C'est le propre des grandes choses, de celles qui sont extraordinairement belles et rares, d'attirer les yeux, et d'occuper l'esprit. Ainsi, vous verrez des gens qui y sont attachés avec plaisir, et qui ont de la peine à en retirer leurs yeux. Ah ! si cela est, comment ne point avoir d'application à la présence de Dieu, devant qui toutes les beautés les plus charmantes ne sont que de vilaines laideurs, devant qui tout ce qu'il y a de plus rare parmi les choses créées, soit dans la terre, soit dans le ciel même, ne mérite pas qu'on s'applique un moment à le regarder ? Est-il possible que ce Dieu qui fera toute l'occupation du Paradis, et dont l'occupation en fera la félicité, qui est un bonheur infini, soit ainsi dans l'oubli en ce monde ; et qu'étant partout, partout on ne le voie point ?
Mais dira-t-on, c'est qu'il est caché à nos yeux corporels. Réponse bien indigne de l'homme, qui n'a pas seulement un corps qui a des yeux, ce qui lui est commun avec les bêtes, mais une âme spirituelle, douée d'intelligence, qui lui fait discerner ce que les sens n'aperçoivent pas. Nous avons dit que plusieurs Philosophes, par la seule lumière naturelle, avaient connu la présence de la Divinité en toute chose. Mais réponse intolérable dans le Chrétien qui a reçu le don de la foi, qui est un œil spirituel qui lui découvre certainement la présence de Dieu qui est partout, et avec plus d'assurance que les choses qui sont plus présentes à ses sens. Est-ce donc que ce bel œil qui est même éclairé par la lumière divine, lui sera inutile, et qu'il n'en sera point d'usage ?
Quoi donc, il sera vrai que nous marcherons dans Dieu ; que si nous regardons, nos regards passent à travers de Dieu ; que si nous respirons, c'est en Dieu ; que l'être de Dieu est intimement présent à notre être, qu'il le pénètre, qu'il l'anime, qu'il le soutient, qu'il lui donne la vie, l'opération, et tout ce qu'il a, et que néanmoins nous ne le regarderons pas seulement, on n'y pensera pas ?
Cependant on regarde, on s'applique à tout ce qui tombe sous les sens, en sorte, dit saint Augustin, qu'il semble que l'homme soit devenu tout chair ; car il ne pense qu'à ce que ses yeux de chair lui découvrent. Étrange et malheureuse corruption ! Infâme extase bestiale, par la domination de la partie animale ! Ainsi, l'homme dépravé est tout occupé des choses sensibles, soit qu'il soit seul, soit qu'il soit en compagnie. Que l'on fasse réflexion sur l'occupation des hommes ; leur pauvre esprit n'est rempli que de créatures, de terre, et des choses de la terre, de maisons, de jardins, de bois, de rivières, d'ameublements, de chevaux, d'équipages, d'habits, d'honneurs, de plaisirs, et des biens temporels. C'est à quoi ils pensent, c'est ce qu'ils aiment. Voilà le sujet de leurs entretiens, la matière de leurs conversations, pendant, hélas ! que l'on passe sa vie dans la désoccupation du Créateur.
Un serviteur de Dieu, (et c'est ce que nous avons rapporté autre part, dans l'un des ouvrages que la divine Providence nous a fait donner au public) arrivant à Paris par la voie d'un carrosse public, entendant toutes les personnes de sa compagnie qui s'entretenaient des nouveaux bâtiments que l'on avait faits dans cette grande ville, et qui s'invitaient à la regarder. Hélas ! dit-il, et personne ne pense à dire que Dieu est ici, et personne ne pense à le regarder. Un autre faisant voyage sur l'eau dans un bateau plein de monde, comme quelques-uns ayant remarqué qu'il était tout pensif, et qu'il ne disait rien, lui en eussent demandé la cause ; hélas ! leur répondit-il, c'est que je pensais à l'intime présence de Dieu qui remplit ce bateau, et que personne n'y pense. Le même, dans plusieurs autres voyages, ne pouvait assez s'étonner, qu'il ne trouvait que des gens qui s'occupaient de tout ce qui se présentait à leurs yeux corporels, sans se souvenir de l'immense Majesté de Dieu qui remplit toutes choses. Mais ce qui le surprenait davantage, est que lorsqu'il leur montrait combien il était juste de s'y appliquer, une si grande vérité ne faisait aucune impression, ni sur leurs esprits, ni sur leurs cœurs. Ah ! disait-il en lui-même, il faut que l'esprit et le cœur de l'homme soient dans un épouvantable dérèglement ! On lui dit : voilà des bêtes, des maisons, des arbres : il les regarde, il en parle, il ne fait son entretien ; on lui dit : voilà Dieu, et il n'y pense pas, et il n'en parle point ! On plaignait la personne dont nous parlons, qui , dans un long voyage, se trouvait seule dans un carrosse public ; et elle ne pouvait assez admirer la l'aveuglement des gens qui ne considéraient pas qu'elle avait avec elle les trois Personnes divines de la suradorable Trinité. Si en passant par quelques lieux, et que l'on prît quelqu'un dans le carrosse, on lui marquait que ce lui serait une satisfaction d'avoir de la compagnie : ô pauvres aveugles, disait-elle en elle-même, j'en ai bien une autre ; et bien loin d'avoir du plaisir de celle des créatures, elles me donnent de la peine ; car elles ne servent qu'à divertir de celle du Créateur.
