lundi 27 juillet 2020

Abrégé de la vie de Saint Pantaléon, et méditation sur la Foi




Saint Pantaléon était médecin de l'empereur Valère-Maxime. Il professait le christianisme ; mais il succomba par une tentation, qui est quelquefois plus dangereuse que les tourments les plus cruels. Cette tentation fut celle du mauvais exemple, dont le propre est d'affaiblir les lumières de la foi, de diminuer les forces de l'âme par le respect humain, ou la séduction des passions des autres, et de déduire enfin la vertu la mieux établie. Pantaléon, vivant au milieu d'une cour idolâtre, où les fausses maximes du monde étaient toujours applaudies, s'accoutuma peu à peu à les goûter ; il en devint bientôt lui-même l'approbateur, en y conformant sa conduite, et finit par renoncer à sa religion.
Un chrétien zélé, qui se nommait Hermolaüs, fut vivement touché de son malheur. Il lui parla avec tant de force et de charité, sur l'énormité de son crime et sur les moyens de le réparer, que le coupable, docile aux impressions de la grâce, écouta la voix de sa conscience. Il ouvrit les yeux sur son état, détesta son apostasie, et rentra dans le sein de l'Église. La grâce agissant de plus en plus dans ce Saint, il guérit un aveugle, non par les règles d'Hippocrate, mais par le seul nom de Jésus-Christ. L'empereur voulant voir l'aveugle, et le trouvant ferme à soutenir les intérêts de Dieu, il lui fit couper la tête. La ferveur de la pénitence du Saint le faisait soupirer après le moment où il pourrait expier son crime par l'effusion de son sang. La persécution de Dioclétien, qui s'étendit en 303 jusqu'à Nicomédie, lui ayant donné l'espérance d'y avoir part, il distribua tout son bien aux pauvres pour se préparer plus librement au martyre. En effet, peu de temps après, il fut arrêté dans sa maison, avec Hermolaüs, Hermippe et Hermocrate. On leur fit souffrir diverses tortures, après lesquelles ils furent décapités. L'Église grecque met au nombre des grands martyrs saint Pantaléon ; et dans toute l'Église latine il est honoré comme un des témoins de la foi, qui l'ont confessée avec le plus de courage.


PRATIQUE

On perd la foi, quand on n'en exerce pas les vertus : on la perd en s'exposant à entendre ou le langage de l'hérésie, ou celui de l'impiété ; on la perd, en se livrant à l'esprit du monde, à ses scandales, à ses fêtes, parce que tout est dans le monde, dit l'Évangile, convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie. Le saint Martyr que l'Église honore aujourd'hui, perdit la foi, parce qu'il se livra aux vanités du siècle, qu'il en écouta le langage séducteur, en adopta quelque temps les fausses maximes. Son apostasie, si Dieu n'eût eu pitié de lui, l'aurait conduit de crimes en crimes dans les enfers. Il fut docile aux impressions de la grâce, et répara son péché en sacrifiant tout pour la foi qu'il avait trahie, et mérita la couronne immortelle. Notre foi est encore exposée tous les jours à d'aussi grands dangers que celle de saint Pantaléon, surtout dans un temps où elle a fait naufrage dans une multitude d'âmes. Préservons la nôtre, par la vigilance la plus soutenue : réparons-en l'affaiblissement par une piété plus fervente, et ayons le zèle de la défendre jusqu'à la mort.


PRIÈRE

Augmentez en nous, Seigneur, la foi de votre évangile, vos saints Apôtres vous en demandèrent la grâce pour eux et pour tous les enfants de l'Église catholique notre mère. Touchez le cœur de tant de chrétiens devenus à vos yeux infidèles et apostats, et donnez-nous la force de résister à tout pour vivre et mourir en vrais disciples de votre croix. Ainsi soit-il.


Extrait de Vies des Saints, ou Abrégé de l'Histoire des Pères, des Martyrs et autres Saints, pour tous les jours de l'Année.


