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lundi 11 octobre 2021

Qu'il faut se conduire différemment, selon la différence des Tentations dont on est attaqué


David et Nathan

Il faut en différentes tentations, dit Saint Jean Climaque, tenir une différente conduite pour y résister. Il y a des vices qui sont par eux-mêmes fâcheux et désagréables, tels sont la colère, l'envie, la haine, le désir de se venger, l'impatience, l'indignation, le chagrin, l'amertume de cœur ; l'opiniâtreté, l'esprit de contention et autres semblables. Il y a des tentations, au contraire, qui flattent naturellement, et qui donnent une certaine satisfaction : telles sont les tentations qui regardent l'impureté, ou les plaisirs des sens : et parce que plus nous nous arrêtons à celles-là et plus elles nous attirent à elles : nous devons par cette raison même, ajoute le même Saint, ne les combattre qu'en fuyant, c'est-à-dire, en nous éloignant promptement des occasions qui pourraient nous abattre, et en détournant notre esprit et nos yeux de tout ce qui peut nous y rappeler. Mais à l'égard des premiers vices, il faut nécessairement nous attacher à y réfléchir, à les bien reconnaître et à les combattre, si nous voulons les vaincre : il faut en examiner la nature et la laideur : et cela se peut faire sans danger, parce qu'ils n'ont rien de contagieux : quoiqu'à l'égard de la colère et de la vengeance, il soit bon aussi, ajoute encore Saint Jean Climaque, de détourner la pensée de toutes les circonstances qui peuvent nous y exciter. En général, voici les règles que l'on doit suivre dans toutes sortes de tentations. La première que prescrivent les Maîtres de la morale chrétienne, c'est de les découvrir de bonne heure au Médecin spirituel : c'est le remède le plus efficace pour ces sortes de maladies. Un autre avertissement très-important pour le temps de la tentation, c'est qu'il faut bien prendre garde de se relâcher alors dans ses exercices spirituels, de les quitter, ou d'en retrancher la moindre partie : car quand la tentation ne nous ferait point d'autre mal que de nous porter à nous relâcher, le démon croirait avoir déjà beaucoup gagné, et s'estimerait bien content.
On doit encore, dans le temps de la tentation, se donner entièrement de garde de rien changer à sa conduite spirituelle, et de former aucune nouvelle résolution : le temps n'est pas propre. On ne peut distinguer aucun objet plongé dans l'eau, tant qu'elle est trouble ; laissez-la se reposer et s'éclaircir, et alors vous verrez les ordures qui se déposent au fond. L'agitation et le trouble que cause la tentation, ne vous permettent pas de voir, ni de reconnaître ce qui serait le plus expédient à pratiquer dans cette circonstance : Les maux m'ont environné, s'écrie David, et je n'ai pu rien voir. Ce n'est donc pas là le temps de délibérer, ni de prendre de nouvelles mesures pour se défendre : laissez passer l'orage de la tentation : et quand votre esprit sera dans une assiette plus tranquille, alors vous pourrez mieux connaître ce que vous aurez à faire de plus avantageux pour vous défendre.
Il faut au surplus, dans ces temps de tentation, être extrêmement soigneux de recourir aux remèdes que nous avons déjà marqués, et ne pas demeurer dans l'inaction.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Gémissements en la présence de Dieu et de ses Anges d'une âme éprouvée par les tentations, Prière pour demander à Dieu la victoire des tentations, Comment il faut se comporter dans les Tentations contre la foi et Contre la Pureté, Des Tentations qui se présentent à nous sous l'apparence du bien, Autres remèdes contre les Tentations, La prière est encore un puissant remède contre la Tentation : Prières courtes et ferventes dont on se peut servir dans le temps des Tentations, La défiance de soi-même et la confiance en Dieu, sont des moyens salutaires pour vaincre les Tentations, Ce qui peut surtout nous rassurer dans les Tentations, c'est que Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, Remède contre les Tentations ; premièrement, il ne faut pas se décourager quand elles nous arrivent, Que les tentations sont une leçon salutaire, et pour nous et pour les autres, Les tentations servent à nous mieux faire connaître notre faiblesse, et à nous faire sentir le besoin de recourir à Dieu, Pourquoi Dieu permet que l'on soit tenté ; Avantages réels qui résultent de ces tentations, Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après leur retour à Dieu, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Des tentations, Conduite à tenir à l'égard des tentationsDes tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis le plus utile de tous : Priez !, Aspiration dans les tentations, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, et Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.













