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dimanche 13 décembre 2020

Description de la sainte Crèche, Son histoire, Cérémonie de l'Adoration




LETTRE AUX ENFANTS DES CATÉCHISMES DE PERSÉVÉRANCE

25 décembre, 7 heures du soir.


Sur les dix heures de la matinée, dans l'immense basilique de Saint-Pierre, le Souverain Pontife a célébré la messe solennelle du jour de Noël. En vérité, il faut avouer, mes enfants, que si, cette nuit, la messe de Sainte-Marie-Majeure exprimait la fête de la divine naissance dans ce qu’elle a de plus suave et de plus délicieux pour l'âme, ce matin, la cérémonie de Saint-Pierre l'a fait rayonner de tout l'éclat et de toute la pompe aussi bien que de toute la majesté du culte catholique. Toutefois, je ne vous dirai rien, dans cette lettre, de cette messe pontificale ; je remets à vous la décrire à la Semaine-Sainte, où elle trouvera plus naturellement sa place. Aujourd'hui, je veux que rien ne vous distraie de la pensée de la sainte Crèche du Sauveur, que Rome a le bonheur de posséder, et qu’elle conserve dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, comme l'un de ses plus riches trésors, et je vais vous raconter sur elle tout ce qui peut vous intéresser.
Vous n'ignorez pas que l'on nomme crèche l'espèce de mangeoire où l'on met, dans les étables, le foin et la nourriture des animaux ; et ainsi, vous le voyez, il s'agit d'un objet bien misérable en apparence, mais qui est devenu plus précieux que les plus grandes richesses du monde, par le contact qu'il eut avec le Sauveur naissant.
L'on pense généralement que la crèche qui reçut Notre-Seigneur et lui servit de premier berceau était en pierre, mais qu'elle était garnie au-dedans d'une espèce de boîte en bois, qui, d'après plusieurs écrivains, aurait été construite à la hâte par saint Joseph, afin que le corps de l'enfant Jésus ne reposât pas sur la pierre. Ainsi, la crèche du Sauveur était composée de deux parties.
La première, c'est-à-dire la crèche de pierre, est encore, en partie du moins, à Bethléem ; on la vénère dans la sainte grotte de la naissance du Sauveur ; elle est entourée de marbre et décorée de riches ornements.
Quant à la crèche de bois, la plus précieuse sans contredit, puisque son contact avec le Sauveur fut plus immédiat, c'est donc dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, comme je vous l'ai déjà dit, qu'elle est conservée ; et c'est pour cette raison que cette basilique est encore appelée : Saint-Marie ad Proesepe.
Vous me demanderez tout d'abord comment cette relique insigne est aujourd'hui à Rome ? Le voici :
Durant sept siècles, la Palestine la posséda, et il est inutile de dire comment, dès l'origine, les chrétiens de la Judée entourèrent de leurs respects cet objet sanctifié par l'attouchement du Sauveur, comment on se le transmettait de génération en génération comme un précieux héritage, comment tous les conservaient avec un culte de vénération. Il est inutile aussi de rappeler comment, à mesure que l'Évangile étendait ses conquêtes, la reconnaissance et la foi amenaient dans la Palestine, au pied du berceau du Fils de Dieu, des troupes nombreuses de pèlerins venus de toutes les contrées du monde ; et qui ne sait que, parmi ces pèlerins, l'on comptait des évêques, des princes, des empereurs, qui tous, après avoir rendu leurs hommages à la sainte relique, l'enrichissaient de leur munificence, témoin la pieuse impératrice, mère de Constantin, qui la fit entourer de lames d'argent et de pierres précieuses (Saint Jean Chrysostome, dans une de ses homélies, se plaint, en termes bien touchants, de cette espèce d'excès dans les saintes prodigalités d'Hélène pour la Crèche : « Ah ! si je pouvais voir de mes yeux le bois même de la Crèche dans laquelle a reposé le Sauveur ! Hélas ! on l'a fait disparaître sous l'argent. Mais combien ce pauvre bois que l'on a dérobé à mes regards n'est-il pas pour moi plus précieux que ce riche métal que mes yeux aperçoivent ! »).
Mais pourquoi, au VIIe siècle, la Palestine fut-elle obligée de se séparer de cette sainte Crèche, qu'elle avait gardée avec plus de respect que les Juifs n'en avaient eu pour l'arche d'alliance ; cette sainte Crèche que durant tant de siècles, comme le dit si bien l'auteur des Trois Rome, elle avait vue environnée par les générations fidèles qui se succédaient, couverte des baisers de plusieurs millions de pèlerins, arrosée de leurs larmes brûlantes ?
C'est que les sectateurs de l'Islamisme, les fougueux enfants de Mahomet, commençaient à sortir de l'Arabie, dévastant, saccageant tout ce qui se rencontrait sur leur passage, jetant aux vents les cendres des martyrs et cherchant, avec toute la ruse que leur inspirait leur haine pour le nom chrétien, à détruire tout ce qui pouvait se rattacher au souvenir du Sauveur Jésus.
À la nouvelle du danger que courait la sainte Crèche, tout l'Occident s'émut. Rome envoya ses légats vers la Palestine : le berceau de Notre-Seigneur fut sauvé. On le déposa dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, alors appelée basilique Libérienne. C'était en l'année 642 de l'ère chrétienne, sous le pontificat du pape Théodore.
Depuis lors, la précieuse relique n'a pas quitté le sanctuaire qui lui fut assigné, il y a bientôt douze siècles et demi. Ainsi, c'est dans cette basilique que, depuis l'année 642, les princes, les rois, les empereurs, mêlés à la foule des pèlerins de tous les rangs et de toutes les conditions, sont venus la vénérer. Dire avec quel soin Rome l'a conservée serait aussi chose inutile. Si les chrétiens d'Orient, durant les sept premiers siècles de l'Église, l'entouraient de plus de respect et de plus de vigilance que les Juifs n'en eurent jamais pour l'arche d'alliance, les fidèles de Rome, et à leur tête les Souverains Pontifes, pendant la longue période qui a commencé au pontificat de Théodore, lui ont voué un culte d'amour et de sollicitude supérieur à celui dont l'ancien peuple romain honora jamais le Tugurium de son Romulus (Longtemps, les anciens Romains conservèrent avec une vénération mêlée d'enthousiasme religieux la petite maison qui avait, dit-on, appartenu à Romulus. C’était là, je crois, qu'ils avaient déposé le soc et la charrue dont Romulus, disaient-ils, s'était servi pour tracer le sillon mystérieux qui devait former la circonscription de sa nouvelle ville). Au siècle dernier, le pape Benoît XIV, l'un des plus illustres pontifes de l'Église, voulut ajouter à la gloire de la précieuse relique. Après le plus scrupuleux examen, il en proclama l'authenticité.
Quoi qu'il en soit, la sainte Crèche n'a plus aujourd'hui sa forme primitive, soit par suite de l'action du temps, soit afin que les parcelles que l'on en accordait, autrefois surtout, aux pèlerins, fussent plus facilement distraites, les petites planches qui en formaient les parois ont été désunies. Celles que l'on possède encore sont au nombre de cinq ; elles sont de différentes dimensions : les plus longues peuvent avoir soixante-dix à quatre-vingt centimètres, leur largeur moyenne est de douze à quinze. Elles sont minces, et leur couleur a cette teinte foncée et noirâtre que prend le bois en vieillissant.
Disposés les unes sur les autres et liés ensemble, les fragments de la sainte Crèche sont enfermés dans une magnifique châsse de cristal, que supporte un piédestal en argent, enrichi de pierres précieuses et d'un relief représentant la naissance du Sauveur. Ce somptueux reliquaire a été donné par un roi d'Espagne, Philippe IV, si je ne me trompe.
Toute l'année, la sainte relique est enfermée avec son reliquaire dans une des chapelles de la basilique que les Souverains Pontifes ont décorée des plus précieux ornements : on y voit, en particulier, dix colonnes et autant de pilastres en porphyre. Un coffre d'airain et une porte de fer à trois clefs, dont l'une est remise entre les mains du pape ou d'un cardinal désigné par lui, met à l'abri de toute main sacrilège ce trésor inappréciable. Ce n'est qu'en de très-rares circonstances que cette porte, si soigneusement fermée, s'ouvre pour laisser voir la sainte châsse à quelque pèlerin de distinction ; et le jour de Noël seulement, elle est offerte en public à la vénération des fidèles.
Mais en voilà assez sur tous ces détails préliminaires : venons aux particularités du triomphe que la sainte Église romaine réserve, chaque année, dans l'après-midi du jour de Noël, à cette relique insigne.
La cérémonie se fit encore, comme vous le pensez bien, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Elle commença sur les cinq heures, après l'office des vêpres, que le Pape avait chanté, suivant un antique usage.
Ce qui vous étonnera, c'est qu'il ne fut pas accordé à toute la nombreuse foule dont l'église avait été remplie d'y assister. Aussitôt que l'office fut terminé, la garde pontificale fit sortir tout le monde ; il ne resta dans l'église qu'un petit nombre d'élus. Pourquoi ce renvoi, me direz-vous ? Le voici : Toute la journée, la sainte Crèche a été offerte à la vénération des fidèles, sur le tabernacle du maître-autel (Après la messe de l'aurore, les chanoines de Sainte-Marie-Majeure viennent prendre la sainte Crèche qui depuis la messe de minuit a été exposée dans une chapelle voisine (la chapelle de Sixte V), et la transportent sur le tabernacle du maître-autel) ; en ce moment que les cardinaux et tous les prélats vont pour la dernière fois lui offrir leurs hommages, et la contempler plus à loisir avant que de s'en séparer, ils veulent être seuls et à l'abri des bruits de la foule. N'est-ce pas juste ?
Lors donc que l'église fut vide, la sainte Crèche fut descendue du tabernacle et déposée dans le chœur sur un autel portatif, tout brillant de lumière. Le cardinal protecteur de la basilique s'avança et vint le premier vénérer la précieuse relique : après lui se succédèrent les cardinaux présents, les prélats et les chanoines, et les heureux étrangers admis par une invitation spéciale.
Faut-il chercher à exprimer, mes enfants, ce que le cœur d'un chrétien peut ressentir, lorsqu'il contemple de ses yeux les restes divins de ce berceau où Marie, cette mère si riche et si pauvre à la fois, coucha le Sauveur Jésus, après l'avoir enveloppé de langes ? Non, ce sont de ces émotions et de ces sentiments qui ne se décrivent pas... Quant à vous, s'il ne vous est pas donné de voir de vos yeux la crèche de Jésus, n'oubliez pas que nos calices et que nos ciboires sont aussi des berceaux dans lesquels Jésus repose aussi bien qu'il a reposé dans la crèche de Bethléem... désormais, contemplez-les donc avec amour.
N'oubliez pas non plus que vos cœurs doivent être le sanctuaire de notre bien-aimé Sauveur. Plaisez-vous à lui répéter souvent cette touchante prière que lui adressait un pieux enfant :
« Ô Jésus, en venant au monde, vous n'avez pas trouvé de berceau ; en toute votre vie, vous n'avez point eu où reposer votre tête ; et vous avez voulu mourir dans le dénuement le plus complet sur une croix !... Pourquoi tout cela ; sinon parce que vous vouliez naître, vivre et mourir uniquement pour posséder nos cœurs. Ô aimable Sauveur ! que mon cœur soit donc le berceau qui vous reçoive naissant, puisque vous n'en voulez point d'autre sur la terre ; oui, qu'il soit votre berceau, votre demeure et votre sanctuaire : venez y naître, venez y vivre, venez y régner pour jamais. »
Après que tous les assistants eurent vénéré la sainte Crèche, le secrétaire du chapitre dressa un procès-verbal de la cérémonie dans lequel l'identité de la précieuse relique fut constatée ; puis la châsse fut reportée dans la chapelle d'où on l'avait tirée la veille et où elle demeure renfermée, comme je vous l'ai dit ailleurs, tout le reste de l'année, sous une porte d'airain à trois clefs.