Reportez-vous à Saint Pantaléon, Martyr.
















dimanche 26 juillet 2020

JOUR DE LA FÊTE DE SAINTE ANNE : MÉDITATION POUR LE SOIR DE LA FÊTE DE SAINTE ANNE


Sainte Anne, Arche de Noé


SOIR DE LA FÊTE DE SAINTE ANNE


Le jour de la belle fête de sainte Anne passe avec la rapidité du bonheur : déjà le soleil est sur son déclin et ses rayons s'affaiblissent sur l'autel de l'auguste mère de Marie. Avant qu'il disparaisse et que la nuit vous rappelle dans votre demeure, restez encore quelques instants aux pieds de cette grande Sainte, jouissez de la paix qui règne dans son pieux sanctuaire ; goûtez les délices si pures que le Très-Haut y répand par ses mains, offrez-lui vos humbles et respectueux hommages ; méditez encore sur les vertus dont elle est le modèle ; considérez, l'une après l'autre, les fleurs aussi riches que variées de ce parterre spirituel dont la rosée de la grâce entretient la beauté et la fraîcheur ; respirez le suave parfum qui s'en exhale : il embaumera votre âme et la remplira des sentiments de piété dont sainte Anne est pénétrée. Prenez sous ses yeux la résolution sincère de faire revivre en vous ses vertus, réclamez avec confiance son puissant secours et espérez tout de sa bonté. Cette Sainte vénérée, qui a pour nous la tendresse d'une mère, nous accorde en tout temps ses bienfaits ; mais elle les répand avec plus d'abondance au beau jour de sa fête. Vous ne sortirez pas de ce lieu saint sans avoir été enrichi de ses dons ; elle vous sourit du haut du ciel et puise dans le trésor intarissable formé des mérites de Notre-Seigneur, de la Très-Sainte-Vierge et des saints, pour vous combler des grâces les plus précieuses.
Jésus et Marie aiment eux-mêmes à vous voir devant son image, dans cet heureux jour ; ils sont touchés des honneurs que vous rendez à une Sainte qu'ils chérissent et à laquelle ils ne refusent jamais rien. Ils vous en récompenseront par des marques éclatantes de leur bonté. Ce que vous faites pour sainte Anne, ils le regardent comme fait pour eux-mêmes.


PRIÈRE

Incliné aux pieds de votre image, ô sainte Anne, j'éprouve à vous honorer, à vous bénir, un bonheur au-dessus de tout ce que la terre a de plus attrayant ; il me semble que je suis déjà dans le ciel, participant à vos ineffables consolations. Ah ! si une goutte de ces torrents de douceurs, que l'esprit de l'homme ne peut comprendre, me charme, me ravit, me transporte, de quelle félicité devez-vous jouir, vous qui êtes toute plongée dans l'océan des célestes délices ? Tranquille sur votre sort éternel, vous daignez vous intéresser à mon avenir. Comme une tendre mère, vous me conviez à partager vos joies inénarrables, et vous m'excitez à les mériter par une vie pure et sainte. Une si douce invitation m'attendrit et m'entraîne. Oui, je veux me rendre digne d'être un jour avec vous dans le sein de Dieu. Aucun sacrifice ne me coûtera quand il s'agira de témoigner mon amour à ce Dieu de bonté qui veut être, pour moi comme pour vous, une récompense infinie. Afin de l'obtenir, je suis fermement résolu de marcher avec courage sur vos traces, de sauver mon âme à tout prix. Ô ma sainte protectrice, aidez-moi, je vous en conjure, à mettre fidèlement en pratique mes résolutions ; obtenez-moi la grâce d'aimer constamment, comme vous, Jésus et Marie ; il n'est point d'enfer pour celui qui leur est toujours dévoué. Vous ne pouvez pas refuser d'exaucer ma prière, surtout dans ce beau jour où tous les trésors du Ciel, sont plus que jamais à votre disposition. Si, comme je l'espère, je parviens à la céleste patrie, qu'il me sera doux de vous y offrir l'hommage de ma reconnaissance et de louer à jamais, avec vous, Jésus, le fruit béni de l'auguste Vierge qui honore en vous sa mère !


Extrait de Dévotion à Sainte Anne et à Saint Joachim.


