samedi 28 octobre 2017

Sacra propediem, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Benoît XV, au sujet du septième centenaire de la fondation du Tiers-Ordre franciscain






SACRA PROPEDIEM


LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE BENOÎT XV


Au sujet du septième centenaire de la fondation du Tiers-Ordre franciscain





AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, ÉVÊQUES ET AUTRES ORDINAIRES EN PAIX ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE


BENOIT XV, PAPE.


VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.



Nous regardons comme très opportunes les prochaines fêtes du septième centenaire de la fondation du Tiers-Ordre de la Pénitence.

Plusieurs motifs nous incitent à leur ajouter un lustre nouveau en y conviant le monde catholique en vertu de Notre autorité apostolique, mais c'est avant tout l'espoir des avantages incontestables qu'en retirera le peuple chrétien. C'est ensuite le souvenir personnel qu'elles évoquent pour Nous-même : Nous aimons à Nous rappeler, en effet, que, en 1882, alors que le centenaire de sa naissance répandait dans la masse des fidèles le culte fervent de François d'Assise, Nous voulûmes Nous aussi Nous ranger parmi les disciples du grand patriarche et reçûmes régulièrement l'habit des Tertiaires, dans la célèbre église de l'Ara-Cœli, desservie par les Frères Mineurs. Aujourd'hui, placé par la Providence sur la Chaire du Prince des apôtres, Nous sommes particulièrement heureux de saisir cette occasion de témoigner Notre dévotion à saint François en exhortant les catholiques du monde entier à s'affilier avec empressement ou à rester fidèlement attachés à cette institution franciscaine, qui aujourd'hui encore répond merveilleusement aux besoins de la société.

Ce qui importe d'abord, c'est de replacer sous les yeux de tous la vraie physionomie morale de saint François. Le saint François d'Assise que nous présentent certains modernes, et qui sort de l'Imagination des modernistes, cet homme réservé dans son obéissance au Siège apostolique, spécimen d'une vague et vaine religiosité, n'est à coup sûr ni François d'Assise ni un saint.

Les éclatants et immortels services rendus par François à la cause chrétienne — et qui ont montré en lui le défenseur que Dieu, en ces temps si troublés, réservait à la sainte Église — trouvèrent comme leur couronnement dans le Tiers-Ordre : est-il rien qui prouve mieux la grandeur et la violence du désir brûlant qui consumait son âme de répandre par toute la terre la gloire de Jésus-Christ ?

Profondément attristé des malheurs que traversait alors l'Église, François conçut l'incroyable dessein de renouveler toutes choses conformément aux principes de la loi chrétienne. Après avoir fondé une double famille religieuse, l'une de Frères et l'autre de Sœurs qui s'engageraient par des vœux solennels à imiter l'humilité de la croix, François, dans l'impossibilité d'ouvrir le cloître à tous ceux qu'attirait à lui de tous côtés le désir de se former à son école, résolut de procurer, même aux Âmes vivant parmi le tourbillon du monde, le moyen de tendre à la perfection chrétienne. Il fonda donc un Ordre proprement dit de Tertiaires : à la différence des deux autres Ordres, il ne comporterait pas le lien des vœux de religion, mais se caractériserait par la même simplicité de vie et le même esprit de pénitence. Ainsi, le projet qu'aucun fondateur d'Ordre régulier n'avait encore imaginé — faire pratiquer par tous la vie religieuse, — François en eut le premier l'idée, et la grâce de Dieu lui donna de le réaliser avec le plus grand succès. Nous n'en voulons d'autre preuve que ce bel hommage de Thomas de Celano : « Merveilleux ouvrier, dont l'exemple, la direction et les enseignements ont ce résultat admirable de renouveler dans l'un et l'autre sexe l'Église du Christ et de mener au triomphe une triple phalange d'âmes préoccupées de leur salut. »

Nous ne retiendrons que ce témoignage d'un contemporain si autorisé ; à lui seul il suffit amplement à montrer à quelle profondeur et sur quelle étendue cette initiative de François d'Assise remua les masses populaires, quels notables et salutaires redressements elle y opéra.

Fondateur incontesté du Tiers-Ordre — comme il l'était des deux premiers, — François en fut encore, à n'en point douter, le très sage législateur. On sait qu'il eut pour cette œuvre le concours précieux du cardinal Ugolin, qui devait plus tard, sous le nom de Grégoire IX, illustrer ce Siège apostolique et qui, après avoir, tant qu'il vécut, entretenu avec le patriarche d'Assise les rapports les plus étroits, éleva plus tard sur son tombeau une magnifique et somptueuse basilique. Quant à la règle des Tertiaires, nul n'ignore qu'elle fut régulièrement approuvée par Notre prédécesseur Nicolas IV.

Mais Nous n'avons pas, Vénérables Frères, à nous attarder plus longtemps sur ces questions ; Notre but est ici, avant tout, de mettre en lumière le caractère et, comme on dit, l'esprit particulier du Tiers-Ordre, car l'Église en attend de précieux avantages pour le peuple chrétien, en ce siècle si ennemi de la vertu et de la foi aussi bien qu'à l'époque de François d'Assise. Avec son sens profond des situations et des temps, Notre prédécesseur Léon XIII, d'heureuse mémoire, désireux de mieux adapter au niveau social de chacun des fidèles, le règlement de vie des Tertiaires, apporta, par la constitution Misericors Dei Filius (1883), à leurs statuts ou règles de très sages adoucissements qui devaient les mettre « en accord avec l'état actuel de la société » : il en modifia quelques points, secondaires d'ailleurs, et qui ne répondaient qu'imparfaitement à nos mœurs d'aujourd'hui. « Qu'on ne croie pas, disait-il, que ces changements enlèvent quoi que ce soit aux principes essentiels de l'Ordre ; Nous voulons absolument qu'ils demeurent en leur intégrité et à l'abri de toute atteinte. » La règle du Tiers-Ordre n'a donc subi que des retouches de détail ; on en a respecté la portée et l'esprit, qui demeurent tels que les a voulus le saint fondateur.

Or, c'est Notre conviction, l'esprit du Tiers-Ordre, tout imprégné de la sagesse de l'Évangile, serait un puissant élément d'assainissement des mœurs privées et publiques s'il se répandait de nouveau comme au temps où, par sa parole et ses exemples, François prêchait partout le royaume de Dieu.

Ce que François veut voir briller avant tout dans ses Tertiaires et qui doit être comme leur marque caractéristique, c'est la charité fraternelle, gardienne très attentive de la paix et de la concorde. Sachant que la charité est le commandement spécial apporté par Jésus-Christ et la synthèse de toute la loi chrétienne, il mit tous ses soins à en faire la règle spirituelle de ses enfants ; et il aboutit à ce résultat que le Tiers Ordre rendit naturellement les plus grands services à la famille humaine tout entière.

Bien plus, François était impuissant à contenir dans l'intime de son cœur l'amour séraphique qui le consumait pour Dieu et ses frères ; il lui fallut le laisser déborder sur toutes les âmes qu'il pouvait atteindre. C'est ainsi qu'il se mit à réformer la vie individuelle et familiale de ses disciples en les formant à la pratique des vertus chrétiennes avec une telle ardeur qu'on eût pu croire que c'était là tout son programme. Mais il ne songea point qu'il dût se borner là : la conversion individuelle n'était qu'un instrument dont il se servit pour réveiller au sein de la société l'amour de la sagesse chrétienne et gagner tous les hommes à Jésus-Christ.

La préoccupation qui avait poussé François d'Assise à faire des membres du Tiers-Ordre des messagers et des apôtres de la paix au milieu des âpres discordes et des guerres civiles de son temps, elle était la Nôtre aux jours où l'incendie d'une guerre horrible était allumé dans le monde presque tout entier ; elle n'a pas cessé de l'être au moment où, çà et là, le foyer fumant de cet incendie mal éteint jette encore des flammes.

À ce fléau vient s'ajouter la crise intérieure que traversent les nations, fruit de l'oubli et du mépris prolongé des principes chrétiens : Nous voulons dire cette lutte pour le partage des biens qui métaux prises les diverses classes de la société, lutte si acharnée qu'elle menace déjà d'aboutir à une catastrophe universelle.

Dans ce champ si vaste où, comme représentant du Roi Pacifique. Nous avons prodigué nos soins particulièrement attentifs, Nous faisons donc appel au concours zélé de tous ceux qui se réclament de la paix chrétienne, mais spécialement à la collaboration des Tertiaires. Ils disposeront d'une merveilleuse influence pour ramener la concorde dans les esprits le jour où se seront développés leur nombre et leurs efforts. Il est donc à souhaiter qu'en chaque ville, en chaque bourg même et en chaque village le Tiers-Ordre compte désormais un groupe suffisant de membres, non point de ces adhérents inactifs et satisfaits de leur seul titre de Tertiaires, mais bien de ceux qui se dépensent avec zèle pour leur salut et le salut de leurs frères. Pourquoi même ces diverses associations catholiques qui se multiplient partout, associations de jeunesses, ouvrières, féminines, ne s'affilieraient-elles pas au Tiers-Ordre afin de continuer à travailler à la gloire de Jésus-Christ et au triomphe de l'Église avec le même zèle que François pour la paix et la charité ?