Post-Scriptum. Je vous ai dit que l'on ne possédait plus à Bethléem qu'une portion de la crèche de pierre qui reçut l'espèce de coffre de bois que fabriqua à la hâte saint Joseph. Vous serez peut-être curieux d'apprendre où est l'autre partie de cette crèche de pierre ? — C’est encore à Rome et dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Elle y arriva au VIIe siècle, peut-être ayant la crèche de bois ; le corps de saint Jérôme fut apporté en même temps de Palestine. Une chapelle souterraine, construite sur le modèle de la grotte de Bethléem, fut creusée dans la basilique de Sainte-Marie — Majeure pour recevoir ces deux reliques insignes. Cette grotte ou chapelle souterraine a deux principaux autels. Dans le premier, consacré à la nativité du Sauveur, ont été déposés les fragments de la crèche : sous le second, dédié à saint Jérôme, sont les reliques du grand docteur. Ainsi, Rome n'a pas permis que celui qui avait été le vigilant gardien de la crèche de Jésus pendant sa vie, en fût séparé après sa mort, même sur la terre d'Italie, où la Providence avait conduit ses derniers restes.
C'est dans la chapelle de Sixte-Quint, au-dessous du maître-autel, que se trouve la grotte en question. Il ne faut pas confondre cette grotte avec la chapelle dite de la Crèche, où l'on conserve la châsse de la crèche de bois. — Quoique les deux reliques de la crèche aient été apportées à Rome dans le même temps, et quoique toutes deux aient été déposées à Sainte-Marie-Majeure, on leur a donné une destination différente : la première, ayant été placée dans les profondeurs d'un autel, est soustraite à jamais aux regards ; la seconde, ayant été confiée au cristal d'une châsse, est appelée à recevoir les hommages extérieurs de tout le peuple fidèle ; ainsi les reliques de la crèche elle-même du Sauveur semblent participer à sa double vie d'humiliation et de gloire, d'abaissements et de triomphes !

(Extrait de Les Fêtes de Noël à Rome, par M. l'Abbé V. Dumax)


Reportez-vous à L'épée et le chapeau ducal portés à la procession le jour de Noël, La Messe de Minuit à Sainte-Marie-Majeure, Les Boutiques de Noël et le Præsepio, Les Pifferari, Regard sur le triple sacrifice du Jour de Noël, Noël, Jour de sainte allégresse, Lumière sur Noël, La crèche, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.













lundi 12 août 2019

Histoire du Martyre de Sainte Philomène



Extrait de "Vie et miracles de Sainte Philomène, Vierge et Martyre, surnommée la Thaumaturge du XIXe siècle", par M. Jean-François Barelle, de la Compagnie de Jésus :




Le martyre de Sainte Philomène n'est connu que par les symboles dépeints sur la pierre sépulcrale dont nous venons de parler, et par des révélations faites à diverses personnes par la même Sainte (1). Commençons par ceux-là :

Le premier est une ANCRE, symbole non seulement de force et d'espérance, mais encore d'un genre de martyre tel que celui auquel Trajan condamna le pape Saint Clément, jeté par ses ordres dans la mer, avec une ancre attachée à son col.

Le second est une flèche qui, sur la tombe des martyrs de J.-C, signifie un tourment semblable à celui par lequel Dioclétien essaya de faire mourir le généreux tribun de la première cohorte, Saint Sébastien.

Le troisième est une PALME, placée à peu près au milieu de la pierre ; elle est le signe et comme le héraut d'une éclatante victoire remportée sur la cruauté des juges persécuteurs et sur la rage des bourreaux.

Au-dessous est une espèce de FOUET, dont on se servait pour flageller les coupables, et dont les courroies, armées de plomb, ne cessaient quelquefois de sillonner et de meurtrir le corps des chrétiens innocents, qu'après les avoir privés de la vie.
Viennent ensuite deux autres flèches, disposées de manière que la première a la pointe en haut, et la seconde en sens inverse. La répétition de ce signe indiquerait-elle une répétition des mêmes tourments, et sa disposition un miracle tel, par exemple, que celui qui eut lieu au mont Gargano , quand un pâtre, ayant lancé une flèche contre un taureau qui s'était réfugié dans la caverne consacrée depuis au glorieux archange Saint Michel, vit, ainsi que plusieurs autres personnes qui étaient là présentes, cette même flèche revenir à lui et tomber à ses pieds ?
Enfin apparaît un lys, symbole de l'innocence et de la virginité, qui, en s'unissant avec la palme et le vase ensanglanté dont nous avons déjà fait mention, proclame le double triomphe de Sainte Philomène et sur la chair et sur le monde, et invite l'Église à l'honorer sous les titres glorieux de Martyre et de Vierge.

Voyons maintenant si les révélations dont nous avons parlé s'accordent avec ces divers signes (2). Chacun pourra en juger par soi-même.

Voici la narration de l'artisan : Je vis, dit-il, le tyran Dioclétien éperdu d'amour pour la vierge Philomène. Il la condamnait à plusieurs tourments, et il ne cessait de se flatter que leur atrocité amollirait enfin son courage, et la forcerait de se rendre à ses désirs. Mais voyant que toutes ses espérances étaient vaines, et que rien ne pouvait fléchir la ferme volonté de la sainte Martyre, il tombait dans des accès de démence ; et dans la rage qui l'agitait alors, il se plaignait de ne pouvoir l'obtenir pour épouse... Enfin, après l'avoir mise à l'épreuve de diverses tortures (et il cite précisément les mêmes qui sont désignées par la pierre sépulcrale, et dont il n'avait absolument aucune connaissance), le tyran la fit décapiter. À peine cet ordre eut-il été mis en exécution, que le désespoir s'empara de son âme. Alors on l'entendit s'écrier : C'en est donc fait, Philomène ne sera jamais mon épouse ! Elle a été, jusqu'au dernier soupir, rebelle à ma volonté ; elle est morte : comment pourrais-je lui survivre ? Et en disant ces mots, il s'arrachait la barbe en furieux, il entrait en d'affreuses convulsions ; et se jetant du haut de son trône sur le pavé, il saisissait de ses dents tout ce qui se présentait à lui, disant qu'il ne voulait plus être empereur. Tel est en peu de mots le résumé de la vision dont il plut à Dieu d'honorer un homme simple et ignorant ; vision, ajoute notre abréviateur, qui est conforme à ce que l'histoire nous apprend des dernières années de Dioclétien (ou du moins à ce qu'elle nous donne à entendre).

La seconde révélation est celle qui fut faite à ce prêtre zélé, grand dévot de Sainte Philomène. Don François dit qu'il n'y a rien, dans tout ce qu'il en écrit, dont il n'ait été directement informé par ce même prêtre, et de plus, qu'il le lui a entendu raconter dans l'église même où repose le corps de la Sainte. Or, voici son récit : Je me promenais un jour, dit-il, dans la campagne, quand je vois venir à moi une femme qui m'était inconnue. Elle m'adresse la parole et me dit : Est-il bien vrai que vous avez exposé, dans votre église, un tableau de Sainte Philomène ? — Oui, lui répondis-je, ce qu'on vous en a dit est vrai. — Mais, ajouta-t-elle, que savez-vous donc de cette Sainte ? — Peu de chose ; nous n'avons pu, jusqu'à ce jour, savoir de son histoire que ce que nous en apprennent l'inscription et les symboles dépeints sur sa tombe ; et je me mis à les lui expliquer. Elle me laisse achever, puis elle reprend avec vivacité : Vous n'en savez donc rien de plus ? — Non, rien autre. — Il y a cependant tant d'autres choses à dire sur cette Sainte. Quand le monde les entendra, il ne pourra revenir de son étonnement. Savez-vous du moins la cause de sa persécution et de son martyre ? — Pas davantage. — Eh bien ! je vais vous l'apprendre. Ce fut pour s'être refusée à la main de Dioclétien, qui la destinait à être son épouse ; et le motif de son refus était le vœu qu'elle avait fait de rester toujours vierge pour l'amour de J.-C. A ces mots, plein de joie, comme quelqu'un qui vient d'entendre des nouvelles après lesquelles il soupirait depuis longtemps, vous ne me trompez pas ? lui dis-je ; vous êtes bien certaine de ce que je viens d'entendre de votre bouche? Mais où donc l'avez-vous lu ? car depuis plusieurs années nous sommes à chercher quelque auteur qui nous donne des détails sur cette Sainte, et nos recherches ont été inutiles jusqu'à présent. Dites-moi, dans quel livre avez-vous puisé ce que vous venez de m'apprendre ? — Dans quel livre ? me réplique-t-elle d'un ton où perçait je ne sais quelle surprise et quelle gravité ; c'est bien à moi qu'il faut adresser une demande pareille ! À moi !... comme si je pouvais l'ignorer !... Non, assurément, je ne vous trompe point ; j'en ai l'assurance, vous pouvez m'en croire ; oui, je le sais, j'en suis certaine, croyez-moi ; et en disant ces paroles, je la vis disparaître avec la rapidité d'un éclair.

