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mardi 25 juillet 2023

La politesse est indissociable de la charité, Considérations sur la nature, les principes, les règles fondamentales, la nécessité de la bienséance et de la civilité


La politesse, on le constate, se fait de plus en plus rare dans ce monde, mais aussi malheureusement chez les catholiques, plus encore chez ceux qui crient haut et fort détenir la bonne doctrine... ce ne sont pas des mots qui font un catholique, mais l'esprit de Dieu qui l'anime et les actes qui en découlent ; d'où selon nous la nécessité de rappeler que la politesse est indissociable de la charité. Sans politesse donc, nulle charité. Espérons que ce rappel soit une source de motivation pour ceux qui ont oublié l'importance de la politesse et de la civilité pour être agréables à Dieu et aux hommes.


Sainte Anne et Saint Joachim instruisant Marie


Considérations sur la nature, les principes, les règles fondamentales,
la nécessité de la bienséance et de la civilité


La Bienséance, telle que nous la considérons dans ce traité, est la convenance qui règle nos rapports extérieurs avec Dieu, avec le prochain, avec nous-mêmes.
La Civilité, cette partie de la bienséance qui ne s'occupe que des rapports mutuels des hommes entre eux, ajoute aux convenances naturelles auxquelles nous sommes tenus à l'égard des autres, certaines règles arbitraires qui varient avec les temps et les lieux. Elle emprunte à la Politesse ce qu'elle peut avoir, dans le mode, d'aisé, de fin et de délicat.
Fondées sur la nature des choses, les règles de bienséance sont immuables, elles obligent tous les hommes, et elles ne peuvent être enfreintes sans un désordre plus ou moins grave.
Quant aux lois de la civilité et de la politesse qui changent suivant les pays et les temps, elles doivent être respectées d'après les principes de la bienséance générale. Celle-ci, en effet, tout en gardant le silence sur les formes arbitraires du respect et de la bienveillance extérieure, prescrit indirectement l'observation de ces règles, précisément par l'obligation qu'elle impose de se montrer bon et honnête à l'égard des autres.
L'infraction de ces lois dépendant des usages, peut provenir ou de l'ignorance : elle annonce une mauvaise éducation ; ou de l'oubli : il dévoile un esprit léger, et peu fait pour sentir vivement les convenances ; ou de la grossièreté : elle ne se trouve que dans un cœur sans vertus, et nullement susceptible de se plier à la politesse extérieure ; ou bien enfin d'un caractère plein d'orgueil : abaissant les autres à ses propres yeux, il se croit dispensé des règles de l'honnêteté ; froissé dans sa vanité, il ne garde plus aucune mesure à l'égard de ceux qui l'on blessé.
Toutefois, gardez-vous de cette civilité purement extérieure, telle qu'elle se trouve ordinairement dans le monde. On croit avoir gardé toutes les règles, lorsque, sous des formes pleines de politesse, sous les protestations réitérées d'une bienveillance hypocrite et d'un respect apparent, on cache le mépris ou l'indifférence, souvent même la haine.
La civilité, pour un chrétien, doit puiser son principe dans la charité, seul lien d'union solide entre les hommes. Le chrétien, non content d'y chercher ces motifs si puissants qui le portent à regarder dans les autres hommes des chefs-d’œuvre sortis des mains du Créateur, des enfants, comme lui, de ce père commun, des frères régénérés avec lui dans le sang du Sauveur, dont ils sont appelés à partager ensemble le royaume et la gloire ; le chrétien, dis-je, trouvera encore dans les caractères de la vraie charité, des règles qui le guideront avec d'autant plus de sûreté dans ses rapports avec ses frères, qu'elles lui sont données par l'Esprit-Saint lui-même.
Formée sur ces divins enseignements, la civilité du chrétien sera donc, comme sa charité, pleine de patience et de douceur ; dans ses procédés, elle ne fera paraître ni précipitation ni orgueil ; apprenant à fouler aux pieds ses propres intérêts, elle ne cachera jamais des desseins ambitieux. Au lieu de montrer de l'aigreur contre ceux qui auraient pu le piquer, celui qui règle sa civilité sur l'amour de ses frères supporte tout, souffre tout ; loin de témoigner des défiances injurieuses, par une louable simplicité et une noble franchise, il croit et il espère toute espèce de bien des autres. Si quelquefois il blâme le mal, plus souvent et avec plus de complaisance il relève les belles actions. Sa civilité, comme sa charité, ne lui fait jamais défaut ; elle répand sur toute sa conduite les charmes les plus attrayants.
Tels sont les principes, telles sont les règles de cette civilité véritable dont la politesse du monde n'est qu'une froide et pâle image.
L'esprit de charité qui inspire, qui vivifie la civilité et la politesse de tout chrétien, doit surtout se faire remarquer chez un ecclésiastique, obligé, par état, à une vie de dévouement, de zèle et de charité. Appelé à continuer et à perpétuer, sur la terre, la mission d'amour et de sacrifice de son divin maître, il imitera son humilité et sa douceur. Dans tous ses rapports avec le prochain devront se faire remarquer et sa modestie et sa bienveillance. Au-dessus du monde, par son caractère et ses fonctions ; hors du monde, par un esprit vraiment sacerdotal qui l'éloigne des habitudes de la société mondaine, le prêtre, cependant, vit au milieu du monde : aussi doit-il se plier à ces règles de bienséance, d'ailleurs indifférentes, mais auxquelles il est soumis comme les autres, et qu'il ne pourrait enfreindre sans s'exposer au mépris, au discrédit des gens du monde, et sans compromettre le succès d'un ministère laborieux et sanctifié même par de grandes vertus. Cependant, se souvenant toujours de sa dignité et de son caractère, il ne doit se prêter à rien de bas ni de trop mondain : ce serait une autre manière de tomber dans le mépris que d'affecter une politesse mondaine, contraire à ce que les gens du monde eux-mêmes attendent des mœurs graves d'un ecclésiastique.
Nous faisons connaître au jeune élève du sanctuaire le caractère spécial de la civilité pour un ecclésiastique, afin que, de bonne heure, il s'accoutume à cette bienveillance, à cette modestie, à cet esprit de dévouement, et à cette sage réserve qui devront, plus tard, paraître tout particulièrement dans ses rapports avec ses frères.
Exposer les principes et les règles fondamentales de la civilité chrétienne, n'est-ce pas faire sentir toute son utilité, toute son importance ? En effet, l'exercice de la civilité, telle que nous l'entendons, n'est autre chose que l'exercice des plus belles vertus chrétiennes : la patience, le renoncement à soi-même, l'humilité, la modestie, la douceur, en un mot la charité.
De l'observation consciencieuse des règles de la bienséance naît comme nécessairement cette habitude d'une sainte contrainte qui dispose à tous les sacrifices que demande la pratique des vertus.
La vigilance que nous devons avoir sur nous-mêmes et sur toutes nos démarches pour ne manquer à aucune convenance, facilité cette autre vigilance plus rigoureuse avec laquelle nous devons garder notre cœur et nos sens ; elle facilité aussi l'attention continuelle que nous devons apporter à l'accomplissement de nos devoirs.
De tout ce que nous venons de dire, il est facile de conclure combien il est important, combien il est nécessaire de s'exercer de bonne heure à la pratique de la civilité.
Elle forme, nous venons de le voir, aux habitudes les plus propres à faire naître et à entretenir les vertus. Pratiquée dès le jeune âge, la civilité préserve souvent les enfants, les jeunes gens, de ces vices grossiers qui ne trouvent pas de prise sur un cœur formé, par la bienséance, à la délicatesse et à l'honnêteté. Combien de fois un air de modestie et d'une honnête retenue n'a-t-il pas préservé un jeune homme du contact des méchants, qui fuient à l'aspect de la vertu ?
La considération de ne pouvoir se former plus tard que très-difficilement à ces habitudes d'honnêteté qu'il n'aurait pas contractées dans sa jeunesse, doit déterminer un jeune homme à s'accoutumer à l'exercice de la civilité et de la politesse, et à redresser, de bonne-heure, les mauvais plis qu'il réussirait avec peine à réformer dans la suite.
Un jeune élève se fera donc un devoir d'étudier avec attention les règles de la bienséance, et les différents usages de la société dans laquelle il est appelé à vivre. Ce sera surtout par la pratique qu'il parviendra à la connaissance de ces règles et de ces coutumes.
Une grande vigilance sur soi-même, sans préoccupation gênante ; l'observation attentive des bons procédés et des bonnes manières dans les personnes civiles et délicates ; la bonne volonté de profiter des avis ou des corrections par lesquelles un supérieur, un ami, cherchent à réformer des défauts contraires à la civilité et à la politesse : tous ces moyens seront employés avec zèle, et conséquemment avec profit, par les jeunes gens qui sentiront l'importance et la nécessité de se former aux bienséances et à la politesse.

