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lundi 21 septembre 2015

Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche


Jésus prêche dans une barque - James Tissot



Extrait de « Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne » du R.P. Alphonse Rodriguez


Qu'il faut éviter avec soin toutes sortes de Badineries et de Plaisanteries.


Ne vous amusez point, dit Saint Basile, à badiner continuellement comme un enfant : car il ne faut pas que celui qui aspire à la perfection, s'occupe à des jeux qui ne conviennent qu'à des enfants. Ce saint Docteur ajoute que ces badineries et ces amusements puérils rendent un Chrétien plus négligent et plus lâche en ce qui regarde le service de Dieu : et que par ces distractions, il perd la dévotion et la componction intérieure. Il veut surtout qu'on évite de faire aucune plaisanterie et de dire de bons mots : C'est, dit-il, faire le personnage d'un bouffon.

Saint Bernard traite cette matière avec force. Que parmi les gens du monde, dit-il, les bouffonneries ne soient à la bonne heure comptées que pour des bouffonneries : mais dans la bouche d'un Prêtre, ce sont autant de blasphèmes. Vous avez consacré votre bouche à la parole de Dieu : c'est un crime que de l'employer à de pareils usages, et un sacrilège que de l'y accoutumer : de même que c'en est un d'appliquer à des usages profanes ce qui a été consacré au service des Autels. Il est dit dans Malachie, poursuit ce saint Docteur, que « les lèvres des Prêtres seront les dépositaires de la science. » et que « l'on viendra pour apprendre la loi de Dieu de sa bouche. » C'est a cela que cette bouche est destinée, et non pas à conter des badineries et des fables.

Saint Clément d'Alexandrie, dont le sentiment sur cette matière s'accorde très-bien avec la doctrine de Saint Basile, de Saint Bernard et de Saint Bonaventure, dit que, comme toutes les paroles ont leur source dans l'esprit et dans les mœurs, il est impossible qu'on dise des paroles vaines et légères, sans que cela procède de la légèreté de l'esprit, et de la mauvaise disposition des mœurs : C'est de l'abondance du cœur, dit l'Évangile, que la bouche parle. De même que l'on connaît au son si une cloche est fêlée ou non, et si un vaisseau est plein ou vide : de même aussi, au son de la voix, c'est-à-dire, aux paroles d'un homme, on connaît bientôt s'il a l'esprit fêlé ou non, s'il a le cerveau plein ou vide. Quand il dit des choses vaines, on reconnaît, pour ainsi parler, qu'il sonne creux. Saint Chrysostome écrivant sur ces paroles de l'Apôtre : Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, dit que tel qu'est le cœur d'un homme, telles sont ses paroles et ses actions. On rapporte de Saint Ignace Martyr, qu'il proférait souvent le nom de JÉSUS au milieu de ses tourments : et comme on lui en demandait la cause : c'est, dit-il, qu'il est gravé dans mon cœur, et cela fait que je ne puis pas m'empêcher de le proférer. Celui qui aime à faire des plaisanteries et à dire de bons mots n'a pas le nom de Jésus gravé dans le cœur : il n'y a que le nom du monde, et ce sont les extravagances de ce monde qui lui sortent continuellement de la bouche.

Mais surtout nous devons soigneusement éviter de dire des plaisanteries qui puissent offenser le prochain, telles que sont certaines paroles qu'on dit quelquefois en badinant, et qu'on regarde connue des traits d'esprit, mais qui ne laissent pas de blesser cependant celui qui en est l'objet, parce qu'elles l'attaquent ouvertement, soit sur son caractère qui peut être incommode, soit sur son esprit qui ne sera pas des plus brillants, soit enfin sur quelque défaut. Ces sortes de plaisanteries, qui font tort au prochain, sont encore plus dangereuses que les autres ; et plus elles sont assaisonnées de sel et d'esprit, plus elles sont criminelles : parce qu'elles font alors plus d‘impression sur ceux qui les entendent, et qu'elles s'impriment mieux dans la mémoire.



Reportez-vous à Que tous nos discours et nos entretiens doivent être de Dieu ; et de quelques moyens qui peuvent y contribuer, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochainDu Silence, par Saint Vincent Ferrier, Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulierDoctrine et paroles remarquables du bienheureux Frère Égide, compagnon de Saint François d'Assise : Sur les bonnes et les mauvaises Paroles, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les péchés de la langue, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, Des maladies de l'âme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les voies du salut, Comment vaincre les obstacles à la perfection chrétienne, par le R. P. Jean-Joseph Surin, Du discernement des esprits en tant que vertu acquise par le travail et l'industrie, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir et Savoir-vivre dans l’Église.












samedi 12 septembre 2015

Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle


Le retour de l'enfant prodigue - Félix Boisselier


Extrait de « Abrégé de la Pratique de la perfection Chrétienne » du R.P. Alphonse Rodriguez



Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle :


Mon Fils, en vous attachant au service de Dieu, persévérez dans la justice avec crainte, et préparez votre âme à la tentation. Saint-Jérôme, sur ces paroles de l'Ecclésiaste : Il y a un temps de guerre et un temps de paix, dit que tant que nous sommes dan cette vie, ce sera pour nous un temps de guerre ; et que ce ne sera que lorsque nous serons arrivés au terme de nos désirs dans l'autre vie, que nous y trouverons le véritable temps de paix, suivant ces paroles : Il a établi sa demeure dans la paix. Ce saint Docteur ajoute que c'est pour cela que le nom de Jérusalem, c'est-à-dire, vision de la paix, est donné à cette céleste patrie où nous aspirons. Que personne donc, reprend le même Père, ne se croie maintenant en sûreté dans ce temps de guerre où il est question de combattre, et de se servir des armes apostoliques, afin que remportant la Victoire, nous puissions jouir un jour d'une paix que rien désormais ne pourra troubler. Il s'agit présentement d'examiner la cause de cette guerre continuelle que nous éprouvons. L'Apôtre Saint-Jacques nous l'apprend dans son Épître canonique : D'où viennent les combats et les dissensions que vous sentez en vous-même ? Ne viennent-ils pas de votre concupiscence qui vous fait la guerre ? La source de tous ces combats est au-dedans de nous-mêmes ; et cette source est la répugnance au bien, qui est demeurée en notre chair depuis le péché.

De sorte donc que la cause des tentations continuelles que nous éprouvons, c'est notre nature corrompue ; Car c'est la corruption du corps qui appesantit l'âme, c'est le foyer du péché que nous portons avec nous, et cette inclination au mal avec laquelle nous naissons. Notre plus grand ennemi est au-dedans de nous-mêmes ; c'est lui qui nous fait une guerre interminable : il ne faut donc pas nous étonner si nous sommes toujours tentés. En effet, puisque nous sommes enfants d'Adam, que nous avons été conçus dans l'iniquité, et que le péché nous a accompagnés dès le ventre de la mère, le moyen que nous soyons exempts de tentations, et que nos mauvaises inclinations ne nous fassent pas la guerre à toute heure ? C'est à ce sujet que Saint-Jérôme remarque que dans l'oraison que Jésus-Christ nous a enseignée, il ne nous dit pas de demander à Dieu que nous n'ayons point de tentations, car elles sont inévitables en cette vie ; mais qu'il ne permette pas que nous soyons si violemment attaqués, que nous cédions à la force de la tentation. C'est encore notre Divin Sauveur qui a donné le même enseignement à ses disciples quand Il leur a dit : Veillez et priez, de crainte que vous n'entriez en tentation ; car, reprend Saint Jérôme, entrer en tentation, ce n'est pas être tenté, mais être vaincu.

