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dimanche 4 avril 2021

Sur la Fête de Pâques



C'est aujourd'hui que Notre-Seigneur Jésus-Christ est ressuscité, affranchi désormais de toutes les misères humaines, vivant d'une vie immortelle. Suspendez un moment vos indécentes railleries, Ô incrédules ! et consentez à nous entendre.....
Le Seigneur est descendu dans le monde, parce qu'il savait bien qu'il en sortirait glorieusement. Il s'est laissé condamner à la mort, parce qu'il avait arrêté sa future résurrection. Car n'allez pas croire que, comme le commun des hommes, il s'exposât au danger sans l'avoir calculé, abandonnant l'événement au hasard ; mais, parce qu'il était Dieu, il avait tout réglé pour une fin certaine et déterminée.
La résurrection de Jésus-Christ assure la nôtre. Grâce à sa divine résurrection, nous sommes devenus les héritiers de Dieu, les cohéritiers de Jésus-Christ. Que nos corps aient été la proie des oiseaux dévorants, des animaux féroces ou des monstres de la mer, qu'ils aient été consumés par la flamme ou rongés par le ver du tombeau, ils nous seront rendus tout entiers.
Dieu, en créant l'homme, l'avait d'abord destiné à être immortel. Dégradé par le péché, il perdit cet heureux privilège ; mais l'intention du Créateur était qu'il lui fût un jour rendu. Sa bonté et sa puissance lui permettaient-elles de ne pas se montrer aussi bienfaisant à l'égard de l'œuvre de ses mains, que les hommes le sont à l'égard de ce qui leur est soumis ? Or, nous voyons partout le témoignage que les hommes veulent voir se propager et se multiplier ce qui leur appartient. L'intention du Créateur a donc été que l'homme corrompu par le péché fût un jour réformé et renouvelé. L'incrédule ne combat cette assertion que par l'opinion où il est que Dieu ne peut pas ressusciter un corps anéanti par la mort ; et il mesure la toute-puissance de l'Être souverain par sa propre faiblesse. Il est facile de tirer d'objets existants, ou qui ont existé autrefois, la preuve de la vérité de cet ordre de choses à venir, dont on accuse l'impossibilité. Un peu de boue façonnée par les mains du Créateur a fait l'homme. Vous le savez. Apprenez-moi, je vous le demande, vous dont la science prétend pénétrer tous les mystères, par quel mécanisme un peu de poussière s'est transformée en chair ? comment un limon grossier a produit et les os et la peau, et toute la structure de l'homme, tant à l'extérieur que dans les parties diverses qui composent cette substance si savamment organisée, et qui, toutefois, n'est qu'une si faible portion de l'universalité des êtres ? Ce mystère vous échappe, vous ne concevez rien à la naissance de l'homme, et pourtant vous ne pouvez le nier. Pourquoi nieriez-vous sa régénération ? (Saint Grégoire de Nysse)

La résurrection du Sauveur, devenue le gage infaillible de la nôtre, a fourni matière à d'éloquentes démonstrations du dogme de la résurrection de la chair. Tertullien avait traité déjà le même sujet avec la plus brillante énergie, tant dans le quarante-huitième chapitre de son Apologétique, que dans son livre De la résurrection de la chair. Nos prédicateurs français n'ont pas manqué d'appuyer de son autorité leurs principaux raisonnements. Ce que l'on vient de lire de Saint Grégoire de Nysse ne sera pas moins propre à enflammer le génie des orateurs chrétiens.

(Tiré de Les Fêtes de l’Église romaine)


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dimanche 13 octobre 2019

Letitiae sanctae, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Léon XIII, Sur le Rosaire de Marie




Letitiae sanctae


Lettre encyclique de Notre Saint Père le Pape Léon XIII


Sur le Rosaire de Marie


(8 septembre 1893)




à Ses Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres Ordinaires en paix et en communion avec le Saint-Siège,

Léon XIII, Pape.


Vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique.


À la joie sainte que Nous a causée l’heureux accomplissement de la cinquantième année qui s’est écoulée depuis Notre consécration épiscopale, s’est ajoutée une source de bonheur très vif : c’est que Nous avons vu les catholiques de toutes les nations, comme des fils envers leur père, s’unir dans une imposante manifestation de leur foi et de leur amour envers Nous.

Nous reconnaissons en ce fait, et Nous le proclamons avec une reconnaissance toujours nouvelle, un dessein de la Providence de Dieu, une marque de sa suprême bienveillance envers Nous-même, un grand avantage pour son Église. Notre cœur ne désire pas moins combler de louanges pour ce bienfait Notre très douce Auxiliatrice auprès de Dieu, son auguste mère. L’amour tout particulier de Marie, que Nous avons vu se manifester de mainte façon dans le cours de Notre carrière si longue et si variée, luit chaque jour plus clairement devant nos yeux, et, touchant Notre cœur avec une suavité très vive, Nous confirme dans une confiance qui n’est pas de la terre.

Il Nous semble entendre la voix même de la Reine du Ciel tantôt Nous encourageant avec bonté au milieu des épreuves cruelles que traverse l’Église, tantôt Nous aidant de ses conseils dans les mesures que Nous devons prendre pour le salut commun, tantôt enfin Nous avertissant de ranimer la piété et le culte de toutes les vertus parmi le peuple chrétien. Plusieurs fois, déjà, ce Nous a été une douce obligation de répondre à de tels souhaits.

Au nombre des fruits bénis qui, grâce à son secours, ont suivi Nos exhortations, il est juste de rappeler quel profit la religion a tiré de la propagation du très saint Rosaire. Des confréries de pieux fidèles ont été ici accrues, là fondées, de savants écrits ont été répandus à propos parmi le peuple, les beaux-arts eux-mêmes Nous ont fourni des objets précieux.

Mais maintenant, de même que si Nous entendions la voix pressante de cette Mère très attentive Nous répéter : « Clama, ne cesses », Nous voulons vous entretenir de nouveau, vénérables Frères, du Rosaire de Marie, au moment où commence ce mois d’octobre, que Nous avons voulu consacrer à la Reine du Ciel et à cette dévotion du Rosaire qui lui est si agréable, accordant à cette occasion aux fidèles la faveur des saintes indulgences.

Le but prochain de Notre Lettre ne sera cependant ni d’écrire un nouvel éloge d’une prière si belle par elle-même, ni d’exciter les fidèles à en faire un plus saint usage. Nous parlerons de quelques avantages très précieux que l’on peut en tirer et qui sont tout à fait appropriés aux hommes et aux circonstances.

Nous sommes pleinement persuadé, en effet, que la dévotion du Rosaire, si elle est pratiquée de telle sorte qu’elle procure aux fidèles toute la force et toute la vertu qui sont en elle, sera une source de biens nombreux, non seulement pour les particuliers, mais encore pour tous les États.

Personne n’ignore combien, conformément au devoir de Notre suprême apostolat, Nous sommes désireux de procurer le bien des nations, et prêts à le faire, avec le secours de Dieu. En effet, Nous avons souvent averti les hommes qui sont investis du pouvoir de ne promulguer et de n’appliquer des lois que suivant la règle de la justice divine ; Nous avons souvent exhorté ceux des citoyens qui surpassent les autres soit par leur talent, soit par leurs mérites, soit par leur noblesse et leur fortune, à mettre en commun leurs projets, à unir leurs forces, pour sauvegarder les intérêts de l’État et promouvoir les entreprises qui pourront lui être avantageuses.

Mais il existe un trop grand nombre de causes qui, dans une société civile, relâchent les liens de la discipline publique, et détournent le peuple de rechercher comme il le devrait, l’honnêteté des mœurs. Trois maux surtout Nous semblent les plus funestes à l’avantage commun ; les voici : le dégoût d’une vie modeste et active, l’horreur de la souffrance, l’oubli des biens éternels que nous espérons.

Nous déplorons – et ceux même qui ramènent tout à la science et au profit de la nature reconnaissent le fait et s’en affligent –, Nous déplorons que la société humaine souffre d’une terrible plaie : c’est qu’on néglige les devoirs et les vertus qui doivent orner une vie obscure et commune. De là vient qu’au foyer domestique les enfants se relâchent de l’obéissance qu’ils doivent à leurs parents, ne supportant plus aucune discipline, à moins qu’elle ne soit molle et ne se prête à leurs plaisirs. De là vient aussi que les ouvriers renoncent à leur métier, fuient le travail et, mécontents de leur sort, aspirent plus haut, désirant une chimérique égalité des fortunes ; mus par de semblables aspirations, les habitants des campagnes quittent en foule leur pays natal pour venir chercher le tumulte et les plaisirs faciles des cités.