(Politesse et Bienséances, par l'Abbé Théodore de Beauvois)







mercredi 9 février 2022

Gémissements en la présence de Dieu et de ses Anges, d'une âme éprouvée par les tentations



Qui me délivrera, Seigneur, de ce corps de péché qui fait ce que je ne veux pas, et qui m'impose une loi contraire à celle de l'esprit ? Qui me délivrera de cette foule de monstres qui m'environnent, et que je déteste ? Mon âme est comme la poussière de la terre exposée au gré des vents, comme une fleur de quelque apparence, que la moindre haleine flétrit, et comme une glace que le moindre souffle ternit. La tempête des tentations comme celle d'une mer agitée, m'inonde de telle sorte, que je ne vois point d'espérance d'échapper, si vous ne me préservez vous-même du naufrage. Mon imagination, ma mémoire, mon esprit et mon cœur sont d'intelligence pour me séduire. Mon corps et mes sens se livrent des combats continuels. Ce sont des ennemis domestiques qu'il est difficile d'attaquer, et encore plus difficile de vaincre. La jalousie du démon va jusqu'à la fureur, surtout contre ceux qui s'engagent à mener une vie angélique dans un corps mortel. Comment après cela, mon Dieu, vous pourrai-je, selon l'avis de l'Apôtre, glorifier dans mon corps tout grossier et terrestre qu'il est ? Cet Apôtre des nations veut que les corps des Chrétiens soient comme autant de chars glorieux où votre Majesté soit continuellement portée comme dans une espèce de triomphe. Grand Dieu, comment pourrez-vous être glorifié dans un corps si impur ? Comment votre Esprit pourra-t-il être porté dans un vase plein de corruption, et habiter dans une maison remplie d'objets capables d'irriter votre colère ? Quelle apparence que vous demeuriez dans les temples remplis d'idoles et d'abominations ? Levez-vous, Seigneur, et dissipez vos ennemis, purifiez le sanctuaire que vous voulez habiter. Soyez ma lumière et ma force, et étouffez dans leur naissance tant de sentiments indignes d'un Chrétien. Purifiez mon imagination des fantômes qui la souillent, des pensées qui la troublent, des désirs qui l'inquiètent. Découvrez-moi la vanité des plaisirs sensuels, les beautés de la chasteté, et la honte du vice contraire. Mais surtout, inspirez-moi assez de vigilance sur moi-même, pour résister dès le commencement de la tentation ; assez de fidélité pour recourir à vous au moment qu'elle me presse ; assez de courage pour la vaincre entièrement. J'implore ici votre assistance, Esprits angéliques, afin que je n'offense jamais la pureté de vos yeux. Placez-vous sur les murs de la Jérusalem céleste et spirituelle pour défendre le troupeau de la gueule du loup infernal, qui ne cesse de tendre des pièges à l'innocence. Sublimes Esprits, Astres brillants du matin, qui avez un accès si facile auprès de la Reine des vierges, obtenez-moi sa protection, et ne m'abandonnez pas dans le combat ; autrement je périrai dans ma misère. Faites-moi souvenir dans les moments critiques, que si on goûte ici-bas quelque volupté passagère, le remords qui l'accompagne, et la tristesse qui la suit, en découvrent bientôt la vanité, que ces plaisirs ne sont qu'imaginaires, et qu'il n'en est point de plus réels et de plus véritables, que ceux que goûtent les âmes pures dans la pratique de la chasteté.


