Affichage des articles dont le libellé est Contemplation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Contemplation. Afficher tous les articles

vendredi 7 mai 2021

Comment Saint François de Sales sanctifiait ses vocations


L’Éden

Notre bienheureux avait l'esprit plus doux, et ne fuyait pas les entretiens après la table. Quand je lui rendais visite, il avait soin de me divertir après le travail de la prédication. Lui-même me menait promener en bateau sur ce beau lac qui lave les murailles d'Annecy, ou en des jardins assez beaux, qui sont sur ces agréables rivages. Quand il me venait voir à Belley, il ne refusait point de semblables délassements, auxquels je l'invitais ; mais jamais il ne les demandait, ni ne s'y portait de lui-même.
Et quand on lui parlait de bâtiments, de peinture, de musique, de chasse, d'oiseaux, de plantes, de jardinage, de fleurs, il ne blâmait pas ceux qui s'y appliquaient ; mais il eût souhaité que toutes ces occupations, ils s'en fussent servis comme d'autant de moyens pour s'élever à Dieu ; et il en donnait l'exemple, tirant de toutes ces choses autant d'élévations d'esprit.
Si on lui montrait de beaux plants : Nous sommes, disait-il, le champ que Dieu cultive (I Cor. III, 9 et 17). Si des bâtiments : Nous sommes l'édifice de Dieu. Si quelque église magnifique et bien parée : Nous sommes les temples du Dieu vivant : que nos âmes ne sont-elles aussi bien ornées de vertus ! Si des fleurs : Quand est-ce que nos fleurs donneront des fruits ? Si de rares et exquises peintures : Il n'y a rien de beau comme l'âme qui est faite à l'image de Dieu.
Quand on le menait dans un jardin : Oh ! quand celui de notre âme sera-t-il semé de fleurs et rempli de fruits, dressé, nettoyé, poli ? Quand sera-t-il clos et fermé à tout ce qui déplait au jardinier céleste ?
À la vue des fontaines : Quand aurons-nous dans nos cœurs des sources d'eaux vives, rejaillissantes jusqu'à la vie éternelle (Joan., IV, 14) ? Jusqu'à quand quitterons-nous la source de vie pour nous creuser des citernes mal enduites (Jerem., II, 3) ? Oh ! quand puiserons-nous à souhait dans les fontaines du Sauveur (Is., XII, 3) ?
À l'aspect d'une belle vallée : Elles sont agréables et fertiles, les eaux y coulent (Psal. LXIII, 14, et CIII, 10) ; c'est ainsi que les eaux de la grâce coulent dans les âmes humbles, et laissent sécher les têtes des montagnes, c'est-à-dire, les âmes hautaines.
Voyait-il une montagne : J'ai levé mes yeux vers les montagnes d'où me doit venir du secours (Psal. CXX, I). Les hautes montagnes servent de retraite aux cerfs (Psal. CIII, 18). La montagne sur laquelle se bâtira la maison du Seigneur, sera fondée sur le haut des monts (Is., II, 9). Que les montagnes avec toutes les collines bénissent le Seigneur (Psal. CXLVIII).
Si des arbres : Tout arbre qui ne porte point de fruits sera coupé et jeté au feu. Un bon arbre ne porte point de mauvais fruits (Luc, VII, 18 et 19).
Si des rivières : Quand irons-nous à Dieu, comme ces eaux à la mer ?
Si des lacs : Ô Dieu, délivrez-nous du lac et de l'abîme de misère, et de la boue profonde (Psal. XXXIX, 3) où je suis.
Ainsi il voyait Dieu en toutes choses, et toutes choses en Dieu, ou, pour mieux dire, il ne regardait qu'une seule chose, qui est Dieu.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créatures, Dieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, La Sagesse éternelle dans la Création, et après la chute de l'homme, Saint François de Sales, sur la marque de la Bête, Prière filiale de Saint François de Sales, Abrégé de la vie de Saint François de Sales, Les saints et le combat spirituel : Saint François de Sales, Évêque de Genève, Docteur de l’Église et exorciste et Exorcisme de Saint François de Sales, pour les époux dont la fécondité du mariage est entravée par le démon ou des maléfices.















lundi 15 mars 2021

Élévation à Dieu à la vue de ses créatures




Du Roi des cieux tout célèbre la gloire,
Tout à mes yeux peint un Dieu créateur,
De ses bienfaits perdrais-je la mémoire ?
Tout l'univers m'annonce son auteur.
L'astre du jour m'offre par sa lumière
Un faible trait de sa vive clarté :
Au bruit des flots, à l'éclat du tonnerre,
Je reconnais le Dieu de majesté.

Charmants oiseaux de ce riant bocage,
Chantez, chantez, redoublez vos concerts ;
Par vos accents rendez un digne hommage
Au Dieu puissant qui régit l'univers :
Par vos doux sons, votre tendre ramage,
Vous inspirez l'innocence et la paix,
Et vos plaisirs du moins ont l'avantage
Que les remords ne les suivent jamais.

Aimables fleurs qui parez ce rivage,
Et que l'aurore arrose de ses pleurs,
De la vertu vous me tracez l'image,
Par l'éclat pur de vos vives couleurs :
Si vous séchez où l'on vous voit éclore
Et ne brillez souvent qu'un jour ou deux,
Votre parfum après vous dure encore :
De la vertu symbole précieux.

Charmant ruisseau qu'on voit dans la prairie
Fuir, serpenter, précipitez tes cours,
Tel est, hélas ! le cours de notre vie ;
Comme tes eaux s'écoulent nos beaux jours ;
Tu vas te perdre à la fin de ta course
Au sein des mers, d'où jamais rien ne sort ;
Et tous nos pas, ainsi, dès notre source,
Toujours errants nous mènent à la mort.

Petit mouton, qui pais dans cette plaine,
Que tu me plais par ta docilité !
Au moindre mot du berger qui te mène,
On te voit suivre avec fidélité.
Si des pasteurs choisis pour nous conduire
Nous écoutions comme toi la leçon,
Des loups cruels voudraient en vain nous nuire
Tu suis l'instinct mieux que nous la raison.

Ô papillon qui d'une aile légère
De fleur en fleur voles sans t'arrêter,
De nos désirs tel est le caractère ;
Aucun objet ne peut nous contenter :
Nous courons tous de chimère en chimère,
Croyant toujours toucher au vrai bonheur ;
Mais ici-bas c'est en vain qu'on l'espère,
Et Dieu peut seul remplir tout notre cœur.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à Dieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, et La Sagesse éternelle dans la Création, et après la chute de l'homme.













samedi 6 mars 2021

LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION, ET APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME



LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION

« La Sagesse a commencé d’éclater hors du sein de Dieu… lorsqu’elle a fait la lumière, le Ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c’est-à-dire la Sagesse Éternelle : Omnia per ipsum facta sunt (I, 3). Elle est la mère et l’ouvrière de toutes choses : Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia… (Sap. VII, 12 et 21).
Cette Beauté souverainement droite, après avoir créé le monde, y a mis la belle ordonnance que nous admirons. Elle a séparé, elle a composé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui est. Elle a étendu les Cieux ; elle a placé le soleil, la lune, les étoiles et les planètes avec ordre. Elle a posé les fondements de la terre ; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux ondes jaillissant des hauteurs. Elle a formé les montagnes ; elle a tout pesé et balancé jusqu’aux fontaines. Enfin, dit-elle, j’étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite que c’était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et divertir mon Père : Cum eo eram cuncta componens ; et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, uldens in orbe terrarum (Prov. VIII, 30, 31).
Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures de l’univers. Car, sans parler des différentes espèces d’anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre ; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d’instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits ! Quis sapiens, et intelliget haec ? (Ps. CVI, 43). Qui est celui à qui la Sagesse s’est communiquée ? Celui-là seul aura l’intelligence de ces mystères de la nature.
La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies, et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l’ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu’ils en tombaient dans l’extase et le ravissement » (ASE, N° 31-34).
Admirer dans la nature, au cours des saisons comme au long des jours, ces merveilles de l’Éternelle Sagesse ; en profiter chaque fois pour la remercier, la bénir d’un élan du cœur, c’est porter en soi une âme d’oraison.
 