Saint Grégoire assure que c'est une erreur de quantité de personnes de s'imaginer que dès qu'elles sont attaquées de quelques tentations violentes, tout est perdu pour elles, et que Dieu, dès ce moment, les a abandonnées. Ces personnes s'abusent ; tous les hommes sont sujets aux tentations ; et ceux qui aspirent à la perfection y sont encore plus exposés que les autres, ainsi que le Sage nous l'apprend par les paroles que nous avons alléguées. L'Apôtre nous enseigne aussi la même doctrine : Tous ceux, dit-il, qui veulent vivre saintement en Jésus-Christ, souffriront persécution ; tous ceux qui veulent faire du progrès dans le chemin de la vertu seront exposés aux tentations ; quant aux autres, souvent ils ne savent pas même ce que c'est que la tentation ; ils ne s'aperçoivent pas de la révolte et du combat de la chair contre l'esprit ; au contraire, ils en triomphent. Saint Augustin dit, sur ce passage de l'Apôtre : La chair convoite contre l'esprit, que c'est dans les gens de bien qu'elle convoite contre l'esprit parce que dans les méchants, elle n'a pas contre qui convoiter ; et que ce n'est que où est l'esprit : c'est-à-dire, où il y a un véritable désir de la vertu, qu'elle peut convoiter contre l'esprit. Nous ne devons point nous étonner, non seulement d'avoir des tentations, mais nous devons au contraire les recevoir comme un heureux pressentiment de notre perfection, selon les paroles de Saint-Jean Climaque : qu'il n'y a point de marque plus infaillible d'avoir soumis les démons, que d'en être souvent et vivement attaqué.



Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après les autres après leur retour à Dieu :


Saint-Grégoire remarque qu'il y a des personnes que la tentation n'attaque jamais plus vivement que dans les commencements de leur conversion, il ajoute que Jésus-Christ a voulu : par une providence admirable, nous en donner un exemple en sa personne, n'ayant permis au démon de le tenter, que lorsque après son baptême il se fut retiré au désert pour prier et pour jeûner. Il voulut par-là, reprend ce Saint Pape, apprendre à ceux qui doivent être ses membres et ses enfants que quand ils se retirent du monde, pour s'adonner entièrement a la pratique de la vertu, ils doivent se préparer à soutenir de rudes attaques, parce que c'est alors que le démon fait ordinairement de plus grands efforts contre eux.

Quant à ceux qui ressentent beaucoup de consolations et de douceur dès le commencement de leur conversion, et que Dieu n'éprouve que par la suite par la voie des tentations ; c'est, dit encore Saint Grégoire, un effet de la Providence divine, qui ne veut pas que le chemin de la vertu leur paraisse d'abord si rude ni si difficile, qu'ils viennent à perdre courage, et à retourner en arrière ; cela peut faire connaître, poursuivit le même saint Docteur, combien se trompent ceux qui commençant à servir Dieu, et voyant qu'ils y ressentent beaucoup de douceur ; qui se sentant une grande ferveur pour la prière, à cause des douceurs que Dieu leur y fait goûter, et qui, encouragés par-là, se livrent à tous les exercices de vertu et de mortification qui leur deviennent aisés, s'imaginent alors qu'ils sont déjà parvenus au dernier degré de la perfection ; au lieu qu'ils devraient reconnaître que ces sortes de faveurs sont des caresses que Dieu leur fait, comme à des enfants qui commencent à changer de nourriture, et qu'il veut achever de sevrer entièrement des choses du monde. C'est quelquefois, continue toujours Saint Grégoire, à ceux qui sont moins parfaits, et qui ont fait moins de progrès dans la vertu, que Dieu se communique plus abondamment ; non parce qu'ils le méritent davantage, mais parce qu'ils ont plus le besoin d'être encouragés et soutenus.

Cette divine conduite nous est parfaitement bien expliquée dans la parabole de l'Enfant prodigue. Son père le reçoit avec les plus grands témoignages de joie et de bonté : il lui fait donner une robe de paix ; il célèbre son retour par un mélodieux concert. Et ce même père qui n'avait reçu que des sujets de satisfaction de son fils aîné, qui ne lui avait jamais donné un chevreau, pour manger avec ses amis, prépare un grand festin, et fait tuer le veau gras, pour le retour d'un fils qui n'aurait cessé jusqu'alors de se révolter contre lui ; c'est que ceux qui se portent bien, dit le Sauveur, n'ont que faire de Médecin ; mais ce sont ceux qui sont malades qui en ont besoin.





Pratique : Étudier régulièrement son catéchisme, entretenir ses connaissances par des lectures spirituelles, lire la vie des Saints, lutter contre son ignorance, s'informer sur ce qu'il se passe dans l’Église, sur les manœuvres des ennemis de l’Église. Vous constaterez que les tentations diminueront, puisque vous vous êtes nourri spirituellement.



Reportez-vous à Gémissements en la présence de Dieu et de ses Anges d'une âme éprouvée par les tentations, Aspiration dans les tentations, Des tentations, Ce qu'il faut faire pour éviter les pièges et les tentations du démon, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, La réalité des apparitions démoniaques, Jésus crucifié est le Livre des Élus, Les murs ont des oreilles ou les démons espions, La protection des saints Anges contre les démons, particulièrement au sujet de leurs différentes tentations, Le Christ triomphant des tentations, Votre mémoire est une boîte à tentations dans laquelle le démon pioche, L'Année liturgique avec Dom Guéranger : Le Troisième Dimanche de Carême, Traité de l'Enfer de Sainte Françoise Romaine, La communication de Satan avec l'homme, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Spiritus Paraclitus du Pape Benoît XV, Le Pater ou Notre Père, Quiconque entend mes paroles et les pratique sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre, La communion spirituelle et Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !













vendredi 4 septembre 2015

La communion spirituelle



La communion spirituelle consiste à désirer avec foi et amour recevoir Notre Seigneur dans le Sacrement de l'Eucharistie.





Extrait de « La communion spirituelle » par le Père Justin Etcheverry


Voici comment la définit le saint Concile de Trente, session XIII, chapitre VIII : « Ceux-là reçoivent l'Eucharistie par une Communion seulement spirituelle, qui, se nourrissant par le désir de ce Pain céleste placé devant eux, en sentent le fruit et l'utilité en vertu de cette foi vive que la charité rend féconde. »

