La Circoncision était la marque et le sceau de l'alliance que le Seigneur avait faite avec Abraham. Il l'ordonna à tous les enfants mâles, et à leurs descendants, le huitième jour après leur naissance. Jésus-Christ, qui descendait des saints Patriarches selon la chair, a voulu se soumettre à cette loi huit jours après être venu au monde, pour nous affranchir de ce joug rigoureux, et nous apprendre à être fidèles à toutes les ordonnances que la Religion nous impose. En nous délivrant de la circoncision judaïque, il en exige une autre de notre part, qui s'étend à toutes nos pensées, nos désirs, nos affections, nos paroles, nos actions, et généralement à toutes nos démarches. Elle nous oblige à combattre et à vaincre tout ce qui favorise la cupidité et la mollesse. Elle nous prescrit de faire le retranchement de tout ce qui flatte la sensualité. Elle exige du riche qu'il renonce au superflu de ses biens, à la pompe et à la magnificence de ses bâtiments et de son cortège, si peu convenables à un disciple de Jésus-Christ. Elle exige qu'une mondaine retranche toute parure non-seulement indécente, mais encore celles qui ne servent qu'à flatter la vanité et le désir de briller et de plaire.
La vie d'un Chrétien doit être marquée tous les jours par des privations et des sacrifices. C'est la voie qui conduit au Ciel, il n'en est point d'autre. Malheur à celui qui s'en éloigne, en ne recherchant que les plaisirs du monde, en se conformant à ses maximes, en faisant son unique occupation de flatter ses sens.
Que de retranchements n'avons-nous pas à faire d'après les règles de l'Évangile ! Si jusqu'ici nous n'avions vécu que pour contenter nos goûts et flatter notre sensualité, demandons à Dieu qu'il nous inspire, au renouvellement de cette année, la résolution la plus sincère de ne passer aucun jour qui ne soit consacré à lui plaire et à le servir ; en faisant de l'observation de ses lois, la règle de notre conduite.
Notre Seigneur, au jour de sa Circoncision, reçut le nom de Jesus, qui signifie Sauveur. L'Ange avait dit à Joseph, qu'il devait sauver son peuple, en le délivrant de ses péchés ; et saint Pierre nous dit, qu'il n'y a point de salut par aucun autre que par lui ; car nul autre nom sous le Ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous puissions être sauvés.
Par combien de titres Jésus-Christ ne mérite-t-il pas ce nom adorable ! De combien de maux ne nous a-t-il pas délivrés ! Nous périssions pour toujours, et des supplices éternels auraient été notre triste partage, si, par l'excès de sa miséricorde, il ne nous en eût préservés. Combien de fois, par sa grâce, ne nous a-t-il pas retirés de l'abîme du vice !
Ne prononçons jamais le nom de Jesus sans être pénétrés des sentiments de la reconnaissance la plus vive, en pensant qu'il est la source de tous les dons que nous recevons avec tant d'abondance. Il doit ranimer notre confiance au milieu des périls qui nous environnent, et des ennemis qui ont conjuré notre perte. Faisons-en un bouclier impénétrable à tous les traits que l'enfer lance contre nous. Pendant notre vie, et à l'heure de notre mort, il sera notre force et notre consolation, si c'est l'Esprit-Saint qui le met sur notre langue, après l'avoir gravé dans nos cœurs.
PRIÈRE
Sauveur adorable, que deviendrais-je, hélas ! si vous n'étiez ma ressource et mon appui ? Livré à moi-même, ma perte serait inévitable. Vous avez daigné vous laisser attendrir à la vue de mon triste sort, vous êtes devenu mon libérateur et mon asile. Le souvenir de vos bienfaits devait, en excitant ma reconnaissance, me rendre un serviteur fidèle, et jusqu'ici je n'ai répondu à vos bontés que par des outrages. Loin d'être l'observateur de votre loi, tous les jours j'en ai violé les préceptes. Oubliez, je vous en conjure, mon ingratitude et ma perfidie ; pénétrez-moi de la douleur la plus amère, et de la componction la plus vive, afin que, par une vie pénitente, j'expie mes offenses. C'est alors qu'arrivé aux derniers moments de ma vie, lorsque je prononcerai le doux nom de Jésus, je pourrai encore ranimer ma confiance, et vous regarder comme un Sauveur rempli de bonté, qui ne sera mon juge que pour me faire entendre un arrêt favorable.
