mardi 23 juillet 2019

De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin



Extrait du Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, Tome I, par le R.P. Jean-Joseph Surin :






De la Pénitence et de l'Oraison




Qu'est-ce qui ouvre à tout Chrétien le chemin du salut ?

Deux choses ; savoir la Pénitence et l'Oraison.


En quoi consiste la Pénitence ?

À se repentir, à se corriger, et à mener une vie dure. Nous avons dit ailleurs que se corriger et amender sa vie, c'est déraciner les vices de son âme ; et que le moyen d'y réussir est de les combattre l'un après l'autre, par l'examen particulier ; se traitant soi-même comme on traite un esclave, qu'on ne manque point de châtier, quand on le surprend en faute.


Qu'est-ce qu'une vie dure ?

Nous en avons un modèle dans celle des Religieux, où il entre beaucoup de pénitence et d'austérités.


Quel est l'esprit de la vie Religieuse ?

Il comprend trois choses qui lui sont essentielles. Le renoncement à tous les biens de la terre, pour ne s'occuper que de Dieu. Une application constante à tout ce qui appartient au culte divin. Un soin continuel de tendre à la perfection, et de retrancher par la mortification, tout ce qui peut mettre obstacle aux opérations de la grâce.


Ne peut-on pas hors de l'état Religieux, mener une vie pénitente ?

Toutes sortes de personnes le peuvent, et dans toutes sortes d'états, en imitant la conduite austère des personnes Religieuses, et en suppléant par l'aumône aux pénitences qu'elles ne peuvent pas faire.


Toutes sortes d'aumônes peuvent-elles tenir lieu de pénitence ?

Les aumônes ordinaires et médiocres ne procurent pas cet avantage, mais seulement celles qui sont considérables, et qui coûtent beaucoup à l'amour-propre.


N'y a-t-il point d'autre moyen de remédier aux misères de la nature corrompue ?

Il y en a un excellent, qui est l'Oraison.


Dans quelles dispositions doit se mettre une personne qui entreprend ce saint exercice ?

Ceux qui ont de l'attrait pour l'Oraison, et qui s'y sentent appelés de Dieu, doivent commencer par donner toute leur estime aux avantages surnaturels, jusqu'à devenir insensibles à toutes les choses de la terre, n'en usant que pour la nécessité, par le désir de plaire à Dieu, et de se mettre en état de le servir. Ils doivent être persuadés, que sans cette disposition, ils ne feront pas grands progrès dans la voie de la perfection ; qu'ils ne tireront pas de l'Oraison tout le fruit qu'ils en attendent, et même que ce saint exercice leur sera souvent à charge. Il ne s'ensuit pas de là cependant qu'il faille attendre qu'on soit mort à tout, pour faire Oraison ; il suffit dans les commencements, qu'on soit assez généreux pour se retirer quelquefois dans la solitude, afin d'y converser avec Dieu.
On a besoin d'un grand courage pour se soutenir dans cette voie, où la tristesse, l'aridité et l'abattement succèdent souvent aux consolations, et à la ferveur sensible. Il faut être prêt à passer, sans se rebuter, par ces différents états de joie et de peine ; et pour cela, il est nécessaire de n'envisager que le plus grand service de Dieu, et de regarder l'exercice de l'Oraison, comme un moyen de contribuer à sa gloire, et de croître en son amour.
Ce qui importe le plus, et à quoi on doit mettre sa principale application, c'est de ne point entreprendre l'Oraison par un motif d'intérêt, pour y trouver du soulagement dans les misères de cette vie. On doit se proposer uniquement d'être fidèle à Dieu, et de remplir la mesure de la grâce présente ; de ne point mettre sa confiance dans les créatures, et de n'y chercher aucune consolation, quand même les aridités seraient continuelles ; de conserver soigneusement la pureté de cœur, et de servir Dieu en esprit et en vérité, travaillant selon ses forces, et s'exerçant dans les bonnes œuvres, sans attendre qu'on soit prévenu d'une grâce extraordinaire, ou de quelqu'un de ces mouvements intérieurs, qui fortifient l'âme sensiblement, et qui la rassurent.
On doit aller à l'Oraison avec une foi vive, une humilité profonde, et une grande modestie ; s'y comporter avec simplicité ; tâcher de se pénétrer de sentiments de componction et de résignation, et joindre la ferveur à l'attention. Il faut peu compter sur les opérations de l'entendement ; ce n'est pas de discours que se nourrit l'âme ; les raisonnements, quelque vrais et quelque solides qu'ils soient, enflent l'esprit, et le dessèchent, s'ils ne sont bientôt suivis des ardeurs de la volonté. C'est par les mouvements du cœur qu'on se consacre à Dieu, qu'on s'abandonne à sa volonté, qu'on exalte sa grandeur, qu'on chante ses louanges, qu'on implore sa miséricorde ; et il ne faut employer le discours, qu'autant qu'il est nécessaire pour engager le cœur à produire ces affections. La bonne Oraison ne consiste pas à donner des tours différents à une vérité qu'on médite, et à faire de nouvelles découvertes : c'est l'onction intérieure plutôt que la spéculation, qui la rend utile et méritoire. Lorsqu'on en sort plein de confusion à la vue de ses misères, animé d'une sainte haine contre soi même, d'un zèle ardent pour les intérêts de Dieu, lorsque l'esprit en est plus tranquille, qu'on se sent porté au recueillement, et résigné à la volonté divine, on peut dire que l'Oraison est bonne.