Deux amis se retrouvent après une longue séparation. Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre et se tiennent étroitement serrés. Ils se voient, ils s'entendent, et leurs cœurs confondus semblent ne battre que d'une seule palpitation. Leur bonheur est complet, parce que tout leur être s'est uni, et les facultés de l'esprit, et les puissances du cœur ; chacun est heureux de retrouver l'autre lui même, et il se repose dans cette enivrante union qui est presque l'unité.
Mais l'heure vient où les amis les plus tendres doivent se dire adieu. La mère même la plus aimante ne peut pas toujours garder auprès d'elle le fruit de son sein ; elle doit se séparer physiquement de cet être chéri, dont rien cependant ne pourra la séparer moralement, ni la distance qui éloigne, ni les jours qui se succèdent. Comment faire revivre ces heures, bénies entre toutes, où deux cœurs étaient si rapprochés, où l’œil contemplait des traits qu'il ne voit plus, où l'oreille était caressée d'une voix dont on n'entend plus les accents, où l'on pressait des mains qu'on ne sent plus dans la sienne ? L'amour va repeupler ces lieux déserts ; le cœur va faire revivre les instants écoulés, l'imagination ramènera le bien-aimé devant soi ; il semblera qu'on l'entend encore : on lui parle, il répond, il est là. On le serre dans ses bras émus... Ce n'est pas lui sans doute, mais c'est son délicieux souvenir ; c'est plus que le souvenir, c'est comme une puissance vivante qui l'a remplacé, c'est l'âme qui vient s'unir à l'âme.
Ces deux comparaisons disent-elles parfaitement, l'une, ce qu'est la Communion sacramentelle, et l'autre, la Communion spirituelle ? Évidemment non, et l'image n'est ici que l'ombre de la réalité. La Communion sacramentelle, c'est plus que l'union étroite de deux amis qui s'embrassent, plus que l'union de l'époux et de l'épouse ; la Communion spirituelle est assurément autre chose aussi que l'union qui peut s'opérer entre deux cœurs, par la pensée, l'affection et le souvenir. Et qui peut raconter les modes mystérieux par lesquels Notre-Seigneur Jésus-Christ vient à l'âme qui l'appelle ? Qui connaît les secrets de sa sagesse et de sa puissance ? Qui peut dire comment le Dieu d'amour répond à notre amour, lorsque, ne pouvant pas le recevoir dans sa présence sacramentelle, nous désirons pourtant nous unir entièrement à Lui ? Ce Corps et ce Sang, désormais indissolublement unis à son âme et à sa divinité, agissent-ils seulement à distance dans cette Communion spirituelle, ou bien par un contact réel ? Questions insolubles pour notre faiblesse, et dont peut-être nous n'aurons le dernier mot, que lorsque le demi-jour du temps aura fait place aux splendeurs de cette éternité où nous verrons toutes choses dans la lumière même de Dieu. Mais déjà nous savons que Celui qui est amour, dépasse infiniment tout ce que peuvent rêver les imaginations les plus riches et les cœurs les plus ardents ; et soyons heureux d'entendre l'Église nous dire (1), que lorsque nous communions spirituellement, nous sommes nourris par le désir de ce Pain céleste, et qu'en vertu de la foi que la charité rend féconde, nous en sentons le fruit et l'utilité.

Ainsi, ce n'est pas la Communion sacramentelle seule qui peut nous unir à Jésus vivant dans son Sacrement. Ceux qui l'aiment sont affamés de l'Eucharistie, parce que c'est là qu'ils le trouvent tout entier, dans son Humanité sainte et chérie, comme dans sa Divinité ; ils voudraient donc le recevoir à tout instant, le garder toujours. Mais on est forcément obligé de passer bien des heures, parfois bien des jours, loin de ce banquet désiré ; et encore, quand on a eu le bonheur d'y participer, la présence sacramentelle de Jésus disparaît bientôt par la destruction des saintes espèces. Que faire donc ? Faut-il sans remède languir dans une privation douloureuse, et se dessécher comme la plante qui n'a pas sa goutte de rosée et son rayon de soleil ? Rassurons-nous ; Celui qui fait ses délices d'être avec les enfants des hommes (Prov., VIII,31), va combler tous nos désirs. Et comment ne les comblerait-il pas ? C'est son Cœur qui les fait naître dans les nôtres, et il ne les excite que pour les couronner. Il veut donc, quand le recours au Sacrement n'est pas possible, que notre désir y supplée, et Lui y suppléera aussi par sa venue spirituelle, qui nous apportera des effets pareils à ceux que produirait la Communion sacramentelle. N'en voilà-t-il pas assez pour remplir notre âme d'une immense joie, pour embaumer et sanctifier notre vie, puisqu'elle peut devenir, si nous voulons, une Communion continue ?
Et qu'on ne pense pas qu'il s'agit ici de l'union seulement avec la Divinité ; elle s'opère, nous l'avons dit en commençant, par la grâce sanctifiante ; elle grandit et se resserre par tous les actes de vertu et par tous les élans du saint amour. Celle dont nous parlons est plus complète ; c'est notre être tout entier qui s'unit mystérieusement à l'Homme-Dieu tout entier ; c'est l'Eucharistie que nous recevons spirituellement avec tous ses dons et ses effets. Nous sommes alors unis à Jésus par une grâce spéciale venue de l'Eucharistie : aussi les actes de notre Communion spirituelle doivent s'adresser à Jésus dans l'Eucharistie. Notre acte de foi s'applique à la présence de Notre seigneur dans le Sacrement de l'autel ; notre espérance est le désir confiant de recevoir l'auteur même de la grâce ; notre amour s'attache à l'Homme-Dieu dans le mystère qui est ici-bas la plus haute expression de sa charité. Il est nécessaire que ces sentiments aient leur caractère ainsi déterminé, pour produire la Communion spirituelle, telle que nous venons de la faire connaître ; ce que du reste nous allons expliquer davantage dans l'exposition de la méthode.

Puisque la Communion spirituelle supplée à la Communion sacramentelle, il faut qu'elle en devienne la fidèle copie et soit calquée sur elle en tout ce qui la précède, l'accompagne et la suit. Elle a donc aussi sa Préparation, sa Réception et son Action de grâces.

1° Préparation : Il faut d'abord l'état de grâce. Un cœur qui serait dans les liens du péché mortel doit au préalable s'occuper de briser ses chaînes et de retourner par le repentir au Dieu qu'il a délaissé ; jusqu'à ce qu'une réconciliation entière soit accomplie, il ne saurait prétendre à ces effusions intimes qui sont réservées au plus tendre amour. D'ailleurs, il n'y songe pas, il ne peut pas y songer. Certes, quand on voit les amis eux-mêmes y penser trop peu, le pratiquer rarement, comment supposer que les ennemis s'en occupent ? Ils se sentent trop loin et ils savent qu'il n'est pas possible d'établir des familiarités avec Dieu dans un cœur soumis à l'empire du démon. Placée dans l'état de grâce qui est déjà l'union avec Dieu, l'âme procède aux actes de foi, d'amour, de désir, d'humilité, qui vont l'unir parfaitement à l'Homme-Dieu. Un acte de foi la transporte auprès du tabernacle ; elle s'incline, elle adore. Il est donc là, toujours présent, toujours enfermé pour nous, ce Dieu que les élus contemplent dans ses éternelles splendeurs ; il est là, humble et voilé, mais aussi grand que dans les cieux. Je crois, malgré les ombres, je crois à sa parole, à sa puissance et à son amour.
Son amour enflamme le mien ; mon cœur tressaille de reconnaissance ; il aspire à monter vers Celui que la bonté fait ainsi descendre. Vous me voulez, Seigneur ! Mais c'est moi qui ai besoin de vous. Ah ! si, en attendant le ciel où je vous aurai toujours, je pouvais déjà vous avoir toujours dans ma poitrine, devenue votre tabernacle perpétuel ! Mais le bonheur serait trop grand et l'exil serait trop doux ! Du moins, je désire m'unir à vous, autant que je le peux, en esprit, et je vous dis, avec le Prophète royal, que je cours après vous comme le cerf altéré s'élance vers les sources d'eau vive. (Psal. XLI, 2) Pourtant je sens bien aussi que cette union même, je ne la mérite pas. Les cœurs ne peuvent parfaitement s'unir que lorsqu'ils se ressemblent ; et je vous ressemble si peu ! Là je vois la grandeur, la sainteté, la pureté infinie ; ici, l'infirmité, les défauts, les misères de tout genre, qui altèrent et obscurcissent cette beauté intérieure qui charme vos regards et vous attire à nous. Si vous n'étiez que juste, vous me repousseriez ; mais vous êtes bon, et vous m'appelez. Vous m'appelez, comme le bon Pasteur appelle la brebis tremblante, qui n'oserait pas s'approcher, si elle n'entendait une douce voix qui l'invite. Je viens à vous, Seigneur ; venez à moi ! J'ai raison de m'humilier quand je regarde ma pauvreté ; mais j'ai raison de me confier quand je regarde votre puissante miséricorde ; une parole de vous suffit pour m'élever à vous.

