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dimanche 17 juillet 2022

Effets des sept dons du Saint-Esprit



Vous enverrez votre Esprit, et tout sera créé, et vous renouvellerez la face de la terre. (Ps. 103, 30)


Les sept dons sont les sept Esprits envoyés par toute la terre contre les sept esprits mauvais dont parle l'Évangile. « Par le don de crainte, l'Esprit-Saint chasse l'orgueil du cœur de l'homme, et y introduit Dieu par l'humilité. Par le don de piété, il lui fait fouler aux pieds la honte de l'envie, et invite avec douceur le prochain à s'approcher de lui. Par le don de la science, il apaise totalement sa colère, et l'établit dans une douce paix et un calme parfait avec lui-même. Par le don de la force, il dissipe sans retard sa paresse, et excite ardemment les puissances de son âme à agir. Par le don de conseil, il comprime puissamment son avarice, et le porte sagement à acquérir des trésors pour le ciel. Par le don d'intelligence, il met un frein violent à sa gourmandise, et nourrit son âme de délices célestes. Par le don de la sagesse, il lui inspire un mépris courageux de la luxure, le soumet tout entier au joug de la chasteté, et le rend ainsi à la liberté (S. Bonav., liv. I, ch. III). »

Les sept dons du Saint-Esprit donnent secours aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales, et par conséquent à toutes les vertus, dans les rencontres difficiles où elles pourraient succomber. « Le don d'intelligence soutient la foi. Le don de science vivifie notre espérance, et nous fait voir comme nous sommes lourdement trompés de nous fier aux hommes et aux choses créées. Le don de sagesse, donnant à la charité la saveur de Dieu et des choses divines, la met tout en flammes. La prudence serait trop courte et s'abuserait souvent sans le don de conseil. La piété tempère les rigueurs de la justice. La force dans certains périls rendrait assurément les armes à l'ennemi, si le don qui porte son nom ne la soutenait dans le combat. Le don de la crainte est nécessaire à la tempérance, pour réprimer les violentes impétuosités de la concupiscence. »

« De tout cela nous pouvons conclure que les dons du Saint-Esprit, possédés en un haut degré, et non-seulement comme ils se trouvent ordinairement dans les justes avec la grâce, ne nous sont point seulement utiles pour faire excellemment notre salut et arriver à la perfection, mais qu'ils y sont même nécessaires ; que ce sont eux qui font les hommes vraiment spirituels ; que sans eux on ne peut bien se défaire de ses vices, dompter absolument ses passions, arracher les mauvaises habitudes, résister aux rudes assauts de la chair, du monde et du démon, remporter des victoires signalées, faire de grandes choses pour son avancement et pour la gloire de Dieu, et parvenir à la sainteté. »

« Les roues neuves d'un chariot ne tournent qu'avec bruit et avec peine ; mais quand elles sont ointes et huilées, elles vont paisiblement et avec promptitude. C'est ainsi que le Saint-Esprit fait aller les roues de notre âme, c'est-à-dire ses puissances, l'entendement et la volonté, avec l'onction et le baume de ses dons, que l'Église qualifie du nom d'onction spirituelle (Saint-Jure, ch. III, sect. 16, art. 2). »

L'Esprit-Saint, par ses dons, répand en nous la lumière d'une vraie connaissance et la ferveur du saint amour. (Saint Bonaventure)

L'empereur Julien, voulant rendre son apostasie solennelle, fit préparer dans un temple un grand sacrifice aux idoles. Mais, au moment de commencer la cérémonie, le feu de l'autel s'éteignit tout à coup ; les couteaux des prêtres des faux dieux ne purent couper les chairs des victimes, et le sacrificateur, effrayé, s'écria : « Il y a ici quelque Galiléen qui a été nouvellement ou lavé d'eau, ou oint de baume. » (Il voulait dire : ou baptisé, ou confirmé). Alors un jeune page chrétien qui venait de recevoir le sacrement de Confirmation, élevant la voix, lui dit : « C'est moi qui ai fait le signe de la croix et invoqué le nom de Jésus pour attirer cette honte à vos idoles. » L'empereur, qui avait été chrétien, et qui était bien instruit du pouvoir de Jésus-Christ, fut saisi de frayeur. Il appréhenda les effets de la vengeance divine, et sortit du temple couvert de confusion, sans proférer une seule parole. Le courageux soldat de Jésus-Christ rapporta aux chrétiens ce qui venait d'arriver, et ils reconnurent combien ceux en qui habite la vertu de Jésus-Christ par le sacrement de Confirmation, quand on le reçoit dans des dispositions saintes, sont redoutables au démon.

(Les sept dons du Saint-Esprit)


Reportez-vous à Nature du don de Crainte, Nature et excellence des sept dons du Saint-Esprit, Action du Saint-Esprit dans l'Église, Moyens pour obtenir les sept dons du Saint-Esprit, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du Saint-Esprit et de ses opérations en général : Ce qu'est le Saint-Esprit, sa mission temporelle, Prière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humain, Promesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'Évangile, Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit, Prière pour demander la grâce de devenir parfait chrétien, Prière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâces, Quelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?, La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de Simon, Méditation pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son lit, Méditation pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démons, Méditation pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moi, Méditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé, Méditation pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, Méditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Veille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu, Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moi, Je vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites, Actes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demande, Méditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.












dimanche 3 juillet 2022

Nature et excellence des sept dons du Saint-Esprit




Ceux que l'Esprit de Dieu fait agir sont enfants de Dieu. (Rom., VIII, 14)


Nature des dons du Saint-Esprit
. « Les dons sont des habitudes qui perfectionnent l'homme pour qu'il suive promptement l'impulsion de l'Esprit-Saint. Comme les dons, les vertus théologales et les vertus cardinales sont aussi des habitudes (1), venues du Saint-Esprit et perfectionnant l'homme ; mais il y a différence de fonctions entre les dons et les vertus. Les vertus surnaturelles sont des forces divines, communiquées à l'âme pour opérer le bien surnaturel. Le don est l'impulsion qui met ces forces en mouvement. Ce que la sève est à l'arbre, les vertus infuses le sont à l'âme baptisée. Mais pour qu'un arbre croisse et porte des fruits, il est nécessaire que la sève soit mise en mouvement par la chaleur du soleil. De même, par le baptême, le chrétien possède la sève des vertus surnaturelles ; mais, s'il veut croître et porter des fruits, il faut que cette sève divine soit mise en mouvement par l'Esprit aux sept dons. » (Mgr Gaume, t. II, ch. XXV)

(1) Entre la puissance, qui est une disposition naturelle à quelque chose, et l'acte effet et exercice de cette puissance, il y a l'habitude. Celle-ci est une qualité attachée à la puissance, qui la porte à exercer aisément son action. Ainsi l'on dit d'un enfant doué d'une belle voix et d'une oreille juste, qu'il a de la disposition pour la musique ; quand il s'exerce à chanter, il réduit en acte cette disposition naturelle ; lorsque ensuite il a acquis par l'exercice une grande facilité à chanter, on dit de lui qu'il a l'habitude de la musique, qu'il est musicien. L'habitude est une qualité fixe et durable. (P. Belot, p. 15)

