lundi 7 septembre 2020

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création

 

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.


VIIe LEÇON


CONNAISSANCE DE DIEU PAR SES OUVRAGES.

FIN DU TROISIÈME ET COMMENCEMENT

DU QUATRIÈME JOUR DE LA CRÉATION




Q. Que Dieu fit-il encore le troisième jour ?
R. Le troisième jour Dieu créa encore les arbres de toute espèce. La terre, qui n'était jusqu'alors qu'une prairie, devint tout à coup un immense verger planté de toutes sortes d'arbres chargés de fruits de mille espèces différentes.

Q. Pourquoi Dieu a-t-il créé les arbres fruitiers ?
R. Dieu a créé les arbres fruitiers pour nos besoins et pour nos plaisirs. Il nous montre sa tendresse en nous offrant dans les fruits une nourriture aussi saine qu'agréable et peu coûteuse, et il nous montre sa sollicitude en nous les envoyant dans la saison où nous en avons le plus besoin.

Q. Dieu ne créa-t-il pas aussi d'autres arbres ?
R. Dieu créa aussi d'autres arbres dont les fruits ne servent pas à notre nourriture. Ces arbres sont très utiles ; c'est avec leur bois qu'on fait les maisons, les vaisseaux, les meubles, et qu'on cuit les aliments nécessaires à la vie ; ils nous donnent de l'ombrage, purifient l'air et charment notre vue par la grandeur de leur taille et la beauté de leur verdure.

Q. Voyons-nous toutes les richesses de la terre ?
R. Nous ne voyons pas toutes les richesses de la terre, ses entrailles sont pleines de métaux précieux et fort utiles, tels que l'or et le fer ; Dieu nous les a donnés pour les faire servir à nos usages, et non pour y attacher notre cœur.

Q. Qu'est-ce que Dieu fit le quatrième jour ?
R. Le quatrième jour Dieu fit le soleil, la lune et les étoiles : le soleil pour présider au jour, et la lune pour présider à la nuit.

Q. Pourquoi les astres ne furent-ils créés que le quatrième jour ?
R. Les astres ne furent créés que le quatrième jour, pour apprendre à l'homme qu'ils ne sont pas le principe des productions de la terre. Dieu voulait par là prévenir l'idolâtrie.

Q. Pourquoi le soleil est-il si éloigné de la terre ?
R. Le soleil est si éloigné de la terre afin de nous éclairer sans nous éblouir, et de nous chauffer sans nous brûler. S'il était plus près de nous, la terre serait brûlée et stérile ; s'il en était plus éloigné, la terre serait glacée. Il en serait de même si le soleil était plus gros ou plus petit.

Q. Que remarquez-vous encore au sujet du soleil ?
R. Je remarque encore au sujet du soleil qu'il se lève tous les jours, qu'il fournit sa carrière avec une grande vitesse, et qu'il éclaire et qu'il vivifie toute la nature. En cela, il est l'image de Notre-Seigneur, qui est sorti du sein de son Père, et qui est retourné dans le Ciel après avoir éclairé tous les hommes par sa doctrine et les avoir sanctifiés par ses mérites et ses exemples.

Q. Le soleil se lève-t-il chaque jour au même point ?
R. Le soleil ne se lève jamais au même point * ; c'est pourquoi les jours ne sont pas égaux. Chaque jour Dieu lui marque le point d'où il doit partir et celui où il doit s'arrêter, afin qu'il répande sa chaleur et sa lumière sur tous les hommes, les méchants comme les bons. Notre Père céleste a voulu nous apprendre par là que nous devons aimer tous les hommes sans exception, parce qu'ils sont tous nos frères.

* Point du jour : première heure du jour, lever du soleil... Au même point : à la même heure.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne manquerai jamais à mes prières avant et après mes repas.



Reportez-vous à Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création.










 

dimanche 6 septembre 2020

SAINT PIE X, PAUVRE ET RICHE

 


« PAUPER ET DIVES »


Pauvre de biens terrestres, il possédait cette richesse de la charité qui conquiert les cœurs.
Toute sa vie, de Tombolo au Trône papal, est une effusion de charité ; on a pu lui appliquer la parole du psaume : « Dispersit, dédit pauperibus (Ps. XI, 8) » et ce que le livre sacré dit du juste qui n'a jamais couru à la recherche de l'or, n'a jamais reposé ses espérances dans l'argent et les trésors de la terre (Eccl., XXXI, 8).
Il revendiquait pour lui la pauvreté, les sacrifices, les privations ; pour ses fils les ressources de l'Église, disant : « Elle est la maison de Dieu, elle s'ouvre à tous. » Il n'était satisfait que s'il s'était dépouillé de son dernier centime.
« Un matin — d'après le témoignage de son médecin, l'illustre professeur Marchiafava, au Procès Ordinaire de Rome —, il me demanda de me promener avec lui dans les jardins du Vatican. J'acceptai joyeusement, et comme, au sortir de sa chambre, je me disposai à fermer la porte : Laissez-la ouverte, me dit-il, en souriant, il ne s'y trouve plus un centime. Ce matin, j'ai tout donné. »
De même qu'à Salzano, à Mantoue et à Venise, « il donnait tout », et s'il avait un regret, c'était de ne pouvoir donner davantage (cf. Lettres de Pie X : à l'évêque de Plaisance, 20 septembre 1908 ; à l'évêque de Rimini, 6 octobre 1910 ; à l'archiprêtre d'Ostiglia (Mantoue), 6 décembre 1910 ; à l'archevêque de Montréal, 3 avril 1911 ; au prêtre Don Fabiani, 20 juin 1911. (Archives de la Secrétairerie d'État)).
Comment évaluer les sommes qui sortaient de ses mains et qui, par l'entremise de ses confidents, tarissaient tant de larmes, adoucissaient tant de douleurs ? Nous savons qu'il a toujours prêté l'oreille aux plaintes des malades, aux larmes des orphelins, aux lamentations des affligés, à toutes les requêtes de la misère, avec sa générosité et sa munificence.
« Dieu seul sait ce qu'il a distribué en aumônes publiques et privées », a rapporté son Cardinal Secrétaire d'État.
« Une telle profusion de millions qu'on se demandait d'où il les tirait », a dit son dernier maître de chambre.

L'histoire de son Pontificat s'inscrit parmi les plus belles pages de l'histoire de la charité chrétienne.
Qui ne se souvient de l'aube tragique du 28 décembre 1908, où le tremblement de terre détruisit deux cités florissantes Reggio de Calabre et Messine, et ensevelit cent mille vies humaines ?
Devant cette épouvantable catastrophe, Pie X lance aussitôt un émouvant appel aux catholiques du monde entier. Il envoie au champ de mort une délégation spéciale qui remet en son nom les premiers secours. Avec son cœur de Père universel, il ouvre toutes grandes les portes du Vatican pour accueillir les longs convois de blessés qui arrivent à Rome. Il pourvoit au placement de 575 orphelins arrachés aux pièges de comités improvisés qui sont hostiles à l'Église.
L'organisation des secours fut si rapide et parfaite que la presse maçonnique elle-même et le fameux maire de Rome, Ernest Nathan, ne cachèrent pas leur admiration : Pie X avait fait refleurir la vie où s'était déchaîné le fléau.
Jours de deuil, mais aussi jours de triomphe pour le Pape qu'une acclamation unanime saluait comme « le Protecteur et le Père des orphelins de Sicile et de Calabre (cf. Monument à Pie X dans la Basilique Vaticane, pp. 95-97, Rome, 1929) ».