jeudi 17 juin 2021

Comment faire son examen particulier sur la vertu de l'Humilité




L'examen particulier comme nous l'avons déjà remarqué doit avoir un seul objet : l'examen fait de cette sorte est plus efficace que si, dans cet exercice, on embrassait plusieurs objets à la fois ; et c'est précisément parce qu'on ne s'y attache qu'à un seul, qu'on l'appelle examen particulier. Cette pratique est d'une très-grande importance ; et même pour y réussir plus facilement, il faut séparer en plusieurs membres le vice ou la vertu que l'on choisit pour sujet de cet examen. Voyez donc en quoi principalement vous avez coutume de manquer d'humilité, ou de vous laisser dominer par l'orgueil : c'est par-là que vous devez commencer à vous réformer ; ensuite, quand vous serez venu à bout de surmonter un obstacle, attachez-vous à en écarter un autre, puis un autre ; par cette méthode, vous arracherez peu à peu l'orgueil de votre cœur, et vous parviendrez à acquérir l'humilité. Mais afin que l'on puisse s'examiner plus utilement sur une vertu si nécessaire, nous parcourrons ici en détail les divers points que chacun peut prendre pour sujet de son examen particulier.
Proposons-nous, en premier lieu, de ne rien dire qui puisse tourner à notre avantage.
Prenons pour second sujet de notre examen, ainsi que Saint Basile, Saint Jérôme, Saint Augustin et Saint Bernard nous le recommandent, de n'aimer en aucune manière à nous entendre louer et à entendre dire du bien de nous ; car il est dangereux d'y prendre plaisir. Saint Jean Climaque dit, que quand on nous loue, nous devons nous rappeler le souvenir de nos Péchés ; qu'alors nous nous trouverons bien indignes des louanges qu'on nous donne, et qu'elles ne serviront qu'à nous faire entrer dans de plus grands sentiments de confusion et d'humilité.
Nous pouvons prendre pour troisième point de notre examen particulier, de ne rien faire pour être remarqués ni estimés des hommes : c'est de quoi Jésus-Christ nous avertit dans l'Évangile, quand il dit : « Prenez garde de ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes pour en être vus ; autrement, vous n'en aurez nulle récompense de votre Père qui est dans les Cieux. »
Cet examen est très utile, et on pourra le diviser en plusieurs parties. On peut se proposer d'abord de ne rien faire par respect humain ; ensuite d'agir avec une grande pureté d'intention ; de plus, de faire ses actions avec toute la perfection dont nous sommes capables, comme les faisant en effet sous les yeux de Dieu et en sa présence, et comme les faisant pour le service de Dieu, et non pour celui des hommes ; enfin, de les faire de telle sorte, qu'il semble, comme nous avons déjà dit ailleurs, en parlant de la pureté d'intention, que toutes nos actions ne soient qu'une suite et un effet d'un mouvement de l'amour de Dieu, dont nous devons être épris.
Le quatrième sujet de notre examen sera de ne point chercher à nous excuser, lorsqu'on nous reprochera quelque faute : car il n'y a que l'orgueil qui nous porte alors à nous justifier et à nous défendre.
En cinquième lieu, c'est encore une sorte d'examen très-utile, que de nous attacher à ne pas entretenir librement notre imagination dans des pensées d'orgueil où elle s'égare souvent.
Le sixième sujet de cet examen particulier, pourra être de placer tous les autres hommes au-dessus de soi.
On peut pour septième point de cet examen particulier, se proposer de supporter avec douceur et avec patience toutes les occasions d'humiliation qui pourront se présenter.
Nous pouvons, en dernier lieu, employer notre examen particulier à faire des actes d'humilité, soit intérieurs, soit extérieurs ; nous accoutumer à en produire plusieurs dans la matinée, et plusieurs autres dans le reste de la journée ; commencer d'abord par produire quelques-uns de ces actes, et en augmenter ensuite chaque jour le nombre, jusqu'à ce que nous ayons acquis une grande facilité à pratiquer cette vertu, et que nous en ayons absolument contracté l'habitude. Ce que je dis de la vertu d'humilité, peut s'appliquer aisément à toutes les autres ; et de cette sorte, l'adresse que nous aurons eu de diviser nos ennemis et de les combattre séparément, et l'un après l'autre, nous fera remporter une victoire et plus prompte et plus complète.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Du troisième degré de l'Humilité : En quoi il consiste, Comment dans l'oraison nous pouvons nous exercer à la pratique du second degré d'Humilité, Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes, Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.















mercredi 12 mai 2021

Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste



Le second degré de l'humilité consiste à être bien aise d'être méprisé. Aimez à n'être pas connu, dit Saint Bonaventure ; et à être méprisé. Si nous étions bien solidement établis dans le premier degré de l'humilité, nous aurions peu de chemin à faire pour arriver au second. Saint Grégoire, sur ces paroles de Job : J'ai péché, et j’ai failli véritablement : et je n'ai pas encore reçu le châtiment que je méritais, remarque que plusieurs en disent autant de bouche, et parlent d'eux-mêmes avec mépris ; mais que quand on leur répète les mêmes discours qu'on leur a entendu dire, ou même de beaucoup moindres, ils ne le peuvent souffrir. C'est que quand ils disent du mal d'eux-mêmes, ils ne parlent pas selon l'esprit de vérité et selon les sentiments de leur cœur, comme faisait Job, et que l'humilité n'est qu'extérieure en eux. Ils veulent bien laisser croire qu'ils possèdent cette vertu, mais au fond ils en sont privés, ils veulent seulement paraître humbles, sans se soucier de l'être en effet ; car s'ils étaient humbles en effet, ils ne feraient pas voir tant de sensibilité a l'occasion des réprimandes qu'on leur fait : ils ne prendraient pas tant de soin de se justifier et de se défendre, et ne montreraient pas tant d'agitation et tant de trouble en se justifiant de ce reproche.
« Malheureux que nous sommes, dit Saint Grégoire, l'estime du monde est pour l'ordinaire tout ce que nous prétendons par notre hypocrisie et nos déguisements : ce qui paraît humilité en nous, est quelquefois un grand orgueil ; et souvent nous ne nous abaissons devant les hommes, qu'afin qu'ils nous louent, et qu'ils nous estiment. »
Et si cela n'était pas, pourquoi diriez-vous de vous-même, ce que vous ne voulez pas qu'on en croie ? Si vous le dites du fond du cœur, et en rendant témoignage à la vérité, vous devez être bien aise qu'on vous croie ; que si vous y êtes sensible, c'est une marque qu'en vous humiliant vous n'avez point d'autre vue que d'acquérir l'estime des hommes. C'est ce que nous apprend le Sage, quand il dit qu'il y a des gens qui feignent de s'humilier, et dont l'intérieur est plein de déguisement et d'orgueil.
Enfin notre vanité est si grande, et le désir que nous avons d'être estimés est si violent, que nous trouvons mille détours pour satisfaire notre orgueil ; et soit directement, soit indirectement, nous tâchons toujours de rapporter tout à notre propre gloire. « Les superbes, dit encore Saint Grégoire, lorsqu'ils pensent avoir réussi en quelque occasion qui peut leur procurer de la gloire, ont coutume de prier qu'on leur marque en quoi ils ont manqué, et cela dans la vue de se faire dire qu'ils ont très bien fait. Il semble que ce soit l'humilité qui les porte à demander qu'on leur fasse connaître leurs fautes ; mais ce n'est point l'humilité qui les fait agir ainsi, c'est l'orgueil : car ils n'ont en cela d'autre vue que de s'attirer des louanges. Il y en a d'autres qui sont les premiers à blâmer ce qu'ils ont fait, et à témoigner qu'il n'en sont pas contents : mais c'est afin d'arracher l'approbation des hommes, et de jouir du plaisir de s'entendre dire qu'il ne se pouvait rien faire de mieux, et qu'ils ont tort de n'être pas satisfait de leur conduite. C'est aussi par le même esprit que nous avouons quelquefois ingénument les fautes que nous ne pouvons pas cacher : afin que ce que nous pourrions avoir perdu dans l'opinion du monde en les commettant, nous le recouvrions en les avouant. D'autres fois nous exagérons nos fautes, et nous les portons au-delà de leurs justes bornes : afin que le monde voyant qu'il est impossible qu'elles soient telles que nous le disons, s'imaginent que nous nous accusons de ce que nous n'avons point fait, et regarde cet aveu comme un effet de notre humilité. Ainsi, en disant avec exagération ce qui n'est pas, nous tâchons de cacher adroitement ce qui est. En un mot, il n'y a point de ruses et d'inventions que nous ne mettions en usage pour déguiser notre orgueil, et pour le cacher sous le manteau de l'humilité. »
« Ce n'est pas être humble, dit saint Jean Climaque, que de se mépriser soi-même, et de dire du mal de soi ; car qui est celui qui ne souffre pas tout de lui-même avec patience ? Mais c'est être véritablement humble, que de recevoir avec joie les mépris et les mauvais traitements des autres. » Il est bon de parler toujours de soi-même avec peu d'estime, et d'avouer que l'on est orgueilleux, paresseux, impatient, négligent et inconsidéré : mais il vaudrait encore mieux réserver cet aveu pour les occasions où l'on aurait sujet de vous faire les mêmes reproches. Que si vous désirez sincèrement que les hommes aient de vous cette opinion, alors si vous faites connaître votre satisfaction, lorsqu'on vous les représente toutes les fois qu'il y a lieu de le faire, vous serez réputé être véritablement humble.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.