Reportez-vous à Autres Gémissements d'une âme sur ses égarements passés, Prière pour demander à Dieu la victoire des tentations, Qu'il faut se conduire différemment, selon la différence des Tentations dont on est attaqué, Comment il faut se comporter dans les Tentations contre la foi et Contre la Pureté, Des Tentations qui se présentent à nous sous l'apparence du bien, Autres remèdes contre les Tentations, Saint François d'Assise : Qu'il faut traiter le corps avec ménagement pour lui enlever tout prétexte à murmurer, La prière est encore un puissant remède contre la Tentation : Prières courtes et ferventes dont on se peut servir dans le temps des Tentations, La défiance de soi-même et la confiance en Dieu, sont des moyens salutaires pour vaincre les Tentations, Ce qui peut surtout nous rassurer dans les Tentations, c'est que Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, Remède contre les Tentations ; premièrement, il ne faut pas se décourager quand elles nous arrivent, Que les tentations sont une leçon salutaire, et pour nous et pour les autres, Les tentations servent à nous mieux faire connaître notre faiblesse, et à nous faire sentir le besoin de recourir à Dieu, Pourquoi Dieu permet que l'on soit tenté ; Avantages réels qui résultent de ces tentations, Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après leur retour à Dieu, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Des tentations, Conduite à tenir à l'égard des tentationsDes tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis le plus utile de tous : Priez !, Aspiration dans les tentations, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, et Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.













samedi 1 janvier 2022

Pour le Jour de la Circoncision



La Circoncision était la marque et le sceau de l'alliance que le Seigneur avait faite avec Abraham. Il l'ordonna à tous les enfants mâles, et à leurs descendants, le huitième jour après leur naissance. Jésus-Christ, qui descendait des saints Patriarches selon la chair, a voulu se soumettre à cette loi huit jours après être venu au monde, pour nous affranchir de ce joug rigoureux, et nous apprendre à être fidèles à toutes les ordonnances que la Religion nous impose. En nous délivrant de la circoncision judaïque, il en exige une autre de notre part, qui s'étend à toutes nos pensées, nos désirs, nos affections, nos paroles, nos actions, et généralement à toutes nos démarches. Elle nous oblige à combattre et à vaincre tout ce qui favorise la cupidité et la mollesse. Elle nous prescrit de faire le retranchement de tout ce qui flatte la sensualité. Elle exige du riche qu'il renonce au superflu de ses biens, à la pompe et à la magnificence de ses bâtiments et de son cortège, si peu convenables à un disciple de Jésus-Christ. Elle exige qu'une mondaine retranche toute parure non-seulement indécente, mais encore celles qui ne servent qu'à flatter la vanité et le désir de briller et de plaire.
La vie d'un Chrétien doit être marquée tous les jours par des privations et des sacrifices. C'est la voie qui conduit au Ciel, il n'en est point d'autre. Malheur à celui qui s'en éloigne, en ne recherchant que les plaisirs du monde, en se conformant à ses maximes, en faisant son unique occupation de flatter ses sens.
Que de retranchements n'avons-nous pas à faire d'après les règles de l'Évangile ! Si jusqu'ici nous n'avions vécu que pour contenter nos goûts et flatter notre sensualité, demandons à Dieu qu'il nous inspire, au renouvellement de cette année, la résolution la plus sincère de ne passer aucun jour qui ne soit consacré à lui plaire et à le servir ; en faisant de l'observation de ses lois, la règle de notre conduite.
Notre Seigneur, au jour de sa Circoncision, reçut le nom de Jesus, qui signifie Sauveur. L'Ange avait dit à Joseph, qu'il devait sauver son peuple, en le délivrant de ses péchés ; et saint Pierre nous dit, qu'il n'y a point de salut par aucun autre que par lui ; car nul autre nom sous le Ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous puissions être sauvés.
Par combien de titres Jésus-Christ ne mérite-t-il pas ce nom adorable ! De combien de maux ne nous a-t-il pas délivrés ! Nous périssions pour toujours, et des supplices éternels auraient été notre triste partage, si, par l'excès de sa miséricorde, il ne nous en eût préservés. Combien de fois, par sa grâce, ne nous a-t-il pas retirés de l'abîme du vice !
Ne prononçons jamais le nom de Jesus sans être pénétrés des sentiments de la reconnaissance la plus vive, en pensant qu'il est la source de tous les dons que nous recevons avec tant d'abondance. Il doit ranimer notre confiance au milieu des périls qui nous environnent, et des ennemis qui ont conjuré notre perte. Faisons-en un bouclier impénétrable à tous les traits que l'enfer lance contre nous. Pendant notre vie, et à l'heure de notre mort, il sera notre force et notre consolation, si c'est l'Esprit-Saint qui le met sur notre langue, après l'avoir gravé dans nos cœurs.