C’est à cette cause aussi qu’il faut attribuer l’absence d’équilibre entre les diverses classes de la société ; tout est ébranlé, les âmes sont en proie à la haine et à l’envie, on viole ouvertement tout droit ; trompés par un faux espoir, beaucoup troublent la paix publique en occasionnant des séditions, et résistent à ceux qui ont pour mission d’assurer l’ordre.

Contre ce mal, il faut demander un remède au Rosaire de Marie, qui comprend à la fois un ordre fixe de prières et la pieuse méditation des mystères de la vie du Sauveur et de sa Mère. Que les mystères joyeux soient indiqués à la foule et placés devant les yeux des hommes, tels que des tableaux et des modèles de vertus : chacun comprend combien sont abondants, combien sont faciles à imiter, et propres à inspirer une vie honnête, les exemples qu’on en peut tirer, et qui séduisent les cœurs par une suavité admirable.

Qu’on se représente la Maison de Nazareth, cet asile à la fois terrestre et divin de la sainteté. Quel beau modèle on y trouvera pour la vie quotidienne ! Quel spectacle en tous points parfait de l’union au foyer ! Là règnent la simplicité et la pureté des mœurs, un accord perpétuel des esprits, un ordre que rien ne vient troubler, le support mutuel, l’amour enfin, non un amour fugitif et menteur, mais un amour consistant dans l’accomplissement assidu des devoirs réciproques et de nature à captiver tous les yeux.

Là, sans doute, on s’occupe de préparer ce qui est nécessaire pour la nourriture et le vêtement ; mais c’est à la sueur du front, in sudore vultus, et comme ceux qui, contents de peu, agissent plutôt de façon à moins souffrir de la disette, qu’à se procurer du superflu. Par-dessus tout, on y trouve une souveraine tranquillité d’esprit, une joie de l’âme égale chez chacun, deux biens qui accompagnent toujours la conscience des bonnes actions accomplies.

Les exemples de ces vertus, de la modestie et de la soumission, de la résignation au travail et de la bienveillance envers le prochain, du zèle à accomplir les petits devoirs de la vie quotidienne, tous ces enseignements, enfin, à mesure que l’homme les comprend mieux, qu’ils pénétreront plus profondément dans son âme, amèneront un changement sensible de ses idées et de sa conduite. Alors chacun, loin de trouver méprisables et pénibles ses devoirs particuliers, les estimera plutôt agréables et pleins de charme, et, grâce à cette sorte de plaisir qu’il y rencontrera, la conscience du devoir à accomplir lui donnera plus de force pour bien agir.

Ainsi les mœurs s’adouciront sur tous les points ; la vie domestique s’écoulera au milieu de l’affection et du bonheur ; les rapports mutuels seront empreints d’une sincère bienveillance et de charité. Et si toutes ces qualités dont sera doué l’homme pris isolément, se répandent dans les familles, dans les villes, parmi tout un peuple, dont la vie se conformera à ces prescriptions, il est facile de concevoir quels profits l’État pourra en retirer.

Un autre mal très funeste et que Nous ne saurions trop déplorer, parce que chaque jour il pénètre les esprits plus profondément et d’une façon plus nuisible, c’est qu’on se refuse à souffrir, qu’on repousse avec violence tout ce qui semble pénible et contraire à nos goûts. La plupart des hommes, en effet, au lieu de considérer, ainsi qu’il le faudrait, la tranquillité et la liberté des âmes comme la récompense préparée à ceux qui se sont acquittés du grand devoir de la vie sans se laisser vaincre par les dangers ou par les travaux, se forgent l’idée chimérique d’un État d’où serait écarté tout objet désagréable, où l’on jouirait en abondance de tous les biens que cette vie peut procurer. Un désir si violent et si effréné d’une existence heureuse est une source d’affaiblissement pour les âmes ; si elles ne tombent pas tout à fait, elles sont néanmoins énervées, de sorte qu’elles fuient lâchement les maux de la vie et se laissent misérablement abattre. Dans ce danger aussi, on peut attendre du Rosaire de Marie un très grand secours pour affermir les âmes, tant est grande l’autorité de l’exemple ; si les mystères qu’on appelle douloureux font l’objet d’une méditation tranquille et suave dès la plus tendre enfance, et si on continue à les considérer ensuite assidûment, ils nous montrent le Christ auteur et consommateur de notre foi, commençant à agir et à enseigner, afin que nous trouvions en Lui-même des exemples appropriés aux enseignements qu’Il nous a donnés sur la manière dont il faut supporter les fatigues et les souffrances. Les maux les plus pénibles, Il a voulu les subir Lui-même avec une grande résignation. Nous le voyons accablé de tristesse au point que le sang coule de tous ses membres, comme une sueur. Nous le voyons chargé de chaînes, tel qu’un voleur, soumis au jugement d’hommes pervers, en proie à d’odieux outrages, à de fausses accusations. Nous le voyons flagellé, couronné d’épines, attaché sur la croix, regardé comme indigne de vivre longtemps, comme ayant mérité de mourir au milieu des acclamations de la foule.

Nous pensons quelle dut être à ce spectacle la souffrance de sa très sainte Mère, dont le cœur fut, non seulement frappé mais traversé d’un glaive, de telle sorte qu’on l’a appelée et qu’elle est bien réellement la Mère de douleur.

Combien celui qui méditera souvent, ne se contentant pas de les contempler des yeux, de tels exemples de vertus, sentira naître en lui de force afin de les imiter ! Que la terre soit pour lui maudite, qu’elle ne produise que des épines et des ronces, que son esprit soit en proie à toutes les amertumes, que la maladie accable son corps, il n’y aura aucun mal provenant, soit de la haine des hommes, soit de la colère des démons, aucun genre de calamité publique ou privée qu’il ne surmonte par sa résignation.

De lui on pourra dire avec raison : Accomplir et souffrir beaucoup, c’est le propre du chrétien ; le chrétien, en effet, celui qui est regardé à bon droit comme digne de ce nom, ne peut suivre en vain le Christ souffrant. Nous parlons ici de la patience, non pas de cette vaine ostentation de l’âme s’endurcissant contre la douleur que manifestèrent certains des anciens philosophes, mais de celle qui (s’appliquant l’exemple du Christ qui a voulu souffrir la croix alors qu’il pouvait choisir la joie, et qui a méprisé la confusion) et lui demandant les secours de sa grâce, ne recule devant aucune peine, les porte toutes avec joie et les regarde comme des grâces.

La foi catholique a possédé et possède encore des disciples pénétrés de cette doctrine, hommes et femmes de tout pays et de toute condition, prêts à souffrir, suivant l’exemple du Christ, toutes les injustices et tous les maux pour la vertu et la religion, s’appropriant l’exemple plus encore que la parole de Didyme : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui. » Que les exemples de cette remarquable constance et la gloire de l’Église s’en accroissent sans cesse !

Le troisième genre de maux auquel il faut chercher un remède, est surtout apparent chez les hommes de notre époque. Ceux des âges antérieurs, s’ils étaient attachés, même d’une façon criminelle, aux biens de la terre, ne dédaignaient cependant pas presque entièrement ceux du ciel ; les plus sages des païens eux-mêmes ont enseigné que cette vie était pour nous une hôtellerie, non une demeure, que nous devions y séjourner quelque temps, non pas y habiter.

Les hommes aujourd’hui, bien qu’instruits de la loi chrétienne, s’attachent pour la plupart aux biens fugitifs de la vie présente non seulement comme si l’idée d’une patrie meilleure, d’une béatitude éternelle était effacée de leur esprit, mais encore comme s’ils voulaient la détruire entièrement à force de déshonneur. En vain saint Paul leur a donné cet avis : « Nous n’avons pas ici-bas de demeure stable, mais nous en cherchons une que nous posséderons un jour. »

Lorsqu’on se demande quelles sont les causes de ce fléau, on trouve tout d’abord que beaucoup ont la crainte de voir la pensée de la vie future détruire l’amour de la patrie terrestre et nuire à la prospérité des États : rien n’est plus odieux et plus insensé que cette conviction. Les espérances éternelles n’ont pas pour caractère d’occuper tellement les hommes qu’elles les détachent complètement du souci des biens présents ; quand le Christ a ordonné de chercher le royaume de Dieu il a dit de le chercher d’abord, non de laisser de côté tout le reste.