À cette narration, fidèlement traduite de l'auteur italien, j'ajoute quelques-unes de ses réflexions. L'inconnue, dit-il (et qui, à mon avis, n'est pas difficile à reconnaître), parle de la main de Dioclétien, qui lui aurait été offerte par ce prince ; ce qui suppose que le martyre de la Sainte aurait eu lieu dans le temps que Dioclétien était veuf, ou qu'il était sur le point de l'être par la mort de son épouse Sainte Sérène, qu'il fit périr avec sa propre fille, en haine de la foi que l'une et l'autre avaient embrassée. L'empereur se trouvait alors à Rome, où il condamna également à la mort et à deux diverses reprises le généreux Saint Sébastien. Ces observations, suggérées par la révélation précédente, tendent à déterminer à peu près l'époque du martyre de Sainte Philomène, et à réfuter l'objection que certains critiques ont faite, en se fondant sur le long séjour que Dioclétien fit en Orient.

La troisième révélation, qui est aussi la plus circonstanciée, est celle de la religieuse de Naples (On ne l'a publiée qu'après un rigoureux examen fait par l'autorité ecclésiastique, et quand on se fut assuré qu'elle avait tous les caractères qui distinguent les vraies révélations d'avec les fausses). Nous allons suivre pas à pas notre auteur :
La Sainte Martyre, dit-il, avait depuis long-temps donné à cette religieuse plusieurs marques sensibles d'une protection toute particulière ; elle l'avait délivrée de tentations de défiance et d'impureté, par lesquelles Dieu avait voulu purifier davantage sa servante ; et à l'état pénible où ces attaques de Satan l'avaient mise, elle avait fait succéder les douceurs de la joie et de la paix. Dans les communications intimes qui, aux pieds du crucifix, avaient lieu entre ces deux épouses du Sauveur, la Sainte lui donnait des avis pleins de sagesse, tantôt sur la direction de la communauté dont cette religieuse avait été chargée par ses supérieurs, tantôt sur sa conduite personnelle. Ce dont elles conversaient le plus souvent ensemble, était le prix de la virginité, les moyens dont Sainte Philomène s'était servie pour la conserver toujours intacte, même au milieu des plus grands périls, et les biens immenses qui se trouvent dans la croix et dans tous les fruits qu'elle porte.
Ces grâces extraordinaires, accordées à une âme qui, pénétrée de ses misères, s'en jugeait totalement indigne, lui firent craindre l'illusion. Elle recourait à la prière et à la prudence de ceux que Dieu lui avait donnés pour guides de sa conscience ; et pendant que ces sages directeurs soumettaient à un lent et judicieux examen les diverses faveurs dont le Ciel avait honoré cette religieuse, des révélations d'une autre nature lui sont faites par l'entremise de la même Sainte ; elles tendaient toutes à rendre son nom plus glorieux.
La personne dont nous parlons avait dans sa cellule une petite statue de Sainte Philomène, faite sur le modèle de son saint corps, tel qu'on le voit à Mugnano ; et plus d'une fois toute la communauté avait remarqué avec admiration, sur le visage de cette même statue, des altérations qui leur semblaient tenir du prodige. Ceci leur avait inspiré à toutes le pieux désir de l'exposer dans leur église, en la fêtant avec la plus grande solennité possible. La fête eut lieu, et depuis lors la statue miraculeuse resta sur son autel. La bonne religieuse, les jours de communion, allait devant elle faire son action de grâces ; et un jour qu'en son cœur il se formait un vif désir de connaître l'époque précise du martyre de la Sainte, afin, se disait-elle, que ses dévots pussent l'honorer plus particulièrement, tout à coup ses yeux se ferment sans qu'elle pût, malgré tous ses efforts, les rouvrir, et une voix pleine de douceur, qui lui paraissait venir de l'endroit où était la statue, lui adresse ces mots : Ma chère sœur, c'est le 10 du mois d'août que je mourus pour vivre, et que j'entrai triomphante dans le Ciel, où mon divin Époux me mit en possession de ces biens éternels, incompréhensibles à l'intelligence humaine. Aussi fut-ce pour cette raison que son admirable sagesse disposa tellement les circonstances de ma translation à Mugnano, que, malgré les plans arrêtés du prêtre qui avait obtenu mes dépouilles mortelles, j'arrivai dans cette ville, non le 5 de ce mois, comme il l'avait fixé, mais le 10 ; ni pour être placée à petit bruit dans l'oratoire de sa maison, comme il le voulait aussi, mais dans l'église où l'on me vénère, et au milieu des cris de joie universelle, accompagnés de tant de circonstances merveilleuses, qui firent du jour de mon martyre un jour de véritable triomphe.
Ces paroles, qui portaient avec elles des preuves de la vérité qui les avaient dictées, renouvelèrent dans le cœur de la religieuse la crainte où elle avait déjà été de se voir dans l'illusion. Elle redouble ses prières, et supplie son directeur de la désabuser ; le moyen était facile. On écrit donc à don François lui-même ; et tout en lui recommandant le secret sur ce qui avait eu lieu, on le conjure de répondre clairement sur les circonstances de la révélation, qui avaient trait aux résolutions qu'il avait prises. Celui-ci les trouve parfaitement d'accord avec la vérité, et sa réponse non seulement console la religieuse affligée, mais anime encore ses directeurs à profiter, pour la gloire de Dieu et de Sainte Philomène , du moyen qu'elle-même semblait leur indiquer, afin de mieux connaître les détails de sa vie et de son martyre.
Ils ordonnent donc à la même personne de faire à cette fin les plus vives instances auprès de la Sainte ; et comme l'obéissance, ainsi que disent les livres saints, est toujours victorieuse, un jour qu'elle était dans sa cellule en oraison pour obtenir cette grâce, ses yeux se fermant de nouveau malgré sa résistance, elle entend la même voix qui lui dit : Ma chère sœur, je suis fille d'un prince qui gouvernait un petit état dans la Grèce. Ma mère était aussi de sang royal ; et comme ils se trouvaient sans enfants, l'un et l'autre, encore idolâtres, offraient continuellement à leurs faux dieux, pour en avoir, des sacrifices et des prières. Un médecin de Rome, nommé Publius, aujourd'hui en Paradis, vivait dans le palais, et était au service de mon père. Il faisait profession du Christianisme. Voyant l'affliction de mes parents, et vivement touché de leur aveuglement, il se mit, par l'impulsion de l'Esprit saint, à leur parler de notre foi, et alla jusqu'à leur promettre une postérité, s'ils consentaient à recevoir le baptême. La grâce dont ces paroles étaient accompagnées éclaira leur entendement, triompha de leur volonté ; et s'étant faits chrétiens, ils eurent le bonheur si désiré dont Publius avait promis que leur conversion serait le gage. On me donna, au moment de ma naissance, le nom de Lumena, par allusion à la lumière de la foi dont j'avais, pour ainsi dire, été le fruit ; et le jour de mon baptême, on m'appela FI-LOMENE, ou Fille de la lumière (Filia luminis), puisque ce jour-là je naissais à la foi (3). La tendresse que me portaient mon père et ma mère était si grande qu'ils voulaient toujours m'avoir auprès d'eux. Ce fut la raison pour laquelle ils m'emmenèrent avec eux à Rome, dans un voyage que mon père se vit contraint d'y faire, à l'occasion d'une guerre injuste dont il se voyait menacé par l'orgueilleux Dioclétien. J'avais alors treize ans. Arrivés dans la capitale du monde chrétien, nous nous rendîmes tous les trois au palais de l'empereur, qui nous admit à son audience. Aussitôt que Dioclétien m'eût aperçue, ses regards s'attachèrent sur moi, et il parut ainsi préoccupé pendant tout le temps que mit mon père à lui développer avec chaleur ce qui pouvait servir à sa défense. Dès qu'il eut cessé de parler, l'empereur lui répondit qu'il n'eut plus à s'inquiéter, mais que, bannissant désormais toute crainte, il ne songeât plus qu'à vivre heureux. Je mettrai, ajouta-t-il, à votre disposition toutes les forces de l'empire ; et, en retour, je ne vous demande qu'une chose, c'est la main de votre fille.
Mon père, ébloui par un honneur auquel il était bien loin de s'attendre, accéda sur-le-champ bien volontiers à la proposition de l'empereur ; et quand nous fûmes rentrés dans notre demeure, ils firent, ma mère et lui, tout ce qu'ils purent pour me faire condescendre à la volonté de Dioclétien et à la leur. Quoi donc ? leur dis-je, voulez-vous que, pour l'amour d'un homme, je manque à la promesse que j'ai faite à J.-C. il y a deux ans ! Ma virginité lui appartient, je ne saurais plus en disposer. — Mais, me répondait mon père, vous étiez alors trop enfant pour contracter un tel engagement ; et il joignait les plus terribles menaces à l'ordre qu'il me donnait d'accepter l'offre de Dioclétien. La grâce de mon Dieu me rendit invincible ; et mon père, n'ayant pu faire agréer à ce prince les raisons qu'il lui alléguait pour se dégager de la parole donnée, il se vit obligé, par son ordre, à me conduire devant lui.
J'eus à soutenir, quelques moments auparavant, un nouvel assaut de sa fureur et de sa tendresse. Ma mère, de concert avec lui, s'efforça de vaincre ma résolution. Caresses, menaces, tout fut employé pour me réduire. Enfin, je les vois, l'un et l'autre, tomber à mes genoux ; et ils me disent, les larmes aux yeux : Ma fille, aie pitié de ton père, de ta mère, de ta patrie, de nos sujets. — Non, non, leur répondis-je ; Dieu et la virginité que je lui ai vouée, avant tout, avant vous, avant ma patrie! Mon royaume, c'est le Ciel. — Mes paroles les plongèrent dans le désespoir, et ils me conduisent devant l'empereur, qui fit aussi tout ce qui était en son pouvoir pour me gagner ; mais ses promesses, ses séductions et ses menaces furent également inutiles. Il entre alors dans un violent accès de colère, et, poussé par le démon, il me fait jeter dans une des prisons de son palais, où bientôt je me vois couverte de chaînes. Croyant que la douleur et la honte affaibliraient le courage que m'inspirait mon divin Époux, il venait me voir tous les jours ; et alors, après m'avoir fait détacher pour que je prisse le peu de pain et d'eau qu'il me donnait pour toute nourriture, il recommençait ses attaques, dont quelques-unes, sans la grâce de mon Dieu, auraient pu devenir funestes à ma virginité. Les défaites qu'il éprouvait toujours, étaient pour moi le prélude à de nouveaux supplices ; mais la prière me soutenait, je ne cessais de me recommander à mon Jésus et à sa très pure Mère. Ma captivité durait depuis trente-sept jours, quand, au milieu d'une lumière céleste, je vois Marie tenant son divin Fils entre ses bras. Ma fille, me dit-elle, encore trois jours de prison, et après ces quarante jours tu sortiras de cet état pénible. Une si heureuse nouvelle me faisait battre le cœur de joie ; mais comme la Reine des Anges m'eut ajouté que j'en sortirais pour soutenir, dans d'affreux tourments, un combat plus terrible encore que les précédents, je passai subitement de la joie aux plus cruelles angoisses ; je crus qu'elles allaient me faire mourir. Courage donc, ma fille, me dit alors Marie ; ignores-tu l'amour de prédilection que j'ai pour toi ? Le nom que tu reçus au baptême en est le gage, par la ressemblance qu'il a avec celui de mon Fils et avec le mien. Tu t'appelles LUMENA, comme ton Époux s'appelle Lumière, Étoile, Soleil ; comme je suis appelée, moi aussi, Aurore, Étoile, Lune dans la plénitude de son éclat, et Soleil. Ne crains pas ; je t'aiderai. Maintenant la nature, dont la faiblesse t'humilie, revendique ses droits ; au moment du combat, la grâce viendra te prêter sa force ; et ton ange, qui fut aussi le mien, Gabriel , dont le nom exprime la force, viendra à ton secours ; je te recommanderai spécialement à ses soins, comme ma fille bien-aimée entre les autres. Ces paroles de la Reine des Vierges me rendirent le courage, et la vision disparut en laissant ma prison remplie d'un parfum tout céleste.
Ce qui m'avait été annoncé ne tarda point à se réaliser. Dioclétien, désespérant de me fléchir, prit la résolution de me faire tourmenter publiquement ; et le premier supplice auquel il me condamna, fut celui de la flagellation. Puis qu'elle n'a pas honte, dit-il, de préférer à un empereur tel que moi un malfaiteur condamné par sa nation à une mort infâme, elle mérite que ma justice la traite comme il fut traité. Il ordonna donc que l'on me dépouillât de mes vêtements, qu'on me liât à la colonne, et en présence d'un grand nombre de gentilshommes de sa cour il me fit battre avec tant de violence que mon corps tout sanglant n'offrait plus qu'une seule plaie. Le tyran, s'étant aperçu que j'allais tomber en défaillance et mourir, me fit aussitôt éloigner de ses yeux et traîner de nouveau en prison, où il croyait que je rendrais le dernier soupir ; mais il fut trompé dans son attente, comme je le fus dans le doux espoir que j'avais d'aller bientôt rejoindre mon Époux ; car deux anges resplendissants de lumière m'apparurent, et, versant un baume salutaire sur mes plaies, ils me rendirent plus vigoureuse que je ne l'étais avant le tourment. Le lendemain matin, l'empereur en fut informé ; il me fait venir en sa présence, me considère avec étonnement, puis cherche à me persuader que je suis redevable de ma guérison au Jupiter qu'il adore. Il vous veut absolument, disait-il, impératrice de Rome ; et joignant à ces paroles séduisantes les promesses les plus honorables et les caresses les plus flatteuses, il s'efforçait de consommer l'œuvre d'enfer qu'il avait commencée ; mais le divin Esprit, auquel j'étais redevable de ma constance, me remplit alors de tant de lumières, qu'à toutes les preuves que je donnai de la solidité de notre foi, ni Dioclétien ni aucun de ses courtisans ne trouvèrent quoi que ce soit à répondre. Il entre alors de nouveau en fureur, et commande que l'on m'ensevelisse, avec une ancre au col, dans les eaux du Tibre. L'ordre s'exécute, mais Dieu permit qu'il ne pût réussir ; car, au moment où l'on me précipitait dans le fleuve, deux anges vinrent encore à mon secours ; et après avoir coupé la corde qui m'attachait à l'ancre, tandis que celle-ci tombait au fond du Tibre où elle est restée jusqu'à présent, ils me transportèrent doucement, à la vue d'un peuple immense, sur les bords du fleuve. Ce prodige opéra d'heureux effets sur un grand nombre de spectateurs, et ils se convertirent à la foi ; mais Dioclétien, l'attribuant à quelque secret magique, me fit traîner à travers les rues de Rome, et ordonna ensuite que l'on décochât contre moi une grêle de traits. J'en étais tout hérissée, mon sang coulait de toutes parts ; épuisée, mourante, il commande qu'on me reporte dans mon cachot. Le Ciel m'y honora d'une nouvelle grâce : j'entrai dans un doux sommeil, et je me trouvai, à mon réveil, parfaitement guérie. Dioclétien l'apprend. Eh bien ! s'écria-t-il alors dans un accès de rage , qu'on la perce une seconde fois de dards aigus, et qu'elle meure dans ce supplice. On s'empresse de lui obéir : les archers bandent leurs arcs, rassemblent toutes leurs forces ; mais les flèches se refusent à les seconder. L'empereur était présent ; il enrageait à ce spectacle ; il m'appelait une magicienne ; et croyant que l'action du feu pourrait détruire l'enchantement, il ordonne que les dards soient rougis dans une fournaise, et dirigés ensuite une seconde fois contre moi. Ils le furent en effet ; mais ces dards, après avoir traversé une partie de l'espace qu'ils devaient parcourir, prenaient tout à coup la direction contraire, et volaient frapper ceux qui les avaient lancés. Six des archers en moururent ; plusieurs d'entre eux renoncèrent au paganisme, et le peuple se mit à rendre un témoignage public à la puissance du Dieu qui m'avait protégée. Ces murmures et ces acclamations firent craindre au tyran quelqu'accident plus fâcheux encore, et il se hâta de terminer mes jours en ordonnant que l'on me tranchât la tête. Ainsi mon âme s'envola-t-elle vers son céleste Époux, qui, avec la couronne de la virginité et les palmes du martyre, me donna un rang distingué parmi les élus qu'il fait jouir de sa divine présence. Le jour, si heureux pour moi, de mon entrée dans la gloire, fut un vendredi ; et l'heure de ma mort, la troisième après midi (c'est-à-dire, la même qui vit expirer son divin Maître).