2° Réception : Voici le moment de l'union : que toutes nos puissances spirituelles y soient employées. Notre imagination, notre mémoire, notre cœur sont riches ; si riches, que nous avons souvent de la peine à nous défendre contre l'invasion de leurs dangereuses rêveries. Les fantaisies affluent, les fantômes se succèdent ; c'est tout un monde qui vit devant nous avec tous les charmes et toutes les tentations de la réalité ; car, quel est celui pour qui la fécondité des pensées n'est pas un tourment de chaque jour ? Sanctifions ces facultés si vives, si agissantes, en les appliquant à des idées divines et aux élans du saint amour. Tantôt nous nous souviendrons que Jésus entrait dans les maisons amies, hôte vénéré que l'on accueillait avec bonheur ; et il nous semblera le voir ainsi entrer sous la tente de notre âme qu'il choisit pour son séjour. Tantôt nous nous figurerons qu'il se donne à nous de ses mains, comme il se donna pour la première fois à ses Apôtres, le jour où il institua le Sacrement de son amour ; ou bien, qu'il pénètre miraculeusement dans notre poitrine, comme l'histoire le raconte de quelques Saints, entre autres de sainte Julienne, sur le cœur de laquelle resta, comme témoignage de cette céleste faveur, l'empreinte de la sainte hostie ; ou bien encore, que notre bouche, heureuse comme à l'heure de la Communion sacramentelle, savoure le délicieux contact du Pain de vie. Quelquefois nous imaginerons que notre Ange gardien nous apporte la vraie manne du ciel, comme les Anges l'apportèrent par deux fois au jeune saint Stanislas de Kotska ; ou même que c'est Marie qui se plaît à placer auprès de notre cœur le cœur de ce Fils bien-aimé, qu'elle a donné au monde. Nous indiquons ces divers aspects sous lesquels la Communion spirituelle peut être représentée ; mais le véritable amour saura s'en créer de nouveaux et les variera selon les dispositions du moment et surtout suivant les inspirations de la grâce. Toujours est-il qu'il nous faut dilater toute notre âme pour y recevoir l'hôte divin ; une fois reçu, nous l'embrasserons dans les étreintes d'une respectueuse tendresse ; et nous demeurerons un instant dans cette ravissante joie de la possession, qu'exprime si bien l'Épouse des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi, et moi je suis à lui.» (Cant. cant., II, 16.)

3° Action de grâces : Cependant il faut, non pas se séparer (les cœurs qui s'aiment ne se séparent jamais), mais interrompre ces jouissances saintes. Ici-bas les bonheurs, même les plus purs, ne peuvent durer qu'un instant. Ils reviendront bientôt sans doute, mais pour finir bien vite encore et se succéder comme des degrés d'ascension vers le ciel.
Remercions Jésus ; qu'il soit béni d'avoir honoré d'une si grande visite l'âme qui n'est que son humble servante et qu'il élève à la dignité de son épouse. Il a resserré les liens de sa tendresse que chaque divin contact rend plus intime et plus douce ; il nous a donné un baiser de sa bouche (Cant. cant., I, 1), et ce baiser mystérieux nous a laissé une empreinte vive et un suave souvenir.
Nous nous retirons heureux ; et, au milieu de ce monde dont nous entendrons encore la voix, au sein de ces travaux que nous allons reprendre, dans la carrière accoutumée qu'il nous faut encore parcourir, ce souvenir nous restera pour entretenir notre immortel amour. Nous pourrons, comme expression de notre reconnaissance, nous servir de quelques-unes des belles prières que l'Église adresse à son Époux du tabernacle.


PRIONS


« Ô Dieu, qui nous avez laissé dans un sacrement admirable la mémoire de votre Passion, accordez-nous de révérer tellement les mystères sacrés de votre corps et de votre sang, que nous ressentions sans cesse dans nos âmes le fruit de la Rédemption que vous avez opérée. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »

Résumons maintenant tous ces actes en une formule assez abrégée pour rendre facile le fréquent exercice de la Communion spirituelle :

« Mon Sauveur Jésus-Christ, je crois que vous êtes présent dans le saint Sacrement de l'autel ; je vous y adore, et je vous aime de tout mon cœur. Que je voudrais vous recevoir dans ce Sacrement adorable où vous vous donnez tout entier ! Je ne mérite pas même d'être uni à vous par les liens mystérieux de la Communion spirituelle ; mais enlevez de moi tout ce qui peut vous déplaire, oubliez mes infidélités ; je m'en repens par amour pour vous ; dites une parole, et mon âme sera guérie. Venez, mon Bien-aimé, venez répondre aux désirs de mon cœur ! Ah ! Seigneur, vous êtes à moi, et je suis à vous ! Merci, mon Jésus ! Désormais, plutôt mourir que de cesser de vous aimer. Ne permettez pas que je me sépare jamais de vous ! »



Extrait de « Abrégé de la Pratique de la perfection Chrétienne » du R.P. Alphonse Rodriguez


Cette sorte de dévotion est très-sainte et très utile, de communier spirituellement pendant que le Prêtre communie réellement sous les deux espèces. Cette Communion spirituelle consiste à ressentir un désir ardent de recevoir le Sacrement adorable de l'Eucharistie, suivant ces paroles de Job appliquées à Jésus-Christ : Les gens de la maison, c'est-à-dire, les véritables Chrétiens qui craignent Dieu, ont dit : Qui nous donnera de sa chair pour nous rassasier ? Lorsqu'on a une faim extrême, on dévore, comme on dit, les viandes des yeux, de même pour communier spirituellement, il faut dévorer des yeux de l'esprit cette viande céleste ; il faut, quand le Prêtre ouvre la bouche pour recevoir le Corps de Jésus-Christ, ouvrir en même temps la bouche de l'âme, avec un désir ardent de recevoir cette manne divine, et il faut en savourer longtemps les douceurs dans son esprit. En se comportant ainsi, Dieu satisfera les désirs de votre cœur, et il les satisfera avec un accroissement de grâces et de charité, suivant ces paroles du Psalmiste : Ouvrez votre bouche, et je la remplirai.
Quoiqu'il soit vrai de dire que la Communion sacramentelle est d'un plus grand prix, et d'un plus grand avantage que la Communion spirituelle, parce qu'en qualité de Sacrement elle confère la grâce par une vertu qui lui est propre, ce que ne fait point la Communion en esprit : il est vrai aussi néanmoins, qu'on peut avoir éprouvé un désir si ardent de communier, et que ce désir peut être accompagné d'un si profond respect et d'une si grande humilité, qu'on reçoive par ce moyen plus de grâces que n'en recevrait une personne qui communierait réellement, mais avec de moindres dispositions. Ce qu'il y a encore d'avantageux dans la Communion spirituelle, c'est que comme elle n'est point remarquée des gens du monde, elle est exempte du péril de la vaine gloire, auquel la Communion sacramentelle, qui se fait aux yeux des hommes, peut être sujette. La Communion spirituelle a même cet avantage au-dessus de l'autre, qu'on peut la renouveler plus souvent.