PRIÈRE

Sauveur adorable, que deviendrais-je, hélas ! si vous n'étiez ma ressource et mon appui ? Livré à moi-même, ma perte serait inévitable. Vous avez daigné vous laisser attendrir à la vue de mon triste sort, vous êtes devenu mon libérateur et mon asile. Le souvenir de vos bienfaits devait, en excitant ma reconnaissance, me rendre un serviteur fidèle, et jusqu'ici je n'ai répondu à vos bontés que par des outrages. Loin d'être l'observateur de votre loi, tous les jours j'en ai violé les préceptes. Oubliez, je vous en conjure, mon ingratitude et ma perfidie ; pénétrez-moi de la douleur la plus amère, et de la componction la plus vive, afin que, par une vie pénitente, j'expie mes offenses. C'est alors qu'arrivé aux derniers moments de ma vie, lorsque je prononcerai le doux nom de Jésus, je pourrai encore ranimer ma confiance, et vous regarder comme un Sauveur rempli de bonté, qui ne sera mon juge que pour me faire entendre un arrêt favorable.

(Manuel du Catholique)


Reportez-vous à Sur la soumission du Sauveur enfant à la loi de la Circoncision, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, De la Circoncision, comprenant la lettre de nouvelle année de Saint François de Sales, Le premier jour de l'année, Prière pour remercier Dieu de ses bienfaits, s'humilier de ses fautes, et lui promettre une vie plus fidèle, Sur le délai de la conversion, Considérations sur la rapidité du temps, Méditation pour le dernier jour de l'année, De l'emploi du temps, Méditation sur l'emploi du tempsMéditation sur le bon usage du temps présent, et Sentiments d'une âme pénitente à un renouvellement d'année.













jeudi 11 novembre 2021

COMBIEN LA PRIÈRE EST UTILE AUX ÂMES DU PURGATOIRE


Char funèbre de Napoléon

La prière de celui qui s‘humilie pénètre les cieux. (Eccli. XXXV, 21)

Le grand docteur saint Jérôme, après avoir décrit la sépulture donnée par saint Antoine à saint Paul, premier ermite, dans une petite fosse recouverte simplement avec du sable, réprouve le vain luxe de ceux qui ambitionnent pour leurs parents ou pour eux-mêmes la pompe des funérailles mondaines, prodiguant le brocart, les tentures précieuses, les cierges, le marbre choisi, les mausolées magnifiques, à des cendres misérables, et veulent encore que du haut de la tribune ou de la chaire, retentisse l'éloge du défunt en termes éloquents. « Pourquoi, dit-il, tant de riches draperies ? pourquoi cette ambition, vivant encore au milieu du deuil et des larmes ? Est-ce que les cadavres des riches ne peuvent se décomposer que dans la soie et l'or ? Cur mortuos vestros auratis obvolvitis vestibus? cur ambitio inter luctus lacrymasque non cesset ? An cadavera divitum nisi in serico putrescere nesciumt ? » Voilà pourtant de quoi on se préoccupe, beaucoup plus que de secourir l'âme par la prière et les œuvres saintes ! On témoigne de la sorte ses sentiments de regret et d'affection, et l'on ne songe point qu'ainsi exprimés ils ne servent de rien aux morts et nuisent trop souvent aux vivants. Comme une simple aumône, une courte prière, vaudrait mieux que tout cela ! comme elle serait plus charitable et plus utile !
Un grand seigneur de Venise envoya une somme importante en écus d'or au Père Paul Montorfano, prieur des Théatins, afin qu'il fit célébrer dans son église un service funèbre en faveur des ancêtres de la famille. Le religieux, attentif aux règles de simplicité qui sont la loi de la vie monastique, fit la chose avec plus de dévotion que de magnificence, mais toutefois fort convenablement. Il paraît que cela ne fut pas suffisant pour le chrétien mondain ; car il envoya au Père un messager se plaindre de la parcimonie apportée dans une fonction pour laquelle la famille faisait une telle dépense. Le prieur vit bien qu'il avait affaire à un cœur plus séduit par les vanités de la terre que touché des lumières de la foi ; cet aveuglement lui fit de la peine, et il cherchait en lui-même comment il pourrait le guider et amener ce seigneur à des sentiments plus dignes de la piété. Il avait lu quelque part une leçon de ce genre donnée autrefois, dans une circonstance semblable, à un fidèle animé des mêmes pensées, et il espéra que DIEU lui accorderait de la renouveler, puisque son bras est toujours aussi puissant et son oreille aussi attentive à nos demandes : « Non est abbreviata manus Domini, neque aggravata est auris ejus est non exaudiat (cette histoire a été raconté ici-même). »
Plein de son idée, il prend le messager par la main et le conduit dans une chambre voisine, où il tire d‘un secrétaire la somme intacte qu'il avait reçue ; le papier qui l'enveloppait n'avait pas même été touché ; puis il se met à écrire sur une autre feuille le psaume De profundis, et commande à un frère qui l'accompagnait d'aller lui chercher une balance. Quand elle est apportée, il place la somme dans l'un des plateaux, le psaume dans l'autre : Ô merveille ! c'est le plateau de l'or qui cède. Deux fois on tente l'épreuve, deux fois elle donne le même résultat. L'envoyé, saisi de crainte, fait avec précipitation le signe de la croix ; puis il se met en route pour aller retrouver son maître, impatient de lui conter un phénomène si surprenant. Celui-ci n‘en fut pas moins frappé : il bénit la divine Providence de lui avoir fait comprendre par cette voie miraculeuse combien la plus simple oraison du cœur l'emporte sur tous les trésors du monde. Dès ce moment, il professa une vénération plus grande pour le P. Montorfano, lui fit demander pardon de ses plaintes inconsidérées, et lui promit qu'à l'avenir il raisonnerait plus en chrétien et saurait estimer à leur valeur les pompes de la vanité.
En témoignage de l'événement, on fit peindre un tableau où l'on voyait le religieux la balance à la main et tout le reste de l'histoire.
Il ne faudrait pas conclure de là, au reste, que de courtes prières soient suffisantes pour tirer les âmes de leurs tourments expiatoires ; elles sont bien supérieures à l'or, cela est vrai, mais l'or n'est rien devant le Seigneur. La sainte épouse de JÉSUS-CHRIST, Ursule Bénincasa, du même ordre des Théatins, l'avait compris, elle qui pour leur délivrance s'était offerte aux souffrances les plus cruelles. Sa sœur Christine étant à l'agonie, Ursule s'apitoyait sur sa position, au point de vue surtout des épreuves qui vraisemblablement allaient purifier sa vertu dans le purgatoire. Comme elle avait appris que plusieurs personnes charitables ont souffert elles-mêmes pour ceux qui devaient être tourmentés dans l'autre vie, sainte Catherine de Sienne entre autres, elle se résolut à imiter cet exemple. Elle conjura donc Notre-Seigneur de lui imposer ici-bas les peines qui attendaient sa sœur expirante. Celle-ci expirait en effet. À l'instant Ursule fut ravie en esprit ; et, quand elle revint à elle, elle s'écria : « Je vous rends grâces, ô mon DIEU, pour cette grande miséricorde que vous avez faite à ma sœur Christine, de la délivrer en considération de ma prière. » Et elle invita toutes ses compagnes à chanter avec elle le Te Deum. Il n'était pas achevé, qu'elle fut assaillie d'affreuses douleurs, qui ne la quittèrent plus jusqu'à la mort. — Voilà jusqu'où peut aller le dévouement aux pauvres âmes, et comment on a le sentiment de ce que réclame la divine justice pour leurs offenses. La prière est excellente, mais elle doit être accompagnée aussi de bonnes œuvres, et surtout de pénitences courageusement embrassées.