Un journal non suspect de cléricalisme, Il Giornale della Sicilia, écrivait :

Jamais peut-être ne s'était accomplie dans un tel silence une œuvre plus rapide. À Rome, tandis que, par une vanité mesquine, les divers comités gouvernementaux, municipaux et privés se disputaient les blessés et les réfugiés, tandis que sévissaient les polémiques et qu'on s'épuisait en délibérations, les hospices vaticans s'ouvraient, sans grincements de portes, aux survivants.
Cela, nous l'avons vu de nos yeux, comme d'autres, en Calabre et en Sicile, voient surgir, comme par enchantement, d'innombrables pavillons, soit pour les blessés, soit pour les orphelins, soit pour les entreprises charitables. Et tout cela s'est fait sans bruit. C'est grâce à cette organisation et à cette discrétion que l'œuvre de secours du Vatican a pu se développer d'une manière aussi prompte et efficace.
Il a été ainsi démontré, ce que nous devons constater chaque jour et qui n'est pas à l'honneur de la troisième Italie, qu'en dehors de notre bureaucratie, le Vatican, libéré de tous les obstacles qui naissent des questions de personnes et de partis, réussit toujours mieux que nous, qu'il s'agisse de restaurer un monument artistique ou d'accomplir une œuvre de solidarité humaine (cf. Le Jubilé sacerdotal de Pie X, Rome, décembre 1909, p. 163).

Pie X avait versé huit millions aux terres désolées. À sa mort, on trouva une enveloppe avec cette inscription autographe : « Pour mes orphelins de Reggio de Calabre et de Messine ». L'enveloppe renfermait de quoi pourvoir à l'entretien de 400 orphelins qu'il avait pris à sa charge.
C'est ainsi qu'il dépensait l'argent de l'Église.

Évoquons d'autres souvenirs qui mettent en relief cette charité merveilleuse.
Il avait connu à Mantoue un certain Pierre Lazzè, l'un des plus miséreux de la ville.
En juin 1893, Mgr Sarto ayant été créé cardinal, le bon Lazzè lui présenta ses félicitations et lui dit notamment :
« Voyez-vous, Éminence, l'humanité est partagée en deux classes, les heureux et les malheureux. J'appartiens à la seconde ; Votre Éminence, à la première. Vous voilà cardinal et bientôt vous serez Pape. »
— Bravo ! répondit le futur Pie X, et, plaisantant, il ajouta : « Quand je serai Pape, je te ferai Commandant de la Garde Noble et alors tu appartiendras à la classe des heureux. »
Lazzè n'oublia pas cette promesse, et, quand il écrivait au cardinal Sarto, à Venise, pour quêter un secours, ce qui lui arrivait souvent et jamais inutilement, il signait : « Pierre Lazzè, Commandant de la Garde Noble en expectative. »
Le 4 août 1903, jour même de l'élection de Pie X, Lazzè lui adresse une lettre où il exprime sa joie et conclut : « Je dispense Votre Sainteté de tenir sa promesse et je signe Votre très obéissant Pierre Lazzè, commandant de la Garde Noble en retraite. »
Il reçut peu après une lettre autographe du Pape, accompagnée d'une généreuse offrande.
Cette lettre fit le tour de toute la ville de Mantoue, où chacun se rappelait l'incomparable bonté de son ancien évêque.

En 1865, un soldat autrichien, Jean Baier, fut frappé d'un évanouissement aux environs de Tombolo.
Le vicaire, don Joseph Sarto, accourut auprès de lui et lui prodigua ses soins les plus affectueux.
Quarante ans plus tard, Pie X reçoit une lettre d'Autriche-Hongrie. Elle venait du pauvre soldat qui témoignait sa reconnaissance pour les bienfaits du vicaire de Tombolo.
« Le Pape lut cette lettre avec émotion et envoya au vieux soldat une importante aumône (Mgr MARCHESAN, Ord. Trev. — cf. aussi La Civiltà Cattolica, ann. 1908). »

Sa confiance en Dieu alimentait sa charité.
« La Providence ne manque jamais ! » Séminariste, prêtre, évêque, patriarche, Pape, c'est le cri de foi qu'il avait toujours sur les lèvres. Nous le retrouvons partout, dans ses conversations particulières, ses homélies, ses allocutions.
Pleinement abandonné aux mains de la Providence, c'est d'elle qu'il attendait tout. Quand il entreprenait une œuvre vouée à la gloire de Dieu et au salut des âmes, les moyens pouvaient faire défaut, il ne renonçait pas, il engageait la lutte avec les armes de la prière et remportait la victoire, « recevant toujours, comme il s'est plu à le dire, l'aide de la Providence divine (Mgr PESCINI, Ord. Rom., 396) ».
Chaque fois qu'il eut à risquer des frais pour la construction de nouvelles églises, de séminaires, ou pour d'autres grandes initiatives, il a escompté sans crainte l'apport des moyens nécessaires, étant sûr que le Seigneur y pourvoirait. Ces ressources ne lui ont jamais manqué, lui sont venues avec une telle abondance que lui-même ne savait comment l'expliquer.
Il semblait que l'argent poussât dans ses mains.
Montrant du doigt à une dame de l'aristocratie romaine le tiroir de son bureau : « Il en sort, disait-il, et il y entre tant d'argent que je n'y comprends rien. »
C'était comme un miracle vivant et chaque jour visible.
Quelqu'un lui suggérait de faire recommander par les Nonces la quête pour le « Denier de Saint-Pierre ».
« Je n'ai rien à demander, répondit-il, car, j'ai la certitude que, d'une façon ou d'une autre, le Seigneur me procurera le nécessaire pour l'Église. »
Et les oboles s'accroissaient, se multipliaient, juste prix de son intrépide confiance.
Il exprimait la pure vérité quand il affirmait que, « plus il donnait d'aumônes, plus il recevait (Mgr FABERI, Ord. Rom., 1067) ». À ceux qui lui conseillaient de modérer sa charité pour ne pas mettre l'Église en faillite, il montrait ses deux mains et répondait : « La gauche reçoit et la droite donne. Ce qui pénètre dans la main gauche dépasse ce qui sort de la droite (Mgr PESCINI, Ord. Rom., 1506). » Il disait encore : « Si je dorme d'une main, je reçois beaucoup plus de l'autre(A. VENIER, Ord. Rom., 1446-1447). »
Il recevait toujours à l'heure opportune, quelquefois par des voies ignorées de la perspicacité humaine.
En 1911 le gouvernement maçonnique du Portugal se déchaînait contre l'Église, persécutait et spoliait les évêques et les prêtres, supprimait leurs droits civils et jusqu'à leurs moyens de subsistance.
L'évêque d'Oporto se rendit à Rome, au nom de l'épiscopat portugais, pour implorer l'aide du Pape.
« Que vous faudrait-il pour l'instant ? demanda Pie X très ému.
— Un million.
— Un million, je ne l'ai pas, répondit-il. Mais revenez demain. J'examinerai, je chercherai... Dieu nous assistera. »
Le lendemain, le million était prêt.
Pie X pria un prélat, Mgr Eugenio Pacelli, de vérifier la somme. Pendant que celui-ci comptait les billets de banque, le Camérier Secret de service annonça un visiteur étranger qui désirait, de toute urgence, causer avec le Pape.
« Oui, oui, il faut que je le reçoive tout de suite », s'écria Pie X » et il dit au prélat : « Emportez en hâte les billets de banque et sortez par cette petite porte. »
Le visiteur s'entretint avec le Pape quelques minutes.
Après quoi, le Camérier Secret rentra pour recevoir les ordres. Pie X indiqua la porte par laquelle était sorti le prélat avec les billets de banque.
« Voyez, lui dit-il, ce qui sort d'un côté et entre par l'autre. » Et il lui montra un chèque d'un million que venait de lui remettre le visiteur étranger (Témoignage de Mgr ARBORIO MELLA DI S. ELIA, camérier secret participant : Proc. Ord. Rom., I333-I335. — cf. aussi Mgr TAIT, ib., 1224-1225. — Mgr CARONI, ib., 484-485).

