mardi 25 août 2020

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création

 

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.


Ve LEÇON


CONNAISSANCE DE DIEU PAR SES OUVRAGES.

SECOND JOUR DE LA CRÉATION




Q. Qu'est-ce que Dieu fit le second jour ?
R. Le second jour Dieu fit le firmament et sépara les eaux qui enveloppaient toute la terre : il éleva les unes au-dessus du firmament, et on les appelle les eaux supérieures ; il laissa les autres au-dessous, et on les appelle les eaux inférieures.

Q. Qu'est-ce que le firmament ?
R. Le firmament, c'est le ciel étoilé et même tout l'espace qui s'étend depuis la terre jusqu'aux étoiles fixes.

Q. Quelle est l'étendue du ciel ?
R. Pour juger de la prodigieuse étendue du ciel, il suffit de savoir : 1° que le soleil, qui paraît tenir si peu de place, est plus d'un million de fois plus gros que la terre, dont le circuit est de neuf mille lieues ; 2° qu'il est à trente-huit millions de lieues de la terre ; 3° que les étoiles fixes sont autant de soleils, et il y en a des milliers. C'est ainsi que le firmament raconte la gloire de Dieu.

Q. Que faut-il conclure de là ?
R. Il faut conclure de là : 1° que nous sommes bien peu de chose dans le monde, si nous ne faisons attention qu'à la place que nous y tenons ; mais que nous sommes bien grands, si nous pensons que c'est pour nous que le firmament et toutes ses merveilles ont été créés ; 2° que nous devons bien respecter et bien aimer Dieu, puisque, étant si grand et si puissant, il a daigné se faire enfant pour nous et se donner à nous dans la sainte communion.

Q. Que remarquez-vous sur la couleur du ciel ?
R. La couleur du ciel, qui est l'azur, est la plus propre à charmer nos yeux. Cette couleur change quelquefois ; par exemple, le matin et le soir, afin de soulager notre vue et de la préparer, soit aux rayons brillants du soleil, soit aux ténèbres de la nuit.

Q. Que trouve-t-on dans l'espace qui sépare la terre du ciel ?
R. Dans l'espace qui sépare la terre du ciel on trouve l'air. L'air enveloppe toute la terre et pèse sur nous avec beaucoup de force ; chaque homme en porte sur sa tête une colonne d'au moins vingt et un mille livres ; nous n'en sommes pas écrasés, parce que l'air qui est dans notre corps fait équilibre à celui qui est sur nous. Si cet équilibre venait à manquer, nous péririons sur-le-champ.

Q. Qu'est-ce que cela nous montre ?
R. Cela nous montre comment notre vie est toujours sous la main de Dieu et combien nous devons craindre de l'offenser.

Q. Pourquoi l'air est-il invisible ?
R. L'air qui nous touche de si près est invisible, parce que, s'il était visible, la vue des objets ne serait pas distincte.

Q. Quelle est l'utilité de l'air ?
R. 1° L'air est un messager qui nous apporte les odeurs, les sons, et nous fait connaître ce qui se passe loin de nous, ainsi que la pensée de celui qui parle.

Q. Continuez la même réponse.
R. 2° L'air est comme une pompe qui élève de la mer l'eau nécessaire à la fécondité de la terre, et
qui la distribue ensuite partout où le Créateur l'ordonne ; 3° enfin, l'air nous fait vivre par la respiration. C'est un grand bienfait dont bien des hommes oublient de remercier le Seigneur.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et en témoignage de cet amour, j'obéirai promptement à tous mes supérieurs.


Reportez-vous à Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création et Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e jour de la création.  












 

lundi 24 août 2020

De l'enfance spirituelle

 


Jésus-Christ a dit : Laissez venir à moi les enfants, car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.
Il a dit encore en mettant un enfant au milieu de ses Apôtres : Si vous ne devenez comme cet enfant, vous n'entrerez point au royaume des cieux.
Un des sens de ces paroles du Sauveur est que, si l'on veut avoir le règne de Dieu en soi, il faut devenir, quant aux dispositions surnaturelles, ce qu'est un enfant par rapport aux dispositions naturelles. En un mot, il y a une enfance spirituelle ; et cet état est le premier pas pour entrer dans la vie intérieure. Il est impossible de se former l'idée de cette sainte enfance, autrement que par l'expérience ; elle est un don de Dieu ; on ne saurait l'acquérir par son travail ni par ses réflexions. Il faut que Dieu lui-même nous y introduise ; et, quand on a le bonheur d'y être admis, on éprouve en soi, tant pour l'esprit que pour le cœur, un changement inconcevable.
Pour concevoir cet état autant qu'il nous est possible, comparons-le avec celui des enfants. L'enfant ne raisonne pas, ne réfléchit pas ; il n'a ni prévoyance, ni prudence, ni malice. Il en est ainsi de l'enfance spirituelle. La première chose que fait Dieu quand il nous met dans cet état, est d'arrêter les opérations de l'esprit. Il suspend cette foule de raisonnements et de réflexions qui fourmillent sans cesse, et il les remplace par des opérations simples, directes, qui échappent, pour ainsi dire, à l'âme ; en sorte qu'elle croit ne pas penser, quoiqu'elle pense toujours, et d'une manière plus relevée et plus approchante de celle de Dieu qui n'a qu'une seule pensée infiniment simple.
L'âme ne raisonnant plus, ne réfléchissant plus, ne s'occupe ni du passé, ni de l'avenir, mais uniquement du présent ; elle ne forme plus des projets d'aucune espèce ; mais elle se laisse gouverner de moment en moment, au-dedans par l'esprit de Dieu, au-dehors par la Providence. Il n'y a plus de malice dans ses actions ni dans ses discours, parce qu'elle ne fait rien et ne dit rien à dessein et avec une vue préméditée. Dépouillée de sa propre prudence, elle est revêtue de celle de Dieu, qui la fait toujours agir à propos, tant qu'elle est fidèle à ne pas consulter son propre esprit. La dépendance où Dieu la tient à cet égard est si grande, qu'elle ne laisse pas à cette âme un seul instant où elle puisse agir par ses propres lumières.
L'enfant n'a aucun déguisement. Dès qu'il est capable de dissimulation, il n'est plus enfant. Rien, de même, n'approche de la candeur de l'enfant spirituel. Il ne compose point son extérieur ; son recueillement n'a rien de contraint ; ses actions, ses discours, ses manières, tout est naturel en lui ; ce qu'il dit, il le pense ; ce qu'il offre, il veut le donner ; ce qu'il promet, il veut le tenir. Il ne cherche point à paraître autrement qu'il est, ni à cacher ses défauts ; il dit de lui le bien et le mal avec la même simplicité ; et il n'a point de réserve pour ceux à qui il doit s'ouvrir. L'enfant témoigne son amour avec naïveté ; tout en lui exprime les sentiments de son cœur ; il est d'autant plus touchant et plus persuasif qu'il n'a rien d'étudié. Il en est de même de l'enfant spirituel dans les démonstrations de son amour pour Dieu et de sa charité envers le prochain. Il va à Dieu simplement, sans préparation ; il lui dit sans formules et sans choix de paroles tout ce que son cœur lui suggère ; il ne connaît point d'autre méthode pour l'oraison que celle de se tenir auprès de Dieu, de le regarder, de l'écouter, de le posséder, de lui exprimer tous les sentiments que la grâce lui inspire, tantôt avec des paroles, et le plus souvent sans parler. Il aime le prochain sincèrement, cordialement, ne lui porte aucune espèce d'envie, ne le raille point, ne le critique point, ne le méprise point, ne le trompe jamais ; il ne le flatte pas non plus ; il perd l'usage de ces vains compliments qui ne partent point du cœur ; il ne prend de la politesse que ce que l'Évangile autorise, et il s'élève au-dessus par la charité et la cordialité. Il n'aime pas moins lorsqu'il reprend que lorsqu'il loue, lorsqu'il con damne que lorsqu'il approuve ; il fait du bien aux autres sans affectation, sans ostentation, en vue de Dieu, sans attendre de reconnaissance.
L'enfant est docile, obéissant ; il sent qu'il n'est pas fait pour faire sa volonté. La première chose aussi à quoi l'enfant spirituel renonce, est sa propre volonté qu'il soumet entièrement à celle de Dieu, et de tout ce qui lui représente Dieu. Il ne veut se gouverner en rien, mais pour sa conduite intérieure, il s'abandonne sans réserve à l'esprit de Dieu et au ministre à qui il a donné sa confiance ; et, pour sa conduite extérieure, il cède volontiers à tous ceux qui ont autorité sur lui. Dans les choses indifférentes, il aime mieux s'accommoder à la volonté d'autrui que d'amener les autres à la sienne. Enfin, il ne veut rien, parce que c'est sa volonté, mais parce que c'est celle de Dieu. Aussi est-il ferme et inébranlable en ce qu'il veut.
L'enfant ne se connaît pas lui-même, ne réfléchit pas sur lui-même ; il est incapable de s'étudier, de s'observer. Il se laisse tel qu'il est et va toujours devant lui. L'enfant spirituel n'est pas non plus curieux de se regarder ni de voir ce qui se passe en lui. Il prend ce que Dieu lui donne, et il est content d'être à chaque moment ce que Dieu veut qu'il soit. Il ne juge point de la bonté de ses oraisons, de ses communions et de ses autres exercices, par les sentiments passagers qu'il a éprouvés, mais il en laisse à Dieu le jugement ; et, pourvu que la disposition intime de son âme ne change point, il s'élève au-dessus de toutes les vicissitudes de la vie spirituelle. Il sait qu'elle a ses hivers, ses tempêtes et ses nuages ; c'est-à-dire ses sécheresses, ses dégoûts, ses ennuis intérieurs, ses tentations. Il passe avec courage par toutes ces épreuves, et il attend en paix le retour du beau temps. Il n'est point inquiet sur ses progrès ; il ne se retourne pas pour voir combien il a fait de chemin ; mais il suit, sans penser même qu'il marche, sa route, et il avance d'autant plus, qu'il ne regarde pas s'il avance. Par là il ne se trouble point, il ne se décourage point. S'il tombe, il s'en humilie, mais il se relève aussitôt et court avec une nouvelle ardeur.
L'enfant est faible, et il sent sa faiblesse ; c'est ce qui le rend si dépendant, si défiant de lui-même et si confiant en ceux qu'il sait s'intéresser à lui. L'enfant spirituel sent pareillement qu'il est la faiblesse même, qu'il ne peut pas se soutenir ni faire un seul pas sans broncher. Ainsi il ne s'appuie jamais sur lui-même ; il ne compte jamais sur lui-même ; il ne compte jamais sur ses forces, mais il met en Dieu toute sa confiance ; il se tient toujours près de lui ; il lui tend la main, afin d'en être soutenu et porté dans les mauvais pas qui se rencontrent. Il est donc infiniment éloigné de s'attribuer le bien qu'il fait et les victoires qu'il remporte, mais il rend gloire de tout à Dieu. Il ne se préfère point aux autres, mais il est intimement convaincu que, si Dieu l'abandonnait, il tomberait dans les plus grands crimes ; et que si les autres avaient les mêmes grâces, ils en profiteraient mieux que lui. Par la même raison, comme il se sent faible, il ne s'étonne pas de ses chutes ; son amour-propre n'en est pas dépité ; mais, dans l'impuissance de se relever, il avertit Dieu par ses cris et l'appelle à son secours. Le sentiment de sa faiblesse est le principe de son courage, parce que Dieu fait toute sa force, et, assuré de la protection de Dieu, il ne voit rien qui puisse l'intimider ni l'ébranler. De lui-même il n'entreprend rien, il ne s'expose à rien ; mais dès que Dieu parle, il entreprend tout, il s'expose à tout, et il est sûr de réussir, malgré tous les efforts des hommes et de l'enfer.
L'innocence, la paix, la joie pure sont le partage des enfants ; ils sont heureux sans penser qu'ils le sont ; ils n'ont aucun souci. Les parents, les nourrices, les gouvernantes pensent à tout pour eux. Ils sont dans un état continuel de jouissance, image bien faible de l'enfant spirituel. Ce bonheur, comme celui de l'enfant, n'est ni aperçu, ni réfléchi, mais il est réel ; on en jouit. Dieu le répand lui-même dans l'âme ; il pense à tout, il pourvoit à tout. Ce bonheur se maintient au milieu des plus grands orages de la vie spirituelle, et il est inaccessible à tous les accidents de la vie humaine. Ce n'est pas que l'enfance spirituelle rende insensible ; mais elle nous élève par l'abandon à la volonté de Dieu, à une paix imperturbable et au-dessus de tout sentiment. Personne ne peut juger de ceci que par l'expérience. Mais aussi l'expérience en est telle, que tout l'univers réuni ne pourrait persuader à une telle âme qu'elle est dans l'illusion.


