samedi 26 janvier 2019

De la vie Purgative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin



Extrait du Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, Tome I, par le R.P. Jean-Joseph Surin :


Saint Dominique en pénitence



De la vie purgative



Qu'est-ce que la vie purgative ?

C'est un état où l'âme travaille à se purifier de ses péchés et à en détruire les causes, en exterminant ses vices et ses mauvaises habitudes jusques dans leurs sources et leurs principes.

Quelle est la fin qu'on se propose dans la vie purgative ?

D'effacer et d'expier toutes les taches de son âme, de se corriger efficacement en changeant de mœurs et de conduite.

Comment expie-t-on ses péchés ?

Par la Contrition, la Confession et la Satisfaction.

Quels effets doit produire la Contrition qui convient à la vie purgative ?

Elle en doit produire trois. Le premier est un regret constant et presque continuel dont on soit pénétré au souvenir de ses péchés, sans se lasser de les pleurer, pour se laver de plus en plus et pour nettoyer entièrement sa conscience. Le second est le soin de détester les fautes passées, non seulement en général, mais encore en particulier à mesure qu'elles se présentent. Ce soin, qui se tourne en habitude, produit à la longue un parfait éloignement de tout mal. Le troisième est la parfaite conversion du cœur qui se laisse attirer à Dieu par amour, et qui s'affermit dans la résolution de se consacrer à son service.

Quelles conditions doit avoir la parfaite conversion du cœur ?

Elle doit être sincère, entière et fervente.

En quoi consiste la sincérité ?

Dans la droiture du cœur, laquelle ne souffre nul déguisement, nul mélange d'imperfection dans les motifs qu'on se propose ; c'est par cette droiture qu'on se dispose à la pureté d'intention dont on a besoin toute sa vie.

Qu'est-ce qu'une conversion entière ?

C'est celle qui n'admet point de partage, point de restriction, point de réserve dans la douleur et dans le bon propos, qui nous fait pratiquer généreusement tout le bien que Dieu demande de nous, et fuir avec soin ce qui peut lui déplaire.

En quoi consiste la ferveur de la conversion ?

Dans une certaine ardeur spirituelle qui rend l'âme attentive à tout, généreuse à entreprendre, et ferme à la vue des obstacles, sans que rien puisse l'abattre, ni la retarder dans la poursuite du bien. C'est la disposition qu'on remarque dans les personnes vivement touchées du regret de leurs péchés ; elles marchent avec précaution ; elles sont toujours sur leurs gardes pour ne point se relâcher ; elles ne laissent échapper aucune occasion de plaire à Dieu et de répondre à la grâce.

À quelles marques particulières se fait connaître cette ferveur ?

À ces trois, qui sont, une application constante à l'Oraison, et à tout ce qui peut contribuer au fruit de ce saint exercice ; le courage à se mortifier et à profiter de toutes les occasions qui s'en présentent ; la persévérance à s'occuper dans des actions de charité et d'humilité chrétienne ; comme sont la visite des Pauvres, des Hôpitaux, et les autres œuvres de miséricorde.

Quel soin doivent apporter à la Confession ceux qui entrent dans la vie purgative ?

Outre la Confession générale qui se fait d'ordinaire au commencement de la conversion, il faut que l'on consacre au moins une semaine aune recherche plus exacte de ses péchés; que chaque jour on prenne à tâche d'examiner en détail une partie de sa vie, qu'on aille ensuite s'accuser de toutes les fautes qu'on aura remarquées, et qu'on reçoive l'absolution chaque jour, ou du moins à la fin de la semaine, selon que le Confesseur le jugera à propos. On ne saurait croire combien cette conduite est avantageuse ; l'âme par ce moyen rentre en elle-même, elle se connaît à fond, et se purifie des moindres taches.

Quelles règles donnez-vous pour la Satisfaction ?

Je dis qu'on doit destiner un temps considérable aux austérités de la pénitence. On a vu des personnes ferventes, qui, pour satisfaire à Dieu, ont déterminé en particulier le nombre et la qualité des peines à quoi elles doivent se condamner pour chacun des péchés de leur vie. C'est en s'acquittant fidèlement de toutes ces saintes pratiques qu'on acquiert la pureté et le repos de la conscience.