jeudi 29 avril 2021

Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même


Saint Jérôme

Saint Laurent Justinien, dit que personne ne sait mieux ce que c'est que l'humilité, que celui qui a reçu ce don de Dieu ; que cette vertu est par elle-même très-difficile à connaître, et qu'il n'y a rien en quoi l'homme se trompe davantage, que dans la connaissance de la véritable humilité et dans le jugement qu'il en porte. Vous pensez, dit Saint Jean Climaque, qu'elle consiste à dire que vous êtes un pécheur et un composé de misères et de faiblesses ; si elle se bornait à cela, il n'y aurait rien au monde de plus aisé à pratiquer : nous serions tous humbles ; car nous tenons tous le même langage ; et plût à Dieu que notre cœur fût en cela d'accord avec nos lèvres ! Vous pensez encore qu'elle consiste à porter un habit vil et grossier, et à s'employer aux ministères les plus vils et les plus rebutants ; vous vous trompez également ; car il peut y avoir, et il y a souvent beaucoup d'orgueil caché sous ces dehors simples et modestes : il se peut faire encore que par cet extérieur on prétende se distinguer, et passer pour plus homme de bien et plus humble que les autres : il se peut faire enfin, que cet extérieur ne soit que raffinement d'orgueil. Plusieurs, dit Saint Jérôme, s'arrêtent à l'ombre et à l'apparence de l'humilité ; mais peu en ont la réalité. Il est aisé de marcher la tête penchée et les yeux baissés, de prendre un ton de voix humble, de soupirer de temps en temps, et de s'accuser à chaque instant d'être un pécheur : mais dites à ces prétendus humbles quelque chose qui puisse tant soit peu les piquer, et vous verrez bientôt combien ils sont éloignés de la véritable humilité. Laissons donc là tout ce déguisement de paroles et cet extérieur affecté : c'est la patience qui peut faire connaître si l'on est véritablement humble ; c'est elle qui est la pierre de touche de l'humilité.
Saint Bernard explique plus particulièrement en quoi consiste cette vertu, et il la définit ainsi : « L'humilité, dit.il, est une vertu qui rend l'homme vil et méprisable à ses propres yeux, par une intime connaissance de soi-même. L'humilité ne consiste donc point dans les paroles, ni dans les dehors ; elle consiste dans les sentiments du cœur ; elle consiste à avoir une basse opinion de soi-même, fondée sur la profonde connaissance qu'on a de son néant ; elle consiste à désirer d'être méprisé des autres. »
« Le premier degré de l'humilité, dit Saint Bonaventure, est d'avoir une basse opinion de soi-même ; et l'unique moyen de l'acquérir est de se connaître. » Il est donc besoin qu'avant toutes choses, vous cherchiez à vous connaître à fond. Après cela, estimez-vous pour ce que vous êtes, on vous le permet : vous serez bientôt humble dès que vous serez parvenu à vous connaître ; car vous verrez clairement que vous êtes peu de chose. Saint Isidore, dans son livre des Étymologies, dit que le mot de superbe, en Latin, vient de ce que celui qu'on appelle ainsi, veut être estimé au-dessus de ce qu'il est en effet. Aussi, une des raisons que quelques-uns donnent de l'amour que Dieu a pour l'humilité, c'est qu'il aime la vérité sur toutes choses : or l'humilité est la vérité même ; au lieu que l'orgueil et la présomption ne sont que mensonge et que tromperie. Vous n'êtes pas en effet ce que vous pensez être, ni ce que vous voulez que les autres pensent de vous: si vous voulez marcher dans la vérité et dans l'humilité, regardez-vous tel que vous êtes ; ce n'est certainement pas vous demander beaucoup.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilitéPrincipales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.













lundi 22 mars 2021

Quelque progrès que l'on ait fait dans la vertu, Il ne faut jamais s'arrêter dans la pratique de la mortification