Quel temps faut-il donner à l'Oraison pour profiter dans ce saint exercice ?

Il faut y donner autant de temps que l'on peut, selon le conseil du Fils de Dieu : Veillez, et priez en tout temps. C'est-à-dire, qu'ayant égard à l'état et à la condition de chacun, on doit employer à traiter avec Dieu, tout le temps qu'on a de libre, après s'être acquitté de ses devoirs, sans quoi on n'avance que bien peu. Et il ne faut pas croire qu'il suffise d'avoir ordinairement Dieu présent à soi, et d'élever souvent son esprit à lui au milieu de ses occupations ; il faut qu'il y ait un temps considérable uniquement destiné à ce saint exercice de la présence de Dieu, autant que les forces et la santé le permettent. Il est bon aussi de se ménager de temps en temps, plusieurs heures de suite, et même plusieurs jours entiers, où toute autre occupation cessant, on ne s'occupe que de l'Oraison, y persévérant sans relâche, autant de temps que l'esprit peut y fournir, et que le corps peut y suffire. C'est par le moyen de ces pieux excès, qu'il se fait une forte impression de Dieu dans son âme, que le Saint-Esprit en prend possession, qu'elle se sanctifie, et qu'elle se transforme insensiblement en Dieu.


Quelle préparation faut-il apporter à l'Oraison ?