Reportez-vous à Miracles de Sainte Anne : Le cabriolet renversé, Jour de la fête de sainte Anne : Méditation pour le Matin de la Fête, Méditation pour la Fête de Sainte Anne, Mère de la Sainte Vierge Marie, Litanies de Sainte Anne, Prière à Sainte Anne, pour obtenir la paix et l'union dans les familles, Honorez fidèlement Sainte Anne et Saint Joachim, et attirez sur vous les bénédictions célestes, Litanies de Saint Joachim, Litanies de Sainte Anne et Saint Joachim, Prières à dire en temps de maladies ou de calamités, Méditation sur la Présentation de la Sainte Vierge au Temple, et Diverses pratiques de dévotion envers la Mère de Dieu : Recourir souvent à Marie, Faire célébrer la messe, Dévotion aux Saints qui lui sont proches.















MIRACLES DE SAINTE ANNE : MORSURE D'UN CHIEN ENRAGÉ ET PIQÛRE D'UNE VIPÈRE




MORSURE D'UN CHIEN ENRAGÉ

Deux personnes furent mordues par un chien enragé : la première était un gentilhomme nommé Gelin de Tréveret, qui mit aussitôt sa confiance en sainte Anne ; sa blessure n'eut aucune suite fâcheuse. La seconde était une jeune fille qui n'eut pas la même inspiration : peu de temps après, elle périt dans les affreuses convulsions de la rage (Procès verbal du 9 octobre 1631).


PIQÛRE D'UNE VIPÈRE

Catherine le Goff, de Baud, piquée, dans les champs, par une vipère irritée, était tombée dans un état qui inspirait à sa famille les plus vives inquiétudes ; l'enflure s'était répandue partout son corps ; elle avait perdu l'usage de la parole, et sa respiration était suffoquée, lorsque ses parents firent pour elle un vœu en l'honneur de sainte Anne ; elle fut soudainement guérie.


Extrait de Dévotion à Sainte Anne et à Saint Joachim.


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MIRACLE DE SAINTE ANNE : LE CABRIOLET RENVERSÉ OU ACCIDENT ARRIVÉ À UN RELIGIEUX




Depuis plusieurs années, un religieux avait une grande confiance en sainte Anne, et s'appliquait à propager son culte. Un jour qu'il était à prier dans un célèbre sanctuaire de Marie, une voix lui dit intérieurement, mais bien distinctement, que sainte Anne devait avoir son autel dans ce saint lieu. Sa prière terminée, il visite les différents autels du sanctuaire, et il en rencontre un où se trouve une place pour mettre une image de saint, mais qui était vide : Bon, se dit-il, à lui-même, c'est la place de la statue de sainte Anne, de la bienheureuse mère de ma bonne mère. Il n'était aucunement connu des ecclésiastiques qui desservaient ce sanctuaire ; néanmoins, poussé par son zèle, il s'adresse au premier prêtre qui se présente et lui raconte simplement ce qui s'est passé en lui. Cet ecclésiastique en est frappé et lui répond que la statue de sainte Anne était placée au lieu même où il voudrait voir une image de cette grande Sainte ; mais qu'elle avait été ôtée, et il le conduit dans un galetas où on l'avait reléguée. Là, ce pieux religieux rend hommage à la glorieuse mère de Marie, et se sent pénétré de plus en plus du désir de voir sa statue dans le sanctuaire qu'il vient de visiter. Aussitôt, il va s'aboucher avec le prêtre chargé d'en prendre soin et lui fait part, comme à l'autre ecclésiastique, de ce qu'il a entendu intérieurement. Ce prêtre, qui était plein de zèle, est touché de ce qui lui est communiqué, et promet de faire ériger, en l'honneur de Sainte-Anne, un autel qui fera le pendant de celui de Saint-Joseph. Le religieux, au comble de la joie, offrit à Dieu de vives actions de grâce, et redoubla d'ardeur pour la gloire de sainte Anne. Il en fut récompensé : plus d'une fois, il ressentit les effets de sa puissante protection, et il lui attribue la conservation de sa vie, dans un danger très-pressant. Voici le fait.
Après avoir rendu visite à deux de ses frères, il monte dans un cabriolet à deux roues. À peine y est-il assis, que le cabriolet fait la bascule, parce qu'on avait oublié de mettre la courroie qui devait le retenir. Le religieux comprend le péril qui le menace et s'écrie : Sainte Anne, sauvez-moi. Il n'avait pas achevé ces paroles, que le cheval épouvanté du bruit que fait la voiture en tombant, prend le mors aux dents et part au galop sans que rien puisse l'arrêter. Le religieux, la tête renversée et séparée par une simple toile du pavé raboteux sur lequel il est traîné, continue de crier : sainte Anne, sauvez-moi ; les deux brancards se brisent sans pourtant se séparer de la caisse de la voiture. Après avoir parcouru diverses rues étroites et mal pavées, détournant, quand il le fallait, comme s'il eût eu un guide qui pût le diriger, le cheval est arrêté presque à la sortie de la ville par plusieurs personnes qui se jettent courageusement à sa rencontre. Elles ne pouvaient s'imaginer qu'il y eût quelqu'un dans le cabriolet ; leur surprise fut extrême lorsqu'elles y virent un homme qui se releva sans avoir aucun mal, et leur dit avec calme : Mes amis, sainte Anne m'a sauvé.
Ce fait, arrivé il y a quelques années, a été raconté à l'auteur de cet opuscule par le religieux qui a été ainsi préservé de la mort, et qui est aujourd'hui supérieur de la congrégation à laquelle il appartient.