Comment accomplit-on le second devoir de la vie purgative, qui consiste à se corriger en changeant de mœurs et de conduite ?

Par ces trois moyens. Le premier est une attention générale à s éloigner de tout ce qui est mal. Le second est le combat des vices qu'on attaque en particulier, et l'un après l'autre. Le troisième est de détruire les causes des vices et les principes du mal.

Quels soins demande cette attention générale à se défendre du vice et à s'éloigner de tout mal ?

1. Former dès le matin la résolution de résister avec courage à tout ce que Dieu nous fera connaître intérieurement n'être pas conforme à la vertu et aux desseins qu'il a sur nous. 2. Mettre cette résolution en pratique pendant le jour, en veillant continuellement sur soi-même pour ne pas tomber par surprise, faute d'avoir prévu l'occasion, ou par lâcheté pour ne s'être pas préparé à combattre. 3. examiner exactement sa conscience pour reconnaître les fautes qu'on a commises, et pour les détester sincèrement.

Quelle méthode donnez-vous pour combattre les vices en particulier ?

La même que la précédente, avec cette différence, que la résolution qu'on fait le matin, doit tomber particulièrement sur le vice qu'on entreprend de détruire ; par exemple, sur le mensonge, ou sur la médisance : que ce même vice doit être le principal objet de notre attention pendant le jour, et la matière de l'examen de conscience qu'on doit faire à cette fin.

Combien de fois, et de quelle manière faut-il s'examiner là dessus ?

Il faut le faire pour le moins deux fois le jour ; avant le repas du matin, ou un peu après, et le soir avant que d'aller prendre son sommeil. Il suffit d'employer à cet examen particulier, une partie du temps destiné à l'examen général de la conscience ; insistant principalement sur le vice qu'on a résolu de combattre, remarquant en détail les fautes commises en ce genre, en de mandant pardon à Dieu, et se disposant par de saintes résolutions à recommencer le combat.

De quelle autre industrie peut-on se servir pour s'assurer la victoire d'un vice ?

Il ne faut pas se contenter de remarquer ses chutes, il faut se punir soi-même, et s'imposer quelque pénitence pour chaque faute un peu considérable où l'on s'est laissé aller. Il y a des personnes qui se condamnent à baiser la terre, à châtier leur corps, à s'humilier, en demandant pardon de leurs fautes à ceux qui s'en sont scandalisés, ou qui en ont été offensés.

Quels sont les vices qu'il faut combattre les premiers ?

Ceux qui paraissent aux yeux des hommes ; comme l'immodestie, le luxe des habits, etc. il est très-important de se corriger d'abord de ces défauts extérieurs, parce qu'ils édifient mal le prochain, et parce qu'on ne saurait composer l'extérieur, qu'on ne travaille en même temps à la composition de l'intérieur. Il faut ensuite modérer l'usage de tout ce qui regarde le corps, du manger, du sommeil, et des autres besoins de la vie, prenant pour règle et pour maxime, de ne point passer les bornes du nécessaire.

Quels sont les vices les plus difficiles à corriger ?

Il y en a trois ; l'intempérance dans le manger, la vanité, et la paresse.

Comment corrige-t-on le premier de ces trois vices ?

Premièrement, en évitant toute sorte d'excès, et en retranchant peu à peu de la nourriture, jusqu'à ce que l'ont connaisse par expérience ce qui suffît pour fournir à la nécessité. Secondement, en maîtrisant son appétit, de telle sorte, qu'on ne consulte plus le goût, mais uniquement la raison dans le choix des viandes. En troisième lieu, il faut user dune grande modération au boire, parce que l'intempérance en ce genre est très-nuisible.

Que faut-il faire pour corriger la vanité ?

Fuir les louanges et les applaudissements. Chercher la simplicité et la modestie dans les habits, et dans tout ce qui sert à parer le corps. Bannir de ses entretiens et de ses manières tout ce qui tient du compliment, tout ce qui sent l'affectation et la politesse trop recherchée.