La paix que l'humanité réclame n'est pas celle qu'ont pu décréter les laborieuses tractations de la prudence humaine, mais celle que le Christ apporta par ce message : C'est ma paix à moi que je vous apporte ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Les accords d'État à État ou de classe à classe que les hommes ont pu imaginer ne seront durables et n'auront force de paix véritable qu'à la condition d'être fondés sur la pacification des cœurs ; et celle-ci n'est elle-même possible que si le devoir vient mettre un frein aux passions d'où naissent tous les conflits. D'où viennent, demande l'apôtre Jacques, les guerres et les querelles parmi vous ? N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? Or, régler sagement tous les mouvements inhérents à la nature de façon à faire de l'homme le maître et non l'esclave de ses passions, soumis lui-même et docile à la volonté divine — hiérarchie qui est à la base de la paix universelle, — cela appartient au Christ, et son action manifeste une merveilleuse efficacité dans la famille des Tertiaires Franciscains.

Cet Ordre ayant pour but, comme Nous l'avons dit, de former ses membres à la perfection chrétienne bien qu'ils soient plongés dans les embarras du siècle — tant il est vrai qu'aucun genre ou état de vie n'est incompatible avec la sainteté, — il arrive comme nécessairement, là où les Tertiaires sont nombreux à observer fidèlement leur règle, qu'ils sont pour tous ceux qui les entourent un grand encouragement à remplir tous leurs devoirs et même à tendre vers une perfection de vie supérieure aux exigences de la loi commune. Le témoignage rendu par le divin Maître à ceux de ses disciples qui s'attachaient plus étroitement à lui : Ils ne sont point du monde, tout comme moi-même je ne suis point du monde, on peut à juste titre l'appliquer aux fils de François, qui, s'ils observent les conseils évangéliques d'esprit et de cœur, autant qu'il est possible dans le monde, sont en droit de reprendre à leur compte le mot de l'Apôtre : Quant à nous, nous avons reçu non point l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu.

Ils chercheront donc, complètement étrangers eux-mêmes à l'esprit du monde, à introduire l'esprit de Jésus-Christ dans le courant de la vie sociale par tous les côtés où ils y ont accès.

Or, il est deux passions aujourd'hui dominantes dans le profond dérèglement des mœurs : un désir illimité de la richesse et une soif insatiable de jouissances. C'est là surtout ce qui marque d'un honteux stigmate notre époque : alors qu'elle va sans cesse de progrès en progrès dans l'ordre de tout ce qui touche au bien-être et à l'agrément de la vie, il semble que, dans l'ordre supérieur de l'honnêteté et de la rectitude morale, une lamentable régression la ramène aux ignominies du paganisme antique. À mesure, en effet, que les hommes perdent de vue les biens éternels que le ciel leur réserve, ils se laissent prendre davantage au mirage trompeur des biens éphémères d'ici-bas ; et une fois que les âmes se sont repliées vers la terre, une pente facile les amène insensiblement à se relâcher dans la vertu, à éprouver de la répugnance pour les choses spirituelles et à ne plus rien goûter en dehors des séductions du plaisir. D'où la situation générale que nous constatons : chez les uns, le désir d'acquérir des richesses ou d'accroître leur patrimoine ne connaît pas de bornes ; les autres ne savent plus comme jadis supporter les épreuves qui sont le cortège ordinaire du dénuement ou de la pauvreté ; et à l'heure même où les rivalités que nous avons signalées mettent aux prises riches et prolétaires, un grand nombre semble vouloir surexciter la haine des pauvres par un luxe effréné qu'accompagne la plus révoltante corruption.

À cet égard, Nous ne pouvons assez déplorer l'aveuglement de tant de femmes de tout âge et de toute condition : affolées par le désir de plaire, elles ne voient pas à quel point l'indécence de leurs vêtements choque tout homme honnête et offense Dieu. La plupart eussent rougi autrefois de ces toilettes comme d'une faute grave contre la modestie chrétienne ; maintenant, il ne leur suffit pas de les produire sur les voies publiques ; elles ne craignent point de franchir ainsi le seuil des églises, d'assister au Saint Sacrifice de la messe, et même de porter jusqu'à la Table eucharistique, où l'on reçoit le céleste Auteur de la pureté, l'aliment séducteur des passions honteuses. Et Nous ne parlons pas de ces danses exotiques et barbares récemment importées dans les cercles mondains, plus choquantes les unes que les autres : on ne saurait imaginer rien de plus propre à bannir tout reste de pudeur.

En considérant attentivement cet état de choses, les Tertiaires comprendront ce que notre époque attend des disciples de saint François. Qu'ils reportent les yeux sur la vie de leur Père ; ils verront quelle parfaite et vivante ressemblance eut avec Jésus-Christ, surtout dans la fuite des satisfactions et l'amour des épreuves de cette vie, celui qu'on a appelé le Poverello et qui a reçu dans sa chair les stigmates du Crucifié. II leur appartient de montrer qu'ils sont restés dignes de lui, en embrassant au moins en esprit la pauvreté, en se renonçant eux-mêmes et en portant chacun leur croix.

En ce qui concerne particulièrement les Sœurs Tertiaires, Nous leur demandons d'être, par leur mise et tout l'ensemble de leur maintien, des modèles de sainte modestie pour les autres dames ou jeunes filles ; qu'elles soient bien convaincues que la meilleure manière pour elles d'être utiles à l'Église et à la société est de travailler à l'amélioration de la moralité.

D'autre part, après avoir créé diverses œuvres charitables pour soulager les indigents dans leurs besoins de toute sorte, les membres de cet Ordre voudront encore, Nous en sommes sûr, faire bénéficier de leur charité ceux de leurs frères qui sont dépourvus des biens autrement précieux que ceux de la terre. Ici Nous revient à la mémoire le conseil de l'apôtre Pierre, demandant aux chrétiens d'être, par la sainteté de leur vie, des modèles pour les Gentils, et cela afin que, remarquant vos bonnes œuvres, ils glorifient Dieu au jour de sa visite. Comme eux, les Tertiaires Franciscains doivent, par l'intégrité de leur foi, la sainteté de leur vie et l'ardeur de leur zèle, répandre au loin la bonne odeur du Christ, avertir ceux de leurs frères qui seraient sortis du bon chemin et les presser d'y rentrer. Voilà ce qu'exige d'eux, ce qu'attend l'Église.

Quant à Nous, Nous avons l'espoir que les fêtes prochaines marqueront pour le Tiers-Ordre un développement nouveau ; et Nous ne doutons point que vous-mêmes, Vénérables Frères, ainsi que les autres pasteurs d'âmes, déploierez de grands efforts pour faire refleurir les groupes de Tertiaires là où ils végètent, en créer d'autres partout où ce sera possible, et les rendre tous florissants autant par l'observation de la règle que par le nombre de leurs membres.

En effet, il s'agit en définitive, par l'imitation de François d'Assise, d'ouvrir au plus grand nombre possible d'âmes la voie qui les ramènera au Christ : c'est en ce retour que réside le plus ferme espoir de salut pour la société. Le mot de saint Paul : Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ, nous pouvons à bon droit le mettre sur les lèvres de François, qui, en imitant l'Apôtre, est devenu la plus fidèle image et copie de Jésus-Christ.

Aussi, pour que ces fêtes portent plus de fruits encore, et sur les instances des Ministres généraux des trois Familles Franciscaines du premier Ordre, Nous accordons les faveurs suivantes, puisées dans le trésor de la sainte Église :

1. Dans toutes les Églises où est canoniquement érigé le Tiers-Ordre et où Ton célébrera par un triduum les fêtes du centenaire dans l'année à courir du 16 avril prochain : les Tertiaires, chaque jour du triduum, les autres fidèles une fois seulement, pourront, aux conditions ordinaires, gagner une indulgence plénière de leurs péchés. Tous les fidèles qui, contrits de leurs fautes, visiteront le Saint Sacrement en une de ces églises, pourront gagner à chaque visite une indulgence de sept ans.

2. Tous les autels de ces églises seront considérés, en ces trois jours, comme autels privilégiés ; au cours du triduum, tout prêtre pourra y célébrer la messe de saint François, suivant le rite de la messe votive pro re gravi et simul publice de causa en tenant compte des rubriques générales du Missel romain insérées dans la dernière édition vaticane.

3. Tous les prêtres qui desservent ces églises pourront, pendant ces mêmes jours, bénir chapelets, médailles et autres objets de piété les enrichir des indulgences apostoliques et appliquer aux chapelets les indulgences des Croisiers et de sainte Brigitte.

Comme gage des faveurs divines et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons de tout cœur, à vous, Vénérables Frères, et à tous les membres du Tiers-Ordre la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de l'Épiphanie de l'an 1921, de Notre Pontificat, la septième année.


BENOIT XV, PAPE.




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Rite expiatis, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie XI, à l'occasion du septième centenaire de la mort de Saint François d'Assise



Rêve d'Innocent III, Saint François d'Assise



RITE EXPIATIS


LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XI


À l'occasion du septième centenaire de la mort de saint François d'Assise


(30 avril 1926)





AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES, ÉVÊQUES ET AUTRES ORDINAIRES DE LIEU, EN PAIX ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE.



PIE XI, PAPE.



VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE,



Purifiées suivant les rites du grand Jubilé donné en cette Ville sainte, nombre d'âmes se sont excitées à une vie plus parfaite. Aussi avons-Nous prorogé les bénéfices du Jubilé au monde entier jusqu'à la fin de la présente année. Mais Nous avons pensé que les immenses avantages qu'on en a retirés et qui restent à espérer trouveront en quelque sorte leur couronnement dans une solennelle commémoration qui se prépare en tout pays : Nous entendons le VIIe centenaire de l'anniversaire du jour où l'exil de cette terre se changea pour François d'Assise en la béatitude de la patrie céleste.

