comme étant les principales qui influent dans toutes les autres. Parmi les autres Vertus Morales, la Religion qui regarde le culte divin, tient le premier rang : viennent ensuite la Miséricorde, l'Humilité, la Douceur, la Patience, qui règlent la conduite de l'homme envers le prochain ; la Pauvreté, la Chasteté, l'Obéissance, etc. qui règlent la conduite de l'homme par rapport à lui-même.


À laquelle de ces vertus doit particulièrement s'appliquer une personne spirituelle ?

À la douceur, et cela pour trois raisons. 1. Parce qu'on ne saurait pratiquer cette vertu sans en pratiquer plusieurs autres. 2. Parce qu'elle est dans l'intérieur, comme un puissant ressort qui donne le mouvement à tout. 3. Parce que N. S. l'a proposée à ses Disciples, comme le but auquel ils doivent tendre : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.


Comment justifiez- vous ce que vous dites de la douceur ?

Par le caractère même de cette vertu, qui renferme la plupart des autres. Par exemple, l'humilité se trouve dans la douceur ; l'orgueil ne pouvant compatir avec les sentiments que cette vertu inspire, ni s'accommoder de son langage modeste, et de ses manières insinuantes. Aussi voyons-nous que ceux qui sont véritablement doux sont toujours disposés à céder en tout aux autres, et à leur faire plaisir. On peut dire en général, que la douceur est une vertu qui nourrit et qui fortifie toutes les autres.


En quoi s'exerce la Foi, et quels effets produit-elle ?

Elle nous fait adhérer fortement aux vérités révélées, et nous porte à y conformer nos mœurs. Elle nous fait vivre selon l'esprit, et nous empêche de nous laisser conduire par notre propre sens, et par notre expérience, qui écartent de la pure Foi, et qui ne manquent point d'égarer, quand on les prend pour guides, et qu'on n'a pas soin de rectifier ce que l'on sent, sur ce que l'on croit.


En quoi consiste le parfait exercice de l’Espérance ?

Dans une confiance sans réserve, qui va jusqu'à l'abandon, et qui se repose uniquement sur les soins de la Providence.


Quand est-ce que la Charité est parfaite ?

Lorsqu'on se conforme en tout à la volonté de Dieu, qu'on se sert de tout pour croître en son amour, et qu'on a un soin particulier de s'avancer dans son service, et de procurer sa gloire.


Qu'est-ce que pratiquer la pauvreté Religieuse ?

Se dépouiller volontairement de tous les biens de la terre, user avec modération des choses nécessaires ; fuir l'abondance, et se réjouir quand on manque de tout.


À quoi porte la Chasteté ?

À s'éloigner de tout plaisir sensuel, à se défendre des attraits du plaisir, à garder exactement ses sens, à fuir les occasions où cette vertu pourrait souffrir la moindre atteinte, et à se priver de toute délicatesse qui flatte le corps.


Quelle est la perfection de l'obéissance Religieuse ?

Elle consiste à exécuter promptement les ordres des Supérieurs, en les regardant comme les Lieutenants de Dieu ; à obéir volontiers, et avec une espèce de joie spirituelle ; à soumettre son jugement à celui du Supérieur, avec une déférence aveugle.


En quoi consiste la simplicité Religieuse ?

À n'avoir qu'une simple vue, qui tend toujours au bien, sans envisager jamais le mal. Elle consiste aussi dans un procédé sans déguisement, et accompagné d'une candeur, qui parte d'un cœur droit et sincère.


Quelles sont les vertus et les saintes habitudes qu'on peut appeler les conservatrices de toutes les autres ?

Il y en a particulièrement trois ; l'Humilité, l'Oraison et l'Abstinence. On peut dire que l'Oraison les arrose ; que l'humilité les met à couvert, et que l'abstinence les défend et les conserve, en desséchant la racine des vices qui pourraient les détruire.


Quels devoirs prescrit la vertu de Religion ?

Elle en prescrit cinq, et ce sont les principaux qui regardent le culte divin ; savoir, les Actes d'Adoration, d'Actions de grâces, d'Oblation ; ce qui comprend le sacrifice de Protestation et de Demande.
Nous parlerons de l'Humilité et de la Miséricorde envers le prochain, dans le Chapitre 4. de la quatrième Partie.


Quelles sont les fonctions de la Prudence ?