On a fait sur l'histoire du P. Montorfano ces jolis vers latins, que nous tenons à conserver :

« Aurum pars trutinæ, schedulam pars caetera pensat :
Tollitur illa gravis, dùm levis ista cadit.
Nimirum schedulæ pietas dat candida pondus
Quod fallax auro detrahit ambitio :


L'un des plateaux reçoit l'or, l'autre le léger papier :
le premier, tout pesant qu'il est, s'élève, le papier sans
poids l'emporte. C'est que la douce piété donne au billet
la pesanteur qu'il ôte à l'orgueil humain. »

(D. Jos. Silos, Histor. 0rd. Theatin, livre XV. Année 1580 ; P. Bagata, Vita B. Ursuloe Benincasa, 2e part. c. 6).

(Les Merveilles Divines dans les Âmes du Purgatoire, par le P. G. Rossignoli, de la Compagnie de Jésus)


Reportez-vous à L'intercession des Justes apaise la colère divine, Les souffrances de cette vie ne sont pas comparables à la gloire future, Vivons si pieusement que nous puissions éviter le purgatoire ou, au moins, n’y pas brûler trop longtemps, Le Seigneur révèle les mystères du royaume de la mort, Dieu instruit les vivants sur les mystères de l'autre vie, L'amour du prochain doit s'étendre au-delà de cette vie, Prière pour les morts, Instruction sur la Fête de la Commémoration des Morts, Prière pour le repos de l'âme d'une pieuse mère, L’œil de la justice divine, Plaintes douloureuses des âmes du purgatoire, La crainte du Purgatoire fait taire la volupté, Combien effrayants sont les tourments du Purgatoire, Le Fils de l'homme rendra à chacun selon ses œuvres, Apparitions et Révélations, le témoignage de Saint Thomas d'Aquin sur les âmes du Purgatoire, Protection miraculeuse, Rigueur de la justice divine, Un Purgatoire plus long à qui n'a pas prié pour les morts, Accusations du démon contre les morts, Prière à Marie pour lui demander sa protection à l'heure de la mort, Prière pour obtenir une bonne mort, Supplications à Marie pour les âmes du Purgatoire, La divine Marie et le scapulaire, Suffrages conformes aux bonnes œuvres accomplies pendant la vie, Grand pécheur délivré par une âme du purgatoire, Si vous faites du bien, vos bienfaits vous attireront de grandes grâces, Prière à Marie pour ses parents en Purgatoire, Méditation pour la Fête de Notre-Dame des Anges, Extrait du Sermon sur la Mort de Saint Robert Bellarmin, Reconnaissance des âmes du Purgatoire ou comment les âmes du Purgatoire interviennent aussi pour leurs bienfaiteurs dans les choses temporelles, Bonté des Anges pour les pauvres âmes du Purgatoire, Dévotion aux Saints Anges : Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Valeur du Saint Sacrifice en faveur des âmes du Purgatoire, Le pardon d'une offense soulage les âmes souffrantes, Protection des âmes du Purgatoire, Une âme souffrant le tourment du feu pour avoir écouté plutôt les conseils du sang que ceux de la piété, La dévotion du Saint Rosaire, pour le soulagement des âmes du Purgatoire, Sainte usure de ceux qui appliquent leurs œuvres au soulagement des défunts, Celui qui souffre pieusement ici-bas va tout droit au repos éternel,Reconnaissance des âmes pour leurs bienfaiteurs, Les âmes qui gémissent dans le feu du purgatoire trouveraient leur soulagement dans de petites choses, et on les leur refuse !, Admirable commerce de charité entre les vivants et les défunts, Pour entrer au Ciel il faut être exempt de la moindre faute, Neuvaine pour le soulagement des âmes du Purgatoire, Souffrances des âmes qui ont donné du scandale, Ingratitude des héritiers envers leurs bienfaiteurs ou comment Dieu permet à une âme abandonnée dans le purgatoire de solliciter les suffrages de ses frères, Le Ciel bénit ceux qui prient pour les morts, Les peines du Purgatoire conformes aux fautes commises, Prières pour chaque jour de la semaine, en faveur des âmes du Purgatoire, Les souffrances du Purgatoire, bien que passagères, paraissent extrêmement longues, C'est se délivrer soi-même que de secourir les âmes du Purgatoire, Chapelet des actes de Foi, d'Espérance et de Charité, en faveur des Âmes du PurgatoireComment les prières d'un saint délivrent quantité d'âmes, La Mère de Dieu, Mère des Âmes du Purgatoire, Une âme du Purgatoire rappelée à l'expiation sur la Terre, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, La conversion renvoyée au soir de la vie conduit l'âme à la cruelle faim du Purgatoire, Dieu exauce les prières des communautés ferventes en faveur des défunts, Ne pas soulager les défunts par les aumônes, c'est se priver soi-même de grands avantages spirituels, Excellence des suffrages en faveur des morts, La Charité bien comprise nous fait un devoir très-pressant de subvenir aux nécessités des âmes du Purgatoire, Un saint Frère franciscain