L’usage des objets terrestres, et les jouissances permises qu’on en peut tirer, n’ont rien d’illicite, s’ils doivent contribuer à l’accroissement ou à la récompense de nos vertus, si la prospérité et la civilisation avancée de la patrie terrestre, en indiquant, d’une façon magnifique, l’accord des mortels figurent la beauté et l’éclat de la cité céleste ; il n’y a là rien qui ne convienne à des êtres doués de raison, rien qui soit opposé aux desseins de la Providence, car Dieu est à la fois l’auteur de la nature et de la grâce ; Il ne veut pas que l’une soit opposée à l’autre et qu’un conflit s’élève entre elles, mais qu’elles concluent en quelque sorte un pacte d’alliance que, sous leur conduite, nous parvenions un jour, par un chemin plus facile, à cette béatitude éternelle, pour laquelle nous sommes nés.

Mais les hommes adonnés aux plaisirs et égoïstes, qui laissent errer toutes leurs pensées sur les objets terrestres, et ne peuvent s’élever plus haut au lieu d’être menés par les biens dont ils jouissent à désirer plus vivement ceux du ciel, perdent complètement l’idée même de l’éternité et tombent dans une condition indigne de l’homme. En effet, la puissance divine ne peut nous frapper d’une peine plus terrible que de nous laisser jouir de tous les plaisirs d’ici-bas, mais oublier en même temps les biens éternels.

Il évitera complètement ce danger, celui qui s’adonnera à la dévotion du Rosaire et méditera attentivement et souvent les mystères glorieux qui nous y sont proposés. Dans ces mystères, en effet, notre esprit puise la lumière nécessaire pour connaître des biens qui échappent à nos yeux, mais que Dieu, Nous le croyons d’une ferme foi, prépare à ceux qui l’aiment. Nous apprenons ainsi que la mort n’est pas un anéantissement qui nous enlève et qui détruit tout, mais une migration, et pour ainsi dire, un changement de vie. Nous percevons clairement qu’une route vers le ciel est ouverte pour nous tous, et lorsque nous voyons le Christ ressusciter, nous nous souvenons de sa douce promesse : « Je vais vous préparer une place. » Nous sommes certains qu’il viendra un temps « où Dieu séchera toutes les larmes de nos yeux, où il n’y aura plus ni deuil, ni gémissement, ni douleur, mais où nous serons toujours avec Dieu, semblables à Dieu, puisque nous le verrons tel qu’Il est, jouissant du torrent de ses délices, concitoyens des saints, » en communion bienheureuse avec Marie, sa Mère et notre puissante Reine.

L’esprit qui considérera ces mystères ne pourra manquer de s’enflammer et de répéter cette parole d’un homme très saint : « Que la terre me pèse, lorsque je regarde le ciel ! » Il jouira de la consolation de penser « qu’une tribulation momentanée et légère, nous vaut une somme éternelle de gloire. » C’est là, en effet, le seul lien qui unit le temps présent avec la vie éternelle, la cité terrestre avec le ciel, c’est la seule considération qui fortifie et élève les âmes. Si de telles âmes sont en grand nombre, l’État sera riche et florissant, on y verra régner le vrai, le bien, le beau, suivant ce modèle qui est le principe et la source éternelle de toute vérité, de tout bien et de toute beauté.

Déjà tous les chrétiens peuvent voir, comme Nous l’avons établi au commencement, quels sont les fruits et quelle est la vertu féconde du Rosaire de Marie, sa puissance pour guérir les maux de notre époque et faire disparaître les fléaux dont souffrent les États ; mais il est facile de le comprendre, ceux-là ressentiront plus abondamment ces avantages qui, inscrits dans la sainte confrérie du Rosaire, se distinguent par une union particulière et toute fraternelle et par leur dévotion à la très sainte Vierge ; en effet, ces confréries approuvées par l’autorité des Pontifes romains, comblées par eux de privilèges et enrichies d’indulgences, sont soumises à leur juridiction, elles ont des assemblées à date fixe et jouissent de puissants appuis qui en assurent la prospérité et les rendent aptes à procurer l’avantage de la société humaine. Ce sont comme les armées qui combattent les combats du Christ par ses mystères sacrés, sous les auspices et la conduite de la Reine du Ciel. On a pu constater en maintes circonstances, et surtout à Lépante, combien Celle-ci s’est montrée favorable à leurs supplications et aux cérémonies qu’ils ont organisées.

Il est donc avantageux de montrer un grand zèle pour fonder, accroître, gouverner de telles confréries. Nous ne parlons pas ici aux seuls disciples de saint Dominique, quoique ceux-ci soient surtout chargés de cette mission d’après leur règle, mais à tous ceux auxquels est confié le soin des âmes et surtout le ministère des églises où ces confréries sont instituées. Nous souhaitons aussi ardemment que les prêtres qui entreprennent des voyages pour propager la doctrine du Christ parmi les nations barbares ou pour l’affermir là où elle est établie, répandent de même la dévotion du Rosaire.

D’après les exhortations de tous ces prêtres, Nous ne doutons pas qu’il y ait un grand nombre de chrétiens soucieux de leurs intérêts spirituels qui se fassent inscrire dans cette même confrérie et s’appliquent à acquérir les biens que Nous avons indiqués, ceux surtout qui constituent la raison d’être et, en quelque sorte, l’essence du Rosaire.

L’exemple des membres de la Confrérie inspirera aux autres fidèles un respect et une piété plus grande envers le Rosaire. Ceux-ci, animés par de semblables modèles mettront tout leur zèle à prendre leur part de ces biens si salutaires. Tel est Notre ardent désir.

C’est là aussi l’espoir qui Nous guide et Nous encourage au milieu des grands maux dont souffre la société. Puisse, grâce à tant de prières, Marie la Mère de Dieu et des hommes, celle qui nous a donné le Rosaire et qui en est la Reine, faire en sorte que cet espoir se réalise pleinement.

Nous avons confiance, vénérables Frères, qu’avec votre concours Nos enseignements et Nos souhaits contribueront à la prospérité de familles, à la paix des peuples et au bien de la terre.

Comme gage des bénédictions divines et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous vous accordons de grand cœur, à vous, à votre clergé et à votre peuple la bénédiction apostolique.

Donné à Rome près Saint-Pierre, le 8e jour de septembre 1893, de Notre pontificat le seizième.


LÉON XIII, PAPE.



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lundi 3 juin 2019

Instruction sur la Fête de la Pentecôte



Extrait de "L'Esprit de l’Église dans le cours de l'année Chrétienne" :




Cette solennité est la Fête du Saint-Esprit, et en même temps la Fête de l'établissement de l'Église, que le Saint-Esprit est venu animer par la divine présence. La création du monde a été l'ouvrage et la manifestation de la puissance du Père. Les Mystères de l'Incarnation, et la Résurrection de Jésus-Christ a été l'ouvrage et la manifestation de la Sagesse du Fils, et la sanctification de l'Église est proprement l'ouvrage et la manifestation de l'amour du Saint-Esprit. Ainsi dans le jour de l'Octave de cette Fête, qui est comme le couronnement de tous les Mystères, on réunit en une même solennité les trois adorables Personnes, en célébrant le Mystère auguste de la Très-Sainte Trinité, qui a opéré indivisiblement toutes ces merveilles.
Cette Fête s'appelle la Pentecôte, qui signifie le cinquantième jour après la Résurrection du Sauveur, comme la Pentecôte des Juifs se célébrait le cinquantième jour après leur Pâques ; et comme on croit que c'était ce jour-là que la Loi a voit été donnée à Moïse, et publiée sur la Montagne de Sinaï, c'est aussi dans cette Fête que le Saint-Esprit est venu graver dans le cœur des Fidèles la Loi de grâce et d'amour, qui renferme ces mêmes préceptes, mais d'une manière beaucoup plus excellente et plus parfaite, qu'ils n'avaient été gravés sur la pierre.
Le Saint-Esprit descendit sur les neuf heures du matin sous la forme de Langues de feu, qui vinrent se reposer sur la tête de chacun des Fidèles, qui étaient renfermés dans le Cénacle. Ils y étaient assis ; posture qui marque leur tranquillité intérieure, et l'attente où ils étaient tous de ce grand don de Dieu. Ces Langues marquaient que la Foi allait être prêchée par tout l'Univers, et le feu était le symbole de la Charité ardente, qui devait être le caractère des Enfants de Dieu sous la Loi nouvelle. Ce n'est plus maintenant la crainte qui doit dominer, parce que nous ne sommes plus des esclaves ; c'est l'amour qui doit nous conduire, parce que nous sommes des Enfants adoptifs, et que le Saint-Esprit, étant dans le Sein de Dieu le terme de l'amour du Père et du Fils, il veut être dans le sein de l'Église un principe intarissable de l'amour le plus parfait et le plus pur. Soyons donc désormais de vrais adorateurs en esprit et en vérité. Nourrissons-nous du Corps de Jésus-Christ reçu réellement, mais en même temps en esprit, puisque la Chair toute seule ne sert de rien. Agissons par l'Esprit qui a fait les Saints, et par l'amour, qui les a animés, afin que nous devenions Saints comme eux.