« Si la puissance et la douceur de la sagesse Éternelle a tant éclaté dans la création, la beauté et l’ordre de l’univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l’homme, puisqu’il est son admirable chef-d'œuvre, l’image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son représentant unique sur la terre : Sapientia tua fecisti hominem, ut dominaretur omni creaturae quae a te facta est (Sap. IX, 2) » (N° 35).
Saint Louis-Marie de Monfort écrit ici, à la gloire de cette puissante Ouvrière, une page magnifique sur la beauté et l’excellence originelle de l’homme : « Elle fit, pour ainsi dire, des copies et expressions brillantes de sont entendement, de sa mémoire et de sa volonté, et les donna à l’âme de l’homme pour être le portrait vivant de la Divinité. Elle alluma dans son cœur un incendie de pur amour pour Dieu ; elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges et des autres créatures.
« Tout dans l’homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillures, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures ; il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l’immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son cœur sans crainte de la mort, par lequel il l’aimait continuellement sans relâche, et purement pour l’amour de lui-même. Enfin, il était si divin, qu’il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu’il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre ! O libéralité de la Sagesse Éternelle envers l’homme ! O heureux état de l’homme dans son innocence ! » (N° 37-38).
Mais voilà que l’homme pèche et perd cette innocence, cette beauté, cette immortalité. Il perd tous les biens qu’il avait reçus. Il se voit condamné à la mort, chassé du paradis terrestre et de la présence de Dieu. Il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec sa postérité ; il voit le Ciel fermé et l’enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l’un et fermer l’autre.
Que va faire la Sagesse Éternelle ?


LA SAGESSE ÉTERNELLE APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME

« Elle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d’honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d'œuvre détruit, son représentant sur la terre renversé. Elle prête tendrement l’oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son cœur et l’affliction de son âme.
« Il me semble voir cette aimable Souveraine rappeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité, pour réparer l’homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, se livre une espèce de combat entre la Sagesse Éternelle et la Justice de Dieu.
« La Sagesse dit qu’à la vérité l’homme mérite, par son péché, le sort des anges rebelles, mais qu’il faut avoir pitié de lui, parce qu’il a plus péché par faiblesse et ignorance que par malice. Elle représente, d’un côté, que c’est un grand dommage qu’un chef-d'œuvre si accompli demeure pour jamais l’esclave de son ennemi, et que des millions d’hommes soient à jamais perdus par le péché d’un seul. Elle montre, de l’autre, les places du Ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu’il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l’éternité si l’homme est sauvé.
« La Justice répond que l’arrêt de mort est porté contre l’homme et ses descendants, et qu’il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde… ; que l’homme est un ingrat pour les bienfaits qu’il a reçus, qu’il a suivi le démon en sa désobéissance et son orgueil, et qu’il le doit suivre sans ses châtiments, parce qu’il faut nécessairement que le péché soit puni.
« La Sagesse Éternelle, voyant qu’il n’y avait rien dans l’univers qui fût capable d’expier le péché de l’homme, de payer la Justice et d’apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver l’homme qu’elle aimait d’inclination, trouve un moyen admirable. Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu’à l’excès, cette aimable et souveraine Princesse s’offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l’esclavage du démon et des flammes de l’enfer, et nous mériter une éternité de bonheur.
« Son offre est acceptée. Le conseil en est pris et arrêté : la Sagesse Éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées » (N° 41-46).
 
En attendant ce temps de son Incarnation, elle témoignera de toutes manières, aux descendants d’Adam, l’amitié qu’elle leur porte, le grand désir qu’elle a de leur communiquer ses faveurs et de s’entretenir avec eux : « Mes délices, a-t-elle dit, sont d’être avec les enfants des hommes ». Deliciae meae esse cum filiis hominum (Prov. VIII, 34).
De la sorte, elle a préservé de la damnation tous ceux qui ont eu foi en sa venue. Elle a conservé Adam et l’a délivré de sa faute par le repentir et l’expiation. Lorsque le déluge inonda la terre à cause de Caïn et de sa descendance perverse, elle sauva encore le monde en gouvernant le juste Noé, toujours docile à ses ordres. Avant Noé et après lui, c’est elle qui forma tous les saints Patriarches, gardiens et transmetteurs de la Révélation primitive.
Lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s’abandonner au mal, elle s’est préparé, en la personne d’Abraham, un peuple de croyants. Elle le retira de la Chaldée, son milieu d’origine, pour le fixer en terre chananéenne, dans ce pays qui la verrait s’incarner (Sap. X).

L’auteur de l’Ecclésiastique (ch. XXIV) nous la montre établissant sa résidence en Israël, chez le peuple élu :

Chez tous les peuples et toutes les nations, j’ai régné.
Parmi eux tous j’ai cherché le repos,
J’ai cherché en quel patrimoine m’installer.
Alors le Créateur de l’univers m’a donné un ordre,
Celui qui m’a créée m’a fait dresser ma tente.
Il m’a dit : Installe-toi en Jacob,
Entre dans l’héritage d’Israël.
Dans la Tente sainte, en sa présence, j’ai officié ;
C’est ainsi qu’en Sion je suis établie,
Et que dans la cité bien-aimée
J’ai trouvé mon repos,
Qu’en Jérusalem j’exerce mon pouvoir.
Établie en Israël, la Sagesse y a vigoureusement poussé ses racines :
Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire,
Dans le domaine du Seigneur, en son patrimoine.


Elle y a pris des accroissements magnifiques. Elle y a porté des fruits incomparables de sainteté. Pour les décrire, l’auteur inspiré a recours aux comparaisons les plus poétiques, qu’il continue de placer dans la bouche de la Sagesse :

J’ai grandi comme le cèdre du Liban,
Comme le cyprès sur le mont Hermon.
J’ai grandi comme le palmier d’Engaddi,
Comme les plants de roses de Jéricho,
Comme un olivier magnifique dans la plaine,
J’ai grandi comme un platane.
Après ces comparaisons avec les arbres les mieux venus, ou dont les fruits sont les plus appréciés, en voici d’autres avec les parfums végétaux les plus recherchés :
Comme le cinnamonme et l’apalathe
J’ai donné du parfum,
Comme une myrrhe de choix, j’ai embaumé,
Comme du glabanum, de l’onyx et du stacte,
Comme la vapeur d’encens dans la Tente.
Enfin, deux dernières comparaisons nous disent sa prodigieuse fécondité :
J’ai étendu mes rameaux comme le térébinthe,
Ce sont des rameaux de gloire et de grâce.
Je suis comme une vigne aux pampres charmants,
Et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse.


