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dimanche 14 août 2022

Moyens pour obtenir le don de Crainte



La crainte du Seigneur est la fin que se propose l'humilité (Prov., XXII, 4)


La prière
. « Pour nous disposer à recevoir les biens attachés au don de crainte, demandons-le instamment au Saint-Esprit, lui disant souvent avec David : Transpercez ma chair de votre crainte (Ps. CXVIII, 120), remplissez si abondamment de ce don ma volonté et tout mon intérieur, que la crainte découle et déborde sur mon corps et sur tout mon extérieur (Saint-Jure, ch. III, sect. 16, art. 4) »

La méditation. « Méditons souvent les droits infinis que le Seigneur a à nos hommages ; considérons combien nous serions ingrats d'offenser, de contrister en quelque chose un Dieu si bon, un Père si tendre, un Sauveur si dévoué. Rappelons-nous en même temps les grands biens promis dans les divines Écritures à ceux qui craignent le Seigneur, et les abondantes bénédictions qui leur sont annoncées. Les lumières de l'oraison feront naître en nous cette crainte salutaire (P. Belot). »

L'exercice de la présence de Dieu. « Si le souvenir et surtout la présence d'un père, d'un chef, d'un ami, quelquefois même du dernier de nos semblables, nous maintient dans le respect de l'ordre et dans la crainte du devoir, que n'opèrera pas l'habitude de al présence de Dieu sur un cœur animé par la crainte de l'amour ? Qui ne vous craindra pas, ô Roi des nations ? Et en vous craignant comme la bonté même, qui ne s'efforcera de vous plaire, qui n'appréhendera de vous offenser, quand ce souvenir sera mêlé de respect, de crainte, d'amour et de reconnaissance (Mgr le Courtier, Retraite de la Pent.) ? »

Faire la guerre aux craintes diverses opposées au don de crainte. « Toute autre crainte que celle de déplaire à Dieu est indigne d'une âme chrétienne ; mais en particulier il y a trois sortes de craintes qu'il faut soigneusement combattre. La première, qu'on appelle ordinairement peur, vient de la faiblesse de l'imagination ; elle consiste en de vaines terreurs, qui ont souvent pour cause un manque de foi et de confiance en Dieu ; il faut les combattre en s'y opposant directement. Les personnes qui aiment Dieu se croient toujours en sûreté, parce qu'elles sont persuadées que rien n'arrive que par l'ordre de la Providence. Une autre crainte très-dangereuse, c'est la crainte des hommes qu'on appelle respect humain. Une personne spirituelle doit s'appliquer ces paroles du Prophète : Qui êtes-vous pour avoir peur d'un homme mortel ? (Is., LI, 12) N'êtes-vous pas enfant de Dieu ? Et pourquoi vous mettre en peine d'autre chose que de lui plaire ? La troisième sorte de crainte qu'on ne doit point souffrir en soi, c'est celle de Dieu quand elle est excessive, et qu'elle va jusqu'à troubler et tourmenter le cœur. Dieu s'en sert quelquefois pour éprouver et purifier les âmes qui sont à lui, et pour les disposer à recevoir les plus grandes grâces. Cependant elles doivent travailler de leur côté à modérer cette crainte par la confiance et par l'exercice du parfait amour de Dieu, qui, comme dit saint Jean, chasse la crainte (S. Jean, IV, 18), c'est à dire la crainte propre des esclaves (Surin, Cat. spir., t. II, 6e p., ch. VIII). »

Notre crainte doit être telle, qu'elle n'altère point notre confiance en l'immense miséricorde de Dieu ; car sans aucun doute sa bonté l'emporte infiniment sur notre malice. (Saint Bonaventure)

Les personnes qui sont déjà avancées dans la vertu ne doivent pas pour cela cesser de vivre dans une sainte crainte du Seigneur. Un moyen d'entretenir dans leur cœur cette crainte salutaire sera de se souvenir souvent de cette parole de l'Apôtre : Que celui qui est debout prenne garde de tomber. (I Cor., X, 12) « Et qui donc ne craindrait pas ? Lucifer, l'ange très-sage et très-éclairé, était dans le ciel, et il est tombé. Adam était dans le paradis terrestre, et il est tombé. Samson, David, Salomon, saint Pierre, Tertullien, etc., fidèles serviteurs et amis de Dieu, sont tombés. Combien d'hérésiarques ont été d'abord des modèles de vertu ! Des anachorètes d'une grande perfection sont tombés. Des confesseurs de la foi, des martyrs sur le point de recevoir la couronne de vie sont tombés. On en a vu qui ont persévéré dans la sainteté jusqu'à leur vieillesse, et qui ont déshonoré leurs cheveux blancs et ses ont perdus. Si les arbres les plus vigoureux ont été ébranlés par les orages, si la foudre les a écrasés, quelle ne doit pas être notre crainte, nous qui ne sommes que de faibles roseaux ? » (Corneille de la Pierre)

(Les sept dons du Saint-Esprit)


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dimanche 19 juin 2022

Pratiques ou Actes de la présence de Dieu



Nous donnons ces Pratiques pour aider aux personnes qui ne sont pas avancées dans l'exercice de la présence de Dieu, et qui ne commencent qu'à s'y appliquer. Celles qui ont fait de grands progrès dans le divin amour, n'ont pas besoin de ces moyens. C'est à celles-là que le grand Saint Augustin dit : Aimez, et faites ce que vous voudrez. Un simple regard de ces âmes, dit plus que ce que les autres peuvent dire dans une grande multitude de paroles.


Actes de la présence de Dieu

Ô Très-sainte et suradorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, mon Dieu, comme vous remplissez toutes choses par votre immensité, vous êtes, ô mon Dieu, plus présent ici que je n'y suis moi-même ! Ah ! je vous y aime, je vous y demande pardon, je vous y remercie, je vous y glorifie de tout mon cœur.

On peut faire cet acte à toutes les heures du jour. Mais pour s'en acquitter dignement, il le faut faire dans un recueillement intérieur avec attention, et un profond respect, s'anéantissant intérieurement devant la Majesté infinie de Dieu.