Ô qu'une âme qui découvrirait la présence de Dieu, y goûterait de délices, et qu'elle y trouverait de matière pour s'entretenir avec cette suprême Majesté ! Ô quelle différence entre la vie des sains Anachorettes, et celles des personnes qui vivent dans le siècle ! Les créatures du monde, à peine peuvent-elles supporter la retraite. Il leur faut toujours de la compagnie, et des divertissements qui ne sont que bagatelles. Elles passent leur vie à s'entretenir avec d'autres créatures leurs semblables, et une demi-heure que dure la célébration du très-saint Sacrifice de la Messe, leur paraît bien longue. On crie si un Prédicateur parle plus d'une heure des plus grandes vérités de la Religion. On dit qu'on a de la peine à s'entretenir avec Dieu l'espace d'une demi-heure ou d'une heure ; et cependant, où trouve-t-on de ces créatures du monde parfaitement contentes, même de celle qui jouissent davantage de ce que l'on y recherche le plus. Leurs jeux, leur bonne chère, leurs récréations, leurs plaisirs, leurs plus belles conversations, donnent-ils à leur cœur un repos entier ? C'est ce qu'ils ne peuvent faire, parce qu'ils n'ont rien de véritablement solide, ils ne sont qu'une pure vanité.
Au contraire les divins Solitaires, dans une entière séparation des créatures, sans avoir de conversation avec elles, sans leurs jeux, leurs divertissements, n'ayant que Dieu seul dans leurs déserts pour compagnie, qui était toutes leurs richesses, tout leur plaisir, possédaient une tranquillité que le monde ne connaît point. Une paix divine qui surpasse tout sentiment, demeurait dans leurs cœurs. Ils menaient une vie angélique, et ils commençaient à en goûter les joies célestes. Ô ! qui pourrait nous dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du divin Paul, Hermite, qui a vécu plus de quatre-vingts ans dans le désert, sans jamais y avoir vu ni parlé à personne ; car il y avait plus de quatre-vingts ans qu'il s'y était retiré lorsqu'il y fut visité par saint Antoine. Certainement sa vie a été une vie du Paradis, toujours dans la contemplation de la Divinité.
Malheur à nous, qui en sommes si peu occupés. Malheur à toi, ô monde, dans tes ténèbres, qui, ayant Dieu présent partout, et qui partout ne le regardes pas, et qui t'ennuies si-tôt dans le peu de temps que tu y penses, et que l'on te parle de sa suprême Majesté. Ô si tu savais quel honneur c'est que la permission qu'il nous donne de nous entretenir avec sa grandeur infinie, que ne serais-tu pas pour jouir d'un bien si divin ? Une âme éclairée voit bien que s'il fallait souffrir durant toute la vie pour avoir cette grâce seulement un moment, que ce serait peu de chose : et voici que nous pouvons, quand il nous plaît, et facilement avec le secours divin, jouir de cet honneur inestimable ; et nous le négligeons !
Ô vraiment, s'écriait la séraphique Thérèse, puisque mon Dieu est partout, je ne le laisserai pas sans avoir l'honneur de l'entretenir ! Certainement c'est une indignité insupportable à une chétive créature, de traiter de la sorte son Créateur. Hélas ! voudrait-on en user de cette manière avec une personne un peu considérable ? C'est ce qui paraîtrait insupportable à une créature, et il faut qu'un Dieu le souffre !
Mais d'où vient un aveuglement si excessif parmi les hommes ? C'est que les esprits sont aveuglés par la terre à laquelle ils sont attachés. Ô bienheureux ceux qui ont le cœur pur par le dégagement ; car ils verront Dieu. C'est à eux à qui il se manifeste avec des amours ineffables ; et c'est cette manifestation qui est le don de sa divine présence.
Toutes les créatures à la vérité, avec le secours de sa grâce, peuvent le voir partout, puisqu'il remplit tout de son immense Majesté. Mais dans la voie commune, il faut s'appliquer avec une attention spéciale pour découvrir son adorable présence. Les Chrétiens, avec la lumière de la Foi, s'y appliquent comme ceux qui cherchent quelque chose avec une chandelle durant l'obscurité de la nuit ; c'est avec une attention particulière, et avec peine. Mais il y en a à qui il se découvre par une lumière infuse, et qui marchent sans peine en sa présence, comme ceux qui cheminent pendant la clarté d'un grand jour, à qui les objets sont présents sans aucune difficulté. C'est le don que ce Dieu de toute bonté fait à ceux qui le servent en vérité, par un véritable renoncement à eux-mêmes, au monde, et à toutes les choses du monde. Il s'en est même trouvé qui ont eu ce don continuel : comme il est rapporté du saint Homme, le grand dévot de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, le vénérable Frère Alphonse Rodriguez, Religieux de la Compagnie de Jésus, comme lui-même l'assura un jour à plusieurs Pères de sa Compagnie, qui, disputant un jour sur ce sujet, estimaient que cela n'était pas possible. Mais ce qui ne l'est pas dans la voie ordinaire, l'est bien extraordinairement, quand il plaît à Dieu d'en faire la grâce.
Ce divin Souverain qui en est le Maître, en dispose comme bon lui semble. Toujours est-il vrai que ceux qui le cherchent le trouveront. Ainsi, le Chrétien, qui, se servant de la Foi, s'applique de temps en temps à son adorable présence, peu à peu avec son secours en aura la sainte habitude, et souvent s'en souviendra.
