mardi 31 janvier 2017

Transport aérien des corps, voyages des âmes, pérégrinations animiques et bilocations (1/2)




Extrait de "Les hauts phénomènes de la magie" par le Chevalier Gougenot des Mousseaux :




TRANSPORT AÉRIEN DES CORPS, VOYAGES DES ÂMES, PÉRÉGRINATIONS ANIMIQUES ; DOUBLE PRÉSENCE DE L'HOMME, BICORPORÉITÉ, BILOCATIONS, ETC.



De l'animation de la matière inerte, et, par exemple, du mouvement des statues, l'esprit s'avance en droite ligne vers la possibilité du transport de la matière par des êtres invisibles à travers les champs de l'espace. La translation aérienne du corps humain, ou de corps d'un volume et d'un poids très-supérieurs à ceux de la personne humaine, ne sera donc plus rangée au nombre des rêves. On observera d'ailleurs que ce phénomène, essentiellement lié dans notre ouvrage à celui des voyages sabbatiques, se rattache par quelques points au mode trompeur de double présence que nous verrons s'effectuer par le fait du transport aérien des vivants. Mais le mot que nous avons à dire sur cette manière d'être, ou de sembler être à la fois en deux lieux différents, étant rejeté par nous assez avant dans le chapitre actuel, il nous faut rompre un instant l'enchaînement naturel des choses. Et puisqu'il fut admis de tout temps que c'est l'esprit qui meut les corps, occupons-nous, avant tout, de cette étrange faculté de l'esprit ; voyons ce que le phénomène des voyages animiques, nécessaire à l'intelligence de la double présence de nos personnes, contient de réel ou de spécieux.
Déjà nous avons plongé, ce semble, assez avant dans l'étude de la personne humaine, et sondé à de passables profondeurs les mystères de l'existence et de la formation du fantôme.
Cependant, le singulier phénomène des voyages réels ou apparents de l'âme hors du corps nous engage à porter une nouvelle attention sur ce problème ; nous chercherons ensuite ce dont notre corps et notre âme, s'ils ne possèdent aucun moyen suffisant de produire le fantôme, peuvent être redevables, en fait de manifestations fantasmatiques, au concours des purs esprits, à l'action des démons ou des anges, que l'homme avoisine de si près dans l'échelle des êtres créés. (...)
Et d'abord, puisque la première question qui se présente est celle des voyages animiques, l'âme saurait elle, sans que la vie se brise, se séparer du corps ? ou bien peut-elle, en suivant l'impulsion de ses facultés natives, voir et agir à de prodigieuses distances ? Les substances fluidiques du corps s'allongent-elles au loin pour la servir ? Est-il en elle de darder, de rayonner hors de son domicile organique, pour y rentrer et s'y replier, semblable en quelque sorte au corps élastique qui s'allonge et revient subitement sur lui-même ?
Portant la parole aux peuples de la terre qu'il avait pour mission d'enseigner, saint Paul, ce merveilleux révélateur, a dit, avec une autorité qui se passe de toute précaution de discours : « Je connais un homme en Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, au troisième ciel ; si ce fut avec son corps, ou sans son corps, je ne le sais, Dieu le sait. Et je sais que cet homme fut ravi dans le paradis, et qu'il y entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme de rapporter (Saint Paul, Cor., II, cap. xii, 2, 3, 4). »
Saint Paul a donc pensé que, grâce à l'action d'une influence miraculeuse, il ne serait point impossible à la personne humaine de se diviser en deux parties sans mourir ?
Oui, sans doute ; mais la formule dubitative dans laquelle se retranche sa pensée révèle à quel point cette exception doit être rare ; et nous devons dire, avec l'ensemble des docteurs enseignants : « Le corps ne peut être séparé de l'âme, ni dans l'extase naturelle, ni dans l'extase divine, encore qu'il soit certain que, par la volonté de Dieu, l'âme puisse quitter le corps pour y revenir. »
« L'extase diabolique, dit le Loyer, n'a pas tel pouvoir que de faire abstraction de l'âme hors le corps. » Ceux qui le soutiennent « se sont mis trop témérairement et à la volée en cette dispute ; il appert en ce qu'ils n'ont aucuns anciens docteurs approuvés de l'Église, de l'autorité desquels ils puissent appuyer leur dire. Ainsi, tout au rebours, ils sont combattus évidemment de leurs esprits. »
Imaginez quoi que ce soit au monde, affirmait Tertullien, plutôt que d'attribuer à l'âme la liberté de déserter son corps avant de mourir. Et si jamais pareil événement était affirmé, pensez que Dieu seul y a mis la main. Le corps dont l'âme se sépare un instant est mort. L'âme y retourne-t-elle pour l'animer ? Un tel miracle devient tout aussitôt une résurrection ; et c'est là ce que nous devons nous interdire de reconnaître dans les phénomènes inscrits au titre de la bilocation.
Quitter son corps pour y revenir, ainsi qu'on sort de sa maison pour y rentrer, ne serait-ce point, en effet, pour l'âme humaine, opérer le miracle que Jésus-Christ, dans sa toute-puissance, et afin de faire éclater sa divinité, n'accomplit qu'une seule et unique fois en sortant victorieux du tombeau ?
Que si pourtant nos oreilles s'ouvrent au prince de la philosophie du monde idolâtre, ce sera pour recueillir, dans une de ses anecdotes, une parole de guerre contre le sens des docteurs qui viennent de poser ces principes. Écoutons :
— Je ne sais quel Pamphilien fut laissé pendant dix jours au nombre des morts sur un champ de bataille. On allait placer son cadavre sur un bûcher lorsqu'il revint à la vie, et notre homme se prit aussitôt à raconter les merveilles dont il avait été témoin dans un voyage aux enfers (Socrate rapporte le fait : Rèpub. liv. x, Platon. Nous parlons en dehors des léthargies, des catalepsies ou autres accidents physiques analogues). — Les anciens croyaient donc à la possibilité de ces prodigieux voyages, et pour cause ! car d'étranges illusions les jetaient quelquefois hors des voies de la vérité sans que la doctrine catholique vînt au secours de leur raison, et leur donnât la clef si simple de leurs méprises. Cependant, longtemps après l'ère de Platon, l'un des prêtres ou initiateurs de Delphes, l'un des praticiens du magnétisme sacerdotal, l'illustre Plutarque prend la parole, et fait parvenir jusqu'à nos jours l'épisode si intéressant de Timarque.
Timarque est un jeune homme que la mort enlève à la fleur de l'âge. Initié d'abord à la philosophie antique et platonicienne, dont nous avons démontré les intimes liaisons avec la magie, il a voulu descendre dans l'antre de Trophoriius, afin de savoir de quelle nature était le génie de Socrate (Plutarque, Du démon de Socrate, — sur lequel M. Granier de Cassagnac fit paraître contre la pauvre et sceptique explication de M. le Dr Lélut, de l'Institut, deux fort remarquables articles dans le Constitutionnel du 13 et du 20 août 1856. Le retentissement de ces articles fut très-grand, et eut à Londres de singuliers commentaires), c'est-à-dire son démon. Prêtons l'oreille au récit de cette descente et du voyage animique qui la suit ; car une vérité, comme un malheur, n'arrive jamais seule, et la première que l'on parvient à saisir en amène une multitude à la suite. (...)
« Timarque nous communiqua son dessein à Cèbés et à moi, et il descendit dans l'antre de Trophonius, après avoir rempli toutes les cérémonies d'usage.
Il y passa deux nuits et un jour. Déjà on désespérait de le revoir, et ses parents pleuraient sa mort, lorsque tout à coup il reparut avec un air riant. Il nous dit que, dès qu'il fut descendu dans l'antre, il se trouva plongé dans d'épaisses ténèbres. Il fit sa prière au dieu et resta longtemps par terre, sans savoir s'il veillait ou s'il dormait. Mais il crut se sentir frappé à la tête, et ce coup fut suivi d'un bruit assez fort. Son crâne s'ouvrit dans les sutures, et son âme ayant quitté son corps, elle se vit avec plaisir dans un air pur et brillant. Sa taille s'accrut alors comme une voile qui est enflée par le vent. »
Ses regards se promenèrent d'abord sur la mer, et sur je ne sais quelles îles ; mais les ayant arrêtés « au-dessous de lui, il avait aperçu un autre gouffre de forme ronde, très profond, et d'un aspect horrible, toujours rempli d'une vapeur ténébreuse qui était sans cesse agitée et bouillonnante. On y entendait des cris affreux et des rugissements d'animaux, des vagissements d'enfants, des lamentations confuses d'hommes et de femmes, des bruits et des clameurs de toute espèce qui s'élevaient sourdement du fond de cet abîme. Après un certain espace de temps, quelqu'un qu'il ne voyait pas vint lui dire : Timarque, de quoi voulez-vous être instruit ? — De tout, répondit-il, car je ne vois rien ici qui ne soit merveilleux. — Nous n'avons, répliqua l'Esprit, que très-peu de commerce avec les régions supérieures ; elles sont l'apanage d'autres dieux ; mais, si vous le voulez, vous pouvez voir le partage de Proserpine. »
...Timarque regarde et dit : « Je ne vois qu'un grand nombre d'astres, qui s'agitent auprès de ce gouffre, dont les uns s'y plongent et les autres s'élancent au-dessus. — Ce sont, répliqua l'Esprit de l'antre de Trophonius, les génies que vous voyez sans les con naître, et je vais vous expliquer ce qui en est : Toute âme est raisonnable ; il n'en est point qui soit privée de raison et d'intelligence ; mais, par une suite de sa liaison intime avec un corps sujet aux passions, le plaisir et la douleur l'altèrent et la rendent animale. Toutes les âmes ne s'unissent pas aux corps de la même manière.
Les unes s'y plongent entièrement et flottent toute leur vie au gré des passions, dans un désordre général ; les autres ne s'y mêlent qu'en partie, et en séparant ce qu'elles ont de plus pur, qui, loin de se laisser entraîner par les sens, nage, pour ainsi dire, à la surface du corps, et ne touche qu'à la tête de l'homme. Tandis que ses autres facultés sont enfoncées dans le corps, cette portion plus pure plane au-dessus et y reste comme suspendue, tant que l'âme obéit à l'intelligence et ne se laisse pas vaincre par les passions. Ce qui est plongé dans le corps s'appelle âme ; et ce qui est exempt de corruption est nommé entendement par le vulgaire qui croit que cette faculté est au dedans de l'homme, comme si les objets étaient dans les miroirs qui les réfléchissent. Ceux qui jugent plus sainement sentent qu'il est en dehors d'eux, et l'appellent génie ou démon. »
« Pour ces astres qui vous paraissent s'éteindre, sachez que ce sont des âmes totalement plongées dans le corps ; et celles qui semblent se rallumer et prendre leur essor en secouant une espèce de brouillard épais, comme une fange qu'on rejette, ce sont les âmes qui, après la mort, reviennent du corps qu'elles animaient dans cette région.
Pour celles qui s'élèvent dans les régions supérieures, ce sont les génies, des hommes sages et prudents ; tâchez de voir le lien par lequel chacun d'eux est attaché à l'âme. — À ces mots, Timarque redoubla d'attention et considéra ces étoiles, dont les unes étaient plus agitées, les autres moins, comme on voit flotter sur la mer les morceaux de liège qui sont attachés aux filets, et dont quelques-uns tournent comme des fuseaux, parce que le poisson qui s'agite dans les filets les empêche de suivre un mouvement droit et égal. La voix lui dit alors que les étoiles qui avaient un cours droit et réglé étaient les âmes qu'une bonne éducation et les aliments convenables dont leur corps avait été nourri rendaient dociles au frein de la raison, et dont la partie animale, n'était ni trop terrestre ni trop sauvage. Celles qui erraient çà et là, emportées par un mouvement inégal et déréglé, comme des animaux qui se débattent dans les chaînes, étaient celles qui avaient à lutter contre des naturels rebelles et corrompus par une mauvaise éducation ; quelquefois elles parvenaient à les dompter, et leur faisaient suivre le droit chemin. »
« Car le lien qui les attache à l'âme est comme un frein qu'on a opposé à la partie animale ; et, quand la raison le tire, il produit le repentir des fautes que la passion a fait commettre, la honte des plaisirs illicites et immodérés, ou le remords de l'âme qui se sent réprimée par la partie supérieure, jusqu'à ce que, cédant enfin à ces châtiments, elle soit soumise et apprivoisée comme un animal bien docile, et que désormais, sans être frappée, sans éprouver aucune douleur, elle entende au premier signe les ordres de son démon. Celles qui ont été soumises et obéissantes à leur génie ou démon, depuis leur origine, forment la classe des prophètes et des hommes inspirés par les dieux. »
« De ce nombre était Hermodore de Clazomène, dont vous avez entendu dire que son âme se séparait de son corps, errait de tous côtés la nuit et le jour, et y rentrait après avoir été témoin de bien des choses qui s'étaient dites et faites fort loin de lui. Enfin il fut trahi par sa femme, et ses ennemis ayant saisi son corps, pendant que son âme en était séparée, ils le brûlèrent dans sa maison. Mais cette histoire n'est pas vraie ; son âme ne quittait pas son corps. Seulement, elle cédait quelquefois à son génie ou démon, et lâchant le lien qui l'attachait à lui, elle lui laissait le moyen de courir de côté et d'autre ; après quoi il venait lui rapporter ce qu'il avait vu et entendu au-dehors. Pour ceux qui brûlèrent son corps pendant qu'il dormait, ils en sont encore punis dans le Tartare.