« Les vertus théologales sont supérieures aux dons, parce que l'esprit de l'homme n'est pas mû par l'Esprit-Saint, s'il ne lui est uni d'une certaine manière ; or, la première union de l'homme est celle qui s'opère par la foi, l'espérance et la charité ; les dons, par conséquent, présupposent ces vertus qui sont leurs racines (S. Thomas, 1. 2, q. 68, art. 4, ad 3) »
« Mais les vertus morales surnaturelles sont inférieures aux dons. Quant aux vertus morales naturelles, elles ne perfectionnent l'âme que selon la raison, et elles peuvent être séparées de la grâce sanctifiante (P. Lallemant, IVe princ., ch. III, art. 1). »

Nécessité des sept dons. « Par les vertus théologales et morales, l'homme n'est pas tellement perfectionné dans ses rapports avec sa fin dernière, qu'il n'ait encore besoin d'être mû par une impulsion supérieure de l'Esprit-Saint. Les dons du Saint-Esprit, soit comme principes de mouvement surnaturel, soit comme éléments de lumière, de force et de défense, sont aussi nécessaires au salut que le mouvement à la vie, la chaleur à la sève, le vent au navire, la vapeur à la locomotive (Mgr Gaume, ch. XXV). »

Du don habituel et du don actuel. « Distinguons, dans les dons du Saint-Esprit, l'habitude de l'acte, c'est-à-dire le don habituel du don actuel. Le don actuel consiste en ces lumières particulières et en ces inspirations à l'aide desquelles l'Esprit divin nous excite intérieurement à certaines opérations fort nobles qui dépassent la capacité humaine. L'habitude du don est une qualité spirituelle, qui est versée en nous simultanément avec la grâce, et qui a la propriété de rendre nos puissances souples et dociles, de les incliner et de les disposer à l'obéissance envers l'Esprit-Saint, chaque fois que, par un instinct particulier et par ses inspirations, il nous pousse à ces actes. Elle s'appelle habitude : bien qu'en effet l'Esprit-Saint ne nous excite pas toujours par des motions spéciales à des œuvres extraordinaires ; il réside cependant toujours dans cette qualité infuse, qui nous rend prompts à adhérer à ses impulsions dès qu'il les imprime en nous. »

« Et ainsi se résout d'elle-même une difficulté qui pourra venir à l'esprit du lecteur : Si tous ceux qui sont en état de grâce ont reçu par infusion, avec les vertus théologales et morales, les dons du Saint-Esprit, pourquoi tous n'en font-ils pas les actes ? Si tous reçoivent par infusion le don de force, pourquoi tous n'éprouvent-ils pas en eux-mêmes une vigueur suffisante pour exercer des actes de force héroïque ? Même question pour les autres dons. La réponse est contenue dans ce que nous avons déjà dit. Les dons habituels sont versés en nous par l'Esprit divin avec la grâce sanctifiante ; mais il n'en est pas de même des dons actuels. D'où il suit que toute âme juste possédant le don de la force n'est pas pour cela extraordinairement forte dans ses opérations (Scaramelli, Dir. myst., Ier traité, ch. VI). »

Nombre des dons. « Le prophète Isaïe dit en parlant de Jésus-Christ : L'Esprit du Seigneur reposera sur lui, l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de piété, et il sera rempli de la crainte du Seigneur (Is., XI, 2) (la crainte que nous ouvre la marche vers les hauteurs de la perfection se montre seule dans l'énumération d'Isaïe. Ensuite le saint prophète associe ensemble les dons qui ont du rapport l'un à l'autre, et dont l'un regarde plus spécialement l'entendement, et l'autre la volonté. P. Belot, p. 12). Ces dons ne sont qu'au nombre de sept, parce que, dit saint Grégoire, le nombre sept représente l'universalité, et de même que le monde a été conduit en sept jours à sa perfection, de même l'homme, qui en est l'abrégé, devient parfait par les sept dons du Saint-Esprit. Ces sept dons sont nécessaires à sept besoins de l'homme, tant pour la vie active que pour la vie contemplative. Les cinq derniers, selon saint Anselme, regardent la vie active ; et les deux plus élevés, la vie contemplative. Ainsi ces sept dons sont sept rayons spirituels aussi brillants qu'enflammés, et procédant du soleil d'une charité tout embrasée. Sur eux, comme sur sept colonnes qui en sont le soutien, l'ornement et la perfection, la sagesse s'est bâti une demeure et un sanctuaire (S. Bonaventure, liv. I, ch. II — Isaïe, considérant les dons en Notre-Seigneur, les a énumérés en commençant par le don le plus élevé. S. Bonaventure et les anciens Pères, qui les ont considérés en nous-mêmes, ont dû suivre l'ordre inverse, parce que les dons se développent en nous dans cet ordre. Quelques auteurs, tels que le P. Saint-Jure, ont d'abord traité des trois dons destinés à perfectionner la volonté, la crainte, la force et la piété ; et ensuite des quatre autres, qui ont leur siège dans l'entendement. Nous avons adopté l'ordre suivi par saint Bonaventure). »

Donnez-moi un vaisseau, un pilote, d'habiles matelots, des voiles, des câbles, des ancres, tout ce qu'il faut pour que le vaisseau soit complet ; si le vent manque, tout n'est-il pas retardé ? Ainsi en est-il si le Saint-Esprit est absent. Quelque science, quelque intelligence que l'on ait, tout est inutile sans l'aide du Saint-Esprit. (Saint Chrysostome)

Par le sacrement de Confirmation, nous recevons le Saint-Esprit avec l'abondance de ses dons. C'est pourquoi on doit s'y disposer par d'ardents désirs, quand on ne l'a pas encore reçu, et en garer ensuite le souvenir, en conserver le fruit avec une pieuse reconnaissance.
« Je me souviens avec bonheur, écrit un missionnaire, d'avoir rencontré une petite fille de dix ans très-bien instruite de la religion, ce qui, à cet âge, est extrêmement rare chez les Chinois. Cette enfant désirait avec ardeur le sacrement de Confirmation, que j'hésitais néanmoins à lui accorder, parce que je la trouvais trop jeune. Je voulus m'assurer si son courage égalait son intelligence, et je lui dis : “Après que tu auras été confirmée, si le mandarin te met en prison et qu'il t'interroge sur ta foi, que répondras-tu ? — Je répondrai que je suis chrétienne par la grâce de Dieu. — Et s'il te demande de renoncer à l'Évangile, que feras-tu ? — Je répondrai : Jamais ! — S'il fait venir les bourreaux et qu'il te dise : Tu apostasieras, ou l'on va te couper la tête, quelle sera ta réponse ? — Je lui dirai : Coupe !” Enchanté de la voir si bien disposée et si fortement résolue, je l'admis avec joie au sacrement qui faisait l'objet de tous ses vœux. » (Annales de la Propagation)

(Les sept dons du Saint-Esprit)