Il ne faut donc pas borner l'Oraison dans l'espace de nos Églises. L'Apôtre voulait qu'on priât Dieu en toutes sortes de lieux. Tout le monde, dit Saint Cyprien, est le Temple de la Divinité ; dans toute son étendue, l'on y trouve la société des trois Personnes divines de la suradorable Trinité, nous avons donc partout une belle compagnie. Que personne donc ne se plaigne de sa solitude. Que les Religieuses pensent à cette importante vérité, et leur retraite n'aura plus rien de rebutant pour elles ; et ce leur sera une peine d'aller aux parloirs. Les premières carmélites de la réforme de saint Thérèse, assuraient que ce leur était une espèce de martyre, quand elles étaient obligées de s'y rendre ; et leur grand soin était d'en sortir au plutôt. Que les pauvres, et les autres personnes délaissées se consolent, puisqu'elles ont avec elles ces Personnes divines qui font tout le bonheur du Paradis. Ô si elles savaient le don de Dieu ! Il est aisé de se passer des créatures quand on a le Créateur. Comment après cela désirer avec empressement la conversation des hommes, ou se plaindre d'en être privé ?
(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)
Reportez-vous à Dieu qui est partout, demande le respect intérieur, Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Dieu est présent partout, Fête de la Très-Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Prière à la Très Sainte Trinité, Méditation sur la Très-Sainte Trinité : Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Très-Sainte Trinité, Méditation pour le Dimanche de la Sainte-Trinité, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Aveuglement de l'homme, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. Méditation sur la présence de Dieu, Méditation sur l'oubli de la présence de Dieu, Méditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.
samedi 2 avril 2022
Dieu qui est partout demande que l'on se souvienne de sa divine présence
mardi 31 août 2021
Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable
| Saint Jérôme |
De tout ce que nous avons dit, il s'ensuit une chose digne de remarque ; c'est que mener une vie retirée, où l'on ne veut ni voir, ni parler, ni entendre parler que de choses nécessaires ou utiles au salut, et où on devient sourd, aveugle et muet aux choses du monde pour l'amour de Dieu, n'est pas une vie triste et mélancolique, mais plutôt une vie très-douce et très-agréable ; et d'autant plus douce, que le commerce et la conversation avec Dieu, vers lequel elle nous élève, a incomparablement plus de délices et de charmes, que la vie ordinaire de tous les hommes. « Que les autres, dit saint Jérôme, en jugent comme il leur plaira, car chacun s'en rapporte à ce qu'il sent ; pour moi, je regarde le monde comme une prison, et la solitude comme un Paradis. » Saint Bernard disait pareillement, qu'il n'était jamais moins seul, que quand il était seul ; que c'était alors qu'il se trouvait en meilleure compagnie, et qu'il était plus content, parce qu'il n'y a que le commerce avec Dieu, qui puisse donner un solide contentement à l'âme. Ceux qui ne savent ce que c'est que le commerce intérieur avec Dieu, et qui n'ont point de goût pour la spiritualité et pour l'oraison, trouveront cette sorte de vie triste et mélancolique ; mais cette vie, pour un véritable Chrétien, sera toujours remplie de consolation et de douceurs.
La joie intérieure, selon le sentiment même de la Philosophie païenne, est la seule qui soit solide : l'or le plus pur n'est point celui que l'on trouve sur la superficie de la terre, c'est celui qui est caché dans le fond de ses entrailles, dans ses veines les plus cachées : aussi le véritable contentement n'est point celui que l'on fait ordinairement paraître au-dehors dans ses paroles et dans les mouvements de son visage, car l'âme n'y a bien souvent aucune part ; c'est cette joie pure qui est renfermée au fond du cœur. La véritable joie et le véritable contentement consistent à avoir la conscience pure, à mépriser généreusement tout ce qui est périssable, et élever l'esprit au-dessus de toutes les choses de la terre.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
Reportez-vous à Circonstances que nous devons observer en parlant, Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection, Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.
samedi 21 août 2021
Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison
Le silence ne nous sert pas seulement à apprendre comment nous devons parler aux hommes, il nous sert aussi à apprendre à converser avec Dieu, à nous rendre hommes d'oraison. Saint Diadoque (Saint Diadochus, Évêque de Phatique en Illyrie, vers l'année 460 : on a un Traité de lui de la Perfection Spirituelle), en parlant du silence, dit que c'est une chose si excellente, qu'elle enfante toutes les saintes pensées. Si vous voulez donc être homme d'oraison, si vous voulez converser familièrement avec Dieu, si vous voulez n'avoir jamais que de saintes pensées, et vous rendre attentif aux inspirations du Ciel, gardez le silence, et tenez-vous dans un parfait recueillement. Car, ainsi qu'un grand bruit nous empêche d'entendre ce qu'on nous dit quand on nous parle, de même le bruit des paroles inutiles, et le tumulte des choses du monde, nous empêchent d'entendre les inspirations divines, et de discerner ce qu'elles demandent de nous. Dieu veut être en particulier avec l'âme, pour s'entretenir avec elle : Je la mènerai, dit-il, dans la solitude, et là je parlerai à son cœur : là je lui ferai sucer le lait des douceurs et des consolations spirituelles.