Telle est, d'après cette révélation, l'histoire du martyre de Sainte Philomène. Le lecteur n'y voit rien que de pieux, de saint, d'édifiant ; il y trouve aussi des preuves non suspectes de la vérité des faits qu'elle contient ; peut-être même se dit-il, en pensant aux miracles nombreux et éclatants qui ont rendu le nom de la Sainte Martyre si célèbre dans le monde, qu'il était convenable que le Seigneur en manifestât, du moins en partie, les mérites. Les fidèles, par ce moyen, sont plus édifiés ; et la gloire de Dieu, ainsi que la vertu qu'il honore dans sainte Philomène, recueillent avec plus d'abondance les fruits dont elles ont toujours aimé à être la semence. Mais puisqu'il avait plu à la divine sagesse de ne laisser dans les monuments historiques aucune trace de tant de générosité et d'héroïsme, par quel autre moyen que par celui de la révélation pouvait-elle ou avait-elle voulu en donner connaissance à notre siècle ? À notre siècle ! ce mot renferme bien des pensées : c'est le siècle de l'orgueil, le siècle de l'incrédulité, le siècle où l'on veut soumettre aux fausses lumières d'une raison égarée les pensées même et la conduite de Dieu. Pour ce siècle, la sagesse divine et cette Providence si admirable dans la variété de ses combinaisons n'est qu'une folie, un mot ; il tourne en ridicule la simplicité éclairée de la foi ; il traite tout ce qui tient à l'ordre surnaturel de superstition et de fable ; il se joue des croyances ; il méprise la sainteté ; il dévoue à sa haine ceux que Dieu a chargés de l'instruire. La lumière, toutefois, destinée à éclairer le monde ne laisse jamais de briller. Si ces ingrats ne veulent point en profiter, qu'ils ferment les yeux ; ils en sont bien les maîtres, quoiqu'à vrai dire, s'ils les tenaient ouverts pour fixer les œuvres de Dieu, leur front ne pourrait s'empêcher de rougir en voyant ce que fait sa puissance, et de quels instruirions il se sert pour la manifester. Une femme, une vierge inconnue ! Toute sorte de prodiges opérés par son invocation ! opérés en faveur de ceux-là même qu'eux, persécutent et méprisent ! opérés au sein de l'Église romaine, dont ils rendent les pratiques plus recommandables, les sacrements plus fréquentés, les ministres plus vénérables ; le nom, la foi, la doctrine plus chers au cœur de ses enfants ! Quelle humiliation pour eux! Est-ce donc là le fruit de leurs sourdes et éternelles manœuvres, de leurs infâmes écrits, devenus presque aussi nombreux que les sables des mers, et des énormes sacrifices pécuniaires que leur impose le zèle de leur impiété ? Il me semble voir encore Goliath, frappé au front par une pierre du torrent, se rouler en expirant aux pieds de David qui lui tranche la tête, ou plutôt c'est l'orgueilleux Holopherne, égorgé dans son ivresse par la débile main d'une femme ; et tandis que Nabuchodonosor, image de Satan comme son général l'est de la vile tourbe que Satan dirige, pâlit et chancelle sur son trône à la nouvelle de l'échec que son invincible armée a essuyé, les fidèles, figurés par les juifs de Béthulie, font retentir le ciel des cris d'actions de grâce et de victoire, et bénissent à l'envi la nouvelle Judith dont le bras puissant les a sauvés. Non, Dieu ne pouvait choisir, dans ses trésors infinis, un moyen plus propre que celui-ci à confondre l'orgueil du siècle et à faire triompher sa propre cause.


