jeudi 16 février 2017

Sermon pour la Fête de Saint Joseph



Extrait de "Les gloires de Marie" (Tome II) de Saint Alphonse de Liguori :



SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JOSEPH


Le songe de Saint Joseph (Corrado Giaquinto)
Dieu, par un effet de son amour pour nous, et du grand désir qu'il a de nous voir sauvés, nous a donné, entre autres moyens de salut, la faculté d'invoquer les Saints : il veut qu'ils intercèdent pour nous, et que par leurs mérites et leurs prières ils nous obtiennent les grâces que nous ne méritons pas. Ce n'est pas que les mérites de Jésus-Christ ne soient surabondants pour nous enrichir de toutes sortes de biens ; mais Dieu veut honorer ses fidèles serviteurs, en les faisant coopérer à notre salut, et nous donner plus de confiance d'obtenir Les grâces en les demandant par ses Saints. Parmi tous les Saints, après la Mère de Dieu, S. Joseph est un des plus agréables à Dieu, et un des plus puissants pour obtenir des grâces à ceux qui l'invoquent.
Nous allons donc considérer combien nous devons vénérer S. Joseph à cause de sa dignité ; et combien nous devons aussi avoir confiance en sa protection.

1er Point. Il est bien juste que nous honorions S. Joseph, que le Fils de Dieu a voulu honorer en l'appelant son père. (Luc. 2. 33-48) « Puisque le Roi des rois a voulu élever S. Joseph à un si grand honneur, c'est un devoir pour nous de chercher à l'honorer autant que nous pouvons. »
« Quel Ange ou quel Saint, dit S. Basile , a mérité d'être appelé le père du Fils de Dieu ? »

Par ce nom de père, Joseph a été plus honoré de Dieu que tous les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Pontifes. Tous ces grands Saints ont le nom de serviteurs, mais Joseph a celui de père, En qualité de père, Joseph est fait le chef de cette petite famille, petite en nombre, il est vrai, mais grande par les deux grands personnages qui la composent, la Mère de Dieu, et un Dieu fait homme (Ps. 104, 21), Joseph commande dans cette maison, et le Fils de Dieu obéit. (Luc. 2. 51) Cette soumission de Jésus-Christ prouve en même temps l'humilité du Sauveur, et la grande dignité de S. Joseph. « Quelle plus grande dignité, quelle plus haute élévation, que de commander à celui qui commande à tous les rois ?

Josué étonna le monde entier, quand a vaut ordonné au soleil de s'arrêter, afin qu'il eût le temps d'achever de mettre en déroute les ennemis, le soleil obéit. Mais quelle comparaison peut-il y avoir entre Josué obéi du soleil qui est une créature inanimée, et Joseph obéi de Jésus-Christ qui est le Fils de Dieu ? Jésus-Christ respecta S. Joseph comme son père tant qu'il vécut, et pendant trente ans jusqu'à sa mort il lui obéit toujours en cette qualité. S. Joseph commandait, comme chef de famille, et Jésus obéissait comme sujet à S. Joseph, qui lui avait été donné de Dieu pour lui tenir lieu de père ; Jésus ne faisait aucune action sans les ordres de Joseph , et faisait tout ce que Joseph voulait.

« Joseph fut donc destiné non seulement à être le soutien de la Mère de Dieu au milieu des tribulations qu'elle éprouva, non seulement à être le nourricier de Jésus-Christ, mais encore à coopérer en quelque sorte à la rédemption du monde, puisque ce fut l'œuvre du grand conseil des trois Personnes divines. » Dieu l'ayant chargé de tenir la place de père auprès de son Fils, lui confia le soin de le nourrir et de le défendre des pièges de ses ennemis : Joseph, lui disait Dieu, je viens d'envoyer mon Fils sur la terre, et je l'ai envoyé pauvre et humble, sans éclat de richesse ni de noblesse apparente ; le monde va le mépriser, et l'appeler fils d'un artisan, à cause du métier que tu exerces, car t'ayant destiné à servir de père à mon Fils qui est pauvre, j'ai aussi voulu que tu fusses pauvre toi-même ; il n'est pas venu au monde pour y dominer, mais pour souffrir et mourir pour le salut des hommes. Tu seras donc sur la terre son gardien et son père à ma place : « c'est à toi que je le confie. » Il sera persécuté, et tu le seras comme lui ; veille sur lui, et sois-moi fidèle. » Le Seigneur, dit S. Jean Damascène , donna à Joseph l'amour, la vigilance et l'autorité de père envers Jésus. » Il lui donna l'affection de père, pour qu'il le gardât avec un tendre amour ; la sollicitude de père, pour qu'il l'assistât avec tout le soin possible ; et l'autorité de père, pour qu'il fût obéi en tout ce qu'il commanderait à Jésus-Christ.