Comme Dieu n'a point de corps, dit Saint Bernard, et que c'est un pur esprit, c'est la retraite de l'esprit qu'il nous demande, non pas celle du corps. Car de quoi peut servir, dit Saint Grégoire, la retraite du corps sans celle de l'âme ? Ce que le Seigneur veut de vous, c'est que vous vous fassiez une solitude au-dedans de votre cœur, pour vous entretenir avec lui, et pour qu'il puisse se plaire à s'entretenir avec vous. Si vous renonciez aux conversations inutiles, dit Thomas à Kempis, si vous n'alliez plus sans nécessité de côté et d'autre, et si vous n'aviez plus cette vaine curiosité des affaires du monde, il vous resterait assez de temps pour l'employer à de saintes pensées ; mais si vous aimez trop à parler, si vous laissez continuellement dissiper votre cœur à tous les objets qui frappent vos sens, ne vous étonnez pas que le temps vous manque toujours, et que vous n'en ayiez pas même assez pour vos exercices ordinaires.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
Reportez-vous à Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.
mercredi 22 juillet 2020
GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE (pour adulte), contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la Doctrine Chrétienne, Leçon LII : De la liberté de l'Église, et de la vie Monastique
PREMIÈRE PARTIE
Contenant en abrégé l'Histoire Sainte et la Doctrine Chrétienne
LEÇON LII
De la liberté de l'Église, et de la vie Monastique
Après trois cents ans de souffrances, Dieu donna la paix à son Église sous l'Empereur Constantin, qui embrassa la foi chrétienne. Cette liberté rendit plus solennellement les prières publiques, et les assemblées des fidèles, qu'il fallait souvent faire la nuit et en cachette du temps des persécutions. On fit aussi des édifices plus magnifiques, on augmenta le nombre des ornements et des vases sacrés ; on donna de grandes richesses aux Églises pour l'entretien du luminaire et des bâtiments, et pour la nourriture des clercs et des pauvres. L'on fonda des hôpitaux de toutes sortes, mais en même temps la vertu commença à se relâcher dans le commun des chrétiens. Comme il n'y avait plus de péril à l'être, plusieurs en faisaient profession sans être bien convertis, ni bien touchés du mépris des plaisirs, des richesses et de l'espérance du ciel. Ainsi ceux qui voulurent pratiquer la vie chrétienne dans une plus grande pureté, trouvèrent plus sûr de se séparer du monde, et de vivre en solitude. On les appela Moines, c'est-à-dire, seuls ou solitaires. Les plus parfaits furent en Égypte, où saint Antoine commença à les faire vivre en communauté, et à rendre plus fréquente cette manière de vie, dont quelques particuliers avaient conservé la tradition depuis le commencement de l'Église ; car il y avait toujours eu quelques chrétiens, à qui le désir d'une plus grande perfection faisait pratiquer une vie fort austère, et retirée, à l'exemple de saint Jean-Baptiste et des Prophètes. Les Moines vivaient dans de grands déserts, où ils bâtissaient pour se loger, des pauvres cellules, et ils passaient le jour à travailler, faisant des nattes, des paniers, et d'autres ouvrages faciles, et méditant l'Écriture sainte. Ils jeûnaient tous les jours, ne prenant leur nourriture que vers le soir, et ne vivant la plupart que de pain et d'eau. Ils s'assemblaient pour prier le soir et la nuit. Ils dormaient peu, gardaient un grand silence, et s'exerçaient continuellement à toutes sortes de vertus. Leur travail suffisait, non-seulement pour les nourrir, mais encore pour fournir à de grandes aumônes. Ils obéissaient parfaitement à leurs Supérieurs, quoiqu'il y en eût quelquefois plusieurs milliers sous un même Abbé ; car en peu de temps ils multiplièrent extrêmement. Il y eut des femmes qui embrassèrent aussi cette manière de vie. Dès le commencement du christianisme, il y avait toujours un grand nombre de vierges et de veuves qui se consacraient à Dieu. Et quand l'Église fut en liberté, il s'en forma de grandes Communautés de Religieuses, et dans les villes et dans les solitudes. Il y a eu plusieurs saints qui ont fait des règles de la vie monastique pour les hommes et pour les femmes. Mais celle qui a été la plus suivie en Occident, est celle de saint Benoît, qui vivait en Italie au commencement du sixième siècle.
Fin de la première Partie.
Reportez-vous à Leçon I : De la Création, Leçon II : Du péché, Leçon III : De la corruption du Genre humain et du déluge, Leçon IV : De la Loi de Nature, Leçon V : Du Patriarche Abraham, Leçon VI : Des autres Patriarches, Leçon VII : De la servitude d’Égypte, Leçon VIII : De la Pâque, Leçon IX : Du voyage dans le désert, Leçon X : Des dix Commandements, Leçon XI : De l'alliance de Dieu avec les Israélites, Leçon XII : Des infidélités du peuple dans le désert, Leçon XIII : Des derniers discours de Moïse, Leçon XIV : De l'établissement du peuple dans la terre promise, Leçon XV : De l'Idolâtrie, Leçon XVI : De David et du Messie, Leçon XVII : De Salomon et de sa sagesse, Leçon XVIII : Du Schisme des Tribus ou de Samarie, Leçon XIX : Des Prophètes, Leçon XX : Des Prophéties, Leçon XXI : De la captivité de Babylone, Leçon XXII : Du rétablissement des Juifs après la captivité, Leçon XXIII : De la persécution d'Antiochus et des Macchabées, Leçon XXIV : De l'état où était le monde à la venue du Messie, Leçon XXV : Comment le Messie était attendu des Juifs, Leçon XXVI : De la Naissance de Jésus-Christ, Leçon XXVII : De l'enfance de Jésus-Christ, Leçon XXVIII : De Saint Jean-Baptiste, Leçon XXIX : De la vocation des Apôtres, Leçon XXX : Des miracles de Jésus-Christ, Leçon XXXI : Des vertus de Jésus-Christ, Leçon XXXII : De la Doctrine de Jésus-Christ et premièrement de la Trinité et de l'Incarnation, Leçon XXXIII : De l'amour de Dieu et du prochain, Leçon XXXIV : Des Conseils, de la Grâce et de la Prière, Leçon XXXV : De l'état des Fidèles dans la vie présente, Leçon XXXVI : De la vie du siècle futur, Leçon XXXVII : Des ennemis de Jésus, Leçon XXXVIII : De la Cène de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XXXIX : De la Passion de Jésus-Christ, Leçon XL : De la mort de Jésus-Christ, Leçon XLI : De la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, Leçon XLII : De la descente du Saint-Esprit, Leçon XLIII : De l’Église de Jérusalem, Leçon XLIV : De la Persécution des Juifs, et de la Conversion des Samaritains, Leçon XLV : De la Conversion des Gentils, Leçon XLVI : De la Fondation et de la Subordination des Églises, Leçon XLVII : De la Tradition, de l'Écriture et des Conciles, Leçon XLVIII : De la ruine de Jérusalem, Leçon XLIX : De la vie des Apôtres, Leçon L : Des Persécutions, Leçon LI : Des Confesseurs et des Martyrs, Du dessein et de l'usage de ce Catéchisme, Première partie du Petit Catéchisme Historique, contenant en abrégé l'Histoire Sainte, Deuxième partie du Petit Catéchisme Historique, contenant en abrégé l'Histoire Chrétienne.