On lit dans Saint Bernard que dans l'exercice de la mortification, il faut avoir toujours la serpe à la main, parce qu'il n'y a personne, quelque mortifié qu'il puisse être, qui n'ait toujours besoin de couper et de retrancher quelque chose : « Croyez-moi, dit cet admirable Écrivain, ce qui a été coupé, repousse ; ce qui a été chassé, revient ; ce qui a été éteint, se rallume ; et enfin ce qui paraissait assoupi, revient tout à coup à se réveiller. Il ne suffit donc pas, poursuit ce saint Abbé, d'avoir coupé une fois, il faut revenir souvent à la charge, et ne jamais cesser, s'il se peut, de continuer les mêmes opérations ; car si vous ne voulez point vous tromper vous trouverez toujours de quoi couper, et de quoi retrancher en vous. Quelque progrès que vous ayez pu faire dans la vertu, vous vous trompez si vous croyez avoir entièrement étouffé les vices en vous ; vous ne les avez qu'assujettis : Quelques efforts que vous opposiez, Le Jébuséen demeurera toujours avec vous ; c'est un ennemi que vous pouvez vaincre, mais que vous ne pourrez jamais exterminer. » Je sais, dit Saint Paul, qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire, dans ma chair. Le même saint Docteur expliquant ces paroles, fait cette judicieuse réflexion. L'Apôtre, dit-il, n'en aurait pas assez dit, s'il n'avait ajouté aussitôt après, que le péché faisait sa demeure en lui : « Car, reprend Saint Paul, je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas ; ce n'est donc plus moi qui le fais, mais c'est le péché qui habite en moi. » Il faut après un pareil aveu, poursuit Saint Bernard, ou que vous osiez vous préférer à l'Apôtre, ou que vous reconnaissiez avec lui que vous n'êtes pas exempt de vices. »
Comme les meilleures terres deviennent stériles et ingrates, si on néglige de les cultiver, et que d'elles-mêmes elles ne produisent que des chardons et des épines ; de même aussi quelque parfait que soit un Chrétien, si cette perfection n'est cultivée en lui par l'exercice continuel de la mortification et de la pénitence, son cœur ne sera bientôt plus qu'un champ aride et infructueux pour le Ciel, plein de ronces et d'épines, c'est-à-dire, rempli de mauvaises pensées, et d'une vaine et dangereuse confiance de lui-même. Il n'est donc personne qui n'ait besoin d'user de mortification ; ceux qui ont des inclinations corrompues, comme ceux qui n'en ont que de bonnes ; ceux qui sont encore imparfaits, et qui ne font que de commencer, comme ceux qui sont les plus avancés dans les voies de la perfection, enfin ceux qui ont péché, comme ceux qui ont conservé leur innocence ; tous généralement ont besoin de se mortifier ; les uns pour acquérir les vertus qui leur manquent, les autres pour conserver celles qu'ils ont acquises.
Si quelqu'un veut me suivre, dit le Sauveur du monde, qu'il renonce à soi-même, et qu'il porte tous les jours sa croix. C'est-à-dire, que nous ne devons passer aucun jour sans mortifier notre volonté en quelque chose. Que si vous y manquez, dit Saint Jean Climaque, croyez que c'est une grande perte pour vous ; et comptez que c'est un jour perdu.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à De plusieurs moyens qui nous faciliteront la pratique de la mortification, Avis importants sur la pratique de la Mortification, Qu'il faut se mortifier surtout dans le vice, ou dans la passion dominante, sans toutefois négliger les petites mortifications, Exercices de Mortification, Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas, Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifier, De deux sortes de Mortifications, Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.













mercredi 24 février 2021

Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain



Nous devons premièrement nous abstenir de dire aucunes paroles piquantes, telles que sont toutes celles qui taxent à mots couverts le prochain, soit en ce qui regarde sa personne, soit la qualité de son esprit ou ses défauts ; car elles sont absolument contraires à la charité. On lâche quelquefois certaines expressions fines et spirituelles pour s'égayer ; mais ces paroles sont encore plus préjudiciables que les autres ; parce que plus elles ont été dites avec grâce et avec sel, plus elles s'impriment et se conservent dans la mémoire de ceux qui les ont entendues : et ce qu'il y a encore de plus fâcheux, c'est que souvent celui qui les a dites, s'applaudit, et semble très satisfait de lui-même, s'imaginant qu'il a heureusement rencontré, et qu'il a fait voir de l'esprit. Cependant il se trompe ; car, au lieu de faire remarquer la beauté de son esprit, on ne voit seulement en lui qu'une inclination perverse ; puisque l'esprit que Dieu ne lui a donné que pour en faire un bon usage, et pour le servir, il l'emploie à dire de bons mots qui blessent et qui scandalisent le prochain, qui troublent la paix et la charité. Est-il rien de plus opposé à l'esprit du christianisme ? Il faut donc être très-attentif à ne rien dire, à ne rien faire, et surtout à ne rien rapporter de tout ce qui porte un caractère de malignité, comme d'inventer des ressemblances ridicules, de donner des sobriquets, de contrefaire quelqu'un, ou enfin de le noter de quelqu'autre manière que ce soit ; tout cela doit être tellement supprimé, qu'il ne faut pas même que, soit en riant, soit autrement, on prenne jamais de semblables libertés, et qu'on se permette de telles légèretés. Que chacun en juge par soi-même : Seriez-vous bien aise, par exemple, qu'un autre fît de vous quelque application ridicule et quelque portrait bizarre, qui apprêtât à rire à vos dépens ? Or, comme il est probable que vous n'y prendriez aucun plaisir, ne faites donc pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on fît à vous-même ; car c'est là la véritable règle de la charité.
Il faut aussi éviter soigneusement d'enter en contestation avec qui que ce soi ; parce que c'est une chose également contraire à l'union et à la charité. Saint Paul nous en avertit, lorsqu'écrivant à Timothée, il lui dit (2 Tim. 2, 14) : Ne contestez point de paroles, car cela ne sert qu'à scandaliser ceux qui écoutent. Et un peu après (Ibid. 24) : Il ne faut point qu'un serviteur de Dieu s’amuse à contester ; mais il faut qu'il soit doux envers tout le monde, et qu'il ait de la docilité et de la patience. Tous les saints nous donnent la même leçon et le même avertissement. Saint Bonaventure (Bon. in spec. discip. c. 3) dit que rien n'est plus indigne de la qualité de serviteurs de Dieu, que de contester les uns contre les autres, comme des femmes du commun ; et saint Jean Climaque assure encore que l'opiniâtreté que l'on fait paraître dans les choses mêmes où l'on a raison ne peut venir que du démon ; la raison qu'il en donne, est que ce qui porte ordinairement un homme à soutenir son sentiment avec chaleur, c'est l'envie qu'il a d'être estimé ; de là vient que pour paraître plus habile qu'un autre, il tâche de le convaincre, ou s'il ne peut pas sortir victorieux de la dispute, il essaie au moins de faire voir qu'il n'y a point eu de désavantage : c'est donc toujours le démon de l'orgueil, qui est la cause de cette opiniâtreté.
Au reste, s'il arrive que quelqu'un vous contredise, n'insistez pas, et ne vous mettez pas non plus dans l'esprit de l'emporter sur lui ; marquez seulement une ou deux fois avec douceur quel est votre sentiment, après quoi laissez-lui croire ce qui lui plaira, et imposez-vous silence, comme si vous n'aviez plus rien à lui opposer : évitez surtout de vous conduire comme quelques-uns qui, par un murmure secret et sourd, et par quelques gestes qui leur échappent en cédant, cherchent à faire connaître qu'ils ne cèdent que par complaisance, mais que les autres ont tort.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à Que tous nos discours et nos entretiens doivent être de Dieu ; et de quelques moyens qui peuvent y contribuer, Prière à Saint Jean, disciple que Jésus aimait, De l'amour du prochain, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, La parfaite charité n'attend pas qu'on la recherche, De la Charité à l'égard du prochain : Du mérite et de l'excellence de cette vertu, Prière pour demander la patience, Prière pour demander l'humilité, Prière pour les Ennemis et Prière pour demander la charité.