On distingue deux sortes de préparations. La préparation prochaine, et la préparation éloignée, qui est la plus importante, et sans laquelle la première sert de fort peu. Elle consiste en général dans une vie pure et innocente. Mais pour dire quelque chose de plus particulier ; ce qui contribue le plus à disposer l'aine à l'Oraison, c'est le soin qu'on prend, 1. De se défendre de la curiosité, et d'empêcher les sens et les facultés intérieures, de donner dans la dissipation, en ne leur permettant aucun commerce au-dehors que pour la nécessité. 2. De conserver l'esprit et le cœur dans une grande liberté, ne souffrant rien au-dedans qui les gène, nulle affection aux choses créées, nul dessein inutile, nulle vue purement humaine.
Sans la première de ces précautions, l'âme se remplit bientôt d'une foule d'idées et d'images, qui lui dérobent la vue de Dieu, et qui par le tumulte qu'elles causent dans l'imagination, mettent le trouble dans l'intérieur, et empêchent le recueillement nécessaire pour écouter le Saint-Esprit. Sans la seconde précaution, on peut dire qu'on est esclave des objets auxquels on s'attache. Ces objets reviennent sans cesse, et tirent l'âme de sa solitude : ce sont autant de tyrans qui exigent toute son attention, et qui ne lui laissent pas la liberté de disposer d'elle-même, pour penser à ce qu'elle voudrait, et pour vaquer à des occupations importantes.
Une âme ainsi captive sous le joug des affections terrestres, ne peut pas s'élever à Dieu. Elle a beau se donner du mouvement, elle ne saurait aller plus loin que les liens, qui la retiennent, ne le lui permettent, ni penser à autre chose qu'à l'objet des attachements qui la dominent.
C'est pour cela que Notre-Seigneur a dit, que nul ne peut servir deux maîtres. (Matt. 6, 24) Quelle apparence en effet qu'on puisse sacrifier à Dieu en esprit et en vérité dans l'exercice de l'Oraison, lorsqu'on est esclave de quelque autre maitre, qui peut à son gré interrompre ce saint exercice, et exiger pour lui-même le service qu'on rend à Dieu ? C'est l'inconvénient ordinaire où tombent tous ceux qui ne se déterminent pas efficacement à ne servir qu'un maitre, et qui ne prennent pas un soin particulier de se conserver dans une parfaite liberté.
On peut encore réduire la préparation éloignée à ces deux points, qui reviennent aux deux autres, dont nous venons de parler, et qui sont comme deux mobiles, sur lesquels doit rouler notre conduite par rapport à la perfection. Le premier est d'éviter toute application trop forte, et tout empressement ; parce que c'est par là que se perd la dévotion, et que les distractions s'introduisent, comme nous le voyons dans les personnes trop vives : leur manière d'agir empressée les jette ordinairement dans l'aridité et dans des ténèbres intérieures ; ce qui les rend moins propres à recevoir les impressions du divin Esprit. Le second est de se défendre, autant qu'il se peut, dans le commerce de la vie, du défaut de la multiplicité, qui vient des connaissances distinctes et particulières que l'on puise dans la communication avec les objets extérieurs ; c'est-à-dire, qu'il faut accoutumer l'esprit à s'élever aux objets universels, et à se contenter des connaissances générales et indistinctes. Par exemple, dans la conversation, il suffit de considérer que les personnes avec qui l'on converse, ont l'honneur d'être Chrétiennes, et qu'elles sont l'image de Dieu, sans s'attacher à discerner l'humeur, l'âge, le sexe, les rapports singuliers, et les qualités particulières qui les caractérisent : parce que ces connaissances distinctes et marquées produisent toujours une multiplicité et une confusion d'images basses et terrestres, qui abaissent l'esprit, le fatiguent, le souillent, l'affaiblissent, et lui ôtent cette simplicité d'attention, qui est la meilleure disposition qu'il puisse apporter à l'entretien avec Dieu ; ce qui n'empêche pas néanmoins qu'on ne puisse, en conservant la liberté du cœur, descendre dans le détail des fonctions d'un emploi, veiller au soin d'une famille, et faire une étude particulière des devoirs de son état.
Il ne s'agit pas de donner la torture à son esprit pour repousser des idées qui se présentent malgré qu'on en ait ; ce serait entreprendre un travail insupportable, pour lutter contre des fantômes : les efforts sont inutiles ; il suffit de détourner doucement son esprit : une vie fervente, et employée aux bonnes œuvres, avec une droite intention, est le moyen le plus sûr pour dissiper toutes ces vaines images.


En quoi consiste la préparation prochaine ?

Elle consiste à prévoir le sujet sur lequel on veut méditer. Il suffit même de se le proposer, lorsqu'on met en pratique ce que nous venons de dire de la préparation éloignée: parce qu'en ce cas-là, étant dans un recueillement habituel, on est toujours disposé à s'entretenir avec Dieu.



Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison




N'avez-vous point d'autres avis à donner à ceux qui s'appliquent à l'Oraison ?

Il y en a encore un très-important. C'est que l'Oraison devant être l'exercice le plus ordinaire, et comme la nourriture de l'âme, il faut qu'on se la rende facile, et même douce et agréable ; qu'on s'y porte non seulement sans peine et sans répugnance, mais encore par attrait et avec plaisir ; il faudrait même, s'il se pouvait, que ce saint exercice devint aussi familier et aussi aisé qu'aucune autre occupation de la vie. Sans cela il est bien difficile qu'on le goûte constamment, et qu'on y persévère aussi longtemps qu'il est nécessaire pour arriver au pur et parfait amour de Dieu. Cette facilité à s'entretenir avec Dieu, dépend fort de la manière dont on s'y prend au commencement. Il y en a qui font de ce saint exercice une étude pénible, et un travail fatiguant. De là il arrive que la peine allant toujours en augmentant, ils tombent dans une grande tristesse, et abandonnent enfin l'Oraison, qui est devenue pour eux un martyre insupportable. L'instruction que nous donnons ici, tend à prémunir les âmes contre cet inconvénient, en leur apprenant que dans leurs entretiens avec Dieu, elles peuvent user de cette sainte liberté qui convient à de véritables enfants, et qui n'a rien de contraire au respect qu'on doit à la Majesté divine.
On voit des personnes qui n'avancent point, pour vouloir trop bien faire, et qui faute d'être bien conduites, se gênent cruellement ; de sorte que rien n'est si pénible ni si fatiguant que leur Oraison ; ce qui met un grand obstacle aux opérations de la grâce, et les expose à des tentations très-dangereuses. Le mal vient de ce qu'ayant d'abord été instruites de la méthode ordinaire, qui consiste à préparer le sujet sur lequel on doit méditer, et à le diviser en certains points, elles se bornent scrupuleusement au sujet qu'elles ont choisi, et se renferment dans les points préparés, sans oser jamais en sortir. Elles ressemblent en cela à ces animaux qu'on attache à un pieu, autour duquel ils tournent en se tourmentant, sans pouvoir aller plus loin que leur lien ne peut s'étendre.
Cette gêne qu'elles se donnent leur porte un grand préjudice. Premièrement, elle est une source de distractions. Comme elles se font un devoir de s'occuper uniquement du sujet qu'elles ont préparé, elles n'osent passer du premier point au second, craignant que ce ne soit trop tôt, et qu'il ne reste pas assez de matière pour remplir tout le temps destiné à l'Oraison. Elles comptent tous les quarts-d'heure, elles font mille attentions sur leur état, et se donnent mille soins inutiles qui ne peuvent pas manquer de les distraire.
Secondement, cette attention servile à ne point sortir de leur sujet, leur cause une inquiétude continuelle. Et comme il arrive souvent qu'elles ne trouvent point de goût à ce qu'elles ont préparé, elles tombent dans une aridité qui afflige l'esprit, le dégoûte et le rebute. Ce qui augmente de plus en plus le dégoût et l'inquiétude, c'est que l'oraison revient tous les jours, qu'on la voit revenir avec une peine toujours nouvelle, et qu'on en redoute les approches ; parce qu'on la regarde comme un temps de souffrance. Il s'agit d'entreprendre un travail pénible et ingrat, pour s'acquitter d'un exercice où l'on ne trouve point de goût. On se propose un point qu'on a préparé ; on l'envisage par différents endroits, et on le promène, pour ainsi dire, dans son esprit, sans y trouver aucune onction. Cependant on n'ose passer outre, de peur que le sujet prévu ne fournisse pas assez de matière pour remplir tout le temps prescrit. C'est pour cette même raison qu'on s'arrête longtemps aux préludes, craignant d'entamer un sujet dont on n'attend qu'aridité.