vendredi 17 juillet 2020
Conduite à tenir à l'égard des tentations
| Job le patient (Seghers) |
Après avoir parlé de l'utilité et même de la nécessité des tentations, il faut dire quelque chose de la manière dont on doit se conduire à l'égard des tentations. Ce point, qui est tout pratique, n'est pas un des moins importants de la vie spirituelle. On en a fait des traités entiers ; je me bornerai à l'essentiel.
Les tentations sont différentes selon l'état des personnes, et c'est à quoi il faut faire une grande attention pour apprendre à les bien discerner. Les tentations du commun des chrétiens les portent au mal sous l'apparence de quelque bien sensible. Celles-là sont aisées à reconnaître : et, comme elles ne regardent pas les personnes qui se sont données tout à fait à Dieu, pour lesquelles j'écris, je n'en dirai autre chose, sinon que l'unique moyen de se mettre à l'abri des tentations est de se proposer fermement d'être attentif et fidèle à la grâce jusque dans les moindres choses, d'éviter non-seulement le péché mortel et les occasions qui nous y portent, mais encore le péché véniel et jusqu'à la plus légère apparence du péché. Quiconque a pris généreusement ce parti, et s'est mis en devoir de l'exécuter, n'est plus exposé à ce genre de tentations, qui n'a d'autre fondement que l'indétermination de la volonté, flottante entre la vertu et le vice.
Lorsqu'on s'est donné pleinement et efficacement à Dieu, il nous laisse pour l'ordinaire jouir assez longtemps d'un certain calme, et il ne permet pas au démon de nous troubler, voulant nous donner le temps de prendre des forces et nous mettre en état de résister aux attaques. Mais, comme la vertu a besoin d'exercice pour s'affermir, les tentations viennent quand Dieu le juge à propos ; et l'âme y donne occasion, parce qu'elle écoute son propre esprit et qu'elle réfléchit trop sur elle-même.
L'objet de ces tentations est : 1° de nous retirer du bien sous l'apparence du mal. Par exemple, le démon essayera d'éloigner une âme de la communion par la crainte de communier indignement, ou sous prétexte qu'elle n'en profite pas. Cette crainte n'est qu'une crainte vague qu'il imprime dans l'imagination, et l'on doit la mépriser. Ce prétexte n'a lieu que parce qu'on veut juger par soi-même du profit de ses communions, et c'est ce qu'on ne doit jamais faire.
2° De nous détourner du bien sous prétexte de perte de temps et d'oisiveté. Cela arrive surtout à l'égard de l'oraison, lorsqu'il n'y a plus ni bonnes pensées, ni affection, et qu'on y est assiégé de distractions. On croit alors ne rien faire, et l'on est tenté ou de quitter l'oraison, ou de revenir à la méditation. C'est une illusion qu'il faut combattre. L'oraison est la mort de l'amour-propre, et elle ne commence à produire cet effet que quand elle est sèche, distraite, sans goût ni consolation.
3° De nous proposer un autre bien que celui que Dieu veut de nous. Par exemple, Dieu nous porte à la retraite, à la solitude, à jouir de lui dans le repos et le silence. Et, sous prétexte de zèle, de charité, d'édification du prochain, on voudra se jeter dans les bonnes œuvres, dans les rapports du dehors ; on voudra même se mêler de gagner des âmes à Dieu. Tentation fréquente, à laquelle il faut résister, en attendant que Dieu lui-même nous fournisse les occasions de servir le prochain, et en ne s'y ingérant jamais de son chef.
4° Le démon tente encore ces âmes du côté de l'obéissance, soit en leur donnant de fâcheuses impressions sur leur directeur, soit en leur persuadant qu'il se trompe, ou qu'il excède son autorité. Sur cela je n'ai qu'une chose à dire : quand on a eu des preuves suffisantes (et on les a toujours au commencement) que le directeur est un homme de bien, éclairé, conduit par l'esprit de Dieu, il faut lui obéir en tout comme à Dieu même, ne se permettre jamais de le juger, et ne rien écouter qui puisse affaiblir la bonne opinion qu'on a de lui. J'excepte les cas où il serait d'une évidence palpable et notoire qu'il se conduit mal, et ces cas sont aisés à reconnaître.
Les tentations des âmes plus avancées sont d'un autre ordre, et ce sont plutôt des épreuves que des tentations. Dieu, qui veut les humilier, les purifier, les anéantir, permet au démon de les tenter violemment sur la pureté, sur la foi, sur l'espérance et sur la charité soit de Dieu, soit du prochain ; il permet un soulèvement et un déchaînement universel ; il permet même des fautes extérieures et apparentes, auxquelles l'âme croit avoir consenti, quoiqu'elle soit très-éloignée de le faire.