lundi 20 janvier 2020

Du renouvellement de l'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME II, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :


Portrait de Saint Ignace de Loyola


Du renouvellement de l'esprit



Qu'est-ce que se renouveler en esprit ?

C'est passer du relâchement à la ferveur.


Qui sont ceux qui ont besoin de ce renouvellement ?

Ce sont ceux qui après avoir reçu beaucoup de grâces de la part de Dieu, se laissant aller à leur faiblesse, ou ne se défiant pas assez du danger des occasions et des occupations extérieures, viennent à se détourner de leurs premières voies, et sentent le besoin qu'ils ont de reprendre leurs premières idées de sainteté, leur ancienne ferveur, et leurs pratiques de vertu. C'est par exemple, une personne qui ayant vécu plusieurs années en Religion, et passé par différents emplois ; s'aperçoit en rentrant en elle-même, qu'elle ne suit plus les premières impressions que Dieu lui donna lorsqu'elle se consacra à son service, et que malgré les efforts qu'elle a faits pour se conformer à la perfection de son état, elle a beaucoup déchu, et qu'elle a mené une vie naturelle plutôt qu'une vie de grâce ; il est évident que cette personne a besoin de se renouveler en esprit.


Quelle est la pratique de ce renouvellement ?

Il faut voir parmi les points de perfection ceux qui sont les plus importants, qui renferment tous les autres, et qui contribuent le plus à l'avancement spirituel; en choisir trois ou quatre, et se bien convaincre du besoin qu'on a de les mettre en pratique pour se rétablir dans la ferveur, et pour devenir un homme parfait qui soit selon le cœur de Dieu. Lorsqu'il est question de prendre des moyens pour s'enrichir, on choisit les plus efficaces ; on entre dans les partis les plus avantageux, dans les commerces les plus lucratifs et les plus capables de satisfaire la cupidité. C'est ainsi que doit faire un homme qui veut se renouveler et se remettre au train de la perfection, il doit commencer par ce qu'il y a non seulement de plus solide, mais encore de plus avantageux et de plus excellent, et qui étant une fois conçu, goûté et bien pénétré, soit capable de ranimer sa ferveur, de le rapprocher de Dieu, et de le rendre bientôt parfait. Sur ce principe, une personne qui veut revenir à son premier état après s'être relâchée, ne peut rien faire de mieux que de renouveler en soi l'idée, l'estime et le goût de ces trois points importons dont je vais parler, et d'acquérir, en les mettant en pratique, la perfection qu'ils renferment.


Quel est le premier ?

Il est contenu dans ces paroles de Notre-Seigneur : Si vous ne devenez comme des enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux. Après avoir bien compris le sens de cette maxime, il faut y confronter notre conduite, et voir si nous sommes en effet soumis comme des enfants à l'autorité de ceux qui nous gouvernent ; si nous leur laissons une pleine liberté de disposer de nous-mêmes comme il leur plaît, de nous corriger, de nous éprouver, et de nous donner des avis sur ce qui nous regarde, sans que nous le trouvions mauvais, et que nous manquions jamais de docilité, de douceur, de soumission et d'obéissance ; si nous abandonnons généreusement tous nos intérêts quand on nous choque, sans être délicats sur le point d'honneur, et sans exiger la réparation des injures ; enfin, s'il est aisé de nous ramener de la colère à la douceur et à la clémence, comme nous voyons que les enfants se laissent aisément apaiser. Saint Jean Climaque raconte sur ce sujet, qu'étant entré dans un monastère d'Égypte, où la régularité était en vigueur, il vit des Religieux qui avaient blanchi sous le joug du Seigneur, et qui étaient aussi souples et aussi dociles que le premier jour de leur entrée en Religion. L'Abbé les faisait venir en sa présence, il les mettait à diverses épreuves, et ces hommes vénérables se laissaient gouverner et manier avec une simplicité d'enfant. Comme ce point est d'une grande conséquence, et qu'il attire après soi la pratique de plusieurs grandes vertus, il est aisé de voir qu'on ne saurait entrer dans cette disposition sans se renouveler parfaitement.


Quel est le second point qui peut beaucoup contribuer au renouvellement de l'esprit ?

C'est de s'accoutumer à se conduire par des principes surnaturels et divins, prenant garde en toutes ses actions que le motif de la grâce l'emporte sur le motif de la nature ; par exemple, un Religieux qu'on destine à quelque emploi, ne doit point obéir, parce que l'ordre de son Supérieur est conforme à son inclination, et qu'il trouve sa commodité, son repos et son agrément dans l'emploi qu'on lui confie ; il ne doit avoir en vue que la volonté de Dieu auquel il veut plaire. Et si ce qu'on lui ordonne est pénible et désagréable, il doit l'embrasser avec joie comme une croix que Dieu lui impose. C'est ce qui s'appelle agir par des principes de grâce ; et qui entreprendrait ce saint exercice avec courage, reprendrait aisément l'esprit de ferveur, et rallumerait bientôt dans son cœur le feu de l'amour de Dieu.


Quel est le troisième point par lequel il faut commencer le renouvellement en esprit ?