(Manuel du Catholique)
Reportez-vous à Sur la soumission du Sauveur enfant à la loi de la Circoncision, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, De la Circoncision, comprenant la lettre de nouvelle année de Saint François de Sales, Le premier jour de l'année, Prière pour remercier Dieu de ses bienfaits, s'humilier de ses fautes, et lui promettre une vie plus fidèle, Sur le délai de la conversion, Considérations sur la rapidité du temps, Méditation pour le dernier jour de l'année, De l'emploi du temps, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur le bon usage du temps présent, et Sentiments d'une âme pénitente à un renouvellement d'année.
samedi 1 janvier 2022
Pour le Jour de la Circoncision
Sentiments d'une âme pénitente à un renouvellement d'année
| Saint Paul pénitent |
Je n'étais sur la terre que pour connaître mon Dieu, l'aimer, le servir, et par cette voie acquérir un bonheur éternel. Cette vérité élémentaire, qu'on m'avait apprise dès l'enfance, et que je devais méditer le reste de mes jours, aurait dû être la règle de mes sentiments et de ma conduite. Heureux si mon esprit et mon cœur en avaient fait l'objet de mes pensées et de mes désirs ! Je n'aurais ni larmes à verser, ni soupirs à pousser. Mais, ô souvenir amer ! que me rappelle mon enfance ? que me retrace ma jeunesse ? que me dit un âge plus avancé ? Quelle est l'année, quel est le mois, quelle est la semaine où, consacré uniquement au service de mon Dieu, je n'aie agi que pour sa gloire ? Depuis le premier usage de ma raison jusqu'à ce moment, tous mes pas devaient me conduire à lui. Les promesses que j'avais faites sur les fonts sacrés, de renoncer aux œuvres de Satan, aux maximes et aux pompes du siècle, pour m'attacher à Jésus-Christ et à suivre son Évangile, ne déposent-elles pas contre moi ? La parole sainte m'a instruit de mes devoirs ; les ai-je remplis ? La piscine sacrée de la pénitence devait me purifier de mes souillures ; à la Table sainte, admis à la fournaise d'amour, mon cœur en aurait dû être embrasé ; à l'oraison, en m'entretenant avec mon Dieu, je devais m'unir à lui de la manière la plus intime : ai-je mis à profit tous ces dons ? Tous les instants de ma vie, marqués par de nouveaux bienfaits, devaient me pénétrer d'une reconnaissance de jour en jour plus vive. Que d'exemples édifiants se présentaient à mes yeux pour renouveler ma ferveur, et qui m'ont laissé insensible ! Que de regrets doivent déchirer mon cœur, en comparant ce que j'ai été avec ce que je devais être !
Augustin s'écriait, dans les sentiments de la douleur la plus vive : Malheur et mille fois malheur à cette seizième année, où j'ai commencé à outrager mon Dieu ! Voe decimo sexto anno. Trop tard, ô mon Dieu, trop tard je vous ai aimé. Sero te amavi. Oui, je le dirai le reste de mes jours, et le répéterai sans cesse avec une douleur toujours nouvelle : Malheur à ces années dont chaque instant me rappelle des infidélités envers celui qui devait seul régner dans mon cœur !