Dieu l'avait donné pour amender non seulement la société troublée de son temps, mais celle de tous les temps ; Notre dernier prédécesseur en avait donc fait le Patron céleste de l'Action catholique. Que Nos fils, dévoués à cette œuvre et fidèles à Nos précepte, unissent par conséquent leur voix à celle des nombreux fils de saint François, pour rappeler et glorifier ses actes, ses vertus, son esprit.

Rejetant le mensonger portrait que se font de l'homme séraphique les fauteurs modernes de l'erreur ou quelques mondains et mondaines raffinés, tous les chrétiens auront à cœur d'imiter et de revêtir cette forme de sainteté que-saint François avait choisie lui-même et qui est tout imbue de la chasteté et de la simplicité évangéliques.

Au cours de cette année séculaire, Nous voulons en effet que cérémonies sacrées, solennités publiques, discours ou panégyriques, montrent le Patriarche séraphique tel qu'il était, riche des dons de la nature comme de la grâce, et les unissant merveilleusement pour atteindre la perfection la plus absolue de lui-même et du prochain ; tel on doit aussi l'honorer — sans le modifier en rien — par les manifestations d'une véritable piété.

Il est téméraire de vouloir comparer entre eux les héros de la sainteté, maintenant les hôtes de la patrie céleste ; c'est le Saint-Esprit qui les a choisis, pour remplir en ce monde une mission déterminée ou répondre à des nécessités particulières ; ces comparaisons, du reste, nées le plus souvent de la passion et complètement vaines, font injure à Dieu, auteur de toute sainteté.

Et cependant on a de la peine à concevoir un saint qui ait jamais fait resplendir l'image et la vie évangéliques du Christ Notre-Seigneur avec une similitude plus parfaite et plus frappante que saint François. C'est pourquoi celui qui s'appelait le héraut du grand Roi était regardé, à juste titre, comme un autre Christ.

Aux hommes de son temps, de même qu'aux siècles à venir, il apparaît presque comme un Christ revivant parmi nous. Aussi est-il toujours vivant pour nous et il en sera de même pour toutes les générations futures.

Faut-il s'étonner alors que ses premiers disciples, en décrivant la vie ou les actes de leur Père et Législateur, l'aient jugé d'une grandeur et d'une perfection presque surhumaines ? que ceux de Nos prédécesseurs qui vécurent dans son intimité n'aient pas hésité à reconnaître sa providentielle et divine mission pour le salut des peuples et la défense de l'Église ?

Pourquoi, si longtemps après sa mort, la piété des catholiques envers l'homme séraphique et même l'admiration des non-catholiques s'enflamment-elles d'une nouvelle ardeur ? N'est-ce pas en raison de ce que l'image du Saint brille à notre époque avec non moins d'éclat qu'autrefois ? qu'on a le sentiment que sa force et sa vertu sont toujours nécessaires et toujours capables de donner aux peuples le salut ?

Son action réformatrice, en effet, s'adressait au genre humain dans son universalité et dans une mesure si large que, sans parler d'une ample restauration de la foi et de la pureté des mœurs, elle finit par adoucir la vie sociale, en y faisant pénétrer beaucoup plus intimement les
principes de la justice et de la charité évangéliques.

En raison de l'heureux et important événement qui se prépare, Nous ne pouvons mieux faire, Vénérables Frères, que de Nous adresser à vous, les messagers et les interprètes de Nos exhortations ; profitant de cette opportunité, Nous rappellerons les enseignements et les exemples les plus salutaires que nous offre la vie du Patriarche d'Assise ; ainsi revivra dans le peuple chrétien cet esprit franciscain, si pleinement conforme, du reste, aux paroles comme à l'esprit de l'Évangile.

Il Nous plaît, en effet, de rivaliser de piété avec Nos prédécesseurs immédiats, qui ne laissèrent jamais passer le retour séculaire des principales dates de son existence ou de ses œuvres sans les glorifier avec toute l'autorité du magistère apostolique et sans faire appel au concours des fidèles.

Nous avons un extrême plaisir à Nous rappeler — et tous ceux qui ont franchi l'âge de la jeunesse ne peuvent l'avoir oublié — que la dévotion des peuples envers saint François et ses institutions reçut partout une vive impulsion grâce à la lettre encyclique Auspicato, écrite par Léon XIII voici quarante-trois ans ; elle commémorait le VIIe centenaire de la naissance de l'homme d'Assise. Et puisque cette dévotion se traduisit par les manifestations multiples d'une éclatante piété, ainsi que par une heureuse rénovation des esprits, Nous avons la conviction que le prochain événement, d'une importance égale, ne peut avoir qu'un égal succès — et même bien supérieur, — si l'on en juge par l'époque que traverse la société chrétienne actuelle.

Qui ne voit, en effet, que le monde commence à faire plus de cas des biens spirituels et que les peuples, instruits par l'expérience du passé, comprennent qu'ils n'auront de paix et de sécurité qu'en revenant à Dieu et que déjà ils lèvent les yeux vers l'unique source du salut, l'Église catholique ? Et l'extension du Jubilé romain à l'univers entier, ainsi que Nous l'avons dit, ne concorde-t-elle pas heureusement avec ces fêtes séculaires, inséparables de l'esprit de pénitence et de charité ?

Personne n'ignore, Vénérables Frères, en quelle difficile et cruelle époque vécut saint François. La foi chrétienne, il est vrai, poussait alors de profondes racines dans le cœur des peuples ; on le voit non seulement à ces armées de soldats, mais à ces multitudes de citoyens de toute condition qui d'un saint élan coururent vers la Palestine pour libérer le tombeau du Christ. Et cependant le reptile de l'hérésie se glissait peu à peu dans le champ du Seigneur ; tantôt des hommes connus, tantôt des agents occultes s'entendaient à la propager ; faisant parade d'austérité, se couvrant des apparences de la vertu et d'une vie réglée, ils égaraient facilement les simples et les faibles ; ainsi couvaient dans les foules les feux de la haine et de la révolte. Imputant à l'Église de Dieu les souillures privées de quelques hommes, d'orgueilleux réformateurs se crurent chargés par Dieu de purifier l'Église ; mais rejetant bientôt les enseignements et l'autorité du Siège Apostolique, ils montrèrent clairement leurs desseins ; la plupart d'entre eux, on le sait, ne tardèrent pas à tomber dans la débauche et la luxure.

Bouleversant l'État, ils ébranlaient en même temps les fondements de la religion, de la propriété, de la famille et de la cité. On vit alors — ce qui depuis s'est répété bien des fois et en bien des lieux — la rébellion contre l'Église allant de pair avec l'insurrection contre l'État, et toutes deux se prêtant un mutuel appui.

D'autre part, bien que la foi catholique demeurât intacte ou ne fût pas entièrement obscurcie dans les âmes, l'esprit évangélique avait presque disparu et, au sein de la société, la charité chrétienne était à ce point refroidie qu'elle semblait prête à s'éteindre. Car, sans parler des discordes entre les partisans de l'Empire et ceux de l'Église, les cités italiennes s'entre-déchiraient dans des luttes intestines ; les unes, éprises de liberté politique, cherchaient à s'affranchir de toute suzeraineté ; d'autres, les plus puissantes, s'efforçaient de subjuguer les plus faibles ; enfin, dans une seule et même ville, les factions luttaient entre elles pour la conquête du pouvoir. Et partout c'était d'horribles massacres, des incendies, des pillages, des dévastations, des exils, des confiscations.

Rien de plus inique que le sort du plus grand nombre : des seigneurs aux clients, des majeurs aux mineurs, des maîtres aux paysans, une inégalité criante, indigne de la civilisation ; le menu peuple en proie, sans recours, à l'oppression et aux vexations des plus puissants. N'écoutant que l'égoïsme et l'intérêt, tous ceux qui n'appartenaient pas à la plèbe tout à fait misérable étaient dévorés d'une soif insatiable de richesses ; en dépit de quelques lois somptuaires, édictées çà et là, ils déployaient le luxe le plus insensé dans leurs vêtements, leurs festins, leurs plaisirs ; ils méprisaient la pauvreté et les pauvres ils avaient l'horreur des lépreux, alors si nombreux, et les abandonnaient une fois séquestrés.

Cette soif de richesses et de plaisirs, il faut l'avouer, n'épargnait même pas ceux qui auraient dû mener une vie plus religieuse ; nombreux étaient pourtant les clercs se distinguant par l'austérité de leurs mœurs. C'était, par suite, un usage que chacun ramassât et thésaurisât le plus de profits possible et de toutes choses possibles ; non seulement on extorquait l'argent par la violence ou des prêts usuraires, mais on vendait les charges publiques, les honneurs, les arrêts de la justice et jusqu'à l'impunité des coupables ; tels étaient les moyens qui faisaient ou grossissaient les fortunes.

L'Église pourtant ne se taisait pas ; elle ne renonçait pas non plus à punir ; mais quel avantage en espérer, quand des empereurs eux-mêmes donnaient publiquement les pires exemples, provoquaient les anathèmes du Siège Apostolique ou les bravaient impudemment ? Les institutions monastiques, il est vrai, avaient fait mûrir nombre de beaux fruits ; mais, étouffant sous les scories du siècle, elles devenaient moins aptes à lutter et à résister.

La fondation de nouveaux Ordres religieux avait bien pu venir en aide à la discipline ecclésiastique ; mais, pour remédier aux maux dont souffrait la société humaine, il fallait une effusion beaucoup plus abondante et de lumière et de charité.