On peut se contenter de cet anéantissement intérieur lorsque l'on est en compagnie ; mais il est bon quand on est seul, de se mettre à genoux, et même se prosterner pour adorer les trois Personnes divines.
Comme les pauvres âmes qui sont en Purgatoire y souffrent des peines inexplicables, la divine charité demanderait que l'on y pensât souvent ; ainsi, on pourrait ajouter l'acte suivant.


Pour les Âmes du Purgatoire

Mon adorable Sauveur, quelque part de votre douloureuse Passion, de votre sainte Mort, et de tous vos mérites et satisfactions aux pauvres Âmes qui sont en Purgatoire.

Quelquefois quand on a le loisir, il faut faire quelques-uns des actes suivants, tantôt l'un, tantôt l'autre ; mais il vaut mieux en faire peu avec esprit, que d'en faire beaucoup avec peu d'attention.


Autre Acte de la présence de Dieu

Ô Dieu d'infinie Majesté, Trinité suradorable, Dieu qui êtes ici plus présent que moi-même ! comme tout ce que les pures créatures vous peuvent rendre d'honneur, est bien éloigné de ce qui vous est dû, je m'unis et je vous présente toutes les adorations, tous les amours, toutes les louanges, toutes les satisfactions, toutes les actions de grâces, toute la gloire que l'âme sainte de Jésus vous a rendues, vous rend, et vous rendra durant toute l'éternité. Ah ! je veux vous louer par toutes ces louanges, vous satisfaire par toutes ces satisfactions, vous adorer et vous aimer par toutes ces adorations et ces amours, vous remercier par toutes ces actions de grâces, et vous glorifier par toute cette gloire.


Autre Acte

Ô Père Éternel, qui êtes ici très-présent, avec votre Fils adorable, et le Saint-Esprit, je déteste tous mes péchés plus que tous les maux ensemble ; et j'en ai regret du plus intime de mon cœur, dans la seule vue que les intérêts de votre divine Majesté en sont blessés, sans considérer les miens ni du côté de la peine, ou de la récompense, ni de la part du temps, ou de l'éternité, ni en la vue du Paradis ou de l'Enfer. Ah ! je m'unis à toute la douleur que l'adorable Jésus votre Fils bien-aimé a eue. Je vous offre pour y satisfaire toutes ses satisfactions, toute sa passion douloureuse, et sa précieuse Mort.


Autre Acte

Ô Père Éternel, qui êtes ici très-présent, je vous y adore avec votre Fils bien-aimé, et le Saint-Esprit. Je vous offre toutes les satisfactions de l'adorable Jésus, tous ses mérites pour tous les péchés des hommes, et en particulier des Chrétiens, afin que vous en détourniez votre colère, que vous donniez la paix à votre Église, et à tous les Princes Catholiques, et la victoire contre les infidèles et hérétiques, afin que votre règne arrive par la destruction de l'infidélité et de l'erreur dans les pays des infidèles et des hérétiques, et par la destruction du péché, et de l'établissement de votre amour dans les pays des Catholiques ; et en particulier sur mon être et toutes les opérations de mon être, sur toutes mes pensées, paroles, actions et souffrances.


Autre Acte

Ô Père Éternel, qui êtes ici très-présent, en considération de votre Fils bien-aimé, dont vous avez bien voulu que j'eusse l'honneur d'être l'un des membres en qualité de Chrétien, ah ! faites que je soutienne par votre grâce dignement une qualité si divine, qu'en qualité de membre de votre Fils bien-aimé, je ne sois animé que de son pur Esprit ; qu'il me gouverne, qu'il me conduise, et qu'il soit le principe de toutes mes actions et souffrances : en sorte qu'en toutes choses j'agisse par ses divins mouvements dans l'union avec l'adorable Jésus mon divin Chef, étant dépouillé du vieil homme.

(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)


Reportez-vous à Exercice de la présence de Dieu, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Dieu qui est présent partout demande de l'amour, Dieu qui est partout demande le respect extérieur, Dieu qui est partout, demande le respect intérieur, Dieu qui est partout demande que l'on se souvienne de sa divine présence, Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Dieu est présent partout, Fête de la Très-Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Prière à la Très Sainte Trinité, Méditation sur la Très-Sainte Trinité : Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Très-Sainte Trinité, Méditation pour le Dimanche de la Sainte-Trinité, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte TrinitéAveuglement de l'homme, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. Méditation sur la présence de DieuMéditation sur l'oubli de la présence de DieuMéditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.














dimanche 12 juin 2022

Action du Saint-Esprit dans l'Église



C'est en lui (Jésus-Christ) que vous êtes formés tous ensemble comme un édifice, pour être la demeure de Dieu par le Saint-Esprit. (Ephés., II, 22)

Le règne visible du Saint-Esprit a succédé au règne visible de Jésus-Christ. « Avant l'Incarnation, le Saint-Esprit a instruit et édifié les individus, et parlé par les prophètes, en vertu de sa lumière et de sa puissance, mais avec un exercice intermittent de ses manifestations : maintenant, il est personnellement et substantiellement présent dans le corps de Jésus-Christ, tout à la fois enseignant et sanctifiant sans interruption, avec une voix divine perpétuelle et une puissance sanctifiante perpétuelle. Nous sommes, par conséquent, sous la direction personnelle de la troisième personne, aussi réellement que les Apôtres étaient sous la direction de la seconde (Mgr Manning, Mis. temp. du Saint-Esprit, p. 94, 69). »