Reportez-vous à La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-EspritMéditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseigneraVeille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoirInstruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Méditation pour le Lundi d'après l'Ascension, Méditation pour le Mardi d'après l'Ascension : Jour de recueillement, Méditation pour le Mercredi d'après l'Ascension, Méditation pour le Jeudi d'après l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Catéchisme, Leçon II : De la Trinité, Leçon VI : Du Saint-Esprit, et Leçon XXIII : De la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.















dimanche 26 mai 2019

Méditation sur la Fête de l'Ascension : Le Seigneur Jésus fut enlevé dans le Ciel, où il est assis à la droite de Dieu



 Extrait de "L'Esprit de l’Église dans le cours de l'année Chrétienne" :




Le Seigneur Jésus après avoir parlé ainsi à ses Disciples, fut enlevé dans le Ciel, où il est assis à la droite de Dieu. (Marc. 16)


I. Point. Où allez-vous, mon Sauveur, et où me suivez-vous ? Faut-il encore aujourd'hui éprouver une nouvelle séparation ? Quoi ! vous allez au Ciel, et vous me laissez sur la terre ? Que voulez-vous que je fasse ici bas ; pourrai-je y demeurer étant séparé de vous ? Malheur à moi, s'écriait le Roi Prophète, parce que mon pèlerinage dans ce triste séjour a été prolongé. Ces plaintes me conviendraient aujourd'hui bien mieux qu'à lui, et je ne puis plus avoir dans la bouche, et plus encore dans mon cœur, d'autre prière, que celle de l'Épouse du Sacré Cantique ; attirez-moi, Seigneur, après vous, Trahe me post te. Mais si vous avez résolu, pour me punir ou pour m'éprouver, de laisser encore mon corps ici-bas, attirez du moins à vous tous mes désirs et toutes mes pensées, tout mon cœur et tout mon amour. Vous l'avez dit vous-même, mon Sauveur, dans vos divines instructions ; où est votre trésor, là est votre cœur. Je n'ai point d'autre trésor que vous. Si j'en avais encore quelqu'autre, où je tienne, ôtez-le-moi ; car je n'en veux point connaître, je n'en veux point avoir, je n'en veux point posséder hors de vous. Ne suis-je point, ô mon souverain Vainqueur ! une partie de cette captivité captive que vous avez rachetée, dont vous avez brisé ses chaînes, et que vous menez aujourd'hui si heureusement et si saintement en triomphe après vous.

II. Point. Vous êtes assis, ô mon Sauveur ! à la droite de votre Père. Une telle gloire vous était due. Il était juste de récompenser et de relever ainsi la profondeur de vos abaissements, et la grandeur de vos souffrances. Je vous adore de tout mon cœur dans ce glorieux état, et quelque tristesse que me cause votre absence, je dois pourtant faire céder mes intérêts aux vôtres, et chercher ma consolation dans le triomphe de votre Humanité sainte, dans l'accomplissement de votre volonté sur mon âme, et dans l'espérance que, marchant sur vos pas, je vous rejoindrai bientôt pour prendre la place que vous m'allez préparer. Soyez donc élevé, Seigneur, au-dessus des Cieux, et que de-là votre gloire se répande sur toute la terre. Je tramerai encore ici-bas, puisque vous le voulez, une vie mourante. J'ai trop peu fait jusqu'ici pour le Ciel, et je ne mérite pas d'y entrer, mais dans la douce attente de m'y trouver un jour avec vous, faites, mon Sauveur, que je marche courageusement sur vos traces, et que par l'imitation de vos divines vertus, je coure après vous sans m'égarer, et que je ne m'attire pas le reproche que les Anges firent aux Apôtres de regarder le Ciel, et de s'arrêter à voir la gloire que vous nous préparez, au lieu de courir de toutes nos forces pour y arriver. Donnez-nous donc, Seigneur, la grâce d'avancer toujours jusqu'au parfait repos que vous nous ferez trouver en vous.



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samedi 19 août 2017

CINQUIÈME JOUR DE L'ASSOMPTION DE MARIE



Extrait de "Esprit du R.P. AVRILLON pour passer saintement l'Avent, le Carême, l'Ascension, l'Assomption..." :






LE 19 AOÛT



CINQUIÈME JOUR DE L'ASSOMPTION DE MARIE



Triomphe de la grâce de Marie dans son Assomption




I. — La gloire est une grâce consommée, la grâce est une gloire commencée ; et le bon usage des grâces que nous aurons possédées pendant cette vie sera la mesure de la gloire dont nous jouirons dans la vie éternelle. Quelle gloire Marie ne possède-t-elle pas dans son assomption, elle qui a reçu sur la terre plus de grâces que tous les anges et tous les hommes ensemble, et qui les a surpassés en mérite, en pureté, en fidélité et en amour ! Marie ayant été élevée à la maternité divine qui est la plus éminente dignité que Dieu ait conférée à une créature, demandait une grâce conforme et de la même élévation. Marie est un abîme de grâce et un abime de gloire : son auguste nom de Marie, dans sa signification, me la fait regarder comme une vaste mer qui reçoit dans son sein tous les fleuves, c'est-à-dire que toutes les grâces que les saints n'ont reçues que par mesure, sont entrées chez elle et ont inondé son âme de toute leur plénitude.

II. — Dans le temps de l'incarnation, Marie était déjà pleine de grâces, et dans le moment où le Saint-Esprit survint en elle, il orna son âme d'une plénitude de grâces. Il dilata son âme, et fit en elle une si grande effusion de tous les dons, qu'il semble, dit un saint docteur, qu'elle ait alors reçu toute la grâce du Saint-Esprit. Depuis ce bienheureux moment, les grâces de Marie ont toujours augmenté, parce qu'elle a toujours été fidèle. Dans toute la vie de la mère de Dieu, il n'y a pas un seul moment vide de grâces, et de grâces auxquelles elle a répondu avec la plus grande fidélité ; ces grâces se sont toujours augmentées à chaque moment jusqu'à sa mort. Jugez donc alors de quelle abondance de grâces toute la capacité de son âme était remplie.
Si la mesure de la grâce est la mesure de la gloire, quel triomphe de cette grâce dans l'assomption de Marie ! De quelle gloire incompréhensible jouit-elle à présent !


ASPIRATIONS

Quel usage ai-je fait jusqu'à présent de vos grâces, ô mon adorable Sauveur, quoique je susse qu'elles m'étaient méritées par votre sang et qu'elles m'ouvraient le ciel ! Je gémis quand je pense aux infidélités criantes dont je suis coupable. Vous m'avez éclairé par les lumières de votre grâce, et je n'ai pas voulu voir ; vous m'avez fait sentir, et ce sentiment n'a produit en moi qu'une émotion passagère ; vous avez mille fois frappé à la porte de mon cœur sans vous rebuter de mes délais, sans vous irriter de ses résistances, sans punir mes révoltes, et je ne vous ai point ouvert.
Mère de grâce, qui n'êtes si élevée dans la gloire que parce que vous avez été fidèle à toutes les grâces de votre adorable fils, j'ai recours à votre puissante protection, je remets entre vos mains tous les intérêts de mon âme. Puissé-je désormais correspondre aux grâces de Dieu pour mériter un jour la possession de sa gloire ! Ainsi soit-il.


PRATIQUE

Unissez-vous souvent au salut de l'ange Gabriel, et honorez Marie comme un sanctuaire de grâce. Regardez et invoquez Marie comme la dispensatrice des miséricordes divines.