Notes :

(1) À ce mot de révélations, que l'on ne s'effraie pas ; car il est certain que dès l'origine du monde Dieu a révélé aux hommes plusieurs choses qui n'étaient connues que de lui seul. Il l'a fait, dit Saint Paul, en plusieurs endroits et de bien des manières, mais surtout dans les derniers temps, par son Fils bien-aimé. Or ce qu'il a fait si souvent, qui oserait, même de nos jours, lui en contester le droit, ou lui en interdire l'exercice ? Si c'est la petitesse de l'homme ou son indignité que l'on cherche à faire valoir contre les révélations, notre Dieu n'est-il pas le Dieu des miséricordes infinies ?... L'homme, quelque misérable qu'il soit, n'est-il pas son enfant, l'ouvrage de ses mains et de sa bonté, destiné à n'être qu'un avec lui dans l'éternité bienheureuse ? Si c'est l'inutilité de ces sortes de communications entre Dieu et l'homme que l'on objecte, où sont les preuves que l'on en donnera ? Ainsi ne raisonnait point le docte et grand Pontife Benoit XIV (De Beatif. SS., lib. 3, t. 7, cap. 3), dont les paroles ont un si grand poids en ces sortes de matières ; car il pense que les révélations, si elles sont pieuses, saintes et avantageuses au salut des âmes, doivent être admises dans les procès qui se font à Rome pour la canonisation des Saints. Il ne regardait donc pas toutes les révélations comme inutiles. Or, si après un mûr examen, si après avoir consulté des personnes doctes et versées en ces sortes de matières, si même, comme il est arrivé pour celles-ci, après les avoir soumises à l'autorité ecclésiastique, on en a obtenu la permission de les publier pour la gloire de N. S. et pour l'édification des hommes, qui oserait dire que de telles révélations, pleines d'ailleurs de piété et de sainteté, sont inutiles ou nuisibles ? Ah ! de grâce, que le fidèle n'aille pas mériter de l'Esprit Saint le reproche qui est fait aux impies, de blasphémer ce qu'ils ignorent ! Je ne veux point assurément que l'on imite l'imprudence de ceux qui, à cette époque-ci surtout, admettent indistinctement tout ce qu'ils entendent qualifier du nom de révélation ; ce serait, j'en conviens, la plus dangereuse des folies. Mais je dois répéter avec Saint Paul, que toute révélation, non plus que toute prophétie, ne saurait être méprisée, et qu'il faut donner une pieuse croyance à celles qui, selon les règles approuvées par l'Église, et suivies par les Saints, portent les caractères de la vérité.
Telles sont les révélations dont je, vais parler dans ce chapitre, et qui se trouvent parfaitement d'accord avec les hiéroglyphes tracés sur la pierre sépulcrale.

(2) Il est bon de remarquer, 1°, que ces révélations ont été faites à trois personnes différentes, dont la première est un jeune artisan, très-connu de don François de Lucia , qui, dans son ouvrage répandu à milliers d'exemplaires dans le royaume de Naples et dans les états environnants, rend un témoignage public à la pureté de sa conscience et à sa solide piété. La seconde est un prêtre zélé, aujourd'hui chanoine, à qui la dévotion à la Sainte Martyre, dont il se faisait partout le panégyriste, valut des grâces toutes particulières. La troisième, enfin, est une de ces vierges consacrées à Dieu dans un cloître austère, âgée d'environ trente-quatre ans, et vivant à Naples. 2°, ces trois personnes ne se connaissent pas, n'ont jamais eu entr'elles aucune sorte de relation, et habitent des pays fort distants les uns des autres. 3°, les récits qu'elles ont fait, soit de vive voix, soit par écrit, pleinement d'accord quant au fond et aux principales circonstances, ne contredisent en rien l'épitaphe que nous venons d'expliquer, et lui donnent, par les détails qu'ils y ajoutent, un développement aussi clair qu'édifiant.

(3) Don François observe ici qu'en donnant, dans la première édition de son ouvrage, cette étymologie au nom de Philomène , il hésitait lui-même à y ajouter foi, mais qu'un mouvement intérieur le poussa toujours, malgré ses répugnances, non-seulement à l'écrire alors, mais à le répéter encore dans les éditions suivantes. Il paraissait, en effet, plus naturel de prendre la racine de ce nom dans la langue grecque, qui donne un sens différent, quoique analogue au premier, et c'est celui de Bien-Aimée, comme la Sainte l'est en effet tout particulièrement.



Reportez-vous à Découverte du saint corps de Sainte Philomène, Méditation pour la Fête de Sainte Philomène, Litanies de Sainte Philomène, Neuvaine en l'honneur de Sainte Philomène, Cantique en l'honneur de Sainte Philomène, et Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Foi de M. Vianney.

















samedi 24 décembre 2016

Quo graviora, Lettre apostolique de Sa Sainteté le Pape Léon XII





QUO GRAVIORA


Lettre apostolique de Sa Sainteté le Pape Léon XII


Condamnation de la Société dite des Francs-Maçons

et des autres Sociétés secrètes


(13 mars 1826)




LÉON, ÉVÊQUE.
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU.



Pour en conserver le perpétuel souvenir.

Plus sont grands les désastres qui menacent le troupeau de Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur, plus doit redoubler, pour les détourner, la sollicitude des Pontifes Romains auxquels, dans la personne de saint Pierre, prince des apôtres, ont été conférés le pouvoir et le soin de conduire ce même troupeau. C’est à eux, en effet, comme étant placés au poste le plus élevé de l’Église, qu’il appartient de découvrir de loin les embûches préparées par les ennemis du nom chrétien pour exterminer l’Église de Jésus-Christ (ce à quoi ils ne parviendront jamais) : c’est à eux qu’il appartient tantôt de signaler aux fidèles et de démasquer ces embûches, afin qu’ils s’en gardent, tantôt de les détourner et de les dissiper de leur propre autorité.

Les Pontifes Romains, Nos prédécesseurs, ayant compris qu’ils avaient cette grande tâche à remplir, veillèrent toujours comme de bons pasteurs, et s’efforcèrent, par des exhortations, des enseignements, des décrets, et en exposant même leur vie pour le bien de leurs brebis, de réprimer et de détruire entièrement les sectes qui menaçaient l’Église d’une ruine complète. Le souvenir de cette sollicitude pontificale ne se retrouve pas seulement dans les anciennes annales ecclésiastiques, on en retrouve d’éclatantes preuves dans ce qui a été fait de nos jours et du temps de nos pères par les Pontifes Romains, pour s’opposer aux associations secrètes des ennemis de Jésus-Christ ; car Clément XII, Notre prédécesseur, ayant vu que la secte dite des Francs-Maçons, ou appelée d’un autre nom, acquérait chaque jour une nouvelle force, et ayant appris avec certitude, par de nombreuses preuves, que cette secte était non seulement suspecte mais ouvertement ennemie de l’Église catholique, la condamna par une excellente constitution qui commence par ces mots : In eminenti publiée le 28 avril 1738, et dont voici la teneur : (lire).

Cette Bulle ne parut pas suffisante à Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, Benoît XIV, car le bruit s’était répandu que Clément XII étant mort, la peine d’excommunication portée par sa Bulle était sans effet, puisque cette Bulle n’avait pas été expressément confirmée par son successeur. Sans doute il était absurde de prétendre que les Bulles des anciens Pontifes dussent tomber en désuétude si elles n’étaient pas approuvées expressément par leurs successeurs, et il était évident que Benoît XIV avait ratifié la Bulle publiée par Clément XII. Cependant, pour ôter aux sectaires jusqu’au moindre prétexte, Benoît XIV publia une nouvelle Bulle commençant ainsi : Providas, et datée du 18 mars 1751 ; dans cette Bulle, il rapporta et confirma textuellement et de la manière la plus expresse celle de son prédécesseur. En voici la teneur : (lire).

Plût à Dieu que ceux qui avaient le pouvoir en main eussent su apprécier ces décrets autant que l’exigeait le salut de la religion et de l’État ! Plût à Dieu qu’ils eussent été convaincus qu’ils devaient voir dans les Pontifes Romains, successeurs de saint Pierre, non seulement les pasteurs et les chefs de l’Église catholique, mais encore les plus fermes appuis des gouvernements et les sentinelles les plus vigilantes pour découvrir les périls de la société ! Plût à Dieu qu’ils eussent employé leur puissance à combattre et à détruire les sectes dont le Siège Apostolique leur avait découvert la perfidie ! Ils y auraient réussi dès lors ; mais, soit que ces sectaires aient eu l’adresse de cacher leurs complots, soit que, par une négligence ou une imprudence coupable, on eût présenté la chose comme peu importante et devant être négligée, les Francs-Maçons ont donné naissance à des réunions plus dangereuses encore et plus audacieuses.

On doit placer à leur tête celle des Carbonari, qui paraîtrait les renfermer toutes dans son sein, et qui est la plus considérable en Italie et dans quelques autres pays. Divisée en différentes branches et sous des noms divers, elle a osé entreprendre de combattre la religion catholique et de lutter contre l’autorité légitime. Ce fut pour délivrer l’Italie et les autres pays, et spécialement les États du Souverain Pontife, de ce fléau qui avait été apporté par des étrangers dans le temps où l’autorité pontificale était entravée par l’invasion, que Pie VII, Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, publia une Bulle, le 13 septembre 1821, commençant par ces mots : Ecclesiam a Jesu Christo. Elle condamne la secte dite des Carbonari sous les peines les plus graves, sous quelque dénomination et dans quelque pays qu’elle existe. En voici la teneur : (lire).

Il y avait peu de temps que cette Bulle avait été publiée par Pie VII, lorsque Nous avons été appelé, malgré la faiblesse de nos mérites, à lui succéder au Saint Siège. Nous Nous sommes aussitôt appliqué à examiner l’état, le nombre et la force de ces associations secrètes et Nous avons reconnu facilement que leur audace s’était accrue par les nouvelles sectes qui s’y sont rattachées. Celle qu’on désigne sous le nom d’Universitaire a surtout fixé notre attention ; elle a établi son siège dans plusieurs universités, où des jeunes gens, au lieu d’être instruits, sont pervertis par quelques maîtres, initiés à des mystères qu’on pourrait appeler des mystères d’iniquité, et formés à tous les crimes.

De là vient que si longtemps après que le flambeau de la révolte a été allumé pour la première fois en Europe par les sociétés secrètes, et qu’il a été porté au loin par ses agents, après les éclatantes victoires remportées par les plus puissants princes et qui Nous faisaient espérer la répression de ces sociétés ; cependant, leurs coupables efforts n’ont pas encore cessé : car, dans les mêmes contrées où les anciennes tempêtes paraissaient apaisées, n’a-t-on pas à craindre de nouveaux troubles et de nouvelles séditions que ces sociétés trament sans cesse ? N’y redoute-t-on pas les poignards impies dont ils frappent en secret ceux qu’ils ont désignés à la mort ? Combien de luttes terribles l’autorité n’a-t-elle pas eu à soutenir malgré elle, pour maintenir la tranquillité publique ?

On doit encore attribuer à ces associations les affreuses calamités qui désolent de toute part l’Église, et que Nous ne pouvons rappeler sans une profonde douleur : on attaque avec audace ses dogmes et ses préceptes les plus sacrés ; on cherche à avilir son autorité, et la paix dont elle aurait le droit de jouir est non seulement troublée, mais on pourrait dire qu’elle est détruite.