Aussi, voyons-nous sortir de ce peuple privilégié d’illustres et saints personnages comme Moïse, Samuel, Élie, Élisée ; des poètes de génie qui nous ont laissé les Psaumes et les Livres sapientiaux ; de grands Voyants dont nous admirons les écrits prophétiques. L’Église s’en sert tout au long de son année liturgique.
Entre les cinq Livres sapientiaux, celui de « La Sagesse », composé au 1er siècle avant Jésus-Christ, a immédiatement préparé l’Évangile. Il déborde d’éloges sur les excellences, les beautés, les amabilités de la Sagesse Éternelle, et sur le désir qu’elle a de gagner le cœur de l’homme. Ce Livre, nous dit Montfort, a été écrit exprès pour cela : il faut le considérer comme une lettre d’une amante à son amant pour gagner son affection. Les désirs qu’elle y témoigne du cœur de l’homme sont si empressés, les recherches qu’elle y fait de son amitié sont si tendres, ses appels et ses vœux y sont si amoureux, qu’à l’entendre parler vous diriez qu’elle n’est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu’elle a besoin de l’homme pour être heureuse.
Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands chemins ; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes ; tantôt elle vient aux portes des villes ; tantôt elle entre jusque dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu’elle peut : O hommes ! O enfants des hommes, c’est à vous que ma voix crie depuis si longtemps. O viri, ad vos clamito, et vox mea ad filios hominum (Prov. VIII, 4). C’est vous que je désire, c’est vous que je cherche, c’est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi : je veux vous rendre heureux…
Et comme si les hommes craignaient encore, à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine, de s’approcher d’elle… elle leur fait dire qu’elle est d’un accès facile ; qu’elle se laisse aisément voir à ceux qui l’aiment ; qu’elle prévient ceux qui la désirent ; qu’elle se montre à eux la première, et que celui qui se lèvera matin, pour la chercher, n’aura pas beaucoup de peine, car il la trouvera assise à sa porte. (ASE, N° 65, 66, 69).
 
Cependant, si malgré ces désirs empressés de la Sagesse Éternelle, des milliers d’années se sont écoulées avant son Incarnation, c’est que la réponse des hommes n’avait pas encore assez de force pour l’attirer du sein de son Père.
Les saints de l’ancienne Loi, il est vrai, ont demandé le Messie avec d’instantes prières. Ils gémissaient, ils pleuraient, ils s’écriaient : O nues, pleuvez le Juste ! O terre, germez le sauveur ! O Sagesse qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut… venez nous délivrer (Grande Antienne de l'Avent). Mais leurs appels et leurs sacrifices n’étaient pas d’un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces. Le peuple élu lui-même, malgré les avertissements, les remontrances de ses Prophètes, s’était montré tant de fois prévaricateur. Et le monde, au dire de saint Augustin, l’immense monde païen était indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père.
Il n’y a eu que l’humble Marie qui ait mérité, par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus, de voir le Verbe éternel, la Sagesse Éternelle, se faire homme en son sein. Ce qui nous montre quel Trésor infini est cette divine Sagesse, et quel ardent désir nous devons voir de la posséder, à l’exemple du Père de Montfort qui chantait :

Digne Mère de Dieu, Vierge pure et fidèle,
Communiquez-moi votre foi ;
J’aurai la Sagesse par elle,
Et tous les biens viendront en moi.
Sagesse, venez donc par la foi de Marie,
Vous n’avez pu lui résister ;
Elle vous a donné la vie,
Elle vous a fait incarner
.
(Cant. N° 74)

(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)


Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créaturesDieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Nous sommes des grands blessés, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Sur la vaine curiosité, L'inimitié entre Satan et Marie, La terre se couvrit de ronces et d'épines, et Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam.












jeudi 24 septembre 2020

De l'Excellence de la nature Angélique



I. Point. Adoration. Adorez celui d'où vient tout don parfait. Parfait lui-même en sa nature, parfait dans ses attributs, il est aussi parfait dans ses ouvrages. Il est toujours également grand, soit qu'il crée des Anges dans le Ciel, soit qu'il tire du néant les vermisseaux de la terre. (S. Augustin) Cependant on peut dire avec Saint Chrysostome (Hom. 4. in I. Gen), que Dieu a usé envers eux d'une libéralité et d'une magnificence ineffable en leur création, en les enrichissant de si rares qualités, et établissant entr'eux un si bel ordre. La nature Angélique surpasse en dignité toutes les autres natures créées, dit encore saint Augustin. Ils devaient être, ô mon Dieu, les aînés de votre Maison, il était bien juste qu'ils fussent distingués en toutes sortes de dons de la nature et de la grâce. Ô illustres Princes de la maison de Dieu, je n'ai jamais bien connu, ni pensé à vos grandeurs. Que je commence aujourd'hui à vous connaître, pour ne plus cesser de vous aimer.
Et vous, ô mon âme, pensez à votre néant, et vous pourrez dire comme le Prophète, Je suis réduit à rien (Ps. 72). Voyez combien de créatures plus parfaites que vous, sont sorties des mains de Dieu ; mais hélas, Seigneur, je suis content de l'être que vous m'avez donné, et je me réjouis de ce que vous avez des serviteurs si dignes de vous appartenir.

II. Point. Considérations. Pour découvrir quelque chose de l'excellence de la nature des Anges, faites ici trois réflexions qui développeront en raccourci ce qui pourra être plus amplement détaillé dans les Méditations suivantes.
Dans la première réflexion, vous considérerez ce que c'est qu'un Ange, et un Ange du nombre des bienheureux.
Dans la seconde, vous ferez attention que la nature Angélique participe plus que toute autre à la nature de Dieu même.
Dans la troisième, vous examinerez en quoi consiste le privilège de sa spiritualité.

I. Considérez donc ce que c'est qu'un Ange, autant qu'il est permis à un esprit aussi borné que celui d'un homme mortel de le comprendre.
1. L'Ange est une substance spirituelle inférieure à Dieu, et supérieure à l'homme. C'est un des plus beaux ouvrages qui soit sorti des mains de Dieu. Les premières productions, sont ordinairement les plus nobles, les plus vives, les plus achevées, les plus semblables à leur principe : et l'Ange est la première substance, au moins en dignité, que le Créateur ait tiré du néant par la force de son bras, d'où vient que les Anges sont appelés les premières fleurs, les prémices de la nature naissante, les aînés de la maison de Dieu, le plus bel ornement de l'univers.
2. Qu'est-ce encore qu'un Ange et un Ange bienheureux ? c'est un esprit plein de sagesse et qui n'est que beauté, que lumière, que splendeur. Primi luminis velus rivulus quidam et participatio, secundi splendores primi splendoris administri, dit saint Grégoire de Naziance (Orat. 40. in S. Baptisma et or. 42). Primarii luminis radii, dit Nicetas son interprète. Prima lucida natura post primam (Comm. in orat. 40. S. Greg. Naz.) ; il a conservé la fleur de son innocence sans l'avoir jamais perdue. L'état de grâce en a toujours fait un ami de Dieu, et l'état de la gloire en a fait un Prince du ciel. C'est un miroir si pur, si net, et si éclatant de la divinité, que non seulement il reçoit au-dedans de lui-même l'éclat de cette bonté suprême, mais encore qu'il participe au brillant de cette même bonté, et qu'il en réfléchit au-dehors les rayons lumineux (Baldesanes Taurinensis stimuli virtutum. L. 2. c. I). L'Ange est donc comme un échantillon ou un essai, si l'on peut parler de la sorte, de la beauté de Dieu même. En effet, sa communication est si intime avec Dieu dans le séjour de sa gloire, qu'il est tout resplendissant des clartés qui rejaillissent de la divinité sur lui, et de la vue intuitive de l'essence divine.
3. Un Ange est encore un esprit de feu et de flammes. Urens ignis et verniens spiritus ministri ejus sunt, dit S. Hilaire (L. 5. de Trin.). En faut-il être surpris ? Il prend un repos éternel dans le sein de la charité infinie de Dieu. Là il puise les ardeurs dont il est pénétré, embrasé, consumé. Celui qui apparut à Daniel, avait le visage tout éclatant de lumière, les yeux brillants comme un éclair, les bras comme un airain embrasé, et tout le corps transparent comme la chrysolythe (Dan. 10, 6).
4. Qu'est-ce encore qu'un Ange ? C'est un contemplatif parfait, et un chantre divinement inspiré. Le Prophète Royal le comprenait suivant le sentiment du saint Docteur déjà cité. Expliquant comment le Roi prophète méditait sans cesse la Loi du Seigneur : Meditabor in justificationibus tuis semper. Il remarque qu'il le pratiquait ainsi à l'imitation des esprits célestes (S. Hil. in Ps. 118. Liv. 15). Un Ange est donc consacré à la méditation des grandeurs de Dieu. Il est destiné à la louange du Créateur, qui met dans sa bouche les plus mélodieux Cantiques, et il les chante sans jamais les discontinuer. Saint Athanase s'en était aussi formé cette idée, lorsqu'en le définissant et décrivant son occupation, il le représente comme un esprit immortel propre à chanter des hymnes. Angelus est... expers materia, hymnis dicendis aptum, immortale (L. de comm. essentia Patr. F. & Sp. S. pag. 238) Et demandant plus bas quelle est son occupation, il répond que c'est la louange et l'amour continuels de la majesté de Dieu.
Comprenez à présent autant que vous le pouvez ce que c'est qu'un Ange ; « et si l'on vous demande ce que c'est que cette sainte Cité, qui est composée d'Anges dans le ciel ? répondez avec saint Augustin que c'est Dieu même qui l'a formée : d'où elle est sage ? que c'est Dieu même qui l'illumine ? d'où elle est heureuse ? que c'est de Dieu même dont elle jouit. En subsistant en Dieu, elle en reçoit une forme qui l'unit à lui, en le contemplant, elle en est illuminée ; en s'y unissant, elle est remplie de joie. Elle est, elle voit, elle aime. elle vit dans l'éternité de Dieu, elle luit dans sa vérité, elle se réjouit dans sa bonté (L. II. de Civ. c. 2)