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samedi 11 février 2017

Jésus glorifié veut glorifier sa Mère



Extrait des exercices préparatoires à la consécration à la Sainte Vierge Marie par le Père Dayet :


Combien d’années, après son départ et la descente de l’Esprit-Saint, Jésus laissa-t-il Marie sur la terre ? Aucun texte sacré ne nous le fait connaître. Le nom de la Vierge disparaît des Écritures. Retirée auprès de l’apôtre Jean, cette dernière phase de sa vie fut la phase à dominance contemplative, comme le laisse entendre le silence même des pages inspirées. La vigilance du disciple bien-aimé la délivrait de tout souci temporel. Sa messe lui apportait le réconfort du Pain eucharistique et remettait chaque fois sous ses yeux le souvenir de la divine institution, intimement liée à l’immolation sanglante du Calvaire. Qui, plus que Marie, pouvait pénétrer ce mystère de douleur et d’amour ? Qui pouvait plus profondément découvrir l’identité absolue du sacrifice de l’autel avec celui de la croix ? Elle revivait alors les heures du Vendredi Saint, mais c’était dans une action de grâce d’extase ; car son Fils n’avait plus à souffrir et les trésors de sa Rédemption se déversaient sur le monde. Elle-même augmentait de plus en plus ses mérites par ce sacrement de l’Eucharistie, le seul qui convenait à son âme encore voyageuse ici-bas. Quelle merveille de grâce ! Recevoir le Verbe fait pain, Elle, la Mère du Verbe fait chair ! Recevoir sacramentellement Celui qu’elle a conçu spirituellement et corporellement !

Sans doute aimait-elle aussi se remémorer au long des jours les années d’intimité de Nazareth, ce long temps que Jésus lui avait consacré avant de se donner aux autres. Tous ces souvenirs demeuraient vivants dans son cœur ; mais le fait de sa présence à Jérusalem ramenait irrésistiblement ses pensées aux Mystères de la Résurrection, de l’Ascension et de la Pentecôte, qui célébraient le triomphe de son Fils et soutenaient en ce moment la marche de l’Église.

Marie, d’ailleurs, ne pouvait qu’être maternellement attentive à cette chrétienté de la capitale, déjà aux prises avec les autorités juives et si heureuse de son assistance. Par Jean, elle connaissait et suivait l’avance de la prédication apostolique en Judée, en Samarie, et au-delà. Combien elle dut admirer et louer la force d’âme du saint diacre Étienne, le premier martyr ! Avec quelle ferveur elle implorait la conversion de Saul de Tarse, le plus acharné des persécuteurs ! Elle remerciait le Seigneur de savoir les apôtres dans la jubilation, après avoir été emprisonnés et battus de verges pour l’amour de leur Maître. Plus tard, quand s’étendra la persécution, elle sera là pour consoler et soutenir les amis de son Fils. Après la fondation de l’Église d’Antioche, elle livrera aux Évangélistes, à Luc en particulier, le fidèle compagnon de Paul, les plus intimes secrets de son cœur, le récit de l’Annonciation, son cantique du Magnificat, et tant de détails qu’elle était seule à connaître.

Tout cela n’arrêtait pas sa contemplation, mais la surélevait bien plutôt, et l’étendait sur toutes les âmes qui viendront boire, dans la suite des temps, à la source évangélique. Jésus, cependant, ne pouvait tarder davantage à l’appeler à lui. Nous aimons, selon la Tradition la plus ancienne, la voir partir de ce monde en cette ville de Jérusalem, à jamais sanctifiée par la mort et la Résurrection de son Fils. Les apôtres, pour la plupart, s’étaient dispersés à travers les nations ; saint Jean, son prêtre et son confident, demeurait fidèlement auprès d’elle, en la maison de Gethsémani, sans doute avec quelques parents et chrétiens dévoués. C’est lui qui aurait pu nous décrire ces journées d’attente paisible qui précédèrent sa dormition ; ou bien nous dire en termes clairs qu’il l’avait vue, ainsi que d’autres personnes présentes, s’en aller corporellement, vivante, immortelle, et non ressuscitée. Il a préféré le silence, se contentant en son Apocalypse de soulever un coin du voile comme nous allons le voir, en laissant à l’Église le soin de définir en son temps ce mystérieux départ. Il a fallu des siècles.

Notre génération a été l’heureuse bénéficiaire de la Définition dogmatique, faite par S.S. Pie XII, le matin du 1er novembre 1950, sur la place Saint-Pierre de Rome. Elle a pu entendre directement, ou par les ondes, ces solennelles et infaillibles paroles : « ... Nous prononçons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que Marie, Mère Immaculée de Dieu et Vierge perpétuelle, au terme de sa vie terrestre, a été élevée avec son corps et son âme dans la gloire du Ciel ».

C’est bien à dessein que, dans cette Définition, aucune mention n’est faite de la mort ni de la résurrection de la Très Sainte Vierge. De même, dans la nouvelle messe de l’Assomption, le Souverain Pontife a fait supprimer l’allusion à la mort de Marie que nous lisions à la Secrète. Et l’Introït de cette messe n’est plus le Gaudeamus omnes in domino, commun à plusieurs autres messes du Missel, mais le Signum magnum apparuit in coelo du XIIe chapitre de l’Apocalypse, qui nous met de suite en présence de la grandiose vision de saint Jean, exilé à Pathmos (cette vision de la « femme » dans l’Apocalypse semble au P. Jugie, A. A., la grande preuve scripturaire du Dogme défini. Voir son article dans l’Année théologique, 1951, pp. 97-116). L’apôtre revoit et contemple, dans la Jérusalem céleste, Marie en corps et en âme, parée de tout ce qu’il y a de lumineux dans notre firmament.

Le soleil l’enveloppe comme d’un manteau ; la lune est placée sous ses pieds ; douze étoiles forment couronne autour de la tête. Ce SIGNE merveilleux n’est-il pas la description symbolisée de son Assomption de créature immaculée et immortelle ? Une pareille splendeur ne nous laisse-t-elle pas entendre qu’elle fut la plus glorieuse qui puisse lui convenir ? La Divinité de son Fils est son vêtement de gloire. Tous les élus, ses enfants, l’entoureront à jamais de leur vivante couronne. Représenté par la lune qui reçoit sa clarté du soleil, notre monde inférieur apparaît sous ses pieds, pour nous dire qu’elle l’a traversé en pureté et beauté, dans le rayonnement de son Fils, sans avoir connu nos misères et notre fin charnelle. Si l’on peut, d’ailleurs, parler de mort au sujet de la Vierge, on doit dire qu’au Calvaire elle l’avait expérimentée en la Personne de Jésus Rédempteur. Le glaive de la Passion transperçait alors son âme de Mère Corédemptrice. Désormais, la Rédemption étant entièrement accomplie, l’entrée de Marie dans la grâce sans l’ombre du péché appelait son entrée dans la gloire sans l’attouchement de la mort. La Définition dogmatique de Pie XII, portant uniquement sur sa glorification en corps et en âme à la fin de sa vie terrestre, laisse la voie ouverte à cette interprétation reposante. Ainsi le plan de revanche sur le démon apparaît total et sans restriction, au moins dans un membre de l’humanité rachetée (Le P. Roschini, directeur du Marianum, pense que désormais le nombre des théologiens, se déclarant en faveur de l’immortalité de Marie, ira croissant. Voir l’Ami du Clergé, N° 38, 20 sept. 1951 ; et N° 32, 12 août 1954. Dans le N° 38, page 562, l’Ami rapporte le petit fait suggestif de la photographie d’une prière à Marie dans son Assomption, avec une correction autographe de Pie XII, supprimant les paroles relatives à la mort de la Vierge) .

Que dire à présent de l’accueil fait par Jésus à sa Mère, quand les anges la virent élevée au-dessus de leurs hiérarchies les plus hautes dans le Ciel de la Trinité ? C’est lui, ce Fils bien-aimé, qui la présente, la livre à son Père pour être mise éternellement en possession de la béatitude des trois Personnes, dans la vision face à face. C’est lui qui la fait asseoir à ses côtés sur le même trône : Adstitit Regina a dextris tuis (Ps. 131, 8), pour son Couronnement de gloire.

Y eut-il un rite sensible de cette Intronisation et de ce Couronnement, puisque Jésus couronnait ici, comme homme, la tête glorifiée de sa Mère ? Sans doute, une bénédiction, une consécration, une imposition de ses mains adorables, comme le pense Mgr Gay. « Quant à dire, ajoute cet auteur mystique, l’ampleur, la grâce, l’incomparable beauté de ce geste du Christ, l’expression que prit alors son visage, toute son attitude enfin au moment où il servit d’organe aux trois Personnes divines pour couronner sa Mère, ni le plus sublime génie de l’art ne l’a rêvé, ni la plus haute contemplation des plus grands saints n’a pu l’entrevoir. Ce fut dans le ciel tout entier la cause d’un vrai transport, mais cela reste pour nous indescriptible et ineffable ; et il faut en dire autant de l’attitude et de la physionomie de la sainte Vierge ». Quelle exaltation de son humilité d’esclave du Seigneur au matin de l’Annonce angélique, et combien son cantique du Magnificat est admirablement placé sur nos lèvres dans l’Évangile de la nouvelle messe d’Assomption !