Extrait de Dévotion à Sainte Anne et à Saint Joachim.


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Jour de la fête de sainte Anne : Méditation pour le Matin de la Fête


Sainte Anne et la Vierge


MATIN DE LA FÊTE DE SAINTE ANNE


GLOIRE, BONHEUR ET PUISSANCE DE SAINTE ANNE DANS LE CIEL



Si le ciel s'ouvrait à nos regards, nous verrions sainte Anne environnée d'une gloire à laquelle ne saurait, en aucune manière, être comparée celle des plus grandes princesses de la terre. Les Anges et les saints la contemplent avec admiration. Sur son front majestueux et serein brille l'immortelle auréole dont ses vertus forment les rayons. Elle a pour vêtement une lumière plus éclatante que celle du soleil, dans les plus beaux jours de l'été. Le Fils du Très-Haut, le verbe incarné, qui, dans l'innombrable assemblée des élus, distingue l'heureuse mère de son auguste Mère, fait, d'une manière toute spéciale, refléter sur elle ses royales splendeurs. Placée sur un trône immortel, elle est à l'abri des orages qui brisent ici-bas le sceptre des plus hauts potentats et fait crouler leurs trônes. Marie, la reine du ciel, arrête sur elle des regards de tendresse et de joie, heureuse de la voir élevée à un si sublime degré de gloire.
Comment exprimer ce que ressent sainte Anne dans le séjour de l'éternelle félicité ! Les sacrifices qu'elle a faits par amour pour Dieu font couler dans son âme des torrents de douceur. Elle est entrée dans la joie du Seigneur, elle en est inondée, elle y nage. Sa félicité s'accroît de celle de Marie. Si le bonheur d'un enfant fait celui de la mère, jugeons de ce que doit éprouver sainte Anne en voyant sa fille bien-aimée, enivrée des plus pures délices, au milieu des rayons éblouissants de la gloire immortelle, proclamée reine de l'empirée, entourée des hommages de tous les Anges et de tous les bien heureux.
La puissance de sainte Anne dans le ciel est immense, puisque les saints ont, dans la divine patrie, un crédit proportionné à leurs vertus, à leur gloire et à l'amour du Seigneur pour eux : sainte Anne a tout pouvoir sur le cœur de son auguste fille, dépositaire et dispensatrice des trésors du Ciel. Marie, qui aime tant sa bienheureuse mère, les met tous à sa disposition : elle appuie les demandes que sainte Anne adresse à Dieu ; elle prie avec elle jusqu'à ce qu'elle ait obtenu ce qu'elle désire.


PRIÈRE

Je me réjouis, ô sainte Anne, à la vue de votre gloire et de votre bonheur ; j'aspire à les partager ; mais, hélas ! le démon, la chair et le monde, tout conspire pour m'entraîner loin de vous dans l'abîme éternel. Toutefois, je ne me livre point au découragement ; je me suis mis et je me mets encore sous votre protection. Je mets ma confiance dans vos bontés. Puisque vous êtes si puissante auprès de Dieu, la source de la grâce, auprès de Marie dispensatrice de ses trésors, pourriez-vous m'abandonner, moi, qui vous aime et vous honore comme ma mère ? Oh ! non, mon espoir ne sera pas trompé. Fort de votre secours, je combattrai avec courage mes ennemis conjurés pour ma perte, je serai vainqueur, et j'entrerai en triomphe dans la céleste Jérusalem, pour jouir, auprès de vous, de l'éternelle félicité.