(Extrait de la biographie de J. Dal-Gal)


Reportez-vous à Saint Pie X, toujours avec Marie, Saint Pie X et l'Esprit de pauvreté, Fermeté invincible de Saint Pie X, Extrait de la Lettre au Clergé du Cardinal Sarto, nommé Patriarche de Venise, Neuvaine à Saint Pie X, Litanies de Saint Pie X, Haerent animo, Exhortation apostolique du Pape Pie X, au Clergé catholique, Celui qui est saint ne peut être en dissentiment avec le Pape, Saint Pie X, côté mystique d'une élection papale, E supremi du Pape Pie X, Acerbo nimis du Pape Pie X, Editae saepe Dei du Pape Pie X, Vehementer nos du Pape Pie X, Notre charge apostolique du Pape Pie X, Pascendi du Pape Pie X, Décret Lamentabili du Pape Pie X, Il fermo proposito, du Pape Pie X, sur l'Action catholique ou Action des catholiques, Ex Quo Nono, du Pape Pie X, sur la question du retour des Églises à l'unité catholique, Vi ringrazio du Pape Pie X, Le progrès religieux, et Vehementer nos du Pape Pie X.













 

samedi 5 septembre 2020

L'intérieur de Jésus-Christ

 


Ayez en vous les mêmes sentiments qui ont été dans Jésus-Christ. (S. PAUL AUX PHILISTINS)


Par l'intérieur de Jésus-Christ, on entend les dispositions intimes de son âme, qui ont été le principe et la règle de toute sa vie. L'intérieur est ce qui donne le prix aux actions, ce qui en constitue la sainteté, et ce qui met une différence extrême entre les mêmes actions, selon le degré de pureté et d'élévation des motifs. Si Jésus-Christ dans toute sa conduite est le modèle de tous les chrétiens, à plus forte raison l'est-il dans ses sentiments intérieurs ; la plus importante occupation de la vie est sans contredit de les étudier, et de s'appliquer à les exprimer en soi. Voyons donc d'abord ce que la sainte Écriture nous en apprend. Nous verrons ensuite par quels moyens on peut les exprimer en soi.
On peut considérer les sentiments intérieurs de Jésus-Christ, et par rapport à son Père, et par rapport à lui-même, et par rapport aux hommes.
Par rapport à son Père, il s'est toujours regardé comme une victime destinée à réparer sa gloire, et à apaiser sa justice. À l'instant même qu'il est venu au monde, dit saint Paul, il s'est offert en qualité de victime substituée à celles de l'ancienne loi, qui n'en étaient que l'ombre et la figure ; et il a persévéré à tous les moments de sa vie dans cette oblation de lui-même. La croix a été la consommation de son sacrifice, mais son berceau en a été le commencement, toute sa vie en a été la suite. Ainsi la disposition de Jésus-Christ à l'égard de son Père, a été une disposition d'immolation continuelle.
De là cette soumission parfaite à toutes les volontés de son Père. Il n'a jamais rien voulu, rien désiré de lui-même, et par son propre mouvement, tout incapable qu'il était de rien vouloir qui ne fût bon. Ma nourriture, dit-il lui-même, est de faire la volonté de mon Père. Il l'a faite sans interruption depuis sa naissance jusqu'à son dernier soupir ; il l'a faite dans les choses les plus pénibles et les plus affreuses pour la nature ; il l'a faite avec une joie, une ardeur, une générosité, une ponctualité inexprimables.
De là cette dépendance de la grâce, qui a toujours été si grande en Jésus-Christ, que son âme n'a jamais eu d'activité que pour seconder l'action de Dieu, et qu'elle a toujours été entre les mains de son Père l'instrument le plus souple et le plus obéissant.
De là ce zèle pour la gloire de son Père ; zèle qui le desséchait, qui le consumait, qui le dévorait. De là cet amour inexplicable, cette oraison continuelle, cet absorbement de toutes ses puissances dans la divinité, cette soif brûlante des souffrances, ce désir continuel de consommer son sacrifice. Je dois, disait-il, être baptisé d'un baptême de sang ; et combien suis-je pressé de le voir accompli ?
Par rapport à lui-même : l'humilité de Jésus-Christ, l'abnégation, la haine de soi a été un excès prodigieux ; l'anéantissement ne suffit pas pour exprimer à cet égard l'état de son âme. Il se regardait comme chargé de tous les péchés de l'univers, comme digne de tous les traits de la vengeance du ciel. Néanmoins son humanité était sainte de la sainteté même du Verbe, qui lui était uni personnellement. Qui pourrait concevoir l'alliance d'une sainteté si parfaite avec de si bas sentiments de lui-même ?
Qu'on juge après cela si, durant sa vie mortelle, il désira que son Père le glorifiât, s'il rechercha les faveurs célestes, s'il se proposa l'estime des hommes, s'il se fit gloire de ses vertus et de ses miracles. Jésus-Christ n'a jamais rien voulu pour lui-même que les mépris, les humiliations et les souffrances ; il ne s'est pas jugé digne d'autre chose. Je suis un ver, dit-il par son prophète, et non pas un homme. Je suis l'opprobre des hommes et le rebut de la populace. De la part de Dieu, il n'a jamais rien voulu ici-bas, que de porter le poids de sa colère, et de satisfaire à sa justice par la destruction totale de son être.
Par rapport aux hommes, l'esprit de Jésus-Christ a été un esprit de charité et de douceur ; un esprit de paix et d'union ; un esprit de support et de condescendance ; une tendre compassion pour les pécheurs, pour ceux mêmes qui le calomniaient, qui l'outrageaient, qui voulaient sa mort. Il a versé son sang en désir pour le salut de tous les hommes à tous les instants de sa vie ; s'il n'y avait eu qu'un seul homme à racheter, il aurait volontiers donné sa vie pour lui, et dans le vrai il a souffert, il a satisfait, il est mort pour chaque homme en particulier. Le plus grand effort de la charité, dit-il lui-même, est de donner sa vie pour ses amis. Il a fait plus, il a donné sa vie pour ses ennemis. Et, non content de donner sa vie, il a donné son âme ; il a consenti, dit saint Paul, d'être à leur place un objet de malédiction, d'être traité de Dieu non-seulement comme pécheur, mais comme s'il eût été le péché même. Telle a été l'étendue de la charité de Jésus-Christ pour nous. Mourir de la main des hommes dans un supplice cruel et ignominieux était peu de chose ; mais mourir dans son âme de la main de Dieu, éprouver dans son âme l'abandon de Dieu, la colère de Dieu, la malédiction de Dieu ; voilà le sacrifice dont il n'y avait qu'un Homme-Dieu qui fût capable.
L'intérieur de Jésus-Christ se réduit donc à trois points qui embrassent tout. Esprit d'immolation, esprit d'humiliation, esprit de charité ; mais immolation, humilité, charité portées aussi loin que pouvait les porter un homme éclairé de toute la lumière, animé de tous les sentiments, soutenu de toute la force de la divinité. Voilà de quoi ravir éternellement d'admiration les Anges et les Saints.
Mais par quels moyens pourrons-nous exprimer en nous des dispositions si sublimes ? Par un moyen unique et très-simple, par l'union de toute notre âme avec Dieu. Cette union de Jésus-Christ a été hypostatique : dans nous elle ne peut être que morale, et par conséquent d'une vertu incomparablement inférieure ; mais cette union, quoique morale, est capable de produire en nous les fruits de la plus éminente sainteté.
Que faut-il donc faire pour nous unir à Dieu ? Il faut le vouloir ; il faut nous donner généreusement à lui ; il faut entrer dans une dépendance entière et parfaite de sa grâce. Il faut que notre unique désir soit d'être précisément et uniquement ce que Dieu veut que nous soyons : ce qui n'emporte pas moins qu'un abandon entier de tout nous-mêmes, et de tous nos intérêts entre les mains de Dieu.
Cette donation une fois faite, il n'y a plus qu'à laisser agir Dieu sur nous, et correspondre fidèlement à son action. Il mettra à mesure et par degrés dans notre entendement sa lumière qui nous montrera les objets tels qu'il les voit lui-même, qui nous apprendra à en juger comme il en juge lui-même. Il mettra dans notre volonté son amour, sa force, ses sentiments. Il disposera à son gré des événements de notre vie, et nous placera lui-même dans les circonstances propres à l'exercice des vertus qu'il attend de nous, et à l'accomplissement de ses desseins sur nous.
Mais, pour recevoir en nous les lumières de Dieu, il est évident qu'il faut renoncer aux nôtres, et une de nos prières continuelles doit être de demander à Dieu qu'il nous aveugle pour nous éclairer.
Pour recevoir son amour dans notre cœur, il est évident qu'il faut en bannir l'amour-propre. Car l'amour-propre nous concentre en nous-mêmes ; et l'amour divin nous en fait sortir pour nous concentrer en Dieu. Or, l'amour-propre infecte de son venin toutes nos affections, tous nos désirs les plus intimes, même celui du bon heur éternel. Il faut donc que l'amour divin purifie tous ces désirs, et les dégage de toute propriété, de tout intérêt personnel, pour n'y laisser que l'intérêt de Dieu.
Pour recevoir la force de Dieu, il faut nous dépouiller de la nôtre, ou plutôt de l'opinion de la nôtre ; car au fond nous n'avons aucune force pour la pratique du bien surnaturel. Ainsi il faut que nous consentions à sentir continuellement notre faiblesse et notre impuissance, afin de donner lieu en nous à l'efficacité de la grâce divine. Plus nous serons forts en Dieu, plus nous deviendrons faibles en nous ; et quand le sentiment de notre force sera anéanti, la force divine se déploiera en nous avec toute sa vertu, sans aucun obstacle de notre part.
Pour laisser à Dieu la disposition de notre vie, il faut ne rien vouloir, ne rien prévoir, ne rien projeter, mais rester comme Dieu nous met, et ne prendre d'autres mesures que celles qui sont dans l'ordre de sa volonté.
L'union avec Dieu comprend tout ce que je viens de dire ; et elle embrasse sans exception tous nos actes libres, tant intérieurs qu'extérieurs. Étant unis à Dieu, nous aurons en nous les sentiments de Jésus-Christ, et Dieu règlera tous les événements de notre vie, comme il a réglé ceux de Jésus-Christ. Nous aurons par là avec l'Homme Dieu toute la ressemblance que nous devons avoir, et nous remplirons ici-bas toute la mesure de sainteté à laquelle Dieu nous a destinés. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Sur Jésus-Christ, Excellence et nécessité de l'Humilité, La crèche, L'intérieur de Marie, De l'amour pur, De la jalousie de Dieu, De l'enfance spirituelle, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.














