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dimanche 28 novembre 2021

Quelques-unes des pratiques les plus profitables aux âmes du Purgatoire



l. — Il y a la sainte aumône, sous ses différentes formes : pauvres, malades, ignorants auxquels on donne le pain de l'instruction, affligés que l'on console, cœurs abattus que l'on relève. La bénédiction du pauvre est une pluie rafraîchissante à ceux que consume le feu de l'expiation. « C'est l'aumône, dit l'Écriture Sainte, qui couvre la multitude des péchés. »
2. — Le saint sacrifice de la Messe, l'auguste Victime, qui est la rançon du monde, offerte à son Père pour l'acquittement des dettes humaines.
3. — La prière, la prière fervente, ce cri du cœur qui est auprès de DIEU une toute-puissante supplication. Non pas quelques paroles prononcées sans attention et sans confiance, mais une véritable oraison, toute réfléchie, tout ardente, toute sainte. La prière, assure Notre-Seigneur, obtient tout. Ah ! si les âmes du purgatoire pouvaient prier pour elles-mêmes d'une manière efficace, avec quelle victorieuse ferveur elles le feraient ! Or, elles attendent que nous les remplacions...
4. — La mortification corporelle : jeûnes, privations, positions gênantes, travail prolongé, partie de plaisir sacrifiée, satisfaction légitime repoussée ; à plus forte raison, discipline, psaumes de la pénitence les bras en croix, etc. On peut appliquer aux mêmes intentions les peines que DIEU nous envoie, en les acceptant avec résignation et bonheur. C'est s'unir aux souffrances de Jésus, et mieux expier les satisfactions illicites qui ont attiré le châtiment sur ces âmes. Oh ! qu'on les soulagerait facilement par ces petites choses que le sentiment de la piété indique tout seul : une couche moins douce, un aliment moins recherché, de l'eau à son repas, etc.
5. — Ne jamais passer devant un cimetière sans réciter une prière pour les morts. De même à la rencontre d'un convoi. De même encore pour toutes les morts que l'on apprend, de quelque façon que ce soit, dans les conversations, dans les feuilles publiques, etc. Ces habitudes sont faciles à prendre, et, une fois prises, elles ne coûtent rien...
6. — Des pèlerinages aux sanctuaires les plus révérés, principalement de la Sainte Vierge, avec la fatigue corporelle.
7. — S’associer plusieurs personnes ensemble, dans le but de soulager les âmes du purgatoire, et s'exciter mutuellement à la ferveur. Avoir un jour marqué chaque semaine pour s'examiner là-dessus.
8. — Avoir dans sa chambre un objet quelconque, croix, chapelet, image, buis bénit, auquel on attache le souvenir de cette dévotion et qui la rappelle chaque fois qu'on le regarde.
9. — Ajouter à la récitation du chapelet une sixième dizaine spécialement pour ces âmes. Plusieurs communautés le font.
10. — Visiter pour elles le Saint-Sacrement, le soir surtout dans le moment où l'indifférence des hommes laisse Notre-Seigneur presque seul dans ses tabernacles. Que n'obtiendrait-on pas si on allait, à cet instant, implorer sa clémence pour les âmes que sa justice châtie !
11. — Il y a une autre pratique, très-sainte, très autorisée, qu'on peut appeler héroïque. Nous la mentionnons avec les autres, mais en l'expliquant un peu plus au long parce qu'elle est moins connue. Cette pratique consiste à faire le vœu d'abandonner entièrement à ces âmes toutes les œuvres satisfactoires qu'on fera durant sa vie. Vœu d'ailleurs m'obligeant point sous peine de péché, et malgré cela donnant droit à des privilèges singuliers, concédés par le pape Benoît XIII le 23 avril 1728, confirmés par Pie VI, et par Pie IX le 30 septembre 1852 ; — ce vœu assure aux prêtres qui l'ont fait l'autel privilégié personnel ; — aux fidèles une indulgence plénière chaque fois qu'ils communient ; — une indulgence plénière, avec délivrance d'une âme du purgatoire, tous les lundis de l'année, en entendant simplement la sainte Messe à cette intention, et puis en visitant une église ou un oratoire public, et y priant quelques instants, la valeur de cinq Pater et Ave, aux intentions du pape. — Il n'y a point, du reste, de formule particulière pour ce voue ; mais on pourrait employer la suivante, qui en exprime très-bien l'esprit et la pensée :
« Afin de concourir à votre plus grande gloire, ô Seigneur mon Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ; afin aussi de mieux imiter mon doux Rédempteur Jésus ; pour manifester enfin ma dévotion envers Marie, mère et consolatrice de tous les fidèles souffrants..., je promets et fais le vœu de coopérer à la délivrance des âmes du purgatoire qui doivent encore à la divine justice les peines de leurs péchés ; — sans toutefois m'obliger moi-même sous peine d’aucun péché. — C'est dans cette intention que je remets entre les mains de la Reine des saints toutes mes œuvres satisfactoires, ainsi que celles qui me seraient appliquées par les autres durant ma vie, comme à ma mort et après mon passage à l'éternité. Daignez, Seigneur, accepter cette offrande, inspirée par la charité que vous êtes venu enseigner au monde. Que si toutes mes œuvres satisfactoires réunies ne suffisent point pour acquitter les dettes des âmes que la Mère des miséricordes veut délivrer, ainsi que celles qui me restent à moi-même pour mes propres fautes, lesquelles fautes je hais et déteste sincèrement, je m'offre, mon DIEU, avec votre bon plaisir, à y suppléer un jour dans les épreuves du purgatoire, m'abandonnant en cela entièrement entre les bras de votre tendresse. Ainsi me soient en aide la foi qui sauve et l'espérance qui console ! » (Ce vœu a été fait par sainte Gertrude, sainte Thérèse, sainte Lidwine, sainte Catherine de Sienne, le pieux cardinal Ximénez, etc. Notre-Seigneur apparut à sainte Gertrude, et lui dit que, par là, elle lui avait été si agréable, qu'il lui remettait absolument tous ses péchés.)
12. — Gagner en faveur des âmes le plus d'indulgences que l'on peut, et, à cet égard, on peut beaucoup. Nous recueillons ici un certain nombre de prières auxquelles sont attachés de grands privilèges ; en rappelant la doctrine de l'Église, que, quand on gagne par exemple cent jours d'indulgence pour les défunts, cela ne veut pas dire cent jours de moins en purgatoire, mais « cent jours de la pénitence que l'on imposait autrefois aux pécheurs, » selon l'antique discipline de l'Église.