Dieu voulant que Joseph coopérât à l'œuvre de la rédemption, dit S. Bernard, voulut qu'il fût présenta la naissance de Jésus, afin qu'il devînt témoin de la gloire que les anges donnèrent à Dieu, de la visite des bergers et de celles des Mages. Dieu, voulut encore que Jésus et Marie lui offrissent au Temple l'Enfant nouveau-né, en le sacrifiant dès lors à la mort pour le salut du monde, car Marie et Joseph n'ignoraient pas tout ce qui était prédit de la passion de Jésus-Christ dans les saintes Écritures.
Lorsque Hérode, craignant que Jésus ne fût venu pour lui enlever la couronne, cherchait à le faire mourir, Dieu envoya un ange à Joseph pour lui dire de sa part de prendre l'enfant et la Mère et de s'enfuir en Égypte. (Matth. 3. 13) Aussitôt, Joseph obéit à la voix de Dieu, partit de nuit, prit l'enfant et sa mère, et s'achemina vers l'Égypte. Ils entreprirent un voyage si long et si périlleux à travers tant de déserts, pour se rendre en Égypte, où ils n'avaient ni parents, ni amis, et où ils ne trouvèrent qu'un peuple barbare ; il leur fut très difficile de se procurer ce qui était nécessaire pour vivre. Dans la suite l'ange lui ordonna de retourner en Judée : Joseph s'y rendit aussitôt. Mais là, averti par le même ange de sortir de la Judée à cause d'Archélaüs qui régnait alors à la place d'Hérode son père, il habita à Nazareth en Galilée, et y resta jusqu'à sa mort en compagnie de son aimable Jésus, en continuant à vivre pauvrement dans son humble métier.
Joseph se rendit avec Marie et Jésus alors âgé douze ans au temple de Jérusalem ; à son retour il s'aperçut que Jésus n'était pas avec la famille ; il en éprouva la plus vive douleur ; mais ce qui l'affligeait le plus, c'était la crainte de n'être pas digne de conserver un si grand trésor.
Joseph continua à assister Jésus jusqu'à sa mort, et il eut le bonheur d'expirer entre Jésus et Marie, S. François de Sales dit qu'on doit regarder comme certain que Joseph mourut d'amour, comme la sainte Vierge son épouse.

2e Point. Pour avoir une idée de la sainteté de S. Joseph, il suffit de savoir qu'il fut choisi de Dieu pour tenir la place de père auprès de Jésus-Christ. Quand Dieu appelle quelqu'un à un emploi, il lui donne tout ce qui lui est nécessaire pour le bien remplir (S. Thomas, 3. p. q. 17. a. 4). Dieu ayant donc destiné Joseph à servir de Père à la personne du Verbe incarné, on doit croire qu'il lui donna en même temps toute la sagesse et la sainteté qui convenaient à un tel office, et l'enrichit de toutes les grâces accordées aux autres Saints ; Gerson et Suarez disent qu'entre autres privilèges, S. Joseph en eut trois spéciaux : 1° D'avoir été sanctifié dans le sein de sa mère, comme Jérémie et Jean-Baptiste ; 2° D'avoir été en même temps confirmé dans la grâce ; 3° D'avoir toujours été exempt des appétits déréglés de la concupiscence, privilège que S. Joseph, par les mérités de sa pureté, obtient souvent à ceux qui l'honorent, en les délivrant de la rébellion de la chair.