Jeune homme, tu le sauras plus certainement dans trois mois ; maintenant, retire-toi. »
« Quand la voix eut cessé, Timarque se retourna pour voir qui lui avait parlé ; mais il sentit de nouveau un violent mal de tête, comme si on la lui eût fortement pressée, et il n'eut plus aucun discernement de ce qui s'était passé autour de lui. Revenu bientôt à lui-même, il se trouva dans l'antre de Trophonius, étendu à l'entrée comme il était auparavant. Tel fut le récit de Timarque, qui mourut trois mois après son retour à Athènes, comme la voix le lui avait prédit. Dans la surprise que sa mort nous causa, nous racontâmes sa vision à Socrate. »
Ce génie ou démon que Plutarque nous donne pour l'entendement humain, c'est-à-dire pour l'âme intellectuelle de l'homme, selon les croyances religieuses philosophiques et magiques des initiés de l'antiquité, se trouve donc être à la fois l'hôte de ceux qui, d'après les termes de l'Écriture, ont un Esprit de Python. Il est, sous ses différents aspects, l'Esprit inspirateur et auxiliaire des gens doués de la seconde vue, c'est-à-dire de la vue Socratique, ainsi que nos médiums. Il est le Férouer de la Perse, le Houen de la Chine ; il est celui que la Kabbale appelle le prince des corps, et surtout lorsqu'il se loge dans les cadavres où nous l'avons vu jouer quelquefois le rôle de principe vital. Enfin, dans les scènes du sabbat subjectif, et dans le mode de bilocation où le corps de celui que l'on croit voir présent en deux endroits différents demeure en place, il est celui qui se charge de lui apprendre, comme à Hermodore, ce qui se passe au loin ; il est le génie ou le démon qui peint les scènes lointaines dans le miroir imaginatif de ceux qui se figurent y assister.
Ce simple et important récit de Plutarque, le prêtre de Delphes, le philosophe, l'initié, nous donne donc à la fois et dans un seul mot la clef d'une multitude de mystères et d'erreurs. En dépouillant ce précieux métal de son oxyde, le catholicisme retrouve aussitôt quelques-unes de ses fermes et immuables croyances. Nous y songerons plus tard ; contentons-nous pour le moment d'interpréter le dieu qui dispose du fluide oraculaire de Delphes, et d'admettre, sous bénéfice d'inventaire, que l'âme, servie par le génie qui la gouverne, peut sembler agir à longue distance en relâchant le lien par lequel ce génie lui est attaché.... Remarquons d'ailleurs que, lorsque la personne humaine file et dévide ce câble fluidiforme (on sait que je réduis à néant les fluides merveilleux), le corps tombe dans la plus profonde torpeur de l'état magnétique. Mais avant d'interroger sérieusement la vérité sur ce point, changeons de pays, changeons d'époque, et ne craignons ni de perdre quelques-uns de nos pas, ni de causer à notre intelligence quelques sueurs.
Bodin, cet homme éminent dont les écrits affligèrent le christianisme, élève la voix au milieu du siècle de la Renaissance, et nous dit : « Hiérôme Cardan a laissé par écrit qu'il était par extase ravi hors du corps quand il voulait, sans qu'il demeurât aucun sentiment au corps (Démonomanie des sorciers, p. 244)....
Nous pourrions, entre autres, continue ce savant investigateur, rapporter l'histoire d'une sorcière « qui se frotta de graisse, puis tomba pasmée sans aucun sentiment, et trois heures après retourna en son corps, disant merveilles de plusieurs pays, qui furent avisées. »
De son côté, l'un des savants Pères du concile de Trente, l'archevêque d'Upsal, le primat de Scandinavie, Olaûs Magnus, n'hésite point à nous faire un récit d'une similitude assez frappante à celui de Bodin. Écoutons sa parole :
« Lorsque les Bothniciens veulent savoir dans quel état se trouve un de leurs amis ou de leurs ennemis, fût-il à cinq cents milles, ils ont recours à quelque Finlandais, à quelque Lapon, et le rémunèrent en lui donnant une arme, un vêtement, une bagatelle. Accompagné d'une seule personne, cet homme s'enferme, et vous le voyez, armant sa main d'un marteau, frapper d'un nombre de coups sacramentels soit une grenouille, soit un serpent d'airain placé sur une enclume. Il tourne, il retourne cet objet, et marmotte ses formules d'enchantement, jusqu'à ce que tout à coup renversé, tombant dans je ne sais quelle sorte d'extase, le voilà comme frappé de mort ! Oh ! que son compagnon s'attache aussitôt à le veiller d'un œil diligent et jaloux ; car la vie ne tient plus à ce corps que par un fil ! Qu'il le veille, et qu'il se garde bien de le laisser toucher par un être vivant, fût-ce par une mouche, un moucheron. C'est là, du reste, le moment critique où, grâce à la puissance du charme, son esprit conduit par un démon (Olaüs n'exprime point son opinion ; il rapporte la croyance vulgaire de ce pays peuplé d'idolâtres) s'occupe à écouter et à voir, puis à s'emparer d'un signe, d'un gage, d'un anneau, de je ne sais quel objet faisant foi de son excursion lointaine.
Bientôt cependant l'âme messagère rentre au corps de l'extatique, et en un moment il revient à lui ; vous l'entendez alors nommer à celui qui le paye l'objet qu'il rapporte en témoignage, et relater les circonstances de sa pérégrination aérienne.
Reprenant la parole, Bodin nous affirme avoir « appris, étant à Nantes en 1549, un jugement de sept sorciers qui dirent, en présence des juges, qu'ils rapporteraient des nouvelles, dedans une heure, de ce qui se ferait dix lieues à la ronde. Ils tombèrent tous pasmés et demeurèrent environ trois heures. Puis ils se relevèrent et rapportèrent ce qu'ils avoient vu en toute la ville de Nantes, et plus loin alentour, ayant remarqué les lieux, les actions, les personnes.
Et tout, sur-le-champ, fut avéré. On pourrait dire peut-être que l'âme n'est point ravie, et que ce n'est qu'une vision et illusion que le diable moyenne. » Dans ces cas où l'âme intellectuelle quitte le corps, « l'âme végétative, vitale et animale, demeure encore, bien que les sens, mouvement et raison soient déliés. »
Doué d'une perspicacité très-rare, et la main sur des faits qu'il recherche et qu'il analyse, Bodin se récrie d'ailleurs contre l'aberration d'esprit de quelques sceptiques qui se figurent que le transport aérien des sorciers ne peut jamais être qu'un effet d'imagination, et s'explique naturellement par l'extase. « Des expériences aussi fréquentes que mémorables montrent comme en plein jour et font toucher au doigt et à l'œil cette erreur. » Tel le transport de cet homme « de Losches, qui fut trouvé de son lit aux landes do Bordeaux, etc. » Mais cherchant la lumière à contresens des doctrines du catholicisme, il ajoute à propos des visions de l'âme qui semble se détacher du corps : « Cette vision peut être une vraie séparation, et les Hébrieux tiennent, en leur théologie secrète, que l'Ange fait ablation à Dieu de l'âme des élus par abstraction, — c'est-à-dire en la séparant du corps, — demeurant l'homme en vie!... Ce qu'il semble que Platon appelle mort plaisante. »
L'âme se séparer du corps sans briser la vie, oh non ! Rien de pareil ne fut jamais, s'écrie le célèbre démonologue Delrio. Ce sont là les contes sur lesquels les cabalistes avaient élevé l'édifice de leurs erreurs ; et le savant Bodin se laisse décevoir à la fausseté de ces doctrines ! Comment nous étonner, après une telle chute, si tant d'hommes superficiels prenant, de nos jours, en guise de démonstration les prestiges du magnétisme, dont les subtiles théories ont séduit leur intelligence, s'en vont donner tête haute et langue battante dans le même piège ! Comment nous émerveiller si de nombreux savants, illusionnés par les mirages et les perfidies de cet art, tranchent la difficulté dans le vif et contre le sens du catholicisme !
Hâtons-nous cependant de rentrer dans le monde du bon sens, où nous avons la certitude de rencontrer de Lancre, cet écrivain que M. de Gasparin lui-même appelle « un magistrat distingué et intègre ». Or, à la suite de ses longues et studieuses campagnes contre la sorcellerie, cet homme d'une rectitude d'intelligence si remarquable, séparant de la réalité des actes, et des prétendus voyages animiques des sorcières, la vérité des récits que leur bouche en avait transmise, écrivait : « Il n'y a homme si hébété qui ne sache qu'en ce que des sorcières confessent, il n'y ait bien souvent de l'illusion ! Mais aussi qu'en tout ce qu'on les accuse et qu'elles confessent, il n'y ait rien qu'illusion, que prestige et que songe sans réalité, c'est chose contre la vérité, contre l'évidence notoire, contre l'expérience. »
Leur corps gît dans un état de torpeur cadavérique, et leur âme semble s'en être éloignée pour voir ce qui se passe, pour se manifester par des apparitions, et pour agir au loin.
Que s'opère-t-il donc alors à ce sujet, et comment s'expliquer ce phénomène, puisque, si fréquemment, « les enfants que les sorcières confessent avoir tués se trouvent suffoqués, écrasés ou égratignés... ; puisque, le déterrement des enfants inhumés et le violement de la religion et piété des sépulcres se connait et manifeste parce que les corps tirés des sépulcres ne se trouvent plus en leurs cercueils ; puisque, enfin, les pièces et lambeaux de leur habillement et suaire, — dont elles confessent avoir fait présent au diable pour arrhes de leur service, — sont reconnues manquer au même endroit qu'elles récitent. » (...)
Or si les sorcières, que l'on gardait à vue, ne peuvent avoir l'âme séparée dû corps ; si leur présence ne peut se réaliser à la fois en deux lieux différents, il y a donc, dans l'une des deux localités, un Esprit opérant pour elles, un Esprit quelquefois revêtu d'un corps afin de les représenter ; un Esprit imprimant à ces femmes un sentiment si fort et si vif de ses propres actes, qu'elles s'imaginent, sous l'influence de ces impressions, les accomplir en personne. »
Et quoi d'étrange, en vérité, dans la conviction de ces femmes qui se figurent voyager et agir au moment où la plus magnétique des torpeurs a roidi leurs membres ! Quelqu'un étudia-t-il jamais la nature angélique sans rester émerveillé de la vigueur et de l'art avec lesquels le prince du mensonge et des illusions sait peindre et représenter à l'âme ce que l'âme s'imagine voir en réalité dans les lieux qu'elle se figure parcourir ?
Le fait suivant m'est rapporté par le R. P. Palgrave, ancien officier de cipayes aux Grandes-Indes, jésuite, missionnaire dans l'Arabie Heureuse et dans la Syrie, homme d'une vive intelligence, témoin de plusieurs faits merveilleux, et qui toucha barre à Paris, où je le rencontrai dans les premiers mois de l'an 1864. Il tient ce récit d'une famille amie qu'elle intéresse ; gens aussi positifs que sensés, et qui lui en affirmèrent l'incontestable exactitude.
Un officier de l'armée anglaise ayant pris son congé dans l'intention de revenir des Grandes-Indes, en l'année 1830, tenailla mer depuis une quinzaine de jours, lorsque, abordant le capitaine, il lui dit : « Vous avez donc à bord un inconnu que vous cachez ? — Mais, vous plaisantez ? — Non, je l'ai vu, parfaitement vu ; mais il ne reparaît plus. — Que voulez-vous dire ? expliquez-vous. — Soit. J'étais sur le point de me coucher, lorsque je vis un étranger s'introduire dans le salon, y faire sa ronde, aller de cabine en cabine, les ouvrir et les quitter en faisant de la tête un signe négatif. Ayant écarté le rideau de la mienne, il y regarda, me vit, et je n'étais point celui qu'il cherchait ; il s'éloigna doucement et disparut. — Bah ! mais enfin quels étaient le costume, l'âge, le signalement de votre inconnu ? — L'officier le décrivit avec une minutieuse exactitude. — Ah ! Dieu me garde ! s'écria le capitaine, si ce que vous dites n'était absurde, ce serait mon père, ce ne pourrait être un autre!.... » Et la traversée s'accomplit. Puis le capitaine revint en Angleterre, où il apprit que son père avait cessé de vivre, et que la date de sa mort se trouvait postérieure au jour de l'apparition ; mais que ce jour même, et à l'heure de l'apparition, étant malade, il avait eu le délire. Or, les personnes de la famille qui l'avaient veillé dirent au R. P. Palgrave, mon narrateur: « Dans son transport, il s'écriait : — D'où pensez-vous que je revienne ? Eh bien, j'ai traversé la mer ; je viens de visiter le vaisseau de mon fils, j'ai fait le tour des cabines, je les ai toutes ouvertes, et je ne l'ai vu dans aucune. »
L'âme de ce visiteur avait-elle quitté le corps pour y revenir ? Le lecteur édifié répondra tout à l'heure à cette question. Ou bien, l'âme avait-elle emporté le corps ? Mais on ne l'avait point perdu de vue pendant le temps que dura sa visite. Saint Thomas d'Aquin répondrait d'ailleurs à cette supposition : « La puissance motrice de l'âme est renfermée dans le corps auquel elle est unie (Somme, q. 110, art. 3). » Là donc où séjourne le corps, elle est rivée.