C'est surtout dans ces tentations que la conduite d'un directeur habile est nécessaire, et qu'on a besoin d'une parfaite obéissance de jugement et de volonté ; car l'âme alors est tellement troublée, l'entendement tellement obscurci, qu'elle est incapable de juger sainement de ce qui se passe en elle, et il faut absolument qu'elle s'en rapporte au jugement d'autrui. Ce qu'elle a donc à faire, et ceci est essentiel, c'est de ne rien cacher à son directeur, mais de lui dire fidèlement, sans crainte, sans honte et avec simplicité, tout ce qu'elle éprouve ; de lui en laisser le jugement sans interposer le sien, sans contester avec lui ; de s'en tenir sans examen ni réflexion à ce qu'il aura décidé, et de faire ensuite sans hésiter tout ce qu'il aura ordonné ; nonobstant toute crainte, toute assurance même prétendue qu'on a offensé ou qu'on va offenser Dieu. Ces états sont étranges sans doute, et la conscience y souffre de terribles perplexités. Mais Dieu ne les permet que pour faire mourir l'âme à tout esprit propre, à toute volonté propre, à tout intérêt propre ; et il n'y a pas d'autre moyen de les passer qu'une obéissance aveugle, une fidélité, un désintéressement à toute épreuve.
Outre ce que je viens de dire sur la manière dont on doit se comporter dans les diverses tentations, il y a quelques règles générales à observer avant, pendant ou après les tentations.
Avant la tentation, il ne faut ni la craindre, ni même y penser, ni prendre aucune mesure pour la prévenir et l'empêcher : j'entends les tentations d'épreuve, où l'âme est purement passive ; mais se tenir comme un enfant entre les bras de Dieu, mettant en lui toute sa confiance, et attendant tout de son secours. La grande préparation est une fidélité inviolable à la grâce, un courage généreux à se combattre et à se surmonter en toutes choses ; car plus la nature est domptée, moins la tentation a de prise sur nous ; le démon n'est fort contre nous que par notre amour-propre.
Dans le temps même de la tentation il faut la laisser passer comme un nuage orageux, se tenir bien attaché à Dieu, et ne se relâcher en rien de ses exercices ordinaires. Ainsi, fût-on assailli des pensées les plus horribles à l'oraison, il ne faut point la quitter que le temps ne soit rempli ; encore moins faut-il renoncer à la communion sous prétexte de pensées impures ou blasphématoires qui viennent nous assaillir à ce moment. C'est d'ordinaire ce temps que le démon choisit pour nous tourmenter. Faisons-nous une loi de ne jamais lui céder, avec quelque violence qu'il nous presse. Résistez au diable, dit saint Jacques, et il s'enfuira de vous. Il ne tient pas contre une âme qu'il voit ferme et inébranlable ; et il se retire chargé de confusion. Si le directeur a prescrit quelque pratique pour le temps de la tentation, il faut y être fidèle, parce que Dieu bénit toujours l'obéissance.
Quand le moment de la tentation est passé, il faut jouir du calme qu'elles nous laisse, sans examiner si l'on a consenti ou non : cela ne servirait qu'à nous troubler et à nous décourager. Car il est certain que ce n'est point par la manière dont l'âme est affecté dans la tentation, qu'elle peut juger si elle y a résisté ou succombé intérieurement. Elle est trop agitée alors, pour pouvoir discerner ce qui est libre ou ce qui ne l'est pas. C'est la conduite habituelle qu'elle tient lors de la tentation, qui peut seule décider infailliblement de sa victoire ou de sa chute. Si elle est humble, docile, obéissante, exacte à toutes ses pratiques, fidèles à se renoncer, Dieu ne permettra jamais qu'elle succombe ; et c'est sur cette règle que le confesseur doit prononcer et rassurer l'âme, s'il est à propos de le faire. Il faut donc qu'elle lui rende un compte fidèle de ce qu'elle a éprouvé, n'ajoutant ni ne diminuant rien, donnant pour certain ce qu'elle croit certain, pour douteux ce qu'elle croit douteux. Le reste regarde le directeur.
Ce qu'elle doit s'interdire par-dessus tout, ce sont les raisonnements et les réflexions sur la tentation et ses circonstances. Elle ne doit y penser que pour en parler au directeur, et hors de là ne s'en occuper jamais volontairement.
(Extrait du Manuel des âmes intérieures)
Reportez-vous à Du moi humain, Des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.
dimanche 5 juillet 2020
Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous
| Saint Arsène |
Toutes les âmes que Dieu destine à la vie intérieure, ne sont pas appelées, comme saint Arsène, à fuir le monde pour se retirer dans la solitude ; mais toutes sont appelées à user de ce monde comme si elles n'en usaient pas, à s'en détacher d'esprit et de cœur, à n'avoir avec lui que les rapports indispensables ; en un mot, à éviter dans son commerce tout ce qui peut les éloigner de Dieu. Ce détachement va beaucoup plus loin et est beaucoup plus difficile qu'on ne pense. Il ne suffit pas d'éviter tout ce qui est péché et tout ce qui porte au péché, il faut encore éviter tout ce qui peut satisfaire les sens, la curiosité, l'estime de soi-même, le désir d'être loué, approuvé, considéré ; tout ce qui est capable de nous dissiper, d'attirer l'âme vers les objets extérieurs, de la faire sortir d'elle-même et de ce centre où Dieu habite. On ne saurait s'observer de trop près là-dessus, parce que nos rapports extérieurs sont la principale source de nos fautes, et la cause la plus ordinaire de notre peu de progrès dans la vie spirituelle.