 

vendredi 4 septembre 2020

SAINT HERMÉNÉGILDE, prince visigoth, martyr en Espagne


En remerciement à Saint Herménégilde suite à une grâce obtenue.


Le triomphe d'Herménégilde


(Fêté le 13 avril)


Tiré de saint Grégoire le Grand, Dial. I. 3, c. 31 ; de saint Grégoire de Tours, Hist. I. 5. ch. 39, et I. 9, c. 16, de Mariana, Hist. I. 5, ch. 12; du P. Florès, Spana sagrada, t. v, c, 2, p. 200. Voir Henschenius, t. II, apr. p. 134.


586

Evigilde ou Léovigilde (Le P. Florès observe que ce prince est toujours appelé Linvigild dans les anciens Mss. gothiques. Il commença à régner l'an 568 de Jésus-Christ et le 606e de l'ère d'Espagne. Ce fut dans la dix-huitième année de son règne qu'il mit à mort saint Herménigilde. Ceci se prouve par une ancienne chronique que le P. Florès a publiée. Spana sagrada, t. II, p. 199), roi des Goths en Espagne, eut deux fils de sa femme Théodosie : leurs noms étaient Herménégilde et Récarède. Ils furent tous deux élevés dans l'arianisme que leur père professait. Herménégilde, l'aîné des deux princes, épousa Indegonde, catholique zélée et fille de Sigebert, roi d'Australie.
La couronne avait toujours été élective chez les Goths d'Espagne : c'étaient les grands qui choisissaient celui qui devait la porter. Lévigilde, voulant l'assurer à ses descendants, associa ses deux fils à la royauté. Il donna même à chacun une portion de ses états à gouverner. Séville fut la capitale du pays que l'aîné eut en partage.
Ingonde, sa femme, eut beaucoup à souffrir de la part de Goswinde, arienne outrée, que Lévigilde avait épousée après la mort de Théodosie. Les persécutions qu'elle lui suscita avaient pour but de la détacher de la doctrine catholique : mais rien ne put ébranler Ingonde, elle resta toujours ferme dans la profession de la vraie foi ; ses exemples et ses discours firent même une vive impression sur Herménégilde. Ce prince eut des doutes sur la religion qu'il professait : et ces doutes furent entièrement éclaircis par les instructions de saint Léandre, évêque de Séville. Il ouvrit les yeux à la lumière qu'il avait méconnue jusque-là, et profita d'une absence de son père pour abjurer solennellement l'hérésie ; il fut ensuite reçu dans l'église par l'imposition des mains et par l'onction du saint chrême qu'on lui fit sur le front.
Lévigilde, que les premières apparences du changement de son fils avaient déjà indisposé contre lui, entra dans une étrange colère quand il eut appris qu'il faisait une profession ouverte de la foi catholique : il le dépouilla du titre de roi qu'il lui avait donné, et résolut de lui ôter ses biens, sa femme, sa vie même, s'il ne retournait à l'arianisme. Herménégilde, considérant qu'il était prince souverain, prit des mesures pour arrêter l'effet des menaces de son père. Tous les catholiques d'Espagne se joignirent à lui : mais ils étaient en trop petit nombre pour résister aux Ariens. Il envoya donc saint Léandre demander du secours à Tibère, empereur d'Orient ; mais il n'en obtint ni de ce prince, mort peu de temps après, ni de Maurice son successeur. Ce dernier fut obligé de réunir toutes ses forces pour se défendre contre les Perses, qui avaient fait plusieurs irruptions sur les terres de l'empire. Herménégilde implora ensuite l'assistance de l'armée romaine que les empereurs de Constantinople entretenaient en Espagne, pour conserver le peu de possessions qui leur restaient dans ce pays. Les chefs de cette armée s'engagèrent, par serment, à soutenir sa cause, et prirent en otage sa femme Indegonde et son fils, sous prétexte de mettre en sûreté la vie de la mère et de l'enfant ; mais ensuite ils se laissèrent corrompre par l'or de Lévigilde, et manquèrent à leur parole.
Lévigilde tint son fils assiégé dans Séville pendant plus d'un an. Herménégilde, se voyant hors d'état de faire une plus longue résistance, s'enfuit secrètement pour se rendre au camp des Romains ; mais sur la nouvelle qu'il eut de leur trahison, il se retira à Cordoue, puis à Osseto. Cette dernière ville, où était une église célèbre dans toute l'Espagne par la dévotion du peuple, avait d'assez bonnes fortifications. Herménégilde s'y renferma avec trois cents hommes d'élite. La place ne put cependant tenir ; elle fut prise et brûlée par Lévigilde. Le prince vaincu se réfugia dans l'église, an pied de l'autel. Son père ne voulut point l'en arracher de force ; il permit même à Récarède, engagé aussi dans l'arianisme, d'aller trouver son frère et de lui promettre sa grâce s'il reconnaissait sa faute en se soumettant. Herménégilde, qui croyait qu'on agissait de bonne foi à son égard, vint se jeter aux pieds de son père. Lévigilde l'embrassa, et renouvela toutes les promesses qui lui avaient été faites de sa part ; mais il ne l'eut pas plus tôt mené dans son camp qu'il le lit dépouiller de ses habits royaux ; il ordonna ensuite qu'il fût chargé de fers et conduit prisonnier dans la tour de Séville. Ceci arriva en 586 (Herménégilde avait régné deux ans, comme le P. Florès le prouve par l'autorité de plusieurs anciens monuments).
Lévigilde employa de nouveau les menaces et les promesses pour faire rentrer son fils dans l'arianisme ; et afin de le vaincre plus facilement, il le fit resserrer dans un cachot affreux et ordonna qu'il y fût traité avec la plus grande dureté. Herménégilde resta toujours inébranlable, et ne cessa de répéter ce qu'il avait précédemment écrit à son père : « Je confesse que votre bonté pour moi a été portée très-loin ; aussi conserverai-je jusqu'au dernier soupir le respect et l'amour que je vous dois : mais pouvez-vous exiger que je préfère une grandeur périssable à mon salut éternel ? Je ne veux point de couronne à ce prix ; je suis prêt à la sacrifier, ainsi que ma propre vie, plutôt que d'abandonner la vérité. »
La prison devint pour Herménégilde une école de vertu ; il s'y consacra aux exercices d'une austère pénitence. Il prit le cilice et ajouta beaucoup de mortifications volontaires aux peines qu'il endurait déjà. Sans cesse il s'adressait à Dieu par des prières ferventes, afin d'obtenir le courage dont il avait besoin dans les combats qu'il soutenait pour la cause de la foi.
La fêle de Pâques étant arrivée, Lévigilde chargea un évêque arien d'aller trouver son fils pendant la nuit pour lui offrir sa grâce, au cas toutefois qu'il voulût recevoir la communion des mains du prélat ; mais Herménégilde rejeta cette proposition avec horreur ; il reprocha même à l'évêque avec une généreuse liberté son attachement à une doctrine impie. Le roi, informé de tout ce qui s'était passé, devint plus furieux que jamais, et résolut d'éteindre dans le sang de son fils la haine qu'il portait à la foi catholique ; il envoya donc des soldats pour le mettre à mort. Ceux-ci, étant entrés dans la prison, lui fendirent la tête d'un coup de hache. Le saint n'avait fait aucune résistance et s'était livré à ses bourreaux avec intrépidité. Son martyre arriva le samedi saint, qui était le 13 avril de l'année 586. On garde encore son corps à Séville.
Saint Grégoire le Grand attribue aux mérites du saint martyr la conversion du roi Récarède, ainsi que celle de toute la nation des Goths d'Espagne. Quant à la faute qu'il commit en prenant les armes contre son père, il l'expia par ses héroïques vertus et par l'effusion de son sang.
Lévigilde ressentit bientôt les remords de son crime ; mais par un juste jugement de Dieu, son repentir n'alla point jusqu'à la conversion du cœur. Il recommanda en mourant son fils Récarède à saint Léandre et le pria de l'instruire dans la foi catholique (il s'était élevé une violente persécution contre les Goths, qui avaient embrassé la doctrine de l'Église avant que saint Herménégilde se fût converti. Plusieurs d'entre eux furent bannis, et d'autres souffrirent divers genres de mort. Selon saint Grégoire de Tours, Goswinde fut la principale cause et de la persécution et de la mort de saint Herménégilde).