PRIÈRE

Ah ! Seigneur, puis-je penser au bonheur dont jouissent dès ici-bas vos enfants, sans vous conjurer de toute mon âme de me mettre au nombre de ces enfants qui sont vos délices, de ces enfants qui sont vos vrais adorateurs, qui dépendent absolument de vous, qui accomplissent en tout votre adorable volonté ? Souffrez, ô mon Sauveur ! que je m'approche de vous en cette qualité ! Prenez-moi entre vos bras, imposez-moi les mains, bénissez-moi ; ôtez-moi pour toujours mon propre esprit et substituez-y l'instinct de votre grâce ; ôtez-moi ma propre volonté et ne me laissez que le désir unique de faire la vôtre. Donnez-moi cette belle, cette aimable, cette sublime simplicité, qui est le premier et le plus grand de vos dons. Adam a été créé dans cette simplicité. Il l'a perdue, et pour lui et pour moi, par son péché. J'ai mérité moi-même, par mes fautes innombrables, d'en être privé à jamais. Mais, Seigneur, vous pouvez me la rendre ; vous le désirez, et, si je n'y mets pas obstacle, j'espère que vous me la rendrez. Alors vous pourrez recevoir de moi le tribut de louanges qui n'est parfait que dans la bouche des enfants. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De la jalousie de Dieu, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

dimanche 23 août 2020

De la lumière divine

 


Il suffit de lire le psaume 118, pour y voir à chaque verset combien la lumière divine nous est nécessaire dans la conduite de la vie intérieure. Donnez-moi, dit David, l'entendement, afin que je comprenne vos commandements. Et encore : Donnez-moi l'entendement, et je vivrai.
Pour être bien pénétré de cette nécessité, il faut savoir, premièrement, que la raison humaine est étrangement obscurcie depuis le péché originel ; secondement, que la raison la plus éclairée ne suffit pas seule pour nous conduire dans les routes de la grâce, routes dont Dieu se réserve le secret. Comme son intention est que nous marchions toujours en esprit de foi, il ne nous éclaire qu'à mesure que nous avançons, et qu'autant qu'il est besoin. Il ne veut pas que nous voyions devant nous, ni même autour de nous ; mais il nous donne toujours assez de lumières, pour nous convaincre qu'il nous est impossible de nous égarer en le suivant, même au milieu des plus épaisses ténèbres.
La première chose donc que doit faire une âme qui veut être tout à fait à Dieu, est de renoncer à son propre esprit, à toutes les idées qu'elle pouvait avoir auparavant de la vertu et de la sainteté : persuadée que ces idées sont ou fausses ou très-imparfaites ; de ne point prétendre ni se conduire, ni se juger elle-même, ni s'établir juge de la manière dont on la conduit. Cette prétention aboutirait à la remplir de présomption et d'orgueil, à la retirer de l'obéissance, à l'égarer, et peut-être à la perdre : au lieu qu'il est impossible qu'une âme qui a renoncé à son propre esprit, qui écoute Dieu au dedans, et au dehors son directeur, à qui elle se soumet en tout ce qui n'est pas péché manifeste, coure aucun risque de tomber dans l'illusion. Dieu à qui elle se confie, est intéressé à ne jamais permettre rien de semblable ; et cela n'est jamais arrivé.
Ensuite elle doit demander humblement la lumière divine, priant Dieu à tout instant de l'éclairer ; n'entreprendre jamais rien de considérable sans le consulter, et sans prendre l'avis de celui que Dieu lui a donné pour guide. La lumière est d'ordinaire fort abondante au commencement. On la reçoit à l'oraison, à la communion ; l'on est surpris d'entendre les livres qui traitent des voies intérieures, et de voir clair dans des choses où l'on ne comprenait rien auparavant. Cette lumière est sûre et porte avec elle une évidence qui ne laisse aucun lieu au doute. On sent très-bien qu'elle est infuse, et qu'on ne la doit ni à sa pénétration naturelle, ni à son application et à ses efforts. De plus, elle est accompagnée d'une onction qui nourrit, qui élève, qui ravit l'âme, en même temps qu'elle l'éclaire. Comme cette lumière n'est pas le fruit de nos réflexions, il faut la recevoir passivement, sans se permettre de raisonner dessus, sans s'efforcer de la retenir et de la rappeler. Au moment qu'elle est donnée, elle fait son effet ; quand il sera besoin d'en faire usage, Dieu en renouvellera le souvenir, et il saura bien nous la remettre sous les yeux. Mais il ne veut pas qu'on se l'approprie, comme si c'était une science acquise, ni qu'on veuille l'avoir toujours à sa disposition. L'esprit de Dieu ne veut pas être gêné, ni demeurer dans la dépendance de la créature. Il faut donc le laisser aller et venir comme il lui plaît, et croire qu'il ne nous manquera jamais au besoin. On peut quelquefois écrire les lumières qu'on a reçues pour les communiquer au confesseur, quand elles roulent sur des objets particuliers ; mais les écrire pour s'en rafraîchir la mémoire, pour s'en aider même dans l'occasion, c'est ce qu'on ne doit pas faire, et ce qui marquerait une certaine défiance de Dieu. Cela peut avoir lieu lorsqu'on est extrêmement avancé, et que, par le conseil du directeur, on écrit plutôt pour l'avantage des autres, que pour le sien propre.
Il faut se donner de garde aussi, dans ces commencements où l'on est comme investi de lumières, d'en faire confidence à d'autres, sous prétexte de parler de Dieu, ou de s'en servir pour les conduire. C'est une tentation à laquelle il faut résister. Il faut une vocation spéciale de Dieu pour se mêler de diriger le prochain, lorsqu'on n'y est pas appelé par état. De plus, les lumières qui nous conviennent, pourraient ne pas convenir aux autres, parce que les voies sont différentes. Enfin, nous ne tarderions pas à nous épuiser, en nous communiquant ainsi au-dehors. Cela n'empêche pas cependant que, par des propos généraux, on ne puisse porter à Dieu les personnes en qui l'on voit des dispositions, selon les ouvertures qu'elles nous donnent.
L'usage de la lumière divine, tant pour soi que pour les autres, est extrêmement délicat, et suppose une grande mort à soi-même. Voilà pourquoi il ne faut pas s'ingérer d'abord à en faire le discernement, ni prendre pour des inspirations tout ce qui nous vient à l'esprit, sous l'apparence du bien. Satan, dit saint Paul, se transforme en ange de lumière ; il se mêle presque toujours dans les opérations divines, agissant sur l'imagination au moment où Dieu agit dans l'entendement et la volonté. On est donc fort exposé à se tromper sur tout ce qu'on appelle paroles intérieures, attrait, inspiration ; et il faut soumettre tout cela au jugement du confesseur, attendant sa décision pour en faire usage. Agir de son chef en ces rencontres, c'est tomber dans les pièges de l'ennemi.
Pour se disposer à la lumière divine, on doit, autant qu'il est possible, ne rien donner à l'imagination, ne point s'arrêter à son propre esprit, se défier extrêmement de ses réflexions et de son raisonnement. On ne saurait croire combien Dieu se communique peu aux personnes qui veulent toujours réfléchir, toujours raisonner. L'excellent usage de la raison dans les choses de Dieu, est de lui imposer silence devant lui, et de la tenir toujours dans un état d'anéantissement. C'est aux petits, aux enfants, aux simples, que Dieu se communique, loin d'avoir égard aux connaissances acquises, au profond savoir, aux lumières naturelles de l'esprit ; il veut qu'on mette tout cela à ses pieds dans le commerce qu'on a avec lui ; il veut qu'on renonce à tout ce qu'on peut avoir appris d'ailleurs, et qu'on reconnaisse humblement qu'on tient tout de lui. Tel était saint Augustin, le plus grand docteur de l'Église. Il consultait Dieu en tout avec une simplicité d'enfant. Tels ne sont pas bien des gens qui, avec un esprit très-inférieur au sien, s'établissent juges de la conduite de Dieu et de ses opérations dans les âmes. Ils ne veulent pas se persuader, d'après l'Évangile, que le premier pas qu'il faut faire pour comprendre les choses de Dieu, c'est de s'humilier, et d'avouer que de soi-même on est hors d'état d'y rien comprendre ; c'est de le prier, et de recourir à lui comme à la source des lumières.
S'il est vrai, comme le dit Isaïe, que les pensées de Dieu sont plus éloignées de celles des hommes, que les cieux ne le sont de la terre, comment pouvons-nous faire aucun fond sur nos lumières dans les choses spirituelles ? Comment notre esprit n'est-il pas continuellement abîmé devant Dieu ? Pourquoi n'ouvrons nous pas sans cesse, comme David, la bouche de notre cœur pour respirer et attirer en nous l'esprit de Dieu ? Qu'est-ce donc que l'adoration en esprit, sinon cet aveu pratique et continuel que Dieu seul est lumière et vérité, et que nous ne sommes que ténèbres et mensonge. C'est là, ce me semble, l'hommage de l'esprit ; c'est en même temps le moyen infaillible de ne jamais nous égarer.
Disons-lui donc : Donnez-moi l'entendement, afin que je comprenne vos commandements. Il m'est impossible de les bien pratiquer, si je ne les comprends, et je ne puis les comprendre si vous ne m'en donnez l'intelligence. Comment comprendrai-je ce que c'est que vous aimer de tout son esprit, de tout son cœur, de toute sa force ? Quel autre que vous, ô mon Dieu ! peut pénétrer toute l'étendue de ce précepte, et en communiquer l'intelligence à la créature ? Quel autre que vous encore peut me faire comprendre ce que c'est qu'aimer le prochain comme moi même ? Sais-je, puis-je savoir comment vous m'ordonnez de m'aimer moi-même ? Et si j'ignore comment je dois m'aimer, puis-je connaître quel est l'amour que je dois au prochain ? Toute votre loi cependant est renfermée dans ces deux préceptes. Il m'est donc évident, à moins que je ne veuille m'aveugler, que je n'entends rien à votre loi, que je n'y puis rien entendre, si vous ne m'éclairez.
Mais votre loi est la source de la vie, de la vraie vie, de la vie éternelle ; on ne parvient à cette vie, qu'en la pratiquant, et plus on la pratique parfaitement, plus on jouit de cette vie, qui n'est autre que la possession de vous-même. Donnez-moi donc l'intelligence, et je vivrai. Oui, donnez-moi de comprendre la nécessité de votre amour ; donnez-moi de comprendre comment, dans votre amour, est contenu l'amour que je me dois à moi-même, et celui que je dois au prochain. Donnez-moi cette lumière, et, secouru de votre grâce, je pratiquerai votre loi, je la pratiquerai dans sa plénitude, et je parviendrai à la plénitude de la vie. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Note : Les commençants, emplis du zèle de leur conversion, se donnent pour mission de convertir tout le monde (l'intention est très louable, bien que souvent mêlée d'amour-propre), mais la chute est souvent rude. Ils se répandent au-dehors dans une joie débordante, et s'épuisent par leurs tentatives infructueuses. Si vous êtes un nouveau converti, rentrez en vous-même, et ne faites aucune imprudence. Nous savons aussi d'expérience que le démon cherche toujours à contrer les inspirations divines, qu'il est capable même de vous murmurer des paroles de consolations, des pensées rassurantes, pour vous empêcher d'agir selon la volonté de Dieu. Prudence donc, gardez la prière et le recueillement pour discerner.