Lorsque vous entendez la Messe, ou que vous visitez le Saint Sacrement, enfin toutes les fois que vous avez envie de communier spirituellement, excitez en vous-même un ardent désir de recevoir ce Sacrement adorable, et élevez votre cœur à Dieu, en disant : Ô mon Dieu ? que n'ai-je l'âme assez pure pour vous recevoir ! Que ne puis-je être digne de vous recevoir tous les jours, et de vous porter dans mon sein ! Que je serais heureux, ô mon Dieu ! que je serais comblé de biens, si je pouvais mériter de vous recevoir chez moi ! Mais, Seigneur, il n'est pas nécessaire pour cela que vous y veniez sous les espèces sacramentelles ; un seul de vos regards suffira pour m'enrichir des trésors de votre grâce : vous n'avez qu'à vouloir, c'est assez : commandez, Seigneur, et je serai justifié. Ensuite dites avec le centenier : "Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ; mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie". S'il ne fallait autrefois que regarder le serpent d'airain pour être guéri de la morsure des serpents, il me suffira aussi de vous regarder avec une foi vive et pure, et avec un ardent désir de vous recevoir, pour être guéri de toutes les plaies de mon âme. Il sera bon de terminer cette dévotion par cette Antienne : Ô banquet sacré, où Jésus-Christ est le mets que l'on reçoit ! et d'y joindre le verset : Vous leur avez donné le pain du Ciel...


***


Vous pouvez également lire la messe (messe dite de Saint Pie V) et les textes du jour pour vous préparer à communier spirituellement avec Notre Seigneur. Se remémorer le déroulement de la Sainte messe est une très bonne manière de se mettre en condition avec piété. Avant de communier spirituellement, dites l'acte de contrition, l'acte de charité, le Confiteor, et trois fois le Domine non sum dignus.


Dans le vase d’or, je conserve vos communions sacramentelles et dans le vase d’argent, vos communions spirituelles
. (Parole adressée à la sœur Paula Maresca par Notre Seigneur qui lui montrait deux vases précieux, Saint Alphonse de Liguori - "La véritable épouse de Jésus-Christ"). 


Sainte Thérèse d'Avila à ses filles du Carmel : Les jours où vous entendrez la messe sans communier réellement, faites-le spirituellement ; rien ne vous en empêche, et vous en retirerez le plus grand fruit. Aussitôt après, recueillez-vous au dedans de vous-même avec le divin Maître, de la même manière que si vous l'aviez réellement reçu. Son amour s'imprime ainsi merveilleusement dans nos âmes. Chaque fois que nous nous disposons à le recevoir, il nous donne quelque grâce et se communique à nous en diverses manières, qui nous sont incompréhensibles. Il agit à la manière du feu. Vous êtes en hiver dans un appartement où il y a un grand feu ; si vous vous en tenez éloignées, vous ne vous chaufferez guère, seulement vous auriez moins froid que s'il n'y avait point de feu ; mais approchez, ce sera autre chose, vous sentirez toute sa bienfaisante action. Il en est absolument de même de notre âme ; si elle se dispose, c'est-à-dire si elle souhaite perdre son froid, et si par le désir elle s'approche de Jésus-Christ qui est son véritable feu, il lui suffira de quelques moments passés auprès de lui, pour être pénétrée d'une divine chaleur qui lui durera plusieurs heures.

On rapporte de sainte Angèle de Mérici que lorsqu’on lui interdisait la communion de chaque jour, elle y suppléait par de fréquentes communions spirituelles à la messe, et elle se sen­tait parfois inondée de grâces semblables à celles qu’elle aurait reçues si elle avait communié sous les espèces sacramentelles. Aussi laissa-t-elle à son Ordre comme un legs pieux, une pressante recomman­dation de ne point négliger cette sainte pratique. ("Méditations sur l’Eucharistie" par le Frère Philippe).

La bienheureuse Agathe de la Croix était animée d’un tel amour pour le Saint Sacrement, qu’elle serait morte, dit-on, si son confesseur ne lui avait pas enseigné la pratique de la communion spirituelle ; et lorsqu’elle la posséda, elle avait coutume de la répéter jusqu’à deux cents fois dans un jour
. (Faber, op. cit., traduction de Bernhardt)




Pour cette communion spirituelle, vous pouvez prier ainsi :


« Ô Jésus, mon aimable Sauveur, que je voudrais, en ce moment, m'approcher de votre Table Sainte, plein de confiance, non en mes propres mérites, mais en votre infinie bonté ! Que je voudrais aller à Vous, source de Miséricorde ; être guéri par Vous, divin Médecin de mon âme ; chercher en Vous mon appui, en Vous, Seigneur, qui serez un jour mon Juge, mais maintenant, ne voulez être que mon Sauveur ! »

« Je vous aime, ô Jésus, Agneau divin, Innocente Victime, Immolée par amour sur la Croix, pour moi et pour le salut du genre humain. Ô mon Dieu, souvenez-vous de votre humble créature, rachetée de votre sang ! Je me repens de vous avoir offensé, et je désire réparer mes fautes par ma fidélité à obéir à votre sainte volonté. »

« Ô bon Jésus, qui, par votre grâce tout-puissante, me fortifiez contre les ennemis de mon âme et de mon corps, faites que bientôt, purifié de toute souillure, j'aie le bonheur de vous recevoir dans la Sainte Eucharistie, afin de travailler avec une constante générosité, à l’œuvre de mon salut. »



Extrait de "La messe avec le prêtre"



Prière pour la Communion spirituelle, tirée de Délices des pèlerins de la Louvesc ou Exercices de Dévotion qui se font à la Louvesc, et des réflexions spirituelles de J.M.B. Vianney, Curé d'Ars :



Afin de communier spirituellement, formez du fond de votre cœur des actes de foi, de désir, d'espérance et d'amour.
Tenez-vous un instant dans un recueillement très profond et une ferveur très-grande ; dites la prière suivante
:


Ô Jésus ! vous êtes infiniment saint.
Je ne suis pas digne de vous recevoir à cause de mes péchés et de ma tiédeur. Ah ! pour quoi n'ai-je pas vécu d'une manière qui me permette d'approcher tous les jours du sacrement de votre amour ? Je m'unis à la communion du prêtre et à celle de tous ceux qui ont l'avantage de se nourrir de votre chair sacrée. Ayez égard au désir que j'ai de participer à cet auguste festin pour être transformé en vous.


Dieu dont la puissance n'est pas liée par les sacrements visibles, sanctifie intérieurement l'âme à cause de ce désir qui procède de la foi opérant dans la charité. (Saint Thomas d'Aquin, q. 6)

Quand la communion sacramentelle est impossible, il est une autre manière de communier et de recevoir le fruit même du sacrement, "rem sacramenti" et avec lui tous les effets, du moins certainement tous les plus grands : c'est la communion spirituelle. (Catéchisme du Concile de Trente)

Par la communion spirituelle, beaucoup d'âmes sont arrivées à une haute perfection. Votre âme en retirera de très grands fruits ; si vous le faites souvent, je vous donne un mois de temps pour être tout à fait changé, mais soyez persévérant. (Saint Léonard de Port-Maurice)