Que de pieux mouvements que voulait faire naître son amour dans mon âme ! et je les ai étouffés. Combien de fois ne m'a-t-il pas appelé ? et j'ai refusé de l'entendre. Quand j'étais faible, il me soutenait ; mille fois égaré, il me ramenait quand il voyait que j'étais sur le bord de l'abîme, il me faisait entendre les cris de sa tendresse, et me disait : Non, mon fils, vous ne périrez pas ; mon amour s'y oppose. Pourrais-je, au souvenir de tant de bontés, être insensible encore ? Ô mon Dieu, par pure miséricorde, faites-moi miséricorde, et en amollissant mon âme par la componction la plus vive, embrasez-la de l'amour le plus ardent. J'ai à remplir tous les vides de ma vie, et à en réparer tous les instants. Vous seul pouvez m'apprendre à satisfaire aux droits de votre justice, et à acquitter mes dettes à votre égard. J'ai lieu d'espérer cette faveur de vos bontés, quelqu'indigne que je m'en sois rendu. En pensant que, loin de m'abandonner comme je l'avais si souvent mérité, vous portez encore sur moi des regards de prédilection, ce souvenir ranime ma confiance. Faites que, par votre grâce, je prenne la résolution la plus sincère de réparer le passé, et de commencer avec une sainte ardeur une nouvelle année, d'en sanctifier tous les moments par la pénitence et l'accomplissement de tous mes devoirs.
Si un Prophète m'annonçait de votre part, Seigneur, que dans le cours de cette année que je vais commencer, je sortirai de ce monde pour aller comparaître devant votre tribunal ; que ne ferais-je pas pour me préparer un arrêt favorable ! Avec quelle ferveur ne réparerais-je pas les vides de ma vie, et ne travaillerais-je pas à apaiser votre courroux ! avec quel soin ne m'appliquerais-je pas à recevoir les Sacrements avec les dispositions les plus saintes ! Le Seigneur serait l'unique objet de mes pensées et de mes désirs ; ne plaire qu'à lui sur la terre, pour mériter de le posséder à jamais dans le Ciel, serait l'unique mobile de mes occupations et de mes projets.
Incertain du nombre de mes jours, pourquoi n'aurai-je pas les mêmes sentiments ? pourquoi ne prendrai-je pas les mêmes résolutions ? Non, mon âme, non, plus de délai, plus de réserve ; c'est dès ce jour, c'est à ce moment que tu dois te consacrer à ton Dieu. C'est le maître le plus aimable que tu dois servir ; c'est l'ami le plus bienfaisant et le plus généreux auquel tu dois être fidèle ; lui seul peut faire ta félicité. S'attacher à lui pour toujours, est pour toi le devoir le plus indispensable.
Inspirez-moi, Seigneur, ces sentiments, et daignez les fixer dans mon cœur. C'est votre grâce qui les forme. J'attends ce bonheur de l'excès de vos miséricordes.
(Manuel du Catholique)
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vendredi 1 janvier 2021
DE LA CIRCONCISION
ORIGINE
Le fils de Dieu s'étant soumis à la condition humaine pour racheter les hommes des funestes conséquences de la malédiction originelle, a voulu se conformer aux lois et coutumes établies par la juridiction du pays où il naissait . Une loi ordonnait que tout nouveau-né fût porté au grand prêtre, huit jours après sa naissance, pour accomplir une cérémonie à laquelle la nouvelle Église a substitué le baptême. C'est pour exécuter les prescriptions de cette loi que Marie et Joseph présentèrent Jésus au temple ; il voulut ainsi prouver, que, bien que la divinité habitat en lui, il ne se dispenserait pas de donner l'exemple de la soumission et de l'obéissance aux ordres d'un législateur, que Dieu lui-même avait chargé de discipliner son peuple : car cette loi de la circoncision, donnée à Abraham, avait été promulguée par Moïse, cet avant-coureur que le Seigneur avait envoyé sur terre pour préparer la voie que devait parcourir son fils.
Ce fut vers le milieu du septième siècle que l'on donna à ce jour le nom de fête de la Circoncision ; jusque-là et pendant six cents ans, on l'avait toujours désigné sous l'appellation d'octave de la Nativité.