Reportez-vous à De l'enfance spirituelle, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















samedi 22 août 2020

Vérités fondamentales touchant la vie intérieure

 



Première vérité

Dieu n'a donné à l'homme la liberté qu'afin qu'il la lui consacre, et le meilleur usage que l'homme puisse en faire, est de la remettre entre les mains de Dieu, de renoncer à se gouverner soi-même, et de laisser Dieu disposer de toutes choses, parce que, dans les desseins de Dieu, tout ce qui nous arrive par l'arrangement de sa providence, a pour objet notre salut éternel. Saint Paul l'a dit : Tout tourne au bien de ceux qui aiment Dieu. Si je me gouverne moi-même en quoi que ce soit, premièrement, il est fort à craindre que je ne me gouverne mal ; secondement, je réponds des suites, et si elles sont mauvaises, je ne suis pas assuré de pouvoir y remédier. Si, au contraire, je me laisse gouverner par Dieu, je ne réponds plus de rien ; Dieu se charge de tout ; je suis assuré que je serai bien conduit, et qu'il ne m'en arrivera rien qui ne soit pour mon plus grand bien, car Dieu m'aime infiniment plus que je ne m'aime. Dieu est infiniment plus sage et plus éclairé que je ne le suis, et si je laisse Dieu maître absolu de moi, il est absolument impossible que rien empêche l'exécution de ses desseins de bonté et de miséricorde sur moi. Cette première vérité est de toute évidence.


Seconde vérité

La seconde vérité n'est pas moins certaine par expérience, savoir : que la source de la paix de l'homme est dans le don qu'il fait de soi-même à Dieu, et que si ce don est plein et entier, généreux, irrévocable, la paix dont il jouira sera imperturbable et s'augmentera, s'affermira d'un jour à l'autre, même par les événements les plus propres en apparence à l'altérer. L'unique bonheur de la vie, le seul que nous puissions nous procurer par le bon usage de notre liberté, est la paix du cœur. Il n'y en a point de paix pour les impies, dit Dieu dans l'Écriture. Celle des personnes dévotes qui ne sont pas pleinement abandonnées à Dieu, est bien faible, bien chancelante, bien troublée, soit par le scrupule de la conscience, soit par la terreur des jugements de Dieu, soit par les divers accidents de la vie ; quand est-ce donc qu'une paix intime, solide, inaltérable, prend racine dans une âme ? Du moment qu'elle se donne tout à fait à Dieu, elle entre dès cet instant dans un repos qui n'est autre que le repos de Dieu même, sur lequel elle s'appuie. Nous participons nécessairement à la nature des objets auxquels nous nous attachons. Si je m'unis à des choses qui sont dans un mouvement continuel, j'éprouve la même agitation ; si je m'attache à Dieu, qui seul est immuable, je participe à son immuabilité, et rien ne peut m'ébranler, tant que je ne m'en sépare pas.


Troisième vérité

Nous ne sommes capables par nous-mêmes, ni de grandes, ni de petites choses ; mais nous devons plutôt désirer les petites, laissant à Dieu, quand il le jugera à propos, de nous en faire faire des grandes.
Les petites choses se présentent tous les jours, à tous les instants ; les grandes s'offrent rarement. Les petites choses ne sont pas moins propres à nous sanctifier que les grandes, si même elles ne le sont davantage ; parce qu'elles nous entretiennent dans l'humilité et ne donnent point de prise à l'amour-propre. La fidélité aux petites choses, l'attention à plaire à Dieu jusque dans la moindre bagatelle, prouvent la délicatesse de l'amour. On peut faire les petites choses avec des dispositions si relevées, qu'elles soient plus agréables à Dieu que de grandes choses faite avec des dispositions moins parfaites. Jetons un coup d'œil sur le ménage de Nazareth, et nous en serons convaincus. Enfin, une chose est certaine par l'Écriture sainte, c'est que celui qui néglige et méprise les petites choses, sera aussi négligent dans les grandes. Aspirons donc à la pratique des petites choses, et de tout ce qui est propre à nourrir en nous l'esprit d'enfance et de simplicité.


Quatrième vérité

L'amour de Dieu n'a en nous qu'un seul ennemi, qui est l'amour-propre ; le démon n'est fort contre nous, et n'a de pouvoir sur nous que par l'amour-propre. Le respect humain, si redoutable pour tant d'âmes, est enfant de l'amour propre. Toute la conduite de Dieu dans les divers états de la vie spirituelle, a pour unique objet la destruction de l'amour-propre. Tous les obstacles que nous y rencontrons, toutes les peines intérieures que nous y éprouvons, ne viennent que de l'amour-propre. À mesure que l'amour-propre s'affaiblit, que nous renonçons à notre propre jugement, que notre volonté plie sous celle de Dieu qui est sa gloire et son plaisir, à mesure aussi les difficultés s'aplanissent, les combats cessent, les peines disparaissent, la paix et le calme s'établissent dans le cœur. L'amour-propre, d'abord plus grossier, devient plus spirituelle et plus délicat à proportion que nous avançons. Plus il est spirituel, plus il est profond et intime, plus il est difficile à déraciner, plus il nous en coûte de détresse et d'angoisse intérieures pour nous en délivrer.
Nous ne connaissons l'amour-propre qu'autant que la lumière divine nous le découvre, et Dieu ne nous le découvre que par degrés, à mesure qu'il le veut détruire ; ainsi l'amour-propre ne nous est connu que par les attaques que Dieu lui livre, et que nous lui livrons conjointement avec Dieu, et l'amour divin occupe successivement la place que quitte l'amour-propre, jusqu'à ce qu'enfin il l'ait chassé de l'intime de l'âme, et qu'il y règne seul sans concurrent. Quand une âme est à lui, elle est parfaitement purifiée ; elle peut encore souffrir, mais elle n'oppose plus de résistance, et elle jouit de la plus profonde paix dans la souffrance.
Suivons donc les divers états de la vie spirituelle. Voyons, en général, et sans aucun détail, comment Dieu poursuit l'amour-propre de place en place dans chacun de ces états.
L'amour-propre le plus grossier réside dans les sens, et s'attache aux choses sensibles. Dieu l'en chasse, en purifiant les sens par des douceurs et des consolations célestes, qui inspirent à l'âme du dégoût et du mépris pour tous les plaisirs de la terre.
L'amour-propre s'attache à ces consolations, à cette paix, à ce recueillement sensibles ; pour lui ôter cet appui, Dieu retire peu à peu le sensible en laissant à l'âme sa paix et sa tranquillité.
Ensuite, par diverses sortes d'épreuves, il trouble en apparence cette paix, sur laquelle l'amour-propre se rassurait. On commence à perdre terre, et à ne plus trouver de ressource en soi-même.
Aux épreuves qui viennent de Dieu, se joignent les tentations du démon. L'âme se trouve salie par des pensées contre la pureté, contre la foi, l'espérance et la charité ; alors elle ne compte plus sur sa force, sur sa vertu ; elle se croit souillée par le péché, et son guide a bien de la peine à lui persuader qu'elle ne consent pas aux suggestions du démon. Les tentations augmentent toujours, et la résistance, je ne dis pas réelle, mais sensible, en apparence, diminue toujours ; en sorte qu'à la fin l'âme s'imagine qu'elle y consent ; elle se voit couverte de péchés, et, pour cette raison, se croit rejetée de Dieu en réprouvée ; c'est ici que l'amour propre se désole, et qu'il a peine à servir Dieu pour lui-même sans aucune consolation.
Cet état dure jusqu'à ce que l'âme apprenne à ne plus se regarder elle-même. Alors, l'amour propre est banni du fond de l'âme.
Et lorsque l'âme est ainsi morte à elle-même, Dieu lui communique une nouvelle vie, qui tient plus du ciel que de la terre, et où elle possède Dieu avec une ferme confiance, je dirais presque assurance de ne le perdre jamais. Elle se sent intimement unie à lui dans son fond, dans ses facultés ; le corps même entre à sa manière en participation de cette union. Elle aime, elle est aimée ; plus de crainte, plus de trouble, plus de tentations ; les souffrances, si elle en éprouve encore, sont les aliments de son amour. Elle attend la mort en paix, et meurt dans l'acte d'amour le plus pur.


Cinquième vérité

Dans toute la suite de la sanctification d'une âme, l'action de Dieu va toujours en augmentant, celle de l'âme va toujours en diminuant ; en sorte que tout son soin est de réprimer sa propre activité, afin de ne mettre plus aucun obstacle à l'opération divine. L'âme devient donc toujours de plus en plus passive, et Dieu exerce toujours de plus en plus son domaine sur elle, jusqu'à ce que la volonté de la créature soit tout à fait transformée dans la volonté de Dieu.
Le grand point donc, lorsqu'on s'est une fois donné parfaitement, est de se laisser dépouiller de tout. Car Dieu prend tout ce qu'on lui donne, ne laissant pas même à l'âme son être propre ; j'entends son être moral, et l'amour intime d'elle-même ; mais Dieu ne prend tout que pour rendre tout, dans un état d'excellence et de perfection qui est au-dessus de tout ce qu'on peut dire et penser.


Sixième vérité

Expliquons, par une comparaison, tout ce qui se passe à l'égard de l'âme dans la voie intérieure. Un fils, poussé par son bon naturel, proteste à son père qu'il l'aime de tout son cœur, sans aucune vue d'intérêt. Le père témoigne d'abord par des caresses combien il est sensible à cet amour de son fils. Ensuite, pour éprouver la vérité de ses sentiments, il retire ses caresses, il le rebute peu à peu, il paraît dédaigner ses services, il n'a d'attention que pour ses autres enfants, et paraît négliger celui-là ; il exige tout de lui avec la dernière rigueur, et le punit sévèrement des moindres fautes. Non seulement il ne lui donne rien, mais il le dépouille de tout, et le laisse, pour ainsi dire, dans une entière nudité ; il fait naître les occasions de lui demander les plus grands sacrifices ; il va enfin jusqu'à lui laisser croire qu'il ne lui donnera aucune part à son héritage. Cependant il persévère jusqu'à la fin à donner à son père tous les témoignages d'amour qui sont en son pouvoir ; il ne s'épargne rien ; il ne se recherche en rien ; il n'envisage en tout que le bon plaisir de son père. Rebuté, dépouillé, maltraité, il aime son père avec une force, une générosité, un désintéressement à toute épreuve.
Que ne fera pas ce père pour un fils qui l'a tant aimé ? Ne lui donnera-t-il pas pendant sa vie et après sa mort tout ce qu'il peut lui donner sans faire de préjudice aux autres ?
L'amour qui compte, qui calcule, qui regarde à ses intérêts, qui ne veut aller, en un mot, que jusqu'à un certain point, n'est point le parfait amour ; pour être vraiment digne de Dieu, il faut qu'il ne connaisse point de mesure, qu'il s'élève au-dessus de la raison et de la prudence humaine, qu'il aille jusqu'à la folie et la folie de la croix. C'est ainsi que Jésus-Christ a aimé son Père, et qu'il nous a aimés.
Nous gagnerons dans l'éternité tout ce que nous aurons perdu pour Dieu dans le temps ; nous perdrons dans l'éternité tout ce que nous lui aurons refusé dans le temps.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De la lumière divine, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de Dieu, Soupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.