RÉFLEXIONS

Les exemples d'ingonde suffirent pour faire un saint d'Herménégilde ; l'exemple est la plus persuasive des leçons ; préjugés, condition, âge, faiblesse, tout doit céder à sa force invincible. D'où vient cette corruption, cette licence effrénée de mœurs, répandue dans tous les états ? Du mauvais exemple. Puisque le mauvais exemple est si séduisant, pourquoi donc le bon serait-il sans force sur les esprits et sur les cœurs ? Les bons exemples sont pour vous ou un motif pressant de remplir vos devoirs, ou un sujet certain de condamnation si vous ne les remplissez pas. Je vous ai donné l'exemple, a dit le Sauveur, afin que vous agissiez comme j'ai agi moi-même. Vous êtes pauvre ; mais Jésus l'a été. Vous êtes persécuté, calomnié, traité avec mépris : mais oseriez-vous comparer vos souffrances avec celles du Sauveur ? La vue de ce divin Maître attaché à la croix est un remède à bien des maux ; et son silence sur ce bois infâme doit étouffer bien des plaintes et bien des murmures. Vous direz peut-être : C'était un Dieu, et nous ne sommes que de faibles créatures. Mais ne voyez-vous pas que c'est précisément cette qualité qui donne une force invincible à ses exemples et à la recommandation qu'il vous a faite de les suivre ? Un Dieu souffre pour mes péchés ; et je refuse de souffrir pour les expier ! Un Dieu mène une vie obscure, et je veux vivre dans l'éclat ! Un Dieu pardonne à ses bourreaux ; et je ne pardonne pas de légères injures ! Un Dieu s'est cru obligé de souffrir pour nous faire entrer dans sa gloire ; et moi je ne veux faire aucun effort pour y parvenir et je veux vivre dans la mollesse ! N'est-il pas vrai que, malgré toutes les ruses de votre amour-propre, vous ne pouvez pas vous dérober à la force invincible de ces exemples divins ? Mais ce ne sont pas seulement les exemples de l'Homme-Dieu qui vous pressent, ce sont encore ceux d'une foule d'hommes semblables à vous, qui avaient les mêmes faiblesses à surmonter, les mêmes obstacles à vaincre, les mêmes devoirs à remplir. Nul d'entre eux dont la vie ne vous fasse un vif reproche de votre lâcheté au service de Dieu ; nul qui ne dissipe vos prétextes frivoles et vos excuses. Vous êtes jeune, faible, d'un esprit vif et ardent, d'une complexion délicate ; mais sainte Agnès n'avait que treize ans. Jamais personne ne fut plus vif et plus ardent que saint Augustin ; jamais personne ne fut naturellement plus vif et plus passionné que sainte Thérèse, etc. Les Louis, les Henri, les Édouard, etc., se sont sanctifiés sur le trône ; les Brigitte, les Françoise, les Monique, etc., ont vécu saintement dans le mariage. Ce fut dans une humble condition que les Geneviève, les Zite, les Blandine, les Isidore, etc., sont devenus, par leur piété, le sujet de notre admiration et l'objet de notre culte. La science elle-même a-t-elle été un obstacle à la haute sainteté des Justin, des Chrysostôme, des Basile, des Grégoire, des Jérôme, d'un si grand nombre de docteurs ?... À la vue de ces exemples innombrables, Seigneur, je n'ai rien à dire pour me justifier ni pour m'excuser ; je dois me confondre et implorer votre miséricorde, afin que ma honte et mes regrets ne soient pas sans fruit. J'adore le même Dieu que les saints ; j'ai les mêmes grâces, la même règle de mœurs et le même évangile ; j'attends les mêmes récompenses ; faites, Seigneur, que j'aie le même courage, la même persévérance et la félicité.