Affections. Grand Dieu, si les Anges sont si beaux et si parfaits, qu'êtes-vous donc vous-même qui les avez créés. Je vous aime, esprits favoris du Très-haut, parce que votre beauté est ravissante, votre sagesse admirable, et votre puissance incroyable ; vous n'avez cependant que quelques traits des perfections de Dieu. Comment dois-je donc l'aimer lui-même pour sa bonté infinie, sa sagesse incomparable, sa puissance victorieuse. Aimez, ô mon âme, l'objet le plus aimable que vous puissiez aimer. Ô région désirable où se voient tant de beautés, quand pourrai-je vous posséder !

II. Considérez encore que la nature Angélique participe plus que toute autre à la nature de Dieu. Le Prophète le fait assez remarquer, lorsqu'en parlant sous la figure d'un Roi, du chef des anges rebelles, il lui dit : Ô toi, Chérubin, qui étais comme le sceau de la ressemblance de Dieu ; (Ezech. 28, 14) comme s'il eût voulu dire, que tous les traits de la ressemblance de Dieu étaient si visiblement représentés en lui, qu'il n'y avait point de simple créature qui en approchât de plus près, par la pureté de l'esprit éloigné du mélange des facultés et des organes, par la vaste étendue de son intelligence ; enfin par un assemblage de tant de perfections, qu'il se méconnut lui-même. Le Prophète, dit saint Grégoire (S. Greg. in Ezech.), l'appelle le sceau de la ressemblance de Dieu, afin que l'on comprenne, que plus la nature de l'Ange est excellente, plus aussi les traits de la Divinité y sont exprimés. En effet, plus une chose approche d'un principe, pus elle participe à ses qualités et à ses perfections. Le Prince qui touche de plus près la personne du Roi, est le plus noble ; l'Ange donc étant de toutes les créatures qui ne sont point d'un ordre divin, celle qui approche le plus près de la Divinité, il n'y en a point qui exprime plus parfaitement ses divines perfections, et qui lui soit plus semblable ; et comme plus on s'approche du soleil, plus on est pénétré de ses rayons, et rempli de sa splendeur, ainsi l'Ange porte en sa nature l'image de dieu la plus marquée. En effet, il est pur esprit, et immortel ; il agit par l'entendement et la volonté, qualités qui sont autant de crayons de la Divinité, et de rayons de cette ressemblance. Nous ne devons donc point douter que Dieu ne jette avec complaisance ses regards sur ces excellentes images de ses perfections, puisqu'il s'y est représenté hors de lui-même aussi excellemment qu'il le pouvait être dans de pures créatures.

Réflexions. Contemplez aujourd'hui, ô mon âme, la beauté de nos citoyens célestes, qui comme les astres du matin, ou plutôt comme autant de soleils brillent dans la cité de Dieu ; c'est en eux, que comme dans des miroirs éclatants, reluisent les perfections de Dieu, sa puissance, sa sagesse, sa bonté et son amour (S. Lud. de Gonzag.). La Reine Esther, ravie de la beauté majestueuse du grand Assuerus, qui commandait sur cent vingt-sept Provinces, depuis les Indes jusqu'en Éthiopie, lui parla en ces termes : « Ne trouvez pas étrange, ô grand Roi, si à la vue de votre Majesté je suis tombée en défaillance ; vous m'avez surprise de telle sorte, qu'il m'a semblé voir un Ange du ciel. Mon cœur a été troublé de l'éclat de votre gloire, et la frayeur m'a saisie lorsque je me suis approchée de la majesté de votre Personne (Esther. 15, 16). » Si un Roi de la terre a eu tant d'attraits pour attirer à lui tous les cœurs, quels charmes et quelle beauté ne doivent pas avoir les Anges ! ces intelligences si nobles qui assistent devant le trône du Roi des rois, et qui sont comme la réflexion des lumières de cette Majesté souveraine.

Affections. Ô mon Dieu, toutes vos créatures portent quelques traits de la main qui les a formées ; mais il n'en est point de si ressemblants que ceux que portent les Esprits bienheureux. Vous vous y êtes exprimé, et vous y avez mis vos complaisances. Vous n'avez pas cependant oublié l'homme, cet autre chef-d'œuvre de vos mains. Vous l'avez fait aussi à votre image, et vous avez réparé les traits de cette même image défigurée par le péché, en la rendant par le Baptême participante en Jésus-Christ, de la nature divine (2 Pet. 1, 4). Vous auriez surpassé nos désirs et notre attente, en nous réformant sur le modèle de la nature Angélique, mais ce n'était pas assez pour votre bonté envers la nature humaine. Soyez-en béni mille fois ; et afin que je ne déshonore pas désormais votre image en moi, donnez-moi part à la vigilance que les saints Anges ont eu depuis le moment que vous les avez créés avec tant de grâces et de perfections, pour conserver en eux les traits de ressemblance qu'ils ont avec vous.