Laissons maintenant un rapide coup d'aile nous transporter au cœur de l'Amérique septentrionale, cette région babélique où le protestantisme agonise dans les crises déchirantes de son triomphe, c'est-à-dire où il succombe épuisé sous le coup des divisions incessantes et des grotesques métamorphoses qui naissent et découlent de son principe. Le terrain nous y est favorable, car la pulvérisation de la religion déformée y a merveilleusement disposé cette immense portion du globe aux prodiges et aux prodigieux enseignements qu'enfante et développe à mesure qu'il progresse le spiritualisme magnétique, notre fréquent auxiliaire. Et là, de toutes parts, les plus hautes illustrations de la politique, de la magistrature et de la science, ont confirmé de leur témoignage l'éclosion de ce nouvel ordre de merveilles. (...)
« Un jour, nous affirme M. Cuyler, d'Halcyondale (État de Géorgie), il m'arriva d'appeler les lettres de l'alphabet. Une voix me dit : Sors et reviens ; j'obéis. À mon retour, je trouvai un morceau de papier couvert d'écriture ; je le pris, et à ce moment, je sentis la présence de l'Esprit. J'éprouvai d'étranges sensations. Des coups furent frappés avec force sur la table, sur le parquet, au plafond, sur la fenêtre ; j'entendis un craquement de mâts de navires et le mugissement du canon. Je lus alors le papier, sur lequel étaient écrits ces mots : Dieu est Dieu, et je suis avec toi.
Mes cheveux se hérissèrent ; il me sembla qu'une tempête se déchaînait ; j'appelai à grands cris mon domestique qui dormait. Il accourut, entendit ces bruits et fut consterné. Il tomba à genoux et se mit en prière. Mon chien entra et fut enlevé à une hauteur de cinq pieds (Effet d'imagination ? Hallucination canine ?), puis lancé hors de la chambre avec une force capable de le tuer. Il resta gisant sur le parquet, et immobile pendant le laps de dix minutes. »
« Un peu plus tard, et de nuit, je demandai à l'Esprit : Veux-tu m'envoyer l'Esprit de ma cousine Susanne Jones, qui demeure à une distance de deux cents milles ? (La réponse fut affirmative.) — A quelle heure ? — À onze heures. »
« Je me couchai pour reposer un moment. Au bout de trois minutes, je vis l'ombre d'une personne qui se mouvait sur le parquet. J'éprouvai une sensation électrique ; je tremblais et je me levai. Devant moi se tenait debout une jeune et belle fille ; ce n'était pas ma cousine. Elle me dit qu'elle ne pouvait faire venir celle-ci. Je la regardai fixement. Je crus voir dans ses yeux le regard et l'expression de ma cousine absente. Je suis persuadé que son Esprit était dans cette femme, et poussé par la force magnétique à me faire une visite (son esprit, son âme animale, son houen, son simulacre raisonnant et parlant comme le simulacre d'Homère, etc.). »
«Une autre fois, je demandai qu'on m'envoyât l'Esprit de Marthe ***. Il fut répondu par l'affirmative, et l'on m'indiqua quatre heures du matin. Je me mis au lit. Après minuit, je rêvai que j'étais dans une ville ancienne. Un train de chemin de fer était prêt à partir ; une foule d'hommes et de femmes entraînaient Marthe de force. Ils l'enlevaient pour la mettre dans un wagon au moment où j'arrivais. Dès qu'elle m'aperçut, elle jeta des cris de joie et me dit : Sauvez-moi ; accourez et protégez-moi contre ces méchantes gens. »
« J'approchai en toute hâte ; mais les wagons s'éloignèrent avant que je pusse atteindre Marthe. Elle parvint à s'échapper, et, à ce moment, je me réveillai. Je sentis alors une vive sensation de brûlure à la paume de la main gauche, et je fus persuadé que c'était dû à l'Esprit de Marthe, dont la visite m'avait été promise pour quatre heures. Elle dormait chez elle, mais son Esprit était ici. Et, pour preuve, j'en tendis des coups violents et répétés sur les murs et sur le parquet ; le bruit d'une tempête au-dehors, et des voix confuses. En ce moment mon chien entra en courant et s'élança sur mon lit ; mais une main puissante et invisible le jeta à une distance de dix pieds. Ma couverture fut soulevée ; la sensation de brûlure à la paume de la main devint plus vive ; puis, soudain, ma fenêtre s'ouvrit, et la voix de Marthe s'écria : Bien ! je suis ici. »
« Je me levai, je m'habillai, et j'entendis une musique délicieuse. Enfin, j'écris mon récit par ordre, et sous l'influence de l'Esprit qui meut ma main, et fait entendre une foule de bruits (Journal du magnétisme, auquel collaborent de nombreux docteurs en médecine, n° 195, 10 sept. 1854, p. 558. Lire tout cet article, intitulé Faits et expériences, premier alinéa : Les esprits..., signé Dupotet, et l'article entier de M. A. J. Morin. Un concert est donné devant vingt-cinq personnes environ, par la main subitement visible d'un corps invisible qui parcourt l'appartement, etc., etc. La relation se termine par ces mots du narrateur : “Tels sont les faits dont j'ai été témoin. Aucune disposition d'esprit particulière n'est exigée de ceux qui y assistent. Croyants et sceptiques sont également bien venus, etc.”). » Que si ces deux exemples du genre ne nous suffisent point, veuillons en accepter un troisième ; il en est des milliers !
Sir Robert Bruce, de l'illustre famille écossaise de ce nom, est le second d'un bâtiment ; un jour il vogue près de Terre-Neuve, et se livrant à des calculs, il croit voir son capitaine assis à son pupitre ; mais il regarde avec attention, et celui qu'il aperçoit est un étranger dont le regard froidement arrêté sur lui l'étonne. — Le capitaine, près duquel il remonte, s'aperçoit de son étonnement et l'interroge. — Mais qui donc est à votre pupitre ? lui dit Bruce. — Personne. — Si, il y a quelqu'un, est-ce un étranger... et comment ? — Vous rêvez ou vous raillez? — Nullement ; veuillez descendre et venir voir. — On descend, et personne n'est assis devant le pupitre. Le navire est fouillé dans tous les sens ; il ne s'y rencontre aucun étranger. — Cependant celui que j'ai vu écrivait sur votre ardoise. — Son écriture doit y être restée, dit le capitaine. — On regarde l'ardoise, elle porte ces mots : Steer to the north-west, c'est-à-dire : Gouvernez au nord-ouest. — Mais cette écriture est de vous, ou de quelqu'un du bord ? — Non. — Chacun est prié d'écrire la même phrase, et nulle écriture ne ressemble à celle de l'ardoise. — Eh bien, obéissons au sens de ces mots ; gouvernez le navire au nord-ouest ; le vent est bon et permet de tenter l'expérience. — Trois heures après la vigie signalait une montagne de glace et voyait, y attenant, un vaisseau de Québec, démantelé, couvert de monde, cinglant vers Liverpool, et dont les passagers furent amenés par les chaloupes du bâtiment de Bruce.
Au moment où l'un de ces hommes gravissait le flanc du vaisseau libérateur, Bruce tressaillit et recula, fortement ému. C'était l'étranger qu'il avait vu traçant les paroles de l'ardoise. Il raconte à son capitaine le nouvel incident. — Veuillez écrire « Steer to the north-west » sur cette ardoise, dit au nouveau venu le capitaine, lui présentant le côté que ne recouvre aucune écriture. — L'étranger trace les mots demandés. — Bien ; vous reconnaissez là votre main courante, dit le capitaine frappé de l'identité des écritures.
— Mais vous m'avez vu vous-même écrire ; vous serait-il possible d'en douter ? — Pour toute réponse, le capitaine retourne l'ardoise, et l'étranger reste confondu, voyant des deux côtés sa propre écriture.
— Auriez-vous rêvé que vous écriviez sur cette ardoise, dit à celui qui vient d'écrire le capitaine du vaisseau naufragé ? — Non, du moins je n'en ai nul souvenir. — Mais que faisait à midi ce passager ? demande à son confrère le capitaine sauveur. — Étant très fatigué, ce passager s'endormit profondément, et, autant qu'il m'en souvient, ce fut quelque temps avant midi. Une heure au plus après, il s'éveilla et me dit : Capitaine, nous serons sauvés aujourd'hui même ! ajoutant : J'ai rêvé que j'étais à bord d'un vaisseau et qu'il venait à notre secours. Il dépeignit le bâtiment et son gréement ; et ce fut, à notre grande surprise, lorsque vous cinglâtes vers nous que nous reconnûmes l'exactitude de sa description.
Enfin ce passager dit à son tour : — Ce qui me semble étrange, c'est que ce que je vois ici me paraît familier, et cependant je n'y suis jamais venu !
Ainsi donc, d'après le témoignage des magnétistes et des spirites, le corps d'une personne étant absent, son Esprit se dit présent, agit et obéit à l'appel d'autrui. Ainsi l'une de ces prétendues âmes séparées vient de prêter à un fantôme la physionomie de l'âme qu'elle anime au loin, et l'œil l'y reconnaît ! Ainsi des signes sensibles de présence sont donnés par une jeune fille absente, et dont la parole frappe l'oreille habituée au timbre de sa voix ; ainsi l'homme qui, pour la première fois, pose le pied sur un vaisseau qu'il décrit sans l'avoir vu, s'étonne d'y trouver, en abordant, l'écriture providentielle qu'il y a tracée !...
Cependant, à la suite des précédentes études et des autorités que, sous l'égide de la simple raison, nous allons continuer de mettre en ligne, nous devons reconnaître, après avoir fait justice dans nos ouvrages antérieurs de l'existence des fluides magiques, que nul lien fluidique ou spirituo corporel n'attache l'âme au corps ; que la séparation de l'âme et du corps, ou des deux parties de l'homme vivant, c'est la mort, ou ce n'est qu'un rêve ; que dans aucun cas acceptable, ne fût-ce que pour le plus rapide des instants, cette séparation suivie du rapatriement des séparés ne saurait s'accomplir sans être le plus signalé des miracles : car une résurrection ne serait rien de plus ! Et ce langage n'est point seulement celui de la théologie ; il est le langage du simple bon sens. De tels prodiges ne seront donc loyalement proclamés dans les voies de la science que par ces hommes légers qu'une aveugle confiance emporte maniaquement à juger et à conclure au gré de leur fantaisie. Plaignons ceux dont la folle habitude est de postillonner, un bandeau sur les yeux, à la recherche du vrai, et de faire grand tapage sur les routes en annonçant devant eux l'Évidence, dont les précurseurs se reconnaissent à de si différentes allures.
Mais si, durant le cours de cette vie terrestre, l'âme humaine ne voyage point encore sans rester liée au fardeau corporel des organes, rendons sensible par un exemple que se disputent la légende et la science, l'opinion qui veut que, dans les cas où ces sortes de voyages semblent se rapporter à des faits de bilocation, l'une de nos deux personnes apparentes soit un Esprit revêtu d'un corps modelé sur l'image du nôtre (voir en Théol., saint Thomas d'Aq., Som., q.51, art. 2. — Schram, ci-dessus, etc.).
Le célèbre médecin Jean Wier est l'homme de son siècle qui combattit avec le plus d'ardeur et de passion l'aveugle croyance à la sorcellerie. Nul plus que cet opiniâtre docteur ne s'efforça de restreindre le domaine du surnaturel ; et, cependant, lorsqu'il examine le phénomène étrange qui nous occupe, nous le voyons tomber d'accord avec Molitor, sagace expert à la patience duquel nous devons sur la sorcellerie une enquête aussi précieuse que rare. Nous renforcerons d'ailleurs, par des faits d'une authenticité parfaite, l'anecdote qu'à titre d'exemple connu nous empruntons à ce défiant critique.
Saint Germain, évêque d'Auxerre, était un certain jour en voyage. Se trouvant, de rencontre, à la nuit tombante dans une hôtellerie de Savoie, il vit avec surprise remettre devant lui nappe sur table, après le plein achèvement du souper. — Qu'est-ce donc à dire, hôtelière ? — Ce n'est rien, ô mon Dieu, rien qu'un second souper pour ces bons hommes et ces bonnes femmes qui voyagent en l'air et volent de nuit ! — Le saint, tout aussitôt, de donner l'ordre aux personnes de sa suite de veiller les yeux bien ouverts. Il parlait encore qu'une troupe arriva d'hommes et de femmes, « lesquels se mirent à table, et auxquels il enchargea de ne desplacer. Puis, demandant à ceux de la maison qui estoient tout estonnés, s'ils cognoissoient aucuns de la troupe, on lui respondit que c'étoient des voisins et voisines », c'est-à-dire les visages du monde les mieux connus. Sur cette réponse, saint Germain fit à l'instant même visiter leur maison, où « l'on les trouva endormis. Et ainsi, il conjura tous ceux qui estoient dans la taverne, lesquels confessèrent qu'ils estoient diables. » Or, ajoute Jean Wier, « voilà comment Simon le magicien estoit au conclave de Néron, et en même temps parloit au peuple : » ce Simon le mage, que les Samaritains émerveillés appelaient, du temps même des apôtres, « la grande vertu de Dieu. » Des Esprits représentaient donc en un lieu les trompeuses images de ces sortes de gens, tandis que leur personne était ailleurs !
Ainsi d'ailleurs nous parle du haut de son expérience le docte Ulric Molitor. Dans les circonstances fréquentes où ces sortes d'apparitions viennent nous surprendre, ce n'est point l'âme des gens qui se détache de leur corps pour frapper nos sens ; « c'est leur image qui se manifeste à nous, représentée par l'entremise du démon. » Voilà tout le mot de l'énigme ! Voilà ce que l'expérience, la science et la raison s'accordent à soutenir contre ceux qui prennent leur imagination pour guide, et leurs illusions pour preuves.