On ne saurait croire quelle étrange peine c'est pour les âmes de trouver une faim qui les dévore, une soif qui les presse, et un tourment qui les afflige, dans ce qui devrait être leur soulagement et leur nourriture.
Ce sont les Directeurs qui doivent remédier à ce mal, en affranchissant les âmes de cette espèce de servitude, pour les mettre dans la sainte liberté de l'esprit de Dieu. Lorsqu'on s'aperçoit qu'elles commencent à goûter Dieu, et que Notre Seigneur les attire à lui par des attraits de douceur ; il faut les avertir qu'il n'est pas nécessaire qu'elles se bornent au sujet prévu, et qu'elles peuvent suivre sans scrupule l'attrait qui les porte ailleurs. C'est l'avis que donne saint Ignace dans son Livre des Exercices ; et le Père du Pont dans le Chapitre dixième de son Introduction, enseigne la même chose. Il veut que chacun choisisse dans la vie de Notre Seigneur, ou dans quelqu'autre sujet, ce qui est le plus de son goût, et que ce soit là une matière toujours prête, dont il puisse s'occuper à l'Oraison, lorsqu'il ne trouve pas dans les points qu'il a préparés de quoi fournir à l'entretien.
Il est certain en effet que la communication avec Dieu, n'est jamais plus parfaite, que lorsqu'elle va jusqu'à la Familiarité ; et il n'est pas moins vrai que la familiarité bannit la gêne et la contrainte, et qu'elle donne la liberté de se communiquer ses sentiments, sans art et sans méthode. Il suffit à deux amis qui conversent, d'augmenter l'union et la familiarité qui est entr'eux ; et pourvu qu'ils se quittent contents l'un de l'autre, et avec un nouvel empressement à se rejoindre, ils ont tiré de leur conversation le fruit principal qu'ils en attendaient. Il en est de même de l'Oraison, qui est un entretien avec Dieu ; le succès n'en est pas attaché à certaines considérations qu'on se propose d'y faire : il suffit en général qu'on en sorte plus éclairé, plein d'une joie spirituelle, avec un nouveau goût de Dieu, et avec plus d'ardeur pour son service. Si on ne voulait entretenir un ami que sur des sujets prémédités et préparés avec soin, ne serait-ce pas une gêne insupportable, plutôt qu'un entretien familier ? L'amitié permet bien qu'on parle de ses affaires, lorsqu'on en a quelqu'une à traiter : mais elle veut qu'ensuite on se répande en discours aisés et affectueux, selon qu'on en trouve l'occasion, dans la bonté de celui à qui l'on parle.
Nous ne prétendons point par-là blâmer les préceptes et les méthodes ordinaires, qui sont très-utiles pour former les âmes à l'Oraison : nous voulons seulement empêcher cette grande gêne où elles se mettent, en s'attachant trop à ces méthodes ; surtout lorsque le Saint-Esprit les invite par sa grâce à se mettre en liberté, et leur ouvre une voie plus aisée. Quand on se sent attiré à ce doux repos, dans lequel l'action de l'homme semble cesser tout-à-fait, pour faire place à celle de Dieu ; il faut suivre cet attrait sans résistance, et se laisser aller à ce repos, qui est le véritable fruit de l'Oraison, et la porte par où l'on entre dans la familiarité divine. C'est le sentiment commun de tous les Saints, et en particulier de saint Ignace , qui dans ses Constitutions recommande souvent aux Religieux de sa Compagnie la familiarité avec Dieu dans leurs exercices spirituels. Le moyen d'entrer dans cette sainte familiarité, si l'on va à l'Oraison avec un esprit de gène et de contrainte, résolu de n'écouter Dieu que sur le sujet qu'on a préparé ?