 

vendredi 21 août 2020

Abrégé de la vie de Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

 

La coopératrice de St. François de Sales, dans l'établissement de l'ordre de la Visitation, fut la bienheureuse mère de Chantal. Sainte fille, sainte femme, sainte veuve, sainte religieuse et conséquemment modèle singulièrement fait pour les personnes de son sexe : puisqu'elle leur présente les plus parfaits exemples, dans toutes les conditions où elles peuvent se trouver.
Elle naquit à Dijon le 23 Janvier 1572. Elle était fille de Benigne Fremiot, président à Mortier au parlement de Bourgogne et de Marguerite de Berbisey, dont la postérité se trouve encore aujourd'hui alliée aux premières maisons de France.
On peut dire qu'elle anticipa les leçons de St. François de Sales, en établissant l'édifice de sa sanctification, précisément sur les principes de ce St. Évêque dont elle devait être un jour la fille chérie. Avec une solidité d'esprit et un jugement rare, on vit en elle, dès sa plus tendre jeunesse, l'attachement le plus parfait à tous les devoirs de son état, une innocence admirable et un zèle pour la Foi Catholique, qui dès l'enfance lui fit détester les hérétiques, et refuser ensuite absolument un mariage avantageux qu'on lui offrait avec un gentilhomme Calviniste.
Mariée au baron de Chantal, aîné de la maison de Rabutin, elle devint le modèle des épouses, comme elle l'avait été des filles de qualité. Elle régla sa maison de la manière la plus chrétienne, mérita et conserva toute la tendresse de son époux, par sa sagesse et sa complaisance ; devint la mère des pauvres, la ressource de tous les affligés, et le château de Bourbilli, où elle faisait sa résidence, présenta le modèle le plus parfait d'une maison chrétienne. Mais Dieu avait d'autres vues sur elle. Jaloux d'un pareil cœur, il n'y put souffrir de partage. Le baron de Chantal fut tué à la chasse par son meilleur ami, qui, trompé par la couleur de son habit, le prit pour une bête fauve. Il fut rapporté à son château blessé à mort, et son épouse qui, malgré sa vive douleur, lui servit de garde, de médecin et de directeur, eut la consolation de le voir mourir dans les sentiments les plus chrétiens.
Demeurée veuve à l'âge de 28 ans, elle tourna plus que jamais son cœur du côté de Dieu. Pour marquer le  pardon sincère qu'elle accordait à celui qui avait tué son mari, elle consentit à présenter au Baptême un de ses enfants. Elle distribua tous ses habits aux pauvres, fit vœu de ne jamais porter que de la laine, et renonça pour jamais à tout autre époux que Jésus-Christ. Elle congédia une partie de ses domestiques, après les avoir récompensés ; se réduisit à un train modeste, et se livra toute entière à la prière, au travail, au soulagement des pauvres, à la visite des malades, même les plus dégoutants, mais surtout à l'éducation de ses enfants. C'est ainsi qu'elle exprima en elle l'idée de la sainte veuve telle que l'a tracée Saint Paul ; c'est ainsi qu'elle se préparait à l'exécution des desseins de Dieu sur elle, lorsque la Providence lui procura l'occasion d'entendre St. François de Sales qui vint en 1604 prêcher le carême à Dijon. Elle reconnut sur le champ que c'était là cet homme chéri du Ciel que Dieu lui avait montré quelque temps auparavant, dans une vision, et qui  devait être son guide dans la vie spirituelle. Le serviteur de Dieu, de son côté, la remarqua, et se souvint d'une vision qu'il avait eue lui-même, et qui la lui fit reconnaître Madame de Chantal eut avec lui quelques entretiens ; et depuis cette époque, elle ne se conduisit plus que par ses avis quelque sainte qu'eut été sa vie jusqu'alors, il est incroyable quels nouveaux et rapides progrès elle fit sous un pareil guide. Ce ne fut néanmoins qu'au bout de deux ans que le Saint Évêque s'ouvrit à elle sur son grand projet de l'établissement de l'ordre de la Visitation. Il trouvait en elle une personne capable de tout, et disposée à tout ; mais il fallut encore quatre ans pour aplanir les innombrables difficultés qui s'opposaient d'ailleurs à ce dessein. Enfin, tout étant réglé, en 1610, elle s'arracha aux regrets de sa famille, et aux larmes des pauvres qui la réclamaient comme leur mère. Elle eut le courage de passer sur le corps de son fils qui, n'ayant pu l'arrêter par ses larmes, s'était couché au travers de la porte par où elle devait sortir, et elle se rendit à Annecy, où le 6 Juin elle reçut à la tête de quelques compagnes, l'habit de la Visitation que leur donna St. François de Sales. Elle répondit parfaitement à l'idée que le St. Prélat en avait conçue. Pleine de son esprit, elle joignit à une sainteté rare le talent plus rare encore de former des sujets et de les former rapidement. Sa réputation fit désirer partout le nouvel institut, et elle eut assez de courage pour le porter de tous côtés. 87 monastères furent le fruit de son zèle et de 30 ans de course que n'interrompirent jamais ses infirmités. Génie vaste, elle sut fournir à tout, sans se laisser accabler par la multitude des affaires. Son cœur fut supérieur à toutes les traverses ; et les événements les plus fâcheux ne furent jamais capables de la rebuter. Enfin on vit en elle une personne dont la vie fut, pour toutes ses filles, un modèle vivant de toute la perfection de leur état.
Après la mort de St. François de Sales, elle travailla avec tant d'ardeur à tout ce qui pouvait accélérer sa béatification, que c'est à elle qu'on en est principalement redevable. On lui doit aussi l'impression de plusieurs de ses ouvrages qu'elle recueillit avec un soin infini. Les 19 années qu'elle survécût au St. Prélat furent employées à cimenter, avec mille travaux, l'établissement de son ordre, et ce fut dans un de ces voyages que le zèle lui faisait entreprendre, que Dieu l'appela à lui, à Moulins en Bourbonnois. Elle y mourut comme elle devait mourir, c'est-à-dire, en Sainte. On vit en elle, dans ce moment décisif, ce qu'on y avait toujours vu et ce qui la caractérisait, toute la force d'une âme supérieure réunie à la plus tendre piété. Sa mort arriva le vendredi 13 Décembre 1641.
La princesse des Ursins, veuve de l'infortuné duc de Monmoranci, qui s'était retirée au monastère de la Visitation de Moulins dans le dessein de s'y consacrer à Dieu, fit conduire à Annecy le corps de la mère de Chantal pour le placer, comme il l'est encore, à côté de celui de St. François de Sales. La mort qui réunissait ces deux grandes âmes ne devait pas séparer leurs corps. Les religieuses de Moulins, soutenues du crédit de l'Évêque d'Autun, obtinrent seulement que le cœur de leur Ste. mère leur restât. La sainteté de sa vie et le nombre de ses miracles ont donné lieu à Benoît XIV de procéder l'an 1751 à sa béatification, et Clément XIII, l'an 1767, l'a solennellement canonisée.


(Extrait des Exercices spirituels selon l'Esprit de Saint François de Sales, Pour les Pensionnaires de son Ordre de la Visitation Sainte Marie)



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Neuvaine au Saint Curé d'Ars pour notre Temps

 

Un peu essoufflés de ne trouver chaque année que des neuvaines modernistes ou peu édifiantes, en l'honneur du Saint Curé d'Ars, nous désirions composer une neuvaine où seraient exprimés les besoins de notre âme pour notre temps. C'est chose faite, et nous la publions aujourd'hui afin que nous ne soyons pas les seuls à en profiter. Nous avons choisi pour cela un enseignement du Saint Curé d'Ars pour chaque jour de la neuvaine, puis avons rédigé (nous vous remercions de votre indulgence) une prière que vous trouverez après chacune des lectures spirituelles proposées, et avons repris l'oraison de la Fête du Saint, dans un Missel de 1957 (à dire chaque jour de la neuvaine). Si par bonheur, vous trouvez une neuvaine officielle, éditée avant l'année 1958, nous vous remercions, ou plutôt, nous vous supplions de bien vouloir la partager sur internet, afin que tous en profitent, et nous aussi...

 

 

1er Jour : Sur les Saints

M. Vianney parlait souvent des saints ; il n'en parlait qu'avec des larmes. À entendre ses récits pleins de drame, de menus détails et de poésie touchante, on était tenté de croire qu'il avait connu ces bons saints, qu'il avait vécu avec eux dans la plus étroite intimité. Il savait d'eux des choses complètement inédites et qu'on croyait entendre pour la première fois. Dans la vie des serviteurs de Dieu, le côté légendaire était celui qui séduisait le plus son cœur. Il avait ce courage de la foi qui ne recule devant rien de ce qui peut renverser l'orgueil de la raison humaine et scandaliser les impies. « Le soleil, disait-il, ne se cache pas, de peur d'incommoder les oiseaux de nuit. » Il se séparait entièrement de cette école hagiographique des Baillet, des Tillemont et autres, qu'on a appelés des dénicheurs de saints, et qui mettaient une gloire étrange à limiter la puissance de Dieu, en écartant le surnaturel de presque toutes les vies où il leur arrivait de le rencontrer ; comme si la sainteté elle-même n'était pas la résultante de toutes les forces surnaturelles mises en action ! Pour lui, cette puissance adorable, qui se joue dans l'univers et qui est si souvent en Dieu au service de la bonté, ne brillait jamais d'un assez vif éclat. Ce qu'il y avait de plus prodigieux et de plus contraire au cours ordinaire des choses, était ce qui le ravissait le plus.
« Voyez, ajoutait en pleurant le bon Curé, voyez jusqu'où Dieu est bon à ceux qui l'aiment ! Il fait des miracles pour rien, quand c'est un de ses amis qui les lui demande. L'homme commande en maître au bon Dieu quand il a un cœur pur. Saint François de Paule apprit un jour qu'on voulait faire mourir ses parents, parce qu'on avait trouvé un homme assassiné dans leur jardin et qu'on les accusait de l'avoir tué. Alors il dit : “Seigneur, faites donc que je me trouve près d'eux demain !” La nuit, un ange le transporta à quatre cents lieues, dans le pays où ils étaient. Le lendemain il dit devant tout le monde : “Faites apporter cet homme qui a été tué.” On l'apporte. Il dit alors : “Je te commande, au nom de Dieu, de déclarer si ce sont mes parents qui t'ont donné la mort ?” Voilà mon homme qui se lève et qui s'écrie devant tout le monde : “Non, ce ne sont pas tes parents.” Alors le saint dit encore au Seigneur : “Faites-moi emporter dans mon monastère ?” Pendant la nuit, l'ange le reprit et l'emporta ; il fit ainsi huit cents lieues. Le bon Dieu ne peut rien refuser à un cœur pur.
Saint Vincent Ferrier faisait tant de miracles, que son supérieur, craignant qu'il n'y rencontrât un piège pour son humilité, lui défendit d'exercer sans permission le pouvoir qu'il avait reçu de Dieu. Un jour qu'il était en adoration devant Notre-Seigneur, un ouvrier qui travaillait à la réparation de l'église, tomba du haut d'un échafaud. Le bon saint lui cria : “Arrêtez ! arrêtez ! Je n'ai pas le pouvoir de vous ressusciter.” Puis il alla en toute hâte demander la permission dont il avait besoin à son supérieur, qui ouvrit de grands yeux et ne comprit rien à la chose, étant persuadé que, dans tous les cas, la permission arriverait trop tard. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque, ayant suivi saint Vincent sur le lieu de l'accident, il vit suspendu en l'air le malheureux maçon qu'il s'attendait à trouver gisant sur le pavé ! “Allez, dit-il au saint ; faites donc tout ce que vous voudrez. Aussi bien, il n'y a pas moyen de vous en empêcher.” » (Esprit du Saint Curé d'Ars)

Prière

Ô Saint Curé d'Ars, obtenez-nous ce courage de la foi dont vous nous avez donné l'exemple ici-bas, et par lequel vous avez ravi tant d'âmes. Apprenez-nous, de votre céleste demeure, à aimer nos frères les saints, et à les faire aimer. Rappelez-nous quelle est cette vie surnaturelle que nous devons embrasser, et intercédez pour nous, afin que nous soyons de ces âmes à qui le bon Dieu ne peut rien refuser. Ainsi soit-il.