On ne doit pas s’imaginer que Nous attribuions faussement et par calomnie à ces associations secrètes tous les maux et d’autres que Nous ne signalons pas. Les ouvrages que leurs membres ont osé publier sur la religion et sur la chose publique, leur mépris pour l’autorité, leur haine pour la souveraineté, leurs attaques contre la divinité de Jésus-Christ et l’existence même d’un Dieu, le matérialisme qu’ils professent, leurs codes et leurs statuts, qui démontrent leurs projets et leurs vues, prouvent ce que Nous avons rapporté de leurs efforts pour renverser les princes légitimes et pour ébranler les fondements de l’Église ; et ce qui est également certain, c’est que ces différentes associations, quoique portant diverses dénominations, sont alliées entre elles par leurs infâmes projets.

D’après cet exposé, Nous pensons qu’il est de Notre devoir de condamner de nouveau ces associations secrètes, pour qu’aucune d’elles ne puisse prétendre qu’elle n’est pas comprise dans Notre sentence apostolique et se servir de ce prétexte pour induire en erreur des hommes faciles à tromper.

Ainsi, après avoir pris l’avis de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église Romaine, de Notre propre mouvement, de Notre science certaine et après de mûres réflexions, Nous défendons pour toujours et sous les peines infligées dans les Bulles de Nos prédécesseurs insérées dans la présente et que Nous confirmons, Nous défendons, disons-Nous, toutes associations secrètes, tant celles qui sont formées maintenant que celles qui, sous quelque nom que ce soit, pourront se former à l’avenir, et celles qui concevraient contre l’Église et toute autorité légitime les projets que Nous venons de signaler.

C’est pourquoi Nous ordonnons à tous et à chaque chrétien, quels que soient leur état, leur rang, leur dignité ou leur profession, laïques ou prêtres, réguliers ou séculiers, sans qu’il soit nécessaire de les nommer ici en particulier, et, en vertu de la sainte obéissance, de ne jamais se permettre, sous quelque prétexte que ce soit, d’entrer dans les susdites sociétés, de les propager, de les favoriser ou de les recevoir ou cacher dans sa demeure ou autre part, de se faire initier à ces sociétés dans quelque grade que ce soit, de souffrir qu’elles se rassemblent ou de leur donner des conseils ou des secours ouvertement ou en secret, directement ou indirectement, ou bien d’engager d’autres, de les séduire, de les porter ou de les persuader à se faire recevoir ou initier dans ces sociétés, dans quelque grade que ce soit, ou d’assister à leurs réunions, ou de les aider ou favoriser de quelque manière que ce soit ; au contraire, qu’ils se tiennent soigneusement éloignés de ces sociétés, de leurs associations, réunions ou assemblées, sous peine d’excommunication dans laquelle ceux qui auront contrevenu à cette défense tomberont par le fait même, sans qu’ils puissent jamais en être relevés que par Nous ou Nos successeurs, si ce n’est en danger de mort.

Nous ordonnons en outre à tous et à chacun, sous peine de l’excommunication réservée à Nous et à Nos successeurs, de déclarer à l’évêque et aux autres personnes que cela concerne, dès qu’ils en auront connaissance, si quelqu’un appartient à ces sociétés ou s’est rendu coupable de quelques-uns des délits susmentionnés.

Nous condamnons surtout et Nous déclarons nul le serment impie et coupable par lequel ceux qui entrent dans ces associations s’engagent à ne révéler à personne ce qui regarde ces sectes, et à frapper de mort les membres de ces associations qui feraient des révélations à des supérieurs ecclésiastiques ou laïques. N’est-ce pas, en effet, un crime que de regarder comme un lien obligatoire, un serment, c’est-à-dire un acte qui doit se faire en toute justice, et où l’on s’engage à commettre un assassinat, et à mépriser l’autorité de ceux qui, étant chargés du pouvoir ecclésiastique ou civil, doivent connaître tout ce qui est important pour la religion et la société, et ce qui peut porter atteinte à leur tranquillité ? N’est-ce pas indigne et inique de prendre Dieu à témoin de pareils attentats ? Les Pères du Concile de Latran ont dit avec beaucoup de sagesse (can. 3) « qu’il ne faut pas considérer comme serment, mais plutôt comme parjure tout ce qui a été promis au détriment de l’Église et contre les règles de la tradition. » Peut-on tolérer l’audace ou plutôt la démence de ces hommes qui, disant, non seulement en secret, mais hautement, qu’il n’y a point de Dieu, et le publiant dans leurs écrits, osent cependant exiger en son nom un serment de ceux qu’ils admettent dans leur secte ?

Voilà ce que Nous avons arrêté pour réprimer et condamner toutes les sectes odieuses et criminelles. Maintenant, Vénérables Frères, Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques, Nous demandons, ou plutôt Nous implorons votre secours ; donnez tous vos soins au troupeau que le Saint-Esprit vous a confié en vous nommant évêques de son Église. Des loups dévorants se précipiteront sur vous et n’épargneront pas vos brebis. Soyez sans crainte, et ne regardez pas votre vie comme plus précieuse que vous-mêmes. Soyez convaincus que la constance de vos troupeaux dans la religion et dans le bien dépend surtout de vous ; car, quoique nous vivions dans des jours mauvais et où plusieurs ne supportent pas la saine doctrine, cependant beaucoup de fidèles respectent encore leurs pasteurs, et les regardent avec raison comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs de ses mystères. Servez-vous donc, pour l’avantage de votre troupeau, de cette autorité que Dieu vous a donnée sur leurs âmes par une grâce signalée. Découvrez-leur les ruses des sectaires et les moyens qu’ils doivent employer pour s’en préserver. Inspirez-leur de l’horreur pour ceux qui professent une doctrine perverse, qui tournent en dérision les mystères de notre religion et les préceptes si purs de Jésus-Christ, et qui attaquent la puissance légitime. Enfin, pour Nous servir des paroles de Notre prédécesseur Clément XIII, dans sa Lettre encyclique A quo die à tous les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques de l’Église catholique, en date du 14 septembre 1758 :
« Pénétrons-nous, je vous en conjure, de la force de l’Esprit du Seigneur, de l’intelligence et du courage qui en sont le fruit, afin de ne pas ressembler à ces chiens qui ne peuvent aboyer, laissant nos troupeaux exposés à la rapacité des bêtes des champs. Que rien ne nous arrête dans le devoir où nous sommes de souffrir toutes sortes de combats pour l’amour de Dieu et le salut des âmes. Ayons sans cesse devant les yeux celui qui fut aussi, pendant sa vie, en butte à la contradiction des pécheurs ; car si nous nous laissons ébranler par l’audace des méchants, c’en est fait de la force de l’épiscopat, de l’autorité sublime et divine de l’Église. Il ne faut plus songer à être chrétiens si nous en sommes venus au point de trembler devant les menaces ou les embûches de nos ennemis. »

Princes catholiques, Nos très chers fils en Jésus Christ, pour qui Nous avons une affection particulière, Nous vous demandons avec instance de venir à Notre secours. Nous vous rappellerons ces paroles que Léon le Grand, notre prédécesseur et dont Nous portons le nom, quoique indigne de lui être comparé, adressait à l’empereur Léon : « Vous devez sans cesse vous rappeler que la puissance royale ne vous a pas seulement été conférée pour gouverner le monde, mais encore et principalement pour prêter main forte à l’Église, en comprimant les méchants avec courage, en protégeant les bonnes lois, en rétablissant l’ordre dans toutes les choses où il a été troublé ». Les circonstances actuelles sont telles que vous avez à réprimer ces sociétés secrètes, non seulement pour défendre la religion catholique, mais encore pour votre propre sûreté et pour celle de vos sujets. La cause de la religion est aujourd’hui tellement liée à celle de la société, qu’on ne peut plus les séparer ; car ceux qui font partie de ces associations ne sont pas moins ennemis de votre puissance que de la religion. Ils attaquent l’une et l’autre et désirent également les voir renversées ; et s’ils le pouvaient, ils ne laisseraient subsister ni la religion ni l’autorité royale.

Telle est la perfidie de ces hommes astucieux, que, lorsqu’ils forment des vœux secrets pour renverser votre puissance, ils feignent de vouloir l’étendre. Ils essaient de persuader que Notre pouvoir et celui des évêques doit être restreint et affaibli par les princes, et qu’il faut transférer à ceux-ci les droits, tant de cette Chaire apostolique et de cette Église principale, que des évêques appelés à partager Notre sollicitude.

Ce n’est pas la haine seule de la religion qui anime leur zèle, mais l’espoir que les peuples soumis à votre empire, en voyant renverser les bornes posées dans les choses saintes par Jésus-Christ et son Église, seront amenés facilement par cet exemple à changer ou à détruire aussi la forme du gouvernement.

Vous aussi, Fils chéris, qui professez la religion catholique, Nous vous adressons particulièrement Nos prières et Nos exhortations. Évitez avec soin ceux qui appellent la lumière ténèbres et les ténèbres lumière. En effet, quel avantage auriez-vous à vous lier avec des hommes qui ne tiennent aucun compte ni de Dieu ni des puissances, qui leur déclarent la guerre par des intrigues et des assemblées secrètes, et qui, tout en publiant tout haut qu’ils ne veulent que le bien de l’Église et de la société, prouvent par toutes leurs actions qu’ils cherchent à porter le trouble partout et à tout renverser ? Ces hommes sont semblables à ceux à qui l’apôtre saint Jean ordonne de ne pas donner l’hospitalité, et qu’il ne veut pas qu’on salue (IIe Épître, v. 10) ; ce sont les mêmes que nos pères appelaient les premiers nés du démon.

Gardez-vous donc de leurs séductions et des discours flatteurs qu’ils emploieront pour vous faire entrer dans les associations dont ils font partie. Soyez convaincus que personne ne peut être lié à ces sociétés sans se rendre coupable d’un péché grave : fermez l’oreille aux paroles de ceux qui, pour vous attirer dans leurs assemblées, vous affirmeront qu’il ne se commet rien de contraire à la raison et à la religion, et qu’on n’y voit et n’y entend rien que de pur, de droit et d’honnête. D’abord ce serment coupable dont Nous avons parlé, et qu’on prête même dans les grades inférieurs, suffit pour que vous compreniez qu’il est défendu d’entrer dans ces premiers grades et d’y rester ; ensuite, quoique l’on n’ait pas coutume de confier ce qu’il y a de plus compromettant et de plus criminel à ceux qui ne sont pas parvenus à des grades éminents, il est cependant manifeste que la force et l’audace de ces sociétés pernicieuses s’accroissent en raison du nombre et de l’accord de ceux qui en font partie. Ainsi ceux qui n’ont pas passé les rangs inférieurs doivent être considérés comme les complices du même crime, et cette sentence de l’apôtre (Épître aux Romains, ch. 1) tombe sur eux : « Ceux qui font ces choses sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais même ceux qui s’associent à ceux qui s’en rendent coupables ».