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samedi 2 avril 2022

Dieu qui est partout demande que l'on se souvienne de sa divine présence



C'est le propre des grandes choses, de celles qui sont extraordinairement belles et rares, d'attirer les yeux, et d'occuper l'esprit. Ainsi, vous verrez des gens qui y sont attachés avec plaisir, et qui ont de la peine à en retirer leurs yeux. Ah ! si cela est, comment ne point avoir d'application à la présence de Dieu, devant qui toutes les beautés les plus charmantes ne sont que de vilaines laideurs, devant qui tout ce qu'il y a de plus rare parmi les choses créées, soit dans la terre, soit dans le ciel même, ne mérite pas qu'on s'applique un moment à le regarder ? Est-il possible que ce Dieu qui fera toute l'occupation du Paradis, et dont l'occupation en fera la félicité, qui est un bonheur infini, soit ainsi dans l'oubli en ce monde ; et qu'étant partout, partout on ne le voie point ?
Mais dira-t-on, c'est qu'il est caché à nos yeux corporels. Réponse bien indigne de l'homme, qui n'a pas seulement un corps qui a des yeux, ce qui lui est commun avec les bêtes, mais une âme spirituelle, douée d'intelligence, qui lui fait discerner ce que les sens n'aperçoivent pas. Nous avons dit que plusieurs Philosophes, par la seule lumière naturelle, avaient connu la présence de la Divinité en toute chose. Mais réponse intolérable dans le Chrétien qui a reçu le don de la foi, qui est un œil spirituel qui lui découvre certainement la présence de Dieu qui est partout, et avec plus d'assurance que les choses qui sont plus présentes à ses sens. Est-ce donc que ce bel œil qui est même éclairé par la lumière divine, lui sera inutile, et qu'il n'en sera point d'usage ?
Quoi donc, il sera vrai que nous marcherons dans Dieu ; que si nous regardons, nos regards passent à travers de Dieu ; que si nous respirons, c'est en Dieu ; que l'être de Dieu est intimement présent à notre être, qu'il le pénètre, qu'il l'anime, qu'il le soutient, qu'il lui donne la vie, l'opération, et tout ce qu'il a, et que néanmoins nous ne le regarderons pas seulement, on n'y pensera pas ?
Cependant on regarde, on s'applique à tout ce qui tombe sous les sens, en sorte, dit saint Augustin, qu'il semble que l'homme soit devenu tout chair ; car il ne pense qu'à ce que ses yeux de chair lui découvrent. Étrange et malheureuse corruption ! Infâme extase bestiale, par la domination de la partie animale ! Ainsi, l'homme dépravé est tout occupé des choses sensibles, soit qu'il soit seul, soit qu'il soit en compagnie. Que l'on fasse réflexion sur l'occupation des hommes ; leur pauvre esprit n'est rempli que de créatures, de terre, et des choses de la terre, de maisons, de jardins, de bois, de rivières, d'ameublements, de chevaux, d'équipages, d'habits, d'honneurs, de plaisirs, et des biens temporels. C'est à quoi ils pensent, c'est ce qu'ils aiment. Voilà le sujet de leurs entretiens, la matière de leurs conversations, pendant, hélas ! que l'on passe sa vie dans la désoccupation du Créateur.
Un serviteur de Dieu, (et c'est ce que nous avons rapporté autre part, dans l'un des ouvrages que la divine Providence nous a fait donner au public) arrivant à Paris par la voie d'un carrosse public, entendant toutes les personnes de sa compagnie qui s'entretenaient des nouveaux bâtiments que l'on avait faits dans cette grande ville, et qui s'invitaient à la regarder. Hélas ! dit-il, et personne ne pense à dire que Dieu est ici, et personne ne pense à le regarder. Un autre faisant voyage sur l'eau dans un bateau plein de monde, comme quelques-uns ayant remarqué qu'il était tout pensif, et qu'il ne disait rien, lui en eussent demandé la cause ; hélas ! leur répondit-il, c'est que je pensais à l'intime présence de Dieu qui remplit ce bateau, et que personne n'y pense. Le même, dans plusieurs autres voyages, ne pouvait assez s'étonner, qu'il ne trouvait que des gens qui s'occupaient de tout ce qui se présentait à leurs yeux corporels, sans se souvenir de l'immense Majesté de Dieu qui remplit toutes choses. Mais ce qui le surprenait davantage, est que lorsqu'il leur montrait combien il était juste de s'y appliquer, une si grande vérité ne faisait aucune impression, ni sur leurs esprits, ni sur leurs cœurs. Ah ! disait-il en lui-même, il faut que l'esprit et le cœur de l'homme soient dans un épouvantable dérèglement ! On lui dit : voilà des bêtes, des maisons, des arbres : il les regarde, il en parle, il ne fait son entretien ; on lui dit : voilà Dieu, et il n'y pense pas, et il n'en parle point ! On plaignait la personne dont nous parlons, qui , dans un long voyage, se trouvait seule dans un carrosse public ; et elle ne pouvait assez admirer la l'aveuglement des gens qui ne considéraient pas qu'elle avait avec elle les trois Personnes divines de la suradorable Trinité. Si en passant par quelques lieux, et que l'on prît quelqu'un dans le carrosse, on lui marquait que ce lui serait une satisfaction d'avoir de la compagnie : ô pauvres aveugles, disait-elle en elle-même, j'en ai bien une autre ; et bien loin d'avoir du plaisir de celle des créatures, elles me donnent de la peine ; car elles ne servent qu'à divertir de celle du Créateur.