2e Jour : Sur l'abnégation

M. Vianney était convaincu, comme le furent tous les saints, que l'unique trésor du cœur est le détachement ; que sacrifier n'est pas détruire, mais vivifier, que c'est supprimer l'obstacle, et rompre les chaînes qui empêchent la liberté de l'âme en l'attachant aux choses finies.
C'est pourquoi il a toujours beaucoup insisté sur la mort à soi-même et le renoncement à sa volonté.
« Nous n'avons en propre, disait-il, que notre volonté ; c'est la seule chose que nous puissions tirer de notre fond pour en faire hommage au bon Dieu. Aussi assure-t-on qu'un seul acte de renoncement à la volonté lui est plus agréable que trente jours de jeûne. »
« Toutes les fois que nous pouvons renoncer à notre volonté pour faire celle des autres, lorsqu'elle n'est pas contre la loi de Dieu, nous acquérons de grands mérites, qui ne sont connus que de Dieu seul. Qu'est-ce qui rend la vie religieuse si méritoire ? C'est ce renoncement de chaque instant à la volonté, cette mort continuelle à ce qu'il y a de plus vivant en nous. Tenez, j'ai souvent pensé que la vie d'une pauvre domestique, qui n'a de volonté que celle de ses maîtres, si elle sait mettre à profit ce renoncement, peut être aussi agréable à Dieu que celle d'une religieuse qui est toujours en face de la règle. »
« Dans le monde même, à toute heure, on trouve à renoncer à sa volonté : on se prive d'une visite qui fait plaisir, on remplit une œuvre de charité qui ennuie, on se couche deux minutes plus tard, on se lève deux minutes plus tôt ; lorsque deux choses se présentent à faire, on donne la préférence à celle qui nous plaît le moins. »
« J'ai connu de belles âmes dans le monde qui n'avaient point de volonté, qui étaient tout à fait mortes à elles-mêmes. C'est là ce qui fait les Saints. Voyez ce bon petit saint Maur, qui était si puissant auprès du bon Dieu et si cher à son supérieur par sa simplicité et son obéissance. Les autres religieux en étaient jaloux ; le supérieur leur dit : "Je vais vous montrer pourquoi j'estime tant ce cher petit frère..." Il fit le tour des cellules : tous avaient quelque chose à terminer avant d'ouvrir ; il n'y eut que saint Maur, qui était à copier l'Écriture sainte, qui laissa sur-le-champ son travail pour répondre à l'appel de saint Benoît. »
« Il n'y a que le premier pas qui coûte dans cette voie de l'abnégation. Quand une fois on y est entré, ça va tout seul, et quand on a cette vertu, on a tout. » (Esprit du Saint Curé d'Ars)

Prière

Ô Saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, apprenez-nous à vivifier notre âme par le détachement et l'abnégation. Aidez-nous, par votre précieuse intercession, à renoncer à notre volonté propre, pour embrasser la vraie liberté des enfants de Dieu. Ainsi soit-il.


3e Jour : Sur la tentation

Notre divin Sauveur, ayant été notre modèle en tout, a voulu l'être aussi dans la tentation. C'est pour cela qu'il s'est laissé conduire au désert.
Comme le bon soldat n'a pas peur du combat, de même le bon chrétien ne doit pas avoir peur de la tentation. Tous les soldats sont bons en garnison : c'est sur le champ de bataille que l'on fait la différence des courageux et des lâches.
La plus grande des tentations est de n'en point avoir. On peut presque dire qu'on est heureux d'avoir des tentations : c'est le moment de la récolte spirituelle où nous amassons pour le ciel. C'est comme au temps de la moisson, on se lève de grand matin, on se donne beaucoup de peine ; mais on ne se plaint pas, parce qu'on ramasse.
Le démon ne tente que les âmes qui veulent sortir du péché et celles qui sont en état de grâce. Les autres sont à lui, il n'a pas besoin de les tenter.
Un saint, passant un jour devant un couvent, vit une quantité de démons qui tourmentaient les religieux sans venir à bout de les séduire. Il passa ensuite devant une ville et en vit un seul assis, qui se croisait les bras et faisait marcher toute la population. Alors le saint lui demanda comment il était seul pour une grande ville, pendant qu'ils étaient un si grand nombre pour tourmenter une poignée de religieux. Le démon lui répondit qu'il suffisait bien pour la ville, parce que ceux qui étaient enclins à la haine, à l'impureté, à l'ivrognerie, il les prenait par là, et c'était d'abord fait ; tandis qu'avec les religieux, c'était plus difficile. L'armée de démons occupés à les tenter y perdaient leur temps et leur peine ; ils n'en pouvaient rien tirer. Aussi attendaient-ils qu'il en vînt d'autres qui s'ennuyassent de l'austérité de la règle.
Dans un monastère, un des frères vit pendant le saint sacrifice, des démons qui rôdaient autour de ces bons religieux. Il en vit un surtout qui piétinait sur la tête d'un moine, et un autre qui avançait et reculait tour à tour. Après la messe, ce frère demanda aux deux religieux ce qui les avait occupés pendant l'office. Le premier dit qu'il avait pensé à un plancher qu'il voulait faire dans le couvent, et le second, que le démon était venu l'attaquer, mais qu'il avait toujours tâché de le repousser. C'est ce que font tous les bons chrétiens. Aussi la tentation est pour eux une source de mérites.
Les tentations les plus ordinaires sont l'orgueil et l'impureté. Un des moyens par lesquels on y résiste le mieux est une vie active pour la gloire de Dieu. Bien des gens se livrent à la mollesse et à l'oisiveté : dès lors il n'est pas étonnant que le démon leur ait le pied dessus.
Un religieux se plaignait à son supérieur d'être violemment tenté. Le supérieur ordonna au jardinier et au cuisinier de l'appeler à tout moment ; quelque temps après, il lui demanda comment il allait : « Ah ! mon Père, lui dit-il, je n'ai plus le temps d'être tenté. »
Si nous étions bien pénétrés de la sainte présence de Dieu, il nous serait très-facile de résister à l'ennemi. Avec cette pensée : Dieu te voit ! nous ne pécherions jamais.
Il y avait une fois une bonne sainte, — je crois bien que c'est sainte Thérèse, — qui se plaignait à Notre-Seigneur après la tentation, et lui disait : « Où étiez-vous donc, mon Jésus tout aimable, pendant cette horrible tempête ? » Notre-Seigneur lui répondit : « J'étais au milieu de ton cœur, qui prenais plaisir à te voir combattre. »
Au moment de la tentation, il faut renouveler fermement les promesses de son baptême... Tenez, écoutez bien ça. Lorsque vous êtes tentés, offrez au bon Dieu le mérite de cette tentation pour obtenir la vertu opposée. Si vous êtes tentés d'orgueil, offrez la tentation pour obtenir l'humilité ; de pensées déshonnêtes, pour obtenir la pureté ; si c'est contre votre prochain, la charité. Offrez aussi la tentation pour demander la conversion des pécheurs : ça dépite le démon et le fait fuir, parce que la tentation se tourne contre lui. Allez ! après cela il vous laissera bien tranquilles.
Un chrétien doit toujours être prêt au combat. Comme en temps de guerre il y a toujours des sentinelles placées çà et là, pour voir si l'ennemi approche ; de même, nous devons toujours être sur nos gardes, pour voir si l'ennemi ne nous tend pas des pièges, et s'il ne vient pas nous surprendre...
De deux choses l'une : ou un chrétien domine ses penchants, ou ses penchants le dominent ; il n'y a pas de milieu. C'est comme deux hommes qui se prennent au collet à qui sera le plus fort et terrassera l'autre.
Il y en a presque toujours un qui finit par mettre l'autre à bas, et quand il le tient par terre, le pied sur la gorge, il s'en embarrasse bien ! Il est le maître. De même, avec nos penchants la lutte est rarement égale : ou nos penchants nous mènent, ou nous menons nos penchants.
Mes frères, que c'est triste de se laisser mener par ses penchants ! Un chrétien est noble ; il doit comme un grand seigneur commander à ses vassaux. Nos vassaux sont nos penchants. On demandait à un berger qui il était. Il répondit « qu'il était roi. — Sur qui régnez-vous ? — Sur mes sujets ? — Et quels sont vos sujets ? — Mes penchants. » Ce berger avait bien raison de dire qu'il était roi.
Nous sommes en ce monde comme un vaisseau sur la mer. Qu'est-ce qui produit les vagues ? C'est l'orage. En ce monde le vent souffle toujours. Les passions soulèvent la tempête dans notre âme : ce sont ces combats qui nous mériteront le ciel.
Il ne faut pas croire qu'il y ait quelque lieu sur la terre où nous puissions échapper à cette guerre. Nous trouverons le démon partout ; et partout il cherchera à nous ravir le ciel. Mais partout et toujours nous pouvons être vainqueurs. Ce n'est pas comme dans les autres combats. Entre deux partis il y a toujours un vaincu : là, si nous voulons, avec la grâce de Dieu, qui ne nous est jamais refusée, nous pouvons toujours triompher.
Lorsque nous croyons que tout est perdu, nous n'avons qu'à crier : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Car Notre-Seigneur est là, tout à côté de nous, qui nous regarde avec complaisance, nous sourit et nous dit : « Vraiment tu m'aimes ; je reconnais que tu m'aimes. » En effet, c'est dans les combats contre l'enfer, et dans la résistance aux tentations, que nous prouvons à Dieu notre amour.
Qu'il y a d'âmes inconnues dans le monde qu'on verra riches un jour de toutes ces victoires de chaque instant ! C'est à ces âmes que le bon Dieu dira : Venez, les bénis de mon Père... entrez dans la joie de votre Maître...
Notre ange gardien est toujours là, à côté de nous, la plume à la main, pour écrire nos victoires. Il faut nous dire, tous les matins : « Allons, mon âme, travaillons à acquérir le ciel. Ce soir nos combats seront finis. » Le soir : « Demain, mon âme, toutes les peines de la vie seront peut-être passées pour toi... »
Nous n'avons pas encore souffert comme les martyrs. Demandez-leur s'ils sont fâchés maintenant... Le bon Dieu ne nous en demande pas tant... Il y en a qu'un seul mot renverse. Une petite humiliation fait chavirer la barque... Courage ! mes frères, courage ! Quand viendra le dernier jour, vous direz : « Heureux combats qui m'ont valu le ciel ! » (Extrait de l'Homélie sur l'Évangile du premier dimanche de Carême)

Prière

Ô Saint Curé d'Ars, Vainqueur du Grappin, nous vous en supplions, obtenez du bon Dieu, que nous ne nous perdions pas dans de faux combats, mais que nous travaillions à acquérir le ciel et triomphions du monde, du démon et de la chair. Soutenez-nous dans le combat contre l'enfer et contre nous-mêmes, afin que nous ne succombions pas à la tentation. Guidez-nous pour que nous résistions aux ténèbres du paganisme, de la superstition, et des pratiques occultes qui envahissent le monde et le cœur des Chrétiens. Intercédez pour nous, Saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, afin que, malgré les tentatives de Satan pour effacer de la terre le nom de Dieu et de son Christ, nous restions fermes dans la foi et fidèles à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il.