(Les Merveilles Divines dans les Âmes du Purgatoire, par le P. G. Rossignoli, de la Compagnie de Jésus)


Reportez-vous à Le « De profundis », Acte héroïque de charité envers les âmes du Purgatoire, Ordre d'intentions à observer en priant pour les âmes du Purgatoire, Conclusion sur la dévotion aux âmes du Purgatoire, C'est une erreur de s'en remettre sur les autres du soin d'apaiser la colère de Dieu, L'affection pour les amis et les parents meurt point avec eux, Communion sainte entre la terre et le Purgatoire, Zèle de Saint Louis Bertrand pour les âmes du Purgatoire, Purgatoire imposé à ceux qui résistent à la Parole de Dieu, Double prodige des âmes du purgatoire : Vous qui dérobez, vous serez dérobé vous-même, Les âmes délivrées venant au-devant de leurs bienfaiteurs, La peine du Purgatoire prolongée jusqu'à l'acquittement des dettes, Combien Dieu aime qu'on prie pour ses parents défunts, Les âmes du Purgatoire demandent un souvenir, Récompense assurée à l'aumône pour les âmes du Purgatoire, L'or et l'argent des vertus doivent souvent être purifiés par le feu, Protection spéciale de Marie : le zèle pour les âmes du Purgatoire récompensé, Efficacité de la prière des justes en faveur des âmes du Purgatoire : L'exemple de Sainte Thérèse d'Avila, Combien la prière est utiles aux âmes du Purgatoire, L'intercession des Justes apaise la colère divine, Les souffrances de cette vie ne sont pas comparables à la gloire future, Vivons si pieusement que nous puissions éviter le purgatoire ou, au moins, n’y pas brûler trop longtemps, Le Seigneur révèle les mystères du royaume de la mort, Dieu instruit les vivants sur les mystères de l'autre vie, L'amour du prochain doit s'étendre au-delà de cette vie, Prière pour les morts, Instruction sur la Fête de la Commémoration des Morts, Prière pour le repos de l'âme d'une pieuse mère, L’œil de la justice divine, Plaintes douloureuses des âmes du purgatoire, La crainte du Purgatoire fait taire la volupté, Combien effrayants sont les tourments du Purgatoire, Le Fils de l'homme rendra à chacun selon ses œuvres, Apparitions et Révélations, le témoignage de Saint Thomas d'Aquin sur les âmes du Purgatoire, Protection miraculeuse, Rigueur de la justice divine, Un Purgatoire plus long à qui n'a pas prié pour les morts, Accusations du démon contre les morts, Prière à Marie pour lui demander sa protection à l'heure de la mort, Prière pour obtenir une bonne mort, Supplications à Marie pour les âmes du Purgatoire, La divine Marie et le scapulaire, Suffrages conformes aux bonnes œuvres accomplies pendant la vie, Grand pécheur délivré par une âme du purgatoire, Si vous faites du bien, vos bienfaits vous attireront de grandes grâces, Prière à Marie pour ses parents en Purgatoire, Méditation pour la Fête de Notre-Dame des Anges, Extrait du Sermon sur la Mort de Saint Robert Bellarmin, Reconnaissance des âmes du Purgatoire ou comment les âmes du Purgatoire interviennent aussi pour leurs bienfaiteurs dans les choses temporelles, Bonté des Anges pour les pauvres âmes du Purgatoire, Dévotion aux Saints Anges : Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Valeur du Saint Sacrifice en faveur des âmes du Purgatoire, Le pardon d'une offense soulage les âmes souffrantes, Protection des âmes du Purgatoire, Une âme souffrant le tourment du feu pour avoir écouté plutôt les conseils du sang que ceux de la piété, La dévotion du Saint Rosaire, pour le soulagement des âmes du Purgatoire, Sainte usure de ceux qui appliquent leurs œuvres au soulagement des défunts, Celui qui souffre pieusement ici-bas va tout droit au repos éternel,Reconnaissance des âmes pour leurs bienfaiteurs, Les âmes qui gémissent dans le feu du purgatoire trouveraient leur soulagement dans de petites choses, et on les leur refuse !, Admirable commerce de charité entre les vivants et les défunts, Pour entrer au Ciel il faut être exempt de la moindre faute, Neuvaine pour le soulagement des âmes du Purgatoire, Souffrances des âmes qui ont donné du scandale, Ingratitude des héritiers envers leurs bienfaiteurs ou comment Dieu permet à une âme abandonnée dans le purgatoire de solliciter les suffrages de ses frères, Le Ciel bénit ceux qui prient pour les morts, Les peines du Purgatoire conformes aux fautes commises, Prières pour chaque jour de la semaine, en faveur des âmes du Purgatoire, Les souffrances du Purgatoire, bien que passagères, paraissent extrêmement longues, C'est se délivrer soi-même que de secourir les âmes du Purgatoire, Chapelet des actes de Foi, d'Espérance et de Charité, en faveur des Âmes du PurgatoireComment les prières d'un saint délivrent quantité d'âmes, La Mère de Dieu, Mère des Âmes du Purgatoire, Une âme du Purgatoire rappelée à l'expiation sur la Terre, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, La conversion renvoyée au soir de la vie conduit l'âme à la cruelle faim du Purgatoire, Dieu exauce les prières des communautés ferventes en faveur des défunts, Ne pas soulager les défunts par les aumônes, c'est se priver soi-même de grands avantages spirituels, Excellence des suffrages en faveur des morts, La Charité bien comprise nous fait un devoir très-pressant de subvenir aux nécessités des âmes du Purgatoire, Un saint Frère franciscain reconnaît, dans une étonnante vision, un de ses compagnons mort quelque temps auparavant, Enseignement de l'Église sur le Purgatoire, Dévotion au Crucifix, Méditation pour le jour des morts, Chapelet pour le repos des âmes du Purgatoire, Exercice sur les quatorze stations du chemin de la Croix pour les âmes du Purgatoire, Litanies pour les Fidèles Trépassés, Méditation pour le Jour de la Commémoration des morts, La Sainte Vierge Marie, Mère de Miséricorde, Dévotion en faveur des âmes du Purgatoire, Méditation sur la peine qu'on endure dans le purgatoire, Les indulgences pour les fidèles défunts, Offrir sa journée pour les âmes du Purgatoire, La pensée du Purgatoire doit nous inspirer plus de consolation que d'appréhension, Nous devons secourir tous les morts, même ceux que nous croyons déjà au Ciel, Méditation sur la durée des souffrances du purgatoire et l'oubli des vivants à l'égard des morts, Nous devons secourir tous les morts, même ceux que nous croyons déjà au Ciel, Être en état de grâce pour que nos prières soient utiles aux âmes du Purgatoire, Les différents moyens de soulager les morts, Quelles sont les âmes qui vont en purgatoire, La pensée du Purgatoire nous instruit sur la gravité du péché véniel, De la méditation de la mort, La pensée du purgatoire nous prouve la folie de ceux qui ne travaillent pas à l'éviter, Pour éviter le purgatoire endurons nos afflictions en esprit de pénitence, Le Purgatoire, motif de patience dans les maladies, Méditation sur les motifs qui doivent nous engager à secourir les âmes du purgatoire (1/4), Méditation sur les défauts qui rendent infructueuse notre piété envers les morts, Premier moyen propre à soulager les âmes du Purgatoire : Le Saint Sacrifice de la Messe, Deuxième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire : Prières, jeûnes, aumônes..., Les indulgences, troisième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire, Pour que le nom de Dieu soit sanctifié, pour que son règne arrive, et pour que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, secourons les âmes du Purgatoire, Méditation sur la piété envers les morts, toute chrétienne et cependant inutile, La précieuse mort de Saint Philippe Benizi, Première méditation de préparation à la mort : Rends-moi compte de ton administration, Seconde méditation de préparation à la mort : Voici l'époux qui vient ; allez au-devant de lui, Troisième méditation de préparation à la mort : Que me présenteront le passé, le présent et l'avenir ?, Quatrième méditation de préparation à la mort : Les Portes de la mort vous ont-elles été ouvertes ?, Du jugement et des peines des pécheurs, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur la conscience, Méditation sur le repos de la Conscience, Méditation sur l’aveuglement de la Conscience, Méditation sur la Préparation à la mort, Méditation sur la pensée de la mort, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur le Jugement de Dieu, Personne n'est-il revenu de l'Enfer ?, Exercice pour la bonne mort, Méditation sur le désir de la mort, Méditation sur la crainte de la mort, Saint Philippe de Néri : Que faites-vous maintenant ?... Et après ?, La mort est ordinairement conforme à la vie : L'exemple de deux Curés, Par son nom, le cimetière prêche la résurrection de la chair, Défendre le Cimetière, Bénédiction du Cimetière, Puissance des démons sur les morts, Nos devoirs à l'égard du Cimetière, Le Cimetière au XIXe siècle : Le corps chef-d’œuvre de Dieu, Enterrements autour des églises, Immortalité de l'âme, Cérémonies de L’Église et prière pour les morts, L'Univers et la Bible, prédicateurs de la résurrection, car oui, nous ressusciterons !, Comment les peuples païens ont dissipé une grande partie du patrimoine de vérités reçu des pères du genre humain, mais ont conservé le dogme de l'existence et de l'immortalité de l'âme, Méditation sur la fausse sécurité des Pécheurs, Méditation sur les défauts qui rendent infructueuse notre piété envers les morts, Prière à saint Joseph pour obtenir une bonne mort, Sentiments et prières à l'occasion de la mort d'une personne qui nous était spécialement chère, Le Jour de la Toussaint : Méditation sur le bonheur du ciel, 1re Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, 2e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : J’entendis dans le ciel comme la voix d'une grande multitude, 3e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Application des sens, Litanies de la bonne mort, Vision de l'Enfer de Sainte Thérèse d'Avila, La voie qui conduit au Ciel est étroite, et Litanie pour les âmes du Purgatoire.