C'est de nous marquer la conduite que nous devons garder envers nous-mêmes et envers les autres. Envers nous-mêmes, en nous faisant tenir le juste milieu entre le trop et le trop peu ; de sorte que nous ne nous flattions point par délicatesse, et que nous ne nous accablions point par indiscrétion. Envers les autres, en nous apprenant à discerner les esprits, à conseiller et à diriger chacun selon ses besoins ; ce qui est du devoir des Supérieurs et des Directeurs des âmes.


Quels sont les devoirs de la Justice ?

Elle en a deux principaux, qui sont, de rendre à chacun ce qui lui appartient, et d'employer les corrections et les châtiments d'une manière chrétienne, sans perdre de vue la Charité, et en se proposant le véritable bien de ceux que l'on corrige ; en quoi il faut observer trois choses. 1. De punir sans passion. 2. De ne point punir sur-le-champ celui qu'on surprend en faute, mais d'attendre qu'il ait eu le temps de se reconnaître et de revenir à soi. 3. De faire en sorte que la douceur assaisonne la correction, et que celui qu'on punit, puisse comprendre qu'on ne cherche que son amendement et sa perfection.


En quoi se montre la force ?

Dans la souffrance et dans les travaux qu'elle fait supporter avec constance : dans la manière d'agir qu'elle rend généreuse, et capable de surmonter les plus grands obstacles.


En quoi faut-il pratiquer la Tempérance ?

Particulièrement en trois choses. 1. Ne pas se rassasier durant le repas, sortant de table sans avoir accordé, à son appétit tout ce qu'on pourrait, même sans excès, 2. Se retrancher quelque chose de chaque mets, pour réprimer l'avidité de manger. 3. Ne prendre aucune nourriture entre les repas, si ce n'est pour cause d'infirmité, ou de travail extraordinaire. Tout cela est important pour les personnes qui veulent devenir spirituelles.


Quelles qualités doivent avoir les vertus pour être véritables ?

Il faut qu'elles soient chrétiennes, qu'elles soient intérieures, et pour ainsi dire, profondes ; qu'elles soient solides.


Qu'entendez-vous par vertus chrétiennes ?

J'entends celles qu'on pratique par des motifs de Foi, et en vue de Dieu, et non par des motifs humains, à la manière des Philosophes.


Qu'est-ce à dire intérieures et profondes ?

C'est qu'elles ne soient pas superficielles, qu'elles partent de l'intérieur, qu'elles tiennent au fond de l'âme, et qu'on n'imite pas la conduite de ces personnes, qui ne réforment pas leur intérieur, et qui se contentent de quelques pratiques extérieures, sans aller jamais à la racine des vices, par une véritable abnégation.


Qu'est-ce à dire solides ?

C'est-à-dire, qu'elles aient été éprouvées, sans quoi on n'y peut pas beaucoup compter. Nous avons parlé de ces épreuves et de cette solidité des vertus dans le Chapitre 6. de la première Partie.



Reportez-vous à Excellence et nécessité de l'Humilité, Idée de la vraie VertuDe l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Habits, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDe la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph SurinL'obéissance est la fille et l'inséparable compagne de l'humilitéMéditation sur la connaissance des vertus et des vices, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûneCatéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (1), Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (2), De la vie intérieure, et de la familiarité avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur l'obligation de mener une vie pénitente et mortifiée, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Passion de Jésus-Christ, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Pensées de M. Vianney sur les joies de la vie intérieure, Saint Joseph, patron et modèle des âmes intérieures, De la vie illuminative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Dévotion au Sacré-cœur de Jésus : Don de l'Esprit et Vie intérieure, La dévotion au Cœur sacré de Jésus : Réparation, immolation, pénitence, confiance et pur amour, Jésus crucifié est le Livre des Élus, De la réformation de la mémoire, par Le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Simple et courte méthode d'oraison mentale, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Combien sont mal fondées les plaintes de ceux qui se disent incapables de méditer, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, Les voies du salut, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour admirable du Père Surin pour les souffrances, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'imagination de l'homme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'entendement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la colère, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie Purgative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, De la sècheresse dans l'oraison, Du devoir des Veuves, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, Clerc Régulier Théatin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?, Le souvenir de nos péchés est un moyen propre pour nous aider à supporter avec résignation, toutes les afflictions que Dieu nous envoie, Avis pour la lecture spirituelle, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), et Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4).
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