(La vie des Saints, Alban Butler et Godescard)


jeudi 3 septembre 2020

SAINT PIE X ET L'ESPRIT DE PAUVRETÉ

 

Saint Pie X dans les jardins du Vatican


RIEN POUR LUI-MÊME


Dans toutes ses étapes et à tout âge, le saint Pontife était resté fidèle à l'esprit de pauvreté chrétienne dans lequel il était né et avait grandi. Il avait le droit d'écrire, au soir de son existence terrestre, en son admirable Testament : « Je suis né pauvre, j'ai vécu pauvre et je suis sûr de mourir très pauvre (Proc. Ord. Rom., 728 bis, IV). »
Aucun désir de richesse. Méprisant ce qui passe, il avait un complet détachement de l'argent. Au début de son règne, comme il avait amené de Venise ses deux secrétaires particuliers, il les avertissait sévèrement de ne pas profiter de leur situation au Vatican pour faire des bénéfices ; sinon, ils seraient aussitôt licenciés.
Rien ne l'indignait comme l'attachement aux biens de ce monde.
S'il apprenait que des ecclésiastiques, issus de familles pauvres, avaient en mourant laissé un patrimoine à leurs parents, il frémissait et s'enflammait (Mgr ZANOTTO, Ord. Rom., 205-206. — Mgr CANALI, Mémoires manuscrits, Archives de la Postulation, enveloppe H, fasc. 10).
Des millions et des millions de lires ont passé dans ses mains ; il les a employées scrupuleusement, jusqu'au dernier centime, pour la gloire de Dieu, pour l'Église et le salut des âmes (Mgr PAROLIN, Ord. Rom., 707. — Cardinal MERRY DEL VAL, ib., 883 ; opusc. cit., p. 87. — Cardinal CANALI, Ord. Rom., 2068).
Les magnificences de la Cour Vaticane étaient pour le Pontife suprême ; il n'admettait pour lui, fils de l'humble cursore de Riese, que le strict nécessaire(Cardinal MERRY DEL VAL, Ord. Rom., 399), car la pauvreté lui était aussi chère qu'au séraphique « Poverello ».
Simple et frugale était sa table. Il se contentait souvent d'un peu de fromage et de quelques noix. Si on lui présentait une boisson de choix, il la repoussait en disant : « Ceci est pour les Messieurs. »
Dépouillés de tout luxe étaient ses appartements privés. Ceux qui les ont vus ont noté leur extrême simplicité : « peu de meubles et simples (Joséphine PAROLIN, Ap. Trev., pp. 416-417) ». Dans sa chambre à coucher, le seul ornement de valeur était une fourrure de renard argenté et il l'expliquait ainsi : « C'est un don fait à la sainte mémoire de Léon XIII. Si j'ordonnais d'en disposer autrement, peut-être voudrait-on engager de nouvelles dépenses pour le Pape. Mieux vaut laisser les choses comme elles sont (Dr. F. SACCARDO, Ord. Ven., p. 876). »
Son linge était modeste, pareil à celui dont il avait toujours usé, dans sa maisonnette de Riese et dans son palais patriarcal de Venise ; ses mouchoirs, de gros coton. Il avait gardé le même lorgnon, très ordinaire, lié à un cordon noir, sa vieille montre de Tombolo, son vieux porte-monnaie, la même Croix pectorale et l'anneau, également très simple, des premiers jours de son Pontificat.
 
Le jour même de son élection à la Papauté, un joaillier apporta une Croix Pectorale en or, avec une chaîne de grande qualité. Il accepta, croyant que cette œuvre d'art appartenait au Trésor pontifical. Mais, peu après, on lui demanda de la payer. « Ah ! non, s'écria-t-il, vous ne pensez pas que je sois disposé à une telle dépense pour une croix destinée à mon usage personnel. Il y a en beaucoup de croix laissées par le dernier Pape et, en tout cas, je me contente de celle que j'ai apportée de Venise. » Et il ordonna de restituer la croix pectorale au joaillier.
Pour lui, tout était superflu, excessif. « Il se servait de toutes choses comme un pauvre, avec parcimonie. » Il ne tolérait point qu'on dépensât pour lui, même pour des raisons de santé, et l'on dut souvent « lutter pour qu'il acceptât quelque petite commodité ». Il s'y résignait seulement si on lui disait qu'elle profiterait à son successeur. Il montrait en tout cela une délicatesse qui touchait au scrupule. À ses yeux, l'argent de l'Église était sacré ; il ne s'en considérait pas comme le maître » mais comme un simple administrateur(Cardinal CANALI, Ord. Rom., 2068. — Mgr PAROLIN, ib., 683. — Cf. aussi Lettres de Pie X : au cardinal Cavallari, patriarche de Venise, 19 mai 1909 ; au docteur Saccardo, de Venise, 29 mai 1909 ; à la princesse Sciarra, 31 juillet 19x2. — Au Chancelier de la Curie épiscopale de Foligno, 1er avril 1914. (Archives de la Secrétairerie d'État)).
Il tenait un livre, de la dimension d'un gros cahier, où chaque jour il enregistrait avec soin les sommes reçues, petites ou grandes et ne se serait jamais permis de les affecter à un autre emploi que celui qui avait été fixé par les donataires.
Après le terrible tremblement de terre qui avait dévasté la Sicile et la Calabre, on le sollicita d'offrir à des œuvres pieuses une partie des fonds qu'il avait reçus. Il répondit : « Pas un centime de ce qu'on m'a remis pour les victimes du tremblement de terre ne sera employé à d'autres fins » si dignes d'intérêt que soient celles-ci (Cardinal MERRY DEL VAL, Pie X, Impressions et Souvenirs, p. 87). »
Un prélat vint lui demander de l'argent pour réparer une erreur qu'il avait commise. Pie X répondit : « Je ne veux pas que les biens de l'Église aident à couvrir les erreurs d'autrui. »
Une autre fois, comme on le pressait de subventionner certains journaux pour qu'ils se montrassent plus respectueux envers l'Église : « Je ne me sens pas le droit, dit-il, d'employer l'argent de l'Église à un pareil but. »
Personne n'a été plus pauvre que lui, mais, au terme de sa vie, il eut la gloire de « laisser l'administration des deniers de l'Église en de meilleures conditions que celle où il l'avait trouvée en accédant au Pontificat ».


(Extrait de la biographie de J. Dal-Gal)


Reportez-vous à Saint Pie X, pauvre et riche, Fermeté invincible de Saint Pie X, Extrait de la Lettre au Clergé du Cardinal Sarto, nommé Patriarche de Venise, Neuvaine à Saint Pie X, Litanies de Saint Pie X, Haerent animo, Exhortation apostolique du Pape Pie X, au Clergé catholique, Celui qui est saint ne peut être en dissentiment avec le Pape, Saint Pie X, côté mystique d'une élection papale, E supremi du Pape Pie X, Acerbo nimis du Pape Pie X, Editae saepe Dei du Pape Pie X, Vehementer nos du Pape Pie X, Notre charge apostolique du Pape Pie X, Pascendi du Pape Pie X, Décret Lamentabili du Pape Pie X, Il fermo proposito, du Pape Pie X, sur l'Action catholique ou Action des catholiques, Ex Quo Nono, du Pape Pie X, sur la question du retour des Églises à l'unité catholique, Vi ringrazio du Pape Pie X, Le progrès religieux, et Vehementer nos du Pape Pie X.













 

mercredi 2 septembre 2020

Sur Jésus-Christ

 


Je suis la voie, la vérité et la vie. (En saint Jean)