III. Considérez que c'est un des grands avantages de la nature Angélique, que sa spiritualité. Les expressions de l'Écriture qui semblent leur donner des corps, sont toutes symboliques. Les ailes dont on les revêt marquent leur subtilité ; la figure de l'homme, leur intelligence ; celle du bœuf, leur force ; celle de l'aigle, leur pénétration ; celle du lion, leur courage ; le feu, leur zèle ; le vent, leur activité, et ainsi des autres. Dans la réalité, les Anges sont si dégagés de la matière, que les corps les plus subtils, jusques même à ceux que l'Écriture appelle, esprits de tempêtes, spiritus procellarum, n'approchent point de leur spiritualité. Aussi c'est d'elle que parle le Prophète, lorsqu'il compare au feu le plus subtil, les ministres de ses volontés (Ps. 103, 4). De là leur agilité est si grande, que les oiseaux ne volent pas si légèrement dans les airs, les vents ne s'élèvent pas avec tant de véhémence, les vaisseaux ne sont point transportés avec tant de vitesse, la flèche n'arrive pas si promptement à son but. En un clin d'œil, l'Ange descend du ciel en terre, et remonte de la terre au ciel. Il perce tout, il entre partout sans être arrêté par la dureté des corps qu'il faut pénétrer, sans trouver de résistance dans le lieu, ou de difficulté dans le chemin. Voyez-les courir çà et là dans Zacharie (Zach. I, 10), et faire le tour de la terre, pour y mettre tout en paix et dans le devoir. Voyez-les dans les Psaumes, tourner tout autour de nous pour notre bien, avec plus d'attention que le démon pour notre mal. Voyez l'Ange qui transporta Habacuc en Babylone (Dan. 24, 33), et celui qui porta saint Philippe à Azote (Act. 8, 40), après avoir baptisé l'Officier de la Reine d'Éthiopie. Si les Anges sont spirituels de leur nature, ils sont aussi incorruptibles et immortels. Dieu en créant l'Ange tout spirituel, l'a fait d'une substance qui ne donne aucune prise à tout ce qui pourrait lui causer la mort. De cette même spiritualité des Anges, s'ensuit une pureté si parfaite, que nous ne l'appelons pas autrement qu'angélique. Peut-elle être en effet plus grande, que d'être hors de la chair et du sang, hors des atteintes de toute souillure et de toute corruption ? Nos âmes sont, il est vrai, toutes spirituelles dans leur substance ; mais par l'alliance qu'elles ont avec le corps, elles en contractent je ne sais quoi de terrestre et de matériel, qui semble, en quelque manière, les dégrader et les faire déchoir de la condition des purs esprits. Au contraire, les Anges n'ont rien que de spirituel, non seulement en leur substance, mais aussi dans leurs opérations, car quoiqu'occupés à faire du bien aux hommes, ils ne participent en rien à leur faiblesse et à leur imperfection.

Affections. Ô heureuse condition de la nature Angélique, que vous êtes digne d'envie ! Que déplorable est au contraire celle des enfants des hommes, obligés qu'ils sont à vivre dans une chair fragile, dans un corps sujet à tant de misères ? Que serait-ce encore, ô mon Dieu, si votre grâce céleste ne réprimait en eux les saillies de la concupiscence ; si elle n'amortissait en eux le feu profane qui enflamme tout le cours de leur vie, étant elle-même enflammée par le feu de l'enfer ? Que deviendrait l'homme revêtu de ce corps de péché, obligé à vivre dans la chair sans la chair, s'il n'était fortifié par le pain des Anges, le froment des Élus, et le vin qui produit les Vierges ?
Aidez-moi, Esprits immaculés, à conserver une vertu, qui est de nature en vous, et qui ne peut être en moi que par la grâce de mon Dieu ; aidez-moi dans l'accomplissement de mes obligations [dans l'état du célibat que j'ai embrassé.] Que je sois par votre puissante protection, un ange terrestre, et un homme céleste ; alors je courrai avec vitesse jusqu'à Dieu, je m'élèverai jusqu'à lui par les mouvements de mon cœur, comme vers le centre de mon repos et de mon bonheur.
Ô Dieu Roi des Anges, je renonce à toute affection qui m'empêcherait d'être tout à vous ; dès ce moment je vole jusqu'à vous, pour m'y fixer entièrement. Je veux vous aimer sans réserve, et si je connaissais, comme le dit le bienheureux François de Sales, une seule parcelle de mon cœur qui ne fût pas éprise de votre amour, je voudrais l'arracher pour jamais. « Les Esprits célestes contemplent toujours votre visage, ô mon Dieu, sans qu'ils en détournent jamais leurs regards. Ils pourraient s'obscurcir et se refroidir si vous les laissiez à eux-mêmes ; mais vous formez en eux un midi perpétuel, les tenant si étroitement unis à vous, que vous les remplissez sans cesse des rayons de votre lumière et des flammes de votre amour (S. Aug. L. 12. Conf. c. 15). » Répandez sur moi de pareilles lumières, de pareils feux, et rien ne pourra me séparer de vous.

III. Point. Résolutions. 1. Estimez votre âme, formée qu'elle est à l'image de Dieu, et prenez garde de la souiller d'aucun péché mortel.
2. Que votre chair dès cette vie devienne comme angélique par la profession de la chasteté, ou par une pureté qui imite celle des Anges. C'est le moyen de la préparer à posséder un jour les biens qui lui sont promis, qui sont, comme dit Tertullien, d'être un jour réformée, et comme angélisée dans le Royaume de Dieu (L. de ref. carnis cap. 26).
3. Ne vous contentez pas d'être chastes de corps, soyez aussi purs d'esprit ; et pour cela, éloignez de vous les pensées impures qui peuvent souiller votre âme.
4. [Allez partout où la gloire de Dieu, les intérêts de son Église, et le salut du prochain vous appelleront, avec tout le zèle qui convient aux hommes apostoliques. (Isaiae, 60, 8) Qui sunt isti qui ut nubes volant ?]


(Extrait de La dévotion aux Saints Anges, particulièrement aux Anges Gardiens, réduite en méditations)


Reportez-vous à De la principale occupation des Anges, qui est de louer Dieu, et de leur NombreApprenez de votre bon Ange la science du salut, Méditation pour la Fête de Saint Michel et de tous les saints Anges, Neuvaine à Saint Michel, Méditation pour la Fête des Saints Anges Gardiens, Litanie de Saint Michel Archange, Puissance de Saint Michel au jugement dernier, Secours de Saint Michel à l'heure de la mort, Chapelet à Saint Michel Archange, De la Dévotion aux saints Anges et de l'esprit d'une Association en leur honneur, C'est en tout temps qu'on a invoqué dans l'Église les Anges et les Martyrs, Saint Raphaël, Modèle de l'Ange gardien préposé à la garde de chaque hommeConfiance de Saint Jean-François Régis en la protection de son Ange gardienDu grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers les saints Anges, saint Joseph et les autres Saints ; Voyage de piétéSermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête des Saints Anges Gardiens : Les anges de ces petits enfants voient sans cesse la face de mon Père céleste, Litanie de Saint Raphaël Archange, Neuvaine à l'Archange Raphaël, Avoir une grande dévotion à saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël, et aux autres quatre Anges qui sont auprès du trône de Dieu, Méditation pour la Fête de Saint Raphaël Archange, Lecture du livre de Tobie (12, 7-15) : S'il est bon de tenir cachés les secrets des rois, c'est un honneur que de faire connaître et proclamer les œuvres de Dieu, Méditation pour le 3 Septembre, Saint Raphaël conduisant le jeune Tobie, Méditation pour le 2 septembre, Sur les Saints Anges GardiensDes exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?Méditation pour le 1er septembre, Les Saints Anges Gardiens, Consécration à tous les Saints Anges, Prières à tous les Saints Anges, Oraison aux neuf Chœurs des saints Anges, Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Pratiquer quelque vertu, ou s'abstenir de quelque vice en l'honneur des Saints Anges, Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels, Autres pratiques pour honorer plus spécialement les saints Anges, et célébrer les fêtes avec tous les respects possibles, Faire des neuvaines en l'honneur des neuf Chœurs des Anges, Chapelet du Saint Ange gardien, Converser intérieurement avec les saints Anges, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La réalité des apparitions angéliques, Avoir une dévotion singulière aux Anges, Archanges et Principautés, Honorer principalement les Puissances, les Vertus et les Dominations, Avoir de profonds respects, et des amours extraordinaires pour les Trônes, les Chérubins et les Séraphins, La protection des saints Anges contre les démons, particulièrement au sujet de leurs différentes tentations, Litanies de l'Ange Gardien, Et Michel et ses anges combattaient contre le Dragon, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Discernement des esprits : ce qu'on entend par esprits, combien on en compte et comment ils se forment, Tous les hommes sont assistés des Saints Anges, Les Saints Anges nous assistent dans les choses temporelles, Les perfections admirables de ces sublimes intelligences, Les Saints Anges font tout ce qui peut se faire pour le bien des hommes, Litanie aux Saints Anges Gardiens, Discernement des esprits, Les Anges, princes et gouverneurs de la grande cité du bien, et Litanie de Saint Gabriel Archange.