C'est aussi le jour de la Circoncision que la loi de Moïse voulait que le nouveau-né fût inscrit sur les livres publics et reçut le nom qui le distinguait des autres membres de la famille ; c'est donc encore le moment où le fils de Marie fut nommé Jésus, qui signifie sauveur.
La Circoncision est aussi le premier jour de l'année catholique : par un reste des usages du paganisme, c'est l'époque choisie pour se livrer à des joies toutes mondaines, comme si tous oubliaient que l'an qui vient de finir ne reviendra jamais, et qu'ainsi c'est un pas de plus vers l'éternité... Ce jour-là on se fait de mutuels présents ; bien de l'or va se perdre et se noyer dans cet océan des vanités humaines, et bien souvent l'on semble ignorer qu'avec les miettes de ce splendide festin on pourrait soulager tant de misères qui meurent de faim sur le seuil ! Aussi, devons-nous moins nous étonner en apprenant que l'usage des étrennes fut anathématisé par les Saints Pères, à cause de leur étiologie païenne. C'est aussi pour opposer les armes de la Religion à celles du monde que le concile de Tours prescrivit, au sixième siècle, des prières publiques au premier jour de l'an et ordonna qu'on couvrît les chants impies par le bruit des hymnes et des litanies. Parce qu'il est innocent aujourd'hui, l'Église a cessé de proscrire l'usage des étrennes, si impatiemment attendues par les petits et les grands enfants ; mais elle recommande en même temps de ne pas oublier les pauvres, qui sont nos frères, et nous rappelle que l'aumône et la prière sont les plus précieuses étrennes par lesquelles on puisse plaire à Dieu, qui, en échange, bénira tous les instants de l'an nouveau, qui ne commence jamais mieux que sous les auspices d'une bonne œuvre et d'une bonne pensée.
LA CIRCONCISION OU LE JOUR DE L'AN
L'homme est donc ainsi fait, que dans son inconstance,
Se laissant emporter au souffle du désir,
Il poursuit vainement, poussé par l'espérance,
Ce fantôme inconnu, qu'on nomme l'avenir !
Chaque heure qui s'enfuit, chaque instant qui s'écoule,
Le rapprochent du but désigné par le sort...
Et pourtant, regardez... Où va l'humaine foule,
Si ce n'est vers ce gouffre où l'appelle la mort ?...
Ainsi, quand à l'année un nouvel an succède,
Tous, le sourire au front et l'allégresse au cœur,
Comme si nous trouvions l'infaillible remède,
Nous saluons ce jour qui promet le bonheur...
Le bonheur, ô mortels, est-il donc sur la terre ?
Est-ce que la patrie est au lointain exil ?
Et qu'est -ce que le cours d'une vie éphémère
Dont, vous le savez bien, tout peut rompre le fil ?...
Cette vie est un fleuve, eau troublée et rapide,
Qui fuit, en murmurant, vers l'océan commun ;
Toute barque y chavire, et celui qui la guide
A beau faire ... elle sombre et court où va chacun.
C'est l'épine ou la fleur qui borde le rivage ;
La brume ou le soleil enveloppe l'azur ;
Qu'importe que le ciel soit voilé d'un nuage,
Ou que le firmament étale son front pur ? ...
Il faut que cet esquif, qui jamais ne s'arrête ,
Vers l'océan fatal soit sans cesse emporté ;
Car Dieu, qui tient en main les clefs de la tempête,
Nous pousse vers la mort et vers l'éternité !...
Pourquoi se réjouir, quand le vent nous entraine ? ...
Le naufrage est-il donc un bonheur ici-bas ?...
Ou plutôt... n'est -ce point le fardeau de la chaîne
Que l'homme veut briser et qui gène ses pas ?...
Oui, dans ce sentiment de l'inconstance humaine,
Il est un vague instinct du bonheur infini ;
C'est le pressentiment d'une rive lointaine
Où dans le sein de Dieu tout sera réuni.