Les Saints, instruits par le Ciel, ne parlent pas autrement que l’Église, ses docteurs, et ses théologiens.
"Toutes les fois que tu me désires, disait Notre-Seigneur à Sainte Mechtilde, tu m'attireras à toi. Un désir, un soupir suffit pour me mettre en ta possession."
"Ton désir de me recevoir a si vivement touché mon Cœur, dit le Sacré-Cœur à Sainte Marguerite-Marie, que si je n'avais pas institué ce sacrement, je l'aurais fait en ce moment pour me rendre ton aliment...
Je prends tant de plaisir à être désiré qu'autant de fois le cœur forme ce désir, autant de fois je le regarde amoureusement pour le tirer à moi."
C'est encore Notre-Seigneur qui disait à la bienheureuse Ida de Louvain : "Appelle-moi, et je viendra". — "Venez Jésus", implora-t-elle aussitôt, et, tandis qu'elle se sentait remplie de bonheur comme si elle avait communié : "En quelque lieu, en quelque manière qu'il me plaît, lui dit Jésus, je puis, je veux, je sais satisfaire les saintes ardeurs d'une âme qui désire."
Et c'est le Christ encore qui chargeait Sainte Marguerite de Cortone de rappeler à un religieux la parole de Saint Augustin : "Crois... et tu aurais mangé".
Cette "mise en possession du Christ", cette "façon mystérieuse par laquelle le christ se fait vraiment notre aliment", cette "venue en nous du Christ", ce "regard merveilleux qui nous attire à lui", cette "manducation spirituelle du Christ" qui est le fruit propre de l'Eucharistie, s'accompagnera aussi, toujours au témoignage des saints, de la plupart des autres effets de la communion sacramentelle.
La liturgie appelle celle-ci "la nourriture et le remède", "cibus, remedium".
Saint Augustin appelle celle-là "le pain du cœur et la guérison du cœur".
Celle-ci est "l'aliment quotidien de la ferveur", et le Saint Curé d'Ars dit de celle-là : "La communion spirituelle fait à l'âme comme un coup de soufflet sur un feu couvert de cendres et qui commence à s'éteindre".
"Quand nous sentons l'amour de Dieu se refroidir, vite ! la communion spirituelle !"
"Celui qui mange ma chair vivra par Moi", avait dit Notre-Seigneur dans l’Évangile, et il disait à Sainte Mechtilde : "A ton réveil, soupire après moi de tout ton cœur ! Aspire-moi par un soupir d'amour et je viendrai en toi, j'opèrerai en toi toutes tes œuvres, je souffrirai en toi toutes tes souffrances." (Extrait de La communion spirituelle de J.-M. Derély)



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samedi 29 août 2015

Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !



Le jeune Samuel assurait le service du Seigneur en présence du prêtre Éli. La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, et la vision, peu répandue. Un jour, Éli était couché à sa place habituelle – sa vue avait baissé et il ne pouvait plus bien voir. La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte. Samuel était couché dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Samuel alla se recoucher à sa place habituelle. Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. » (1er livre de Samuel 3, 1-10)


Sainte Thérèse d'Avila


Il fut un temps où il suffisait d'éteindre quelques appareils bruyants pour faire silence. Mais avec la démocratisation des baladeurs, l'augmentation des bruits ambiants, de la foule indisciplinée dans les rues, la cohue des grandes surfaces où il est devenu habituel pour certains de se rendre pour tuer l'ennui, la musique dans les magasins, la télévision et la radio à la maison... la contamination sonore est arrivée à un niveau tel que notre âme est à chaque instant sollicitée, parasitée. Les téléphones et toutes leurs applications nous ont envahis, imposant leurs notifications continuelles. Mails, SMS... toutes les informations quelles qu'elles soient, même les plus nocives, arrivent en direct sur nos terminaux, faisant de nous des morts constamment branchés au réseau... Dans ce nouveau monde ultra connecté, il n'y a plus de place pour le silence.

On ne comprend rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. (Georges Bernanos)


Et pourtant, pour communiquer avec Dieu, il nous faut absolument faire silence, un silence extérieur et surtout intérieur.

Une âme qui ne s'adonne pas fidèlement à l'oraison peut réciter l'office divin, assister à la sainte messe, recevoir les sacrements, entendre la parole de Dieu, mais ses progrès seront souvent médiocres. Pourquoi cela ? Parce que l'auteur principal de notre perfection et de notre sainteté est Dieu même, et que l'oraison maintient l'âme dans un contact fréquent avec Dieu ; elle établit, et, après l'avoir établi, entretient dans l'âme comme un foyer, sinon toujours en action, du moins dans lequel le feu de l'amour couve toujours ; et dès que cette âme est mise en communication directe avec la vie divine, par exemple dans les sacrements, c'est comme un souffle puissant qui l'embrase, la soulève, la remplit avec une surabondance merveilleuse. La vie surnaturelle d'une âme se mesure à son union à Dieu par le Christ.
(Bienheureux Columba Marmion - "Le Christ, vie de l'âme")

Dans le silence, nous pouvons avec humilité et dévotion parler avec Notre Seigneur Jésus-Christ. Cela est indispensable pour faire grandir notre foi. Faire oraison est pour tout catholique un devoir. Dans le silence de l'oraison, Jésus agit pour nous et en nous. Sans l'oraison et la méditation que pratiquaient les Saints, il est difficile pour un catholique de résister au Monde comme le Seigneur nous appelle à le faire, et de vivre dans une profonde piété. Il est donc vital pour notre âme que nous apprenions à faire silence, à donner du temps à Dieu, et ce également avant que la messe commence, car le silence, intérieurement, nous prépare à recevoir Jésus-Christ au plus profond de notre âme.


Faire silence c'est écouter Dieu ; c'est supprimer tout ce qui nous empêche d'écouter ou d'entendre Dieu ; c'est écouter Dieu partout où il exprime sa volonté, dans la prière et ailleurs que dans la prière proprement dite. Il nous faut le silence pour faire la volonté de Dieu, le silence prolongé par cette autre disposition de nous-mêmes que nous amputons tellement... ou que nous méprisons par ignorance : le recueillement. Il nous faut « recueillir » les traces, les indices, les invitations, les ordres de la volonté de Dieu, comme le cultivateur recueille sa récolte dans la grange, comme le savant recueille le fruit d'une expérience. (Madeleine Delbrêl - "La Joie de croire")

Le silence ne nous manque pas, car nous l'avons. Le jour où il nous manque, c'est que nous n'avons pas su le prendre. Tous les bruits qui nous entourent font beaucoup moins de tapage que nous-mêmes. Le vrai bruit, c'est l'écho que les choses ont en nous. Ce n'est pas de parler qui rompt forcément le silence. Le silence est la place de la Parole de Dieu et si, lorsque nous parlons, nous nous bornons à répéter cette parole, nous ne cessons pas de nous taire. Le silence, c'est quelquefois se taire, mais le silence c'est toujours écouter. Une absence de bruit qui serait vide de notre attention à la parole de Dieu ne serait pas silence. Le silence n'aime pas la profusion des mots. Nous savons parler ou nous taire, mais nous savons mal nous contenter des mots nécessaires. Sans cesse nous oscillons entre un mutisme qui abîme la charité et une explosion de paroles qui déborde la vérité. Le silence est charité et vérité. (Madeleine Delbrêl - "La sainteté des gens ordinaires")


Les bavards se font du tort. Ces personnes qui ne cessent de parler sans écouter leur interlocuteur, s'écoutant elles-mêmes, posant des questions et n'écoutant pas les réponses, sautent dans un puits à chacune de leurs actions. Elles ne peuvent entendre la voix de Dieu, et ont les portes tout ouvertes au Démon. D'où l'urgence pour elles de faire silence, et de rechercher à établir, par l'oraison, une relation intime avec Dieu.

Si cela vous aide, vous pouvez commencer par un chant, comme le Veni Creator (en latin ou en français), avant de faire silence et d'entrer en oraison (20 minutes par jour environ).