Ô qu'une âme qui découvrirait la présence de Dieu, y goûterait de délices, et qu'elle y trouverait de matière pour s'entretenir avec cette suprême Majesté ! Ô quelle différence entre la vie des sains Anachorettes, et celles des personnes qui vivent dans le siècle ! Les créatures du monde, à peine peuvent-elles supporter la retraite. Il leur faut toujours de la compagnie, et des divertissements qui ne sont que bagatelles. Elles passent leur vie à s'entretenir avec d'autres créatures leurs semblables, et une demi-heure que dure la célébration du très-saint Sacrifice de la Messe, leur paraît bien longue. On crie si un Prédicateur parle plus d'une heure des plus grandes vérités de la Religion. On dit qu'on a de la peine à s'entretenir avec Dieu l'espace d'une demi-heure ou d'une heure ; et cependant, où trouve-t-on de ces créatures du monde parfaitement contentes, même de celle qui jouissent davantage de ce que l'on y recherche le plus. Leurs jeux, leur bonne chère, leurs récréations, leurs plaisirs, leurs plus belles conversations, donnent-ils à leur cœur un repos entier ? C'est ce qu'ils ne peuvent faire, parce qu'ils n'ont rien de véritablement solide, ils ne sont qu'une pure vanité.
Au contraire les divins Solitaires, dans une entière séparation des créatures, sans avoir de conversation avec elles, sans leurs jeux, leurs divertissements, n'ayant que Dieu seul dans leurs déserts pour compagnie, qui était toutes leurs richesses, tout leur plaisir, possédaient une tranquillité que le monde ne connaît point. Une paix divine qui surpasse tout sentiment, demeurait dans leurs cœurs. Ils menaient une vie angélique, et ils commençaient à en goûter les joies célestes. Ô ! qui pourrait nous dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du divin Paul, Hermite, qui a vécu plus de quatre-vingts ans dans le désert, sans jamais y avoir vu ni parlé à personne ; car il y avait plus de quatre-vingts ans qu'il s'y était retiré lorsqu'il y fut visité par saint Antoine. Certainement sa vie a été une vie du Paradis, toujours dans la contemplation de la Divinité.
Malheur à nous, qui en sommes si peu occupés. Malheur à toi, ô monde, dans tes ténèbres, qui, ayant Dieu présent partout, et qui partout ne le regardes pas, et qui t'ennuies si-tôt dans le peu de temps que tu y penses, et que l'on te parle de sa suprême Majesté. Ô si tu savais quel honneur c'est que la permission qu'il nous donne de nous entretenir avec sa grandeur infinie, que ne serais-tu pas pour jouir d'un bien si divin ? Une âme éclairée voit bien que s'il fallait souffrir durant toute la vie pour avoir cette grâce seulement un moment, que ce serait peu de chose : et voici que nous pouvons, quand il nous plaît, et facilement avec le secours divin, jouir de cet honneur inestimable ; et nous le négligeons !
Ô vraiment, s'écriait la séraphique Thérèse, puisque mon Dieu est partout, je ne le laisserai pas sans avoir l'honneur de l'entretenir ! Certainement c'est une indignité insupportable à une chétive créature, de traiter de la sorte son Créateur. Hélas ! voudrait-on en user de cette manière avec une personne un peu considérable ? C'est ce qui paraîtrait insupportable à une créature, et il faut qu'un Dieu le souffre !
Mais d'où vient un aveuglement si excessif parmi les hommes ? C'est que les esprits sont aveuglés par la terre à laquelle ils sont attachés. Ô bienheureux ceux qui ont le cœur pur par le dégagement ; car ils verront Dieu. C'est à eux à qui il se manifeste avec des amours ineffables ; et c'est cette manifestation qui est le don de sa divine présence.
Toutes les créatures à la vérité, avec le secours de sa grâce, peuvent le voir partout, puisqu'il remplit tout de son immense Majesté. Mais dans la voie commune, il faut s'appliquer avec une attention spéciale pour découvrir son adorable présence. Les Chrétiens, avec la lumière de la Foi, s'y appliquent comme ceux qui cherchent quelque chose avec une chandelle durant l'obscurité de la nuit ; c'est avec une attention particulière, et avec peine. Mais il y en a à qui il se découvre par une lumière infuse, et qui marchent sans peine en sa présence, comme ceux qui cheminent pendant la clarté d'un grand jour, à qui les objets sont présents sans aucune difficulté. C'est le don que ce Dieu de toute bonté fait à ceux qui le servent en vérité, par un véritable renoncement à eux-mêmes, au monde, et à toutes les choses du monde. Il s'en est même trouvé qui ont eu ce don continuel : comme il est rapporté du saint Homme, le grand dévot de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, le vénérable Frère Alphonse Rodriguez, Religieux de la Compagnie de Jésus, comme lui-même l'assura un jour à plusieurs Pères de sa Compagnie, qui, disputant un jour sur ce sujet, estimaient que cela n'était pas possible. Mais ce qui ne l'est pas dans la voie ordinaire, l'est bien extraordinairement, quand il plaît à Dieu d'en faire la grâce.
Ce divin Souverain qui en est le Maître, en dispose comme bon lui semble. Toujours est-il vrai que ceux qui le cherchent le trouveront. Ainsi, le Chrétien, qui, se servant de la Foi, s'applique de temps en temps à son adorable présence, peu à peu avec son secours en aura la sainte habitude, et souvent s'en souviendra.
Il ne faut donc pas borner l'Oraison dans l'espace de nos Églises. L'Apôtre voulait qu'on priât Dieu en toutes sortes de lieux. Tout le monde, dit Saint Cyprien, est le Temple de la Divinité ; dans toute son étendue, l'on y trouve la société des trois Personnes divines de la suradorable Trinité, nous avons donc partout une belle compagnie. Que personne donc ne se plaigne de sa solitude. Que les Religieuses pensent à cette importante vérité, et leur retraite n'aura plus rien de rebutant pour elles ; et ce leur sera une peine d'aller aux parloirs. Les premières carmélites de la réforme de saint Thérèse, assuraient que ce leur était une espèce de martyre, quand elles étaient obligées de s'y rendre ; et leur grand soin était d'en sortir au plutôt. Que les pauvres, et les autres personnes délaissées se consolent, puisqu'elles ont avec elles ces Personnes divines qui font tout le bonheur du Paradis. Ô si elles savaient le don de Dieu ! Il est aisé de se passer des créatures quand on a le Créateur. Comment après cela désirer avec empressement la conversation des hommes, ou se plaindre d'en être privé ?