Ces paroles de Jésus Christ renferment en abrégé les motifs de notre foi, de notre espérance et de notre amour. La vie de l'âme, la véritable vie, la vie éternelle, est l'unique but de l'homme et le désir le plus intime de son cœur. Jésus-Christ nous déclare qu'il est lui-même cette vie et que nous ne serons pleinement, souverainement, éternellement heureux, que par sa possession. Il doit donc être l'objet unique, souverain, invariable de notre amour.
Le moyen de parvenir à cette vie est de connaître et d'embrasser la vérité, et de s'éloigner tant par l'esprit que par le cœur de tout ce qui est faux et mensonger. Or, Jésus-Christ nous dit qu'il est la vérité, la vérité infaillible, la vérité par essence ; et qu'ainsi tout hors de lui, n'est que fausseté et que mensonge. Nous devons donc nous appliquer à le bien connaître, et employer à cela toutes les forces de notre esprit et toute la droiture de notre cœur ; nous devons régler nos jugements sur les siens, nos affections sur les siennes, persuadés qu'il n'y a d'estimable et d'aimable que ce qu'il estime et qu'il aime.
Mais par quelle voie parviendrons-nous à la vérité ? Par Jésus-Christ qui nous assure qu'il est la voie, la seule voie qui puisse nous conduire à la vérité et à la vie. C'est pour nous instruire et nous guider qu'il s'est fait homme, qu'il nous a donné dans sa personne un modèle sensible et proportionné à notre faiblesse, et qu'à ses exemples il a joint des leçons contenues dans les préceptes et les conseils évangéliques.
Voyons donc ce que Jésus-Christ a enseigné. Toute sa doctrine se réduit à l'amour de Dieu et du prochain. Dans l'amour de Dieu est compris l'amour légitime que nous devons avoir pour nous mêmes ; en sorte que, plus nous aimerons Dieu, plus aussi nous nous aimerons nous-mêmes, parce qu'aimer Dieu, c'est aimer notre vrai, notre souverain, notre unique bien. L'amour de Dieu exclut donc essentiellement tout amour des créatures pour elles-mêmes et envisagées comme étant notre bien. Il exclut par conséquent aussi l'amour propre ; c'est-à-dire qu'aucune créature ne doit s'aimer elle-même pour elle-même, ni rapporter à soi l'amour qu'elle a pour Dieu ; car c'est renverser l'ordre qui veut que nous aimions Dieu pour lui-même, et nous en Dieu et par rapport à Dieu. Tout notre amour est donc dû à Dieu, et à Dieu seul? et il doit être le terme de toutes nos affections sans aucune exception. Quel détachement, quelle abnégation, quel désintéressement cet amour n'exige-t-il pas, si l'on veut le pratiquer dans toute sa pureté ! Toute espèce d'amour-propre, quel qu'en soit l'objet, est donc un larcin fait à Dieu ; tout intérêt propre, tout regard sur nous-mêmes, toute vue de notre propre bien, toute recherche de notre excellence ; tout cela souille la pureté infinie de l'amour divin. D'où il suit que, plus une âme est morte à elle-même, plus elle est anéantie, plus aussi elle aime Dieu. Ainsi les croix, les épreuves, les dépouillements de toute espèce, et tout ce qui nous arrache à nous-mêmes, sont les seuls degrés par lesquels on s'élève à l'amour de Dieu. Cette seule vérité bien comprise jette un jour éclatant sur toute la doctrine de Jésus-Christ ; elle nous fait toucher au doigt la conduite de Dieu dans la sanctification des âmes ; elle nous fait voir que tout l'exercice de l'amour divin consiste en sacrifices, et que, plus nous renonçons à nous-mêmes, plus nous nous aimons véritablement. La haine de nous-mêmes que Jésus-Christ nous commande, est donc un véritable amour ; et l'amour de nous-mêmes que Jésus-Christ réprouve est une véritable haine. Haïr son âme dans le sens de l'Évangile, c'est la sauver ; aimer son âme, c'est la perdre.
Quant à l'amour du prochain, Jésus-Christ nous apprend à regarder tous les hommes comme nos frères par la création et par la rédemption ; il nous apprend que tout le genre humain ne compose qu'une seule famille dont Dieu est le Père, dont son Fils unique est le Sauveur, dont le ciel est l'héritage, que tous possèderaient un jour en commun, si tous répondaient aux vues de Dieu. Ainsi nous devons aimer le prochain parce que Dieu l'aime, parce que Jésus-Christ l'aime, et nous ne devons mettre d'autres bornes à cet amour que celles qu'y a mises Jésus-Christ, c'est-à-dire que nous devons être disposés à tout souffrir de sa part, à tout lui pardonner, à lui faire tout le bien qui dépend de nous, jusqu'à donner, s'il le faut, notre vie pour son salut ; car c'est ainsi que Jésus-Christ veut que nous nous aimions à son exemple.
Ce que Jésus-Christ nous a enseigné il l'a pratiqué le premier dans toute la perfection ; il s'est proposé pour modèle, et il en a fait incomparablement plus qu'il n'en exige de nous.
Il nous recommande le détachement des biens de la terre ; et il est né, il a vécu, il est mort dans la plus grande pauvreté. Il n'a jamais rien possédé, ni terre, ni maison, ni argent ; et il a vu partager ses vêtements avant que de mourir.
Il nous recommande le renoncement aux plaisirs de la terre ; et, depuis son berceau jusqu'à la croix, sa vie n'a été qu'un tissu de souffrances : il n'a pas goûté un seul instant de repos sur la terre.
Il nous recommande la fuite des honneurs du monde ; et il a embrassé tous les genres d'humiliations. Il est né dans une étable ; il a vécu d'aumônes pendant sa prédication ; il a travaillé dans la boutique d'un artisan ; il a été calomnié, outragé, persécuté, trahi, renoncé, condamné au plus infâme supplice comme blasphémateur. L'envie, la malignité, le mépris, la dérision, la rage se sont portés contre lui aux plus grands excès ; jamais aucun scélérat, aucune peste publique n'a été traité d'une manière si cruelle, si indigne.
Voilà ce que Jésus-Christ a été sur la terre. Dans toutes les circonstances de sa vie, il n'y en a pas une qu'il n'ait voulue, qu'il n'ait choisie de préférence ; c'est lui-même qui en a composé toute la suite et qui en a ménagé l'enchaînement. Ce choix est le choix d'un Dieu ; c'est donc un choix infiniment sage. Ce choix avait pour but la réparation de la gloire de Dieu ; c'est donc par la pauvreté, par les souffrances, par les humiliations que Dieu veut être honoré. Ce choix avait aussi pour objet le salut du genre humain, et Jésus-Christ en nous sauvant par cette voie, nous a montré ce que nous devions faire nous-mêmes pour nous sauver. Nos croix unies à la croix du Sauveur sont donc le grand moyen, le moyen nécessaire et unique de salut. Enfin ce choix a été pour Jésus-Christ la source du bonheur et de la gloire. Il en sera de même pour tous les élus sans exception ; plus ils auront été pauvres de cœur, plus ils seront riches dans le ciel ; plus ils auront souffert, plus ils seront consolés ; plus ils auront été humiliés, plus ils seront glorifiés : en un mot, plus ils auront été anéantis, plus ils participeront à l'être de Dieu.
Croire tout cela, le pratiquer, y persévérer fidèlement jusqu'à la mort, c'est, selon l'expression de saint Paul, se revêtir de Jésus-Christ, c'est le suivre comme voie, c'est l'aimer comme vérité ; c'est le posséder même dès ici-bas comme vie.
Cette voie est une ; cette vérité est une ; cette vie est une. Qui n'entre pas dans cette voie s'écarte de la vérité et ne vivra jamais de la véritable vie. La voie contraire est une voie de mensonge, qui aboutit à la mort éternelle. Il n'y a pas de milieu, il faut entrer dans l'une ou dans l'autre voie. Heureux ceux qui auront pris Jésus-Christ pour guide et qui auront marché à sa lumière, ils arriveront au même terme. La voie passera, mais la vérité et la vie resteront éternellement.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à L'intérieur de Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Sur la vérité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la doctrine de la vérité, La crèche, L'intérieur de Marie, De l'amour pur, De la jalousie de Dieu, De l'enfance spirituelle, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

mardi 1 septembre 2020

FERMETÉ INVINCIBLE DE SAINT PIE X

 


(Pour se préparer à la Fête de Saint Pie X)