Oui, cette soif d'amour, qui jamais ne s'apaise,
Sans cesse devant nous porte notre regard,
Et pour qu'ainsi toujours la terre nous déplaise
Il faut que le bonheur soit sans doute autre part.
Et cependant, enfants, vous dont l'âme candide,
Désire de chaque an le fidèle retour,
En moi, ne voyez point un conseiller rigide
Qui voudrait assombrir vos plaisirs de ce jour ;
Non : acceptez la joie au giron de vos mères,
Laissez luire à vos fronts vos sourires joyeux :
L'avenir garde, hélas ! tant de peines amères
Qu'il faut faire briller le présent à vos yeux.
De tous ces riches dons offerts par la tendresse,
Jouissez aujourd'hui qu'il en est temps encor :
Les étrennes, enfants, bonheur de la jeunesse,
Peuvent, si vous voulez, se changer en trésor.
Oui, dans vos yeux limpides
Je vois luire un éclair :
Vers tous ces riens splendides,
Vos petits bras avides
Se sont tendus en l'air...
Enfants, c'est de votre âge,
Acceptez ces plaisirs...
Quand il fléchit sous l'âge,
L'homme est- il donc plus sage
Dans ses autres désirs ?...
Mais là-bas, tout à l'heure,
J'ai vu, sur le trottoir,
Un pauvre enfant qui pleure
Et cherche une demeure
En mordant son pain noir.
Il marche dans la neige
Avec ses deux pieds nus ;
La souffrance l'assiège...
Personne ne protège
Les enfants inconnus !
Il a perdu sa mère
Morte en le nourrissant ;
Il est seul sur la terre...
Si grande est sa misère,
Qu'on l'évite en passant ! ...
Voyez, s'il est si pâle,
C'est qu'il a froid et faim ;
Quand souffle la rafale,
Son lit est une dalle,
Ses bonbons sont du pain !
Qu'a fait ce petit ange
Pour être ainsi martyr ? ...
Par quel mystère étrange
Est-il un tel mélange
De ce qui fait souffrir ?...
Hélas ! qui peut connaître
Quand son mal finira !
Dieu seul peut le permettre...
Pour qu'il cesse... peut-être
Il le rappellera.
Pourtant, pour qu'un sourire
Brille à travers ses pleurs,
Un seul mot peut suffire
Et vous allez le dire
En voyant ses douleurs ;
Ce mot, je le réclame,
Enfants portés au bien ;
Il est là, dans votre âme,
Inscrit en traits de flamme
Par votre Ange gardien.
De votre voix si pure
Appelez cet enfant ;
Vous verrez sa figure,
Que gerce la froidure,
Prendre un air triomphant ;
Il viendra comme un frère,
Sans crainte, auprès de vous,
Et vous direz, j'espère :
— « Soulager la misère
Vaut bien mieux, sur la terre,
Que bonbons, que bijoux... »
SUR LA RAPIDITÉ DE LA VIE
La vie humaine est semblable à un chemin dont l'issue est un précipice affreux : on nous en avertit dès le premier pas ; mais la loi en est prononcée, il faut avancer toujours. Je voudrais retourner sur mes pas : Marche ! marche !... Un poids invincible, une force invisible nous entraîne ; il faut sans cesse avancer vers le précipice.
Mille traverses, mille peines nous fatiguent et nous inquiètent sur la route... Encore, si je pouvais éviter ce précipice affreux !... Non ! non, il faut marcher, il faut courir : telle est la rapidité des années.
On se console pourtant, parce que, de temps en temps, on rencontre des objets qui nous divertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent ; on voudrait arrêter : — Marche !... marche !!!