mercredi 8 septembre 2021

Miracles de guérison obtenus par le Saint Curé d'Ars



Une de nous, continue Catherine, fit un jour à une pauvre femme l'aumône d'un vieux bonnet qui ne servait plus à M. le Curé. Cette femme, en coiffant de ce bonnet la tête de son fils, pensait : « Le Curé d'Ars est un saint. Si j'avais la foi, mon enfant guérirait. » Cet enfant s'était fait une blessure à la tête. Quand, le soir, la mère voulut visiter l'abcès et faire le pansement, le mal avait disparu et la plaie était sèche.

Deux protestants de marque vinrent à Ars et furent introduits dans la pauvre chambre du serviteur de Dieu. L'un d'eux, ministre de la religion réformée, mit la conversation sur les miracles, et ne voulait pas les admettre : « Comment ! dit le saint Curé, vous niez les miracles ? Mais je puis vous certifier que j'en ai vu moi-même, et des plus étonnants. » Où avait-il vu des miracles, si ce n'est à Ars ? Nous prenons acte de cet aveu qui confirme les faits que nous allons raconter.
Après Catherine, madame Raymond-Corcevay, de Châlon-sur-Saöne, a droit d'être entendue, à cause du nombre et de l'importance de ses documents. En voici le relevé exact et consciencieux.

« La première fois que je vis le Curé d'Ars, c'était au mois de mai 1843, époque à laquelle ce bon Père fut atteint d'une maladie qu'on crut mortelle. On me permit d'entrer dans sa chambre ; il fit, en me voyant, un geste de la main pour me bénir. J'étais très-souffrante d'une affection chronique au larynx et aux bronches, abandonnée de tous nos médecins, un squelette vivant. Cette bénédiction me guérit à moitié.
À deux jours de là, j'assistais à la messe de trois heures du matin, par laquelle M. le Curé célébrait sa propre guérison et rendait grâce à Sainte Philomène. Il vint trois fois à l'église ; je le consultai sur mon état ; il me dit : « Mon enfant, les remèdes de la terre vous sont inutiles. On vous en a déjà beaucoup trop administré. Mais le bon Dieu veut vous guérir... Adressez-vous à sainte Philomène ; déposez votre ardoise sur son autel. Faites-lui violence ; dites-lui que, si elle ne veut pas vous rendre votre voix, elle vous donne la sienne. »
Je suivis ce conseil. Je courus me jeter aux pieds de la chère petite Sainte ; je m'unis de tout mon cœur au Curé d'Ars. L'effet fut instantané. Il y avait deux ans que je ne parlais plus, six ans que je souffrais cruellement. En rentrant chez madame Favier, où j'étais logée, je lus à haute voix quelques pages sur la Confiance en la sainte Vierge... J'étais guérie.
Lorsque je revis M. Vianney, il me dit : « Mon enfant, n'oubliez pas l'action de grâces, et soyez ici le jour de la fête de sainte Philomène. » Je n'eus garde de manquer à ce cher rendez-vous. Le 10 août, j'étais derrière le bon Saint pendant la messe. Je chantai, à l'élévation d'une voix forte et soutenue, et, lorsque l'office fut terminé, M. Vianney me félicita de ce que la petite Sainte avait achevé ma guérison, me rendant la faculté de chanter aussi bien que celle de parler. Quant à cette dernière, vous savez, mon Père, avec quelle prodigalité, j'en use ! Toutefois l'abus n'a jamais ramené ces douleurs si vives, si continuelles que j'éprouvais avant ma guérison.
Quelques années plus tard, je suivais ce bien-aimé Père, mêlée à la foule qui couvrait la place et faisait cercle autour de lui. Je lui disais que j'étais bien reconnaissante à sainte Philomène de m'avoir rendu la parole, et je lui demandais s'il pensait que la chère Sainte fût assez bonne pour me la conserver. Il me répondit : « Ô mon enfant ! usez-en toujours pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, et n'ayez pas peur... » Puis il ajouta : « Écoutez que je vous raconte ce qui est arrivé, il y a quelques jours. Une bonne femme de la campagne avait amené ici une petite fille de sept ans, muette de naissance. Cette pauvre mère se confessait à la sacristie, quand tout à coup elle s'arrête... “Mon enfant, lui dis-je, continuez. ”- Ah ! mon Père, c'est impossible ! Songez donc que je n'ai jamais entendu parler mon enfant ! Et écoutez, écoutez !... Oh ! quelle grâce, mon Père, quelle grâce ! » L'enfant avait en effet recouvré la voix ; elle parlait très-distinctement : elle était guérie !... Voyez la puissance de Dieu ! Cette pauvre femme, ajoutait le saint Curé, était trop émue, trop bouleversée, pour pouvoir continuer sa confession. Elle ne savait que répéter en pleurant : « Quelle grâce ! mon Dieu, quelle grâce ! »

