Le "Profil de domination tyrannique intra-familiale" souvent observé dans certains troubles de la personnalité et particulièrement le trouble de la personnalité narcissique – TPN – ou des formes « malignes » de narcissisme, est non seulement un fléau dans les familles mais aussi dans l’Église.
Pour comprendre de quoi il s'agit :
Voici les traits les plus fréquemment observés chez les personnes présentant ce profil :
1. Traits psychopathologiques centraux possibles
- Besoin absolu de contrôle et de pouvoir : la personne exerce une autorité « souveraine » (« règne en maître »). Toute remise en question est vécue comme une menace existentielle pour son image de soi.
- Manque d’empathie affective (parfois empathie cognitive intacte utilisée de façon instrumentale) : elle perçoit les autres membres de la famille comme des extensions d’elle-même ou des objets utiles, pas comme des sujets autonomes.
- Mécanismes de défense primitifs :
- Clivage (« tout bon/tout mauvais ») : ceux qui ne vont pas dans son sens deviennent « l’ennemi ».
- Projection et Identification projective : elle attribue ses propres sentiments de honte, de vide ou de rage aux autres.
- Anéantissement psychique : ce que l'on appelle « anéantir l’existence » correspond souvent à une "invalidation systématique" , du "gaslighting" (faire douter l’autre de sa propre réalité) ou à une "campagne de dénigrement" visant à effacer symboliquement la personne (la rendre « inexistante » aux yeux du groupe).
Ces personnes agissent au quotidien comme si le bouc émissaire était une quantité négligeable ou comme s'il n'existait pas. Cela peut être : des décisions prises sans lui demander son avis alors qu'il sera directement impacté, le bruit extrême et continu ne le dérangera pas, les déchets oubliés devant chez lui non plus, ni le véhicule garé devant son entrée... Les exemples de ce genre sont infinis.
- Triangulation et manipulation relationnelle : « monter tout le monde contre eux » est une stratégie classique de "coalition défensive" . La personne crée des alliances temporaires en distillant des demi-vérités, des rumeurs ou des victimisations pour isoler la cible (scapegoating). Cela renforce son pouvoir tout en évitant le conflit direct.
Ces comportements s’inscrivent souvent dans un "trouble de la personnalité narcissique" (grandiosité, besoin d’admiration, exploitation interpersonnelle, manque d’empathie) ou dans une forme plus sévère appelée "narcissisme malin" (associant traits narcissiques + antisocial + paranoïaques). On peut aussi retrouver des traits "antisociaux" (absence de remords, cruauté, la personne peut crier des grossièretés en écoutant les informations, s'oppose à toute autorité, dévalorise les gens honnêtes, admire les malhonnêtes, protège rigidement la « structure de la famille », impose ses vues...) ou "paranoïaques" (perception des autres comme menaçants).
2. Origines possibles (facteurs étiologiques)
- Traumatismes précoces non résolus (souvent négligence émotionnelle ou au contraire survalorisation paradoxale).
Exemple d'une mère et de ses deux enfants. Le 1er a été survalorisé. Tout ce qu'il fait de banal est parfait, extraordinaire, et ce qu'il fait de mal est minimisé voire ignoré. Le 2e est dévalorisé alors qu'il ne ment pas, ne triche pas, essaie d'agir honnêtement... Le 1er développe une personnalité narcissique. Le 2e devient le bouc émissaire qui permettra au 1er de garder sa place.
- Attachement désorganisé ou évitant.
- Parfois une "vulnérabilité narcissique fragile" : derrière la toute-puissance apparente se cache une fragilité extrême (effondrement narcissique si le contrôle est perdu).
- Facteurs neurobiologiques ou génétiques peuvent jouer un rôle, mais l’environnement familial reste déterminant.
Exemple d'une famille où le père présente des signes d'un trouble de la personnalité narcissique "antisociale", les enfants développent le même comportement toxique, et l'un des petits enfants développent un trouble narcissique plus profond, de forme maligne, devenant la tête de ce système familiale tyrannique.
3. Conséquences sur les victimes (effets psychologiques et psychiatriques)
L’atmosphère de terreur chronique crée souvent chez les autres membres :
- Trouble de stress post-traumatique complexe.
- Anxiété généralisée, dépression, troubles dissociatifs.
- Syndrome de la victime de violence psychologique (baisse d’estime de soi, confusion identitaire, culpabilité).
- Chez les enfants : troubles de l’attachement, hypervigilance, ou au contraire soumission totale (« enfant parentifié » ou « enfant "scapegoat" »).