Et, cependant, on voit tomber derrière soi tout ce qu'on avait passé : fracas effroyable, inévitable ruine !... On se console, parce qu'on emporte quelques fleurs cueillies en passant, qu'on voit se faner entre ses mains, du matin au soir, quelques fruits qu'on perd en les goûtant,... Enchantement !... Toujours entraîné, tu approches du gouffre. Déjà tout commence à s'effacer : les jardins moins fleuris, les fleurs moins brillantes, les couleurs moins vives, les prairies moins riantes, les eaux moins claires... Tout se ternit, tout s'efface : l'ombre de la mort se présente ; on commence à sentir l'approche du gouffre fatal... Mais il faut aller sur le bord... Encore un pas !... Déjà l'horreur trouble les sens ; la tête tourne, les yeux s'égarent, il faut marcher ! On voudrait retourner en arrière ? plus de moyens !... tout est tombé ; tout est évanoui ; tout est échappé! (BOSSUET)
LETTRE DE NOUVELLE ANNÉE
Elles passent donc ces années temporelles ; leurs mois se réduisent en semaines, les semaines en jours, les jours en heures et les heures en moments, qui sont ceux-là seuls que nous possédons, mais que nous ne possédons qu'à mesure qu'ils périssent et rendent notre durée périssable, laquelle pourtant nous en doit être plus aimable, puisque cette vie étant pleine de misères, nous ne saurions y avoir aucune plus solide consolation que celle d'être assurés qu'elle va se dissipant, pour faire place à cette sainte éternité qui nous est préparée en l'abondance de la miséricorde de Dieu et à laquelle notre âme aspire incessamment.
Or, je souhaite donc sur vous, chère âme, que cette année prochaine soit suivie de beaucoup d'autres, et que toutes soient utilement employées pour la conquête de l'éternité. Vivez longuement, saintement et heureusement entre les vôtres ici-bas, parmi ces choses périssables, pour revivre éternellement en cette immuable félicité pour laquelle nous respirons.
Cette année se va abîmer dans le gouffre, où toutes les autres se sont, jusqu'à présent, anéanties. Oh ! que l'éternité est désirable, au prix de ces misérables et périssables vicissitudes !... Laissons couler le temps avec lequel nous nous écoulons petit à petit, pour être transformés en la gloire des enfants de Dieu.
C'est la première fois de cette année que je vous écris : eh ! que je vous souhaite de bénédictions, et avec quelle ardeur ! cela, ça peut se dire. Hélas ! quand je pense comme j'ai employé le temps de Dieu, je suis bien en peine qu'il ne me veuille point donner son éternité, puisqu'il ne la veut donner qu'à ceux qui useront bien de son temps.
Oh ! Dieu !... Elles s'en vont ces années et courent à la file insensiblement les unes après les autres et, en dévidant leur durée, elles dévident notre vie mortelle, et se finissant, elles finissent nos jours. Oh ! que l'éternité est incomparablement plus aimable, puisque sa durée est sans fin, puisque ses jours sont sans nuit et ses contentements invariables. (François de Sales)
(Tiré de Les Fêtes de l’Église romaine)
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samedi 31 décembre 2016
Méditation pour le dernier jour de l'année
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| Marie-Madeleine pénitente (Murillo) |
Jour de réparation
PRATIQUE
Faites aujourd'hui une sincère et humble réparation pour tous les péchés que vous avez commis dans tout le cours de l'année : examinez toutes les infidélités, gémissez-en de tout votre cœur, demandez à Dieu qu'il vous les pardonne, faites-en des actes d'une douloureuse contrition, et imposez-vous quelque pratique de pénitence. Accompagnez cette réparation d'actions de grâces de tous les bienfaits dont Dieu vous a comblé pendant l'année.
MÉDITATION
1er point. Pensez avec amertume aux infidélités multipliées de toute cette année, et dites souvent à Dieu dans la journée, avec le prophète Isaïe : Seigneur, je penserai en votre présence et avec amertume de cœur aux péchés que j'ai commis dans les années précédentes (Isaïe 38). Que votre cœur conçoive une vraie douleur de vos infidélités passées, et forme une généreuse résolution de les expier et de les réparer jusqu'à ce que la justice de Dieu soit satisfaite ; que votre bouche prononce souvent des actes qui expriment la sincérité et l'amertume de votre douleur, et punissez-vous vous-même pour prévenir la sévérité des jugements de Dieu.