Joseph est appelé juste dans l'Évangile. (Matth. 1. 19) Que veut dire le mot juste ? Il veut dire, selon S. Pierre Chrysologue, un homme parfait, qui possède toutes- les vertus. De sorte que Joseph était déjà Saint avant son mariage, mais il le devint bien davantage après qu'il eut épousé Marie. Lés seuls exemples de sa sainte épouse suffisaient pour le sanctifier. Mais si Marie, comme le dit S. Bernardin de Sienne, dispense toutes les grâces que Dieu fait aux hommes, avec quelle profusion devons-nous croire qu'elle en ait enrichi son époux qu'elle aimait tant, et dont elle était tant aimée ? La sainteté de Joseph fut encore considérablement augmentée par la conversation et la familiarité qu'il eut avec Jésus-Christ pendant tout le temps qu'il vécut avec lui. Les deux Disciples qui allaient au château d'Emmaüs se trouvèrent enflammés du divin amour en écoutant le Sauveur pendant quelques instants (Luc. 24, 32) : combien plus ardente fut la charité qui embrasa le cœur de Joseph, qui a vécu pendant trente ans avec Jésus-Christ, qui a entendu sortir de sa bouche divine tant de paroles de vie éternelle, qui a observé de près tous ses exemples d'humilité, de patience et de l'obéissance la plus parfaite ? Quel incendie d'amour divin ne devait pas s'allumer dans le cœur de Joseph, qui était vide de toute affection terrestre ? Il est vrai qu'il aimait beaucoup Marie son épouse ; mais cet amour ne partageait point son cœur : l'Apôtre dit que l'homme marié partage son cœur (1 Cor. 7. 33) ; mais l'amour qu'il portait à son épouse augmentait en lui l'amour de Dieu. Ainsi on ne peut douter que Joseph , pendant qu'il vécut avec Jésus-Christ, reçut de si grands accroissements de mérites et de sainteté, que nous pouvons dire qu'il a surpassé les autres Saints.
Jésus-Christ donne à chacun dans l'autre monde une récompense proportionnée à ses mérites (Rom. 1, 6) ; quelle gloire n'aura-t-il pas accordée à S. Joseph, qui l'aima tant et qui le servit tout le temps qu'il vécut sur la terre ? Au jugement dernier le Sauveur dira aux élus : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger (Matth. 25, 35) ; » cependant ces Saints n'ont nourri, logé ou habillé Jésus-Christ que dans la personne des pauvres, mais S. Joseph à rendu tous ces services à la propre personne de Jésus-Christ. Le Seigneur a promis une récompense à celui qui donne aux pauvres un verre d'eau en son nom (Marc. 9, 40) ; quelle sera donc la récompense de Joseph , qui peut dire à Jésus-Christ : « Je ne vous ai pas seulement pourvu de logement, de nourriture et d'habits, mais je vous ai sauvé de la mort en vous délivrant des mains du cruel Hérode ? » Ces considérations sont bien propres à augmenter notre confiance en la protection de S. Joseph et à nous persuader que Dieu ayant égard à tous ses mérites, ne lui refusera rien de tout ce qu'il demandera en faveur de ceux qui l'honorent et qui l'invoquent.
« Jésus qui révéra sur la terre S. Joseph comme son père, ne lui refusera assurément dans le ciel rien de ce qu'il lui demandera. »
Quoique S. Joseph n'ait eu aucune autorité sur l'humanité de Jésus-Christ comme père naturel, il eut cependant cette autorité, du moins en quelque sorte, comme époux de Marie qui, en qualité de Mère naturelle du Sauveur, avait autorité sur lui ; car celui qui a le domaine d'un arbre a aussi le domaine des fruits qu'il porte.
C'est ce qui fit que Jésus-Christ respecta sur la terre S. Joseph, et lui obéit comme à son supérieur ; et c'est aussi pour cela que maintenant il est dans le ciel : « Jésus regarde les prières de Joseph en quelque sorte comme des ordres. »
« Dieu a accordé à quelques Saints, disent S. Bernard et Ste Thérèse, le privilège de nous secourir en certains besoins, mais il a donné à S. Joseph le droit de nous obtenir toute espèce de grâce. » Le Seigneur nous dit, quand nous sommes affligés, ce que Pharaon disait à son peuple durant les sept années de famine : « Allez à Joseph, » si vous voulez être consolés. Ceux-là reçoivent assurément plus de grâces, qui se recommandent à lui plus souvent et avec plus de confiance. Prions donc chaque jour, et plusieurs fois le jour, S. Joseph qui, après Marie, est le Saint le plus puissant auprès de Dieu. Ne manquons pas de lui adresser chaque jour quelque prière particulière, mais surtout pendant sa neuvaine ; il nous obtiendra toutes les grâces utiles à nos âmes. Demandons-lui spécialement le pardon des péchés, l'amour envers Jésus-Christ et une bonne mort. Quant au pardon dès péchés, lorsque Jésus-Christ vivait sur la terre dans la maison de Joseph , si un pécheur eût désiré obtenir de lui le pardon de ses péchés, aurait-il pu trouver un plus sûr moyen que de recourir à Joseph pour y réussir ? Prions-le donc de solliciter cette grâce, car il est maintenant plus aimé de Jésus-Christ dans le ciel, qu'il ne l'était sur la terre. Demandons à S. Joseph l'amour envers Jésus-Christ ; c'est la plus précieuse de toutes les grâces que S. Joseph obtienne, un tendre amour pour le Verbe incarné, par les mérites de celui qu'il lui a porté lui-même en ce monde. Enfin, demandons-lui une bonne mort : il a reçu cette faveur, puisqu'il eut le bonheur de mourir au milieu de Jésus et de Marie ; ceux qui l'invoquent doivent donc espérer qu'à leur mort ce Saint viendra les assister avec Jésus et Marie, ainsi qu'il y en a beaucoup d'exemples. J'en citerai seulement quelques-uns.