Reportez-vous à Transport aérien des corps, voyages des âmes, pérégrinations animiques et bilocations (2/2), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Les murs ont des oreilles ou les démons espions, La réalité des apparitions démoniaques, Culte de la pierre, de l'arbre et de la source (1/4), Quand les dieux du paganisme avouent qu'ils ne sont que des démons, Histoire religieuse des deux cités, La communication de Satan avec l'homme, La religion a été et sera toujours l'âme de la société, Les princes de la Cité du Mal, Le Roi de la Cité du Mal, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Satan veut déformer l'homme afin d'effacer en lui l'image de Dieu, Par quelles armes battre le Tentateur ?, Et le Dragon persécuta la femme qui enfanta le fils, Traité de l'Enfer de Sainte Françoise Romaine, L'existence du surnaturel et du surhumain, Les pièges du Diable, Inimitiés entre les enfants de Marie et les esclaves du Diable, Prière pour casser toute magie et affaiblir les forces sataniques, Phénomènes possibles en cas de possession démoniaque, Prières à dire en temps de maladies ou de calamités, Les Anges, princes et gouverneurs de la grande Cité du bien, Médiums et faux exorcistes : disciples de Satan, Méditation transcendantale, hypnose et forces démoniaques et Interprétation des rêves : mise en garde.

