4e Jour : Sur le Saint-Esprit

Oh ! que c'est beau, mes enfants ! Le Père est notre Créateur, le Fils est notre Rédempteur, et le Saint-Esprit notre Conducteur...
L'homme n'est rien par lui-même, mais il est beaucoup avec l'Esprit-Saint. L'homme est tout terrestre et tout animal ; il n'y a que l'Esprit-Saint qui puisse élever son âme et le porter en haut. Pourquoi les saints étaient-ils si détachés de la terre ? Parce qu'ils se laissaient conduire par le Saint-Esprit. Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d'ignorants qui en savent plus long que les savants. Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut pas se tromper.
L'Esprit-Saint est une lumière et une force. C'est lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal. Comme ces lunettes qui grossissent les objets, le Saint-Esprit nous fait voir le bien et le mal en grand. Avec le Saint-Esprit, on voit tout en grand : on voit la grandeur des moindres actions faites pour Dieu, et la grandeur des moindres fautes. Comme un horloger avec ses lunettes distingue les plus petits rouages d'une montre, avec les lumières du Saint-Esprit, nous distinguons tous les détails de notre pauvre vie. Alors les moindres imperfections paraissent très-grosses ; les moindres péchés font horreur. C'est pourquoi la très-sainte Vierge n'a jamais péché. L'Esprit-Saint lui faisait comprendre la laideur du mal. Elle frémissait d'épouvante à la moindre faute.
Ceux qui ont l'Esprit-Saint ne peuvent pas se sentir, tellement ils connaissent leur pauvre misère. Les orgueilleux sont ceux qui n'ont point l'Esprit-Saint.
Les gens du monde n'ont pas l'Esprit-Saint, ou, s'ils l'ont, ils ne l'ont qu'en passant ; il ne s'arrête pas chez eux ; le bruit du monde le fait partir. Un chrétien qui est conduit par l'Esprit-Saint n'a pas de peine à laisser les biens de ce monde pour courir après les biens du ciel. Il sait faire la différence. L'œil du monde ne voit pas plus loin que la vie, comme le mien ne voit pas plus loin que ce mur, quand la porte de l'église est fermée. L'œil du chrétien voit jusqu'au font de l'éternité. Pour l'homme qui se laisse conduire par l'Esprit-Saint, il semble qu'il n'y a point de monde ; pour le monde, il semble qu'il n'y a point de Dieu... Il s'agit donc de savoir qui nous conduit. Si ce n'est pas le Saint-Esprit, nous avons beau faire, il n'y a point de substance ni de saveur dans tout ce que nous faisons. Si c'est le Saint-Esprit, il y a une douceur moelleuse... c'est à mourir de plaisir !
Ceux qui se laissent conduire par le Saint-Esprit éprouvent toute sorte de bonheur au-dedans d'eux-mêmes tandis que les mauvais chrétiens se roulent sur les épines et les cailloux.
Une âme qui a le Saint-Esprit ne s'ennuie jamais en la présence de Dieu : il sort de son cœur une transpiration d'amour.
Sans le Saint-Esprit nous sommes comme une pierre du chemin... Prenez dans une main une éponge imbibée d'au, et dans l'autre un petit caillou ; pressez-les également. Il ne sortira rien du caillou, et de l'éponge vous ferez sortir de l'eau en abondance. L'éponge, c'est l'âme remplie du Saint-Esprit, et le caillou, c'est le cœur froid et dur où le Saint-Esprit n'habite pas.
Une âme qui possède le Saint-Esprit goûte une saveur dans la prière qui fait qu'elle trouve le temps toujours trop court : elle ne perd jamais la sainte présence de Dieu. Son cœur, devant notre bon Sauveur, au saint sacrement de l'autel, est un raisin sous le pressoir.
C'est le Saint-Esprit qui forme les pensées dans le cœur des justes et qui engendre les paroles... Ceux qui ont le Saint-Esprit ne produisent rien de mauvais : tous les fruits du Saint-Esprit sont bons.
Sans le Saint-Esprit tout est froid : aussi lorsqu'on sent que la ferveur se perd, il faut vite faire une neuvaine au Saint-Esprit pour demander la foi et l'amour... Voyez, lorsqu'on a fait une retraite ou un jubilé, on est plein de bons désirs : ces bons désirs sont le souffle de l'Esprit-Saint qui a passé sur notre âme et qui a tout renouvelé, comme ce vent chaud qui fond la glace et qui ramène le printemps... Vous qui n'êtes pas cependant de grands saints, vous avez bien des moments où vous goûtez les douceurs de la prière et de la présence de Dieu : ce sont des visites du Saint-Esprit. Quand on a le Saint-Esprit, le cœur se dilate, se baigne dans l'amour divin. Le poisson ne se plaint jamais d'avoir trop d'eau : de même le bon chrétien ne se plaint jamais d'être trop longtemps avec le bon Dieu. Il y en a qui trouvent la religion ennuyeuse, c'est qu'ils n'ont pas le Saint-Esprit.
Si l'on disait aux damnés : Pourquoi êtes-vous en enfer ? ils répondraient : Pour avoir résisté au Saint-Esprit. Et si l'on disait aux saints : Pourquoi êtes-vous au ciel ? ils répondraient : Pour avoir écouté le Saint-Esprit... Quand il nous vient de bonnes pensées, c'est le Saint-Esprit qui nous visite.
Le Saint-Esprit est une force. C'est le Saint-Esprit qui soutenait saint Siméon sur sa colonne ; c'est lui qui soutenait les martyrs. Sans le Saint-Esprit, les martyrs seraient tombés comme la feuille des arbres. Quand on allumait contre eux les bûchers, le Saint-Esprit éteignait la chaleur du feu par la chaleur de l'amour divin.
Le bon Dieu, en nous envoyant le Saint-Esprit, a fait à notre égard comme un grand roi qui chargerait son ministre de conduire un des ses sujets, disant : « Vous accompagnerez cet homme partout, et vous me le ramènerez sain et sauf. » Que c'est beau, mes enfants, d'être accompagné par le Saint-Esprit ! C'est un bon guide que celui-là... Et dire qu'il y en a qui ne veulent pas le suivre !...
Le Saint-Esprit est comme un homme qui aurait une voiture avec un bon cheval, et qui voudrait nous mener à Paris. Nous n'aurions qu'à dire oui, et à monter dedans... C'est bien une belle affaire que de dire oui !... Eh bien ! le Saint-Esprit veut nous mener au ciel ; nous n'avons qu'à dire oui, et à nous laisser conduire.
Le Saint-Esprit est comme un jardinier qui travaille notre âme... Le Saint-Esprit est notre domestique...
Voilà un fusil : bon ! Vous le chargez... mais il faut quelqu'un pour y mettre le feu et pour le faire partir... De même, il y a en nous de quoi faire le bien... C'est le Saint-Esprit qui met le feu, et les bonnes œuvres partent.
Le Saint-Esprit repose dans les âmes justes comme la colombe dans son nid. Il couve les bons désirs dans une âme pure, comme la colombe couve ses petits.
L'Esprit-Saint nous conduit comme une mère conduit son enfant de deux ans par la main... comme une personne qui y voit conduit un aveugle.
Les sacrements que Notre-Seigneur a institués ne nous auraient pas sauvés sans le Saint-Esprit. La mort même de Notre-Seigneur nous aurait été inutile sans lui. C'est pourquoi Notre-Seigneur a dit à ses apôtres : « Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en allais pas, le Consolateur ne viendrait pas... » Il fallait que la descente du Saint-Esprit vint faire fructifier cette moisson de grâces. C'est comme pour un grain de blé ; vous le jetez en terre : bon ! mais il faut le soleil et la pluie pour le faire lever et monter en épi.
Il faudrait dire chaque matin : « Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit qui me fasse connaître ce que je suis et ce que vous êtes (Noverim te, noverim me ! Que je vous connaisse et que je me connaisse ! disait saint Augustin). »

Prière

Ô Saint Jean-Marie Vianney, obtenez-nous de notre Père des Cieux, nous vous en prions, qu'il nous accorde la docilité aux inspirations du Saint-Esprit, afin qu'à l'écoute de ses enseignements, notre âme fleurisse chaque jour davantage pour l'amour de Dieu et notre salut éternel. Faites par votre sainte intercession que nous fassions fructifier les grâces de l'Esprit divin et transpirions de l'amour de Dieu ; c'est alors que l'on pourra dire de nous : celui-là est guidé par le Saint Esprit. Apprenez-nous, Saint Curé d'Ars, à nous laisser conduire, à votre exemple, par l'Esprit de Dieu, plus encore en ces temps d'apostasie, de schismes, et d'hérésies, afin que nous sachions distinguer le vrai du faux et le bien du mal, et que nous sortions enfin de l'aveuglement de notre orgueil. Ainsi soit-il.


5e Jour : Sur la communion spirituelle

Il y en a qui font tous les jours la communion spirituelle avec du pain bénit. Si nous sommes privés de la communion sacramentelle, remplaçons-la, autant qu'il se peut, par la communion spirituelle que nous pouvons faire à chaque instant ; car nous devons toujours être dans un désir brûlant de recevoir le bon Dieu. La communion fait à l'âme comme un coup de soufflet à un feu qui commence à s'éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise : on souffle, et le foyer se rallume. Après la réception des sacrements, lorsque nous sentons l'amour de Dieu se ralentir, vite la communion spirituelle !... Lorsque nous ne pouvons venir à l'église, tournons-nous du côté du tabernacle ; le bon Dieu n'a pas de mur qui l'arrête ; disons cinq Pater, cinq Ave, pour faire la communion spirituelle... Nous ne pouvons recevoir le bon Dieu qu'une fois le jour ; une âme embrasée d'amour supplée à cela par le désir de le recevoir à chaque instant.
Ô homme, que tu es grand !... nourri et abreuvé du corps et du sang d'un Dieu ! oh ! quelle douce vie que cette vie d'union avec le bon Dieu ! C'est le ciel sur la terre : il n'y a plus de peines, plus de croix ! Lorsque vous avez le bonheur d'avoir reçu le bon Dieu, vous sentez dans votre cœur une jouissance, un baume, pendant quelques instants !... Les âmes pures sont toujours comme cela ; aussi cette union fait leur force et leur bonheur. (Esprit du Saint Curé d'Ars)

Prière

Ô Saint Curé d'Ars, Soyez notre guide, en ce temps où l'Eucharistie reçoit de toutes parts les flèches de l'Ennemi. Dirigez-nous, nous vous le demandons, ô bon et saint prêtre du Seigneur, qui avez sanctifié tant d'âmes par votre amour de l'Eucharistie et de la sainte Église catholique. Apprenez-nous à communier spirituellement chaque jour que Dieu fait, afin de puiser dans le Cœur-sacré de Jésus, la vie de notre âme. Ainsi soit-il.


6e Jour : Sur la Foi, l'Espérance et la Charité

Voyez, mes enfants, le bon chrétien parcourt le chemin de ce monde, monté sur un beau char de triomphe ; ce char est traîné par les anges, et c'est Notre-Seigneur lui-même qui le conduit. Tandis que le pauvre pécheur est attelé au char de la vie, et le démon est sur le siège, qui le force d'avancer à grands coups de fouet.
Mes enfants, les trois actes de foi, d'espérance et de charité renferment tout le bonheur de l'homme sur la terre. Par la foi, nous croyons ce que Dieu nous a promis : nous croyons que nous le verrons un jour, que nous le posséderons, que nous serons éternellement avec lui dans le ciel. Par l'espérance, nous attendons l'effet de ces promesses : nous espérons que nous serons récompensés de toutes nos bonnes actions, de toutes nos bonnes pensées, de tous nos bons désirs. Que faut-il de plus pour être heureux ?
Au ciel, la foi et l'espérance n'existeront plus ; car les brouillards qui obscurcissent notre raison seront dissipés. Notre esprit aura l'intelligence des choses qui lui sont cachées ici-bas. Nous n'espérerons plus rien, puisque nous aurons tout. On n'espère pas acquérir un trésor qu'on possède... Mais l'amour ! oh ! nous en serons enivrés ! nous serons noyés, perdus dans cet océan de l'amour divin, anéantis dans cette immense charité du cœur de Jésus !... Aussi la charité est un avant-goût du ciel. Si nous savions la comprendre, la sentir, la goûter, oh ! que nous serions heureux ! Ce qui fait qu'on est malheureux, c'est qu'on n'aime pas Dieu.
Quand nous disons : « Mon Dieu, je crois ! je crois fermement, c'est-à-dire sans le moindre doute, sans la moindre hésitation... » oh ! si nous nous pénétrions de ces paroles : « Je crois fermement que vous êtes présent partout, que vous me voyez, que je suis sous vos yeux, qu'un jour je vous verrai clairement moi-même, que je jouirai de tous les biens que vous m'avez promis !... mon Dieu, j'espère que vous me récompenserez de tout ce que j'aurai fait pour vous plaire !... mon Dieu, je vous aime ! j'ai un cœur pour vous aimer !...» oh ! comme cet acte de foi, qui est aussi un acte d'amour, suffirait à tout !... Si nous comprenions le bonheur que nous avons de pouvoir aimer Dieu, nous demeurerions immobiles dans l'extase...
Si un prince, un empereur, faisait comparaître devant lui un de ses sujets et qu'il lui dit : « Je veux faire votre bonheur ; demeurez avec moi ; jouissez de tous mes biens ; mais veillez à ne pas me déplaire en tout ce qui est juste ; » quel soin, quelle ardeur ce sujet ne mettrait-il pas à satisfaire son prince ? Eh bien ! Dieu nous fait les mêmes avances... et on ne se soucie pas de son amitié ; on ne fait aucun cas de ses promesses... Que c'est dommage ! (Esprit du Saint Curé d'Ars)

Prière

Ô Saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, enivré de l'amour divin, obtenez-nous cette foi pure, cette espérance consolante, cette charité parfaite, qui ont porté les saints au-dessus des persécutions, et dont vous fîtes jaillir l'éclat par votre exemple. Allumez en nous la flamme des vertus, afin que partout où la Providence divine nous mènera, nous portions en notre âme et propagions l'amour de Dieu. Ainsi soit-il.