Gardez toujours à l'esprit que le Seigneur fait sa place en nos cœurs, non pas dans des mouvements désordonnés, mais dans le silence.

Alors, comme Samuel, réservons un temps, dans le silence, pour Dieu, et disons : "Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !"



Extrait : Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne du R.P. Alphonse Rodriguez


Du Silence : Ses avantages et son utilité

Un moyen qui peut encore beaucoup servir à notre avancement, et nous aider efficacement à acquérir la perfection, c'est de réprimer en nous l'intempérance de la langue ; comme, au contraire, un des obstacles qui peut le plus retarder, et même empêcher notre progrès, c'est de nous relâcher sur cet article. L'Apôtre Saint Jacques nous marque ces deux vérités dans son Épitre canonique : Si quelqu'un, dit-il, ne pèche point en parlant, c'est un homme parfait. Et ailleurs : Si quelqu'un s'imagine être religieux, et qu'il ne met point un frein à sa langue, mais qu'il laisse dissiper son cœur de côté et d'autre, sa religion est vaine et inutile. Saint-Jérôme se sert de ce passage, pour nous recommander l'observation du silence. Il assure que c'est sur cette autorité que se fondaient les anciens Pères du Désert qui étaient si fidèles et si rigoureux en ce point. Mais pourquoi nous recommander si fort cette pratique ? Qu'elle en peut être la raison ? Est-ce donc un si grand crime de dire une parole inutile ? Y-a-t-il d'autre mal à cela que la perte d'un moment de temps que l'on emploie à la dire, et qu'un léger péché véniel qui peut s'effacer par quelque acte de piété ou de religion, par exemple, par le signe de la croix ou avec de l'eau bénite ? À cela je réponds que puisque l'Écriture Sainte insiste tant sur ce point, il faut qu'il y ait en cela quelque chose de plus que la perte d'un peu de temps, et que ce soit une affaire plus importante qu'elle nous paraît. Car le Saint-Esprit n'exagère rien ; il ne pèse point les actions avec de faux poids et de fausses balances. Les Saints et les docteurs de l'Église, à qui Dieu a donné des lumières particulières pour l'intelligence des Mystères des Livres saints, nous détaillent fort au long les avantages qu'apporte l'observation du silence, et les grands inconvénients qui résultent de ce violement. Saint Ambroise et Saint-Jérôme écrivant sur ce passage de l'Ecclésiaste : Il y a un temps pour se taire, et un temps pour parler, confirment cette doctrine. Ils disent que si Pythagore exigeait de ses disciples qu'ils commençassent par être cinq ans sans parler, c'était afin que, durant tout ce temps-là, ils pussent oublier les erreurs et les préjugés dont ils avaient été imbus ; que pendant un si long silence, il les trouvait plus disposés à l'écouter, et à se pénétrer des vérités qu'il leur enseignait, et qu'ainsi ils se pouvaient rendre habiles à enseigner par la suite sa même doctrine. Apprenons donc premièrement à nous taire, conclut Saint-Jérôme, et n'ouvrons ensuite la bouche que pour parler bien à propos.

Il est difficile, sans l'observation du silence, de devenir homme d'oraison

Le silence ne nous sert pas seulement à apprendre comment nous devons parler aux hommes, il nous sert aussi à apprendre à converser avec Dieu, à nous rendre hommes d'oraison. Saint Diadoque, en parlant du silence, dit que c'est une chose si excellente, qu'elle enfante toutes les saintes pensées. Si vous voulez donc être homme d'oraison, si vous voulez converser familièrement avec Dieu, si vous voulez n'avoir jamais que de saintes pensées, et vous rendre attentif aux inspirations du Ciel, gardez le silence, et tenez-vous dans un parfait recueillement. Car, ainsi qu'un grand bruit nous empêche d'entendre ce qu'on nous dit quand on nous parle, de même le bruit des paroles inutiles, et le tumulte des choses du monde, nous empêchent d'entendre les inspirations divines, et de discerner ce qu'elles demandent de nous. Dieu veut être en particulier avec l'âme pour s'entretenir avec elle : Je la mènerai, dit-il, dans la solitude, et là je parlerai à son cœur : là je lui ferai sucer le lait des douceurs et des consolations spirituelles. Comme Dieu n'a point de corps, dit Saint Bernard, et que c'est un pur esprit, c'est la retraite de l'esprit qu'il nous demande, non pas celle du corps. Car de quoi peut servir, dit Saint Grégoire, la retraite du corps sans celle de l'âme ? Ce que le Seigneur veut de vous, c'est que vous vous fassiez une solitude au dedans de votre cœur, pour vous entretenir avec lui, et pour qu'il puisse se plaire à s'entretenir avec vous. Si vous renonciez aux conversations inutiles, dit Thomas à Kempis, si vous n'alliez plus sans nécessité de côté et d'autre, et si vous n'aviez plus cette vaine curiosité des affaires du monde, il vous resterait assez de temps pour l'employer à de saintes pensées, mais si vous aimez trop à parler, si vous laissez continuellement dissiper votre cœur à tous les objets qui frappent vos sens, ne vous étonnez pas que le temps vous manque toujours, et que vous n'en ayez pas même assez pour vos exercices ordinaires.

Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection

Un Religieux très-savant et très-versé dans la spiritualité, disait une chose qui marque bien l'importance du silence, et qui pourra sembler a quelques-uns une exagération, mais qui est néanmoins une vérité constante et très-éprouvée : il disait que pour réformer une Maison religieuse, un Ordre entier, il ne fallait qu'y faire pratiquer rigoureusement le silence. Nous voyons que quand le silence ne s'observe point dans une maison religieuse, elle semble plutôt un lieu profane, qu'une maison régulière et au contraire, les communautés religieuses où l'on observe le silence, paraissent véritablement des demeures consacrées à Dieu. On y respire, dès l'entrée, un air et une odeur de sainteté qui édifie : le recueillement et le silence y portent à la dévotion tous ceux qui y arrivent, et leur fait dire avec transport : Le Seigneur est vraiment en ce lieu : c'est véritablement la maison de Dieu et la porte du Ciel. Ce que je dis ici de la totalité d'une Maison religieuse, je le dis aussi de chaque personne en particulier : Où l'on ne fait que parler, dit le Sage, il n'y a que de la misère. Lorsque nous gardons exactement le silence, à peine trouvons-nous sur quoi nous examiner, suivant ces paroles du Saint-Esprit : Celui qui garde sa bouche, garde son âme. Cette vérité n'a pas été ignorée des Païens même ; car un Philosophe de Lacédémone, interrogé pourquoi Lycurgue avait donné si peu de lois aux Lacédémoniens : c'est, répondit-il, que ceux qui parlent peu, n'ont pas besoin de beaucoup de lois. L'observation du silence suffit donc pour réformer chaque personne en particulier, et même pour réformer toute une Maison et tout un Ordre : voilà pourquoi, comme nous l'avons déjà dit, les anciens Pères du Désert faisaient tant de cas de la pratique du silence, et pourquoi tous les Ordres religieux ont compris l'observation du silence dans leurs principaux Régalements. C'est aussi pour cette même raison, dit Denys le Chartreux, que l'Apôtre Saint Jacques nous apprend : Que celui qui ne pèche point du côté de la langue, est parfait ; et que celui qui croit être religieux, en ne réprimant point sa langue, et en laissant dissiper son cœur de tous côtés, n'a qu'une religion vaine et inutile.
Que chacun considère ici avec attention, combien nous lui demandons peu de choses pour être parfait ; et combien le moyen que nous lui proposons, est aisé à pratiquer. Si vous voulez faire de grands progrès dans la vertu, et acquérir la perfection, gardez le silence : l'Apôtre Saint Jacques vous assure que cela suffit pour vous y faire parvenir. Si vous voulez être homme spirituel et d'oraison, gardez le silence ; les Saints vous promettent que vous le deviendrez immanquablement par ce moyen. Si au contraire vous êtes infidèle à cette pratique, si vous la négligez, jamais vous ne vous rendrez parfait ; jamais vous ne parviendrez à être un homme intérieur, un homme d'oraison. En effet, a-t-on jamais vu un grand parleur être en même temps un homme contemplatif, et adonné à la spiritualité ? On ne voit pas même qu'il fasse un pas dans le chemin de la vertu : Un homme qui ne fait que parler, sera-t-il justifié ?
Albert le Grand va encore plus loin. Il dit qu'un homme qui n'observe point le silence, est facilement tenté et attaqué par le démon. Il cite à ce sujet ce passage des Proverbes : Un homme qui ne peut s'empêcher de parler, est comme une ville ouverte et sans murailles. Saint-Jérôme dit sur ces paroles, que comme une ville qui n'est point entourée de murailles, est continuellement exposée aux incursions des ennemis, et en grand danger d'être pillée ; de même un Chrétien qui n'est point environné du silence comme d'un mur de défense, est toujours exposé aux tentations du démon, et en grand péril de devenir sa proie.

Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable

De tout ce que nous avons dit-il s'ensuit une chose digne de remarque ; c'est que mener une vie retirée, où l'on ne veut ni avoir, ni parler, ni entendre parler que de choses nécessaires ou utiles au salut et où on devient sourd, aveugle et muet aux choses du monde pour l'amour de Dieu, n'est pas une vie triste et mélancolique, mais plutôt une vie très douce et très agréable ; et d'autant plus douce, que le commerce et la conversation avec Dieu, vers, lequel elle nous élève, a incomparablement plus de délices et de charmes, que la vie ordinaire de tous les hommes. Que les autres, dit Saint-Jérôme, en jugent comme il leur plaira, car chacun s'en rapporte à ce qu'il sent ; pour moi, je regarde le monde « comme une prison, et la solitude comme un Paradis. Saint Bernard disait pareillement, qu'il n'était jamais moins seul, que quand il était seul ; que c'était alors qu'il se trouvait en meilleure compagnie et qu'il était plus content, parce qu'il n'y a que le commerce avec Dieu qui puisse donner un solide contentement à l'âme. Ce qui ne savent ce que c'est que le commerce intérieur avec Dieu et qui n'ont point de goût pour la spiritualité et pour l'oraison trouveront cette sorte de vie triste et mélancolique ; mais cette vie, pour un véritable Chrétien, sera toujours remplie de consolations et de douceurs.
La joie intérieure, selon le sentiment même de la Philosophie païenne, est la seule qui soit solide : l'or le plus pur n'est point celui que l'on trouve sur la superficie de la terre, c'est Celui qui est caché dans le fond de ses entrailles, dans ses veines les plus cachées : aussi le véritable contentement n'est point celui que l'on fait ordinairement paraître au dehors dans ses paroles et dans les mouvements de son visage, car l'âme n'y a bien souvent aucune part ; c'est cette joie pure qui est renfermée au fond du cœur. La véritable joie et le véritable contentement consistent à avoir la conscience pure, à mépriser généreusement tout ce qui est périssable, et élever l'esprit au-dessus de toutes les choses de la terre.



Le recueillement [élémentaire, celui] par lequel ceux qui veulent prier se mettent en la présence de Dieu, rentrant en eux-mêmes, et retirant, par manière de dire, leur âme dedans leur cœur pour parler à Dieu. Ce recueillement se fait par le commandement de l'amour, qui, nous provoquant à l'oraison, nous fait prendre ce moyen de la bien faire, de sorte que nous faisons nous-mêmes ce retirement de notre esprit. [Il y a aussi] le recueillement qui ne se fait pas par le commandement de l'amour, mais par l'amour même ; c'est-à-dire, nous ne le faisons pas nous-mêmes par élection, d'autant qu'il n'est pas en notre pouvoir de l'avoir quand nous voulons et ne dépend pas de notre soin, mais dieu le fait en nous, quand il Lui plaît, par Sa très sainte grâce. (Saint François de Sales, "Traité de l'Amour de Dieu", Livre VI, Chap. VII)


En l'année qui suivit l'institution du Tiers-Ordre, un certain procureur nommé Barthélémy qui avait été admis par saint François dans son troisième Ordre naissant, s'était tellement distingué par sa ferveur, que le bon Saint lui avait donné le pouvoir de recevoir, pour toujours, comme un autre lui-même, les hommes et les femmes au Tiers-Ordre. Un jour, François descendit dans sa maison et s'y arrêta pendant trois jours. Or, tant qu'il fut là, un pauvre possédé, qui fatiguait tout le monde par une excessive intempérance de paroles, se trouva tout à coup arrêté, et ne dit plus mot. Le Père étant parti, le possédé se remit à parler plus dru que jamais. Barthélémy adjura le démon de lui en dire la raison, et DIEU obligea l'Esprit impur à proclamer lui-même la sainteté extraordinaire de François. « Cet homme de DIEU, répondit le démon, est tel et si grand, que je n'ai pu articuler une seule parole en sa présence. Ses vertus étonneraient le monde, si le monde les voyait. Quand nous avons vu ce Religieux s'élever à une telle sublimité de mépris du monde, à un tel abandon au bon plaisir de DIEU et à un tel renouvellement de la vie évangélique et apostolique, nous avons été saisis de terreur, et nous avons résolu de tout faire pour le ruiner, lui et ses trois Ordres. Nous en ferons tant, que nous aurons le dessus. » (Le Séraphique Saint François, Mgr de Segur)



Lire
"L'âme de tout apostolat" de Dom Chautard, "Abrégé de la perfection chrétienne" du R.P. Alphonse Rodriguez, "De l'oraison mentale et de la Retraite" de Saint Alphonse de Liguori, "Esprit" du R.P. Avrillon (Pour passer saintement l'Avent, le Carême, l'Ascension...), "Méditations selon la méthode de Saint Ignace sur la Vie et les Mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ" (5 tomes), "Méditations sur les souffrances de N.S. Jésus-Christ" par l'auteur du Culte Public, "L'Imitation de Jésus-Christ" de Thomas A. Kempis, "Abrégé des Méditations" du Père Louis Du pont, "Le combat spirituel" de Lorenzo Scupoli et "Le mois de Novembre consacré au souvenir des âmes du Purgatoire" par l'auteur des mois de septembre et de décembre (pour méditer sur l’Église souffrante).


Pratique :
Méditez Jésus sur la Croix, les souffrances qu'il a endurées pour nous : ses plaies s'écartant sous le poids de son corps, ses blessures, ses contusions, ses tuméfactions, sa peau en lambeau, sa chair brûlante frottant sur le bois, son corps en sang, ses membres désarticulés, ses yeux imbibés de sang, la suffocation lente de Notre Seigneur... (Reportez-vous à La Passion corporelle de Jésus expliquée par un chirurgien) puis, méditez les douleurs de Marie au pied de la Croix et la descente de croix du corps de Jésus. Priez le Seigneur de vous guider afin que vous preniez pleinement conscience de son Saint Sacrifice.


Conseil :
Faire une retraite de Saint Ignace de Loyola.




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