 

samedi 1 août 2020

Marthe et Marie


Rien n'est plus digne d'attention que ce que l'Évangile nous apprend touchant les deux sœurs Marthe et Marie. Il est certain que Marthe représente la vie active, c'est-à-dire la vie où, par ses propres efforts, par son propre travail, on s'empresse de témoigner à Dieu son amour ; et que Marie est l'image de la vie contemplative, où l'on s'étudie à se tenir en repos, pour donner lieu en nous à l'action de Dieu, et où l'on n'opère que par le mouvement et sous la direction de Dieu.
Les deux sœurs reçoivent Jésus-Christ dans leur maison, toutes deux l'aiment, toutes deux veulent lui marquer leur amour ; mais elles s'y prennent d'une manière bien différente. Marthe ne pense qu'à exercer la charité envers le Sauveur et à lui préparer un repas. Son soin est digne de louange, mais elle y met beaucoup d'activité, beaucoup d'empressement : elle s'agite, elle s'inquiète ; elle apprête différents mets, tandis qu'un seul eût suffit. Marie, de son côté, ne se donne aucun mouvement pour bien traiter Jésus-Christ ; mais elle s'assoit à ses pieds pour être nourrie de sa parole. L'occupation de la première est toute extérieure, toute en action ; celle de la seconde et toute intérieure, toute en silence et en repos. L'une veut donner au Sauveur, l'autre veut recevoir de lui ; l'une lui présente de grand cœur tout ce qu'elle a, l'autre se donne elle-même.
Marthe, persuadée qu'elle fait plus pour Jésus-Christ que sa sœur, et que celle-ci devrait quitter les pieds du Sauveur pour venir à son aide, se plaint à lui de ce qu'elle la laisse servir seule, et le prie de lui dire de l'aider. Elle croyait que Marie était oisive, et que son repos et son silence n'avaient rien qui dût plaire à Jésus-Christ.
Mais que lui répond-il ? Marthe, Marthe ! vous êtes inquiète et vous vous empressez pour beaucoup de choses ; cependant une seule est nécessaire, Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée.
Pesons cette réponse : l'instruction qu'elle renferme est bien propre à modérer l'activité et à réduire la multiplicité, qui sont les deux grands défauts de la dévotion. Il était dans l'ordre que les hôtesses de Jésus-Christ lui préparassent à manger, mais il ne lui fallait qu'un repas frugal. Un seul mets suffisait aux besoins de la nature, et Marthe croirait manquer au Sauveur si elle ne lui apprêtait un grand nombre de mets. Voilà le défaut de la multiplicité. Il fallait apprêter ce repas frugal paisiblement, et sans perdre le repos intérieur ; et Marthe s'empresse, s'agite, se trouble. Voilà le défaut de l'activité. Marthe préférait son occupation à celle de sa sœur. Jésus-Christ la redresse encore là-dessus, et lui apprend que le choix de Marie est le meilleur. Il lui apprend encore que les œuvres extérieures, les œuvres de charité, quoique bonnes en elles-mêmes, quoique commandées, ne sont que pour la vie présente, et cesseront avec celle-ci ; au lieu que le repos de la contemplation ne passera jamais, et qu'après avoir commencé sur la terre, il continuera avec plus de perfection dans l'éternité.
Dans une autre occasion, lorsque Jésus-Christ vint pour ressusciter Lazare, Marthe, instruite de sa venue, et toujours active, court à sa rencontre. Marie reste au logis, elle attend, pour en sortir, que sa sœur lui dise que le Maître l'appelle. Marthe agit de son propre mouvement ; Marie attend pour agir que Jésus-Christ la mette en mouvement.
Tirons de tout ceci des règles sûres pour diriger notre jugement et notre conduite en matière de dévotion.
1° Les bonnes œuvres, eussent-elles pour objet Jésus-Christ lui-même, et une chose aussi nécessaire que la nourriture, sont en elles-mêmes d'une moindre valeur que l'oraison et le repos de la contemplation. Par conséquent il faut en général préférer l'oraison à l'action, et y donner beaucoup plus de temps. Par l'oraison j'entends ici tous les exercices de piété dont l'âme est l'objet immédiat.
2° Quand les œuvres extérieures qui regardent le prochain ne sont pas de nécessité absolue, il ne faut pas tellement les multiplier qu'elles prennent sur nos prières et sur nos exercices intérieurs. On a beau alléguer le zèle et la charité : le zèle doit être réglé, et la charité doit commencer par nous-mêmes.
3° Lors même que les œuvres extérieures sont indispensables, et que la volonté de Dieu y est expresse, il faut tâcher de s'en acquitter sans sortir du repos intérieur ; en sorte que, dans l'action, l'âme continue d'être unie à Dieu, et qu'elle ne perde point un certain recueillement qui doit l'accompagner partout. Comme cela est d'une pratique assez difficile, et n'est propre qu'aux âmes avancées, tous les maîtres de la vie spirituelle recommandent aux commençants de donner le moins qu'ils pourront à l'action, et de s'appliquer davantage à l'oraison. Un temps viendra où l'oraison leur étant devenue, pour ainsi dire, naturelle, ils pourront, si Dieu le juge à propos, agir beaucoup au-dehors, sans perdre le repos du dedans.
4° Par rapport même aux exercices intérieurs, l'activité qui a sa source dans l'amour-propre est toujours mauvaise, et l'on ne saurait trop la réprimer, pour se laisser dominer par la grâce. Que faisait Marie ? Elle était assise ; son corps était dans une situation fixe et tranquille ; elle était en silence. Jésus-Christ parlait ; elle l'écoutait de toute l'attention de son cœur. Il n'est pas dit qu'elle parlât à Jésus-Christ, ni qu'elle l'interrompît ; elle se tenait devant lui comme un disciple devant son maître ; elle recevait ses leçons, et les laissait pénétrer doucement dans son âme. Voilà le modèle de la parfaite oraison, où l'âme ne cherche point à s'exhaler en réflexions et en sentiments, mais où elle écoute celui qui l'instruit sans aucun bruit de paroles. Quand Dieu nous a fait la grâce de nous appeler à ce genre d'oraison, il n'en faut jamais sortir pour quelque prétexte que ce soit, de distraction, de sécheresse, d'ennui, de tentation. Mais il y faut persévérer ; il faut dévorer toutes les peines qui s'y rencontrent, et être persuadé qu'on fait beaucoup, qu'on fait tout ce que Dieu veut que nous fassions, lors même qu'on croit ne rien faire et perdre le temps. Il faut un grand courage, et prendre beaucoup sur soi-même, pour marcher constamment dans le désert d'une oraison nue, obscure, vide de pensées et d'affections. Aussi c'est cette oraison qui avance le plus notre mort à nous-mêmes, et notre vie en Dieu.
5° L'activité engendre la multiplicité, et le repos conduit à l'unité, à cette unité dont Jésus-Christ relève la nécessité. L'activité accumule les pratiques ; elle embrasse tous les genres de dévotion. Elle passe sans cesse d'un acte à un autre ; elle s'agite, se tourmente, et ne croit jamais avoir assez fait. Le repos nous concentre en Dieu, et nous fixe à une seule chose : à l'écouter dans l'oraison ; et, hors de l'oraison, à accomplir sa volonté dans le moment présent, sans s'inquiéter du passé ni de l'avenir. En sorte que l'âme n'a jamais qu'un seul objet, et qu'elle ne se livre jamais aux choses extérieures, moins occupée de son action que de la volonté de Dieu, qui est son motif et sa fin.
6° Elle apprend ainsi à ne point séparer l'occupation de Marie de celle de Marthe, et à les subordonner de manière que l'une ne nuise point à l'autre. Elle ne néglige aucun des devoirs de son état, même ceux de bienséance ; mais elle met à la tête de tous ses devoirs l'union inséparable avec Dieu, la dépendance continuelle de la grâce. Elle rend au prochain tous les services qui dépendent d'elle, mais elle ne s'y porte pas d'elle-même : elle attend que la Providence lui en présente l'occasion. Elle parle, elle agit en paix sous la direction de la grâce, et elle n'aspire qu'à se trouver seule avec Dieu.
7° Enfin, même dans les meilleures choses, dans celles qui intéressent le plus la gloire de Dieu, elle ne s'ingère jamais en rien ; elle ne fait pas même un pas vers Dieu, si Dieu lui-même ne l'appelle. Elle reste où elle est, comme dit saint François de Sales, parce que son état présent est celui où Dieu la veut, et qu'elle n'en doit sortir que par son ordre.
Que la dévotion serait belle, qu'elle serait glorieuse à Dieu, utile à l'âme, édifiante pour le prochain, respectée du monde même le plus corrompu, si elle se conduisait selon ces règles ! Mais, par malheur, on veut se gouverner soi-même, on se cherche soi-même dans sa dévotion, et c'est ce qui la rend sujette à tant de défauts et de travers.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vousDe la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.
