Pie X avait un cœur sensible qui s'épanchait très volontiers. Mais cette sensibilité ne lui avait jamais lié les mains.
Il répudiait inexorablement toute équivoque, en face des adversaires déclarés du dehors comme des dévoyés du dedans, et ne se lassait pas de rappeler les âmes, « opportunément et importunément » — selon l'expression classique de l'Apôtre(Saint PAUL, Épitre à Timothée, IV, 2) — à la fidélité dans la foi du Christ ».
Il manifestait alors une ardeur apostolique, « une énergie à laquelle nul ne pouvait résister » et qu' « aucune préoccupation humaine ne réussissait à vaincre ». Il était le Pape du Surnaturel qui puisait sa force en Dieu seul ; le Pape indomptable à qui l'on demandait, au début de son règne, quelle serait sa politique, et qui avait répondu sans hésitation en montrant le Crucifix : « Voilà ma politique. » Dans l'aube orageuse du vingtième siècle, cette politique innovatrice et rénovatrice devait ranimer toute la vie de l'Église.
Un vieux marin de Venise ne s'était pas trompé, en s'écriant, à l'annonce de l'élection du Patriarche Sarto : « Ils ont fait Pape un homme de fer » — « un métal fait de foi et de charité, ajoutait plus tard un diocésain de Mantoue, mais un métal si pur que si Bonaparte avait eu affaire à lui, il ne s'en serait pas tiré aussi facilement. »
Pie X ne prenait pas de décision importante sans avoir réfléchi et prié. Il consultait les plus éminents cardinaux, les prélats les plus réputés, mais ne se laissait dominer par personne, parce qu'il savait que la responsabilité pesait sur ses épaules (Cardinal MERRY DEL VAL, Ord. Rom., 925. — Cardinal DE LAI, ib., 548. — Cardinal SILJ, ib., 607. — Cardinal CANALI, ib., 21101 — Mgr FABERI, ib., 1066-1078.
Une preuve qui exclut tout doute est le propre témoignage de Pie X écrivant, le 18 décembre 19x2, à un curé de Lombardie :
« Dans le gouvernement de l'Église, le Pape est affectueusement assisté par d'Éminentissimes Cardinaux, mais aucun d'eux ne se permet de faire en son nom quelque chose qui n'ait été d'abord réglé par lui et en plein accord avec lui. Ceux qui vont colportant que ce sont trois Cardinaux qui commandent sont de ces gens inqualifiables qui ne manquent jamais dans l'Église. Pour se soustraire à leur devoir, ils feignent de ne pas être obligés en conscience, sous prétexte que ce n'est pas le Pape qui commande. » (Archives de la Secrétairerie d'État.)). C'était à lui de décider, et, une fois la chose faite, elle était irrévocable. Elle avait la solidité du diamant, la même vigueur qui avait sanctifié ses luttes, de la paroisse de Salzano à la Curie épiscopale de Trévise, de la terre de Virgile à la patrie de Laurent Justinien.
« Quand je dois prendre une détermination, disait-il à un cardinal, je prie et je demande conseil, mais la résolution prise, je veux qu'elle soit exécutée (Cardinal SCAPINELLI DI LEGUIGNO, Ord. Rom., 1618). »
Le cardinal Merry del Val a écrit :

« Chez lui, pas l'ombre d'une faiblesse. Lorsqu'était soulevé un grave problème où les droits et la liberté de l'Église avaient besoin d'être affirmés et fermement soutenus ; quand l'intégrité de la doctrine catholique devait être défendue ; quand s'imposait la nécessité de maintenir la discipline ecclésiastique contre les relâchements et les influences profanes, alors Pie X révélait toute la force et l'énergie de son caractère. Il avait la vigueur inflexible d'un grand homme d'État, conscient de sa responsabilité, pénétré de la grandeur des devoirs qu'il fallait accomplir à tout prix. Dans ces occasions-là, inutile de chercher à l'ébranler; toutes les tentatives pour l'intimider par des menaces ou le capter par des raisons purement humaines étaient vouées à la faillite.
Après des jours de méditation et des nuits d'insomnie, il prenait sa décision définitive et exprimait son jugement en paroles brèves et pondérées. Il soulevait lentement la tête ; ses regards, ordinairement suaves, devenaient sévères et intrépides. On se rendait compte qu'il n'y avait rien d'autre à dire et à faire. »

Douceur et indulgence envers les hommes ; fermeté et inflexibilité, dominant toutes les considérations humaines, pour la défense des droits de Dieu et de l'Église : ce sont là des signes de la sainteté dont Pie X est un des plus beaux modèles !
 
Nous avons déjà vu sa fermeté héroïque en face de l'Action Catholique italienne mal inspirée, en face des mensonges de la France maçonnisante et des hérésies du Modernisme : trois grands faits qui immortalisent son Pontificat.
Retraçons maintenant quelques épisodes qui caractérisent la méthode ordinaire de son gouvernement.
 
« En 1905 — a raconté à l'auteur de ce livre le cardinal La Fontaine, patriarche de Venise — Pie X voulut me nommer évêque de Cassano all'Jonio. J'invoquai toutes mes raisons de me soustraire au joug de l'épiscopat. Pie X me regarde, et, au bout de quelques instants, avec un accent d'une singulière fermeté, il me répond : « Monseigneur, il faut obéir à la volonté du Pape ! »

Au diocèse de Bovino, en 1910, il avait nommé un évêque qui, après avoir reçu la consécration, ne se décidait pas à rejoindre son poste.
Pie X, douloureusement surpris, le pria d'obéir. Mais en vain : l'évêque persistait dans son refus.
Pie X lui signifia que, s'il ne partait pas pour son diocèse, il serait privé de ses insignes, suspendu de toute fonction épiscopale et ramené au rang d'un simple prêtre.
L'évêque s'inclina devant la volonté du Pape et se rendit à Bovino(Témoignage du cardinal MERRY DEL VAL. Cf. Mgr PAROLIN, Ord. Rom., 706).
Un éminent personnage avait établi le droit héréditaire d'une grande famille romaine à exercer dans la Cour Papale une haute charge à laquelle on ne l'avait pas appelée depuis longtemps.
Pie X promit d'y pourvoir. Mais ce personnage l'avisant que cette mesure rencontrerait des obstacles au Vatican, il eut une lueur dans les yeux, releva fièrement la tête et s'écria : « Qui donc oserait mettre des obstacles, quand le Pape a exprimé sa volonté (F. CRISPOLTI, De Pie IX à Pie X, pp. 107-108) ? »

On avait à résoudre une grave question qui se débattait depuis de longues années entre le gouvernement italien et le Saint-Siège. Le président du Conseil des ministres eut la fâcheuse idée de faire savoir au Saint-Siège qu'il lui donnerait satisfaction si le Pape nommait évêque le curé de son pays.
À cette proposition, Pie X qui répudiait les demi-mesures, répliqua, d'un ton énergique : « Dites au président du Conseil que les évêchés, je ne les vends pas (Mgr ROSA, Ord. Rom., 1021) ! »

De cette fermeté a fait aussi l'expérience un prélat, consulteur de l'ambassade austro-hongroise de Rome.
Il se présente un jour au Vatican pour solliciter ce que l'ambassadeur de la Double-Monarchie Danubienne n'avait jamais pu obtenir : le rappel du Nonce Apostolique à Vienne.
Le Pape l'accueille avec sa bonne grâce habituelle. Mais, quand il apprend l'objet de la visite, il lui coupe la parole, et debout, intrépide, il s'écrie : « J'ai dit non, et c'est non ! »
Le prélat sortit de l'audience, pâle et sans souffle. Il avait compris que le temps des revanches joséphistes était passé (Mgr PESCINI, Ord. Rom., 352. — Mgr BRESSAN, Ap. Rom., pp. 111-112. — Le motif qu'invoquait le gouvernement de Vienne, alors représenté par le chancelier Aehrenthal, pour réclamer le rappel du Nonce, était que celui-ci avait blâmé une conférence d'un professeur de l'Université, non conforme à l'orthodoxie de l'Église. (Mgr PESCINI, ib.) Ce motif ne pouvait être plus ridicule) et que Pie X n'était pas homme à se laisser impressionner ; lui qui, dans les épreuves familiales, aux prises avec la pauvreté et les tribulations de toutes sortes, n'avait jamais tremblé, parce qu'il acceptait tout des mains de Dieu ; lui qui, au milieu des pires amertumes, encourageait par sa sérénité ceux qui avaient besoin d'être soutenus dans les douleurs de la vie ; lui qui se plaisait à répéter : « Les œuvres de Dieu ne craignent pas les contradictions ; celles-ci, au contraire, les enracinent plus fortement. »

(Extrait de la biographie de J. Dal-Gal)


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