4. Différentiel important à considérer
Ce tableau peut aussi correspondre à :
- Un "trouble délirant" (paranoïaque) si les perceptions de menace sont franchement délirantes.
La personne en vient à tellement déformer la réalité, les propos, inventer de mauvaises intentions... que les réactions en deviennent délirantes.
- Une "décompensation d’un trouble de l'humeur" (ex. : manie ou dépression mélancolique avec irritabilité).
- Une "personnalité borderline" avec forte composante narcissique (rage intense + peur d’abandon).
- Ou simplement un "style éducatif tyrannique" culturellement renforcé (sans trouble de la personnalité avéré).
Seul un bilan clinique complet permet de trancher.
Pourquoi les narcissiques (ou personnes avec forts traits narcissiques) se solidarisent souvent contre « celle qui ne l’est pas » ?
Ce phénomène est très classique dans les "familles narcissiques" ou les groupes toxiques. La personne « qui ne l’est pas » (souvent empathique, honnête, sensible aux autres, ou simplement celle qui dit la vérité) devient une "menace existentielle" pour le système. Voici les mécanismes principaux :
1. Protection de l’image collective et du déni partagé
Les narcissiques construisent leur équilibre psychique sur une "fausse réalité" : « Nous sommes une famille parfaite / supérieure / victime des autres ». Toute personne qui remet en question cette façade (par exemple en disant une vérité sur les dysfonctionnements, les abus, les mensonges ou même sur des sujets « sacrés » comme la structure familiale) risque de faire éclater le déni.
Résultat : le groupe se referme comme une huître. Ils font front commun pour discréditer, isoler ou attaquer celui qui « casse l’image ». C’est une défense collective contre l’angoisse de voir leur propre vide ou leurs failles exposées.
2. Le rôle du bouc émissaire ("scapegoat")
Dans les familles narcissiques, il y a souvent un « désigné » qui porte tous les problèmes : le "truth-teller" (celui qui dit la vérité). Les autres (narcissiques ou co-dépendants) se solidarisent pour maintenir l’équilibre malsain.
- Cela permet d’éviter toute remise en question personnelle.
- Cela renforce leur sentiment de supériorité collective (« Nous sommes unis contre le fou/le méchant/le traître »).
- La personne non-narcissique est perçue comme dangereuse car elle a de l’empathie réelle, voit les manipulations et refuse souvent de jouer le jeu de la domination ou du silence.
3. Mécanismes de défense partagés
- Clivage (« tout blanc ou tout noir ») : soit tu es avec nous (et tu valides notre version), soit tu es contre nous (et tu deviens l’ennemi).
- Projection : ils attribuent à la personne non-narcissique tous les défauts qu’ils ne supportent pas chez eux (égoïsme, méchanceté, instabilité…).
Ils peuvent aussi vous accuser d'une chose qu'ils ont eux-mêmes initiée : ex. ils vous pousseront à boire au quotidien et colporteront que vous êtes alcoolique.
- Triangulation et "flying monkeys" : le narcissique principal recrute les autres (frères/sœurs, conjoint, amis) pour faire le sale boulot (piques, moqueries, exclusion, rumeurs). Même s’ils ne sont pas tous narcissiques purs, beaucoup participent par peur, loyauté toxique, ou pour garder leur place dans le système.
4. Reconnaissance mutuelle et intérêt commun
Les narcissiques se repèrent souvent entre eux (ils parlent le même langage : vantardise, dévalorisation des autres, admiration pour la force ou la transgression). Ils peuvent s’allier temporairement car ils partagent le même besoin de contrôle, de supériorité et d’évitement de la vulnérabilité. Contre une personne empathique ou authentique, ils trouvent un ennemi commun qui les unit et leur donne un sentiment de puissance.
5. Peur profonde de l'abandon et de l'effondrement
Derrière la solidarité apparente, il y a souvent une terreur : si le « non-narcissique » a raison, alors tout le système s’effondre (image de la famille idéale, justifications des comportements abusifs, etc.). Ils préfèrent sacrifier une personne plutôt que d’affronter leur propre souffrance ou leur vide intérieur.
Ce que cela signifie concrètement pour la victime.
- Ce n’est "pas" parce que elle est « folle », « trop sensible » ou « méchante ». C’est une réaction prévisible du système dysfonctionnel pour se protéger.
- La solidarité des narcissiques entre eux est souvent fragile : entre vrais narcissiques, il y a aussi beaucoup de rivalité et de trahisons potentielles (ils se tolèrent tant qu’ils servent mutuellement leur ego).