C'est celui que saint Ignace recommande tant à ceux de sa Compagnie, et qu'il leur propose comme un degré précieux dans la vie spirituelle, c'est-à-dire, comme un point de perfection qui renferme de grandes richesses. Il consiste à estimer singulièrement, et à regarder comme un grand, trésor, tout ce qui nous expose à être moqués et méprisés des autres, et à passer dans leur esprit pour de méchants hommes ou pour des insensés. Que celui donc qui veut se renouveler en esprit, rentre en soi-même, et qu'il examine comment il est disposé à l'égard de cet excellent degré de perfection, et s'il ne le regarde point comme une idée chimérique qu'on ne peut réduire en pratique. Que si au contraire il est convaincu que c'est une vérité, et qu'après en avoir conçu de l'estime et de l'amour, il s'applique à y conformer sa conduite en vue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il est bien aise de porter les livrées, qui sont les humiliations et les mépris ; il peut croire que son intérieur sera bientôt entièrement renouvelé.
Un motif qui peut beaucoup aider à acquérir ce degré de perfection, est de se persuader que c'est la clef des trésors spirituels, et que si on n'en vient là, quoiqu'on puisse faire d'ailleurs, on ne parviendra jamais à l'union avec J. C. parce que l'état dont nous parlons, est celui où le Sauveur est né, où il est mort, et qu'il a chéri par-dessus tous les autres. Quiconque sera sensible à l'amour que Dieu lui a témoigné en se faisant homme pour lui, ne trouvera point cette perfection impraticable ; elle lui paraîtra même douce, pour peu qu'il ait d'amour et de reconnaissance pour notre aimable Rédempteur, parce que l'amour de Dieu rend tout aisé, et peut seul faire le bonheur de l'homme. On trouve aisément Dieu quand on le cherche en Jésus-Christ son Fils unique ; et on trouve toujours Jésus-Christ au milieu des humiliations et des opprobres ; il peut échapper à ceux qui veulent s'unir à lui dans les états différents de sa vie glorieuse, mais ceux qui le cherchent couronné d'épines, ayant pour Sceptre un roseau, pour manteau royal un morceau de pourpre ; ceux qui le cherchent au milieu du peuple et des soldats, traité comme un Roi de Théâtre, comme un imposteur et un faux Prophète, abandonné de tout le monde, et attaché à la Croix, le trouvent infailliblement ; et ils peuvent dire qu'en l'imitant en ce seul point, ils sont au nombre de ses véritables Disciples, puisqu'ils pratiquent le renoncement le plus parfait qui ne se trouve que dans l'amour du mépris. Il est vrai que ce degré de perfection étant extrêmement relevé, on a besoin d'un secours particulier de la grâce pour y arriver ; mais ce secours, Dieu ne le refuse point à ceux qui le demandent, et qui se disposent à le recevoir en cherchant eux-mêmes les mépris et les humiliations dont ils demandent à Dieu l'estime et l'amour.
Le Père Louis Dupont rapporte dans la vie du P. Balthazard Alvarez, que durant son second Noviciat qu'il faisait sous la conduite de ce grand homme, il apprit de lui à connaître et à goûter les trésors cachés dans l'amour du mépris ; et que cette connaissance dans laquelle il fit de grands progrès durant cette année d'épreuve, fut pour lui une source de richesses spirituelles tout le reste de sa vie. Ce qu'éprouva le P. Dupont, tout homme qui rentre en soi même pour se renouveler en esprit, peut l'éprouver à son tour ; il n'a qu'à se bien pénétrer de la même vérité, aussi bien que des deux autres dont nous venons de parler; qu'à s'y affectionner, qu'à ramener à ce but toutes les résolutions qu'il forme, qu'à se rendre familière la connaissance et la pratique de ces trois points de perfection, jusqu'à en faire sa principale étude et l'unique occupation de sa vie.
Ce serait là une excellente pratique pour les personnes Religieuses, qui renouvellent tous les ans les vœux qu’elles ont fait à Dieu, et qui prennent trois jours pour se disposer à ce renouvellement. Il leur serait très-utile de passer ces trois jours à méditer sur les points de perfection que nous avons proposés, et à en prendre un chaque jour pour s'en occuper. Ce qui serait encore mieux, ce serait de s'y appliquer ensuite pendant trois jours, rapportant ses Oraisons, ses Communions, ses examens de conscience, et tous ses exercices spirituels à la pratique de ces trois vérités. Comme on ne peut pas tout faire à la fois, n'est-il pas infiniment plus utile de donner toute son application à trois choses importantes, que d'en effleurer plusieurs autres qui le sont beaucoup moins ? Et n'est-il pas évident que celui qui à force de méditer et de savourer les trois vérités proposées, s'en serait bien pénétré, serait beaucoup plus avancé, plus riche et plus heureux que celui qui en aurait parcouru cent autres légèrement ?
Cependant comme les trois points de perfection dont nous venons de parler, renferment tout ce qu'il y a de plus élevé dans la vie spirituelle, et que rien n'est plus difficile que de devenir semblable à de petits enfants, d'agir en toutes choses par des principes surnaturels, et d'aimer à être méprisés ; il est à propos qu'à ces trois pratiques on en joigne trois autres. Le recueillement, la mortification des désirs et des inclinations naturelles, et le parfait dégagement de cœur. Ce sont des moyens fort connus et d'un usage fort étendu, lesquels peuvent beaucoup aider et servir comme de degrés pour s'élever aux trois autres points d'une perfection plus sublime. Il faudrait que celui qui veut se renouveler, joignît à chacun de ces points une des trois dernières pratiques pour adoucir son travail et pour en assurer le succès, c'est-à-dire l'union avec Dieu, qui est le terme de la perfection, l'unique objet des désirs que l'on forme, et de tous les mouvements qu'on se donne dans la vie spirituelle.



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mercredi 13 juillet 2016

Combien l'examen de notre conscience est important


La Madeleine à la veilleuse (Georges de La Tour)



Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne du R.P. Alphonse Rodriguez, Extrait :




Combien l'examen de notre conscience est important.