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De la Providence de Dieu sur ses enfants


Saint Pierre en prison


Saint Paul a prononcé que toutes choses tournent au bien de ceux qui aiment Dieu. Comme cette maxime est d'un usage continuel dans la vie spirituelle, il est important d'en bien fixer le sens, d'en exposer les raisons et d'en examiner les conséquences.
D'abord l'Apôtre dit toutes choses, il n'excepte rien. Tous les événements de Providence, heureux ou malheureux ; tout ce qui intéresse la santé, les biens, la réputation ; toutes les conditions de la vie humaine, tous les divers états intérieurs par lesquels on passe successivement : privations, sécheresses, dégoûts, ennuis, tentations ; tout cela tourne à l'avantage de ceux qui aiment Dieu : tout, encore un coup, même les fautes et les péchés considérables. Il faut être dans la résolution de ne jamais offenser Dieu volontairement ; mais, s'il arrive par malheur qu'on l'offense, les offenses, les crimes mêmes, peuvent tourner à l'avantage de ceux qui aiment Dieu. Témoin David, témoin saint Pierre, et quantité d'autres, dont les péchés ont servi à les rendre plus saints, c'est-à-dire plus humbles, plus reconnaissants envers Dieu, plus remplis d'amour.
Toutes choses tournent au bien. Ce n'est pas un bien temporel ; l'Évangile nous en avertit assez. Nous ne sommes plus sous l'empire de la loi qui promettait des avantages temporels à ses observateurs ; mais sous celui de la grâce, qui n'annonce à ceux qui veulent vivre selon la piété, que des croix et des persécutions, et qui ne leur promet que des biens spirituels. Cela ne souffre aucune difficulté. Tout tourne donc au bien spirituel de ceux qui aiment Dieu. Mais il faut entendre ce bien, non selon notre estimation, qui est fautive, mais suivant celle de Dieu. S'il est une matière sur laquelle nous sommes exposés à nous tromper, c'est surtout ce qui concerne nos intérêts spirituels. Nous nous en formons de très-fausses idées, et il nous arrive souvent de regarder comme nuisible à notre âme ce qui lui est utile, ou comme avantageux ce qui lui nuit en effet. Notre amour propre nous fait sur cela d'étranges illusions. Nous devons donc croire, mais par une vue de foi, mais sans nous arrêter à notre jugement,
que notre vrai bien se trouve dans les événements de Providence, et dans les divers états intérieurs où Dieu nous fait passer, quoique souvent nous ne concevions rien à ces dispositions de Dieu sur nous, et que nous ignorions à quoi elles doivent aboutir.
Mais tous ces arrangements divins ne sont un bien que pour ceux qui aiment Dieu, c'est-à-dire, dont la volonté est unie et soumise à Dieu ; qui dans son service regardent avant toutes choses les intérêts de Dieu, la gloire de Dieu, l'accomplissement de son bon plaisir ; qui sont disposés à lui sacrifier tout sans exception, et persuadés qu'il n'est rien de plus avantageux à la créature que de se perdre en Dieu et pour Dieu, parce que c'est l'unique moyen de se retrouver en lui ; car voilà ce que j'appelle aimer Dieu véritablement et de tout son cœur. Et c'est ce qu'entendait Jésus-Christ lorsqu'il disait : Celui qui aime son âme la perdra ; et celui qui aura perdu son âme pour moi, la retrouvera pour la vie éternelle. Quiconque aime Dieu de la sorte est assuré, mais d'une assurance infaillible, que tout ce que Dieu voudra ou permettra à son égard tournera à son bien, et même à son plus grand bien. Il ne le verra pas dans le moment, parce qu'il est essentiel qu'il ne le voie pas, et que les sacrifices qu'il a à faire ne pourraient avoir lieu, s'il le voyait ; mais il le verra en son temps : il admirera la sagesse et la bonté infinie de Dieu dans la manière dont il conduit les âmes qui sont tout à lui ; et il verra avec étonnement que ce qu'il croyait devoir le perdre sans ressource, est ce qui a mis son salut en sûreté.