En quoi et comment faut -il vaincre la paresse ?
1. En ce qui regarde le sommeil, qu'il faut régler sur le besoin, n'y donnant que le temps nécessaire pour conserver et pour réparer les forces. 2. En surmontant une certaine lâcheté naturelle qui appesantit le corps et l'esprit, surtout après le repas ; les personnes sujettes à ce vice, font toutes choses avec nonchalance ; elles ne peuvent rien souffrir ; elles cherchent leurs aises partout. On combat cette lâcheté par la ferveur, qui donne de l'activité et de la vigueur à l'âme, la met au-dessus de ses irrésolutions, et ne lui permet pas d'hésiter dans les occasions de se vaincre ; par exemple, lorsqu'il est question de se lever le matin, ou de s'acquitter de fonctions de sa charge. 3. Ce qui sert encore beaucoup à se défaire du vice dont nous parlons ; c'est de se défendre de l'oisiveté, et de n'être jamais sans quelque occupation, ou de l'esprit ou du corps, excepté le temps qu'il faut nécessairement destiner au repos.

Quel est le troisième moyen que nous avons dit être nécessaire pour le parfait amendement de la vie ?

C'est d'attaquer les vices jusques dans leur source, et de les détruire jusqu'à la racine.

Quelles sont les racines de nos vices ?

Il y en a deux principales, et plus profondes que les autres. On peut appeler la première, violence ou passion, et la seconde, ruse ou duplicité, selon si ce qui est écrit: Mon Dieu, vous haïssez les hommes violents et artificieux. Ôtez ces deux malheureux principes, vous ôtez en même temps tous les vices, qui ne sont tels, que parce qu'ils sont opposés ou à la modération, ou à la sincérité.

Comment pouvons-nous arracher de notre âme, ces deux racines du mal ?

Par la mortification on se rend maître de tous les mouvements de son cœur, et on remédie à la passion et à la violence. On bannit la duplicité de son âme, en s'étudiant à la simplicité chrétienne, et en procédant à l'égard de tout le monde d'une manière pleine de candeur et de sincérité.

N'y a-t-il pas dans l'homme quelque autre principe qui le porte au mal ?

Il y en a un; c'est la concupiscence, qui se divise comme en trois branches ; la convoitise des plaisirs, celle des richesses, et celle de la gloire. On oppose à la première, le jeûne, la pénitence, l'oraison, l'amour de Dieu : à la seconde, la pauvreté évangélique, l'aumône, le renoncement intérieur à toutes les choses de la terre ; à la troisième, l'humilité, qui cherche les ministères les plus bas, et qui inspire le mépris des honneurs, des charges, des dignités, et de tout ce qui flatte l'orgueil et la vanité des hommes.

Ne reconnaissez-vous point d'autre source à nos péchés ?

On peut mettre de ce nombre les sept vices qu'on appelle capitaux. Mais la cause la plus universelle de tout le mal que nous faisons, c'est l'amour-propre, d'où naissent les inclinations déréglées, qui se réduisent aux trois convoitises dont nous venons de parler ; les passions que nous avons appris à combattre dans le Chapitre de la mortification, et les mauvaises habitudes qui se forment par les actes réitérés que produisent les passions.

Quel soin faut-il apporter pour combattre l'amour-propre ?

Il faut lui retrancher tout ce qui le nourrit, tout ce qui le flatte ; détourner de son esprit toutes les pensées qui peuvent produire quelque vaine complaisance en soi-même : ne parler jamais de soi, ni de sa naissance, ni des autres avantages qu'on rappelle avec plaisir dans son esprit, ou qui peuvent faire honneur aux yeux des hommes. On voit des gens servilement attentifs à conserver leur santé, qui n'osent rien entreprendre, de peur de l'exposer, qui sont toujours après à consulter sur leurs maladies, et qui mettent toute leur confiance dans les remèdes ; rien ne marque mieux l'amour-propre. Pour le détruire, il faut se désoccuper, de soi-même, se réduire au nécessaire en tout ce qui regarde la conservation de la vie, s'employer de toutes ses forces au service de Dieu, se refuser les satisfactions naturelles qui se présentent, et chercher avec ardeur les occasions de souffrir.

Dans quel ordre faut-il travailler à l'amendement de sa vie ?

Il faut d'abord s'appliquer à se bien connaître soi-même : cette connaissance absolument nécessaire pour travailler avec fruit à exterminer ses vices, s'acquiert par l'attention qu'on apporte à observer les mouvements de son cœur, et par le secours des lumières que Dieu ne manque point: de donner à ceux qui les lui demandent dans l'Oraison.




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