De tous les moyens qui peuvent contribuer à notre avancement, il en est peu de plus efficaces, et qui soient plus universellement recommandés que l'examen de la conscience ; et tous les maîtres de la vie spirituelle veulent qu'on s'y appliqua chaque jour. Saint Chrysostôme, sur ces paroles du Psalmiste : Excitez-vous à la componction dans vos lits, est d'avis qu'on fasse cet examen tous les soirs avant que de se coucher ; et il en donne deux raisons également solides : la première, afin que le lendemain on soit plus disposé à se garantir des fautes que l'on a commises le jour précédent ; car si on les examine bien le soir, si on en conçoit une vive douleur, et si on se propose fermement de s'en corriger, comme on doit le faire dans l'examen, il est constant que ce sera un frein qui empêchera que le lendemain on n'y retombe. La seconde raison qu'il en donne, c'est que ce sera encore une garde de circonspection et de retenue pendant tout le jour ; parce que la pensée que ce jour-là même il faudra se rendre exactement compte de chaque action, fera qu'on sera davantage sur ses gardes, et qu'on aura plus d'attention sur soi-même.
Un grand seigneur, dit saint Chrysostôme, qui observe l'ordre dans ses affaires, ne laisse passer aucun jour sans voir le compte de son maître d'hôtel, de peur de lui donner occasion d'être moins attentif, et de s'embrouiller dans ses comptes. Voilà, conclut ce saint docteur, la règle que nous devons suivre ; il faut que nous comptions tous les jours avec nous-mêmes, de crainte que la négligence et l'oubli ne mettent du désordre dans nos comptes. Saint Éphrem et saint Jean Climaque ajoutent que comme des marchands bien soigneux tiennent registre des pertes et des gains de chaque jour ; et que, lorsqu'ils trouvent qu'ils ont fait quelque perte, ils tâchent aussitôt de la réparer ; nous devons aussi examiner chaque jour les gains et les pertes que nous faisons dans l'affaire de notre salut, afin que, remédiant aussitôt à nos pertes, nous empêchions par là qu'elles n'augmentent, et qu'elles ne viennent à consommer les fonds de notre fortune. Saint Dorothée remarque un autre avantage considérable que l'on tire de l'examen de conscience, c'est, dit-il, qu'en s'accoutumant à le bien faire tous les jours, et en se reprochant chaque jour ses fautes, on empêche que le vice ne prenne racine dans le cœur, et que les mauvaises habitudes ne s'y fortifient.
Tout cela doit nous donner une haute estime de cette pratique, nous la faire considérer comme un moyen très-efficace pour notre avancement ; et nous rendre si exacts à faire notre examen deux fois chaque jour, que rien ne soit capable de nous faire omettre un exercice si saint ; ou si quelque occupation indispensable nous empêche d'y vaquer dans le temps marqué, il faut faire en sorte d'y satisfaire au premier moment que nous aurons de libre. La maladie même qui nous dispense de l'oraison, ne nous dispense ni de l'examen particulier, ni de l'examen général : il faut donc tenir pour maxime infaillible, qu'on ne doit jamais se dispenser de cet examen, pour quelque raison que ce soit. Le malade au reste a toujours assez de matière pour fournir à son examen particulier, soit en se conformant à la volonté divine dans la maladie et dans les douleurs que Dieu lui envoie, et dans les remèdes qu'il est obligé de prendre, et qui sont quelquefois plus fâcheux que le mal même ; soit en souffrant avec patience la privation de plusieurs choses qui pourraient lui manquer ; soit en s'abandonnant entièrement entre les mains de Dieu, pour vivre ou pour mourir, selon qu'il plaira à la providence d'en ordonner.




Écouter Faire la volonté de Dieu : pourquoi et comment ? avoir la foi.




Reportez-vous à Pratique de l'examen de conscienceQu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulierCatéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la confession, De l'examen de conscience, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur l'objet de l'examen de conscience, Exercice pour la confession, Cinq points pour l'examen général de conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Bien choisir le sujet sur lequel on doit faire l'examen particulier, Le ferme propos, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Première Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Intérieure, Deuxième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Surnaturelle, Troisième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Souveraine, Quatrième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Universelle, Méditation sur la pénitence du cœur, Première Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte de Foi, Deuxième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Crainte de Dieu, Troisième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Confiance en Dieu, Quatrième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte d'Amour de Dieu, Cinquième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Détestation du péché, Sixième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Résolution de devenir meilleur, Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (1/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (2/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (3/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (4/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (5/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (6/6), Conduite pour la Contrition, Premier Motif de Contrition : La Majesté de Dieu, Deuxième Motif de Contrition : La Justice de Dieu, Instruction sur la Contrition, Prière pour obtenir de Dieu miséricorde, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, De l'humilité de Marie, Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Guérison : Beauté du sacrement de réconciliation et Les communions sans action de grâces.













samedi 12 septembre 2015

Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle


Le retour de l'enfant prodigue - Félix Boisselier


Extrait de « Abrégé de la Pratique de la perfection Chrétienne » du R.P. Alphonse Rodriguez



Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle :


Mon Fils, en vous attachant au service de Dieu, persévérez dans la justice avec crainte, et préparez votre âme à la tentation. Saint-Jérôme, sur ces paroles de l'Ecclésiaste : Il y a un temps de guerre et un temps de paix, dit que tant que nous sommes dan cette vie, ce sera pour nous un temps de guerre ; et que ce ne sera que lorsque nous serons arrivés au terme de nos désirs dans l'autre vie, que nous y trouverons le véritable temps de paix, suivant ces paroles : Il a établi sa demeure dans la paix. Ce saint Docteur ajoute que c'est pour cela que le nom de Jérusalem, c'est-à-dire, vision de la paix, est donné à cette céleste patrie où nous aspirons. Que personne donc, reprend le même Père, ne se croie maintenant en sûreté dans ce temps de guerre où il est question de combattre, et de se servir des armes apostoliques, afin que remportant la Victoire, nous puissions jouir un jour d'une paix que rien désormais ne pourra troubler. Il s'agit présentement d'examiner la cause de cette guerre continuelle que nous éprouvons. L'Apôtre Saint-Jacques nous l'apprend dans son Épître canonique : D'où viennent les combats et les dissensions que vous sentez en vous-même ? Ne viennent-ils pas de votre concupiscence qui vous fait la guerre ? La source de tous ces combats est au-dedans de nous-mêmes ; et cette source est la répugnance au bien, qui est demeurée en notre chair depuis le péché.