(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)


Reportez-vous à Dieu qui est partout, demande le respect intérieur, Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Dieu est présent partout, Fête de la Très-Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Prière à la Très Sainte Trinité, Méditation sur la Très-Sainte Trinité : Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Très-Sainte Trinité, Méditation pour le Dimanche de la Sainte-Trinité, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte TrinitéAveuglement de l'homme, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. Méditation sur la présence de DieuMéditation sur l'oubli de la présence de DieuMéditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.













dimanche 20 mars 2022

Dieu est présent partout



C'est une grande et divine vérité, dont la certitude ne souffre point de doute ; dont l'ignorance ou le peu d'application demande des torrents de larmes. Trois sortes de personnes ne l'ont pas connue. Il y a eu de certains Philosophes qui disaient que Dieu étant dans le ciel, n'était ici-bas en terre que par la connaissance qu'il en avait : mais le grand Saint Cyrille prouve qu'ils sont inexcusables dans leurs erreurs, par la seule lumière naturelle de plusieurs autres Philosophes, qui n'ont pas ignoré la présence de Dieu en toutes choses : et il cite sur ce sujet, Orphée, Pythagore et Mercure Trismegiste. Il faut, s'écrie ici Saint Grégoire de Nysse, avoir l'esprit bien puéril, pour ne pas voir dans la conduite si réglée de l'Univers un Dieu qui le gouverne, et qui le remplit. C'est lui qui y conserve et qui y soutient tous les êtres, et qui assiste à tous leurs mouvements ; et pour cela, il faut qu'il s'y trouve intimement présent.
Il y a eu de certains Juifs particuliers qui ont aussi ignoré cette vérité : car ils s'imaginaient ridiculement sans beaucoup considérer leur sentiment qui était insoutenable, que Dieu dans ce bas monde demeurait dans leur Temple, comme si en quelque manière il y eût été enfermé. Saint Jérôme les combat d'une manière convaincante, leur faisant voir qu'un Temple ne peut pas renfermer un Dieu, comme s'il n'était pas autre part, que le ciel et la terre ne peuvent pas comprendre.
Il y a eu encore de certains Chrétiens, qui étant peu instruits des vérités de notre sainte Religion, n'ont pas bien entendu celle de la présence de Dieu en toutes choses : car ils ont pensé que cet être suradorable, n'était ici-bas en terre, que comme le soleil qui y est par ses rayons et par ses influences : ou comme un grand Monarque qui est partout dans son Royaume, par son autorité, par son pouvoir, par ses ministres qu'il y envoie, et par ses ordres qu'il y donne. Chose étonnante, qu'un Ecclésiastique Confesseur fût même dans cette erreur, que sainte Thérèse consulta pour s'éclaircir sur ce sujet, selon le témoignage de la même Sainte ! Erreur qui se trouve encore présentement dans plusieurs, par le défaut d'explication des vérités qu'on leur enseigne. On les a instruits dès leur jeunesse que Dieu est présent partout par son essence, par sa présence, par sa puissance ; mais comme on leur apprend seulement ces choses par mémoire, ce sont pour eux des mots qu'ils répètent sans les entendre. Abus qui règne de tous côtés, et qui est cause qu'un grand nombre de personnes, particulièrement dans les campagnes, vivent dans une ignorance grossière. Cependant parce qu'elles savent répéter par mémoire la Doctrine Chrétienne, on les croit fort instruites, quoique souvent elles ignorent les fondements de la Religion ; ce que nous avons connu par notre propre expérience dans nos visites. C'est à quoi il serait fort à désirer que l'on apportât le remède. Il y a présentement assez de Catéchismes, on apprend assez mot à mot ce qu'ils contiennent ; et après cela ceux qui sont seulement enseignés de la sorte, à peine ont-ils une juste idée de Dieu. C'est ce qui nous a pressé de donner au public un Traité sur ce sujet, intitulé : La science sacrée du Catéchisme, dans lequel nous avons montré la manière dont les Pasteurs doivent instruire.
Mais après avoir rapporté ces erreurs à l'égard de la présence de Dieu, écoutons le Saint-Esprit, qui nous déclare par le Prophète Jérémie, que Dieu remplit le ciel et la terre ; et il est vrai qu'il n'y a aucune créature, quelque petite qu'elle soit, dans laquelle il ne se trouve. Il le faut bien dire, puisqu'il est infiniment grand, et que son immensité est essentiellement sans fin, et sans aucun terme. L'être de Dieu est donc intimement présent dans tous les êtres. On pourrait ici demander ce que l'on entend par cette intime présence.
Pour y répondre, il faut savoir que la substance d'une chose est présente à l'autre, quand il n'y a rien entre elles qui les sépare. Or, c'est de cette manière que l'être de Dieu est présent dans tous les êtres. Il nous renferme en lui-même, il nous environne, il nous remplit, il nous est plus intime que nous-mêmes. Nous sommes en lui, nous vivons en lui, nous faisons toutes nos actions en lui. Ainsi le grand Apôtre enseigne, qu'il n'est pas loin de chacun de nous : car c'est en lui que nous vivons, que nous mouvons et que nous sommes.
Ce n'est donc pas seulement une pensée pieuse, ou la doctrine de quelques Pères, mais c'est une vérité de foi. Ô qu'elle est peu connue et qu'il y a peu de personnes qui en soient bien pénétrées ! Qu'on aurait grand sujet de crier à grand nombre de Chrétiens ce que saint Jean-Baptiste reprochait aux Juifs, leur parlant de leur aveuglement à l'égard du Messie notre bon Sauveur Jésus-Christ : vous avez au milieu de vous celui que vous ne connaissez point, ou au moins que vous ne voyez point !
Ô mon Seigneur et mon Dieu, je vous demande en toute humilité avec le pauvre aveugle dont il est parlé dans votre Évangile : Faites que je vous voie. Que je vous dise avec le Psalmiste : Où irai-je pour me cacher de votre esprit, et où fuirai-je de devant votre face ? Si je monte dans le ciel, je vous y trouve, si je descends jusqu'aux enfers, vous vous y trouvez présent : comme les oiseaux qui volent changent de lieu, mais volent toujours dans l'air ; comme les poissons qui nagent dans les mers, trouvent des eaux partout, et en sont environnés de toutes parts, de même changeons de lieu tant qu'il nous plaira, allons partout où nous voudrons, partout nous trouverons Dieu ; et Dieu, dit Saint Augustin, sera plus au-dedans de nous, que nous-mêmes.

(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)