« Le mystère de l'Ascension forme la limite entre les deux règnes divins ici-bas, le règne visible du Fils de Dieu et le règne visible de l'Esprit-Saint (Pour que la mission du Saint-Esprit s'accomplît de manière à donner plus de gloire au Fils, il était juste qu'elle n'eût lieu qu'après l'intronisation du Verbe incarné à la droite du Père, et il était souverainement glorieux, pour la nature humaine, qu'au moment de cette mission, elle fût indissolublement unie à la nature divine dans la personne du Fils de Dieu, en sorte qu'il fût vrai de dire que l'Homme-Dieu a envoyé le Saint-Esprit sur la terre. D. Guéranger, An. lit. p. 327) Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châtiments qu'attireront sur eux ceux qui l'offenseront : Quiconque, dit-il, aura proféré une parole contre le Fils, elle lui sera pardonnée ; mais celui qui aura parlé contre le Saint-Esprit, il n'en obtiendra le pardon ni en ce monde ni en l'autre. (S. Matth. XII, 32) (D. Guéranger, An. lit., p. 301. — Le péché contre le Saint-Esprit ne se borne pas au blasphème ni à un acte passager ; il s'étend à plusieurs prévarications et constitue même un état permanent. Suivant les Pères, les théologiens et S. Thomas en particulier, le désespoir du salut, la prétention de se sauver sans mérite ou d'être pardonné sans pénitence, l'attaque de la vérité connue, l'envie de la grâce d'autrui, l'obstination dans le péché, l'impénitence finale, sont autant de péchés contre le Saint-Esprit. La raison en est que ces péchés sont des péchés de pure malice, surtout le troisième, qui est proprement le péché foudroyé par le Sauveur. Comment faut-il entendre que le péché contre le Saint-Esprit est irrémissible ? S'il s'agit de l'impénitence finale, il demeure rigoureusement vrai que le péché contre le Saint-Esprit est irrémissible. S'agit-il des autres péchés contre le Saint-Esprit ? l'irrémissibilité doit s'entendre, non de l'impossibilité absolue, mais de l'extrême difficulté d'en obtenir le pardon. Mgr Gaume, t. II, ch. XLIII))

Le corps de Jésus-Christ, qui est l'Église, est constitué par le Saint-Esprit. "Avant le jour de la Pentecôte, les membres n'étaient pas unis à la tête, ni les uns aux autres, ni comme corps au Saint-Esprit. Or, ce sont ces trois unions divines qui constituent l'organisation du corps mystique. Et ces trois unions furent constituées par la mission que reçût le Saint-Esprit du Fils incarné, par sa venue et pas son habitation dans les membres de Jésus-Christ. Par l'esprit d'un homme, dit saint Augustin, esprit par lequel je suis moi-même un homme, je tiens ensemble tous les membres ; je leur commande de se mouvoir. Les fonctions des membres sont divisées ; mais un esprit les tient tous en un. Ce que notre esprit, c'est-à-dire notre âme, est à nos membres, le Saint-Esprit l'est aux membres de Jésus-Christ, au corps de Jésus-Christ, qui est l'Église (Mgr Manning, p. 86, 63). »
Le Saint-Esprit manifeste d'une manière visible sa présence et son opération par l'Église visible de Jésus-Christ. « Avant l'Incarnation, il opérait en restant invisible, et sans révéler la loi de ses opérations. Maintenant il a pris le corps mystique, comme l'incorporation visible de sa présence, et le canal révélé de sa grâce. L'Église visible est une création si purement divine et ses dons sont si visiblement surnaturels, qu'on ne peut la faire remonter à aucune cause ou origine inférieure. L'Église une et visible est maintenant ce que les langues de feu étaient le jour de la Pentecôte, le témoin de la mission de la venue et de la présence perpétuelle de l'Esprit du Père et du Fils. Elle est, en outre, l'instrument de sa puissance et l'organe de sa parole (Ibid., p. 87, 89). »
Les perfections de l'Église dérivent de l'union indissoluble du Saint-Esprit avec elle. « L'union de l'Esprit avec le corps est un acte divin analogue à l'union hypostatique. De même que, dans l'Incarnation, il y a une communication des perfections du Saint-Esprit deviennent les dons du corps. L'Église est impérissable, parce que celui qui l'anime est Dieu ; indivisiblement une, parce qu'il est numériquement un ; sainte, parce qu'il est la source de la sainteté ; infaillible dans sa croyance et dans son enseignement, parce que sa lumière et sa voix sont immuables. Ce que l'Église était dans le commencement, elle l'est maintenant et elle le sera toujours dans toute la plénitude de ses dons divins, parce que l'union entre le corps et l'Esprit est indissoluble (Mgr Manning, p. 83). »

L'Église, sa hiérarchie et son gouvernement sont évidemment et sans conteste l'ouvrage du Saint-Esprit. (Saint Basile)

Le concile de Constantinople, dans son symbole, qui est le même que celui de Nicée, dit seulement que le Saint-Esprit procède du Père ; les mots et du Fils n'y furent pas ajoutés, parce qu'alors on n'avait pas encore mis en question ce point de croyance. Mais, depuis l'année 447, les Églises d'Espagne, et, dans la suite, d'autres Églises d'Occident ajoutèrent au symbole ces autres paroles, comme étant les expressions mêmes dont l'Écriture se sert.
Photius, archevêque de Constantinople en 866, et Michel Cérulaire en 1043, aussi archevêque de Constantinople, profitèrent de cette addition pour se séparer de l'Église. En 1098, les Grecs abjurèrent leur erreur, et se réunirent à l'Église romaine. Toutefois, la joie que ce retour causa à l'Église fut de courte durée ; le schisme recommença quelque temps après. Dans le concile de Florence, tenu en 1439, les Grecs reconnurent de nouveau que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, et ils signèrent avec les Latins la même profession de foi. Mais bientôt ils retombèrent dans leur erreur, renouvelèrent le schisme, et ils y persistent encore. C'est à ce schisme, et ils y persistent encore. C’est à ce schisme qu'on doit attribuer leur asservissement au joug odieux du musulman. Il y a une étonnante ressemblance entre le châtiment de Jérusalem, qui n'avait pas voulu reconnaître le Fils, et celui de Constantinople, blasphématrice du Saint-Esprit (lire ce frappant parallèle longuement développé dans Mgr Gaume, ch. XLVIII).