dimanche 16 février 2020

Des qualités qui sont propres dans la voie extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :


Saint Étienne (Carlo Crivelli)


Des qualités qui sont propres dans la voie extraordinaire



Quelles sont ces qualités ?

Il y en a trois principales ; savoir, la simplicité, l'efficace et la solidité.


En quoi consiste la simplicité ?

En ce que, toute abondante qu'est cette voie en grâces et en faveurs célestes, elle apprend aux âmes à passer par ces richesses spirituelles sans s'y arrêter. Elle est aussi très-simple de sa nature, parce qu'elle n'admet pour tout exercice qu'un regard de l'esprit et un acquiescement du cœur, et même ce regard et cet acquiescement sont des actes si subtils et si déliés, que l'âme qui les forme peut à peine s'en apercevoir.


Puisque l'âme en cet état semble ne rien faire, ne peut-on pas conclure qu’elle est oisive dans son oraison ?

Elle le serait sans doute si elle était sans action ; mais c'est ce que nous n'avons pas dit. Nous disons seulement que son action est si profonde et si délicate, qu'elle n'a pas la satisfaction de se rendre à elle-même témoignage de ce qu'elle fait ; que par le simple regard on ne connaît rien de distinct ; que l'acquiescement de la volonté n'est, à parler précisément, ni contrition, ni remerciement, ni offrande ; mais tout cela éminemment. Nous disons enfin que cette manière d'oraison est très agréable à Dieu, et qu'elle produit d'excellents effets.


Ne pourriez-vous pas par quelque comparaison nous rendre cette doctrine sensible ?

En voici une dont se sert un docteur mystique. Si une grande Reine faisait son plaisir d'habiller une Villageoise, et de la parer de ses propres mains ; tout ce que pourrait faire de mieux cette pauvre fille, ce serait d'être modestement attentive à ce qu'on ferait pour elle, de laisser satisfaire la Reine, de faire ensuite la révérence, et de se retirer ; cette conduite simple vaudrait mieux que tous les soins empressés qu'elle aurait pu se donner, et que tous les compliments qu'elle aurait pu faire. C'est la conduite qu'on doit garder dans l'exercice du repos dont nous avons parlé.


En quoi faites-vous consister l'efficace de cette voie ?

En ce que le regard unique et le saint acquiescement au bon plaisir de Dieu , ont une vertu singulière qui fortifie l'homme, l'élève au-dessus de lui-même, et le fait opérer d'une manière qui surpasse visiblement sa faculté naturelle.
Ce regard est l'instrument dont se sert le saint Esprit pour travailler dans les âmes ; c'est comme un trésor où il leur fait trouver ses dons les plus précieux ; le don de sagesse, c'est-à-dire, la connaissance expérimentale et savoureuse des objets spirituels et divins ; le don d'intelligence, c'est-à-dire, la faculté de comprendre les choses difficiles, et de les réduire à leurs principes éternels et immuables ; le don de conseil, c'est-à-dire, la prudence et la discrétion pour conduire les âmes ; le don de science, c'est-à-dire, la connaissance certaine des choses spirituelles, et quelquefois même de plusieurs qui sont de l'ordre naturel ; tous ces dons sont renfermés comme en un point dans l'unique regard dont nous parlons. C'est une lumière très simple où l'âme puise toute science et toute vertu ; de sorte qu'elle est toujours pourvue, et qu'elle n'a pas besoin de préparation soit pour parler aux peuples assemblés, soit pour instruire en particulier, parce que des fleuves d'eau vive coulent de son sein (Jean. 7, 38), couronnement à la promesse de N. S. Le Saint-Esprit seul a la clef de ce trésor qui ne s'épuise jamais, et il est dit de celui qui le possède : qu'il répandra comme une pluie les paroles de la sagesse. (Eccl. 39, 9)
Ce qu'est le simple regard à l'entendement qu'il éclaire, le simple acquiescement l'est à la volonté qu'il fortifie. C'est de cette source sacrée que découlent les autres dons du Saint-Esprit ; don de force, don de piété et de crainte de Dieu, les pieuses affections, les bons mouvements, les saintes saillies, les ardeurs du zèle. Mais (ce qu'on ne saurait assez observer) toute cette abondance de richesses vient d'un principe très-simple qu'on peut comparer à une fontaine qui se remplit par un seul tuyau, et qui se partage ensuite en plusieurs ; et c'est pour cela que l'Esprit de Dieu est appelé dans les saintes Écritures, unique et multiplié. (Sap. 7,22)
On peut donc dire de ceux qui marchent dans cette voie, qu'ils portent toujours en eux-mêmes, sans fatigue et sans embarras, tout ce qui leur est nécessaire en toutes sortes a occasions ; puisqu'un seul bien qu'ils possèdent, leur fournit à propos tous les autres, à mesure qu'ils en ont besoin. Il en est d'eux, comme d'un Prince, qui avec une seule clef ouvrirait toutes les portes d'un grand Palais ; ou comme d'un Médecin, qui trouverait dans une seule plante, le remède à toutes sortes de maux. C'est ainsi qu'une seule chose tient lieu de toutes les autres, à ceux dont nous parlons. Sans qu'ils se donnent aucun soin, un esprit très-simple qui est en eux, leur suggère tout ce qu'ils doivent dire ou faire dans les différentes occasions. Et c'est là-dessus qu'est fondé le commandement que Notre-Seigneur fait à ses disciples, de ne point compter sur leurs soins et sur leur industrie, quand ils auront à lui rendre témoignage devant les Puissances du monde. Ne songez point, ni comment vous parlerez, ni à ce que vous direz. (Matth. 10, 19)


Quel est cet esprit très-simple dont vous venez de parler ?

C'est le Saint-Esprit, qui n'étant que feu et que lumière, que paix et que liberté, forme lui-même dans l'esprit et dans le cœur, ce simple regard et ce doux acquiescement, par lesquels il opère ensuite de grandes choses, et rend les hommes puissants en œuvres et en paroles. Munis de ce secours, les Apôtres, sans science, sans étude, et sans talents naturels, ont fait plier tout le monde sous leurs volontés ; et rien ne prouve mieux l'efficace de ce don merveilleux, que ces paroles dont se servit Notre Seigneur pour le faire attendre à ses Apôtres : Tenez-vous dans la ville, leur dit-il, jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force qui vienne d'en haut. (Luc. 24, 4)


Comment prouvez-vous la solidité de cette voie ?