La voilà Souveraine bienheureuse de la Cour céleste et « Toute-Puissance-Suppliante » auprès de son Fils, en faveur de ses enfants de la terre. Constamment occupée de nous, elle prépare ainsi notre place, la place de nos âmes au moment de notre mort ou de notre sortie du Purgatoire, la place de nos corps eux-mêmes au jour de la résurrection générale. Nous participerons alors entièrement à sa béatitude, selon le degré de nos mérites.

Faisons confiance à cette toute-puissante intercession, nous surtout qui, par notre Consécration, permettons à Marie d’exercer sur nos âmes et sur nos corps toute son action de mère et de Maîtresse. Laissons-la nous former, nous transformer, nous appeler, nous attirer, en ne lui offrant – redisons-le encore – que dépendance amoureuse et persévérante docilité. Remercions-la de nous avoir conduits tout au long de ces Mystères que nous venons de méditer. C’est elle qui les avait commencés, c’est elle qui les clôture ; mais sa mission ne sera terminée que lorsqu’elle verra tous ses enfants réunis autour d’elle dans le Ciel de l’Agneau, comme une couronne de joie ajoutée à sa couronne de gloire. Jésus, Sagesse éternellement glorieuse et triomphante en son Humanité et en sa Mère, le sera aussi dans ses élus : et ce sera le Règne qui ne connaîtra plus aucune des ombres et des vicissitudes d’ici-bas.

Laissons-nous soulever par l’espérance vers cette récompense d’un bonheur sans fin.



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vendredi 10 février 2017

Jésus, Sagesse glorieuse et triomphante





Extrait des exercices préparatoires à la consécration à la Sainte Vierge Marie par le Père Dayet :


Suivons (Jésus) d’abord au temps de sa Résurrection, de son Ascension et de la Pentecôte. Que de grâces ont été déversées en ces jours privilégies sur les membres de l’Église naissante ! Grâces de FOI, d’ESPÉRANCE et de CHARITÉ, fortes assises de la vie chrétienne pour les siècles à venir.

Les saintes femmes, que nous avons vues auprès de la Croix et que nous allons retrouver au Tombeau du jardin de Joseph d’Arimathie, s’étaient retirées avec la Sainte Vierge et saint Jean dans une maison de famille, à Jérusalem. Simon-Pierre, en proie à sa douleur, ne tardera pas à les retrouver. Les autres apôtres avaient dû s’enfuir selon toute vraisemblance vers Béthanie, dans la nuit de l’arrestation de leur Maître. Ne voyant plus ni Jean, ni Pierre, ils devaient penser qu’eux aussi avaient été arrêtés, et cela avait décuplé leur terreur panique. Lorsqu’ils apprirent les événements de la journée du Vendredi Saint, leur premier souci fut de se regrouper au Cénacle. Ils y étaient le dimanche de Pâques, croyant bien que tout était fini. Et voici que tout recommence, selon que l’avait prédit le Sauveur.

Demandons à Marie d’entrer, avec toute sa foi restée intacte, dans ce recommencement si calme, si secret, si réservé, pourrait-on dire, qui suivit le succès incontestable des hautes autorités de la nation juive. Nous abordons les trois grands Mystères qui ont renouvelé la face du monde.


LES GRÂCES DES TROIS PREMIERS MYSTÈRES GLORIEUX

S’il est une chose surprenante à première vue, c’est l’étrange difficulté qu’eurent les apôtres à croire en la Résurrection de leur divin Maître. Les saintes femmes, intimement mêlées à ce Mystère, les dépassent incomparablement. Le soir du Vendredi Saint, après avoir suivi les rites de l’ensevelissement, et examiné comment le corps avait été placé, elles ne pouvaient se résigner à quitter le sépulcre. Saint Matthieu (XXII, 61) nous montre Madeleine et Marie-Cléophas assises en face de la lourde pierre qui en fermait l’entrée. Elles finirent cependant par s’éloigner, mais résolues à revenir dès que possible, pour compléter l’embaumement qu’on avait dû faire en hâte avant l’heure commençante du Sabbat.

Ayant religieusement observé ce Sabbat, le plus solennel de l’année, nous les voyons accourir de très bonne heure au matin de Pâques vers le Tombeau avec des aromates et des parfums. Salomé, la mère de Jean, est avec elles. Tout en traversant les rues de la ville, elles s’inquiétaient de savoir qui roulerait la pierre du sépulcre pour leur permettre d’y pénétrer. Elles ignoraient que les Juifs, la veille, y avaient aposté des gardes ; et, d’ailleurs, les gardes épouvantés s’étaient déjà enfuis. Tout était calme dans le jardin quand elles y arrivèrent (Luc, XXIV, 1). Madeleine avance la première. Parvenue à proximité du sépulcre, elle vit que la pierre avait été roulée et que le corps n’était plus là. « On a enlevé le Seigneur du tombeau ! », s’écria-t-elle ; et, sans plus attendre, elle revint en courant vers Pierre et Jean, leur criant à tous deux : « On a enlevé le Seigneur du tombeau ! Et nous ne savons où on l’a mis ! »

Pendant ce temps, les deux autres femmes s’étaient approchées du tombeau ouvert. Elles y entrent et s’assurent qu’il est réellement vide. Soudain, deux anges éblouissants apparurent. « Pourquoi, dirent-ils, cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Le Christ n’est plus ici, il est ressuscité. Voici la place où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre ceci : Il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez, comme il vous l’a dit. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit, étant encore en Galilée, au sujet du Fils de l’homme, à savoir qu’il devait être livré aux mains des pécheurs, être crucifié et ressusciter le troisième jour ».

Tremblantes de crainte, elles s’enfuirent et ne purent rien dire sur le moment aux apôtres, tant leur effroi était grand (Marc, XVI, 8). Cependant, prévenus par Madeleine, Pierre et Jean se rendent en courant au Tombeau. Jean y arrive le premier, mais n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, y pénètre, aperçoit des bandelettes posées à terre, et le linceul soigneusement plié et rangé. Jean entre à son tour : il voit de ses yeux et il croit. Il fut le premier des apôtres à recevoir cette immense grâce (Jean, XX, 8).

Après avoir alerté Pierre et Jean, Madeleine ne tarda point à revenir au jardin du Tombeau. Inconsolée et pleurant de toutes ses larmes, elle se tenait dehors. Et voici qu’une clarté sortit du sépulcre : deux anges vêtus de blanc étaient là, assis l’un à la tête, l’autre aux pieds, où le corps avait été posé. Les anges lui dirent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? – Parce qu’ils ont enlevé mon Maître, et je ne sais où ils l’ont mis ». S’étant retournée, elle aperçoit qui lui dit comme les anges : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Madeleine, pensant au gardien du jardin : « Si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et j’irai le prendre! ».

Jésus se découvre alors en l’appelant de son nom « Maria ». « Ah, Maître, s’écria-t-elle en se précipitant à ses pieds, comme pour le retenir et ne plus le perdre. – Ne me touche point, dit Jésus, car je ne suis pas encore monté à mon Père ». L’heure n’est pas aux effusions ; le plus pressé est d’aller à mes frères et leur annoncer ma Résurrection, ainsi que mon prochain retour à mon Père. Madeleine le comprit et s’empressa d’annoncer aux apôtres, et même aux disciples qui se regroupaient dans la ville, « qu’elle avait vu le Seigneur ». C’est la première Apparition dont fasse mention l’Évangile (Jean, XX, 14-17). Les apôtres et les disciples ne tinrent aucun compte de ce message.

À leur tour, Marie-Cléophas et Salomé reviennent au Tombeau, accompagnées cette fois des autres saintes femmes du Calvaire, celles qui se tenaient un peu à l’écart. Jésus ressuscité se présente à leur rencontre. D’un élan spontané, elles se prosternent devant lui et baisent ses pieds. « Ne craignez pas, leur dit-il, allez dire à mes frères qu’ils aillent bientôt en Galilée, car c’et là qu’ils me reverront ». Ce nouveau message ne trouva pas davantage créance auprès des apôtres (Luc, XXIV, 11). Il faudra que Jésus se manifeste à eux en personne, et encore ils douteront.