Au mois de mai 1843, il y avait à Ars un ecclésiastique de Moulins, phthisique au dernier degré, à qui M. Vianney avait annoncé qu'il ne guérirait pas, qu'il était pour le ciel. Malgré le redoutable pronostic, ce bon prêtre s'était obstiné à rester à Ars, attendant la fin de ses souffrances, qu'il espérait encore de la toute-puissante miséricorde de Notre-Seigneur. Aux plus mauvais jours de la maladie du saint Curé, il se rendit très-utile, multipliant ses soins, ses veilles, ses démarches, et se trouvant toujours des premiers à la peine. Une fois rendu à la santé, M. Vianney lui dit : « Mon bon ami, vous avez été si charitable, pendant ma maladie, que le bon Dieu a changé ses desseins sur vous : vous guérirez. Vous érigerez à sainte Philomène une statue dans une des églises de votre ville, en demandant à la paroisse que vous aurez choisie de construire la chapelle. Ce sera votre action de grâces. » Tous s'est passé comme le Curé d'Ars l'avait prédit.

« J'ai une parente, continue madame Raymond, qui, à la suite d'une grande révolution, a eu, pendant trois mois, la tête complètement perdue. Les remèdes, les soins, les distractions lui furent inutilement prodigués. Sa pauvre mère, ne sachant plus quel parti prendre, me l'amena. Elle était désespérée. Je l'adressai à notre bien-aimé Saint : "Ma bonne dame, lui dit-il, faites une neuvaine à Sainte Philomène. Je prierai avec vous. Vous verrez que tout ira bien." Tout alla bien en effet, et le dernier jour de la neuvaine, il n'y avait plus, chez ma jeune parente, trace de la maladie. Aujourd'hui, elle est mère de cinq enfants, à la tête d'un commerce très-important, qu'elle dirige avec une rare intelligence. Jamais on n'a remarqué depuis, dans ses facultés, le moindre affaiblissement.

Un jour, accompagnée d'une de mes amies, j'amenai au saint Curé un grand pécheur, qui, depuis vingt-cinq ans, vivait éloigné de Dieu dans les plus épaisses ténèbres de l'incrédulité. Il voulait voir le Curé d'Ars et repartir au plus vite. Mais l'heure de la grâce allait sonner pour lui. L'aspect de M. Vianney le frappa comme l'aurait fait la figure du Sauveur lui-même. Il tomba à ses pieds, se confessa trois fois avec un torrent de larmes, abjura entre ses mains les affreux serments qui le liaient aux sociétés secrètes, et s'approcha de la sainte table avec de si grands sentiments de foi et d'amour, qu'il obtint au même moment la guérison de sa belle-mère, depuis longtemps percluse de rhumatismes.
Ce loup changé en agneau vécut deux ans dans la pratique des plus austères devoirs de la vie chrétienne ; après quoi il fut atteint de douleurs purifiantes, qu'il supporta sans laisser échapper une seule plainte : “Vous êtes juste, Seigneur, répétait-il durant son long martyre, vous êtes juste, et vos jugements sont équitables ! ” Notre bien-aimé Père nous a assuré qu'il avait fait la mort d'un saint, et qu'il était au ciel. »


(...)

« Au mois de juillet 1842, nous écrit un respectable curé de notre diocèse, je fis le pèlerinage d'Ars pour la première fois ; je n'oublierai jamais l'impression que j'en ai rapportée. Le saint Curé faisait son catéchisme dans une grande salle de la Providence ; j'eus le bonheur d'y assister en compagnie de quatre-vingts orphelines. Au sortir de là, j'eus un quart d'heure d'entretien avec M. Vianney. J'avais entendu parler beaucoup et diversement de la guérison miraculeuse d'une dame de Bourg ; je lui fis part de quelques velléités d'opposition que ce fait avait rencontrées.
"Mon ami, me répondit-il, laissons dire les gens du monde. Hélas ! comment verraient-ils ? ils sont aveugles. Notre-Seigneur ferait aujourd'hui tous les miracles qu'il a faits en Judée, qu'ils n'y croiraient pas. Celui à qui tout pouvoir a été donné, n'a pas encore perdu sa puissance. Par exemple, la semaine dernière, un pauvre vigneron, de l'autre côté de l'eau (expression familière aux habitants des bords de la Saône pour désigner les villages de la rive opposée), a apporté sur ses épaules un petit garçon de douze ans, estropié des deux jambes, qui n'avait jamais marché. Ce brave homme a fait une neuvaine à sainte Philomène, et son petit a été guéri le neuvième jour ; il s'en est allé en galopant devant lui...
Autrefois Notre-Seigneur redressait les boiteux, guérissait les malades, ressuscitait les morts. Il y avait des gens qui étaient présents, qui voyaient de leurs yeux ces prodiges et qui n'y croyaient pas. Mon ami, les hommes sont toujours et partout les mêmes. Si le bon Dieu est puissant, le diable a aussi son pouvoir ; il s'en sert pour aveugler le pauvre monde." »


Un homme se présente un jour à M. Vianney pour implorer la guérison de son enfant qui était estropié. Le Curé d'Ars l'engage à se confesser. Il a de la peine à s'y résoudre, parce que son métier est de faire danser les villageois et qu'il ne veut pas l'abandonner. Cependant il s'exécute, et la grâce parle à son cœur, ainsi qu'il arrive toujours après cet acte d'humilité et de repentir. De retour chez lui, il prend son violon, le met en pièces sous les yeux de sa femme et en jette les débris au feu. À l'heure même son enfant saute de joie et s'écrie : "Je suis guéri !"