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samedi 19 février 2022

Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ


Saint François renonçant au monde

Jésus-Christ, nous enseigne l'Apôtre, est toutes choses en tous. Il est notre lumière, sans lui nous sommes des aveugles, et nous marchons dans de perpétuelles ténèbres. Il est notre force, sans lui nous ne sommes qu'une pure faiblesse. Il est notre vie, sans lui nous sommes dans l'état d'une affreuse mort. Il est notre salut, sans lui il faut être perdu. Hors de lui il n'y a plus rien à espérer. Quel malheur après cela non seulement de n'être pas avec lui, mais de lui être entièrement opposé ! C'est néanmoins le malheur commun du monde, ce qui mérite des torrents de larmes ; du monde qui se dit Chrétien, et qui faisant profession d'être son disciple, lui est tout-à-fait contraire.
Si nous méditions bien cette vérité, il sera très-difficile de n'être pas pénétré de douleur et de crainte. Oui, il est vrai, le monde au milieu du Christianisme est tellement opposé à Jésus-Christ, que si une personne étrangère venait dans le pays des Chrétiens, n'en ayant jamais vu, et que d'autre part un Ange lui eût révélée la doctrine de Jésus-Christ, elle ne pourrait pas les discerner, si elle s'arrêtait seulement à leurs sentiments. Car ce qui semble épouvantable à écrire, mais ce qui se passe réellement, le monde est tout opposé à Jésus-Christ dans ses pensées, dans ses paroles, et dans ses actions. Cependant, nous dit l'Apôtre, nous devons avoir les mêmes sentiments que Jésus-Christ ; c'est une suite nécessaire du Christianisme, dont la grâce nous faisant une même chose avec lui, puisqu'elle nous fait ses membres, nous donne à même temps le même esprit. Et où le trouverons-nous parmi la plupart des Chrétiens ?
Le Fils de Dieu a déclaré bienheureux les pauvres. Ce qu'il a appris par ses divines paroles, et par les exemples d'une vie qui crie hautement le bonheur de la pauvreté à ceux qui ont des oreilles pour entendre. Et le monde les dit et il les estime malheureux, soit qu'ils le soient par leur naissance, soit qu'ils le soient devenus par la perte de leurs biens. Combien est-il éloigné de la haute estime que cet état demande au Chrétien, qui, selon ce que nous apprend le Saint-Esprit dans l'Épître de saint Jacques, est un état dont il se doit glorifier ; et de vrai, c'est une grande gloire d'être de la condition de Jésus-Christ notre Roi.
Le Fils de Dieu nous apprend que ceux qui pleurent, sont bienheureux, c'est-à-dire, qui sont dans des états de misères, de souffrances, soit de l'esprit, soit du corps, soit qu'elles viennent des hommes, des démons, ou par une pure conduite de son aimable providence ; qui soient si affligeantes, que, selon la nature, on ait de la peine à ne pas pleurer : et le monde regarde ces états comme un vrai malheur.
Le Fils de Dieu dit : Bienheureux ceux qui souffrent maintenant la faim. Et le monde tient que c'est une grande misère, qu'il est bon d'avoir une bonne table, de faire grand'chère, de se nourrir délicatement. Le Fils de Dieu déclare à ses Disciples, qu'ils seront bienheureux lorsque les hommes les haïront, leur diront des injures, et qu'ils auront leur nom en abomination à cause de lui ; que pour lors ils doivent se réjouir, et être transportés de joie : ce qui fait voir que c'est un incomparable bonheur. Et c'est ce que le monde regarde comme un grand mal.
Au contraire le Fils de Dieu prononce que les riches sont malheureux, parce qu'ils ont leur consolation. Que ceux qui sont rassasiés, qui rient maintenant, que les hommes bénissent, sont malheureux. Et le monde est tout persuadé que c'est un bonheur d'être riche, de faire de bons repas, d'être dans les aises de la vie, d'y être approuvé des hommes.
Le Fils de Dieu dit : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. Et le monde dit : quand il est offensé de quelqu'un : C'est mon ennemi, je ne saurais le voir, je ne saurais lui parler ; dans la rencontre on s'en détourne, ou on ne le salut pas. Bien loin de lui faire du bien, le monde qui paraît le plus modéré, se contente de dire : Je ne lui veux pas de mal. Bien loin de le bénir, quand il maudit ; et de prier pour lui, quand on en est calomnié, on en dit tout le mal que l'on en sait, et quelquefois le mal que l'on ne sait pas. On se sert de toutes sortes de voies pour le décrier. On porte un cœur toujours irrité, on tâche par toutes sortes de moyens de s'en venger. Que l'on est éloigné de lui faire du bien, comme notre divin Maître le demande !
Le Fils de Dieu nous apprend qu'on nous fera la même mesure que nous aurons faite aux autres. Où trouvera-t-on du monde qui croie cette vérité ? Celui qui ne fait pas du bien à son ennemi, ne la croit pas ; car il serait sans espérance du salut. Quelque mal qu'il en ait reçu, il n'approchera jamais du mal du péché que nous commettons contre dieu, qui est un mal qui a quelque chose d'infini, et qui nous rend coupables de la mort d'un homme-Dieu, et que nous traitons si outrageusement, après qu'il a donné son sang jusqu'à la dernière goutte pour nous, et dont nous dépendons si absolument, que s'il cessait un moment de nous faire du bien, nous serions tout-à-fait perdus. Hélas ! à quoi le monde pense-t-il ? Pense-t-il qu'il sera traité de Dieu comme il aura traité le prochain ? Qu'il considère donc la manière dont il en use à son égard, pour connaître ce qu'il en doit espérer.
Le Fils de Dieu nous assure qu'il répute fait à sa propre personne, ce que l'on fait à son prochain. Le monde le traite-t-il comme Jésus-Christ ? Loge-t-on les pauvres, leur donne-t-on leurs besoins, leur parle-t-on avec respect, les reçoit-on avec honneur, comme on serait ce divin Sauveur, si on le voyait en sa propre personne ? Les premières personnes de la terre avaient la foi de cette vérité, comme saint Henri, saint Louis, saint Édouard, et plusieurs autres Rois et Reines, qui avaient pour eux des respects inexplicables, qui les servaient à genoux ; et ceux qui étaient les plus affreux, qui avaient les maux les plus capables de donner de l'honneur, ils leur donnaient à manger de leurs propres mains.
Le Fils de Dieu dit : Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Est-ce là le modèle que le monde prend pour régler ses mœurs ? Se règle-t-il en ses pensées, en ses paroles, en ses actions sur la conduite d'un Dieu ? A-t-il un cœur miséricordieux envers les misérables, comme le cœur de ce Père qui est dans les cieux, soit en compatissant à leurs misères, soit en leur donnant des secours, soit en supportant leurs défauts, en exerçant la patience, en leur remettant leurs offenses, en ne se lassant point de leur bien faire, quel mal qu'ils nous fassent, à l'imitation de notre Père qui fait lever le soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons.
Le Fils de Dieu dit : Je vous dis moi, que vous ne résistiez point quand on vous fera du mal. Si on vous fait un procès pour avoir votre robe, abandonnez encore votre manteau. Donnez à qui vous demande, et ne vous détournez point de celui qui veut emprunter quelque chose de vous. Prêtez sans en rien espérer. Et le monde dit : Il se faut défendre, quand on nous fait du mal. Il faut plaider fortement, quand on veut nous prendre ce qui nous appartient. On ne doit pas prêter facilement ; et quand on le fait, il faut faire valoir son argent.
Le Fils de Dieu dit : N'amassez pas des trésors sur la terre, où la rouille et les vers les peuvent corrompre, et où les larrons les déterrent et les dérobent. Personne ne peut servir Dieu et l'argent. On ne peut servir deux maîtres. Vous ne devez pas vous inquiéter pour le boire et pour le manger, ni pour les vêtements. Ce sont les Gentils qui s'inquiètent de toutes ces choses. Cherchez premièrement le Royaume de Dieu, et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. Et le monde dit : Il est bon d'amasser de grands biens. Il met sa joie et son repos dans l'argent qu'il a dans ses coffres. Il se tourmente, dans la crainte de manquer de bien ; et il agit en cela comme les Gentils, et quelquefois s'en mettant plus en peine que ces Infidèles. Notre Maître n'exclut pas par ces paroles les soins modérés que l'on prend dans son ordre, mais les soins inquiets et qui troublent. Saint Jean Chrysostome remarque ici que, si notre sauveur nous avait recommandé d'amasser des trésors, et de faire tous nos efforts avec toutes les inquiétudes possibles pour avoir de l'argent, que nous ne pourrions pas nous y appliquer davantage.
Le Fils de Dieu crie à tous ceux qui veulent le suivre, qu'ils renoncent à eux-mêmes, et qu'ils portent leurs croix. C'est la condition indispensable de tous les Chrétiens. Et partout on ne trouve que des gens qui tâchent de satisfaire à leurs désirs, la propre volonté domine et règne dans les personnes de toutes sortes d'états, et en toutes sortes d'occasions.