(Les sept dons du Saint-Esprit)


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lundi 16 mai 2022

Du Saint-Esprit et de ses opérations en général : Ce qu'est le Saint-Esprit, sa mission temporelle



Le Paraclet, l'Esprit-Saint que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses. (S. Jean, XIV, 26)

Ce qu'est le Saint-Esprit. « Éternellement intelligent, le Père se connaît éternellement et produit en se connaissant son Verbe ou son Fils, égal à lui, éternel comme lui. Le Père et le Fils, étant éternels, ne peuvent être sans se connaître éternellement, ni se connaître sans s'aimer d'un amour égal à eux, infini, éternel comme eux. Cet amour réciproque et consubstantiel, c'est le Saint-Esprit (Mgr Gaume, t. II, ch. V.). »
« Saint Augustin nous enseigne que ce nom de Saint-Esprit, employé pour désigner la troisième des personnes divines, est légitime par la raison que le Saint-Esprit étant commun aux deux autres personnes, puisqu'il procède du Père et du Fils, il peut prendre pour son nom propre ce qu'elles ont toutes deux de commun : car le Père est esprit, et le Fils est esprit ; de même le Père est saint, et le Fils est saint.
« On indique une autre raison pour expliquer pourquoi le nom d'Esprit-Saint est donné à la troisième personne divine. Dans le monde matériel, le mot esprit paraît signifier un certain moteur qui donne l'impulsion. Or, le Saint-Esprit est l'amour du Père et du Fils ; et le propre de l'amour est de pousser la volonté de celui qui aime vers l'objet aimé. D'un autre côté, nous attribuons la sainteté à tout ce qui se rapporte à Dieu comme à sa fin. Or, le Saint-Esprit est la personne divine qui procède de l'amour par lequel Dieu s'aime lui-même ; il était donc convenable de l'appeler Saint, en même temps qu'il était appelé Esprit.
« Le Saint-Esprit a un autre nom ; il s'appelle Amour. Le nom d'Amour, dit saint Thomas, pris dans une acception personnelle, est le nom propre de l'Esprit-Saint, comme le mot Verbe est le nom propre du Fils. Il y a dans la Trinité deux processions, ou plutôt deux modes par lesquels une personne divine tire son origine de l'autre : la première est la procession qui vient de l'intelligence, c'est la procession du Fils, du Verbe ; l'autre, qui vient de la volonté, est la procession de l'amour, de la troisième personne divine, du Saint-Esprit.
« On désigne encore le Saint-Esprit sous le nom de Don. Nous ne donnons, dit saint Thomas, quelque chose gratuitement à quelqu'un que parce que nous l'aimons, et la première chose que nous lui donnons, c'est l'amour, par lequel nous lui voulons du bien. Or l'Esprit-Saint procède par amour, il procède par conséquent comme étant le premier don.
« Le Saint-Esprit est appelé par Jésus-Christ le Paraclet, c'est-à-dire Consolateur. Saint Athanase remarque que l'Ancien Testament n'a jamais donné ce nom au Saint-Esprit. La raison s'en trouve exprimée dans ces paroles du Sauveur : Si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. (S. Jean, XVI, 7) La présence corporelle de Jésus-Christ au milieu des siens était pour eux une consolation sans doute ; mais la consolation intérieure par laquelle le Saint-Esprit soutient les âmes, est bien supérieure à ce bonheur sensible que goûtaient les Apôtres. C'est la raison pour laquelle le Sauveur disait : Il est avantageux pour vous que je m'en aille (S. Jean, XVI, 7) (Coulin, ch. II). »
Mission temporelle du Saint-Esprit. "La mission d'une personne de la Trinité est sa destination éternelle à l'accomplissement d'une œuvre du temps : destination qui lui est donnée par la personne de qui elle procède. Le Fils est envoyé par le Père, le Saint-Esprit a reçu sa mission du Père et du Fils ; du Père, on ne dit nulle part qu'il a été envoyé. La raison en est qu'il n'est ni engendré, ni procédant de personne. En effet, ce n'est ni la lumière, ni la chaleur qui envoient le feu ; mais c'est le feu qui envoie la chaleur et la lumière. La mission d'une personne de la sainte Trinité, d'ailleurs, n'implique aucune infériorité dans cette personne. Dans les personnes divines, la mission est sans séparation, sans division de la nature divine, qui est une et la même dans le Père et dans le Fils, et dans le Saint-Esprit ; elle n'indique qu'une simple distinction d'origine.
« Il y a deux sortes de missions pour le Fils et pour le Saint-Esprit : l'une visible et l'autre invisible. Pour le Fils, la mission visible fut l'Incarnation ; pour le Saint-Esprit, son apparition au baptême de Notre-Seigneur sur le Thabor et le jour de la Pentecôte. Pour le Fils et pour le Saint-Esprit, la mission invisible a lieu chaque fois qu'ils viennent se communiquer à l'âme bien préparée, dans laquelle ils habitent comme dans leur sanctuaire. Le but de cette double mission est d'assimiler l'âme à la personne divine qui lui est envoyée. Or, comme le Fils, lumière éternelle, et le Saint-Esprit, amour éternel, ont été envoyés pour le monde entier, l'intention de Dieu est de s'assimiler le genre humain ; et, en se l'assimilant par la vérité et par la charité, de le déifier. Dans la pensée divine, cette mission n'est pas transitoire, mais permanente ; elle l'est, en effet, tant que l'homme n'y met pas fin par le péché mortel. Elle n'apporte pas seulement à l'âme les lumières du Fils et les dons du Saint-Esprit, mais le Fils et le Saint-Esprit en personne viennent habiter en elle (sur cette magnifique question de l'habitation de Jésus-Christ et du Saint-Esprit dans l'âme du juste, lire le beau livre de Mgr de Ségur : Jésus vivant en nous, ch. V et XIII.).
« Compléter l'œuvre du Verbe en faisant dans les cœurs ce qu'il avait fait dans les intelligences, achever ainsi la transformation de l'homme en Dieu : telle est la magnifique mission du Saint-Esprit. L'œuvre du Saint-Esprit est donc plus élevée que celle du Père et du Fils, puisqu'elle est le couronnement de l'une et de l'autre. Le Père crée, le Fils rachète, le Saint-Esprit sanctifie. La mission du Saint-Esprit est le dernier terme de la pensée divine (Mgr Gaume, t. II, ch. VII). »

Vous ne trouverez dans les créatures aucun don, de quelque nature qu'il soit, qui ne vienne du Saint-Esprit. (Saint Basile)

Macédonius, patriarche de Constantinople, fameux hérésiarque, osa soutenir que le Saint-Esprit n'était pas Dieu, qu'il n'était qu'une simple créature semblable aux anges, mais d'un rang plus élevé. Il fit endurer d'affreux supplices à un grand nombre de catholiques qui ne voulurent pas embrasser et professer son hérésie. Cette hérésie fut condamnée par l'Église dans le concile œcuménique de Constantinople, qui déclara que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ce concile fît ajouter à la suite des paroles du concile de Nicée Je crois au Saint-Esprit, les paroles suivantes : Qui est aussi Seigneur et qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. Macédonius mourut misérablement, vers l'an 361.