La guérison suivante reporte naturellement nos souvenirs sur l'officier de Capharnaüm, qui demande au divin Maître avec une confiance si ferme et une humilité si touchante, la guérison de son fils. L'homme dont nous allons parler n'était qu'un simple gendarme, mais sa foi était aussi vive que celle du centenier. Il venait de perdre sa femme et n'avait qu'un fils âgé de six ans, dont les jambes étaient nouées, et qui ne marchait pas. Son humble solde ne lui permettant pas de payer une domestique, il allait être forcé de quitter le service pour prendre soin de son petit orphelin. Heureusement la religion vint à son secours. Il eut l'idée de faire le pèlerinage d'Ars ; il obtint une permission de trois jours et se rendit à Lyon. Quand il fut au bureau des voitures d'Ars, quelques personnes le virent portant son enfant sur ses bras et lui dirent : "Où allez-vous avec ce petit malheureux ? Vous êtes bien simple ! Le Curé d'Ars n'est pas médecin. C'est aux incurables qu'il faut le porter." L'honnête gendarme ne se laissa pas détourner par ce persiflage ; il se rendit auprès de M. Vianney et lui raconta ses malheurs : "Mon cher ami, lui dit le saint Curé, votre fils guérira."
Cette phrase n'était pas achevée qu'un léger craquement se fit entendre ; la jambe infirme se redressa, et l'enfant se mit à marcher.

En 1848, un jeune homme fit une chute de cheval qui occasionna des lésions graves. Après avoir inutilement fait appel à l'art des médecins, ses parents prirent le parti de le conduire à Ars. Ce malheureux jeune homme souffrit cruellement pendant le trajet. Le saint Curé ayant conseillé une neuvaine en l'honneur de la sainte Vierge et de sainte Philomène, chaque jour on le portait à l'église pour y faire les prières prescrites. Ses douleurs étaient parfois si aiguës qu'elles lui arrachaient des cris à fendre l'âme. Dès les premiers jours, il avait commencé sa confession, mais de grands obstacles s'opposaient à son retour à Dieu. La première neuvaine fut inutile. Le malade en commença une seconde avec des dispositions moins équivoques. Son état s'améliora sensiblement. Il put marcher à l'aide de béquilles. Un sentiment de reconnaissance le porta à faire une troisième neuvaine, au bout de laquelle il finit sa confession, communia avec beaucoup de piété et recouvra en même temps la santé de l'âme et du corps. Il voulut rester encore quinze jours à Ars pour recevoir les conseils de son bienfaiteur ; il y édifia tout le monde par son recueillement, sa ferveur, sa présence continuelle à l'église. M. l'abbé Renard dit avoir vu ce jeune homme après sa guérison. Rien dans sa démarche ne trahissait les suites de son terrible accident.

Dans les premiers jours de mai 1851, il vint à Ars un homme dans la force de l'âge, dont les yeux étaient malades par suite d'une congestion. Les médecins avaient épuisé sur lui tous les genres de traitement. Après deux jours passés à Ars, il ne se trouva point soulagé et partit sous le poids d'un découragement profond. Une jeune nièce, fort pieuse, qui l'accompagnait, ne partageant pas sa défiance, le suivit au départ ; mais elle revint presque aussitôt, et, sur l'avis de M. le Curé, elle fit une neuvaine à l'intention de son oncle. Cette neuvaine touchait à son terme, et il n'arrivait aucune nouvelle satisfaisante. Tout à coup M. Vianney lui dit : "Ma petite, je crois que vous pouvez partir. La personne à laquelle vous vous intéressez ne souffre plus." C'était vrai. Arrivée chez son oncle, la jeune fille eut la joie de le trouver parfaitement guéri.
Cet homme ne fut point ingrat ; il vint à plusieurs reprises remercier Dieu de sa guérison dans le lieu où il l'avait obtenue. Il avait déjà fait trois fois le pèlerinage d'Ars, en 1855. Ses yeux étaient parfaitement sains : "Je suis convaincu, disait-il, que c'est aux prières du vénérable Curé d'Ars et de mon angélique nièce que je dois ma guérison. Je l'attribue aussi à la sainte Vierge que j'ai toujours invoquée, même quand le souci des affaires me détournait de mes devoirs. C'est pour m'y ramener que Dieu a permis cette épreuve... Je ne veux plus m'occuper désormais que du salut de mon âme."

Un homme de qualité était atteint d'une maladie que les médecins ne savaient définir. C'était une atonie profonde, un malaise général, un dégoût de toute chose, de continuelles insomnies, un état voisin du marasme. L'âme était aussi souffrante que le corps. Cet infortuné vint à Ars, et après une nuit plus agitée que de coutume, se trouvant trop faible et trop épuisé pour aller à l'église, il fit prier M. Vianney de venir le voir. La présence seule du saint Curé le soulagea. Il put commencer sa confession, qu'il acheva après quinze jours de retraite. Ces exercices spirituels, loin de le fatiguer, dissipèrent peu à peu jusqu'aux dernières traces de son incurable langueur. Lorsqu'il partit, l'âme et le corps étaient en bon état.

Autre témoignage :

"Monsieur l'abbé,
Dans un voyage que j'ai fait à Ars, au mois d'août 1856, M. le Curé m'a donné une médaille de sainte Philomène, qu'il a tirée de sa poche, pour la remettre à ma sœur, atteinte d'épilepsie. Tout le temps que ma sœur a porté cette médaille, c'est-à-dire pendant plus d'un an, elle n'a pas eu d'accident ; mais elle a eu le malheur de la perdre, et les accidents recommencent. Je vous prie de m'envoyer deux médailles de sainte Philomène, venant de la main de votre saint Curé. J'en demande deux, parce qu'une autre personne, également épileptique, en réclame une.
Daignez agréer les humbles hommages de votre tout dévoué serviteur."