Il n'est pas malaisé de connaître sur quel fondement est appuyée cette maxime de saint Paul. Dieu seul a la véritable idée de la sainteté ; il connaît seul et il a seul à sa disposition les moyens qui y conduisent. Lui seul aussi connaît le fond de notre âme et de nos sentiments, notre caractère, les obstacles qui se trouvent en nous à la sainteté ; il sait seul par quels ressorts secrets il faut nous remuer, et comment, sans gêner en rien notre volonté, il faut l'amener au but qu'il se propose pour notre sanctification. Il sait quel effet produira sur nous tel événement, telle tentation, telle épreuve ; et de sa part tout est préparé pour le bon succès. Dieu nous aime de toute éternité ; il nous a aimés le premier, et il n'y a en nous rien de bon, soit dans l'ordre de la nature, soit dans celui de la grâce, qu'il ne nous ait donné. Il nous aime d'un amour infiniment sage, infiniment éclairé ; il nous aime, non par rapport à la vie présente, qui n'est qu'un passage, une épreuve, mais par rapport à la vie future, qui est notre destination et notre fin.
S'il est donc vrai que tout ce qui arrive ici bas aux serviteurs de Dieu est réglé et arrangé, par une sagesse et un amour infinis, pour leur bonheur éternel, ce ne peut être que par leur faute si les desseins de Dieu ne sont pas remplis ; et s'il est un seul événement qui ne tourne pas à leur avantage spirituel ; le principe de leur faute ne peut être qu'un manque d'amour et de confiance, qu'un défaut de conformité à la volonté de Dieu. Car, tant qu'ils aimeront Dieu d'un amour réel, effectif et pratique, il est impossible que rien au monde retarde leur avancement, et même que tout n'y concoure et n'y contribue.
Les conséquences de cette maxime de l'Apôtre s'étendent à tout, et embrassent tous les moments de la vie. La première est que, si l'on veut assurer son salut autant qu'il est possible de le faire, il faut se livrer, s'abandonner à Dieu sans réserve et pour toujours ; ne plus disposer de soi-même en rien, ne rien prévoir, ne rien arranger, ne rien déterminer que sous la dépendance du bon plaisir de Dieu ; ne pas faire un pas, un seul mouvement pour se tirer de la situation actuelle où l'on est par l'ordre de Dieu ; ne pas même désirer d'en sortir : mais se laisser, pour ainsi dire, entraîner au fil de la Providence, se soumettre aux événements à mesure qu'ils arrivent, et, pour l'intérieur, demeurer tranquille et sans rien craindre dans l'état où Dieu nous met, sans souhaiter le changement ou la fin de cet état, quelque pénible qu'il soit pour la nature.
La seconde conséquence est que, quand nous n'avons contribué en rien à un événement extérieur ou à notre disposition intérieure, nous devons être assurés que cet événement, cette disposition est de l'ordre de Dieu sur nous, et par conséquent que c'est ce qui nous peut être le plus avantageux pour le moment présent. Ainsi nous devons bien nous garder de porter là-dessus un jugement contraire, ni de croire que c'est un malheur pour nous, que cela nuit à notre progrès spirituel, que Dieu nous abandonne et ne prend plus soin de nous. Nous sommes exposés à juger de la sorte quand nous ne trouvons plus de goût aux exercices spirituels, quand nous ne sentons plus cette paix intime dont nous jouissions auparavant, quand nous nous trouvons assaillis de violentes tentations, quand Dieu nous retire tout appui extérieur, jusqu'à nous ôter celui dans lequel nous avions mis notre confiance. Alors on croit tout perdu, parce qu'on se voit sans soutien. On se trompe. Dieu n'agit jamais plus efficacement par lui-même que lorsqu'il soustrait les moyens extérieurs, et sa grâce n'est jamais plus réelle et plus forte que quand elle est moins sensible. Notre assurance même n'est jamais plus grande que quand nous croyons avoir perdu toute assurance. Mais le point est de savoir où il faut mettre cette assurance en Dieu seul, dans l'abandon, dans la foi nue, dans la suppression de toute réflexion, de tout raisonnement, de tout regard sur soi, de tout retour sur ses intérêts. C'est alors qu'espérant contre l'espérance, il faut se dire : Oui, je crois fermement que tout ceci tournera à mon bien, et qu'en m'abandonnant entièrement à Dieu, je ne serai pas confondu.