(Les sept dons du Saint-Esprit)


Reportez-vous à Moyens pour obtenir les sept dons du Saint-Esprit, Prière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humain, Promesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'Évangile, Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit, Prière pour demander la grâce de devenir parfait chrétien, Prière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâces, Quelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?, La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de Simon, Méditation pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son lit, Méditation pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démons, Méditation pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moi, Méditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé, Méditation pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, Méditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Veille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu, Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moi, Je vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites, Actes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demande, Méditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.












samedi 12 mars 2022

Le malheur du Monde en ce que le démon en est le Prince



Nous disons malheur au monde, parce que Jésus-Christ l'a dit ; et les malheurs que nous en écrivons, sont écrits dans son saint Évangile, et dans les divines Écritures des Livres canoniques. Si la narré de ces malheurs cause de l'horreur, c'est le Saint-Esprit qui en a disposé de la sorte, nous ne faisons qu'en suivre les expressions. On ne doit pas trouver étrange que l'on parle comme Dieu parle, et que l'on écrive comme les Apôtres et Évangélistes ont écrit. Dire que le diable est le Prince de ce onde, cette expression pourra sembler bien dure à quelques-uns ; cependant ce sont les propres paroles de Jésus-Christ Dieu.
C'est de la manière qu'il parle du Diable au Chapitre 12 de l'Évangile de saint Jean, qu'il appelle le Prince de ce monde. Son Apôtre, conformément à son divin Maître, nomme aussi les Démons, les Princes de ce monde et de ces ténèbres. Le Disciple bien-aimé, dans sa première Épître, parlant de la victoire des enfants de Dieu sur l'Antechrist, dit qu'il l'ont vaincu ; parce que celui qui est en eux, est plus grand que celui qui est dans le monde. C'est-à-dire que Jésus-Christ qui est en eux, est plus grand que l'esprit malin qui est le Prince et comme l'âme du monde impie. Il est même comme le père du monde pécheur. Jésus-Christ notre Sauveur déclare aux Juifs, dont il dit aussi qu'ils sont du monde, qu'ils sont les enfants du Diable, et qu'ils veulent accomplir les désirs de leurs pères. Le Saint-Esprit nous enseigne dans la première Épître de saint Jean, que celui qui pèche, est enfant du Diable. Il est même appelé Diable par le Fils de Dieu en la personne de Judas. Or le Démon a son trône dans le monde, il y est comme dans sa ville royale, où il donne ses lois, où il a sa cour, et ses plus fidèles ministres.
C'est là où il a conspiré la perte des hommes dès la création du monde ; c'est pourquoi notre Maître nous apprend qu'il a été homicide dès le commencement, faisant mourir Adam le premier homme. C'est ce qu'il a continué dans la succession de tous les siècles, et ce qu'il continue tous les jours. L'envie qu'il a de leur nuire, est inexplicable, aussi bien que les efforts qu'il fait contre eux, et les artifices dont il se sert pour les perdre.
Il leur fait une cruelle guerre, les combattant ouvertement par les tentations les plus grossières d'impureté, d'ivrogneries, de jurements, de querelles, de haines, d'injustices, de scandales. Ainsi saint Jean dans son Apocalypse vit sortir de la gueule d'un Dragon des esprits impurs en forme de grenouilles, qui paraissent de la sorte à cause de leur impureté, et des cris importuns qu'ils font, se servant des paroles et des raisonnements du monde, qui ne parle que de sensualité, que de vengeances, que des moyens d'acquérir des richesses, que d'ambition, d'orgueil et de curiosité : c'est pourquoi l'apôtre avertit de ne se pas laisser séduire par de vains discours.
Mais il exhorte à se fortifier en notre Seigneur et en sa vertu toute-puissante, et à s'armer de toutes les armes de Dieu, afin de se pouvoir défendre des embûches du Démon. Quand il s'agit de ses artifices, l'homme Apostolique veut que l'on s'arme de toutes pièces : car il use de tant de ruses pour attaquer les hommes, qu'il n'est pas possible de les dire. C'est pourquoi il a pris la forme d'un Serpent dès le commencement du monde, et il est appelé dans l'Apocalypse, l'ancien Serpent qui séduit tout le monde. Aussi l'Écriture remarque que le Serpent est le plus rusé de tous les animaux.