Généralement, vous les entendrez toujours s'encenser les uns les autres.
- La personne qui n’est pas narcissique est souvent celle qui a le plus de potentiel de guérison ou de sortie du système… ce qui explique pourquoi elle est visée si violemment.
En résumé : ils se solidarisent parce que le « non-narcissique » représente la "vérité" qu’ils refusent de voir. C’est une alliance défensive pour préserver leur bulle de déni, leur pouvoir et leur image collective. Ce n’est pas de la vraie solidarité (basée sur l’amour ou le respect), mais une coalition opportuniste contre une menace perçue.
Si cela se passe dans votre famille ou votre entourage proche, poser des limites claires (ou une distance protectrice) est souvent nécessaire. Beaucoup de personnes dans cette position finissent par se reconstruire en thérapie individuelle, loin du système qui les invalidait.
Au sein des paroisses, ces familles toxiques opèrent selon le même système. Ce qu'elles font dans le cadre familiale, elle le reproduisent à l'église. Si la famille fréquente la même paroisse, le bouc émissaire de la sphère privée devient aussi le bouc émissaire de l'église. Cela démarre par de la calomnie auprès des prêtres et des autres fidèles. Les prêtres commencent alors à soupçonner ce fidèle qui pourtant se montre de bonne volonté, fervent, etc. Ils commencent à douter et à changer de comportement envers lui. Le regard des autres fidèles aussi change donnant la sensation au bouc émissaire d'avoir fait quelque chose de mal. Il y a alors un rejet général. Le bouc émissaire a l'impression d'être maudit à chaque visite à l'église. Le curé, un ou deux fidèles peuvent ne pas être dupes mais ils seront aussi dénigrés ou évincés. Lorsque les prêtres qui ont douté commencent à comprendre que les accusations sont fausses, le mal est allé trop loin et malgré les preuves, leur comportement reste affecté par la calomnie. "Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose", disait Voltaire.
Le rôle des prêtres est d'arrêter les calomnies et de protéger les persécutés. Laisser ces personnages narcissiques prendre le pouvoir dans les paroisses sous prétexte qu'ils font des dons, que leur orgueil est utile pour déléguer gratuitement les tâches de la paroisse ou que l'on craint pour sa propre réputation ne servira qu'à faire fuir les bons catholiques. C'est facile d'écraser des fidèles qui cherchent à appliquer l'Évangile, plus difficile de tenir tête à ceux qui ne l'applique qu'en façade mais qui font mine d'être irréprochables. Cet environnement toxique qu'ils entretiennent chez eux, ils le créeront dans l'Eglise. L'ensemble des fidèles guidés par ces personnes malignes, en viennent à persécuter un innocent, persuadés de combattre un mal. Nul n'est au-dessus du Maître. Mais les catholiques ne devraient-ils pas enfin tirer les leçons de la Passion du Christ ? Le bouc émissaire n'a pas d'autre choix pour survivre que de quitter sa paroisse. Ce schéma est fréquent. Trop d'âmes appelées à la conversion tournent les talons une fois entrées dans l’Église à cause de ces comportements toxiques. Ce sont trop souvent ces mêmes personnes qui seront chargées d'accueillir le public ou de catéchiser... On ordonne des prêtres avec de graves troubles psychiatriques, qui vivent selon l'esprit du monde, on accepte dans les séminaires des jeunes qui n'ont ni la vocation, ni l'amour de l'Évangile, ou instables, sous prétexte qu'il y a une crise des vocations, et on confie les clefs et l'accueil dans nos églises à des groupes toxiques. Que restera-t-il de notre Église et de notre foi ? Qu'adviendra-t-il de la foi de nos enfants ?
Nous avons tous un jour entendu parler d'un frère, d'une fille partis subitement sans se retourner de la maison familiale, et on n'a tous été surpris du récit de ce fils au mauvais caractère, de cette sœur égoïste etc. Mais nous sommes-nous vraiment posé les bonnes questions ? Pourquoi ont-ils fui ? Étaient-ils réellement égoïstes ? N'avaient-ils pas de bonnes raisons ? N'étaient-ils pas le bouc émissaire de la famille ?
Certains enfants nés dans ce système familiale ont fini par comprendre à l'âge adulte que les ennemis du parent narcissique dont ils ont entendu souvent parler avaient eu des raisons de s'opposer. Ils l'ont compris en devenant eux-mêmes le méchant de l'histoire.
Il est grand temps que les prêtres soient formés à démasquer ces profils narcissiques afin que l'injustice cesse d'être reine au sein de nos paroisses.