C'est dans celte société, dont Nous venons d'esquisser les traits, que les desseins de la Providence firent paraître le Saint d'Assise, autant pour l'éclairer que pour la ramener à la pure doctrine évangélique. Il y brilla comme le soleil ; ainsi chantait Dante, et c'est la même pensée qu'exprime Thomas de Celano : « Il rayonna comme l'étoile qui brille dans l'obscurité de la nuit, comme l'aube qui s'étend sur les ténèbres. »

Jeune encore, doué d'une riche et ardente nature, il s'habillait somptueusement, dit-on, fréquentait d'aimables et licencieux compagnons, leur offrait des soupers raffinés et courait avec eux les rues de la ville au milieu de joyeux refrains ; on reconnaissait pourtant la pureté de ses mœurs, la réserve de ses discours, son mépris des richesses.

Mais, après sa captivité de Pérouse et les souffrances que lui valut une maladie, il s'aperçut non sans étonnement qu'il avait subi une transformation intérieure. Et cependant, comme pour échapper à la main de Dieu, il part pour la Pouille, en quête d'exploits héroïques. En route, un avertissement dont il ne peut méconnaître la divine origine lui prescrit de reprendre le chemin d'Assise ; là, il sera informé de ce qu'il doit faire. Après de longues et angoissantes incertitudes, une inspiration divine l'éclairé ; il venait également d'entendre, au milieu d'une cérémonie solennelle, ce passage de l'Évangile qui parie de la mission et du genre de vie des Apôtres, il comprend aussitôt qu'il doit vivre et servir le Christ, « en prenant le saint Évangile pour modèle ».

Dès lors, il s'unit au Christ intimement ; il s'applique à lui ressembler intégralement. « Toutes les pensées de l'homme de Dieu, aussi bien en public qu'en particulier, se tournaient ardemment vers la croix du Seigneur ; à peine eut-il entrepris sa lutte pour le Christ que les divers mystères de la croix resplendirent autour de lui. » Par la noblesse, par la générosité de son âme, il est vraiment le bon soldat, le chevalier du Christ. Il ne craint qu'une chose : que lui-même ou ses disciples diffèrent en un rien de son Seigneur ; non seulement il recourt volontiers au texte des Évangiles et le consulte comme un oracle, mais il est le seul à calquer la règle des Ordres qu'il fonde sur l'Évangile même, et la vie de ses religieux sur la vie apostolique. C'est pour cette raison qu'il écrit en tête de sa règle : « La règle et la vie des Frères Mineurs consistent à pratiquer fidèlement le saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Voyons donc de plus près, Vénérables Frères, par quel magnifique exercice des vertus les plus parfaites saint François se prépare à servir les desseins de la divine miséricorde et se rend capable de travailler à l'amendement de la société.

S'il est aisé de concevoir sa passion d'évangélique pauvreté, il Nous semble bien difficile de la dépeindre.

On sait que par tempérament il était toujours prêt à secourir les miséreux ; comme l'atteste saint Bonaventure, il avait une telle bonté que, « déjà docile à la voix de l'Évangile », il s'était fait une loi de ne jamais refuser une aumône à un mendiant, surtout à ceux qui la demanderaient « pour l'amour de Dieu ». Mais la grâce mit le comble à ses dons naturels. Ayant un jour éconduit un pauvre, il est pris de remords et, cédant à l'inspiration de Dieu, il se met aussitôt à la recherche du malheureux, dont il soulage tendrement, abondamment la misère.

Peu après, escorté de jeunes gens et sortant d'un joyeux banquet, il courait la ville en chantant, quand brusquement il s'arrête, pris d'une sorte d'extase infiniment douce ; il revient à lui, ses compagnons lui demandent s'il pensait à prendre femme ; et lui de répliquer vivement qu'ils ont deviné juste, car il se propose d'en épouser une et plus noble, et plus riche, et plus belle qu'aucune autre ; il entendait par là soit la pauvreté, soit la religion s'appuyant essentiellement sur le culte de la pauvreté. Du Christ, en effet, lui qui pour nous se fit pauvre, de riche qu'il était, afin de nous enrichir de son indigence, il apprit cette divine science, que toutes les erreurs de la sagesse humaine ne parviendront pas à détruire et qui seule, par sa sainte nouveauté, peut tout restaurer. Car Jésus enseignait : Bienheureux les pauvres d'esprit : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, distribue le produit aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi. Et cette pauvreté, faite de l'abandon volontaire et généreux de toutes choses sur l'inspiration du Saint-Esprit, est en opposition absolue avec la pauvreté contrainte, morose, ostentatoire, de quelques philosophes anciens. Ce fut elle aussi que notre Saint appelait, avec autant de révérence que d'amour, sa reine, sa mère, son épouse. Saint Bonaventure dit à ce propos : « Personne n'a jamais désiré l'or, comme lui la pauvreté ; et personne n'a jamais gardé ses trésors avec plus de vigilance, comme lui cette perle évangélique. »

Dans la règle de son Ordre, saint François lui-même recommande et prescrit à ses religieux la stricte pratique de cette vertu ; il fait certainement bien voir alors en quelle estime, mais aussi en quel amour, il la tenait : « Telle est la grandeur de la plus profonde pauvreté ; c'est elle, mes très chers frères, qui vous institue les héritiers et les rois du royaume des cieux, qui vous prive de tout bien, mais vous enrichit des plus sublimes vertus. Telle est votre part... ; vous y attachant tout entiers, soyez résolus, pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à ne jamais avoir d'autre bien sous le ciel. »

C'est pourquoi saint François aimait surtout la pauvreté, parce qu'il la voyait intimement associée à l'existence de la Mère de Dieu et, mieux encore, prise pour épouse par le Christ Jésus et clouée avec lui sur le bois de la croix ; mais depuis, oubliée des hommes, elle était pour le monde un objet d'amertume et d'importunité. La méditation de ces sujets lui faisait habituellement verser des torrents de larmes. Quel spectacle extraordinaire et bien digne d'émouvoir ! Par amour de la pauvreté, un homme consentant à passer pour fou auprès de ses anciens compagnons de fêtes et de bien d'autres encore ! Et que dire de ces générations, si éloignées de la compréhension et de la pratique de l'Évangile, celles mêmes de notre époque, et que saisit une admiration toujours plus profonde pour ce grand amant de la pauvreté ? Dante a certainement devancé la postérité en chantant les épousailles de saint François et de la Pauvreté, et dans ses vers on ne sait ce qu'il faut admirer le plus de la majesté et de l'élévation de la pensée ou de la douceur et du charme du rythme.

Mais la conception très haute et le généreux désir de la pauvreté qui remplissaient l'esprit et le cœur de saint François ne pouvaient se contenter du seul renoncement aux biens extérieurs. Car est-il possible de pratiquer et de professer une pauvreté véritable, à l'exemple du Christ Notre-Seigneur, sans se rendre pauvre d'esprit et se faire tout petit par la vertu de l'humilité ? Loyal envers ces deux vertus, le Saint ne les séparait jamais l'une de l'autre ; il les honorait également et voulait qu'on les honorât de même : « Sainte Reine de la Pauvreté, que Dieu te garde toi et ta sainte sœur l'Humilité... La sainte pauvreté confond toute cupidité, toute avarice, tous les soucis du siècle. La sainte humilité confond l'orgueil, et tout homme de ce monde et toutes choses de ce monde. » L'auteur de ce livre d'or, l'Imitation du Christ, dépeint saint François d'un mot : il l'appelle « l'humble » : « Ce que chacun de nous est à vos yeux (mon Dieu), voilà ce qu'il est, et rien de plus, comme le dit l'humble François. » 

Son principal souci fut certainement de se comporter humblement, comme s'il avait été le moindre et le dernier de tous.

C'est pour cette raison que, dès les débuts de son amendement, il éprouvait un ardent besoin d'être en butte aux moqueries et aux risées des hommes ; bien que Fondateur, Père et Législateur des Frères Mineurs, il prit pour maître et directeur un de ses religieux et lui obéissait en tout ; dès qu'il le put, sans se laisser vaincre par les prières et les larmes de ses religieux, il abdiqua la direction de son Ordre, « afin d'observer ta vertu de la sainte humilité » et demeurer, « à partir de cet instant, soumis jusqu'à la mort, et se conduire plus humblement qu'aucun autre ». Les cardinaux ou les notables de la ville lui offrirent souvent une large et somptueuse hospitalité ; il la refusa constamment. Des hommes en général il avait une profonde estime et leur en donnait toutes sortes de témoignages. Il se mettait, « pour ainsi dire, au nombre des pécheurs », Car, à ses propres yeux, il était le plus grand des pécheurs ; on l'entendait répéter que, si un scélérat avait reçu de Dieu les mêmes grâces que lui-même, il serait devenu dix fois plus parfait ; que du reste il fallait attribuer à Dieu, qui en était l'unique Auteur, tout ce qu'on trouvait de louable et de bien en lui. C'est pour cette raison qu'il dissimulait de son mieux les privilèges et les grâces qui auraient pu lui valoir l'estime et la louange des hommes, notamment les stigmates du Seigneur Jésus, imprimés dans sa chair par la main divine. Si jamais, en particulier ou en public, il recevait quelque louange, non seulement il se jugeait et se confessait digne de mépris et d'insultes, mais il éprouvait un chagrin inouï, allant jusqu'aux gémissements et aux larmes. Ne sait-on pas que le sentiment de son indignité le conduisit à refuser le sacerdoce ?