7e Jour : Sur le péché

Voyez, mes enfants, comme le péché dégrade l'homme ! D'un ange créé pour aimer Dieu il fait un démon qui le maudira pendant toute l'éternité... Ah ! si Adam, notre premier père, n'avait pas péché, et si nous ne péchions pas tous les jours, comme nous serions heureux ! Nous serions aussi heureux que les saints dans le ciel. Il n'y aurait plus de malheureux sur la terre. Oh ! que ce serait beau !...
En effet, mes enfants, c'est le péché qui attire sur nous toutes les calamités, tous les fléaux, la guerre, la peste, la famine, les tremblements de terre, les incendies, la gelée, la grêle, les orages, tout ce qui nous désole, tout ce qui nous rend malheureux.
Voyez, mes enfants, une personne qui est en état de péché est toujours triste. Elle a beau faire, elle est ennuyée, dégoûtée de tout ; ... tandis que celle qui est en paix avec le bon Dieu est toujours contente, toujours joyeuse... Ô belle vie !... et belle mort !...
Mes enfants, nous avons peur de la mort... je le crois bien ! C'est le péché qui nous fait peur de la mort ; c'est le péché qui rend la mort affreuse, épouvantable ; c'est le péché qui effraye le méchant à l'heure du terrible passage. Hélas ! mon Dieu ! il y a bien de quoi être effrayé... Penser qu'on est maudit ! maudit de Dieu !... ça fait trembler ! Maudit de Dieu !... Pour un blasphème, pour une mauvaise pensée, pour une bouteille de vin, pour deux minutes de plaisir !... Pour deux minutes de plaisir perdre Dieu, son âme, le ciel, pour toujours !... On verra monter au ciel, en corps et en âme, ce père, cette mère, cette sœur, ce voisin, qui étaient là près de nous,... avec qui nous avons vécu, mais que nous n'avons pas imités ; tandis que nous descendrons en corps et en âme dans l'enfer pour y brûler. Les démons se rouleront sur nous. Tous les démons dont nous aurons suivi les conseils viendront nous tourmenter...
Mes enfants, si vous voyiez un homme dresser un grand bûcher, entasser des fagots les uns sur les autres, et que lui demandant ce qu'il fait il vous répondît : « Je prépare le feu qui doit me brûler, » que penseriez-vous ? Et si vous voyiez ce même homme approcher la flamme du bûcher, et, quand il est allumé, se précipiter dedans... que diriez-vous ?... En commettant le péché, c'est ainsi que nous faisons. Ce n'est pas Dieu qui nous jette en enfer, c'est nous qui nous y jetons par nos péchés. Le damné se dira : « J'ai perdu Dieu, mon âme et le ciel : c'est par ma faute, par ma faute, par ma très-grande faute !...» Il s'élèvera du brasier pour y retomber... Il sentira toujours le besoin de s'élever, parce qu'il était créé pour Dieu, le plus grand, le plus haut des êtres, le TRÈS-HAUT... comme un oiseau dans un appartement vole jusqu'au plancher et retombe... la justice de Dieu est le plancher qui arrête les damnés.
Il n'est pas besoin de prouver l'existence de l'enfer. Notre-Seigneur en parle lui-même, quand il raconte l'histoire du mauvais riche qui criait : « Lazare ! Lazare ! » On sait bien qu'il y a un enfer, mais on vit comme s'il n'y en avait point ; on vend son âme pour quelques pièces de monnaie. Nous renvoyons notre conversion à la mort ; mais qui nous assure que nous aurons le temps et la force, à ce moment redoutable que tous les saints ont appréhendé, où l'enfer se réunit pour nous livrer assaut, voyant que c'est l'instant décisif ? Il y en a bien qui perdent la foi, qui ne voient l'enfer qu'en y entrant. On leur administre les sacrements ; mais demandez-leur s'ils ont fait tel péché, ils vous répondent : « Oh ! arrangez cela comme vous voudrez !...»
Il y en a qui offensent le bon Dieu à tout moment ; leur cœur est une fourmilière de péchés ; il ressemble à un morceau de viande gâtée, rongée par les vers...
Non, vraiment, si les pécheurs songeaient à l'éternité, à ce terrible TOUJOURS !... ils se convertiraient sur-le-champ... Il y a près de six mille ans que Caïn est dans l'enfer, et il ne fait que d'y entrer. (Esprit du Saint Curé d'Ars)

Prière

Ô très Saint Curé d'Ars, zélé pasteur des âmes, nous vous supplions de bien vouloir nous inspirer une sainte horreur du péché, afin que, travaillant à l'arracher de notre cœur, nous soyons, à l'heure de la mort, comptés parmi le nombre des élus de Dieu et accueillis dans la céleste patrie, pour goûter avec vous les joies éternelles. Obtenez-nous l'amour de la pénitence, qui ne trouve, en ces temps de calamités et de châtiments, que peu d'amants parmi les dévots du Seigneur ; et pour notre salut, la grâce de la parfaite contrition de nos fautes. Enfin, Saint Jean-Marie Vianney, faites augmenter en nous, par votre sainte intercession, le désir du Ciel et des récompenses promises aux fidèles du Seigneur, afin que, entendant de sa bouche glorieuse la sentence suivante : "Venez ! les bénis de mon Père !", nous puissions Le louer éternellement dans le Ciel. Ainsi soit-il.


8e Jour : Sur la Sainte Vierge

Le Père se plaît à regarder le cœur de la très-sainte Vierge Marie comme le chef-d'œuvre de ses mains ; on aime toujours son ouvrage, surtout lorsqu'il est bien fait ; le Fils, comme le cœur de sa mère, la source dans laquelle il a puisé le sang qui nous a rachetés ; le Saint-Esprit comme son temple.
Les prophètes ont publié la gloire de Marie, avant sa naissance ; ils l'ont comparée au soleil. En effet, l'apparition de la sainte Vierge peut bien se comparer à un beau soleil dans un jour de brouillards.
Avant sa venue, la colère de Dieu était suspendue sur nos têtes comme un sabre prêt à nous frapper. Aussitôt que la sainte Vierge parut sur la terre, sa colère fut apaisée... Elle ne savait pas qu'elle devait être la mère de Dieu, et, lorsqu'elle était petite, elle disait : « Quand verrai-je donc cette belle créature qui doit être la mère de Dieu ? »
La sainte Vierge nous a engendrés deux fois, dans l'incarnation et au pied de la croix : elle est donc deux fois notre mère.
On compare souvent la sainte Vierge à une mère, mais elle est encore bien meilleure que la meilleure des mères ; car la meilleure des mères punit quelquefois son enfant qui lui fait du chagrin, même elle le bat ; elle croit bien faire. Mais la sainte Vierge ne fait pas comme ça : elle est si bonne qu'elle nous traite avec amour et ne nous punit jamais.
Le cœur de cette bonne mère n'est qu'amour et miséricorde ; elle ne désire que nous voir heureux. Il suffit seulement de se tourner vers elle pour être exaucé...
Le Fils a sa justice, la mère n'a que son amour.
Dieu nous a aimés jusqu'à mourir pour nous ; mais dans le cœur de Notre-Seigneur, il y a la justice, qui est un attribut de Dieu ; dans celui de la très-sainte Vierge, il n'y a que la miséricorde... Son Fils était prêt à punir un pécheur, Marie s'élance, arrête le glaive, demande grâce pour le pauvre coupable : « Ma mère, lui dit Notre-Seigneur, je ne puis rien vous refuser. Si l'enfer pouvait se repentir, vous lui obtiendriez sa grâce. »
La très-sainte Vierge se tient entre son Fils et nous. Plus nous sommes pécheurs, et plus elle a de tendresse et de compassion pour nous. L'enfant qui a coûté le plus de larmes à sa mère est le plus cher à son cœur. Une mère ne court-elle pas toujours au plus faible et au plus exposé ? Un médecin, dans un hôpital, n'a-t-il pas plus d'attention pour les plus malades ?
Le cœur de Marie est si tendre pour nous, que ceux de toutes les mères réunies ne sont qu'un morceau de glace auprès du sien.
Voyez comme la sainte Vierge est bonne ! Son grand serviteur saint Bernard lui disait souvent : Je vous salue, Marie... Un jour cette bonne mère lui répondit : Je te salue, mon fils Bernard...
L'Ave Maria est une prière qui ne lasse jamais.
La dévotion à la sainte Vierge est moelleuse, douce, nourrissante.
Quand on parle des objets de la terre, de la politique... on se lasse ; mais quand on parle de la sainte Vierge, c'est toujours nouveau.
Tous les saints ont une grande dévotion en la sainte Vierge ; aucune grâce ne vient du ciel sans passer par ses mains.
On n'entre pas dans une maison sans parler au portier : eh bien ! la sainte Vierge est la portière du ciel.
Lorsqu'on veut offrir quelque chose à un grand personnage, on fait présenter cet objet par la personne qu'il préfère, afin que l'hommage lui soit plus agréable. Ainsi nos prières présentées par la sainte Vierge ont un tout autre mérite, parce que la sainte Vierge est la seule créature qui n'ait jamais offensé Dieu. Il n'y a que la sainte Vierge qui ait accompli le premier commandement : Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement. Elle l'a accompli dans son entier... Tout ce que le Fils demande au Père lui est accordé. Tout ce que la Mère demande au Fils est pareillement accordé.
Lorsque nos mains ont touché des aromates, elles embaument tout ce qu'elles touchent ; faisons passer nos prières par les mains de la sainte Vierge, elle les embaumera.
Je pense qu'à la fin du monde, la sainte Vierge sera bien tranquille, mais tant que le monde dure, on la tire de tous les côtés... La sainte Vierge est comme une mère qui a beaucoup d'enfants. Elle est continuellement occupée à aller de l'un à l'autre. (Esprit du Saint Curé d'Ars)


Prière

Ô Saint Curé d'Ars, qui avait répandu, par votre zèle, comme un miel, la dévotion à la Sainte Vierge, dans les âmes, rappelez-nous sans cesse, dans le cours de notre vie de Chrétiens, l'amour que nous devons porter à la Mère de Dieu et notre Mère. Apprenez-nous à imiter les vertus et la vie intérieure de Celle qui fut choisie pour enfanter le Sauveur. Ô Notre guide, plein de la tendresse des enfants de Marie, répandez sur nous ses parfums, afin que nous trouvions grâce devant Dieu. Ainsi soit-il.