Il étudie les inclinations, et il tente conformément à la propre humeur, à la condition, et à l'état où l'on se trouve. Quelquefois il attaque par ce qui éclate et qui paraît grand aux yeux des hommes. C'est de la manière dont il tenta notre Seigneur lorsqu'il lui montra tous les Royaumes du monde, ce qu'il fit par des images formées en l'air, et qu'il lui dit : Je vous donnerai tout cela, si vous vous prosternez devant moi. Quelquefois il se sert du prétexte de la nécessité, comme il fit encore à notre Seigneur, lorsqu'ayant jeûné quarante jours et quarante nuits il eut faim, et il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres se changent en pain. D'autres fois il tente de présomption, comme on peut encore le remarquer dans la tentation de notre adorable Sauveur, lorsque l'ayant transporté dans la ville sainte, et l'ayant mis au haut du frontispice du Temple, il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas ; car il est écrit, qu'il a commandé à ses Anges de prendre soin de vous, et qu'ils vous porteront en leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez le pied contre quelque pierre. L'on peut voir ici que le Démon se servant de l'Écriture Sainte, il ne faut pas s'étonner si les Hérétiques, qui sont animés et conduits par son esprit, s'en servent si souvent en abusant malheureusement pour leur propre perte, et la perte des âmes qu'ils séduisent. Il a tenté Ève sous prétexte d'en faire une Déesse. Vous serez comme des Dieux, lui dit-il, en lui parlant d'Ève et d'Adam : il leur promet une science extraordinaire, et c'est la tentation dont il se sert à l'égard des beaux esprits, des gens de Lettres, des esprits curieux, qui sont tout plongés dans l'étude des sciences humaines, avec peu d'application à la science des Saints, qui se donne aux humbles, et que l'on acquiert par le dégagement des choses créées, l'exercice de l'oraison, et l'union intime avec notre Seigneur Jésus-Christ.
C'est aux pieds d'un homme Dieu crucifié que l'on devient savant dans cette science du Ciel, dont les gens de Lettres, qui ne sont pas mortifiés à eux-mêmes, sont dépourvus ; dont l'intérieur est sec et tout aride dans la privation des bénédiction de Dieu, par leur curiosité d'esprit, et l'application immodérée à l'étude : et l'on voit de ces gens-là qui auront de la peine à employer une heure dans l'oraison, qui passent les jours à la lecture des Livres : tentation assez ordinaire aux esprits, ou curieux, ou qui veulent paraître par leurs discours ou leurs écrits.
Ô qu'il est difficile aux doctes, dans la recherche de l'Histoire, et l'examen des difficultés qui s'y trouvent, dans la discussion des vérités dont l'on dispute, de n'y chercher que Dieu seul ! Qu'il est rare d'y conserver l'esprit d'oraison et de recueillement ! Et cependant à la mort que servira la curiosité des sciences ? Ô que la savante ignorance des personnes sans Lettres, qui auront eu la science des Saints, y aura d'avantages et de bénédictions ! Certainement tout est donné à la vraie humilité de cœur, au détachement et à l'union avec Dieu, grâces qui s'accordent par l'oraison et le recueillement. C'est pourquoi les Démons tâchent toujours de jeter dans les embarras d'occupations qui n'en laissent pas le temps. C'est à quoi même les personnes qui s'emploient dans les bonnes œuvres extérieures, doivent veiller ; car si elles ne prennent le temps pour se retirer et vaquer à Dieu, à la fin elles seront toutes dissipées. Un Prédicateur, un Missionnaire, qui de temps en temps ne fera pas quelque retraite, se répandra tout au-dehors, et perdra l'esprit intérieur.
C'est à quoi les Démons travaillent, qui savent bien que les œuvres éclatantes extérieures servent de peu, si elles ne sont animées de l'Esprit de Dieu. Ce sont des ennemis bien redoutables qui joignent avec la grandeur de leur esprit, qui ne trouve rien de semblable parmi les hommes, une force incroyable. Ce qui faisait dire à l'un d'eux à Saint Pacôme, qu'il n'y aurait point d'homme qui pût leur résister, s'il n'était soutenu de la vertu divine de Jésus-Christ, dont la providence ne leur permettait pas de ses servir de tout leur pouvoir. Ils ont de plus l'expérience de tous les siècles, ils sont invisibles, ils sont infatigables, ils reviennent toujours à la charge, ils ne se lassent jamais. C'est pourquoi il est dit dans l'Apocalypse : Malheur à vous, terre et mer, parce que le Diable est descendu vers vous dans une grande colère, sachant qu'il lui reste peu de temps. Ces paroles sont remarquables pour le temps de la mort.
Après tout, la plupart des hommes se laissent vaincre par ces malheureux esprits, et c'est pour ce sujet qu'ils sont appelés les Princes de ce monde. Et l'Écriture nous apprend que chacun est esclave de celui qui l'a vaincu. Ô dure servitude, que l'esclavage du Démon ! Jamais y a-t-il eu une tyrannie pareille, une cruauté semblable ? On en peut voir quelque chose en de certaines occasions dans les possédés : mais ce sera dans l'Enfer où ils exerceront leur tyrannie d'une manière inconcevable sur les malheureux damnés.
L'Apôtre nous apprend que dès ce monde les Démons tiennent captifs les pécheurs selon leur volonté. Vérité terrible, et dont le monde n'est point pénétré. Quelle horreur du pécheur de vivre sous la captivité du Diable selon sa volonté ! Ainsi il tombe d'abîme en abîme, de péché en péché. Ainsi quand on lui parle de quitter ses vices, ses passions, il répond qu'il ne saurait. Ô si les braves du monde, si ceux qu'on en appelle les Héros, qui sont dans le péché, savaient l'effroyable esclavage du Diable dont ils sont les captifs ! Ô si ces beaux Messieurs et ces belles Dames du monde qui s'étudient avec tant de soin à vivre en leur liberté, connaissaient la misérable servitude où ils sont réduits ayant le Démon pour tyran, qui les mène comme il veut ! si Dieu ouvrait les yeux pour découvrir ce qui se passe dans le monde, que l'on y verrait d'épouvantables choses ! Malheur à vous, dit le Saint-Esprit en Isaïe, qui traînez comme des cordes une longue suite d'iniquités. Ce sont les engagements différents dans le péché d'où se forme une chaîne qui entraîne les pécheurs dans le mal, et dont le Diable les tient garrottés.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