Après cela, si l'on médite sérieusement et avec attention ces vérités, on verra dans un grand jour, que les sentiments, les paroles, les actions et la conduite du monde sont tout-à-faire opposés à Jésus-Christ. Ainsi que l'on aille de Royaume en Royaume, de ville en ville, de porte en porte ; que l'on demande au monde qui s'y rencontre, s'il croit que les riches soient malheureux, que ce soit un bonheur d'être pauvre, que ce soit un malheur d'avoir vingt, trente mille livres de rente, un bonheur d'avoir perdu un procès, son bien, d'être né pauvre ; un bonheur d'être délaissé des créatures, d'en être méprisé et rebuté, d'en recevoir des injures. Combien en trouvera-t-on qui répondront selon l'Évangile, qui parleront comme le Fils de Dieu a fait ? Chose étonnante, que parmi même ceux qui font une profession plus spéciale de dévotion, on a peu de foi des maximes de l'Évangile, on rencontrera de ces gens piqués au vif, si on a médit d'eux, si on leur a fait quelque offense sensible étrangement au point d'honneur. Il n'y a pas, dit la séraphique Thérèse, jusqu'au Prédicateur, au Religieux et à la Religieuse, qui n'en soient touchés, et qui n'aient le respect humain.
Cependant les vérités pratiquées dont nous venons de parler dans ce Chapitre, sont les sujets de notre Foi, aussi bien que les vérités spéculatives. Le même Dieu qui nous a révélé le mystère de la suradorable Trinité et du très-saint Sacrement de l'autel, est le même qui nous a déclaré le bonheur de la pauvreté et le malheur des richesses, le bonheur des afflictions et le malheur des aises de la vie, le bonheur des humiliations et le malheur de l'élévation des honneurs : nous sommes obligés de croire à ce qu'il nous dit à l'égard des vérités pratiques, comme à l'égard des spéculatives. Les cinq sens, il est vrai, y répugnent entièrement, et elles sont au-dessus de la raison. Mais la raison comprend-t-elle le mystère suradorable de la glorieuse Trinité ? Mais tous les sens ne sont-ils pas contraires à la foi de la présence réelle du corps de Jésus-Christ en la divine Eucharistie ? Les yeux n'y voient que du pain, le goût et l'attouchement n'y goûtent et n'y touchent que du pain ; et néanmoins au-dessus de la raison, et malgré les sens, on croit ces mystères ; et celui qui ne les croit pas, est véritablement hérétique. On rapporte sur ce sujet d'une Demoiselle, qui ayant été reçue de saint François de Sales pour être Religieuse dans l'Ordre de la Visitation de sainte Marie, lui demanda de faire abjuration de l'hérésie auparavant que de prendre l'habit. Ce qui ayant surpris le Saint, parce qu'elle avait toujours fait profession de la Foi catholique, elle s'expliqua, lui disant : Mon Père, il est vrai que je suis née, et que j'ai toujours vécu dans la Religion catholique, mais sans avoir cru les vérités ; car j'ai toujours cru que les riches étaient bienheureux, et les pauvres malheureux ; que c'était un malheur d'être dans les misères de la vie, et un bonheur d'y avoir ses aises. Ainsi je n'ai point cru les vérités que Jésus-Christ a révélées.
Mais, comment le monde les pourrait-il croire ? À peine commence-t-on à avoir l'usage de raison, que l'esprit s'imprime des sentiments tout opposés. Les pères, les mères, les nourrices, les gouvernantes les inspirent aux enfants, qui n'entendent parler qu'avec estime de tout ce que le Fils de Dieu condamne. Qu'il est rare de trouver des familles où l'on apprenne les maximes de l'Évangile ! Au contraire, les enfants sont élevés en païens ; car on leur enseigne ce qui est propre aux Infidèles, selon la doctrine de notre Sauveur Jésus-Christ. Il ne faut pas s'étonner ensuite si le cœur et l'affection tendent à l'amour des choses du siècle, des honneurs, des richesses et des plaisirs ; et à l'éloignement des humiliations, des mortifications et des croix.
Ce sont de ces honneurs, de ces biens temporels, et des fausses joies du siècle, dont l'on parle dans les compagnies. C'est ce qui y fait le sujet des entretiens. À peine oserait-on y parler de Dieu. Que les entretiens de l'éternité y sont rares, du mépris des choses qui passent, de la vanité de ce qui est l'objet des désirs de la plupart des hommes, des moyens de servir Dieu ! On y parlera assez des voies pour acquérir des biens, des bénéfices, des dignités, des charges ; on y louera hautement ceux qui y réussissent dans les assemblées, même les plus sérieuses, où l'on traite d'affaires, de sciences, de doctrine ; l'on s'y occupe peu de la doctrine de Jésus-Christ. Souvent, pour me servir des paroles de l'Apôtre, on s'y arrête à des fables, à des généalogies qui n'ont point de fin, et qui sont plutôt une source de disputes que d'édification selon Dieu. On disputera de l'origine des familles, de leur noblesse, de leur antiquité ; on considérera peu la glorieuse et inestimable alliance que la grâce du Christianisme nous donne avec les trois personnes divines de la suradorable Trinité, la condition où elle nous élève d'être les membres de Jésus-Christ, et ensuite d'être les cohéritiers de son Royaume infiniment glorieux, et qui n'aura jamais de fin. On parle de tout, on s'entretient de tout, à l'exception de l'unique chose nécessaire.
Qui pourrait dire la compassion que ces entretiens donnent aux saints Anges, et combien ceux des personnes, même les plus sérieuses selon le monde, leur paraissent ridicules ? Les Saints les ont vus plusieurs fois, lorsqu'ils leur ont apparu sous des formes sensibles, en des manières tristes, pour apprendre la pitié qu'ils avaient des hommes qui s'occupaient en des choses si peu dignes de la grandeur de leur vocation. C’est ce qui éteint aussi l'Esprit de Dieu, empêchant l'usage de ses dons, ou faisant perdre la ferveur de la dévotion. Comme notre bon Sauveur se trouve au milieu de ceux qui sont assemblés en son nom, qu'il s'y plaît et qu'il y demeure, qu'il y communique ses grâces, aussi il s'éloigne de ceux qui sont unis par l'esprit du monde. Ce qu'on lit de la bienheureuse Angèle de Foligny sur ce sujet, est très-considérable, qu'ayant pris pour compagne dans un voyage qu'elle faisait une personne d'une grande piété, notre Seigneur lui fit connaître qu'il ne lui aurait pas fait les grâces singulières qu'il lui accorda, si elle en eût choisi une autre qui eût eu moins de son esprit.
Au contraire le démon se rencontre parmi les amateurs du siècle ; et il y a des personnes dans lesquelles il réside d'une manière particulière, et qui sont ensuite très-dangereuses à celle avec qui elles conservent. Un homme se mourant, et dans une assez douce paix, un hérétique de ses amis l'étant venu voir par civilité, à même temps il s'écria qu'il était tourmenté de tentations contre la foi ; c'est que le démon qui résidait dans l'hérétique comme dans son fort, lui jeta ses traits enflammés, comme parle l'Apôtre.
Il tente dans l'impudique, de l'impureté ; dans l'avare, de l'avarice ; dans le superbe, de vanité et d'orgueil : c'est à quoi il faut prendre garde, et particulièrement à la mort, tâchant de n'avoir que des personnes de piété auprès de soi. Comme les enfants de Dieu sont poussés par son Esprit, comme nous l'enseigne saint Paul ; de même ceux qui par le péché sont les enfants du diable, sont mus de son esprit ; et c'est lui qui les fait agir. Il a sa demeure dans eux, et il s'en sert. On a remarqué dans les personnes qu'il possède corporellement ; et à qui il donne le mouvement de leurs actions, qu'elles font les mêmes choses que les pécheurs ordinaires, en leur façon de s'exprimer, ou en leur manière d'agir. Tout y est mouvement d'orgueil, de vanité, d'impureté, de colère, tout y ressent l'esprit du monde, leurs paroles, leurs gestes. Le dérèglement du siècle y paraît hautement : on y voit la bagatelle, la curiosité, les vains attachements des dames du monde, et les manières dont elles se servent. C'est que l'esprit du monde, que l'Apôtre déclare n'avoir point, est l'esprit du démon, et qui est opposé à Jésus-Christ.
Certainement il est si contraire, que les maximes de l'Évangile lui semblent une folie, et ce qui est rapporté dans l’Évangéliste Saint Luc, que les Pharisiens, qui étaient avares, se moquaient de la doctrine du Fils de Dieu, qui ne prêchait que l'amour de la pauvreté, et le détachement des richesses, arrive encore tous les jours. Les vérités du renoncement à soi-même, et aux autres créatures, sont dures ; on ne peut les goûter, et souvent on se raille de ceux qui les disent et les pratiquent. C'en est assez d'être plein de l'esprit de Dieu, pour trouver partout de l'opposition. Les Prédicateurs Apostoliques, qui vivent dans l'amour de la pauvreté, du dégagement de toutes choses, ne manqueront jamais de contradictions. Ceux qui se rendent complaisants aux hommes, sont les bienvenus, on leur applaudit, on les recherche, on les aime. On laisse les gens de Dieu, on les contredit, on les fuit, ils ne sont pas approuvés. Les œuvres qui sont le plus à la gloire de Dieu, trouvent mille difficultés ; les œuvres du péché, ou qui y tendent, n'en rencontrent point. On jurera, on dira des paroles indécentes, on chantera publiquement des chansons peu honnêtes, les Magistrats passent, pas un ne dit mot : on les laisse distribuer dans les campagnes, où des gens les apprennent, les chantent, qui souvent ignorent les principes de la Foi.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