reconnaît, dans une étonnante vision, un de ses compagnons mort quelque temps auparavant, Enseignement de l'Église sur le Purgatoire, Dévotion au Crucifix, Méditation pour le jour des morts, Chapelet pour le repos des âmes du Purgatoire, Exercice sur les quatorze stations du chemin de la Croix pour les âmes du Purgatoire, Litanies pour les Fidèles Trépassés, Méditation pour le Jour de la Commémoration des morts, La Sainte Vierge Marie, Mère de Miséricorde, Dévotion en faveur des âmes du Purgatoire, Méditation sur la peine qu'on endure dans le purgatoire, Les indulgences pour les fidèles défunts, Offrir sa journée pour les âmes du Purgatoire, La pensée du Purgatoire doit nous inspirer plus de consolation que d'appréhension, Nous devons secourir tous les morts, même ceux que nous croyons déjà au Ciel, Méditation sur la durée des souffrances du purgatoire et l'oubli des vivants à l'égard des morts, Nous devons secourir tous les morts, même ceux que nous croyons déjà au Ciel, Être en état de grâce pour que nos prières soient utiles aux âmes du Purgatoire, Les différents moyens de soulager les morts, Quelles sont les âmes qui vont en purgatoire, La pensée du Purgatoire nous instruit sur la gravité du péché véniel, De la méditation de la mort, La pensée du purgatoire nous prouve la folie de ceux qui ne travaillent pas à l'éviter, Pour éviter le purgatoire endurons nos afflictions en esprit de pénitence, Le Purgatoire, motif de patience dans les maladies, Méditation sur les motifs qui doivent nous engager à secourir les âmes du purgatoire (1/4), Méditation sur les défauts qui rendent infructueuse notre piété envers les morts, Premier moyen propre à soulager les âmes du Purgatoire : Le Saint Sacrifice de la Messe, Deuxième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire : Prières, jeûnes, aumônes..., Les indulgences, troisième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire, Pour que le nom de Dieu soit sanctifié, pour que son règne arrive, et pour que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, secourons les âmes du Purgatoire, Méditation sur la piété envers les morts, toute chrétienne et cependant inutile, La précieuse mort de Saint Philippe Benizi, Première méditation de préparation à la mort : Rends-moi compte de ton administration, Seconde méditation de préparation à la mort : Voici l'époux qui vient ; allez au-devant de lui, Troisième méditation de préparation à la mort : Que me présenteront le passé, le présent et l'avenir ?, Quatrième méditation de préparation à la mort : Les Portes de la mort vous ont-elles été ouvertes ?, Du jugement et des peines des pécheurs, Tu es poussière et tu retourneras en poussière, Méditation sur l'emploi du temps, Méditation sur la conscience, Méditation sur le repos de la Conscience, Méditation sur l’aveuglement de la Conscience, Méditation sur la Préparation à la mort, Méditation sur la pensée de la mort, Méditation sur la justice de Dieu, Méditation sur le Jugement de Dieu, Personne n'est-il revenu de l'Enfer ?, Exercice pour la bonne mort, Méditation sur le désir de la mort, Méditation sur la crainte de la mort, Saint Philippe de Néri : Que faites-vous maintenant ?... Et après ?, La mort est ordinairement conforme à la vie : L'exemple de deux Curés, Par son nom, le cimetière prêche la résurrection de la chair, Défendre le Cimetière, Bénédiction du Cimetière, Puissance des démons sur les morts, Nos devoirs à l'égard du Cimetière, Le Cimetière au XIXe siècle : Le corps chef-d’œuvre de Dieu, Enterrements autour des églises, Immortalité de l'âme, Cérémonies de L’Église et prière pour les morts, L'Univers et la Bible, prédicateurs de la résurrection, car oui, nous ressusciterons !, Comment les peuples païens ont dissipé une grande partie du patrimoine de vérités reçu des pères du genre humain, mais ont conservé le dogme de l'existence et de l'immortalité de l'âme, Méditation sur la fausse sécurité des Pécheurs, Méditation sur les défauts qui rendent infructueuse notre piété envers les morts, Prière à saint Joseph pour obtenir une bonne mort, Sentiments et prières à l'occasion de la mort d'une personne qui nous était spécialement chère, Le Jour de la Toussaint : Méditation sur le bonheur du ciel, 1re Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, 2e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : J’entendis dans le ciel comme la voix d'une grande multitude, 3e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Application des sens, Litanies de la bonne mort, Vision de l'Enfer de Sainte Thérèse d'Avila, La voie qui conduit au Ciel est étroite, et Litanie pour les âmes du Purgatoire.