La troisième conséquence est que, s'étant une fois livré à Dieu, il faut s'attendre à tous les sacrifices, et par-dessus tout au sacrifice de ses propres lumières. Il faut s'attendre à des conduites de Dieu qui exerceront étrangement notre raison, et qui nous obligeront à ne pas l'écouter du tout. Il faut s'attendre à tout ce qu'il y a de plus sensible et de plus mortifiant, soit en genre de souffrances, soit en genre d'humiliations ; à des renversements intérieurs et extérieurs que nous ne prévoyons pas, qui passent toutes nos conceptions, et dont ni les livres, ni l'expérience des autres ne peuvent nous donner l'idée. Il faut s'attendre enfin que Dieu portera le fer et le feu jusqu'au fond de notre cœur, qu'il en arrachera et qu'il y brûlera l'amour-propre jusque dans sa racine, et qu'il ne laissera rien subsister de nous en nous-mêmes.
Cela est effrayant, sans doute, pour la nature ; mais l'amour de Dieu, s'il est tel qu'il doit être, et si nous lui laissons tout pouvoir sur nous, nous dispose à tous ces sacrifices, et ne nous permet pas d'en excepter aucun. Comment la maxime de saint Paul serait-elle vraie, si, de toutes les choses que Dieu peut opérer dans une âme, il y en avait une seule qui ne tournât pas à son avantage spirituel et éternel, et que, par cette raison, elle se crût autorisée de la refuser à Dieu ? Non, l'Apôtre a dit : Toutes choses ; et cette grande âme qui, à l'exemple de Jésus-Christ, a souhaité d'être anathème, malédiction pour le salut des Juifs ses frères, n'a eu garde de penser qu'un tel souhait, si glorieux à Dieu, si conforme aux sentiments de Jésus Christ , ne dût pas tourner à son propre avantage. Quelle que soit notre immolation, elle n'approchera jamais de celle de notre divin Maître ; et si la sienne, qui a été parfaite, a produit à sa sainte humanité une gloire et un bonheur au-dessus de tout ce qu'on peut dire et penser, nous devons croire d'une ferme foi que notre propre immolation nous procurera un degré de cette gloire et de ce bonheur, proportionné à l'étendue et à la générosité de notre sacrifice.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Acte d'abandon et de soumission à la divine Providence, Le prix d'une âme, De la providence paternelle de Dieu sur nous, et de la confiance filiale que nous devons avoir en lui, Exemples tirés de l’Écriture Sainte, qui nous faciliteront la pratique de la confiance en Dieu, De l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, La confiance rend à Dieu l'honneur dont il est le plus jaloux, et obtient tout de Lui, Litanies de la Providence, De l'abandon parfait du Père Surin à la Divine Providence dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Prière pour demander la patience, Méditation sur la Providence, Le plus grand bonheur de l'homme sur la terre est d'avoir une parfaite conformité à la volonté de Dieu, Méditation sur l'oraison dominicale : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d'où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps, Confiance en la divine Providence, Secret de paix et de bonheur, par le Père Jean-Baptiste Saint-Jure, Méditation sur la soumission à la volonté de Dieu, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, La dévotion au Cœur sacré de Jésus : Réparation, immolation, pénitence, confiance et pur amour, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.
