Ce fut sur l'humilité qu'il voulut fonder et maintenir l'Ordre des Frères Mineurs. Dans ses exhortations, pleines d'une admirable sagesse, il enseignait constamment à ses religieux qu'on ne doit tirer vanité d'aucune chose, encore moins de ses vertus ou des grâces célestes ; mais ses exhortations allaient jusqu'aux supplications, quand il s'adressait aux Frères que leurs propres devoirs exposaient aux dangers de l'orgueil ou de la vanité, par exemple les prédicateurs, les Frères instruits dans les arts ou les lettres, les supérieurs des communautés ou des provinces. Il serait long de tout dire ; rappelons au moins ce trait : saint François avait emprunté aux exemples et aux paroles du Christ l'humilité et il en voulait faire le signe particulier de son Ordre ; car ses Frères, « il voulut qu'on les appelât Mineurs et les supérieurs de l'Ordre Ministres ; il se servait ainsi des termes mêmes de l'Évangile, qu'il avait promis d'observer, et ses disciples devaient apprendre par ces seuls noms qu'ils s'étaient mis à l'école de l'humble Christ pour apprendre l'humilité ».

Nous avons vu que l'homme séraphique, en vertu de la pauvreté absolue, telle qu'il la concevait, se faisait si petit et si humble que, tout en dirigeant son Ordre, il obéissait avec une simplicité naïve à l'un de ses religieux — pour ne pas dire à tous ; quiconque, en effet, ne se renonce pas à lui-même et ne sacrifie pas entièrement sa volonté, on n'en peut certainement dire qu'il se soit dépouillé de tout ni qu'il puisse devenir humble. C'est pour cette raison que notre Saint consacra et remit toute sa liberté de vouloir — le don le plus élevé que le Créateur ait fait à l'homme — au Vicaire de Jésus-Christ par un vœu spécial d'obéissance.

Quelle absurdité, quelle incompréhension de l'homme d'Assise chez certains habitués de l'erreur ou des préjugés ! Ils inventent ou façonnent un saint François — le croirait-on ? — impatient de la discipline ecclésiastique, indifférent aux doctrines de la foi et précurseur même de cette fausse liberté de tout faire qui se prône depuis le commencement du siècle dernier et qui, dans l'Église comme dans l'État, a causé tant de désordres. Par ses exemples magnifiques, attestant son indissoluble union à la hiérarchie de l'Église, au Siège Apostolique, à la doctrine du Christ, le héraut du grand Roi donne une leçon que tous les catholiques et non-catholiques devraient entendre. Comme nous l'apprennent les écrits contemporains les plus dignes de foi, « il vénérait les prêtres et portait la plus vive affection à l'état ecclésiastique tout entier »... ; « Lui, l'homme catholique et tout apostolique, il exhortait volontiers ses auditeurs à garder une foi inviolable envers l'Église romaine ; invoquant la dignité du Sacrement divin, réalisé par le ministère des prêtres, il leur recommandait d'avoir une extrême révérence pour l'ordre sacerdotal. Il leur enseignait encore à respecter souverainement les maîtres de la loi divine et toute la hiérarchie ecclésiastique. » Ce qu'il enseignait aux fidèles du haut de la chaire, il l'inculquait à ses Frères avec encore plus d'énergie ; à maintes reprises — il le fit encore dans son testament, et mourant il ne cessait de les y exhorter, — il leur recommandait une humble soumission aux prélats et au clergé ; dans l'exercice du saint ministère, il voulait qu'ils agissent à leur égard en enfants de paix.

Mais il y a plus : dès qu'il eut composé et rédigé la règle spéciale de son Ordre, le patriarche séraphique s'empressa, accompagné de ses onze premiers disciples, de la présenter à l'approbation d'Innocent III. Profondément touché par les paroles et la vue de cet homme si pauvre et si humble, mû aussi par une inspiration divine, le Pontife d'immortelle mémoire embrassa tendrement François, sanctionna de son autorité apostolique la règle présentée et y ajouta, pour les nouveaux ouvriers, le droit de prêcher la pénitence ; l'histoire nous apprend que cette règle, légèrement modifiée, reçut d'Honorius III, à la demande de saint François, une nouvelle confirmation.

Dans l'esprit du patriarche séraphique, la règle et la vie des Frères Mineurs sont d'observer « le saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ » « en vivant dans l'obéissance, sans biens personnels, et dans la chasteté », non point suivant leur gré ou leur caprice, mais suivant la volonté des Pontifes romains canoniquement élus. Tous ceux qui veulent « embrasser ce genre de vie..., que les ministres... les examinent attentivement sous le rapport de la foi catholique et des sacrements ecclésiastiques ; qu'ils s'enquièrent s'ils croient toutes ces vérités et s'ils sont résolus à les confesser fidèlement et les observer fermement jusqu'à la fin » ; que ceux qui entrent dans l'Ordre ne s'en éloignent à aucun prix, « conformément à la volonté du Pape, notre Maître ». Aux clercs il prescrit de célébrer l'office divin « suivant les règles de la Sainte Église Romaine » ; aux Frères, en général, de ne point prêcher dans le diocèse d'un évoque sans l'autorisation de ce dernier, et de ne point pénétrer dans les couvents de religieuses, pour cause de ministère, sans une permission spéciale du Siège Apostolique. On ne sent pas une moindre révérence et une moindre soumission envers le Siège Apostolique dans ces paroles de saint François, à propos de la demande d'un cardinal protecteur : « Au nom de l'obéissance j'enjoins aux ministres de demander au Pape, notre Maitre, un des cardinaux de la Sainte Église Romaine comme gouverneur, protecteur et correcteur de notre Fraternité, afin que, toujours humblement soumis à notre Sainte Église Romaine, inébranlable dans la foi, nous observions le saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que nous l'avons fermement promis. »

Nous ne pouvons taire non plus « cette beauté et cette pureté de la modestie » qu' « il aimait par-dessus tout », Nous voulons dire cette chasteté du corps et de l'esprit qu'il maintenait et défendait par les plus rigoureuses mortifications. Dans sa jeunesse, alors qu'il vivait au milieu des fêtes et des élégances, nous l'avons vu repousser avec horreur l'immoralité, môme du langage. Mais, dès qu'il eut renoncé aux vains, plaisirs du siècle, il s'appliqua énergiquement à dompter, ses passions. Si jamais il lui arrivait d'être ému par quelque mouvement de la chair, il se roulait sans hésiter dans les épines ou bien, en plein hiver, se plongeait dans l'eau glacée. Notre Saint, on ne l'ignore pas, s'efforçait de ramener les hommes aux règles de la vie évangélique ; constamment il les exhortait « à aimer et craindre Dieu et faire pénitence de leurs péchés » ; mais son exemple inspirait à tous le désir de la pénitence. Revêtu d'un cilice et d'une tunique aussi pauvre que grossière, il marchait pieds nus, dormait la tête appuyée sur une pierre ou quelque morceau de bois, ne prenait de nourriture que juste pour ne point mourir, la mélangeant le plus souvent à de l'eau ou de la cendre pour lui donner un mauvais goût ; il passait môme à jeun la plus grande partie de l'année. Malade ou à peu près bien portant, il traitait son corps — qu'il comparait à une bête de somme — avec une impitoyable rigueur ; à la moindre apparence de révolte, il le châtiait doublement ; dans les derniers temps de sa vie, alors qu'il était une si fidèle image du Christ que les stigmates le clouaient en quelque sorte à la croix et que la maladie le torturait de souffrances multiples, il n'accorda même pas quelque adoucissement ou quelque repos à son corps.

Il ne fut pas moins attentif à rendre l'austérité de la pénitence familière à ses religieux ; il leur donna pourtant l'ordre — et sur ce point « les actes et les paroles de ce père très saint étaient en désaccord » — d'éviter les privations et les mortifications exagérées.

N'est-il pas évident que chez lui tout dérivait d'une même source, d'un même principe, celui de la divine charité ? Ainsi que l'écrit Thomas de Celano, « il brûlait de l'amour divin... il s'appliquait toujours aux tâches les plus ardues, et le cœur dilaté, marchant dans la voie des commandements divins, il visait aux sommets de la perfection. » Citons encore saint Bonaventure : « Tel un charbon ardent, il semblait tout entier consumé par la flamme de l'amour divin. » Combien versaient des larmes en le voyant « parvenu si tôt à un tel enivrement de l'amour divin » ! Cette divine charité refluait largement sur le prochain, sur les pauvres, et notamment sur les plus misérables de tous, sur les lépreux ; dans sa jeunesse, il avait de ces derniers une horreur instinctive ; triomphant de ses répugnances, il les entoura d'une tendresse spéciale ; avec son Ordre tout entier, il se mit à leur service et leur voua ses soins. Mais entre ses disciples il ne voulait pas que régnât une moindre charité fraternelle ; c'est ainsi que la famille franciscaine « s'éleva comme un noble monument de charité ; des pierres vivantes, recueillies dans toutes les parties du monde, s'y trouvaient assemblées pour édifier une demeure au Saint-Esprit ».