Reportez-vous à Prière pour demander à Dieu la victoire des tentations, Le malheur du monde en ce qu'il n'est point du Royaume de Dieu, Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit, Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans ses occupations, Des divertissements, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les devoirs des pères à l'égard de leurs enfants, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur l'Autorité, Le Malheur du monde pour les scandales, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.













vendredi 25 février 2022

Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit



Saint Augustin remarque très-bien, que comme le corps naturel de l'homme reçoit uniquement sa vie de l'âme qui l'anime ; de même tous les Chrétiens qui sont le corps mystique de Jésus-Christ, ne vivent tous que de son seul Esprit : et comme le corps naturel meurt à même temps que l'âme en est séparée, aussi le Chrétien tombe dans un état funeste d'une mort la plus horrible de toutes, lorsqu'il perd la grâce et l'amour de Jésus-Christ par le péché. C'est l'état malheureux du monde dans l'abandonnement à ses convoitises, dont l'on peut assurer ce que le Fils de Dieu ordonne de dire de sa part à l'Évêque de l'Église de Sardes : Je sais quelles sont vos œuvres ; vous avez la réputation d'être vivant, quoique vous soyez mort. Ô combien y en a-t-il dans le monde, qui sont des gens pleins d'une grande santé, qui passent leurs jours dans les divertissements et dans les plaisirs, qui se promettent de longues années, et qui devant Dieu sont véritablement morts ! Hélas ! c'est à quoi le monde pense peu, et c'est bien à quoi il devrait penser. Les soins de la santé du corps occupent presque tous les hommes. C'est ce que partout on se demande les uns aux autres. Dès qu'on se rencontre, la première chose dont il est question, c'est de la santé du corps. A l'abord on se demande, Comment vous portez-vous ? Mais combien y en a-t-il de ceux qui répondent qu'ils se portent bien, qui ont perdu la véritable vie, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ ? Combien y en a-t-il que l'on complimente sur leur bonne santé, à qui l'on devrait donner des larmes sur l'état de leur mort lamentable ? Ô mort infiniment affreuse aux yeux de Dieu et de ses Anges !
Or cette mort arrive, parce que le Saint-Esprit n'habite plus dans l'âme, qui est privée de la grâce sanctifiante par le péché, et qui n'en reçoit plus la véritable vie. Mais le malheur des malheurs du monde, est que non-seulement il n'a pas le Saint-Esprit, mais qu'il ne le peut recevoir. Ce sont les propres paroles du Fils de Dieu, en saint Jean au chapitre quatorze, qui promettant à ses Disciples le Saint-Esprit, leur déclara que le monde ne le peut recevoir ; c'est-à-dire, le monde demeurera dans la corruption, le monde ne cessant point d'être monde, de même que la nuit ne peut pas être le jour, et le jour la nuit. Il faudrait que le monde changeât d'esprits, de sentiments, de maximes, d'inclinations. L'esprit du monde et l'Esprit de Dieu ne sont pas seulement dissemblables, mais entièrement contraires : on ne peut les avoir ensemble, ils sont incompatibles.
C'est ce que saint Jacques, dans son Épître catholique, enseigne admirablement, par l'opposition de la sagesse qui vient du Ciel, de l'Esprit de Dieu, et la sagesse du monde. La sagesse qui vient d'en haut, dit cet Apôtre, est chaste, paisible, modeste, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres ; elle n'est point défiante ni dissimulée : et la sagesse du monde est une sagesse terrestre, sensuelle et diabolique.
La sagesse qui vient du Ciel, du Saint-Esprit, est chaste, paisible, modeste, et détachée de son propre sens : car elle est pure, et élevée au-dessus des sens, qui sait les mortifier et les vaincre, qui prend et se sert des moyens propres à les assujettir à la grâce, ainsi elle crucifie la chaire avec ses convoitises, et rend l'homme obéissant à Dieu, le tenant entièrement sous sa domination et son empire.
Elle est paisible, modeste, détachée de son propre sens, parce qu'elle fuit les contentions, elle se laisse facilement persuader, elle n'est pas opiniâtre, elle est prompte à se soumettre. Ces marques ont toujours servi de règle aux Saints et aux maîtres de la vie spirituelle, pour discerner si les personnes qui étaient en estime d'une sainteté singulière, avaient le véritable esprit de Dieu. Ainsi nous lisons des saints Solitaires, qui ayant appris la vie extraordinaire du bienheureux Siméon Stylite sur sa colonne, lui envoyèrent dire de leur part, qu'il eût à descendre de sa colonne, et à quitter le genre étonnant de vie qu'il menait, avec ordre, s'il résistait, de l'y obliger. Ces Pères ne trouvant point de marques plus assurées de l'esprit de Dieu, que la disposition à se soumettre ; et c'est ce qu'ils trouvèrent d'une manière admirable dans cet incomparable Saint, qui se mit en état d'exécuter l'ordre qu'il recevait, au même temps qu'on le lui eût proposé : et ce qui est très digne de remarque, c'est que ces Solitaires n'étaient pas ses supérieurs. C'est une maxime très-véritable, qu'il ne faut attendre rien de bon d'une personne qui est opiniâtre, propriétaire dans ses exercices de piété, quand elle ferait des miracles. L'Esprit de Dieu est un esprit de soumission et d'obéissance ; et non seulement de volonté, mais d'entendement : car le véritable obéissant ne veut pas seulement se soumettre en faisant ce qui lui est ordonné, mais il croit facilement que ceux qui lui commandent, ont raison, qu'ils sont plus éclairés que lui, qu'il se trompe dans ses pensées.
La sagesse du monde au contraire est terrestre, sensuelle, diabolique ; au lieu que celle de Die vient d'en haut, du Ciel. Celle-ci est toute de la terre ; c'est où elle prend son origine et ses progrès. Comme elle est toute dans l'estime des honneurs, des plaisirs, et des biens de la terre, c'est ce qui fait son occupation, comme nous l'avons remarqué, c'est à quoi elle s'applique, c'est ce qu'elle enseigne ; et ceux qui sont les mieux instruits dans ces affaires de la terre, qui inspirent plus les moyens d'y réussir, et qui y réussissent davantage, passent pour les plus habiles, ce sont les sages du monde. Bien loin d'être paisible, de posséder une véritable paix que Dieu seul donne, que l'âme seule possède, qui lui est entièrement unie, elle est toute dans les guerres qui viennent des cupidités, comme l'enseigne encore l'Apôtre saint Jacques, qui combattent dans le corps par la révolte des sens et des passions, par l'inclination aux voluptés, les membres servant d'armes au péché ; et au-dehors par les contestations et les querelles pour le bien et pour la gloire, qui sont les sources de toutes les guerres.