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jeudi 6 janvier 2022

L'Épiphanie de Notre-Seigneur



La fête de l'Épiphanie, qui signifie Manifestation, parce que c'est en cette auguste solennité que nous célébrons l'heureux jour où le Dieu de vérité s'est manifesté à nous en la personne des Mages, est une des plus anciennes qu'on célèbre dans l'Église.
Des Princes, ou des Philosophes, selon plusieurs Interprètes, voient une étoile miraculeuse en Orient, et aussitôt ils quittent leur pays, leurs proches, et ce qu'ils avaient de plus cher, pour venir adorer le Roi nouveau-né. Une lumière divine dissipe leurs ténèbres, la grâce parle à leurs cœurs, ils se mettent en marche à l'instant, et se rendent à Jérusalem, capitale de la Judée, où devait être naturellement la demeure de son Roi ; ils disent qu'ils ont vu un astre brillant qui leur a annoncé cette merveille. Hérode en est troublé, parce qu'il craint que le nouveau-né ne vienne ou renverser ou partager son trône. On assemble les Princes des Prêtres, les Docteurs du peuple, qui décident que, d'après les oracles des Prophètes, c'est à Bethléem qu'il doit naître. L'étoile qui avait paru en Orient, se montra aux Mages et les précédait, jusqu'à ce qu'étant arrivée sur le lieu où était l'enfant, elle s'y arrêta. Étant entrés dans la maison, ils se prosternèrent à ses pieds, et l'adorèrent.
L'éclat de l'astre miraculeux qu'ils avaient vu dans leur pays, leur avait déjà donné sans doute de grandes et magnifiques idées de celui dont il annonçait la venue. Ils n'avaient pu voir le ciel même s'intéresser à sa gloire, sans se le figurer adoré comme un Dieu sur un autel, ou révéré sur un trône comme un puissant Monarque. Quel ne dut pas être leur étonnement, en ne voyant qu'un enfant couché sur la paille, et pour tout cortège de ce nouveau Roi, Joseph et Marie ! Quelle épreuve pour leur foi ! cependant ils ne sont point ébranlés, ils n'hésitent pas. Une voix intérieure se fait entendre au fond de leur âme, qui leur dit : « C'est ici le Dieu du Ciel et de la terre, qui vient apprendre aux hommes à mépriser des biens périssables ; il ne s'abaisse et ne s'anéantit que pour confondre leur orgueil ; il ne verse des larmes, il ne pousse des soupirs que pour expier leurs crimes et les réconcilier avec le ciel irrité. » Dociles à ces leçons, les Mages l'adorent comme leur Dieu, l'honorent comme leur Roi, le reconnaissent comme leur Sauveur, et par les présents qu'ils lui offrent, lui rendent leurs hommages.
Qu'il est frappant, ce spectacle que nous présente l'Évangile en ce jour ! Que d'instructions il renferme !
Hélas ! que seraient devenus ces Mages, s'ils avaient été indociles à la grâce qui les appelait à Bethléem pour adorer leur Rédempteur ? Ils seraient restés ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie. Depuis longtemps l'étoile brille à nos yeux par des pensées saintes dans notre esprit, par de pieux sentiments dans notre cœur, par l'organe des Ministres qui nous instruisent, par la voix des Directeurs zélés qui nous animent à la vertu, par les exemples édifiants qui s'offrent à nous, pour nous inviter d'aller à Jésus-Christ, et lui rendre nos adorations. Avons-nous brisé tous les liens qui nous empêchent d'aller nous prosterner à ses pieds ? Hélas ! que de chaînes honteuses, formées par nos passions, qui nous en rendent les malheureux esclaves ! Ce nouveau Roi exige les hommages de nos cœurs ; il les mérite par mille titres sans doute ; et nous préférons de la rendre aux plus viles créatures. Appelés à notre Religion sainte en la personne des Mages, connaissons le prix d'un si inestimable bienfait. Quel eût été notre triste sort, si le Ciel ne nous eût regardés d'un œil de miséricorde ? Hélas ! comme tant de peuples idolâtres, après avoir vécu au milieu des ténèbres les plus épaisses, les supplices les plus affreux auraient été à jamais notre triste partage.


PRIÈRE

Soyez béni à jamais, ô mon Dieu, du don infiniment précieux de la foi que vous avez daigné me faire préférablement à tant d'autres. C'est en ce jour auguste que vous m'avez fait entrer dans le sein de l'Église, ma tendre mère. Jusqu'ici je l'avais affligée, en méconnaissant l'excellence de sa doctrine, et en me rendant infidèle à ses préceptes. Mais, touché de votre grâce, je veux être désormais jusqu'à la mort son enfant reconnaissant et docile. Je ferai, de la foi qu'elle m'enseigne, la règle de ma croyance. Quand elle aura parlé, les doutes que l'impie voudrait présenter à mon esprit, ne me paraîtront que des délires ou des blasphèmes. Les lois qu'elle me prescrit dirigeront toujours mes mœurs ; ses mystères feront taire ma raison orgueilleuse ; j'adorerai leur profondeur qui surpasse ma faible intelligence. Dans cette région de ténèbres, le Dieu des miséricordes fait luire à mes yeux le flambeau qui m'éclaire pour aller à lui sans craindre de m'égarer. À ce souvenir, mon cœur doit être pénétré d'une reconnaissance éternelle. Faites-moi connaître, Seigneur, toute l'excellence d'un bienfait si ineffable, et que la vérité qui m'instruit, me présente les motifs pressant qui engagent d'aller à vous, et en tout de vous être fidèle.

(Manuel du Catholique)


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puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.