Nous Nous sommes plu, Vénérables Frères, à Nous attarder dans cette sorte de contemplation des vertus les plus hautes. De nos jours, en effet, parmi ceux qu'infecte la peste du laïcisme, il en est plusieurs qui dépouillent volontiers nos héros des splendeurs et des gloires de la véritable sainteté ; ils les rabaissent, en ne voyant en eux que des hommes supérieurs, sans autre foi qu'une vague religiosité ; s'ils les vantent, s'ils les exaltent, c'est uniquement pour avoir bien mérité de la science ou des arts, des œuvres de bienfaisance ou de leur patrie, voire du genre humain tout entier. Et Nous Nous demandons ce que l'admiration d'un saint François de ce genre, diminué de moitié, si l'on peut dire, et même contrefait, peut rapporter à ses plus récents amateurs, eux qui ne rêvent que luxe et richesses, qui, raffinés, élégants, fréquentent les places publiques, les danses, les théâtres, qui se vautrent dans des plaisirs immondes ou qui méconnaissent, s'ils ne les rejettent, les enseignements du Christ et de l'Église. À eux s'applique on ne peut mieux cette parole : « Celui que charment les mérites d'un saint, une même observation du service de Dieu doit le charmer également. Qu'il l'imite, s'il le loue ; mais il n'a point le droit de le louer s'il se refuse à l'imiter ; que celui donc qui admire les mérites des saints se rende lui-même admirable par la sainteté de sa vie. »

Telles furent les énergiques vertus dont saint François se munit pour remplir sa mission de réforme et de salut auprès de ses contemporains, en même temps que secourir l'Église universelle. À Saint-Damien, où il avait l'habitude de prier, au milieu des soupirs et des gémissements, il avait par trois fois entendu cette voix d'en haut : « Va, François, restaure ma maison qui s'écroule. » Le sens de cet avertissement lui échappait, car dans sa profonde humilité, il se jugeait absolument incapable de grandes choses. Innocent III comprît mieux les desseins de la divine miséricorde, quand une vision céleste lui eut montré François soutenant de ses épaules l'Église de Latran prête à s'effondrer.

Ainsi donc, après avoir fondé deux Ordres, l'un d'hommes, l'autre de femmes, voués à la perfection évangélique, le Patriarche séraphique se hâta de parcourir les villes italiennes, soit par lui-même, soit par ses premiers disciples ; avec une éloquence brève, mais ardente, il annonçait et prêchait la pénitence aux peuples ; et dans ce ministère, où il joignait l'exemple au précepte, il obtint des succès incroyables. En quelque lieu que l'entraînât sa mission apostolique, le clergé et le peuple allaient processionnellement à sa rencontre, au son des cloches, chantant des cantiques et portant des branches d'olivier ; les fidèles de tout âge, de tout sexe, de tout rang, l'escortaient ; de jour ou de nuit on entourait la maison qui l'abritait, afin de le voir à sa sortie, le toucher, lui parler, l'entendre ; personne ne pouvait résister à ses exhortations, pas même ceux qui avaient vieilli dans le vice et le déshonneur. Tantôt Ton voyait des chrétiens, même d'âge mûr, renoncer en masse à tous leurs biens, pour se vouer à l'existence évangélique ; tantôt des populations entières de l'Italie revenaient au bien et se mettaient à l'école de saint François. Ses fils spirituels se multipliaient à tel point, partout régnait une telle ardeur à le suivre, que le Patriarche séraphique lui-même dût souvent détourner des époux de leur intention de quitter le monde ou les empêcher d'abandonner l'état de mariage et la vie domestique.

Toutefois, les nouveaux messagers de la pénitence avaient une mission encore plus importante : celle de ramener la paix non seulement entre les individus, mais entre les familles, les cités, les provinces que des discordes perpétuelles ne cessaient de troubler et d'ensanglanter. C'est grâce à l'éloquence de ces hommes simples — éloquence plus puissante que celle des lettrés — qu'Assise, Arezzo, Bologne et bien d'autres villes retrouvèrent une heureuse et parfaite concorde, quelquefois sanctionnée par des pactes solennels.

Pacification et réforme des mœurs eurent dans le Tiers-Ordre un auxiliaire immensément utile.

Ordre religieux, le Tiers-Ordre l'était en effet ; mais, par une nouveauté sans précédent, les membres ne prononçaient aucun vœu ; l'institution n'avait d'autre but que d'offrir et de donner à tous, hommes ou femmes vivant dans le siècle, les moyens d'observer la loi divine et de suivre les voies de la perfection chrétienne.

Énumérons les principaux chapitres de la règle imposée à la nouvelle confrérie : on ne doit admettre que ceux qui professent la foi catholique et une respectueuse obéissance envers l'Église ; les membres des deux sexes peuvent entrer dans l'Ordre et, après un an d'épreuve, embrasser la règle, mais les époux ne le pourront qu'après un consentement réciproque ; les vêtements doivent être convenables, mais pauvres, et les femmes doivent modérer leur goût pour la toilette ; les Tertiaires ne doivent pas prendre part à des banquets et spectacles inconvenants ou à des danses ; de l'abstinence et du jeûne ; de la confession à faire et de la communion à recevoir trois fois par an, après s'être réconcilié avec son entourage et avoir restitué à leurs possesseurs les biens illégitimement détenus ; à moins d'autorisation spéciale des Frères ministres, ne point porter les armes, si ce n'est pour la défense de l'Église Romaine, de la foi chrétienne, de sa patrie ; de la récitation des heures canoniales et autres prières ; du testament à faire, suivant les formes légales, dans les trois mois qui suivent l'admission dans l'Ordre ; de la paix à rétablir au plus vite entre les Tertiaires ou avec les étrangers ; de la conduite à tenir par les membres, si leurs droits ou privilèges sont jamais attaqués ou violés ; ne jamais s'engager par serment solennel, hors le cas d'une nécessité urgente et reconnue par le Saint-Siège. À ces règles s'en ajoutaient quelques autres de non moindre importance : de l'assistance à la messe et des assemblées à tenir périodiquement ; de l'offrande à faire par chacun, suivant ses moyens, pour venir en aide aux moins fortunés, notamment aux malades, et pour assurer aux membres des funérailles convenables ; comment les Tertiaires doivent se visiter les uns les autres en cas de maladie et se reprendre en cas de faute ou d'obstination dans une faute ; ne point refuser les fonctions ou devoirs qui sont imposés et ne pas les remplir négligemment ; du règlement des différends.

Par cet exposé, Nous avons voulu montrer que saint François par son apostolat infatigable, par celui de ses religieux et par l'institution du Tiers-Ordre, jetait les fondements d'une société nouvelle, c'est-à-dire la transformait presque entièrement suivant le modèle évangélique. Malgré leur importance, Nous omettons les points de la règle qui touchent à la liturgie et à la formation spirituelle de l'âme ; mais ce qui précède démontre avec évidence qu'elle mit en vigueur un ordre nouveau de vie publique et privée : par là, non seulement la société civile devenait une sorte d'union fraternelle, cimentée par les devoirs de la sanctification, mais les droits des pauvres et des faibles se trouvaient également protégés contre les riches et les grands, sans que l'ordre ou la justice en fussent nullement lésés. Les Tertiaires étant assimilés au clergé, il en résultait cette heureuse conséquence que les exemptions et les immunités dont jouissait le clergé se trouvaient échoir aux membres de la nouvelle confrérie. C'est ainsi que dès l'origine, les Tertiaires ne prêtèrent plus le serment solennel, dit de vassalité, et ne prirent plus les armes en cas d'appel ou de guerre projetée ; car, à la loi dite féodale, ils pouvaient opposer la loi du Tiers-Ordre, et à l'obligation servile qu'on leur objectait, répondre par les libertés qui leur étaient acquises.

Ils eurent tout d'abord grandement à souffrir de ceux qui avaient le plus vif intérêt à ramener et rétablir l'ancien ordre de choses : par contre, ils furent soutenus et défendus par Honorius III et Grégoire IX, qui usèrent des châtiments, même les plus durs, pour briser toute hostilité. Une évolution des plus salutaires se fit ainsi dans la société ; la nouvelle institution dont saint François était le Père et le Législateur rétablit la pureté des mœurs, en suscitant le zèle de la pénitence ; du reste, elle s'étendit et s'accrut largement ; non seulement des Papes, des cardinaux, des évêques, mais des rois et des princes régnants, dont quelques-uns brillèrent des gloires de la sainteté, prirent avec ferveur les insignes du Tiers-Ordre et se pénétrèrent de la doctrine évangélique avec l'esprit franciscain. L'estime et la glorification des vertus les plus délicates furent remises en honneur dans les cités ; bref, « la face de la terre » se trouva renouvelée.

Saint François était « l'homme catholique et tout apostolique ». Sans cesser de travailler, avec un succès merveilleux, à l'amendement des chrétiens, il s'occupait de ramener les infidèles à la foi et aux commandements du Christ ; il voulut de môme que ses religieux s'y appliquassent de toutes leurs forces. Nous n'avons pas à rappeler un fait bien connu : très désireux de répandre l'Évangile et de gagner le martyre, saint François passa en Égypte avec quelques disciples ; avec autant de courage que d'audace, il vint se présenter au sultan lui-même. Et tous les Frères Mineurs qui, au début et pour ainsi dire au printemps de leur Ordre, furent massacrés comme missionnaires en Syrie et dans l'Afrique du Nord, l'Église ne les a-t-elle pas inscrits dans ses fastes, en leur accordant les suprêmes honneurs ? Au cours des siècles et en répandant largement leur sang, les nombreux fils de saint François remplirent si bien cet apostolat que les Pontifes Romains leur confièrent l'évangélisation de plusieurs régions infidèles.