En 1541, Frère Alexis de Vigevano, capucin laïc, pria les Frères d'allumer quelques cierges. Pourquoi ? lui dirent-ils. Parce que Saint Joseph et la Ste Vierge viendront bientôt me visiter. Et de suite il ajouta : « Voilà S. Joseph et la Reine du Ciel ; à genoux, mes Frères, prosternez- vous. » Aussitôt après, il expira tranquillement. C'était le 19 mars, jour consacré à l'honneur de S. Joseph. — Le Père Patrigani raconte d'après S. Vincent Ferrier et d'autres Écrivains, qu'un marchand de Valence avait coutume, le jour de Noël, d'inviter à dîner, en l'honneur de Jésus, de Marie et Joseph, un homme âgé, avec une femme allaitant un enfant. Cet homme pieux apparut après sa mort à quelqu'un qui priait pour lui, et lui dit qu'à l'heure de son trépas Jésus, Marie et Joseph vinrent le visiter et lui dire : Pendant ta vie tu nous as reçus dans ta maison, en la personne de ces trois pauvres dans notre maison ; et qu'ils l'avaient aussitôt conduit en paradis. — Dans la Légende de l'ordre de S. François, on lit, au 14 février, que la vénérable Soeur Pudentienne Zagnoni, très dévote à S. Joseph, eut, à la mort, le bonheur de le voir qui s'approchait de son lit avec l'enfant Jésus dans ses bras ; qu'elle s'entretint alternativement avec S. Joseph et avec le divin Enfant, en les remerciant d'une si grande faveur, et qu'elle rendit heureusement le dernier soupir dans une si douce compagnie. — Dans l'histoire des Carmes déchaux, il est dit de la Venérable Soeur Anne de S. Augustin, Carmélite, qu'étant à l'heure de la mort, quelques Religieuses la virent toute pleine de joie, dans la compagnie de S. Joseph et de Ste Thérèse et qu'une autre religieuse d'un couvent différent, la vit monter au ciel entre S. Joseph et Ste Thérèse. — Le Père Jean de Allosa, dans son livre de S. Joseph, rapporte qu'un Religieux de l'Ordre de S. Augustin apparut à un de ses compagnons, et lui dit que Dieu l'avait délivré de l'enfer à cause de la dévotion particulière qu'il avait eue envers S. Joseph ; et il ajouta que, ce Saint, comme Père putatif de Jésus-Christ, a beaucoup de pouvoir auprès de lui.







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