(Vie de J.-M.-B. Vianney par Alfred Monnin)


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lundi 6 septembre 2021

Le Saint Curé d'Ars, image de Notre-Seigneur flagellé



Un jeune écrivain catholique, M. Georges Seigneur, a rendu compte à son tour des impressions qu'il a rapportées de son premier voyage à Ars, en 1859 :

« Au mois de mars dernier, je suivais la route qui part de Villefranche : elle était remplie de pèlerins ; les uns se dirigeaient sur Ars, les autres en revenaient. Je n'oublierai jamais toutes ces figures recueillies et joyeuses. Les premiers semblaient voir et entendre déjà le Curé d'Ars ; les seconds semblaient le voir et l'entendre encore. Je n'oublierai pas davantage l'aspect simple et solennel que présentait l'entrée du village. Le portrait du Curé d'Ars, ici faisant le catéchisme aux enfants, là visitant les malades, rayonnait de toute part à la devanture des boutiques, au milieu de chapelets, de médailles, de cierges.
Des pèlerins, qui ne pouvaient pénétrer dans l'église, se tenaient en grand nombre debout à la porte, dans le cimetière, dans les ruelles voisines, attendant leur tour. Plusieurs, pour se consoler de leur attente, s'arrêtaient à contempler les traits du saint prêtre et s'entretenaient de lui sans l'avoir encore vu, comme des enfants s'entretiendraient de leur père.
Il était quatre heures du soir quand j'entrai dans l'église. Le Curé d'Ars était au confessionnal. J'étais à peine agenouillé, lorsque j'entendis un sanglot que je ne puis rendre. Était-ce un cri de souffrance ? était-ce un cri d'amour ? De dix minutes en dix minutes, le même sanglot se répéta. La fatigue arrachait ce cri plaintif à la poitrine suffoquée du Curé d'Ars ; mais le cri de souffrance devenait un cri d'amour, et comme l'effort sensible d'une âme suffoquée par la terre pour s'ouvrir un passage vers le ciel.
Vers cinq heures, la foule s'ébranla. Je vis sortir du confessionnal un vieillard vêtu d'une soutane déchirée et d'un surplis grossier. Il était d'une extrême maigreur ; sa figure avait presque la forme d'un cœur, étroite et effilée depuis les joues jusqu'au menton, et s'épanouissant dans un front très-vaste tout illuminé par deux grands yeux qui resplendissaient comme deux diamants ; ses cheveux blancs ressemblaient à un diadème. La foule, qui a l'habitude de s'écarter, au contraire se resserrait contre lui pour toucher son surplis, sa soutane, ses cheveux, ses mains décharnées. Souvent il chancelait sous la pression de la foule et je craignis un moment de le voir tomber. Il se laissait faire, doucement, simplement, humblement, se frayant un chemin sans écarter personne...
Un instant après j'eus le bonheur de m'entretenir avec M. Vianney. Je retrouve dans mes notes des souvenirs que ne puis livrer. Mais ce que je puis dire, c'est l'éclat surnaturel qui s'échappait de cette âme, de cette figure, de ce regard. Je le vois encore, appuyé sur la table de la sacristie, et je suis encore frappé de la ressemblance terrible qu'il offrait avec une image de Notre-Seigneur flagellé, suspendue au mur. Le Rédempteur apparaissait dans cette image, la chair du dos absolument déchirée, les os visibles, le regard tourné de côté, du côté du spectateur, comme pour lui rappeler la parole du prophète, accomplie à la lettre : Ils ont compté tous mes os. À force d'imiter son Maître, le Curé d'Ars lui ressemblait. La souffrance et la joie s'embrassaient en lui. Son front et ses joues, sillonnés de rides, s'obscurcissaient et s'inclinaient parfois, comme sous le poids des douleurs invisibles. Tout à coup son front se relevait, son visage s'illuminait, ses rides se changeaient en rayons, sa chair transfigurée devenait transparente comme la chair d'un enfant, ses yeux s'enflammaient d'une flamme supérieure, qui semblait n'attendre que le moment de monter au ciel. Ces alternatives se succédaient en lui, sans rien lui ravir de son angélique sérénité.
J'ai assisté plusieurs fois à son catéchisme. Il montait sur une petite estrade entourée d'une barrière de bois, faisait asseoir les pèlerins le plus près de lui possible, afin de ne perdre aucune place, et, après avoir regardé l'autel, il commençait avec effort. Sa voix était très-faible, et je ne sais comment on pouvait l'entendre. Tout à coup elle s'altérait ; il ne pouvait achever les paroles commencées. Plusieurs fois il reprenait les mots de Dieu, de bonheur éternel, de ciel. Il lui fallait des efforts répétés pour les achever par la parole. Mais ses larmes, larmes éloquentes et intelligibles, suppléaient la voix... Souvent, il s'interrompait tout à coup, détournait la tête, joignait les mains, regardait fixement du côté de l'autel, puis reprenait son discours, plus ardent, plus rayonnant, comme s'il eût contemplé dans l'hostie même ce qu'il allait dire. Je ne crois pas l'avoir une seule fois entendu prononcer le nom de Dieu sans être interrompu par ses larmes. Nous allons l'entendre parler, disait-on autour de moi ; “nous allons l'entendre parler de Dieu, car il ne parle que de Dieu, et nous allons le voir pleurer, car il pleure toujours quand il parle de Dieu.”
À huit heures, le Curé d'Ars sortit de l'église ; il y était depuis deux heures du matin, confessant tour à tour les hommes, les femmes, les enfants. Depuis deux heures du matin, il n'avait interrompu ses confessions que deux fois : la première, c'était pour dire la sainte messe ; la seconde, c'était pour faire une instruction, prendre son seul repas, qui se bornait à une soupe, et se reposer dix minutes, un quart d'heure peut-être, en causant. Il rentrait chez lui pour dire ses prières, et se coucher à onze heures ou minuit, pour se relever à une heure du matin. Telle était sa vie de tous les jours et de toutes les nuits. »

(Vie de J.-M.-B. Vianney par Alfred Monnin)