Les réponses des deux disciples d’Emmaüs au Voyageur inconnu, qui les aborde le soir de Pâques, nous expliquent cet état d’esprit des amis du Sauveur. Ceux-ci avaient mis en lui toutes leurs espérances, pensant bien « qu’il délivrerait Israël » et lui rendrait son ancienne splendeur. Mais voilà, disait Cléophas, que nos grands prêtres et nos magistrats l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ; et nous sommes au troisième jour depuis que ces choses ont eu lieu. « Il est vrai, ajoutait-il, que quelques femmes de notre groupe, s’étant rendues de grand matin au Tombeau, n’ont pas trouvé le corps. Elles sont même venues dire qu’elles avaient vu une apparition d’anges qui l’assuraient en vie. Et quelques-uns des nôtres sont allés au Tombeau, et ils ont vu les choses comme les femmes les avaient dites ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ! »

Ces esprits droits, entièrement conquis au Christ, attendaient tout au moins une Résurrection éclatante, qui aurait été la revanche immédiate sur ceux qui l’avaient condamné et aussi le rétablissement de l’ancien royaume d’Israël, leur rêve national de toujours. Mais rien n’a changé, les maîtres de l’heure sont les mêmes, tout est donc bien fini.

Le Voyageur qui les écoute leur reproche d’être lents à croire ce qu’avaient annoncé les prophètes concernant le Messie : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire ? » Et au long du chemin, il reprend et commente tout ce qui avait été dit à son sujet dans les Écritures. On connaît la suite du récit de saint Luc. Ce qu’il nous faut surtout retenir, c’est l’argument dont se sert Jésus pour ranimer la foi au cœur de ces disciples découragés, et lui assurer son vrai et solide fondement : l’autorité de la parole divine. Nous devons croire en ce que Dieu a pris soin de nous révéler par ses Prophètes et par son Fils. Bienheureux ceux qui acceptent cette révélation et lui accordent toute leur confiance, quoi qu’il advienne !

Dans ce mystère qui nous occupe, la Sainte Vierge demeure le modèle unique. Elle seule a cru sans défaillance, et les âmes, qui ont cru les premières, sont précisément celles qui l’accompagnèrent jusqu’à la Croix et jusqu’au Tombeau : l’apôtre Jean d’abord, puis Madeleine ; et après Madeleine, Marie-Cléophas et Salomé, avec les autres suivantes de Jésus au temps de ses prédications. Toutes ces femmes ont eu l’insigne privilège de voir aussitôt Jésus ressuscité, et elles ont cru immédiatement. Jean n’a vu que le tombeau vide, mais cela lui a suffi pour croire.

Les autres apôtres, malgré les messages des saintes femmes et malgré le récit haletant des disciples d’Emmaüs, persistaient dans leur incrédulité. Ces derniers, après la révélation de la fraction du pain et malgré l’heure avancée, avaient repris de suite la route de Jérusalem et s’étaient rendus au Cénacle pour communiquer à tous leur joie d’avoir entendu et vu le Christ ressuscité. Les apôtres étaient là, à l’exception de Thomas. Saint Marc fait remarquer qu’ils ne crurent pas non plus la merveilleuse Apparition qu’on leur racontait (XVI, 13). Et voici que, soudain, Jésus lui-même parut au milieu d’eux, dans cette salle dont cependant les portes étaient soigneusement closes, par peur des Juifs. « La paix soit avec vous, leur dit-il, c’est moi, ne craignez point. ». Mais eux, troublés, effrayés, croyaient voir un fantôme. « Pourquoi êtes-vous si troublés, reprit Jésus, et pourquoi laissez-vous des incertitudes s’élever en vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ; oui, c’est bien moi. Touchez, regardez, rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous constatez que j’en ai ». Et tout en leur montrant ses mains et ses pieds transpercés, il leur reprochait leur incrédulité, leur dureté de cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru à ceux qui l’avaient vu ressuscité.

Avant cette Apparition du Cénacle et celle d’Emmaüs, Jésus s’était montré à Simon-Pierre. Saint Luc nous l’atteste (XXIV, 34), et aussi saint Paul en sa première Épître aux Corinthiens (XV, 5) ; mais nous n’avons aucun détail de cette Apparition. Par humilité, l’apôtre qui avait renié son divin Maître voulut garder le silence sur cette condescendante sollicitude à son endroit. Dès le matin de Pâques il se savait pardonné, puisque nous le voyons accourir au Tombeau avec Jean, après avoir entendu ce que leur rapportait Madeleine. Il y était revenu seul peu après, et ce fut durant ce trajet que le Sauveur dut lui apparaître. On peut se représenter l’apôtre fondant en larmes à la vue du divin Ressuscité, et se jetant à ses pieds, sans oser toutefois les toucher et les baiser. Et Jésus ne lui adressa aucun reproche, mais lui témoigna un amour encore plus grand qu’auparavant.

Après la nuit de son reniement, Pierre avait dû retrouver Jean témoin de sa chute, « et sans doute aussi la Sainte Vierge, à qui il sentait un irrésistible besoin de confesser sa faute et de demander pardon. Il était avide de savoir ce qui s’était passé depuis la condamnation chez Caïphe (Mgr Gay, Mystères du Rosaire, II, p. 201) ». Quel torrent de pleurs aura-t-il versé alors ! Marie lui avait rendu confiance, elle avait prié, elle avait obtenu pour lui cette Apparition privilégiée du matin de Pâques. Pierre fut donc le premier des Apôtres à voir de ses yeux Jésus ressuscité ; Pierre, demeurant toujours le Chef du Collège apostolique et devenant ainsi le premier témoin attitré de la Résurrection du Sauveur. Oui, Apparition privilégiée, comme celle accordée à Madeleine.

Comment douter après cela que Jésus n’ait commencé par se manifester à sa sainte Mère ? L’Évangile n’en parle point. L’Évangile n’avait pas à en parler : il rapporte les Apparitions dont le but était de prouver la victoire du Christ sur les tourments et la mort, et par le fait d’obtenir une foi à toute épreuve dans le succès de l’œuvre rédemptrice, malgré les apparences contraires. Marie, nous l’avons dit, n’avait cessé de croire à la Résurrection ; aussi, ne la voyons-nous pas prendre une part quelconque aux préoccupations des saintes femmes touchant l’embaumement du Corps enseveli. Cette attitude avait dû frapper l’esprit observateur et intuitif de l’apôtre Jean ; c’est pourquoi, devant le Tombeau vide, il s’était rendu aussitôt à l’évidence du grand miracle.

Quelle fut la béatitude de Marie en contemplant le Corps désormais glorieux de son Jésus ? Les mots nous manquent pour l’exprimer. C’était bien ce même Corps reçu d’elle, et qu’elle avait vu grandir, souffrir, mourir sur la Croix et porter au sépulcre de Joseph d’Arimathie. Les stigmates y ajoutaient leur preuve impressionnante. Cette Apparition ne ressemblait en rien à celles qui allaient suivre, tant elle les dépassait par sa splendeur, sa douce et sainte intimité, par ses effusions célestes, ses embrassements, ses échanges de tendresse, par ses actions de grâces aussi après tant de souffrances ensemble endurées et surmontées. C’était une joie sublime, intraduisible ; un bonheur surhumain qui dépasse nos conceptions, en même temps qu’une juste et royale récompense de sa foi. Quelle divine leçon pour nous encourager à implorer de Marie cette FOI inébranlable, qui s’appuie avant tout sur la certitude de la parole révélée, en attendant la vision de gloire ! Resurrexit sicut dixit (Antienne du Regina coeli laetare).

Jésus ressuscité avait demandé à ses apôtres de se rendre en Galilée, loin de la crainte des Juifs. Dans cette tranquille contrée, qui fut le berceau de leur vocation, il va les préparer à son départ et leur confier le soin de son Église, où toutes les âmes chrétiennes puiseront l’ESPÉRANCE de le rejoindre un jour.

Déjà, le soir de Pâques, au Cénacle de Jérusalem, il leur avait transmis le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, les établissant ainsi juges des consciences. Et maintenant, sur les bords du lac de Tibériade, c’est l’investiture solennelle de Simon-Pierre comme Chef de toute l’Église. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » lui demanda Jésus par trois fois en compensation du triple reniement. « Sois le Pasteur de mes Agneaux... Sois le Pasteur de mes Brebis ». Sois le Pasteur suprême du troupeau entier, fidèles et prêtres à tous les degrés de la hiérarchie.

Après la consécration définitive de la primauté de Pierre, Jésus convoqua ses apôtres sur une montagne de Galilée dont on ne dit pas le nom, peut-être le Thabor. Les « Onze » étaient là, qui entendirent ces paroles : « Toute Puissance m’a été donnée au Ciel et sur la terre. Allez donc enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à pratiquer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle ».