samedi 25 juillet 2020

Méditation pour la Fête de Saint Jacques Le Majeur



MÉDITATION


POUR LA FÊTE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR


(25 juillet)




Pourrez-vous boire le calice que je boirai ?



I. PRÉLUDE. — Me représenter saint Jacques près de son divin Maître, avec Pierre et Jean, soit sur le Thabor, où il fut témoin de sa gloire, soit dans le jardin des Olives, où il partagea sa tristesse.

II. PRÉLUDE. — Saint Apôtre, qui fûtes préparé à de grandes épreuves par des faveurs spéciales, obtenez-moi la grâce de profiter également des consolations et des souffrances, et de me faire des nues et des autres autant de moyens pour m'attacher étroitement à Jésus-Christ.

I. POINT. — L'exemple de saint Jacques m'apprend avec quelle sagesse Jésus prépare ses élus aux épreuves qu'ils doivent un jour soutenir.

Jésus avait choisi Pierre, Jacques et Jean, pour les rendre témoins de sa gloire sur le Thabor ; ce fut ces trois mêmes Disciples qu’il conduisit au jardin des Olives, pour leur révéler les angoisses mortelles dont son âme était oppressée. Sa profonde sagesse les avait préparés, par des preuves plus éclatantes de sa divinité, à soutenir la vue de ses abaissements et de ses faiblesses apparentes. C'est ainsi qu'il en a toujours usé à l'égard des âmes qui sont à lui : lorsqu’il veut les soumettre à de grandes épreuves, il affermit auparavant leur foi et leur amour par des grâces particulières, afin qu'elles ne succombent pas à la tentation, mais qu'elles en retirent au contraire de précieux avantages. Cette conduite du Seigneur m'apprend encore une autre vérité : c'est que les consolations dont il favorise quelquefois ses élus doivent être suivies de pénibles épreuves, et que dans ces heureux moments l'âme fidèle doit songer à se préparer au combat. Cœur de Jésus, faites que je comprenne d’une manière pratique ces grands principes de la vie spirituelle, et que, m’attachant à vous dans la joie comme dans la tristesse, je puisse défier toutes les créatures de me séparer de votre saint amour.

II. POINT. — L'exemple de saint Jacques m’apprend avec quel soin l'âme fidèle doit profiter de tout pour avancer dans l'amour de Jésus.

Les faveurs signalées que saint Jacques reçut sur le Thabor, et les leçons importantes qu'il dut recueillir au jardin des Olives, ne demeurèrent pas infructueuses en lui. Plein d'un tendre amour pour son divin Maître, fidèle imitateur des vertus qui lui sont les plus chères, il se dévoua avec zèle à la prédication de l’Évangile, et scelle sa foi de son sang. Quelles que soient les voies par lesquelles il plaise au Seigneur de me conduire, je dois me rappeler sans cesse que tout ce qui vient de sa main tend à me sanctifier et à me faire accomplir ses desseins. Plus je serai fidèle à profiter des grâces qu’il m’accorde et des épreuves qu'il me ménage, plus je lui procurerai de gloire, et plus je m’enrichirai moi-même de mes mérites, quel que soit d’ailleurs le succès de mes bonnes œuvres. Saint Jacques n'eut pas, comme les autres Apôtres, la consolation de voir ses prédications couronnées de fruits abondants ; il n’en obtint pas moins la récompense des ministres de l’Évangile. C’est ainsi que Dieu en use à l'égard de ses serviteurs : il ne juge pas de leurs œuvres sur les effets qu'elles produisent, mais sur les motifs intérieurs dont elles sont animées ; et plus leur amour est véhément, plus aussi la couronne qu'il leur prépare est riche et précieuse.

COLLOQUE avec saint Jacques. — Le féliciter de la prédilection particulière dont Jésus l'honora, et de son zèle pour la gloire de ce divin Maître. — Le supplier de m’obtenir de sa bonté la grâce de profiter de tout, pour m’attacher inviolablement à lui, et me dévouer à son service et à sa gloire.

RÉSOLUTIONS. — Recevoir de la main de Dieu avec d’égales actions de grâces les consolations et les épreuves.

BOUQUET SPIRITUEL. — Je bénirai le Seigneur en tout temps, et sa louange sera toujours dans ma bouche.

PRIÈRE. — Recevez, Seigneur, toute ma liberté sans restriction ; daignez accepter toute ma mémoire, tout mon entendement, toute ma volonté. Je n'ai rien, je ne possède rien qui ne soit un don de votre libéralité ; je vous remets le tout, j'abandonne le tout sans réserve à votre volonté, afin que vous en disposiez comme il vous plaira. L'unique chose que je vous supplie de m'accorder avec votre grâce, c'est un véritable amour pour vous. Si je l'ai, je suis assez riche, et je ne demande rien de plus.