lundi 30 janvier 2017

Culte de la pierre, de l'arbre, et de la source : traditions et origines magiques de ces dieux (4/4)




Extrait de "Les hauts phénomènes de la magie" par le Chevalier Gougenot des Mousseaux :




CULTE DE LA PIERRE, DE L'ARBRE, ET DE LA SOURCE ; PIERRES-DIEUX, ARBRES-DIEUX, SOURCES DIVINES ; TRADITIONS ET ORIGINES MAGIQUES DE CES DIEUX



Auriez-vous encore des doutes sur
l'origine de ces faux dieux ? Ici Shiva
(observez les détails d'allégeance au serpent).
Source
Champollion le jeune, ainsi que nous le redit Champollion-Figeac, tient pour indubitable l'authenticité générale des livres hermétiques ; ce qui nous permet de laisser leurs feuilles se dérouler et nous parler : « — Qui donc es-tu ? dit Thot, c'est-à-dire Hermès Trismégiste, à Pimander, être d'une stature démesurée, qui lui apparaît et l'interpelle. — Je suis la pensée de la puissance divine ; dis-moi ce que tu désires, je serai en tout à ton aide. — Je désire apprendre la nature des choses qui sont, et connaître Dieu, reprend Hermès ; puis il ajoute : ...M'ayant ainsi parlé, Pimander changea de forme et me révéla tout. J'avais alors devant les yeux un spectacle prodigieux : tout s'était converti en lumière ; j'étais saisi de ravissement. Peu après, une ombre effroyable, qui se terminait en obliques replis (Egypte, collect. F. Didot, Champollion-Figeac, p. 139, 140, 441, in-8°, Paris, 1847. Voilà Pimander Dieu lumière et serpent !), et se revêtait d'une nature humide, s'agitait avec, un fracas terrible.
Une fumée s'en échappait avec bruit ; une voix sortait de ce bruit ; elle me semblait être la voix de la lumière, et le verbe sortit de cette voix de la lumière. Instruit par ce verbe effroyable, spectre humide, fumée et serpent, Trismégiste s'adressant à Asclépias (Esculape) : — Sache donc, lui dit-il, quelle est la puissance, quelle est la force humaine.
Car, de même que le Seigneur est le père des dieux célestes, ainsi l'homme est-il l'artisan des dieux qui résident dans les temples, et qui se plaisent dans le voisinage des mortels.
Fidèle à sa nature et à son origine, l'humanité persévère dans cette imitation de la divinité ; et si le Père et le Seigneur a fait à sa ressemblance les dieux éternels, l'humanité fait ses dieux à sa propre ressemblance. — Ne serait-ce point des statues que tu parles, ô Trismégiste ? — À coup sûr, Asclépias, et quelle que soit ta défiance, ne vois-tu pas que ces statues sont douées de sens, qu'elles sont animées d'esprit, et qu'elles opèrent une foule de prodiges ? Comment donc méconnaître leur prescience de l'avenir, puisqu'elles le révèlent par la voie des sortilèges, par la bouche des devins et par les visions ? Ne les voit-on pas atteindre et frapper l'homme par des maladies, ou le guérir ? Ne sais-tu pas que l'Égypte est l'image du ciel, le miroir des évolutions du ciel, ou plutôt le temple de l'univers ? Un temps viendra pourtant où l'on reconnaîtra que vainement l'Égypte a honoré d'un culte fidèle la divinité ! Leurs plus saintes cérémonies tomberont dans l'abjection et dans l'oubli !... »
« Hermès, dit saint Augustin qui rapporte ce passage, semble prédire le tempe où la religion chrétienne puisera dans sa vérité et sa sainteté cette puissance qui ruine les mensonges de l'idolâtrie et de la magie ; mais il parle en homme séduit par les prestiges des démons (Cité de Dieu, liv. VIII, chap. 23. — Trismégiste sait que « les démons sont partout en ce monde, et qu'aucun lieu n'est exempt de leur présence ». Il dit que « les uns tirent de Dieu leurs lumières, ou que, s'infusant dans l'homme, ils le poussent à l'homicide, à l'adultère, au sacrilège et à tous les crimes. » Pimander, Trism., chap. ix. id., Asclép., chap. ix). » — « Écoutez, reprend Hermès, quoi qu'on essaye de publier à la gloire de l'homme, c'est une merveille au-dessus de toute merveille qu'il ait pu inventer et créer une divinité... Il est vrai que l'incrédulité de nos ancêtres s'égara, et qu'ils tombèrent dans de profondes erreurs au sujet de l'essence et de la condition des dieux, car ils délaissèrent le culte du Dieu véritable. Cependant, c'est en s'acheminant dans cette voie ténébreuse qu'ils ont trouvé l'art de se faire des dieux. Impuissants à créer des âmes, ils ont évoqué celles des démons ou des anges pour les introduire dans les statues consacrées, et pour les rendre présentes aux mystères, afin de communiquer par elles aux idoles la faculté de bien faire ou de nuire. »
« Je ne sais, reprend saint Augustin, si les démons eux-mêmes, étant conjurés, en confesseraient autant que cet homme ! ... En vérité, n'est-ce pas la puissante volonté de Dieu qui le contraint à dévoiler l'antique erreur de ses pères !... »
Mais, bien que se constituant le fabricateur de ces dieux qui sont les princes des arts magiques, l'homme n'en était pas moins possédé par son ouvrage. — En les adorant, il entrait en vaniteux subalterne dans la société, non de stupides idoles, mais de perfides démons. Que sont en effet les idoles, sinon des objets qui, suivant la parole de l'Écriture, ont des oreilles pour être sourdes, et des yeux pour ne point voir ?
Mais les esprits immondes, liés à ces statues par cet art criminel, et engageant dans leur société les âmes de leurs adorateurs, les avaient réduites à une misérable servitude, dont le salaire se payait en saturnales qui, trompant l'esclave par quelques heures de fausse puissance, lui mettaient à la bouche ce cri de l'orgueil aveuglé : Je commande au maître !
Que si les arts magiques donnaient à l'homme, et tout juste en mesure suffisante pour le décevoir, la puissance d'enchaîner les Esprits (voir en cet ouvrage la bulle de Sixte-Quint, des esprits liés à des bagues ou à d'autres objets), d'animer la pierre ou le bois des statues, de leur arracher des oracles, ou de contraindre à prophétiser les dieux ou les médiums de l'Égypte, bêtes ou plantes, serpents et crocodiles, bœufs et chats, oignons et carottes ; que si cette puissance démoniaque, descendue des hauteurs de l'âge antédiluvien, avait éclaté dès le temps des premiers héritiers de Cham, en Égypte ; que si, sans s'affaiblir en se laissant aller au fil des siècles, elle avait fleuri dans le monde entier ; que si elle régnait encore à Rome à l'époque de Tertullien, rapportant parmi les phénomènes sur lesquels s'était blasé le vulgaire, les oracles rendus par les trépieds, les tables et les chèvres ; de quoi nous étonner si, traversant le moyen âge et les temps de la renaissance, cette force intelligente parvint jusqu'à nos jours tantôt languissante, demi-morte et honnie, tantôt reprenant vigueur et glorifiée, selon qu'il lui importait de s'effacer ou de resplendir ? Mais revenons à nos statues animées et divines, ne nous écartons point prématurément d'un sujet d'une telle importance, et, nous laissant glisser le long des siècles d'Hermès à Porphyre, jugeons par la durée subsistante encore de la croyance à l'animation des simulacres, quelle en fut la force et l'expansion.
Il n'y a point à s'étonner, dit le philosophe Porphyre, prenant en pitié l'imbécillité des incrédules, si les hommes les plus grossiers ne voient dans les statues que des pierres et du bois. Ainsi ceux qui n'ont point la connaissance des lettres n'aperçoivent-ils que la pierre dans les stèles chargées d'inscriptions, et que le tissu du papyrus dans les livres. Mais les dieux qui habitent ces statues savent se manifester au besoin. Saint Athanase dit donc avec raison que la pierre et le bois séduisaient les hommes qui les adoraient, grâce aux prestiges des démons qui s'en étaient emparés !

(...)