De sorte donc que la cause des tentations continuelles que nous éprouvons, c'est notre nature corrompue ; Car c'est la corruption du corps qui appesantit l'âme, c'est le foyer du péché que nous portons avec nous, et cette inclination au mal avec laquelle nous naissons. Notre plus grand ennemi est au-dedans de nous-mêmes ; c'est lui qui nous fait une guerre interminable : il ne faut donc pas nous étonner si nous sommes toujours tentés. En effet, puisque nous sommes enfants d'Adam, que nous avons été conçus dans l'iniquité, et que le péché nous a accompagnés dès le ventre de la mère, le moyen que nous soyons exempts de tentations, et que nos mauvaises inclinations ne nous fassent pas la guerre à toute heure ? C'est à ce sujet que Saint-Jérôme remarque que dans l'oraison que Jésus-Christ nous a enseignée, il ne nous dit pas de demander à Dieu que nous n'ayons point de tentations, car elles sont inévitables en cette vie ; mais qu'il ne permette pas que nous soyons si violemment attaqués, que nous cédions à la force de la tentation. C'est encore notre Divin Sauveur qui a donné le même enseignement à ses disciples quand Il leur a dit : Veillez et priez, de crainte que vous n'entriez en tentation ; car, reprend Saint Jérôme, entrer en tentation, ce n'est pas être tenté, mais être vaincu.

Saint Grégoire assure que c'est une erreur de quantité de personnes de s'imaginer que dès qu'elles sont attaquées de quelques tentations violentes, tout est perdu pour elles, et que Dieu, dès ce moment, les a abandonnées. Ces personnes s'abusent ; tous les hommes sont sujets aux tentations ; et ceux qui aspirent à la perfection y sont encore plus exposés que les autres, ainsi que le Sage nous l'apprend par les paroles que nous avons alléguées. L'Apôtre nous enseigne aussi la même doctrine : Tous ceux, dit-il, qui veulent vivre saintement en Jésus-Christ, souffriront persécution ; tous ceux qui veulent faire du progrès dans le chemin de la vertu seront exposés aux tentations ; quant aux autres, souvent ils ne savent pas même ce que c'est que la tentation ; ils ne s'aperçoivent pas de la révolte et du combat de la chair contre l'esprit ; au contraire, ils en triomphent. Saint Augustin dit, sur ce passage de l'Apôtre : La chair convoite contre l'esprit, que c'est dans les gens de bien qu'elle convoite contre l'esprit parce que dans les méchants, elle n'a pas contre qui convoiter ; et que ce n'est que où est l'esprit : c'est-à-dire, où il y a un véritable désir de la vertu, qu'elle peut convoiter contre l'esprit. Nous ne devons point nous étonner, non seulement d'avoir des tentations, mais nous devons au contraire les recevoir comme un heureux pressentiment de notre perfection, selon les paroles de Saint-Jean Climaque : qu'il n'y a point de marque plus infaillible d'avoir soumis les démons, que d'en être souvent et vivement attaqué.



Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après les autres après leur retour à Dieu :


Saint-Grégoire remarque qu'il y a des personnes que la tentation n'attaque jamais plus vivement que dans les commencements de leur conversion, il ajoute que Jésus-Christ a voulu : par une providence admirable, nous en donner un exemple en sa personne, n'ayant permis au démon de le tenter, que lorsque après son baptême il se fut retiré au désert pour prier et pour jeûner. Il voulut par-là, reprend ce Saint Pape, apprendre à ceux qui doivent être ses membres et ses enfants que quand ils se retirent du monde, pour s'adonner entièrement a la pratique de la vertu, ils doivent se préparer à soutenir de rudes attaques, parce que c'est alors que le démon fait ordinairement de plus grands efforts contre eux.

Quant à ceux qui ressentent beaucoup de consolations et de douceur dès le commencement de leur conversion, et que Dieu n'éprouve que par la suite par la voie des tentations ; c'est, dit encore Saint Grégoire, un effet de la Providence divine, qui ne veut pas que le chemin de la vertu leur paraisse d'abord si rude ni si difficile, qu'ils viennent à perdre courage, et à retourner en arrière ; cela peut faire connaître, poursuivit le même saint Docteur, combien se trompent ceux qui commençant à servir Dieu, et voyant qu'ils y ressentent beaucoup de douceur ; qui se sentant une grande ferveur pour la prière, à cause des douceurs que Dieu leur y fait goûter, et qui, encouragés par-là, se livrent à tous les exercices de vertu et de mortification qui leur deviennent aisés, s'imaginent alors qu'ils sont déjà parvenus au dernier degré de la perfection ; au lieu qu'ils devraient reconnaître que ces sortes de faveurs sont des caresses que Dieu leur fait, comme à des enfants qui commencent à changer de nourriture, et qu'il veut achever de sevrer entièrement des choses du monde. C'est quelquefois, continue toujours Saint Grégoire, à ceux qui sont moins parfaits, et qui ont fait moins de progrès dans la vertu, que Dieu se communique plus abondamment ; non parce qu'ils le méritent davantage, mais parce qu'ils ont plus le besoin d'être encouragés et soutenus.

Cette divine conduite nous est parfaitement bien expliquée dans la parabole de l'Enfant prodigue. Son père le reçoit avec les plus grands témoignages de joie et de bonté : il lui fait donner une robe de paix ; il célèbre son retour par un mélodieux concert. Et ce même père qui n'avait reçu que des sujets de satisfaction de son fils aîné, qui ne lui avait jamais donné un chevreau, pour manger avec ses amis, prépare un grand festin, et fait tuer le veau gras, pour le retour d'un fils qui n'aurait cessé jusqu'alors de se révolter contre lui ; c'est que ceux qui se portent bien, dit le Sauveur, n'ont que faire de Médecin ; mais ce sont ceux qui sont malades qui en ont besoin.





Pratique : Étudier régulièrement son catéchisme, entretenir ses connaissances par des lectures spirituelles, lire la vie des Saints, lutter contre son ignorance, s'informer sur ce qu'il se passe dans l’Église, sur les manœuvres des ennemis de l’Église. Vous constaterez que les tentations diminueront, puisque vous vous êtes nourri spirituellement.



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