2e point. Être fidèle à Dieu, persévérer et augmenter en piété et en amour jusqu'à la fin, c'est l'assurance du salut, c'est la couronne de la vie, parce que ce n'est qu'une heureuse fin qui nous met en possession du bonheur éternel. Finissez donc l'année comme vous voudriez finir votre vie, finissez-la par une réparation sincère. Purifiez et rectifiez toutes les vues imparfaites qui se sont glissées dans les actions de l'année. Examinez ce que vous avez acquis, ou ce que vous avez perdu; humiliez-vous de vous trouver le même ; gémissez de votre peu d'avancement, pendant que la mort s'avance à grands pas ; communiez aujourd'hui en réparation de toutes les communions tièdes, imparfaites et inutiles que vous avez faites dans l'année, et finissez par une action de grâce des bienfaits que vous y avez reçus.
RÉPARATION
Prosterné humblement aux pieds de votre adorable majesté, j'implore, ô mon Sauveur, votre divine miséricorde pour tous les péchés de ma vie, et en particulier pour tous ceux que j'ai commis dans le cours de cette année. Pardon, ô mon adorable Sauveur, de mes révoltes, de mes infidélités, de mes négligences et des délais que j'ai apportés aux grâces et aux inspirations dont vous m'avez favorisé ; pardon de toutes mes irrévérences et de toutes mes lâchetés dans le culte que je vous dois, de mes délicatesses, des recherches de moi-même, et de toutes les lâches complaisances que j'ai eues pour le monde que je savais être votre ennemi et le mien.
Apprenez-moi donc, Seigneur, à réparer tant d'infidélités; vous voulez que je vous consacre et que je vous sacrifie en réparation tout mon esprit, tout mon cœur, tous mes désirs, toute ma volonté, tous mes sens, tout ce que je possède et tout ce que je suis. J'y consens, ô mon divin Sauveur, je vous les offre de toute mon âme, heureux si vous voulez bien les accepter !
Mais, ô adorable Jésus, qui êtes mon sauveur, soyez aussi mon réparateur ; je vous offre à vous-même avec tous vos mérites, toutes vos souffrances et tout votre sang ; ils sont à moi, vous me les avez donnés et vous ne pouvez pas les refuser. Ah ! si j'ai le malheur de trouver en vous un Dieu offensé, j'ai aussi la consolation de trouver en vous un Dieu sauveur, un Dieu médiateur et un Dieu réparateur.
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vendredi 1 janvier 2016
Le premier jour de l'année avec le Père Avrillon
Extrait : Esprit du R.P. Avrillon pour passer saintement l'Avent, le Carême...
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| Présentation de Jésus au Temple (Bellini) |
Jour de rénovation.
Commencez l'année par une rénovation universelle et par une consécration entière de tout votre esprit, de tout votre cœur, de toute votre âme et enfin de toute votre personne à Jésus-Christ qui vient lui-même tout renouveler sur la terre par le sang qu'il commence à. répandre sous le couteau de la circoncision et par l'adorable nom de Jésus qu'il prend dans cette humiliante et douloureuse cérémonie. Prosternez-vous et faites, au nom de Jésus et du sang qu'il répand aujourd'hui, toutes vos demandes pour l'année, qui sera peut-être la dernière de votre vie. Demandez à Dieu, avec toute l'ardeur dont vous êtes capable, sa protection contre tous vos ennemis visibles, ses lumières pour vous conduire dans les voies du salut, la conservation et l'augmentation de la foi, sa grâce, son amour, la persévérance finale ; réitérez souvent ces demandes dans le cours de la journée.