Ni saint Augustin ni Lactance n'hésitent à nous entretenir de ces statues parlantes, oraculaires, prestigieuses, qui ne sont qu'une des preuves sans cesse répétées des facultés et de l'astuce des démons appliqués à perdre la race des hommes, en se substituant au culte du vrai Dieu. « S'appliquant sans relâche à accabler les hommes de maux sans nombre, ils trompent ces âmes faibles et insensées, dit Eusèbe , par les mouvements qu'ils ont imprimés aux statues des hommes morts, consacrées par les générations antérieures, et offertes à leur vénération ; ils les ont égarés par les oracles qu'ils ont rendus et par les guérisons de maladies dont ils avaient préalablement frappé leurs corps ; ils les ont fascinés au point de se faire prendre tantôt pour de véritables dieux, et tantôt pour les âmes des héros déifiés !
C'est ainsi que le culte d'une multitude de dieux se revêtit de grandeur et de dignité aux yeux des peuples, qui transportèrent leur pensée des objets visibles aux êtres invisibles que recelaient les statues ! Que dire, en effet, devant cette Hécate à laquelle nous conduit Eunape, et dont le visage accueille nos prières par un sourire, tandis que les flambeaux de son temple s'allument d'eux-mêmes ?
Et que dire encore devant la statue d'Apollon ? Regardez : la voilà qui se sent en veine de rendre des oracles.
Elle se remue, elle s'agite sur son piédestal, et ses pontifes accourent pour la porter ; sinon, la sueur ruisselle sur son corps, et d'elle-même elle s'avance. Ils la chargent sur leurs épaules, et leur mouvement perd aussitôt sa liberté ; car elle les force à marcher tantôt à droite et tantôt à gauche.
Le grand prêtre se présente et l'interroge ; mais elle les emporte en arrière, ce qui signifie qu'elle se refuse à leurs vœux. Non, rassurons-nous, la voici qui se ravise et qui les pousse en avant ; elle se montre donc favorable, car c'est ainsi qu'elle rend ses oracles, et nulle affaire profane ou sacrée n'est entreprise sans que le dieu soit consulté d'après ce rite, qui rend sensible l'action divine. »
Or, pense-t-on que des faits de cette publicité, de cette fréquence et de cette durée, se prêtent aux folles complaisances de l'histoire et à la fourberie de tous les témoins ? Et quiconque étudia sur le vif nos tables parlantes, nos guéridons, nos meubles oraculaires ou pythonisés, ne fut-il pas témoin de phénomènes analogues ? Phénomènes où les illusions que le démon s'exerce à produire ont, comme dans les lieux sacrés des anciens, des procédés « semblables aux amusements des enfants », ainsi que l'écrivait à Julien un des Pères de l'Église.
Des statues animées étaient les dieux de certains Lapons ; et le Loyer, qui nous les décrit, explique le phénomène du mouvement de ces idoles dans des termes d'une concordance trop parfaite avec ceux des grands docteurs de l'Église, pour que sa naïve peinture, et sa droite raison, ne prêtent point quelque force à nos pages.
« Les Pilappiens, — ou Lapons, — dit Gaspard Peucère, vivent de venaison et de pesche. Quand ils alloient, devant leur christianisme, chasser ou pescher, ils conjuroient leurs dieux et taschoient de les faire mouvoir de leurs lieux. Si leurs dieux les suivoient, c'estoit un signe qu'ils leur promettoient un bon succès dans leurs affaires. S'ils résistoient ou ne suivoient qu'à peine, c'estoit un signe que tout ne succéderoit pas bien. Et s'ils ne vouloient aucunement mouvoir de leur lieu, c'estoit alors que les Pilappiens conjecturoient qu'ils estoient faschés contre eux, et les apaisoient de sacrifices et autres cérémonies que Peucère récite. Que ces dieux estoient des idoles et statues, il n'en faut point douter ; et, néanmoins, par enchantements, les Pilappiens pouvoient les rendre mobiles par la force du diable qui y opéroit. Que si le diable opère en une idole massive et la peut mouvoir, pourquoi ne pourra-t-il pas aussitôt ouvrer et besongner en un corps, monstrant ses fonctions par iceluy ? Et quant à l'histoire de ces dieux, ne fait-elle pas croire estre véritable ce que les historiens romains disent estre advenu après la prise de Véïes. »
Lorsque Fleury s'accorde avec l'illustre médecin joséphiste de Haën, qui le nomme le plus sage et le plus exact des historiens ; lorsqu'il nous rappelle le fait d'une statue renversée par un démon qui possédait un jeune homme, d'après l'ordre que le mage Apollonius intime à ce mauvais esprit de se dessaisir de sa proie et de donner ce signe de son départ, le démon qui renversa cette statue n'eût-il pu tout aussi facilement la mouvoir, la faire marcher et parler ?
Que s'il nous plaît de nous transporter dans les Indes, pays où fleurissent les arts magiques, toute bouche s'ouvrira pour nous apprendre l'arrivée de deux statues miraculeuses de Bouddha, qui jadis avaient converti le royaume de Koustana.
L'une était venue du Kachmire par les airs, à la prière d'un ancien roi qui était allé au-devant d'elle à la tête de son armée. La statue avait suivi le monarque pendant quelque temps ; mais parvenue à la ville de Po-Kia-I, elle s'était arrêtée. Ce fut alors en vain que le roi joignit ses efforts à ceux de ses soldats pour la transporter ailleurs ; car nulle puissance humaine ne put la faire remuer de sa place. La seconde de ces statues s'était placée d'elle-même sur un trône disposé pour la recevoir, etc.. Quelques-uns des simulacres de ce pays possédaient des vertus miraculeuses. L'un d'eux passait pour opérer des cures infaillibles.
Le malade collait une feuille d'or à l'endroit du corps où se faisait sentir la souffrance, et sa guérison était immédiate.
En Amérique, le magicien Ahcunal étant devenu roi d'Uxmal, le dieu qui l'avait protégé pendant la sage période de son règne, Kiné-Ahau, s'irrita de ses débordements. Une nuit donc, un grand bruit se fit entendre dans son temple, et, le lendemain, les prêtres publièrent que la statue du dieu avait disparu. Le superbe monarque, loin de fléchir, fit faire une statue d'argile et l'enferma dans une fournaise ardente. Elle y resta plusieurs nuits au milieu des flammes, puis s'anima tout à coup au temps marqué par le monarque ; et le peuple, à cette vue, tombant la face contre terre, l'adora ; Ahcunal avait forcé l'esprit du mal à entrer dans le nouveau dieu de terre ; mais, par un autre prodige, il se fit que tous les dieux d'Uxmal disparurent.
Aussi ces adorateurs suivaient-ils, au besoin, l'exemple des Phéniciens, les ancêtres de leur culte, en tenant leurs dieux à la chaîne, comme des chiens de garde, et en les confiant à l'œil des geôliers. Un édifice des plus curieux par sa destination était donc, au Mexique, la prison des dieux, et l'on y enfermait les idoles des peuples vaincus, chacun sachant que, tant que ces divinités resteraient captives, elles ne pourraient aider leurs adorateurs à secouer le joug. En face de ces merveilles, qui couvrent l'espace et remplissent les siècles, il est enfin temps de laisser un Père de l'Église, saint Cyprien , confirmer de sa parole une croyance que le témoignage de leurs propres sens, renouvelé mille fois, avait imposée à tous les peuples de la terre ; écoutons d'une oreille attentive sa parole : « Vos idoles, vos statues consacrées sont la demeure des démons. Oui, ce sont ces Esprits qui inspirent vos devins, qui animent la fibre des entrailles de vos victimes, qui gouvernent le vol des oiseaux , et qui, mêlant sans cesse le faux au vrai, rendent des oracles... et opèrent des prodiges, dont le but est de vous amener invinciblement à leur culte : Ut ad cultum sui cogant. »
Voilà ce que formule saint Cyprien, et sa voix se joint à celle de saint Athanase, de Tertullien, de Minutius Felix, de Lactance, pour inviter les païens à voir de quelle sorte et avec quelle aisance les chrétiens de la primitive Église chassaient les démons du sein de ces oracles, c'est-à-dire y faisaient cesser les signes sensibles qui, parlant à la fois aux yeux, à l'oreille et à l'intelligence de ces idolâtres, les enchaînaient à l'erreur.
La foi baissant, la raison tout naturellement baisse ; aussi les prodiges du sabbat révoltent-ils aujourd'hui la raison de bien des gens. Cependant nous voyons les Esprits animer et transporter jusqu'au bois et à la pierre, leur donner le mouvement et la parole. Nous savons que, dès les âges les plus reculés, il exista, sous le nom de théopée, un art de se faire des dieux et de douer de sens des statues ; un art de leur infuser, avec une âme, le don d'opérer des prodiges ; un art, en un mot, de les lier à un esprit et de leur donner, du sein de la matière inerte, vie, action, puissance ; nous savons que la consécration opérée selon le rite sacerdotal et magique assure le cours irrégulier, mais incontestable, de ces phénomènes sacrés. Il y aurait donc grossière inconséquence à nous étonner de les voir se reproduire avec des modifications qui, sans en altérer la nature, les développent ou les raccourcissent dans les scènes de la magie moderne ou de la sorcellerie sabbatique, auxquelles toutes ces études de détail préparent et familiarisent notre intelligence.
La chair vive, celle de la bête ou de l'homme, ne pouvait-elle donc être aussi facilement possédée par les Esprits, c'est-à-dire animée de l'esprit de Python, ou pythonisée, que la matière inerte ?... Tertullien nous a rappelé naguère les chèvres divinatrices ; saint Cyprien vient de nous redire que, dans les aruspices, les oiseaux étaient gouvernés dans leur vol par les esprits présidant à la divination ; un aigle fondant du haut des deux s'empressait de recevoir les caresses de Pythagore, et couvrait de ses ailes la tête de ce philosophe dissertant aux jeux Olympiques sur les augures et les signes oraculaires.... Et nous avons vu, de nos jours, les oiseaux de M. Tréfeu, magnétisés selon le rite des idolâtres du Gange, manifester des faits inconnus, deviner les choses secrètes, et répondre à qui les interrogeait, en choisissant du bec les lettres dont se composait leur phrase. Élève des mages de l'Égypte et de la Chaldée, le même Pythagore que nous venons de nommer se sert de la parole humaine pour converser avec des animaux ; il leur inculque et leur fait suivre les leçons de sa fausse sagesse : triste langage, dont la magie seule pouvait lui fournir le secret, dit saint Chrysostome, et bien préjudiciable à l'homme, que ces prodiges ont pour but de corrompre ! langage, enfin, qui nous aide à comprendre l'adoration de la matière inerte, de la plante potagère ou des plus vils animaux, par le peuple d'Égypte, c'est-à-dire par l'un des peuples renommés pour sa science et sa sagesse entre les habitants du vieux monde.
En tout cas, si, de la ligne idolâtrique ou démoniaque, il nous plaît de nous reporter sur la ligne parallèle et divine, ce phénomène des simulacres ou des effigies animées est celui qui, l'an 1796, réveille d'un bout à l'autre la péninsule Italique étonnée, épouvantée, et consolée à la fois du mouvement et de la vie qui, devant les centaines de milliers de témoins et de scrutateurs que lui députe l'Europe, se manifeste dans ses saintes images. L'animation de la matière inerte y démontre une fois de plus et à satiété que des Esprits bons ou mauvais la pénètrent, l'enveloppent, la gouvernent, se font d'elle un masque, un voile sous le couvert duquel ils agissent ; un instrument de langage et de prophétie, un moyen de propager l'erreur diabolique et de créer des cultes sacrilèges, ou de maintenir les fidèles dans la droite voie et de les confirmer dans la foi divine.
Nous avons reproduit, dans le second chapitre de la Magie au dix-neuvième siècle, le récit de ces faits, celui des preuves qui les accompagnent, et de la confirmation que l'Église y donna pour l'institution d'un office spécial et annuel.
Que dire de plus (dans les Bollandistes, et ailleurs, mille faits miraculeux de statues parlantes ou agissantes sont d'une authenticité qui défie toute critique) ?
Et ce qu'il y a de certain, c'est que l'Esprit que nous venons de voir chez les idolâtres pythoniser la statue, la matière inerte et l'animal, c'est-à-dire les médiums de pierre, de bois ou de chair vive, communique à chacun d'eux une partie de ses propres facultés, sa vie, son intelligence, sa science et son mouvement au sein de l'air, où il règne en prince... Ce qu'il y a d'indubitable, c'est que cet esprit est le même qui pythonise le médium humain, qui lui infuse sa science, le don des langues, la connaissance et la vue des choses éloignées ou secrètes ; il est le même qui parle non seulement à nous et en nous, mais par nous, à l'aide de nos propres organes, et lorsque nous semblons parler librement et de nous-mêmes ; il est celui qui voyage à notre profit et nous renseigne sur les faits lointains, tandis que notre âme semble voyager, désertant son corps engourdi ; le même enfin qui se joue du poids de nos corps, qui les élève au-dessus de terre, les transporte et leur imprime dans les champs de l'air une vélocité que ne saurait égaler le vol de la flèche...






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dimanche 29 janvier 2017

Culte de la pierre, de l'arbre, et de la source : traditions et origines magiques de ces dieux (3/4)



Extrait de "Les hauts phénomènes de la magie" par le Chevalier Gougenot des Mousseaux :



CULTE DE LA PIERRE, DE L'ARBRE, ET DE LA SOURCE ; PIERRES-DIEUX, ARBRES-DIEUX, SOURCES DIVINES ; TRADITIONS ET ORIGINES MAGIQUES DE CES DIEUX



Mais le moment arrive de nous éloigner de l'arbre-dieu pour nous retourner encore vers la pierre divine ou spirite, qu'il est temps pour nous d'envisager dans ses affinités et ses rapports avec le culte du serpent. Car serpent, culte du vieil homme, et magie, voilà trois termes qui s'allient, qui s'entre mêlent, qui se glissent, qui se faufilent sans cesse l'un dans l'autre, et qu'il est rarement inutile de reconnaître et démêler.

Le premier acte de magie, ou de spiritisme, et par conséquent de fourberie démoniaque, s'accomplit dans le paradis terrestre, et le serpent y sert au démon de médium ou d'instrument spirite.
Aussi « la cosmogonie phénicienne considère-t-elle le serpent comme le plus pneumatique des animaux (Matter, Histoire critique du gnosticisme, etc., deuxième édition, vol. II, p. 167. Paris, 1843) », ce que nous pouvons traduire, en langage moderne, par le plus spirite ; car le mot pneuma veut dire esprit. Et le souverain des dieux, Jupiter, est serpent ; il l'est en tous lieux, en même temps qu'il est pierre beth-el, pierre phallus et arbre !