En dépit des sept siècles écoulés, personne ne s'étonnera donc que le souvenir des multiples bienfaits venus de cet homme ait jamais pu être détruit ni même effacé. Mais il y a plus : sa vie et ses actes que les voix du ciel, comme l'a dit Dante, chanteraient encore mieux que celles de la terre, les siècles se les transmettent, pleins d'une admiration incessamment renouvelée ; ce n'est plus seulement dans le monde catholique que le Patriarche séraphique brille du glorieux éclat de la sainteté, car l'univers entier connaît maintenant le nom d'Assise et, dans sa patrie, il a les honneurs d'un véritable culte national. Peu de temps après sa mort, à la demande des peuples, de nombreux temples furent dressés à son nom, merveilles de style et de décoration ; des artistes consommés rivalisaient à qui rendrait avec la plus magnifique fidélité l'image de saint François, à qui reproduirait le mieux par la peinture ou la sculpture, sur le bronze ou les mosaïques, les principales scènes de sa vie ; à Sainte-Marie des Anges, dans cette plaine d'où « pauvre et humble, mais riche », il fit son entrée au ciel, ainsi qu'auprès de son glorieux tombeau sur le flanc d'Assise, les étrangers accourent, isolés ou en troupe, autant pour vénérer la mémoire de ce grand homme, au meilleur profit de leur âme, que pour contempler les monuments d'un art éternel.

Comme nous l'avons vu, panégyriste incomparable, Dante Alighieri a chanté le Saint d'Assise ; mais dans la suite des temps, les littératures italiennes ou étrangères n'ont point manqué d'illustres représentants pour le célébrer.

C'est de nos jours pourtant que les questions franciscaines ont été surtout l'objet d'études scientifiques approfondies ; des hommes de talent ont produit de nombreux ouvrages en diverses langues ou des œuvres d'art de grande valeur ; une immense admiration pour saint François, bien que pas toujours d'un sens très juste, s'est emparée des contemporains.

Les uns se plaisent à considérer l'aptitude naturelle de son esprit à traduire les émotions de l'âme sous une forme poétique, et cet hymne, le plus ancien monument de la langue naissante de sa patrie, fait les délices des savants modernes ; d'autres admirent en lui l'amant de la nature, et non pas seulement l'homme délicieusement ému devant la majesté des objets inanimés, l'éclat des astres, les charmes des montagnes et des vallées de l'Ombrie, les beautés des animaux, mais celui dont la voix — tel Adam innocent dans le paradis terrestre — se faisait obéir des animaux, auxquels il se sentait lié par une sorte de fraternité ; d'autres louent en lui le patriote, car notre Italie, son heureuse et glorieuse mère, a joui, plus qu'aucune autre nation, de ses nombreux bienfaits ; d'autres enfin goûtent plus spécialement l'amour singulier qui le mettait en communion avec le genre humain tout entier.

Ces divers traits sont exacts, mais ce sont les moindres : il faut même les bien entendre. Quiconque leur accorde trop d'importance ou n'y voit qu'un motif d'excuser sa mollesse, d'étayer les inventions de son esprit, de flatter ses goûts, celui-là défigure le véritable saint François.

C'est, en effet, dans la -totalité des vertus héroïques que nous avons esquissées, dans l'austérité de sa vie et sa prédication de la pénitence, dans son effort multiple et laborieux pour réformer la société, que saint François se montre tout entier, et non pas tant pour être admiré que pour être imité du peuple chrétien ; lui, le héraut du grand Roi, il n'avait d'autre but que de communiquer aux hommes la sainteté évangélique et l'amour de la croix ; il se souciait fort peu d'en faire des amis des fleurs, des oiseaux, des agneaux, des poissons ou des lièvres. Que s'il témoigne une tendre affection envers les créatures, s'il leur donne, « quelque petites qu'elles soient », les « noms de frère et de sœur » — affection du reste nullement illégitime, quand elle n'a rien d'excessif, — c'était uniquement en raison de son amour pour Dieu ; il était porté à aimer les choses qu'il « savait... avoir le même principe que lui » et dans lesquelles il reconnaissait la bonté de Dieu ; car « il suivait partout le Bien-Aimé à la trace de ses pas imprimés sur les choses ; il se faisait de tout une échelle pour atteindre son trône ».

Quant au reste, pourquoi les Italiens ne seraient-ils pas fiers d'un Italien qui, dans la liturgie ecclésiastique elle-même, est appelé ce « la lumière de sa patrie » ? Pourquoi les nommes dévoués aux intérêts populaires ne loueraient-ils pas la charité de François envers tous les hommes, notamment les plus pauvres ? Mais qu'on évite néanmoins de se laisser entraîner par un amour-propre national exagéré et de donner en exemple de ce nationalisme brûlant et exclusif « l'homme catholique », car ce serait l'amoindrir ; qu'on n'aille pas non plus voir en lui l'auteur et le précurseur de théories erronées dont il était on ne peut plus éloigné. Beaucoup s'arrêtent complaisamment à ces qualités secondaires chez le Saint d'Assise ; ils n'en éprouvent pas moins pour lui une certaine affection, et c'est avec une sorte de piété qu'ils s'appliquent à l'organisation des solennités séculaires ; ils méritent donc Nos louanges ; mais plaise à Dieu qu'ils puisent dans cet heureux événement un plus vif désir de mieux connaître la véritable image du grand imitateur du Christ et, à son exemple, de rechercher des grâces toujours plus hautes !

Nous éprouvons cependant une grande joie, Vénérables Frères, en voyant tous les hommes de bien s'unir pour glorifier la mémoire du très saint Patriarche. En l'honneur du VIIe centenaire de sa mort, partout s'organisent des solennités religieuses ou publiques, et surtout dans les régions où il vécut, tout ennoblies maintenant par les souvenirs de sa présence, de son éclatante sainteté et de ses glorieux miracles. Dans ce mouvement, il Nous est extrêmement agréable de vous voir à la tête de votre clergé et de vos fidèles. Dès maintenant, par la pensée, presque de Nos yeux, Nous pouvons contempler la foule des pèlerins ; ils vont voir et vénérer ou bien Assise et les sanctuaires voisins de la verte Ombrie, ou bien les escarpements de l'Alverne, ou bien encore les pentes sacrées qui dominent la vallée de Rieti. De la pieuse salutation de ces lieux où l'on dirait que François respire toujours, offrant ses vertus en exemple, ils ne peuvent que rentrer chez eux plus largement imprégnés de l'esprit franciscain. Car — pour emprunter les paroles de Léon XIII — « les solennités qui se préparent en l'honneur de saint François seront d'autant plus agréables à celui qui en est l'objet qu'elles seront plus fructueuses pour ceux-là mêmes qui les célèbrent. Mais le fruit le plus durable et le moins capable de se flétrir, le voici : que les hommes qui admirent son éminente vertu lui empruntent quelque ressemblance et s'appliquent à devenir meilleurs en l'imitant ». On dira peut-être que, pour restaurer la société chrétienne, il nous faudrait un autre François. Mais que, pleins d'un zèle nouveau, les hommes prennent ce grand saint pour maître et deviennent plus pieux et plus saints ; qu'ils imitent les exemples de sa vie, quand il était « le miroir delà vertu, la voie du bien, la règle des mœurs » ; que tous ils les reproduisent dans leur conduite ; ne serait-ce pas déjà suffisant pour guérir ou détruire les vices du temps présent ?

Mais qu'avant tout l'image admirable de leur Père et Législateur soit présente à l'esprit de ses nombreux enfants des trois Ordres. « Répandus par toute la terre — comme l'écrivait Grégoire IX à la bienheureuse Agnès, fille du roi de Bohême, — ils rendent chaque jour un hommage multiple au Tout-Puissant. » Aux religieux du Premier Ordre, c'est-à-dire à tous ceux que couvre l'appellation de Franciscains, Nous donnons de bien vives félicitations ; après les persécutions et les spoliations les plus indignes, tel que l'or passé au creuset, ils reprennent chaque jour un éclat de plus en plus conforme à leur ancienne splendeur ; nous souhaitons aussi de toute notre âme que, par l'exemple de leur pénitence et de leur humilité, ils dénoncent en quelque sorte plus énergiquement cette concupiscence de la chair et cet orgueil de la vie si largement répandus. C'est à eux de rappeler la société aux préceptes de la vie évangélique : ils y parviendront d'autant plus aisément qu'ils observeront plus scrupuleusement cette très sainte Règle que le fondateur appelait « le livre de vie, l'espoir du salut, la moelle de l'Évangile, la voie de la perfection, la clé du paradis, le pacte de l'alliance éternelle ». Que du haut du ciel le Patriarche séraphique ne cesse de contempler et de protéger cette vigne mystique qu'il a plantée de ses propres mains ; qu'il nourrisse et fortifie sa multiple postérité de la pure sève de la charité fraternelle : ne formant plus qu' « un seul cœur et une seule âme », tous ses fils travailleront avec le zèle le plus ardent à la régénération de la famille chrétienne.

Quant aux vierges sacrées du Second Ordre, elles qui participent à la « vie angélique qui resplendit en sainte Claire » et qui, tels des lis, s'élèvent dans les jardins du Seigneur, qu'elles continuent à exhaler le parfum le plus pur et charmer le regard de Dieu par des âmes blanches comme neige. Que, grâce à leurs prières, les pécheurs fassent de plus en plus appel à la clémence du Christ Notre-Seigneur et que l'Église notre Mère éprouve d'innombrables joies en voyant tous ces enfants recouvrer la faveur divine et l'espoir du salut.

Et pour finir, nous en appelons aux Tertiaires, soit qu'ils forment des communautés régulières, soit qu'ils vivent dans le siècle. Par leur apostolat ils s'efforceront, eux aussi, de hâter les progrès spirituels du peuple chrétien. Grégoire IX les nommait les soldats du Christ et de nouveaux Macchabées ; qu'ils se montrent dignes de leurs origines, et leur apostolat peut aujourd'hui encore grandement contribuer au salut commun ; ils se sont multipliés par toute la terre, et il suffit que, formés à l'image de François, leur Père, ils donnent l'exemple de l'innocence et de l'intégrité des mœurs.