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samedi 28 août 2021

Le pèlerinage d'Ars



Ils ne sont pas rares autour de nous les hommes qui, tout en ayant au fond du cœur le respect et l'amour des vérités religieuses, se laissent aller à penser et à dire qu'elles n'ont plus, de nos jours, la manifestation triomphante et l'influence souveraine que Dieu leur a données dans les siècles passées ; que la foi aussi bien que les vertus des vieux chrétiens ne sont plus possibles de notre temps, et qu'il faut se contenter de les admirer dans l'histoire, qui du reste, paraissent-ils croire, les a peut-être un peu surfaites par le travail de l'imagination et les embellissements de la légende.
Il n'y a, pour répondre à ces chrétiens timides et découragés, qu'à monter les signes éclatants qui font de notre siècle un de ceux où Dieu a le plus manifesté son pouvoir et prouvé combien il est fidèle dans ses promesses. Parmi ces signes, je crois qu'il nous est permis de compter au premier rang le pèlerinage d'Ars.
Ce pèlerinage, qui a duré plus de trente ans avec un concours et un retentissement extraordinaires, tiendra une large place dans les annales chrétiennes du XIXe siècle. Il donne à la monographie que nous publions une teinte si vive d'originalité et un cadre si splendide, qu'elle semble faite autant pour la poésie que pour l'histoire. Là, en effet, se trouvent réunies à un degré suréminent toutes les merveilles dont nos anciens hagiographes ont illustré leurs récits. Or, nous ne sommes pas à une époque mythique, et personne ne s'avisera de supposer que la vie de cet homme, notre contemporain, porte déjà les traces de l'élaboration légendaire. C'est une histoire qui a ses témoins par mille et par cent mille, et dans laquelle nous voyons tout ce que nous admirons dans les récits du passé, tout ce que nous croyons être d'un héroïsme inaccessible à notre époque, à savoir : une parfaite abnégation, des austérités effrayantes, une humilité sans égale, un amour de Dieu sans bornes, et en retour de cet abandon complet d'une créature à son Créateur, la domination sur les âmes, la puissance de les attirer de loin, de les toucher, de les convertir, de les sauver ; et comme marque de cet empire dans l'ordre spirituel, un pouvoir extraordinaire sur la nature, celui de modifier les conditions ordinaires des choses, de guérir les infirmités corporelles, de lire à livre ouvert dans le fond des consciences, de prédire l'avenir, le don de prophétie en un mot et le don des miracles, qui, s'ils ne sont pas ce qu'il y a de plus grand dans les saints, sont au moins ce qui frappe le plus en eux l'imagination de la foule.
Cet idéal présent de ce qu'il y a de plus extraordinaire dans les légendes d'autrefois, de plus parfait dans la vie des Pères du désert, de plus sublime dans celle de ces thaumaturges que le moyen-âge nous représente traînant après eux les populations enchaînées ; ce tableau des vertus les plus héroïques et les plus modestes, des mœurs les plus austères et les plus douces, de la charité la plus vaste et la plus tendre, de la parole la plus puissante et la plus aimable ; ce tableau qui s'était depuis longtemps éclipsé aux yeux des générations séduites par d'autres images, distraites par d'autres pensées, sollicitées par d'autres attraits, emportées vers d'autres soins, le Curé d'Ars le faisait revivre sous nos regards étonnés. Sa réputation devait d'autant mieux grandir, — grandir au point d'attirer les foules des contrées les plus lointaines, de fixer les regards de la catholicité tout entière, — que, depuis bien des années, on pouvait avoir désappris ce que c'est qu'un SAINT.
La vie miraculeuse de M. Vianney nous rendant le spectacle des œuvres extraordinaires de sainteté qu'on n'avait pas vues publiquement depuis les temps de saint Vincent de Paul et du bienheureux Pierre Fourrier, il en résulte que toutes les vérités mises en action par les exemples de ces grands saints retrouvent aujourd'hui une démonstration vivante, qui en renouvelle l'évidence, qui nous montre que notre oubli ne les détruit pas, et qu'elles conservent toujours leur force et leur fécondité. « Avant d'être venu à Ars, nous disait un homme du peuple, et d'avoir vu le bon père (c'est le nom que les pèlerins donnaient communément au serviteur de Dieu), j'avais peine à croire ce qui est raconté dans la Vie des saints : bien des choses me paraissaient impossibles. Maintenant je crois tout, parce que j'ai vu de mes yeux tout cela et encore plus. »
Grâce à la sainteté récente du vénérable M. Vianney, si nous voulons avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, nous pouvons nous convaincre et prouver aux autres que la vitalité de notre foi n'est pas diminuée ; que l'Église n'a rien perdu de sa fécondité primitive ; et qu'en plein soleil du XIXe siècle, elle enfante des hommes, qui en se faisant les disciples et les imitateurs du divin Maître deviennent les plus sages, les plus bienfaisants, les plus aimables, les plus saints de tous les hommes et entraînent leurs semblables à leur suite, dans la voie où ils marchent, qui est celle du bonheur, de la vérité et de la vertu.
Sans doute ce n'était pas la première fois qu'on avait vu se produire dans le monde ce grand phénomène d'attraction qui soulève les masses, les arrache à leur indifférence et les précipite tout émues sur les pas de la sainteté. Les premiers disciples du Sauveur avaient senti descendre sur eux, du haut de sa croix, l'effet de la divine promesse : « Ils avaient attiré tout à eux (S. Jean, XII, 32) » On avait vu des bourgades, des cités, des tribus entières, de vastes contrées s'ébranler aux prédications de leurs successeurs. Plus tard, les déserts de la Syrie et de la haute Égypte se peuplèrent à la voix des Paul, des Antoine, des Pacôme, des Macaire, des Moïse et des Hilarion. Saint Siméon Stylite vit à ses pieds non seulement les Syriens ses compatriotes, mais les Persans, les Arabes, les Arméniens et jusqu'à des gens venus de l'Espagne, de la Bretagne et de la Gaule.
Ces grands mouvements populaires remplissent le moyen-âge. Dès qu'un homme paraît avec l'auréole de la sainteté, avec une grande réputation de savoir, avec une parole puissante, avec une idée nouvelle, éclose à temps pour remuer les multitudes, le bruit qui se fait autour de son nom, le courant qui s'établit autour de sa personne, continuent sur son tombeau. Tels furent Pierre l'Ermite, saint Bernard, saint Dominique, saint François d'Assise, et, à une époque moins éloignée de nous, saint François de Paule, saint Philippe de Néri, saint Vincent Ferrier, saint Jean-François Régis. Mais on pouvait croire que ces temps avaient fui sans retour ; que l'affaiblissement où les cœurs étaient tombés protestait contre toute manifestation d'enthousiasme et de foi ; que, devant une génération désabusée, et à la lumière d'une impitoyable liberté d'examen, les peuples n'étaient plus susceptibles de ce degré d'exaltation qui permet de les dominer et de les conduire.