Enfin, Nous Nous adressons avec affection à ceux qui, malgré les lumières qu’ils avaient reçues, et la part qu’ils avaient eue au don céleste et aux grâces de l’Esprit-Saint, ont eu le malheur de se laisser séduire et d’entrer dans ces associations, soit dans les rangs inférieurs, soit dans les degrés plus élevés. Nous qui tenons la place de Celui qui a déclaré qu’il n’était pas venu appeler les justes mais les pêcheurs, et qui s’est comparé au pasteur qui, abandonnant le reste de son troupeau, cherche avec inquiétude la brebis qu’il a perdue, Nous les pressons et Nous les prions de revenir à Jésus-Christ. Sans doute ils ont commis un grand crime, cependant ils ne doivent point désespérer de la miséricorde et de la clémence de Dieu et de son Fils Jésus-Christ ; qu’ils rentrent dans les voies du Seigneur, il ne les repoussera pas ; mais semblable au père de l’enfant prodigue, il ouvrira ses bras pour les recevoir avec tendresse. Pour faire tout ce qui est en Notre pouvoir et pour leur rendre plus facile le chemin de la pénitence, Nous suspendons pendant l’espace d’un an après la publication de ces Lettres apostoliques dans le pays qu’ils habitent, l’obligation de dénoncer leurs frères, et Nous déclarons qu’ils peuvent être relevés de ces censures, même en ne dénonçant pas leurs complices, par tout confesseur approuvé par les Ordinaires des lieux qu’ils habitent.

Nous usons également de la même indulgence à l’égard de ceux qui demeurent à Rome. Si quelqu’un (ce qu’à Dieu ne plaise !) était assez endurci pour ne pas abandonner ces sociétés dans le temps que Nous avons prescrit, il sera tenu de dénoncer ses complices, et il sera sous le poids des censures s’il revient à résipiscence après cette époque ; il ne pourra obtenir l’absolution qu’après avoir dénoncé ses complices, ou au moins juré de les dénoncer le plus tôt possible. Cette absolution ne pourra être donnée que par Nous, Nos successeurs ou ceux qui auront obtenu du Saint-Siège la faculté de relever de ces censures.

Nous voulons que les exemplaires imprimés du présent Bref apostolique, lorsqu’ils seront signés de la main d’un notaire public et munis du sceau d’un dignitaire de l’Église, obtiennent la même foi que l’original.

Que personne ne se permette d’enfreindre ou de contredire Notre présente déclaration, condamnation, ordre, défense, invocation, réquisition, décret et volonté. Si, néanmoins, quelqu’un se le permettait, qu’il sache qu’il s’attire par là la colère du Dieu tout-puissant et des saints apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l’année de l’Incarnation de Notre-Seigneur 1825, le 3 des ides de Mars (13 mars 1826), de notre Pontificat l’an II.






Lire "La conjuration antichrétienne" de Mgr Delassus et Réflexions sur les ennemis et la manœuvre de Jean Vaquié.


Écoutez ce sermon pour le 10e Dimanche après la Pentecôte (aller à 2h14).


Reportez-vous à Auspicato concessum, du Pape Léon XIII, sur le Tiers-Ordre de Saint François, Les Catholiques et le vote : L'exemple édifiant du Cardinal Sarto, futur Pape Pie X, Traditi humilitati nostrae du Pape Pie VIII, In Eminenti du Pape Clément XII, Bulle Providas romanorum du Pape Benoît XIV, Multiplices inter du Pape Pie IX, Ecclesiam a Jesu Christo du Pape Pie VII, Prière pour la conversion des francs-maçons et Lettre encyclique du Pape Léon XIII, Qui pluribus du Pape Pie IX, Diuturnum Illud du Pape Léon XIII, sur l'origine du pouvoir civil, Cum ex apostolatus officio du Pape Paul IV, Quod apostolici Muneris du Pape Léon XIII, Histoire religieuse des deux cités, Mirari vos du Pape Grégoire XVI, Libertas Praestantissimum du Pape Léon XIII, Mortalium animos du Pape Pie XI, Par quelles armes battre le Tentateur ? et Inimitiés entre les enfants de Marie et les esclaves du diable.














vendredi 23 décembre 2016

TRADITI HUMILITATI NOSTRAE, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie VIII





TRADITI HUMILITATI NOSTRAE


LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE VIII

À TOUS LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES.




À nos vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques.

PIE VIII, PAPE.



Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.


Au moment de prendre possession dans la basilique de Latran, suivant l'usage de nos prédécesseurs, du pontificat confié à notre faiblesse, nous vous ouvrons avec joie notre cœur, vénérables Frères, qui nous avez été donnés pour auxiliaires dans une si haute charge par celui qui dispose des emplois comme des événements. Ce n'est pas seulement pour nous une satisfaction et un plaisir de vous déclarer nos intentions et nos sentiments pour vous, mais il est très important pour la religion que nous nous entretenions ensemble pour rechercher les choses qui lui sont et doivent lui être les plus utiles.
En effet, c'est pour nous un devoir que le divin fondateur de l'Église nous a imposé dans la personne de Saint Pierre, de paître, de diriger et de gouverner non seulement les agneaux, c'est-à-dire le peuple chrétien, mais aussi les brebis, c'est-à-dire les pasteurs eux-mêmes.
Certes nous nous réjouissons, et nous bénissons le prince des pasteurs qui a confié la garde de son troupeau à des chefs qui n'ont d'autre soin et d'autre pensée que de conduire dans les voies de la justice tous ceux qu'ils ont reçus de la main de leur père, et qui en éloignent avec sollicitude tous les dangers pour n'en perdre aucun : car nous connaissons parfaitement, vénérables frères, votre foi inébranlable, votre zèle constant pour la religion, l'admirable sainteté de votre vie, et votre rare sagesse. Aussi nous attendons avec confiance tous les avantages que doit procurer à l'Église, à notre Saint-Siège et à nous-mêmes un tel concours d'ouvriers que rien ne saurait confondre. Cet espoir nous fortifie contre la crainte que nous inspire le poids de notre charge ; il nous soutient et nous relève au milieu des sollicitudes amères dont nous sommes accablés : aussi nous nous dispensons volontiers de vous adresser de longs avis pour vous rappeler ce que vous devez toujours avoir sous les yeux pour administrer convenablement les choses saintes et suivre les canons. Pourquoi voudrions-nous exciter votre zèle, alors que de vous-mêmes vous travaillez avec tant d'ardeur ? Nous ne vous dirons pas non plus que personne ne doit se séparer de son troupeau ni le négliger, et avec quelle attention, quelle circonspection vous devez choisir les ministres des autels. Nous aimons mieux adresser des vœux au Dieu sauveur pour qu'il vous soutienne par sa protection toute puissante, et qu'il fasse prospérer vos actions et vos efforts.
Cependant, bien que cet aspect de votre vertu soit une consolation que Dieu nous donne, vénérables Frères, il faut que la tristesse nous accable encore, nous qui au sein de la paix sentons l'amère douleur qui nous vient des enfants du siècle. Nous vous parlons de choses qui sont connues, qui sont manifestes, que nous déplorons tous ensemble, et qu'il faut par conséquent attaquer d'un commun effort pour les réformer et les détruire ; nous vous parlons de ces erreurs innombrables, de ces doctrines perverses à l'aide desquelles on attaque la foi catholique, non plus en secret et avec déguisement, mais publiquement et avec violence. Vous connaissez la ligue criminelle de ces hommes qui font la guerre à la religion au nom d'une philosophie dont ils se proclament les docteurs, et à l'aide de vaines impostures appropriées aux maximes du monde ; c'est surtout contre le siège du bienheureux Pierre, dans lequel Jésus-Christ a établi la force de son Église, qu'ils dirigent leurs coups ; et par suite les liens de l'unité se relâchent de jour en jour : l'autorité de l'Église est méconnue ; les ministres des choses saintes sont un objet de haine et de mépris ; les préceptes les plus sacrés sont violés ; les pratiques saintes sont un sujet de moquerie ; et le pécheur ayant en exécration le culte du vrai Dieu, tous les enseignements de la religion sont assimilés à de vieilles fables et à de vaines superstitions.
Hélas ! il n'est que trop vrai, et nous ne pouvons le dire sans verser des larmes : « Les lions ont rugi contre Israël. Oui, ils se sont réunis contre le Seigneur et contre son Christ, et les impies se sont écriés : Détruisez-la, détruisez-la jusqu'aux fondements. »
Voilà où tend cette horrible conspiration des sophistes de ce siècle, qui n'admettent point de différence entre les diverses professions de foi ; pensent que chaque religion offre à tous un port de salut, et flétrissent d'une tache de légèreté et de folie ceux qui abjurant la religion dans laquelle ils ont été élevés en embrassent une autre, fût-ce même la religion catholique. Prodige horrible d'impiété, qui confond dans les mêmes hommages la vérité et l'erreur, la vertu et le vice, l'honneur et l'infamie ! Les seules lumières de la raison suffisent pour renverser ce système mortel d'indifférence en matière de religion, et nous avertissent que si deux religions diffèrent, et que l'une soit vraie, l'autre est nécessairement fausse, et qu'il ne peut exister aucun accord entre les ténèbres et la lumière.
Ayez soin, vénérables Frères, de vous opposer à ces faux docteurs, et enseignez aux peuples que la foi catholique est la seule véritable, qu'ainsi que le dit l'Apôtre, Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême : que l'on est profane, suivant la parole de Saint Jérôme, si l'on mange l'agneau hors de cette maison, et que quiconque n'entrera pas dans l'arche de Noé périra dans le déluge ; car excepté le nom de JÉSUS « il n'est point de nom accordé aux hommes par lequel nous puissions être sauvés. Celui qui aura cru sera sauvé ; celui qui n'aura pas cru sera condamné.