Sublime mission apostolique ! Avant de prendre possession du Ciel, il entend, par se envoyés, prendre possession de la terre : portez à tous les peuples mon Évangile, la « Bonne Nouvelle » du Royaume des Cieux. Puis, à ceux qui croiront en votre parole, communiquez la vie surnaturelle par le Baptême, et les autres sacrements destinés à la maintenir et développer.

Enfin, apprenez-leur à observer tous mes commandements, car il importe de produire, au prix d’efforts persévérants, des œuvres de renoncement, de charité, de sacrifice. Le Ciel est une récompense qu’il faut personnellement mériter. L’Église devient alors pour les âmes croyantes et pratiquantes comme le vestibule du Paradis, la véritable maison de l’Espérance chrétienne.

Cependant, ce n’est pas en Galilée que Jésus entend faire à ses apôtres son adieu terrestre. Il leur enjoint donc de regagner Jérusalem et leur assigne comme dernier rendez-vous ce Cénacle où il les a consacrés ses prêtres et les dispensateurs de son Eucharistie. Nous les y trouvons dix jours exactement avant la Pentecôte, disposés à recevoir ses recommandations suprêmes. Leur prédication devra d’abord s’appuyer sur l’autorité des Écritures. Il fallait que soit accompli tout ce qui avait été dit à son sujet dans la Loi de Moïse et dans les Prophètes et dans les Psaumes : ses souffrances, sa mort en croix, sa résurrection le troisième jour. Ensuite, ils devront proclamer à la face du monde les faits dont ils ont été les témoins, et on croira sur leurs affirmations. Sous peu d’ailleurs, l’Esprit-Saint les revêtira de sa force. Jésus le leur annonce.

Et il les emmena sur la montagne des Oliviers. Là, étendant les mains sur eux, il les bénit et s’éleva au Ciel. Tous le virent monter majestueusement dans les airs : les apôtres, plusieurs disciples, et Marie avec les saintes femmes venues avec eux au Cénacle.

On était à l’heure de midi. Le soleil inondait le firmament. En tranquille triomphateur, à peu de distance du prétoire de Pilate, Jésus retournait à son Père dans le Royaume de l’éternel rendez-vous. « Je vais vous préparer une place », avait-il dit aux siens dans son discours après la Cène (Jean, XIV, 2). Quelle douce et lumineuse invitation ! Comment mieux nous laisser entendre que l’Église, de là-haut, n’est qu’une suite à celle d’ici-bas.

Apôtres et disciples retournèrent à Jérusalem en grande allégresse, note saint Luc (XXIV, 52). Toute crainte avait disparu. Leurs illusions juives, pourtant si tenaces, venaient de s’évanouir. Ils n’espéraient plus dans le relèvement temporel de l’ancien royaume, et comprenaient enfin que Jésus n’était pas venu pour cela. Une autre espérance, autrement grande et belle, emplissait leurs cœurs. Deux anges venaient de leur dire que ce Jésus, enlevé au Ciel, en reviendrait un jour tel qu’ils l’avaient vu monter. Alors, il apparaîtra sur les nuées dans toute sa gloire, pour juger le monde et inaugurer un Règne sans fin. Et puis, Jésus disparu, Marie restait avec eux. Elle avait déjà tant intercédé devant leur lenteur à croire. Elle s’était réjouie avec les saintes femmes des Apparitions merveilleuses qui se succédaient, totalement à l’insu des autorités de la nation. Elle n’ignorait pas leur incalculable portée, malgré la discrétion qui les enveloppait présentement. Elle n’avait cessé d’admirer, de louer, de bénir cette mystérieuse Présence prolongée, tantôt visible, tantôt cachée, du Sauveur au milieu des siens. Si son bonheur avait été grand de voir de ses yeux son Fils ressuscité, plus grand encore fut celui de le voir monter au Ciel avec ce Corps qu’elle lui avait donné pour souffrir et que la Gloire enveloppait maintenant de sa splendeur.

Ô Sagesse victorieuse et triomphante !
pouvait-elle s’écrier en descendant les pentes du mont des Oliviers. Quel contraste avec sa descente du Calvaire, le soir du Vendredi Saint ! Son espérance était déjà comblée dans la Personne du glorieux Ressuscité, en attendant de l’être en sa propre personne. Quel encouragement pour nous à attendre le Ciel, après toutes nos épreuves d’ici-bas, chrétiennement supportées comme l’achat de la béatitude éternelle !

Au Cénacle de Jérusalem, où les apôtres, en compagnie de la Sainte Vierge, des saintes femmes et des disciples, commencent leur Retraite de dix jours, la CHARITÉ sera l’âme de cette fraternelle assemblée. Quelle union, quelle ferveur soutenue, quelle persévérance dans la prière, entre ces murs embaumés du souvenir eucharistique ! Quelle unité des esprits, quelle fusion des cœurs autour de la Mère de Jésus ! c’est elle qui concilie et pacifie. C’est elle qu’on vénère et qu’on écoute.

Lorsque Simon-Pierre propose à ses collègues de donner un successeur à Judas, l’élection se passe dans une concorde parfaite, sans l’ombre d’une opposition ou d’une divergence. Mathias est ainsi désigné et reconnu par les « Onze ». Tous les apôtres considèrent Marie comme tenant au milieu d’eux la place du Sauveur monté au ciel. N’est-elle pas aussi leur Mère ? Sa Maternité ne fut-elle pas proclamée du haut de la Croix ? Mère des pasteurs et de fidèles, Mère du Pasteur suprême lui-même, Mère de ces enfants privilégiés, les choisis, les intimes de Jésus, les premiers membres de son Corps mystique !

Combien elle les aime et désire les voir toujours s’aimer les uns les autres, selon le commandement nouveau, comme ils s’aiment en ce moment sous son regard ! C’est pour eux qu’elle prie ; c’est sur eux tous qu’elle appelle la descente de l’Esprit consolateur. Sa pure et belle dilection avive en chacun le désir de recevoir ce divin Paraclet, tant de fois promis par son Fils et dont elle demeure l’Épouse très fidèle et très aimante.

Voilà de longues années qu’Elle-même a reçu sa venue et sa survenue ; mais il faut qu’elle le reçoive encore, ostensiblement cette fois, pour le communiquer à l’Église naissante. Il importe qu’on la reconnaisse dans le plein exercice de ses fonctions maternelles. C’est pourquoi le Livre des Actes nous a signalé expressément sa présence parmi les apôtres et les disciples en prière. Encore quelques jours, et l’Amour personnel du Père et du Fils déversera par eux sa charité sur le monde. Marie les prépare en leur infusant son propre amour. Au matin de Pentecôte, avant que ne s’ouvrent les portes du Cénacle, c’est sur Elle en premier lieu que va descendre l’Esprit-Saint et, par elle, il se répandra dans la plénitude de ses dons sur chacune des personnes présentes.

Alors, sous la poussée du grand souffle venu d’en haut, ce sera l’embrasement des cœurs et le déliement des langues. Plus rien désormais n’arrêtera les apôtres. Dans Jérusalem surprise et étonnée, entendons-les – Simon-Pierre à leur tête – prêcher hardiment le Christ ressuscité d’entre les morts. Et ces milliers de pèlerins, accourus des provinces les plus reculées pour la Fête des moissons, l’une des trois grandes de l’année, les écoutent et les comprennent malgré la diversité de leurs idiomes particuliers. « Nous sommes les témoins de sa Résurrection », disent-ils ; et cette Résurrection fut annoncée par David, son Prophète, de même que sa condamnation et sa Passion (Act., II, 7).

Impossible de leur reprocher d’avoir cru à la légère ou par influence des uns sur les autres. Ils ont été, au contraire, les plus rebelles à croire ; Jésus a dû les gagner et les convaincre un à un, pour ainsi dire. Leur affirmation ne craint aucun démenti. C’est elle qui convertit en masse ces premiers auditeurs : on les croit sur parole, comme le divin Maître le leur avait prédit : on tient la preuve de la Divinité du Christ et de la vérité de son Évangile. C’est elle aussi qui fermera la bouche aux ennemis prêts à reparaître : « Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu ».

Cette puissance de conviction, émanant de l’Esprit qui les enflamme, leur fera braver les menaces, les tribunaux, l’emprisonnement, la mort violente elle-même. Tous finiront par le martyre, heureux de verser leur sang pour les âmes rachetées dans le sang de Jésus. « Il n’est pas de plus grand amour que celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean, XV, 13). Sublime exemple d’amour de Dieu et du prochain. Ainsi, le mystère de la Pentecôte nous apporte cette grâce de parfaite charité, faisant suite aux grâces de foi et d’espérance des deux mystères précédents.




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