Le bien vif désir que Nos prédécesseurs Léon XIII, dans sa lettre Auspicato, et Benoit XV, dans sa lettre Sacra propediem, exprimaient aux évoques de l'univers catholique, à Notre tour, Vénérables Frères, Nous en attendons l'accomplissement de votre zèle pastoral : Nous désirons en effet que vous favorisiez de toute façon le Tiers-Ordre franciscain ; enseignez à vos fidèles par vous-mêmes ou par des prêtres ayant la culture et les aptitudes nécessaires à la prédication le but de cet Ordre séculier d'hommes et de femmes, l'estime qu'il mérite, combien il est aisé d'y être admis et d'en observer les lois très saintes, de quels trésors d'indulgences et de privilèges jouissent les Tertiaires et enfin de quelle utilité personnelle et sociale est le Tiers-Ordre. Que ceux qui n'ont pas encore donné leur adhésion la donnent celte année même, sur vos conseils, et qu'ils entrent dans celte magnifique milice ; ceux qui, en raison de leur âge, ne peuvent encore se faire inscrire, se feront admettre comme postulants ; de la sorte, les enfants eux-mêmes se formeront à cette sainte discipline.

En Nous offrant l'occasion de célébrer tant d'événements salutaires, Dieu semble vouloir, dans sa bonté, que Notre Pontificat ne s'achève point sans que le catholicisme recueille les fruits les plus heureux. Ces solennités séculaires en l'honneur de saint François, qui durant sa vie raffermit la maison du Seigneur et dans ses jours consolida le temple, nous les voyons donc se préparer avec une joie extrême ; joie d'autant plus vive que, dès Notre jeunesse, Nous avons entouré ce Saint d'une profonde vénération, comme Notre Patron, et que Nous avons compté parmi ses fils, puisque Nous avons autrefois reçu les insignes du Tiers-Ordre. Puisse donc cette année, le VIIe centenaire de la mort du Père séraphique, apporter au monde catholique, ainsi qu'à Notre patrie, de tels bienfaits, grâce à l'intercession de saint François ; qu'elle en devienne à jamais mémorable dans l'histoire de l'Église.

En attendant, comme gage des faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons du fond du cœur, à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et vos fidèles, la Bénédiction apostolique en le Seigneur.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 30 avril 1926, de notre Pontificat la cinquième année.


PIE XI, PAPE.




Écoutez ce sermon sur Saint Bonaventure et Lire "La vie de Saint François d'Assise" par Saint Bonaventure.


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vendredi 27 octobre 2017

Méditation sur la dévotion envers Marie







"MÉDITATIONS SUR LES PRINCIPAUX MYSTÈRES DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE", Extrait :



Vous êtes, ô Vierge auguste ! l'espérance unique des pécheurs et le signe de la récompense qui nous est promise (Saint Augustin).


I. PRÉLUDE. — Me représenter la très-Sainte Vierge assise dans le ciel sur un trône élevé, et abaissant avec amour ses regards sur ceux qui l’invoquent.

II. PRÉLUDE. — Vierge divine, Mère de miséricorde et d'amour, obtenez-moi la grâce d'avoir en vous une véritable dévotion et de procurer votre gloire en travaillant pour vous faire connaître.


I. Point. — En quoi consiste essentiellement la vraie dévotion envers Marie.

Il est d'expérience qu'un vrai serviteur de Marie n’a jamais pu tomber dans les abîmes éternels ; rien n’est donc plus solide, plus précieux, plus désirable, que la dévotion envers cette Reine des vierges ; rien n’est plus consolant que de la posséder, rien n’est plus salutaire que de la répandre. En quoi consiste-t-elle ? seulement en trois points d'une pratique aisée : pour être dévot à Marie, il n'y a qu'à l’honorer, à l'aimer, à l'invoquer avec confiance. L'imitation de ses vertus doit bien être sans doute le fruit et la perfection de notre dévotion envers elle ; mais il ne faut pas laisser de lui être dévot, quoiqu'on n’ait pas le courage de l’imiter : ainsi l'enseignent les Pères de l'Église, dont les écrits sont la règle de notre croyance. L'âme imparfaite, l’âme pécheresse elle-même, peuvent donc aspirer à la protection dont Marie se plaît à couvrir tous ceux qui lui sont dévoués.
De même que l’on voit des enfants plongés dans toutes sortes de désordres conserver pour leurs mères des sentiments de respect et d'amour, de même que l'on voit des mères qui, tout en gémissant sur les égarements de leurs enfants, ne cessent point de les aimer ; il peut arriver et il arrive en effet tous les jours que des pécheurs, des âmes éloignées de Dieu depuis de nombreuses années, conservent de la dévotion envers Marie , et trouvent dans la tendresse de cette Mère de miséricorde, une ressource dans leurs maux et un moyen de conversion et de salut. Oh ! qu'il est donc avantageux, qu'il est donc conforme à l'esprit de zèle dont je dois être animée, non seulement de me pénétrer chaque jour davantage des sentiments de respect et d’amour que je dois à la Mère de Dieu, mais encore de faire connaître et de répandre en tout lieu cette dévotion si facile et si salutaire ! Ô Mère de bonté ! accordez-moi la grâce de travailler à vous gagner des cœurs ; donnez l’efficacité à mes paroles, à mes exemples, à mes prières. Vous attirer des âmes, ô Marie ! c'est les gagner à votre divin Fils, c'est leur assurer le salut.


II. Point. — Quels fruits puis-je me promettre de ma dévotion envers Marie.

Marie est la mère de la miséricorde ; son Cœur, parfaite image de celui de Jésus, est rempli de la charité la plus tendre et la plus ardente : quels fruits ne dois-je pas espérer de ma dévotion envers elle, surtout si cette dévotion va jusqu’à m'affectionner pour son amour aux vertus qui lui sont les plus chères ! Ah ! si sa protection maternelle procure aux pêcheurs les plus délaissés des grâces de conversion, que n'accordera-t-elle pas à une âme dont tous les désirs sont pour la perfection et dont tous les efforts tendent à procurer la gloire du Seigneur ? Marie est ma mère et la plus tendre de toutes les mères ; elle a promis d'aimer tous ceux qui l’aimeraient : J’aime ceux qui m’aiment, dit-elle au livre de la Sagesse : je suis donc certaine de trouver toujours dans son Cœur lumière, force et consolation. Si j’ai contristé le Cœur de Jésus par mes infidélités à sa grâce, elle obtiendra mon pardon ; si les tentations m’assaillent, si les difficultés m'épouvantent, elle m'offre son secours pour triompher de tous mes ennemis ; si les doutes, les inquiétudes, les obscurités intérieures, me dérobent la lumière céleste, elle est l'étoile qui brille pour m'éclairer au milieu même de la nuit ; si je veux travailler avec zèle à avancer dans la vertu, elle soutiendra mes efforts.
Ô Marie, ô ma tendre Mère ! que je m’oublie plutôt moi-même, que d'oublier jamais de vous invoquer dans mes besoins, de recourir à vous dans mes faiblesses, mais surtout de vous honorer par un amour sans borne, un zèle ardent à vous faire connaître, une fidélité constante à me rendre conforme à vous par l’imitation de vos vertus !


COLLOQUE avec la très-Sainte Vierge. — Lui rendre des hommages de respect, de vénération et d’amour. — La supplier d’augmenter dans mon cœur la dévotion envers elle, et de m'obtenir une grâce particulière pour inspirer aux autres cette précieuse dévotion.


Résolutions. — Recourir à Marie dans mes besoins avec la confiance et la simplicité d’un enfant envers sa mère. — Profiter de toutes les occasions pour faire connaître son très-saint Cœur et propager sa dévotion.


BOUQUET SPIRITUEL. — Montrez, ô Marie que vous êtes ma mère. (Mais surtout, montrons que nous sommes ses enfants).


Prière : Souvenez-vous...





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jeudi 26 octobre 2017

Méditation sur la sainteté propre d'un Chrétien engagé dans le monde








1er point. Considérez-le, 1°, par rapport à sa conduite extérieure. II se fait un point capital d'accorder tellement les devoirs de la vie civile avec ceux de sa Religion, qu'il ne manque jamais à ce qu'il doit à Dieu, sans rien oublier de ce qu'il doit au monde : s'il se familiarise avec peu de personnes, il a de la douceur et de la complaisance pour tous. Bon Maître, bon Sujet, bon Citoyen, bon Magistrat, bon Guerrier, bon Père de famille, Fils soumis, Époux fidèle, Ami constant et généreux, il fait voir dans toutes ses actions que la piété est utile à tout, et que c'est à elle que les biens solides de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis.


2e point.
Voilà ce qui paraît au-dehors ; mais si vous pénétrez dans l'intérieur de son âme, c'est là qu'il donne un libre essor à ces grands sentiments de Foi, de Religion et de piété, dont il est rempli. II ne vit que pour Dieu ; il n'agit, il ne parle, il ne travaille, il ne respire que pour Dieu. Que de nobles, que de généreux sacrifices ne lui fait-il pas au fond de son cœur ! Les hommes qui ne voient que les apparences, ne trouvent rien dans son extérieur qui le distingue des autres Fidèles ; mais le Dieu qui sonde les plus secrets replis des consciences, aperçoit dans la sienne les motifs les plus purs, les dispositions les plus saintes et les plus sublimes.




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