lundi 21 juin 2021

Du troisième degré de l'Humilité : En quoi il consiste


Le troisième degré d'humilité est, lorsqu'ayant reçu de grands dons de Dieu, et que se voyant honoré et estimé, on ne s'en glorifie point et qu'on ne s'en attribue pas le mérite à soi-même ; mais qu'on rapporte tout à la source de tout bien, qui est Dieu. La Sainte Vierge a possédé l'humilité dans ce souverain degré de perfection : en effet, lorsqu'elle apprend qu'elle a été choisie pour être la mère de Dieu, elle se reconnaît, et se nomme elle-même la servante du Seigneur : quand Sainte Élisabeth l'appelle bienheureuse entre toutes les femmes, elle ne s'attribue en aucune manière la gloire des avantages qu'elle possède, mais elle la rapporte entièrement à Dieu ; et se renfermant dans les sentiments d'une humilité profonde ; elle lui rend grâces des faveurs qu'il a répandues sur elle : « Mon âme, dit-elle, glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu, qui est mon Sauveur, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante. »
Mais, dira-t-on peut-être, si c'est en cela que consiste l'humilité, nous sommes tous humbles ; car quel est celui qui ne reconnaisse et qui n'avoue que tout ce qu'il y a de bien en lui, vient de Dieu, et que de soi-même il n'est que péché et que misère ? Quel est celui qui ne convienne pas qu'il pourrait devenir le plus méchant de tous les hommes, si Dieu l'abandonnait un moment ? Votre perdition vient de vous-même, peuple d'Israël, dit le Seigneur, par son Prophète ; mais ce n'est qu'on moi que vous pouvez trouver du secours. C'est une vérité établie sur les principes de la foi, que nous n'avons de notre propre fonds que le péché, et que tout ce que nous avons d'ailleurs, nous le tenons de la seule libéralité de Dieu : ainsi il semble que nous ayions tous l'humilité dont nous parlons, puisque nous croyons tous une vérité si évidente, et dont les livres Saints sont remplis : Tout ce qui nous a été donné de bon et de parfait, dit l'Apôtre Saint Jacques, vient d'en-haut, et descend du Père des lumières. Saint Paul nous rappelle la même vérité dans presque toutes ses Épîtres : « Qu'avez-vous, dit-il, que vous n'ayiez pas reçu ? De nous-mêmes nous ne sommes pas capables de former aucune bonne pensée, comme venant de nous-mêmes ; mais si nous sommes capables de quelque chose, cela vient de Dieu.... C'est Dieu qui vous inspire vos bons desseins, et qui fait que vous les exécutez. » Sans Dieu, nous ne pouvons ni penser, ni dire, ni commencer, ni achever, ni vouloir, ni faire aucune chose que ce soit pour notre salut : il faut nécessairement que tout vienne de lui. On ne saurait donner une comparaison plus claire pour rendre cette vérité sensible, que celle dont se sert Jésus-Christ lui-même dans Saint Jean, « Comme le Sarment, dit-il, ne peut point porter de fruit de lui-même, s'il ne demeure attaché au cep de la vigne, aussi n'en pouvez-vous point porter, si vous ne demeurez attaché à moi... Je suis le cep de la vigne, et vous êtes le sarment : celui qui demeure uni avec moi et avec qui je suis uni, celui-là seul rapporte beaucoup de fruits ; car sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Nous sommes, dis-je, tous convaincus de cette vérité ; chacun de nous reconnaît que nous n'avons rien de nous-mêmes que le péché ; que tout ce qu'il y a de bien en nous vient de Dieu ; que nous ne pouvons nous en attribuer la gloire à nous-mêmes, et que c'est à Dieu seul quelle est due : Or, une vérité si claire et si évidente, demande une disposition d'esprit qui paraît si aisée à acquérir, pour tout homme qui croit, qu'il semble qu'on ne devait pas faire consister en cela le souverain degré de l'humilité.
Il est vrai que c'est une chose qui paraît d'abord aisée, soit à ne la considérer que superficiellement, soit à ne la regarder que dans la spéculation ; mais elle est très difficile au fond et dans la pratique ; il doit suffire, pour nous en convaincre, que c'est en cela que les Saints ont établi le souverain degré de l'humilité ; et qu'ils disent qu'il n'y a que les parfaits qui puissent y arriver. Car il faut une grande perfection lorsqu'on se voit comblé de grâces et que l'on considère les grandes choses qu'on exécute, pour en rapporter à Dieu la gloire qui lui appartient, sans en rien réserver pour soi-même, et sans en concevoir des sentiments de complaisance ou de vanité. Il faut une vertu bien éprouvée, mais bien difficile à acquérir, pour se voir respecté de tout le monde comme un Saint, sans que cette vue ou cette pensée puisse faire aucune impression dans le cœur.
Mais pour expliquer encore davantage en quoi consiste ce troisième degré d'humilité, et en donner une plus juste idée, nous rapporterons ce qu'en ont dit plusieurs saints Docteurs, afin que cette connaissance en rende la pratique plus aisée, qui est-ce que nous nous proposons en concluant cet article. Ces Saints Docteurs disent que ce dernier degré consiste à savoir distinguer ce que nous sommes par la miséricorde de Dieu, d'avec ce que nous sommes par la corruption de notre nature, pour rapporter ensuite à chacun ce qui lui appartient : à Dieu ce qui vient de lui, et à nous ce qui est purement de nous. En sorte que ce degré ne consiste pas précisément à connaître que nous ne pouvons, et ne méritons rien de nous-mêmes ; que tout ce qu'il y a de bien en nous, vient de Dieu ; et que c'est Dieu qui, selon son bon plaisir, nous donne la grâce de vouloir et d'achever ; car cette vérité étant fondée sur les principes de la foi, il ne faut qu'être Chrétien pour en être persuadé ; mais il consiste principalement à voir cette connaissance si profondément imprimée dans le cœur, qu'on se fasse une loi et un devoir de la mettre en pratique dans toutes les rencontres.
C'est ce que Saint Chrysostôme et Saint Bernard admiraient particulièrement dans les Apôtres, dans plusieurs autres grands Saints, qui, étant comblés des dons de Dieu, ressuscitaient les morts et opéraient chaque jour une infinité d'autres miracles, qui leur attiraient l'estime et l'admiration de tout le monde, et qui conservaient néanmoins au milieu de tous ces honneurs d'aussi grands sentiments de leur bassesse, que s'ils n'eussent été favorisés d'aucuns de ces dons surnaturels. Ce sont ceux qui en usent ainsi, dit Saint Bernard, qui accomplissent, comme ils doivent, ce précepte du Seigneur: « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans le Ciel. » Ce sont ceux-là qui sont de vrais imitateurs de l'Apôtre et de vrais Prédicateurs Évangéliques, et qui ne se prêchent pas eux-mêmes, mais qui prêchent seulement Jésus-Christ. Enfin ce sont ceux-là qui sont les bons et fidèles serviteurs, qui ne cherchent point leur propre Intérêt, qui ne dérobent rien à Dieu, et ne s'attribuent rien à eux-mêmes ; mais qui lui rendent fidèlement toutes choses, et lui renvoient la gloire de tout.
Nous pouvons ajouter que ce degré consiste encore dans cet anéantissement de soi-même si recommandé par les Maîtres de la vie spirituelle ; dans cette connaissance de sa propre indignité et de son impuissance, que Saint Benoît et presque tous les Saints regardent comme le souverain degré de l'humilité chrétienne ; dans cette défiance continuelle de soi-même, et dans cette entière confiance en Dieu dont l'Écriture parle si souvent, et enfin dans ce véritable mépris de soi-même, que je voudrais que nous eussions aussi souvent dans le cœur que nous l'avons dans la bouche, et que nous donne une conviction aussi intime que celle que nous éprouvons du sentiment, que de nous-mêmes nous n'avons que le péché et la misère en partage ; que tout ce que nous avons, et que tout ce que nous faisons de bon, ce n'est pas de nous que nous l'avons ; et que nous le faisons ; mais que nous tenons tout de Dieu, et que nous lui en devons rapporter toute la gloire.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Comment faire son examen particulier sur la vertu de l'Humilité, Comment dans l'oraison nous pouvons nous exercer à la pratique du second degré d'Humilité, Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes, Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.