Au reste, cette familiarité que Dieu nous permet d'avoir avec lui, produit deux grands avantages. Le premier est qu'en faisant de l'Oraison un commerce doux et agréable, elle nous rend aisé un exercice qui nous est très-nécessaire. Comme nous sommes obligés de nous approcher souvent de Dieu, rien n'est plus important que de nous mettre en état de pouvoir nous en approcher sans crainte et sans répugnance. Ce n'est pas même assez que l'Oraison soit aisée ; eu égard au pressant besoin que nous en avons, il serait à souhaiter que nous en puissions faire nos délices. L'homme est trop faible, pour faire constamment ce qu'il ne fait pas avec plaisir, et à plus forte raison, ce qu'il ne fait qu'avec beaucoup de peine. On a beau être convaincu de la nécessité de l'Oraison ; lorsqu'elle revient tous les jours, et qu'il faut prendre beaucoup sur soi pour l'entreprendre, on se détermine bientôt à l'abandonner. Que ceux donc qui sont chargés de la conduite des âmes, retiennent bien ces avis. Lorsqu'ils voient qu'avec le secours de la méditation ordinaire, elles se sont remplies des vérités divines, et qu'elles sont attirées à cette voie d'Oraison dont nous venons de parler ; il est temps de les mettre en liberté, en leur permettant de suivre les mouvements de leur cœur, et de passer d'un sujet à l'autre dans leurs entretiens avec Dieu : ce qu'on ne peut pas traiter de légèreté et d'inconstance ; parce que c'est par un attrait de la grâce, et par un élancement d'amour qu'on le fait.
Le second avantage qu'on retire de la familiarité avec Dieu, c'est qu'on avance beaucoup en peu de temps, et qu'on acquiert bientôt le don d'Oraison. Cette manière d'agir avec liberté, rend l'âme plus souple et plus docile aux mouvements du Saint-Esprit, qui souffle à la vérité où il veut ; mais qui se plaît surtout à faire servir ses divines impressions à des sujets bien disposés, et à instruire par lui-même ceux en qui une sainte indifférence se trouve jointe avec une bonne volonté.
Tout le soin qu'on doit prendre, c'est de n'admettre aucune pensée qui ne soit Propre à entretenir le goût de Dieu et l'union à sa volonté divine: car pourvu que les différentes pensées qui viennent produisent cet effet, il n'importe quelles qu'elles soient. Un joueur de luth, quand son instrument est bien d'accord, peut toucher différentes cordes, qui donnent des sons différents ; et cette diversité contribue à la beauté de l'harmonie, bien loin d'y nuire ; et pourvu que le cœur demeure uni à Dieu, les divers sujets dont on s'occupe, augmentent le fruit de l'Oraison, plutôt que de le diminuer. Il est vrai cependant que cette liberté de passer d'un sujet à l'autre, ne doit pas venir du choix de l'homme, il faut que ce soit Dieu qui l'inspire ; de nous-mêmes, nous devons être portés à nous contenter du sujet que nous nous sommes proposés.
Quant aux distractions auxquelles on est exposé dans cette manière d'Oraison, il ne faut nullement s'en mettre en peine, mais seulement observer ces trois règles, 1. Nulle pensée qui contribue à entretenir la ferveur dans le cœur, et à le porter à Dieu, ne doit être regardée comme une distraction. 2. La fidélité qu'on doit à Dieu demande qu'on ne donne volontairement aucune entrée aux pensées vaines et profanes, pour ne pas manquer au respect dû à la Majesté divine, et pour ne pas perdre en vain un temps aussi précieux que celui de l'Oraison. 3. Quand on est surpris par la distraction, et qu'on vient à se reconnaître, il ne faut pas s'amuser à faire des réflexions sur son état, ni à former des regrets ; mais il faut se tourner incessamment vers Dieu, comme si l'on n'avait jamais été distrait. Surtout il ne faut pas oublier qu'il n'est point en notre pouvoir de suspendre l'activité de notre esprit, ni d'arrêter les fougues de notre imagination, ni de réprimer tous les vains désirs de notre cœur ; et qu'ainsi rien n'est plus inutile que de se raidir avec effort contre les distractions pour les combattre.



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