À cette opinion aussi fausse qu'affligeante, le pèlerinage d'Ars est venu donner un solennel démenti. Si saint Jérôme, en parlant d'une des phases du IVe siècle, a pu écrire qu'un jour l'univers s'étonna d'être arien, en pensant à ce qui s'est accompli sous nos yeux pendant trente ans, nous pouvons presque dire, par un témoignage meilleur et plus heureux, que la France, surprise de trouver en elle-même une vivacité de sentiments catholiques, une abondance de vie religieuse, un besoin de croire et de vénérer qu'elle ne soupçonnait pas, s'étonna d'être si hautement et si franchement chrétienne. Ars semble être la protestation du XIXe siècle contre l'incrédulité de son devancier. À une époque où l'indépendance de la pensée a été portée à ses dernières limites, n'est-ce pas chose merveilleuse que de voir, au sein du peuple le plus spirituel et le plus éclairé de l'Europe, de hautes et fières intelligences se courber devant un pauvre curé de campagne comme devant un Père de l'Église ? Je ne sais s'il y a eu un exemple d'une telle puissance depuis saint Bernard.
Les premiers qui vinrent à Ars furent des âmes d'élite, avides d'une direction plus haute et plus ferme, des âmes troublées cherchant le repos de la conscience, mais surtout des pauvres espérant recueillir une part dans les aumônes du saint Curé, et des malades en réclamant une autre dans ses prières. Ainsi l'apostolat du M. Vianney commença, comme celui de Notre-Seigneur, par les affligés, les pauvres et les petits. Saint François de Sales remarque que la bonté est une des bases de la renommée. On commença à se dire dans le voisinage combien le Curé d'Ars était doux envers les coupables, patient envers les scrupuleux, indulgent envers les faibles, compatissant envers les malheureux, secourable envers tous. Les pécheurs venaient trouver ce bon prêtre, qui les accueillait en pleurant ; les pauvres accouraient vers ses mains bienfaisantes, qui n'avaient rien à donner et qui donnaient toujours ; les affligés savaient que ses lèvres étaient une source abondante de lumière et de consolations ; ceux qui étaient agités de doutes savaient qu'elles donnaient une force victorieuse à la vérité. Les justes venaient aussi, car son cœur était un foyer d'amour auquel se réchauffaient tous les cœurs.
Connu d'abord d'un petit nombre, la vertu du serviteur de Dieu se répandit de proche en proche et lui amena tous les jours de nouveaux admirateurs. Les exemples d'austérité que nous avons rapportés au livre précédent, les faits merveilleux qui se rattachent à la fondation de la Providence, d'autres encore que nous ne connaissons pas eurent bientôt fait le tour de la Bresse, du Beaujolais, du Lyonnais, du Forez, du Dauphiné et de la Bourgogne. Il y eut une chronique d'Ars qui se mit à courir de ville en ville, de chaumière en chaumière, déposant dans la mémoire du peuple un immortel fondement à la réputation de M. Vianney. Pour lui, au milieu des marques éclatantes de la confiance publique, le sentiment qui prenait dans son cœur un plus rapide accroissement, c'était la défiance de lui-même. Que de bien à faire ! oh ! s'il avait pu s'échapper pour laisser la place à un plus digne ! Ce fut là le point de départ de cette tentation qui ne cessa de l'obséder toute sa vie. Elle avait, comme on le voit, ses racines dans l'humilité.
Mais plus le bon Curé prenait soin de se cacher et de s'anéantir, plus la faveur publique s'obstinait à la tirer de son obscurité volontaire. C'est la promesse faite par l'Évangile : « Celui qui s'abaisse sera élevé. » Dieu ne donne la gloire qu'à la condition qu'on la portera sans en être ébloui et en se montrant plus grand qu'elle.
C'est ainsi que le concours s'établit entre 1825 et 1830.
Plus tard, une guérison célèbre, qui fut d'abord accueillie avec enthousiasme et saluée du nom de miracle, vint donner un nouvel essor au pèlerinage. Bientôt, ainsi qu'on devait s'y attendre, car c'est le procédé ordinaire de l'esprit humain vis-à-vis des bontés de Dieu, il y eut contre ce fait éclatant la réaction de l'incrédulité, de la faiblesse et de la peur. Beaucoup de ceux qui avaient été les premiers à acclamer le miracle le nièrent à outrance pour se faire pardonner d'y avoir cru. Mais l'effet subsista dans les masses, et le bon sens populaire continua à y voir la manifestation d'un pouvoir qu'on ne peut venir à bout de méconnaître entièrement, et qui se venge de nos ingratitudes par ses bienfaits.
De nombreuses guérisons opérées coup sur coup devant les reliques de sainte Philomène, dans les années qui suivirent, amenèrent beaucoup de monde. « Mais ce qui a le plus augmenté l'affluence, c'est M. le Curé par ses prières pour la conversion des pécheurs. La grâce qu'il obtenait était si forte qu'elle allait les chercher, sans leur laisser un moment de repos (Note de Catherine) » Nous croyons, en effet, que ce que l'opinion publique honora d'abord en M. Vianney, fut cette force immense d'intercession, ces mains toujours élevées entre le ciel et la terre pour attirer les bénédictions de l'un et la confiance de l'autre, ces supplications toujours actives, toujours ferventes, ces torrents de prières et de larmes sans cesse répandues aux pieds de Dieu, qui veut qu'on l'implore et qu'on le fléchisse.
LA GRÂCE ÉTAIT SI FORTE QU'ELLE ALLAIT CHERCHER LES PÉCHEURS. On ne saurait mieux dire, et voilà en feux mots l'origine du pèlerinage d'Ars. La Providence a voulu que, pendant trente ans, les populations du XIXe siècle, si amoureuses de toutes les vanités, vinssent en foule rendre hommage à l'humilité et à la simplicité. Pendant que les beaux esprits de nos jours s'évertuaient contre la confession et ses influences, le peuple leur répondait en allant se confesser à Ars. C'est autour du CONFESSEUR que le mouvement s'est fait d'abord. (...)
Le vœu de saint Philippe de Néri de n'avoir aucune heure, aucun moment à lui ; M. Vianney arriva bien vite à cet état de glorieuse sujétion. Si le Stylite se fit attacher à un rocher afin de ne pouvoir, encore qu'il le voulût, dépasser dans ses mouvements la longueur de sa chaîne et de n'avoir la liberté que de contempler le ciel et de soupirer après Notre-Seigneur, le Curé d'Ars avait aussi sa chaîne : c'étaient ces âmes qui le rivaient à son confessionnal. (...)
Il y a des faits et des services d'un ordre si profond qu'ils n'acquièrent tout leur éclat que sous le regard de l'histoire et devant la postérité. Nous croyons qu'il en sera ainsi du pèlerinage d'Ars. Ce qu'il y a eu de plus visible, de plus palpable et qui a le plus saisi l'admiration et la reconnaissance des contemporains, n'en est pas le côté le plus consolant et le plus sérieusement beau. Comme en est convenu le saint Curé lui-même, « on ne saura qu'au jour du jugement le bien qui s'est fait dans ce petit coin de terre privilégié. »

(Vie de J.-M.-B. Vianney par Alfred Monnin)


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