Par son efficacité même. On peut dire de ceux qui sont dans cette voie, qu'ils rendent à Dieu le service le plus agréable qu'il puisse recevoir de la part des hommes. Tout autre service est imparfait ; toute autre conduite est faible en comparaison de celle-ci, qui est pleine de force, et capable de venir à bout de tout. Ceux qui ne sont pas favorisés de ce don, peuvent bien se rendre agréables à Dieu par l'humilité et l'abnégation intérieure ; ils peuvent faire beaucoup de bien avec le secours de Dieu. Mais la nature en eux se mêle souvent avec la grâce ; il y a beaucoup du leur dans ce qu'ils font. Aussi voyons-nous que leurs paroles sont peu efficaces, qu'elles font peu d'impression, et qu'ils ne sont pas capables d'entreprendre beaucoup pour Dieu, et d'exécuter de grands desseins pour sa gloire.
Les personnes que Dieu introduit dans la voie extraordinaire sont pleines de force ; elles portent au-dedans d’elles-mêmes une vive impression des vérités divines ; leur attrait est puissant ; leurs paroles sont persuasives ; elles embrasent les cœurs ; et par tout ce qu'elles font pour leur propre perfection et pour celle du prochain, il paraît bien que l'Esprit de J. C. habite en elles d'une manière particulière. Saint Étienne, premier Martyr, en est une preuve éclatante. Il est dit de lui dans les Actes des Apôtres (6, 10) : Que les Juifs ne pouvaient résister à la Sagesse et à l'Esprit qui parlait par sa bouche.
Rien de plus simple que la grâce de cet état, si on la considère en elle-même, puisqu'elle ne consiste qu'en un regard de l'esprit, et en un doux acquiescement du cœur ; et cependant rien de plus fertile en grandes actions, excepté au temps de l'impuissance, qui est le second degré de la voie extraordinaire. Car alors l'âme est privée de l'usage ordinaire de ses facultés intérieures ; quoique dans le fond elle agisse par une opération occulte qui la soutient, principalement dans tous ses besoins ; mais qui ne la console point, parce qu'elle lui est inconnue.


D'où, vient que vous ne parle point des extases, des ravissements, des visions et des paroles intérieures dont Dieu favorise les âmes dans cette voie ?

Parce que nous ne parlons ici que de ce qui concerne la pratique de la vertu. Outre que nous avons dit ailleurs, qu'on ne doit point s'attacher à ces sortes de grâces, ni les prendre pour appui ; il ne convient pas de les rejeter, ni de les mépriser, puisque ce sont des dons de Dieu ; mais il convient encore moins d'y mettre sa confiance. La pratique des Saints, est de les recevoir avec dégagement de cœur, et de fonder leur conduite sur la Foi.


N'y a-t-il point d'autre avis à donner aux personnes qui sont dans la voie extraordinaire ?

Le plus important est, qu'en suivant les mouvements de l'esprit intérieur qui les gouverne, elles ne s'écarte point de la règle extérieure prescrite à tous les hommes, laquelle comprend la doctrine de la foi, l'autorité des Supérieurs, et le sentiment commun des gens sages et spirituels. C'est en cet heureux accord de la Loi intérieure avec la Loi extérieure, que consiste la perfection. Tout est dans l'ordre, et rien n'est suspect, lorsque l'attrait de la grâce n'est point gêné par les règles du dehors, et lorsque les règles du dehors, c'est-à-dire, la foi, l'obéissance, et la droite raison rendent témoignage à l'attrait de la grâce. Il n'y a plus qu'un écueil à craindre, et c'est qu'on ne confonde quelquefois la prudence humaine avec la sagesse évangélique, qui doit guider la raison.
On ne peut donc trop recommander aux personnes que Dieu conduit par la voie extraordinaire, de faire consister leur principale perfection dans les vertus communes et nécessaires à tous, et de préférer constamment la pratique de l'humilité, à tous les dons les plus sublimes que Dieu leur communique. Lorsqu'aux vertus extraordinaires, qui sont propres de leur état, elles joignent la fidélité et l'exactitude à remplir tous les devoirs de la vie commune, elles ont atteint le plus haut point de sainteté où l'on puisse arriver sur la terre.
On remarque cette union admirable dans presque tous les Saints : nous n'en connaissons guère qui n'aient participé au don de la contemplation, et en qui ce don sublime n'ait contribué à nourrir et à faire croître l'humilité : de sorte qu'on peut leur appliquer ces paroles de l'Apôtre : Vous êtes mort, et votre vie est cachée en Dieu avec J. C. En effet, le secret et le silence au milieu duquel le S. Esprit opère dans les âmes de ce rang, est très-propre, non-seulement à les cacher en Dieu, mais encore à les faire mourir à elles-mêmes, au monde, et à toutes les choses de la terre.
Il est vrai que ceux qui meurent de la sorte, ne le font que pour vivre d'une vie de grâce, et que la grâce opère en eux et par eux de merveilleux effets. Mais quelque riches qu'ils soient en grâce et en dons surnaturels, ils font toujours grand fond sur la charité, l'humilité, et les autres vertus, qui rendent l'homme digne de la récompense éternelle. Ils savent que ce que Dieu agrée le plus dans les âmes, ce ne sont pas les dispositions sublimes qu'il met en elles, ni les faveurs extraordinaires qu'il leur accorde, mais le soin qu'elles prennent de pratiquer la vertu ; parce que c'est l'homme qui donne à Dieu, lorsqu'il pratique la vertu, au lieu que Dieu seulement donne à l'homme lorsqu'il accorde des faveurs singulières ; et il est écrit, qu'on est bien plus heureux de donner que de recevoir. (Act. 20, 35) Les dons sublimes, l'abondance des lumières, et la douceur des consolations élèvent l'homme sans aucun mérite de sa part : ce qui lui attire les grâces du Ciel, c'est de vivre saintement.


Reportez-vous à Le Martyre de Saint Étienne, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDe l'heureux état d'une âme qui a établi sa perfection et sa félicité dans l'acquiescement au bon plaisir de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph SurinDe l'Oraison qui convient à la voie extraordinaire, et Avis nécessaires à ceux qui sont dans cette voie, par le R.-P Jean-Joseph Surin, De la voie surnaturelle ou extraordinaire, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'avancement de l'âme et des principaux moyens qui peuvent le procurer, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du bon Directeur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, Simple et courte méthode d'oraison mentale, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'étude des Lettres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Réflexions sur la nature et les forces des Démons, et sur l'économie du Royaume des ténèbres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels sont les devoirs de piété dont il faut s'acquitter envers les Saints ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'occuper des souffrances de Jésus-Christ ?, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'exercer en ce qui regarde la Doctrine de Jésus-Christ ?, De la vie intérieure, et de la familiarité avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du Père Surin pour la pauvreté, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du renouvellement de l'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Seigneur, que vous plaît-il que je fasse ?, Des Habits, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (1), Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (2), De la vie illuminative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la mémoire, par Le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Combien sont mal fondées les plaintes de ceux qui se disent incapables de méditer, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, Les voies du salut, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour admirable du Père Surin pour les souffrances, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'imagination de l'homme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'entendement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la colère, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie Purgative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, De la sècheresse dans l'oraison, Du devoir des Veuves, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, Clerc Régulier Théatin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?, Le souvenir de nos péchés est un moyen propre pour nous aider à supporter avec résignation, toutes les afflictions que Dieu nous envoie, Avis pour la lecture spirituelle, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), et Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4).