La sagesse du monde est sensuelle, toute animale, et par suite toute contraire à l'esprit. Dieu proteste dans l'Écriture, que son esprit ne demeurera plus dans l'homme, parce qu'il est chair : mais elle est diabolique, car elle vient du démon. Ainsi elle est fière, orgueilleuse, superbe ; elle marche en choses grandes, elle se porte à ce qui éclaire et ce qui est au-dessus d'elle. Ses yeux sont élevés, et son cœur enflé. Elle présume beaucoup d'elle-même, méprise facilement les sentiments des autres, pense toujours avoir raison, demeure propriétaire dans ses pensées, elle veut toujours l'emporter. Elle a un esprit dominant, une volonté dominante, elle préfère ses pensées à celles des autres, elle veut faire ce que ses pensées lui suggèrent. La superbe règne dans elle, comme dans le diable, d'où elle vient.
C'est cette sagesse diabolique qui est la source de toutes les hérésies, qui ont toutes un esprit particulier, opiniâtre, point de volonté à se soumettre, préférant leurs fausses lumières aux décisions des Papes et de l'Église, s'abusant quelquefois par quelques œuvres éclatantes d'aumônes, de retraite, d'austérités corporelles. C'est ce que l'on a vu dans plusieurs Pères du désert, qui ayant mené une vie angélique, se sont enfin perdus tombant dans l'hérésie, comme il est arrivé à plusieurs à l'égard de l'hérésie des Monothélites. Mais nous l'avons dit, et c'est ce que l'on ne peut jamais assez répéter ; jamais il ne faut attendre rien de bon d'une personne attachée à ses sentiments, opiniâtre dans ses pensées et ses actions, quand d'autre part elle ferait des miracles.
Malheur à vous, dit Dieu par le Prophète Isaïe, qui êtes sages à vos propres yeux, et qui êtes prudents en vous-mêmes. Et il dit en un autre lieu du même Prophète : Je ferai une merveille dans ce peuple ; car la sagesse des sages périra, et la prudence des hommes intelligents sera obscurcie. Malheur à vous qui vous retirez dans la profondeur de vos cœurs. L'Apôtre s'écrie, l'Écriture dit, J'arrêterai les sages dans leurs subtilités. Dieu a connu les pensées des sages, et en a découvert la vanité. Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la prudence des prudents. Où sont les Philosophes, les Docteurs de la Loi ? où sont les curieux des secrets de la nature ? C'est pourquoi il assure qu'il ne prêche point la sagesse de ce monde, ni des Princes du monde, c'est-à-dire des Démons. Il déclare que le Saint-Esprit dit clairement que quelques-uns renonceront à la foi, écoutant des esprits d'erreur, et des doctrines de démons ; voilà la sagesse diabolique.
Cette sagesse néanmoins terrestre, sensuelle et diabolique, est la sagesse du monde, si directement contraire à celle de Dieu ; que comme elle est une folie à ses yeux divins, selon la doctrine de l'Apôtre, de même la sagesse de Dieu est une folie aux yeux du monde. C'est par cette folie de la prédication, dit-il, qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui auront la foi : et il écrit de lui-même, qu'on le regardait comme un insensé. Il ne faut pas en être surpris, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, dont saint Marc l'Évangéliste, au troisième chapitre de son Évangile, rapporte que ses parents vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il a l'esprit aliéné. Après cela on ne doit pas s'étonner si ceux qui prêchent la pureté de son Évangile, qui enseignent que c'est un bonheur d'être pauvre, d'être misérable dans la vie présente, d'y avoir beaucoup de traverses et de contradictions ; que c'est un malheur d'être riche, et d'y avoir beaucoup d'honneurs et de plaisirs, et qui tâchent avec le secours de leur divin Maître, de prêcher plus ces vérités par leurs actions, que par leurs paroles, sont désapprouvés, sont méprisés, sont quelquefois moqués, si l'on s'éloigne d'eux, si la parenté, les familles les regardent comme des gens qui font tort à leur honneur. Cependant notre Apôtre écrit : Que nul ne se trompe soi-même. Si quelqu'un d'entre vous se croit sage selon le monde, qu'il devienne fou, c'est-à-dire qu'il renonce à la sagesse séculière, pour suivre les maximes du Fils de Dieu qui semblent folie.
Mais à qui le Seigneur donnera-t-il l'intelligence de la parole, dit le Prophète Isaïe ? à des enfants qu'on ne fait que de sévrer ? Ce ne sera pas aux superbes, mais ce sera à ceux qui ont la simplicité et l'innocence des enfants. Notre bon Sauveur rend grâces à son Père, de ce qu'il a caché les choses qu'il enseigne, aux sages et aux prudents ; car il les laisse dans leur aveuglement que leur cause leur orgueil, et de ce qu'il les a découvertes aux petits. Il ne les fait connaître et goûter intérieurement qu'aux simples et aux humbles. Il rend grâces à son Père, de ce que tel est son plaisir. Et saint Luc nous apprend que, lorsqu'il dit ces paroles, à cette heure-là même son esprit eut un transport de joie. Son plaisir, comme celui de son Père, est de s'entretenir avec les simples, et de leur découvrir ses secrets.
C'est ce qu'il a fait dès le commencement de l'établissement de l'Évangile, se communiquant à de pauvres pêcheurs, et se servant d'eux pour enseigner sa doctrine à toute la terre. C'est ce qu'il a fait dans la suite des siècles ; et on ne peut assez admirer les hautes et divines lumières qu'il a données aux Brigittes, aux Thérèses, et à d'autres personnes simples et sans lettres. Le Père Ribera de la Compagnie de Jésus, personnage d'une rare érudition, aussi-bien que d'une piété singulière, rapporte dans la vie qu'il a écrite de sainte Thérèse, que recevant plusieurs ordres de Dieu pour les dire de sa part, et la Sainte lui disant avec humilité, qu'elle s'étonnait de ce qu'il ne s'adressait pas aux doctes et savants, il lui répondit : Ma fille, ils ne me croiraient pas. Il parlait sans doute des doctes suffisants en eux-mêmes, et non pas des Savants qui sont humbles. Saint Jean, au Chapitre septième de son Évangile, écrit que les Archers envoyés par les Chefs des Prêtres et par les Pharisiens, étant retournés vers eux sans se saisir de la personne de notre Seigneur, et leur ayant dit, Jamais homme ne parla comme cet homme ; les Pharisiens leur répliquèrent, Êtes-vous aussi de ceux qui vous êtes laissés séduire ? Y-a-t-il quelqu'un des Magistrats ou des Pharisiens qui ait cru en lui ? ils ajoutèrent qu'il n'y avait que la populace. Il faut être humble, non seulement de paroles et à l'extérieur, mais il faut être humble de cœur pour recevoir l'esprit de Dieu et ses vérités. L'Apôtre saint Jacques dit de plus, que la sagesse qui vient du Ciel, n'est ni défiante ni dissimulée. Elle est toute sincère, elle fait marcher simplement sans aucuns détours. Elle parle comme elle pense, à la différence de la sagesse diabolique des hérétiques, qui cachent leur doctrine, qui la déguisent ; qui dans les apparences, quand ils craignent les Puissances Écclésiastiques ou Séculières, font profession des vérités catholiques, usant d'artifices, de restrictions, se réservant à se produire dans les temps qu'ils espèrent leur être favorables.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


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