Il est serpent en Égypte à Carn-ac de Thèbes, de même qu'à Carn-ac de Bretagne, nom qui signifie dans la vieille langue persane le monceau du serpent (Bathurst, etc., Dieu et les dieux, p. 483, etc. Cairn-ac, et maen-ac à côté de Carnac : les pierres du serpent, etc. ib., p. 493). Dans les Indes, sous le nom de Siva, que représente la pierre impudique yoni-lingam, le grand dieu est roi des serpents, race qu'il a vaincue ; et parmi les dieux-démons, figure aux mêmes titres l'horrible Cali, femme et serpent, ainsi que l'Ève des Scythes ; tandis que le Japon nous peint dans la scène de la création un énorme serpent s'enroulant autour de l'arbre — Au Mexique, la divinité Cihua-cohuatl, femme-serpent, est devenue mère, ainsi que la vierge prophétique des druides de Chartres, sans le secours de l'homme ; et c'était sous les traits d'un immense serpent à visage de femme qu'apparaissait aux Mexicains de Xaltocan la déesse Acpaxapo.
Lorsque la nation fut à son déclin, on cessa de la voir ; mais on entendit de temps en temps sa voix répéter au vent du lac ces sinistres paroles : Qu'allez-vous devenir, ô Xaltocamèques ! Je m'abstiens de multiplier indéfiniment les exemples ; mais, en tous lieux, cet animal essentiellement magique et spirite, selon l'expression phénicienne, reçoit un culte, et les dieux dont il porte le nom sont des dieux pierres, bétyles ou arbres. Observons enfin que, dans les religions de l'idolâtrie, les traditions s'adultèrent et se faussent, que l'idée du bien et du mal s'entrecroise et se mélange d'une façon souvent bizarre ; et que le serpent, par exemple, est tantôt, non point image de Dieu comme le serpent d'airain du désert en Israël, mais Dieu véritable, puissant et bon, combattant le mal, tandis que d'autres fois il est démon, il est redoutable et implacable génie.
Ainsi par exemple le mont Mérou est pour les Indiens le nombril, l'axe du monde. À son sommet repose le dieu-pierre, ou bétyle yoni-lingam. Un jour, la montagne immense s'enfonce dans l'abîme des mers ; la terre entière est ébranlée, mais le dieu Vichnou soulève et soutient cette masse, tandis que l'énorme serpent Sécha, ou Vasouki, enlace le globe de ses replis. Accablé de fatigue, le serpent vomit un venin terrible ; mais le dieu bétyle et yoni-lingam Siva, le bon serpent, avale cette bave délétère, et le monde est sauvé.
Depuis le Christ, la secte impie des ophites ou des adorateurs du serpent voyait, dans le serpent d'airain de Moïse guérissant les morsures des serpents venimeux, l'agatho-démon, ou le bon esprit, le Dieu bon de l'Égypte. « La vénération dont le serpent était l'objet dans les temples de ce pays et de la Grèce, et le rôle qu'il jouait dans les mystères, attestaient la puissance tutélaire du génie dont le serpent était l'emblème... Ainsi motivaient-ils le culte, ou plutôt les honneurs qu'ils lui accordaient dans la plus sainte des cérémonies de leur secte, en faisant consacrer leur cène par des serpents qu'ils tenaient dressés à cet effet. C'étaient là les véritables ophites, mais ils étaient en petit nombre ; et l'antique idée qui mettait le serpent en rapport avec le principe du mal semble avoir prédominé dans l'esprit de la majorité, malgré les efforts de ceux qui montraient l'image du serpent dans un sens contraire. »
Or, quiconque voudra suivre dans leur route tortueuse ces dieux, ces déesses, ces génies-serpents, trouvera s'il pousse ses recherches un peu au-delà de la première rencontre, que ces mêmes dieux sont arbres divins, pierres-dieux, beth-el ou bétyles, et le plus souvent à forme obscène. Notre livre de Dieu et les dieux aide et pilote l'investigateur dans sa marche au milieu de ces régions de ténèbres ; car nous avons suivi ce culte jusqu'à sa dégénérescence, jusqu'au sifflement reconnu pour le langage du bétyle pneumatique ou spirite qui porta le nom d'ophite, c'est-à-dire de pierre-serpent.
Les annales de l'antique Amérique nous tracent en caractères assez curieux non seulement, les origines de ce culte hideux, mais ses rapports avec l'initiation Chaldéenne, avec la magie des Chananéens, avec la pierre divine, ou beth-el, revêtue de la forme obscène qui déifiait la débauche et servait d'enseigne aux lupanars, aux mystères du paganisme, aux sabbazies, aux sabbats.
(...)
Mais ce Votan, vers lequel nous amène l'étude des pierres divines et du serpent divin qui nous prépare aux grands phénomènes de la magie, est-il un seul homme ; ou bien plusieurs chefs de migrations successives nous apparaissent-ils sous ce nom ? Sur ce point, nous attendons encore la lumière ; mais ce qui nous semble être constant, c'est que, le titre de Quetzo-Cohuatl, devenu générique, est décerné presque en tous lieux à un personnage que nous rencontrons sous plusieurs noms synonymes chez un grand nombre de peuples américains. Il exprime à la fois et le rang suprême du chef et sa race, qui est celle des magiciens, géants ou serpents dont nous allons voir nos druides, instruits eux-mêmes par les Chananéens, s'arroger également le titre (Voir dans mon livre Dieu et les dieux, publié en 1854, le serpent et les dracontia, ch. l, p. 488 ; Carnac, ou la montagne du serpent, Stone-Henge, etc., et le bal des géants). Les attributs de l'empire, du sacerdoce, de la divinité, semblent donc s'unir dans la personne du chef de la migration, qui, soit à tort, soit à raison, nous est représenté comme un puissant navigateur et magicien issu de Cham par la ligne Hévéophénicienne.
Ses pères ont fui devant Josué, et il nous décrit le voyage des chânes ou chivim (Kivim ou Hivim, avec l'H fortement aspirée), c'est-à-dire de ceux qui se nomment serpents. Ses ancêtres avaient probablement traversé l'Afrique avant d'atteindre l'Océan ; et l'historien Procope, De bello vandalo, confirmé par saint Augustin, nous a décrit les deux piliers où se lisaient, vers les colonnes d'Hercule, cette inscription phénicienne, ou des Chananéens, devenue si célèbre : Nous sommes les fils de ceux qui fuirent devant le brigand Jésus, fils de Navé (lire Cartas, p. 55 ; et, ailleurs, ces hommes serpents auraient peuplé les Canaries et Cuba, — sans rien dire de l'Atlantide, si elle exista ; lire à ce sujet Carli, Lettres améric., Paris, 1792, et autres écrits. — M. Berthelot, savant voyageur, observe une frappante ressemblance entre les noms de lieux et de personnes dans la langue des Canaries et chez les Caraïbes, p. 50, ib.). Les chefs d'immigrations successives, que le nom de Votan couvre peut-être, se donnaient comme des descendants de Cham, afin d'établir par le fait de cette origine l'illustration de leur provenance. Je suis Cham, disaient-ils, ou chivim. Je suis de la race de Cham le serpent, puisque je suis chivim. Je suis couleuvre, puisque je suis chivim. Or, d'après les commentateurs les plus savants de nos livres saints, les chivims, c'est-à-dire les hivims, ou Hévéens, descendaient de Heth, fils de Chanaan. Et ces noms signifiaient qu'ils étaient les hommes-couleuvres ou serpents adorateurs du serpent, adorateurs de la pierre divine parlante et sifflante, que nous voyons se confondre si souvent avec le serpent dont elle porte quelquefois le nom, et dont l'histoire va nous conduire à la source des faits merveilleux que nous craindrions d'introduire dans nos pages avant d'y avoir préparé l'esprit du lecteur par cette échappée vers les plus lointains horizons (lire Cartas, p. 51, 78, etc. — Ophis signifie serpent ; on verra dans mon livre Dieu et les dieux, 1 854, que la pierre divine ou magique se nomme quelquefois ophite).
L'un de ces Votans, le premier du nom, aurait visité la grande ville et vu sortir de terre la grande maison de Dieu que construisait le grand roi, Salomon ! C'était l'époque de l'essor des flottes de ce puissant monarque et de son voisin Hiram. Votan fournit à ce prince les plus précieux renseignements sur les hommes, les animaux et les plantes, l'or et les bois précieux de l'Occident, ce dont Salomon discourut dans son ouvrage qui renfermait l'histoire des merveilles de l'univers ; mais le chef, c'est-à-dire le serpent navigateur, ne découvrit point à Salomon le secret de sa route, mystère scrupuleusement conservé par les hommes de la race Chananéenne. De Jérusalem, Votan se rendait à la cité antique, où il visitait les ruines d'un grand édifice que les hommes avaient érigé par le commandement de son aïeul, pour atteindre de la terre aux cieux ; et c'était là que chaque peuple avait reçu la langue qu'il devait parler !
Venant de pénétrer dans les lieux mystiques de la tour de Babel, ainsi désignée, on me fit passer, dit-il, par un souterrain qui traversait la terre, et se terminait à la racine des cieux. Ce chemin était un trou de couleuvre, un ahugero de colubra, et j'y fus admis parce que j'étais fils de couleuvre.
Clément d'Alexandrie traduit le mot géants par serpents ; et, ces monstres de taille et de cynisme que la Bible nous décrit au pays de Chanaan , nous les retrouvons de toutes pièces à la tête des colonies antiques et policées de l'Amérique. Votan — que ce personnage soit historique ou fabuleux — était l'un de ces chefs redoutés, rois, magiciens et pontifes, écrivant son histoire. Or, dans cette Amérique où nous abandonnons, dès qu'on le voudra, le personnage douteux de Votan, mais où nos yeux viennent d'être frappés d'exemples si nombreux et si saillants du culte de la pierre lsraélito-Chananéenne, le culte du serpent, si fréquemment uni à celui de la pierre-dieu, se rattache à des chefs de colonies, dont le nom renfermait celui du serpent, ou plutôt de la couleuvre.