Ce qui fait la grande difficulté de ce parfait détachement, c'est la pente prodigieuse de notre âme à se répandre sur les objets créés, à s'en laisser séduire, à y chercher son repos, à y attacher une solidité, une réalité qu'ils n'ont pas. Triste effet du péché originel dans les âmes même les plus innocentes, à plus forte raison dans celles qui ont eu le malheur d'offenser Dieu.
C'est encore l'amour de nous-mêmes et le désir que nous avons d'être aimés et estimés des autres. Pour en être aimés, il faut les aimer et aimer ce qu'ils aiment. Pour en être estimé, il faut les estimer ; il faut penser, il faut parler, il faut agir comme eux. Voilà la loi qu'impose le monde, la loi dont l'amour-propre nous fait un devoir, et à laquelle on sacrifie la loi de Dieu, les maximes de l'Évangile, les lumières de la raison et de la conscience.
Si l'on voit le monde autrement que par nécessité, par une absolue bienséance, et en se prémunissant intérieurement contre sa séduction, il est impossible que, soit par complaisance, soit par respect humain, soit par entraînement, on ne se conforme à ses jugements, à ses idées toutes naturelles, tout humaines et charnelles ; qu'on n'approuve, ou du moins qu'on n'excuse dans autrui ce que Dieu condamne, parce qu'on se rendrait ridicule si l'on pensait autrement que les autres, et si l'on osait opposer l'Évangile aux maximes reçues dans le monde.
Que faire donc pour pratiquer cette fuite du monde, si nécessaire et si recommandée ! Il faut le regarder comme le plus grand ennemi de la foi chrétienne, comme le plus dangereux séducteur, parce qu'il s'entend toujours avec notre amour-propre. Il faut s'en retirer le plus qu'il est possible, rompre toutes les liaisons inutiles, et qui n'ont pour objet que l'amusement ; il faut se taire beaucoup dans les compagnies, s'abstenir de dire son sentiment, et, lorsqu'on se croit obligé de le dire, le faire hautement et sans respect humain, se souvenant de cette parole de Jésus-Christ : Quiconque aura rougi de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père.
Garder le silence extérieur et intérieur. C'est un abus de croire que la pratique du silence ne convienne qu'aux âmes consacrées à Dieu dans le cloître. Elle est nécessaire à quiconque veut devenir intérieur ; et ce n'est pas pour les seuls religieux que Jésus-Christ a dit qu'au jour du jugement on rendra compte de toute parole oiseuse. La démangeaison de parler est la marque infaillible d'une âme légère et dissipée. Je défie qu'au sortir d'une conversation inutile, on rentre aisément dans le recueillement, on fasse l'oraison ou quelque lecture spirituelle, avec la paix et le calme requis pour en profiter.
Mais ce n'est pas assez de garder le silence avec les autres ; il faut le garder avec soi-même, ne point s'entretenir avec son imagination, ne point se rappeler ce qu'on a dit ou entendu, ne point s'occuper de pensées inutiles, qui roulent sur le passé ou sur l'avenir. Quel moyen que Dieu se fasse entendre à une âme au milieu d'une si grande dissipation intérieure ? Et, si elle se permet de se promener ainsi sur toutes sortes d'objets, comment pourra-t-elle se recueillir pour prier ? Ce n'est pas une petite chose que de se rendre maître de son imagination, au point de la fixer sur le présent, sur ce qu'on fait actuellement, et de ne pas s'arrêter volontairement à cette foule de pensées qui nous passent continuellement dans l'esprit. Je sais qu'il ne nous est pas libre de ne point avoir ces sortes de pensées, mais il nous est libre de ne point y attacher notre cœur, de les mépriser et de n'en tenir aucun compte. Il nous est libre, lorsqu'elles sont la suite de quelque peine, de quelque révolte de l'amour-propre, de quelque désir, de faire à Dieu le sacrifice de cette peine, d'apaiser cette révolte, de réprimer ce désir. L'exercice de la mortification intérieure est un moyen efficace, mais unique, de parvenir à ce parfait silence de l'âme, qui nous dispose à une intime communication avec Dieu.
Enfin, fixer en Dieu les agitations de son esprit et de son cœur. En vain chercherait-on le repos hors de Dieu ; il n'est et ne peut être qu'en Dieu, et en Dieu seul. Ce n'est point en s'agitant, en s'empressant ni en agissant beaucoup qu'on parvient à se reposer en Dieu, c'est en faisant tomber toute agitation, tout empressement, toute activité, pour donner lieu à l'action de Dieu. Dieu est toujours agissant et toujours tranquille. L'âme unie à Dieu participe également à son action et à son repos. Elle agit toujours, lors même qu'elle ne s'en aperçoit pas; mais elle agit avec une grande paix. Elle ne prévient point l'action de Dieu, mais elle attend que Dieu la prévienne ; elle se meut sous l'impression divine, comme la main d'un enfant qui apprend à écrire se meut sous l'impression de la main de son maître. Si cet enfant n'a pas la main souple et docile, s'il veut former les traits de lui-même, il écrira mal. Cet enfant agit sans doute en écrivant, mais son action est dirigée par celle du maître. Le repos de cet enfant ne consiste pas à ne point mouvoir la main, mais à ne pas la mouvoir de lui-même, et à suivre l'impression qui lui est donnée.