9e Jour : Sur les souffrances

Qu'on le veuille ou non, il faut souffrir. Il y en a qui souffrent comme le bon larron, et d'autres comme le mauvais. Tous deux souffraient pareillement. Mais l'un sut rendre ses souffrances méritoires ; il les accepta en esprit de réparation, et se tournant du côté de Jésus crucifié, il recueillit de sa bouche ces belles paroles : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. » L'autre, au contraire, poussait des hurlements, vociférait des imprécations et des blasphèmes, et expira dans le plus affreux désespoir.
« Il y a deux manières de souffrir : souffrir en aimant et souffrir sans aimer. » Les saints souffraient tout avec patience, joie et persévérance, parce qu'ils aimaient. Nous souffrons, nous, avec colère, dépit et lassitude, parce que nous n'aimons pas. Si nous aimions Dieu, nous aimerions les croix, nous les désirerions, nous nous plairions en elles... Nous serions heureux de pouvoir souffrir pour l'amour de Celui qui a bien voulu souffrir pour nous. De quoi nous plaignons-nous ? Hélas ! les pauvres infidèles, qui n'ont pas le bonheur de connaître Dieu et ses amabilités infinies, ont les mêmes croix que nous ; mais ils n'ont pas les mêmes consolations.
Vous dites que c'est dur ? Non, c'est doux, c'est consolant, c'est suave : c'est le bonheur ! Seulement, il faut aimer en souffrant, il faut souffrir en aimant.
Dans le chemin de la croix, voyez, mes enfants, il n'y a que le premier pas qui coûte. C'est la crainte des croix qui est notre plus grande croix... On n'a pas le courage de porter sa croix, on a bien tort ; car, quoi que nous fassions, la croix nous tient, nous ne pouvons lui échapper. Qu'avons-nous donc à perdre ? pourquoi ne pas aimer nos croix et ne pas nous en servir pour aller au ciel ?... Mais, au contraire, la plupart des hommes tournent le dos aux croix et fuient devant elles. Plus ils courent, plus la croix les poursuit, plus elle les frappe et les écrase de fardeaux... Si vous voulez être sages, marchez à sa rencontre comme saint André, qui disait, en voyant la croix se dresser pour lui dans les airs : « Salut, ô bonne croix ! Ô croix admirable ! ô croix désirable !... reçois-moi dans tes bras, retire-moi d'entre les hommes, et rends-moi à mon Maître qui m'a racheté par toi. »
Écoutez bien ça, mes enfants : Celui qui va au-devant de la croix, marche à l'opposé des croix ; il les rencontre peut-être, mais il est content de les rencontrer ; il les aime ; il les porte avec courage. Elles l'unissent à Notre-Seigneur ; elles le purifient ; elles le détachent de ce monde ; elles emportent de son cœur tous les obstacles ; elles lui aident à traverser la vie, comme un pont aide à passer l'eau... Voyez les saints ; quand on ne les persécutait pas, ils se persécutaient eux-mêmes... Un bon religieux se plaignait un jour à Notre-Seigneur de ce qu'on le persécutait. Il disait : « Seigneur qu'ai-je donc fait pour être traité ainsi ? » Notre-Seigneur lui répondit : « Et moi, qu'avais-je donc fait quand on m'a conduit au Calvaire ?... » Alors le religieux comprit ; il pleura, il demanda pardon et n'osa plus se plaindre.
Les gens du monde se désolent quand ils ont des croix, et les bons chrétiens se désolent quand ils n'en ont pas. Le chrétien vit au milieu des croix comme le poisson vit dans l'eau.
Voyez sainte Catherine, qui a deux couronnes, celle de la pureté et celle du martyre : combien elle est contente, cette chère petite sainte, d'avoir mieux aimé souffrir que de consentir au péché ! Il y avait un religieux qui aimait tant la souffrance qu'il s'était attaché une corde de puits au corps ; cette corde avait écorché la peau et s'était peu à peu enfoncée dans la chair d'où il sortait des vers. Les religieux demandèrent qu'on le renvoyât de la communauté. Il alla content et joyeux se cacher au fond d'un antre de rocher. Mais, la même nuit, le supérieur entendit le Seigneur lui dire : « Tu as perdu le trésor de ta maison. » De suite, on retourna chercher ce bon saint, on voulut voir d'où sortaient ces vers. Le supérieur fit ôter la corde, ce qui se fit en retournant toutes les chairs. Enfin il guérit.
Il y avait tout près d'ici, dans une paroisse du voisinage, un petit garçon qui était tout écorché dans son lit, bien malade et bien misérable ; je lui disais : « Mon pauvre petit, tu souffres bien ! » Il me répondait : « Non, monsieur le curé, je ne sens pas aujourd'hui mon mal d'hier, et demain je ne souffrirai pas de ma douleur d'aujourd'hui. » — « Tu voudrais bien guérir ? » — « Non, j'étais méchant avant d'être malade ; je pourrais le redevenir. Je suis bien comme je suis... » C'était bien le vinaigre, mais l'huile l'emportait... Nous ne comprenons pas cela, parce que nous sommes trop terrestres. Des enfants en qui le Saint-Esprit réside nous font honte.
Si le bon Dieu nous envoie des croix nous nous rebutons, nous nous plaignons, nous murmurons, nous sommes si ennemis de tout ce qui nous contrarie, que nous voudrions toujours être dans une boîte de coton ; c'est dans une boîte d'épines qu'il faudrait nous mettre. C'est par la croix que l'on va au ciel. Les maladies, les tentations, les peines, sont autant de croix qui nous conduisent au ciel. Tout cela sera bientôt passé... Voyez les saints qui sont arrivés avant nous... Le bon Dieu ne demande pas de nous le martyre du corps, il nous demande seulement le martyre du cœur et de la volonté... Notre-Seigneur est notre modèle ; prenons notre croix et suivons-le. Faisons comme les soldats de Napoléon. Il fallait traverser un pont sur lequel on tirait à mitraille ; personne n'osait passer. Napoléon prit le drapeau, marcha le premier, et tous suivirent. Faisons de même ; suivons Notre-Seigneur qui a marché le premier.
Un militaire me racontait un jour que, dans une bataille, il avait marché pendant une demi-heure sur des cadavres ; il n'y avait presque pas où mettre les pieds ; la terre était toute teinte de sang. C'est ainsi que dans le chemin de la vie il faut marcher sur les croix et les peines pour arriver à la patrie.
La croix est l'échelle du ciel... Qu'il est consolant de souffrir sous les yeux de Dieu, et de pouvoir se dire, le soir, dans son examen : « Allons ! mon âme, tu as eu aujourd'hui deux ou trois heures de ressemblance avec Jésus-Christ. Tu as été flagellée, couronnée d'épines, crucifiée avec lui !...» Oh ! quel trésor pour la mort !... Qu'il fait bon mourir quand on a vécu sur la croix !
Nous devrions courir après les croix, comme l'avare court après l'argent... Il n'y a que les croix qui nous rassureront au jour du jugement. Quand ce jour viendra, que nous serons heureux de nos malheurs, fiers de nos humiliations, et riches de nos sacrifices !
Si quelqu'un vous disait : « Je voudrais bien devenir riche, que faut-il faire ? » Vous lui répondriez : « Il faut travailler. » Eh bien ! pour aller au ciel il faut souffrir. Notre-Seigneur nous montre le chemin dans la personne de Simon le Cyrénéen ; il appelle ses amis à porter sa croix après lui.
Le bon Dieu veut que nous ne perdions jamais de vue la croix, aussi la place-t-on partout, le long des chemins, sur les hauteurs, dans les places publiques, afin qu'à cette vue nous puissions dire : « Voilà comment Dieu nous a aimés ! »
La croix embrasse le monde ; elle est plantée aux quatre coins de l'univers ; il y en a un morceau pour tous.
Les croix sont sur la route du ciel comme un beau pont de pierre sur une rivière pour la traverser. Les chrétiens qui ne souffrent pas passent cette rivière sur un pont fragile, un pont de fil de fer, toujours prêt à se rompre sous leurs pieds.
Celui qui n'aime pas la croix pourra peut-être bien se sauver, mais à grand'peine : ce sera une petite étoile dans le firmament. Celui qui aura souffert et combattu pour son Dieu, luira comme un beau soleil.
Les croix transformées dans les flammes de l'amour, sont comme un fagot d'épines que l'on jette au feu et que le feu réduit en cendre. Les épines sont dures, mais les cendres sont douces.
Oh ! que les âmes qui sont tout à Dieu dans la souffrance éprouvent de douceur ! C'est comme une eau dans laquelle on met beaucoup d'huile : le vinaigre est bien toujours vinaigre ; mais l'huile en corrige l'amertume, et on ne le sent presque plus.
Mettez un beau raisin sous le pressoir, il en sortira un jus délicieux : Notre âme, sous le pressoir de la croix, produit un jus qui la nourrit et la fortifie. Lorsque nous n'avons pas de croix, nous sommes arides : si nous les portons avec résignation, nous sentons une douceur, un bonheur, une suavité !... c'est le commencement du ciel. Le bon Dieu, la sainte Vierge, les anges et les saints nous environnent ; ils sont à nos côtés et nous voient. Le passage du bon chrétien, éprouvé par l'affliction, à l'autre vie est comme celui d'une personne que l'on transporte sur un lit de roses.
Les épines suent le baume et la croix transpire la douceur. Mais il faut presser les épines dans ses mains et serrer la croix sur son cœur pour qu'elles distillent le suc qu'elles contiennent.
C'est la croix qui a donné la paix au monde ; c'est elle qui doit la porter dans nos cœurs. Toutes nos misères viennent de ce que nous ne l'aimons pas. C'est la crainte des croix qui augmente les croix. Une croix portée simplement, et sans ces retours d'amour-propre qui exagèrent les peines, n'est plus une croix. Une souffrance paisible n'est plus une souffrance. Nous nous plaignons de souffrir ! nous aurions bien plus de raison de nous plaindre de ne pas souffrir, puisque rien ne rend plus semblables à Notre-Seigneur que de porter sa croix. Ô belle union de l'âme avec Notre-Seigneur Jésus-Christ par l'amour et la vertu de sa croix !... Je ne comprends pas comment un chrétien peut ne pas aimer la croix et la fuir ! n'est-ce pas fuir en même temps Celui qui a bien voulu y être attaché et y mourir pour nous ?
Les contradictions nous mettent au pied de la croix, et la croix à la porte du ciel. Pour y arriver il faut qu'on nous marche dessus, que nous soyons vilipendés, méprisés, broyés... Il n'y a d'heureux dans ce monde que ceux qui ont le calme de l'âme, au milieu des peines de la vie : ils goûtent la joie des enfants de Dieu... Toutes les peines sont douces quand on souffre en union avec Notre-Seigneur...
Souffrir ! qu'importe ? Ce n'est qu'un moment. Si nous pouvions aller passer huit jours dans le ciel, nous comprendrions le prix de ce moment de souffrance. Nous ne trouverions pas de croix assez lourde, pas d'épreuve assez amère... La croix est le don que Dieu fait à ses amis.
Que c'est beau de s'offrir tous les matins en sacrifice au bon Dieu, et de tout accepter en expiation de ses péchés !... Il faut demander l'amour des croix : alors elles deviennent douces. J'en ai fait l'expérience pendant quatre ou cinq ans. J'ai été bien calomnié, bien contredit, bien bousculé. Oh ! j'avais des croix... j'en avais presque plus que je n'en pouvais porter ! Je me mis à demander l'amour des croix : alors je fus heureux. Je me dis : Vraiment, il n'y a de bonheur que là !... Il ne faut jamais regarder d'où viennent les croix : elles viennent de Dieu. C'est toujours Dieu qui nous donne ce moyen de lui prouver notre amour. (Esprit du Saint Curé d'Ars)

Prière

Ô Saint Curé d'Ars, dont les croix firent votre bonheur, nous vous en supplions, obtenez-nous l'amour des croix et la paix intérieure au milieu des peines de la vie, afin que notre âme, sous le pressoir de la croix, produisant un jus qui la nourrit et la fortifie, nous ne craignions plus ni les calomnies, ni les mépris, ni les contradictions de cette vie, et que goûtant les délices de la souffrance au pied de la Croix de notre Sauveur, nous puissions dire : Allons ! mon âme, tu as eu aujourd'hui deux ou trois heures de ressemblance avec Jésus-Christ. Ainsi soit-il.


Après la prière du Jour :

V/ Saint Curé d'Ars, montrez-nous le chemin du Ciel,
R/ Afin que nous devenions dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.


ORAISON

Dieu tout-puissant et miséricordieux, vous avez rendu saint Jean-Marie Vianney admirable dans son zèle pastoral et son incessante ardeur pour la prière et la pénitence. Faites qu'à son exemple et par son intercession, nous puissions gagner au Christ les âmes de nos frères et parvenir avec eux à la gloire éternelle. Nous vous en prions par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il. (Missel vespéral et rituel, 1957)

Saint Curé d'Ars, priez pour nous. (x3)



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