Aussi ne devons-nous point nous étonner si nous le voyons se reproduire avec une telle fréquence dans les noms de localités, de villes et de personnes. Rois, pontifes, et portant à ce titre les attributs et le nom de leurs dieux, les souverains de cette race étaient, à la fois, ainsi que les chefs de l'Égypte et du Pérou, soleils, fils du soleil et serpents (Papyrus, et voir l'uréus sur la tète de ces personnages égyptiens. — Nunez de la Vega dit que le Nin, ou Imos, des Tzendales était le même que le Ninus des Babyloniens. On sait que ce prince, et selon d'autres Bel, ou Baal, son père, recevait, comme le Nin des Tzendales, les hommages des peuples sous la figure d'un serpent. Cette image était chez les Phéniciens et les Chaldéens celle sous laquelle on représentait le soleil, dont la plupart des rois du monde antique prétendaient tirer leur origine, ainsi que le firent en Amérique les Votanides, qui en prirent le nom comme un titre royal. Cartas, p. 52). Leur système social était une combinaison monstrueuse admettant la barbarie des sacrifices, le despotisme effréné des chefs, l'impureté dans la vie domestique et le dévergondage sacré dans les rites religieux. S'adonner à toutes les turpitudes de Sodome et de Gomorrhe, c'était honorer le dieu-soleil-et serpent que figure souvent la pierre, et que certaines villes, telles que Panuco, honoraient publiquement à l'exemple des adorateurs de la pierre naturalisée de l'ancien monde idolâtre, sous la forme Priapique la plus éhontée. Aussi le reproche le plus général que les populations adressaient à ces serpents, fils de serpents ou géants que leur avait envoyés la terre Chananéo-africaine, était-il le terme tzocuilli. Or ce mot signifie à la fois piquer, ainsi que pique le serpent, saigner, et commettre le vice sodomique.
Remarquons, d'ailleurs, chemin faisant, que non seulement en Amérique partout où s'arrêtent ces prêtres magiciens, chefs de colonies, mais en Europe même et jusque dans le pays que nous habitons, le prêtre est serpent comme son dieu lui-même, avec lequel il se confond, qu'il représente et qu'il mime, tantôt s'aidant du masque et tantôt des prestiges de l'art magique pour en revêtir la forme. Oui, les prêtres-dieux de ces dieux pierres et arbres sont géants et serpents ; et, de plus, jusque dans les traditions populaires qui se tiennent encore debout, ce double souvenir s'attache aux monuments de leur culte, que ces monuments soient temples ou pierre isolée (monolithe).
Je suis serpent, car je suis druide, s'écrient en étalant leurs titres d'honneur les prêtres de nos régions Celto-Britanniques ; et, parmi les légendes des saints qui évangélisèrent l'extrême Occident, à peine en saurions-nous dire une seule où ces héros chrétiens n'aient à combattre le grand dragon, c'est-à-dire le démon suscitant des monstres et des illusions magiques, ou surexcitant son sacerdoce. Lorsque le christianisme commence le cours de ses conquêtes, on voit donc ces prêtres serpents lutter avec fureur, ou céder, fuir en vaincus, se dérober dans les lieux écartés, dans leurs trous de couleuvre, dans leurs antres prophétiques, et chercher la sécurité de l'apostolat occulte dans les ténèbres. Sinon, c'est que la main des apôtres du Christ leur arrache, en les convertissant, les crocs et le venin de l'erreur ; c'est que l'eau du baptême noie ces monstres, traînés vers le fleuve ou la rivière baptismale par l'étole sacrée que le missionnaire ou l'évêque leur passe au cou pour les attacher et les dompter.
Ces prêtres dragons, ces druides ont pris soin, d'ailleurs, de rappeler dans leurs œuvres, avec leur nom de serpent, la force de néants, la puissance et les dons surhumains qui les caractérisent. « Je suis un druide, je suis un prophète, je suis un serpent, je suis un architecte, répètent à l'envi ces pontifes, constructeurs de monuments dont les simples masses parcellaires épouvantent les mathématiques de nos ingénieurs modernes ! »
Et nous ne quitterons point ce terrain sans y consigner une double observation : la première, c'est que la pierre pneumatique, c'est-à-dire spirite ou divine, revêtit souvent lorsqu'elle était isolée, et dès une antiquité très-haute, la forme naturelle, ou symbolique, du dieu : ce que nous avons vu dans les figures réelles du phallus, ou dans ses formes adoucies, telles que le cône, le cippe, l'obélisque.
— La seconde, c'est que les pierres réunies pour former des temples ou des monuments imitèrent, dès les origines les plus insondables du culte, la configuration de la divinité.
Le temple devint la figure hiératique du dieu, son hiéragramme, selon l'expression de Bathurst, c'est-à-dire le dessin sacré qui traçait et répétait son nom dans sa forme.
Nous serons sobre d'exemples et de preuves, notre livre de Dieu et les dieux les ayant multipliés autant que la nouveauté du sujet l'exige ; et nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage, qui foisonne de vérités oubliées, ou d'aperçus que nous oserons presque appeler des surprises, éclatant à la gloire des traditions catholiques. Mais nous rappellerons que des champs de Karnac d'Égypte à ceux de Carn-ac de Bretagne, ces deux temples du serpent, dont le dernier se déroule sous nos yeux, les dracontia ont couvert le sol !
Ainsi se nomment les temples du dragon que la terre adorait, et dont les traces jalonnent les régions de la Grèce et de l'Asie Mineure.
Or, les érudits établissent que les adorateurs de ces temples-serpents étaient les adorateurs de la pierre (Serpent-temples and worshippers of stones. Bathurst, ib., 292). Et de même que, dans l'îlot mallais de Gozzo, sur le passage des navires Chananéens de la Phénicie et de l'Afrique, le temple des Géants, encore aujourd'hui nommé la Giganteja, reproduisit sous la main des serpents-architectes, magiciens et adorateurs de l'arbre et de la pierre beth-el, la figure du chêne ou de l'arbre-dieu ; de même Carn-ac de Bretagne, dont le nom signifie la montagne du serpent, reproduit dans les sinuosités de sa marche, dans ses plis, dans les inégales ondulations de ses monolithes, géants de pierre jadis habités par les esprits ou les dieux des Gaules., la forme et les mouvements de l'éternel reptile.
Que si, de Carn-ac, le touriste archéologue veut bien me suivre au Bal des Géants de Stone-Henge, où j'eus la curiosité de me rendre jadis à la suite d'une promenade en Irlande, le même phénomène hiératique, ou sacré, nous y attend.
En effet, le dieu, le double dieu ne formant qu'une seule et unique divinité, c'est encore ici le même dieu nature ou serpent, et soleil ou Lucifer, nommé Baal. Et l'on ne saurait omettre de remarquer qu'une figure du serpent traversant un orbe solaire, et tracée comme cet orbe par des lignes de pierres divines, écrivait en caractères difficiles à méconnaître, dans le temple qu'elles composaient, l'histoire de la rencontre et de l'union des deux cultes qui se sont disputé le monde ancien, puis qui le possédèrent en commun : l'héliolâtrie, c'est-à-dire le culte sabéiste du soleil, et l'ophiolâtrie, ou le culte traditionnel du plus pneumatique, c'est-à-dire du plus spirite des animaux, le serpent! Voilà donc les dieux de Stone-Henge reconnus pour être à la fois les deux divinités de Babylone et de Delphes : Bel et le dragon, Apollon et Python. Et ces dieux sont comme inséparables, ils sont enchaînés, enlacés l'un à l'autre ; mais la religion du serpent semble avoir le pas sur celle de la lumière astrale ; car, son prêtre, tout prêtre qu'il est du soleil, porte invariablement le nom du dieu-reptile.
Or ce qui nous frappe et que nous devons observer de prime abord dans ce temple du soleil-serpent, c'est encore et toujours le culte de la pierre. Voyez, voyez donc en tête de ses majestueux et admirables débris, figurer la pierre-dieu, le beth-el beth-aven de Chanaan, encore décoré du nom de both-al en Irlande, et que ses caractères ont trahi dès que les archéologues l'ont interrogé.
...Que si, d'ailleurs, nous en croyons Kircher, l'invention de la forme de ces monuments remonterait jusqu'à l'Hermès Trismégiste de l'Égypte, c'est-à-dire jusqu'au prince de la magie postdiluvienne, celui qui enseigna l'art de faire des dieux en spiritisant la pierre, en y faisant descendre des esprits par les paroles évocatoires de la consécration.
Quoi qu'il en soit, devant les masses antiques de Stone-Henge, chaque savant nouveau passe et, comme pour soulager les douleurs de son impuissance, jette, en marquant le pas, ses conjectures sur le monceau de celles qui les ont précédées... Mais une tradition populaire et antique veut que la merveilleuse érection de Stone-Henge remonte au-delà du déluge. Or l'Hermès égyptien est l'un des plus proches descendants de Cham, qui passe pour avoir reçu des fils de Caïn, avant le déluge, quelques-unes des traditions de l'antique magie, et pour les avoir transmises à ses maudits descendants.
Au point de vue de la conception architecturale, et des moyens magiques s'il en fut employé pour l'érection de cette œuvre par ces prêtres qui s'intitulent avec orgueil architectes et serpents, Stone-Henge peut donc, en effet, se relier aux époques antédiluviennes, et la tradition conserver de la sorte une partie de sa valeur. Un fait, d'ailleurs, et des plus importants, dont nous devons la découverte à l'archéologie anglaise, c'est que, quelle que soit la date relativement moderne ou reculée de ce monument antique, la science des mathématiques semble le relier à la race de Sem ou de Cham. En effet « cet ouvrage, nous dit le docteur Stukeley, ne fut construit sur aucune mesure romaine, et c'est là ce que démontre le grand nombre de fractions que donne le mesurage de chaque partie, d'après les mesures européennes. Au contraire, et tout aussitôt, les nombres deviennent ronds dès qu'on le mesure d'après l'ancienne coudée, qui fut commune aux Hébreux fils de Sem, ainsi qu'aux Phéniciens et aux Égyptiens fils de Cham et imitateurs des monuments de pierres brutes et animées. » Le hasard n'est point assez bon mathématicien pour amener de si précises rencontres : tant serait trop !
Ici donc, sur la pierre dieu-maison-de-dieu, devenue chez les Chananéens le beth-aven ou maison de celui qui est le mensonge ; sur la pierre ointe, c'est-à-dire sacrée christ ou messie, mais messie démoniaque, et parallèle à celui qui est le fils de Dieu, le sang coula, le sang ruissela en l'honneur du dieu soleil-et-serpent, ou lumière et nature.
Le sang inonda le Dracontium , répandu de la main de ceux qui s'appelaient serpents, et qui, par ce nom divin et pontifical, se rattachaient à la race pieusement sacrilège et dévergondée des géants, dont le nom n'a point péri ; loin de là, car le langage populaire le joint encore à celui de Baal, le dieu-soleil adoré dans ce temple. Mais ce nom contracté, modifié, réduit au monosyllabe Bel ou Bal, signifia plus tard le bal ou ballet mystique par lequel les fêtes sacrées ou orgiaques honoraient le dieu... Stone-Henge reste donc aujourd'hui debout sous l'une de ces dénominations antiques, celle de Bal-des-Géants, à laquelle prête encore son aspect, mais dont le sens étymologique et religieux est à peu près effacé.








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