Il en est ainsi de l'âme sous l'action de Dieu. Elle n'est point oisive un seul instant, comme l'imaginent ceux qui n'ont pas une vraie idée du repos en Dieu ; mais Dieu lui donne le branle et gouverne son action. Il est vrai que l'action de Dieu, ainsi que celle de l'âme, est quelquefois imperceptible, mais elle est toujours réelle ; seulement elle est alors plus directe, plus intime, plus spirituelle. Dans l'état même naturel, combien d'actes intérieurs que nous n'apercevons pas, et qui sont pourtant le principe de nos actions extérieures ? Je regarde, je parle, je marche, je détourne les yeux, je me tais, je m'arrête, parce que je le veux, et habituellement je ne fais pas attention à cet exercice continuel de ma volonté. À plus forte raison cela a-t-il lieu dans l'état surnaturel. On prie sans penser que l'on prie ; le cœur est uni à Dieu, et il ne s'aperçoit pas de cette union. Il ne faut donc pas dire qu'on ne fait rien et qu'on perd son temps dans l'oraison de repos ; mais il faut dire qu'on y agit d'une manière très réelle, quoique très-secrète, où l'amour-propre ne trouve rien qui le nourrisse, qui l'attache, qui le rassure. Et c'est en cela même que consiste l'avantage de cette oraison : elle est la mort et la destruction de l'amour-propre ; elle est le principe de la perte de l'âme en Dieu. Tant que l'âme croit connaître son état, tant qu'elle croit savoir où elle en est, elle ne se perd pas : elle a des points d'appui. Quand est-ce qu'elle commence à se perdre en Dieu ? C'est lorsqu'elle n'a plus rien de sensible, lorsqu'elle ne voit plus rien dans son intérieur, lorsqu'elle ne se permet plus d'y regarder, et que, ne faisant plus aucune réflexion sur elle-même, elle demeure abandonnée à la conduite de Dieu. Dieu la mène par degrés dans cette voie de perte, et la conduit par cette oraison insensible, jusqu'à ce que ne trouvant plus aucune ressource, ni en elle-même ni dans aucun homme, elle établisse uniquement sa confiance en Dieu, et qu'elle dise comme Jésus-Christ en croix, abandonné des hommes, et en apparence de son Père : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains ; je le remets pour tout ce qu'il vous plaira faire de moi dans le temps et dans l'éternité.
C'est à ce grand acte si glorieux à Dieu, si utile à l'âme, que conduit l'oraison de repos, bien entendue et bien pratiquée. De soi-même on ne peut s'y mettre, de soi-même on ne peut y avancer ; mais, lorsque Dieu nous y introduit, il faut avoir le courage de le suivre et de persévérer jusqu'au bout. Cela est donné à bien peu d'âmes ; et sainte Thérèse se plaint que la plupart renoncent à l'oraison de repos, lorsqu'elle cesse d'être sensible et aperçue, c'est-à-dire lorsqu'elle commence à être très-profitable à l'âme par la mortification de l'amour-propre.
Ne soyons pas de ces âmes lâches et intéressées, qui, dans le service de Dieu, ne cherchent qu'elles-mêmes ; mais n'y cherchons que Dieu, nous le trouverons, et, avec lui, la source de tous les biens.
(Extrait du Manuel des âmes intérieures)
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samedi 30 mai 2020
Veille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir
MÉDITATION POUR LE SAMEDI, VEILLE DE LA PENTECÔTE
Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir. (S. Jean, 14).
I. Considérez que les Apôtres réunis demeurèrent en retraite dans le Cénacle, depuis que Notre-Seigneur fut monté au ciel, attendant la venue du Saint-Esprit, suivant la promesse qu'il leur avait faite ; et quoiqu'ils eussent une ferme foi et une espérance assurée que cette promesse aurait son effet, ils ne laissèrent pas de s'y disposer par divers exercices spirituels, et particulièrement par la persévérance dans l'oraison.
Apprenez, de leur exemple, que, pour vous disposer à recevoir le Saint-Esprit, vous devez vous recueillir intérieurement dans la solitude spirituelle de votre cœur, et vous adonner avec dévotion et persévérance à la prière et à la méditation. Examinez si vous vous préparez aussi saintement.
II. Considérez qu'une disposition bien nécessaire pour recevoir l'Esprit de Dieu, c'est de se détacher entièrement de l'esprit du monde ; car Jésus-Christ nous déclare que le monde n'est pas capable de recevoir ce divin Esprit.
Voyez donc s'il ne reste point en vous quelque chose de cet esprit du monde ; si votre cœur n'est point conduit par quelque vanité cachée, s'il n'a point d'affection pour les choses terrestres ; et si vous trouvez encore en vous quelque reste de ce mauvais esprit, renoncez-y absolument, et demandez à Jésus-Christ la grâce de vous en séparer pour jamais, afin qu'ayant reçu son Saint-Esprit, il demeure, suivant sa parole, éternellement avec vous.
III. Considérez que les Apôtres et les Disciples, attendant le Saint-Esprit, étaient en la compagnie de la très sainte Mère de Jésus, persévérant avec elle en oraison ; et il n'y a point de doute que les prières de cette Mère de miséricorde n'aient beaucoup contribué pour avancer la venue de ce divin Esprit, et pour leur obtenir une plus abondante communication de ses grâces.
Mettez-vous en esprit en la compagnie de cette très sainte Vierge, et conjurez-la instamment de vouloir bien, par ses prières et son intercession toute-puissante, suppléer à toutes les dispositions qui vous manquent, pour que vous méritiez de recevoir dignement le Saint-Esprit.
PRATIQUES
1° Unissez-vous en esprit à la sainte Vierge et aux Apôtres dans le Cénacle.
2° Entrez dans les sentiments de désir et d'amour qui les animaient.