MÉDITATION
Huit jours s'étant écoulés depuis la naissance de l'enfant, il fut nommé Jésus. (Luc 2, 21)
1er point. Voici le commencement de notre rédemption, un Dieu devenu enfant, un pur esprit revêtu de notre chair, souffrant et répandant du sang, et qui veut bien prendre un nom qui est celui de Jésus. Mettons-le donc dans notre cœur ce nom si doux de notre Sauveur, et invoquons-le dans tous nos besoins. Vous ne pouvez le prononcer en esprit et en chrétien sans vous représenter d'un côté un Dieu tout-puissant, dont la grandeur est infinie, et de l'autre un nouvel homme, un enfant de prodiges, humble, patient, aimable, plein de charité, qui éclipse en notre faveur tous les grands attributs de la divinité, qui souffre et qui commence à répandre son sang pour notre amour, qui nous invite à nous dépouiller du vieil homme et à nous revêtir du nouveau, qui est lui-même, par une rénovation universelle de vie, de mœurs, de conduite et d'amour.
2e point. Jésus-Christ est ce souverain des cœurs que le disciple bien-aimé vit sur son trône de grâce, et qui dit, je viens renouveler toutes choses. Au huitième jour, il commence à répandre du sang, dont une seule goutte aurait suffi pour racheter tous les hommes, parce qu'il était d'une valeur infinie. S'il répand ce sang si nouveau et si précieux pendant qu'on lui impose l'adorable nom de Jésus, il lui en coûtera jusqu'à la dernière goutte, quand il consommera notre rédemption sur la croix.
Transportez-vous du lieu où il est circoncis sur le Calvaire ; levez les yeux au-dessus de la tête toute sanglante de ce Dieu mourant ; lisez le titre de la croix : Jésus de Nazareth, roi des Juifs. Il ne meurt que parce qu'il est Jésus qui signifie Sauveur.
Le nom de Jésus qu'il prend aujourd'hui marque sa destination à la mort pour le salut des hommes.
Combien ce nom vous doit-il être précieux, puis qu'il renferme toute l'économie de votre bonheur ?
Courez donc, s'écrie saint Bernard, non à des nouveautés profanes, mais au nom de Jésus qui est à vous ; le salut est entre vos mains, puisqu'il est écrit que quiconque aura invoqué ce saint nom sera sauvé. Je trouve du goût et du plaisir, disait le même saint, à prononcer cet aimable nom; quand je suis lâche, il me renouvelle, et ma ferveur prend de nouvelles flammes ; cette délicieuse répétition m'enlève, loin de m'être ennuyeuse ; prononcez-le mille fois le jour, et vous sentirez un goût toujours nouveau, une joie innocente et un chaste plaisir.
SENTIMENTS
Je l'avoue, ô mon adorable Sauveur, disait Augustin pénitent, mes infidélités sans nombre méritent des châtiments éternels ; je n'ai que trop commis de péchés énormes sur lesquels vous pouvez justement me condamner : mais je respire, ô mon Jésus ; je reviens de ma frayeur, j'établis toute mon espérance sur votre nom, parce que c'est un nom que vous n'avez pris que pour me sauver, et ce nom de salut vous le portez encore et vous ne le perdrez jamais (D. Aug. conf.).
C'est par cet adorable nom de Jésus que je vous demande une vraie rénovation et la grâce de ne plus retomber dans les péchés que j'ai commis. Accordez-moi de nouvelles lumières, de nouvelles forces, de nouvelles grâces et une nouvelle ferveur ; je vous en conjure, et parmi les prémices du sang précieux que vous répandez aujourd'hui, et par votre adorable nom de Jésus, qui fait toute ma confiance.
Auguste nom qui réjouit le ciel, fait trembler les enfers, qui soutient les forts, fortifie les faibles! Soyez-moi donc Jésus, ô mon divin Sauveur, pendant le cours de cette année et de toute ma vie, pour me sauver de la corruption du siècle ; soyez moi Jésus au lit de la mort, pour me sauver de l'enfer ; mais soyez-moi Jésus dans le ciel, pour me faire goûter le fruit de ma rédemption dans la jouissance éternelle de mon Dieu sauveur, qui l'a porté pour mon amour. Ainsi soit-il.
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