Il faut aussi veiller sur ces sociétés qui, au mépris des règles les plus salutaires de l'Église, font des traductions nouvelles de la Bible, où, d'après le sens privé, le sens véritable est habilement altéré, impriment ces traductions dans toutes les langues vulgaires, les répandent de toutes parts avec une incroyable prodigalité ; les donnant gratuitement aux plus ignorants, et souvent même y joignant de mauvais petits livres, afin qu'ils sucent un poison mortel là où ils pensent puiser les eaux salutaires de la sagesse. Depuis longtemps le siège apostolique a voulu que le peuple chrétien fût prévenu contre ce terrible écueil de la foi, et a frappé de ses anathèmes les auteurs de ce grand mal. Aussi après les règles publiées par ordre du concile de Trente et par la congrégation de l'Index, il fut encore rappelé à tous les fidèles que les traductions de la Bible, en langue vulgaire ne doivent pas être permises, si elles ne sont approuvées du Siège apostolique, et imprimées avec des notes extraites des saints pères de l'Église. C'est dans ce but que le saint concile de Trente avait décrété pour comprimer les esprits hardis, que personne dans les matières de foi ou de mœurs qui se rattachent à la doctrine chrétienne, ne s'appuie sur sa propre sagesse, et ne détourne à son sens l'Écriture Sainte, ou ne l'interprète contre le sens consacré par notre sainte mère l'Église, ou contre le sentiment unanime des Pères.
Quoiqu'il soit bien évident, d'après ces règles canoniques, que ces entreprises contre la foi catholique étaient réprouvées depuis longtemps, cependant nos derniers prédécesseurs d'heureuse mémoire dans leur sollicitude pour le bien du peuple chrétien, eurent un soin tout particulier de comprimer par des lettres apostoliques les criminelles tentatives de ce genre qui se renouvelaient de toutes parts. Efforcez-vous, vénérables Frères, de soutenir avec les mêmes armes la cause du Seigneur, dans un si grand danger des saintes doctrines, de peur que ce poison ne se répande dans votre troupeau, et ne fasse surtout périr les simples.

Après avoir ainsi préservé des altérations les saintes Écritures vous devez encore, vénérables Frères, tourner vos soins contre ces sociétés secrètes d'hommes factieux qui, dans la haine qu'ils portent à Dieu et aux princes, travaillent avec ardeur à la destruction de l'Église, à la ruine des états et au bouleversement de l'univers, et brisent le frein de la foi pour ouvrir le chemin à tous les crimes. Les précautions qu'ils prennent de cacher sous la foi d'un serment ténébreux leurs assemblées perverses et les projets qu'elles voient éclore, les font fortement soupçonner de ces crimes qui dans les temps malheureux semblaient, pour la désolation de l'Église et des états, sortir du puits de l'abîme. C'est pourquoi ces sociétés secrètes, quel que fût leur nom, ont été frappées d'anathème par les souverains pontifes nos prédécesseurs Clément XII, Benoit XIV, Pie VII, Léon XII, auxquels nous sommes appelé à succéder malgré noire faiblesse. Nous confirmons leurs lettres apostoliques à ce sujet de toute la plénitude de notre pouvoir, et ordonnons qu'elles soient entièrement observées. Nous ne négligerons rien pour préserver l'Église et les étals de la conspiration de ces sectes, après vous avoir engagés à nous aider tous les jours de votre courage, afin que couverts de l'armure du zèle nous soutenions avec force et dans un même esprit notre cause, ou plutôt la cause de Dieu, pour renverser ce retranchement où s'abrite l'impiété hideuse des méchants.

Nous avons voulu vous désigner en particulier une de ces sociétés secrètes établies depuis peu pour corrompre les jeunes gens que l'on instruit dans les gymnases et les lycées. Sa tactique consiste à rechercher des maîtres dépravés, qui conduisent les élèves dans les voies de Baal par des maximes contraires aux enseignements de Dieu, parce qu'on sait bien que ce sont les leçons des maîtres qui forment l'esprit et le cœur de ceux qui les écoutent. De là viennent ces progrès affligeants de la licence chez les jeunes gens, qui, repoussant toute crainte de la religion, secouent le frein des mœurs, attaquent la doctrine sainte, foulent aux pieds les lois divines et humaines, et se jettent sans pudeur dans tous les crimes, dans toutes les erreurs. C'est d'eux que l'on peut dire avec le grand Saint Léon : Ils ont pour loi le mensonge, ils n'adorent que les démons et leurs sacrifices sont l'assemblage de toutes les infamies. Repoussez ces maux de vos diocèses, vénérables Frères, et tâchez par la force de votre autorité et par vos conseils que les jeunes gens n'aient pour maîtres que des hommes qui ne se recommandent pas seulement par leur instruction, mais aussi par leur conduite et leur piété.
Veillez surtout et avec plus de sollicitude encore sur vos séminaires, dont la direction vous est exclusivement attribuée par le concile de Trente. C'est là que vous devez trouver des hommes qui joignent à l'instruction de la discipline chrétienne et ecclésiastique, et des principes de la saine doctrine, tant de piété dans la pratique de leurs fonctions divines, tant de science dans l'instruction des peuples, tant de gravité dans leurs mœurs que leur ministère soit respecté par ceux-là mêmes qui ne s'y soumettent pas, et qu'ils puissent, par la force de leurs paroles, ramener ceux qui s'éloignent des sentiers de la justice !
Aussi nous demandons de votre zèle pour le bien de l'Église que vous appliquiez tous vos soins au choix de ceux à qui vous confierez la conduite des âmes, puisque c'est du meilleur choix des pasteurs que dépend surtout le salut des peuples, et que rien ne contribue plus à la perte des âmes que d'avoir pour guides des hommes qui travaillent pour eux et non pour Jésus-Christ, ou qui, peu instruits de la vraie science, sont emportés à tout vent, et ne sauraient conduire le troupeau aux saints pâturages qu'ils ignorent ou qu'ils dédaignent.
Comme les mauvais livres se propagent de toute part en nombre infini, et qu'à leur aide le langage des impies s'étend comme une gangrène dans tout le corps de l'Église, veillez sur votre troupeau, et n'épargnez rien pour le mettre à l'abri de cette peste, la plus dangereuse de toutes.
Avertissez souvent les brebis de Jésus-Christ qui vous sont confiées, comme le faisait notre saint prédécesseur et bienfaiteur Pie VII, que, si elles veulent se sauver elles ne paissent que dans les pâturages où les conduit la voix et l'autorité de Pierre. Dès qu'elle les rappelle ou les détourne qu'elles fuient avec horreur, comme d'un lieu dangereux et pestilentiel, sans s'arrêter aux apparences qui trompent et aux attraits qui corrompent.
Dans le temps où nous vivons, nous avons cru devoir encore recommander instamment à votre zèle pour le salut des hommes une grande sollicitude pour la sainteté du mariage. Que votre peuple apprenne à respecter ce Sacrement auguste, afin qu'il n'arrive rien qui le profane, rien qui souille la pureté de la couche nuptiale, rien enfin qui jette du doute sur l'indissolubilité de ce lien : il n'y a qu'un moyen pour y réussir ; il faut que le peuple chrétien sache bien que le mariage n'est pas seulement régi par de lois humaines, mais par la loi divine ; que ce n'est pas une chose terrestre, mais bien une chose sainte et par suite subordonnée entièrement à la puissance de l'Église. Car l'union conjugale qui n'avait d'abord d'autre but que la reproduction et la perpétuité de l'espèce humaine a été élevée par Notre Seigneur Jésus-Christ à la dignité de Sacrement et enrichie des dons célestes. La grâce a perfectionné la nature, et maintenant la naissance des enfants est moins un sujet de joie que l'offrande que l'on en fait au vrai Dieu pour les élever dans la Religion, et augmenter ainsi le nombre des fidèles. Il est bien constant en effet que cette union du mariage, dont Dieu est l'auteur, est la figure de l'union intime et éternelle de Notre Seigneur Jésus-Christ avec son Église ; et que cette société étroite du mari et de la femme est un sacrement, c'est à dire un signe sacré de l'amour immortel de Jésus-Christ pour son épouse. Il faut donc instruire les peuples sur ce point, leur expliquer ce qui est ordonné et ce qui est défendu par les lois de l'Église et les décrets des conciles, afin qu'ils se conforment à ce qui est de l'essence du Sacrement et évitent avec soin tout ce que l'Église a condamné. C'est ce à quoi nous vous engageons autant qu'il est en nous, et nous nous en rapportons à votre piété, à votre sagesse et à votre zèle.

Telles sont, vénérables Frères, les choses qui nous affligent le plus vivement dans ce moment, où placés sur la chaire du prince des apôtres nous devons nous sentir enflammés du zèle de la maison de Dieu. Il en est d'autres en grand nombre et bien graves aussi, que vous connaissez bien et qu'il serait trop long d'énumérer ici. Nous est-il possible de retenir notre voix au milieu des dangers de l'Église ? Nous est-il possible de céder à des raisons humaines, ou de nous endormir lâchement et de nous taire lorsque la tunique de notre Sauveur, qui avait échappé à la rage des bourreaux qui le crucifièrent, est aujourd'hui déchirée en lambeaux ? Non, non, nos très chers frères, ce n'est pas lorsque le troupeau est poursuivi à outrance que le pasteur qui l'aime lui refuse ses soins empressés. Nous sommes convaincu que vous en feriez plus encore que nous ne vous demandons, dans votre zèle pour soutenir, étendre et protéger la religion de nos ancêtres pour vos mandements, vos conseils, vos travaux et vos efforts.
Mais dans des temps aussi fâcheux, il faut surtout prier du fond du cœur, et supplier Dieu avec ferveur et persévérance qu'après avoir rétabli Israël de ses blessures, il fasse fleurir partout la religion sainte et accorde aux peuples une paix vraie et durable. Qu'il daigne dans sa miséricorde jeter un regard de propitiation sur les temps de notre ministère et diriger et soutenir lui-même le pasteur de ses brebis. Que les princes puissants et magnanimes favorisent nos travaux et notre zèle, et que celui qui a disposé leurs cœurs à entrer dans les voies de sa justice les fortifie encore par un surcroît de ses dons sacrés, afin qu'ils travaillent avec courage à la prospérité et au salut de l'Église, que tant de malheurs plongent dans le deuil.
Recourons à l'intercession de la très sainte mère de Dieu, Marie. C'est elle qui a détruit toutes les hérésies ; c'est elle que nous saluons de nos hommages sous le titre de secours des chrétiens pour avoir rendu à cette ville de Rome, après tant d'afflictions de tout genre, notre très saint prédécesseur Pie VII. Demandons avec instance au prince des apôtres Pierre et à son compagnon Paul qu'ils nous maintiennent sur la pierre de la foi catholique, et nous préservent de tous les ébranlements et de tous les orages ; qu'ils nous obtiennent ces faveurs du prince des pasteurs, Jésus-Christ notre Seigneur, que nous conjurons de répandre sur vous, vénérables frères, et sur vos troupeaux les dons les plus abondants de la grâce, de la paix et de la joie. Nous vous donnons notre bénédiction apostolique comme un gage de notre affection.

Donné à Rome à Saint-Pierre le 24 mai 1829, la première année de notre pontificat.





Lire "La conjuration antichrétienne" de Mgr Delassus.



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