mercredi 12 mai 2021

Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste



Le second degré de l'humilité consiste à être bien aise d'être méprisé. Aimez à n'être pas connu, dit Saint Bonaventure ; et à être méprisé. Si nous étions bien solidement établis dans le premier degré de l'humilité, nous aurions peu de chemin à faire pour arriver au second. Saint Grégoire, sur ces paroles de Job : J'ai péché, et j’ai failli véritablement : et je n'ai pas encore reçu le châtiment que je méritais, remarque que plusieurs en disent autant de bouche, et parlent d'eux-mêmes avec mépris ; mais que quand on leur répète les mêmes discours qu'on leur a entendu dire, ou même de beaucoup moindres, ils ne le peuvent souffrir. C'est que quand ils disent du mal d'eux-mêmes, ils ne parlent pas selon l'esprit de vérité et selon les sentiments de leur cœur, comme faisait Job, et que l'humilité n'est qu'extérieure en eux. Ils veulent bien laisser croire qu'ils possèdent cette vertu, mais au fond ils en sont privés, ils veulent seulement paraître humbles, sans se soucier de l'être en effet ; car s'ils étaient humbles en effet, ils ne feraient pas voir tant de sensibilité a l'occasion des réprimandes qu'on leur fait : ils ne prendraient pas tant de soin de se justifier et de se défendre, et ne montreraient pas tant d'agitation et tant de trouble en se justifiant de ce reproche.
« Malheureux que nous sommes, dit Saint Grégoire, l'estime du monde est pour l'ordinaire tout ce que nous prétendons par notre hypocrisie et nos déguisements : ce qui paraît humilité en nous, est quelquefois un grand orgueil ; et souvent nous ne nous abaissons devant les hommes, qu'afin qu'ils nous louent, et qu'ils nous estiment. »
Et si cela n'était pas, pourquoi diriez-vous de vous-même, ce que vous ne voulez pas qu'on en croie ? Si vous le dites du fond du cœur, et en rendant témoignage à la vérité, vous devez être bien aise qu'on vous croie ; que si vous y êtes sensible, c'est une marque qu'en vous humiliant vous n'avez point d'autre vue que d'acquérir l'estime des hommes. C'est ce que nous apprend le Sage, quand il dit qu'il y a des gens qui feignent de s'humilier, et dont l'intérieur est plein de déguisement et d'orgueil.
Enfin notre vanité est si grande, et le désir que nous avons d'être estimés est si violent, que nous trouvons mille détours pour satisfaire notre orgueil ; et soit directement, soit indirectement, nous tâchons toujours de rapporter tout à notre propre gloire. « Les superbes, dit encore Saint Grégoire, lorsqu'ils pensent avoir réussi en quelque occasion qui peut leur procurer de la gloire, ont coutume de prier qu'on leur marque en quoi ils ont manqué, et cela dans la vue de se faire dire qu'ils ont très bien fait. Il semble que ce soit l'humilité qui les porte à demander qu'on leur fasse connaître leurs fautes ; mais ce n'est point l'humilité qui les fait agir ainsi, c'est l'orgueil : car ils n'ont en cela d'autre vue que de s'attirer des louanges. Il y en a d'autres qui sont les premiers à blâmer ce qu'ils ont fait, et à témoigner qu'il n'en sont pas contents : mais c'est afin d'arracher l'approbation des hommes, et de jouir du plaisir de s'entendre dire qu'il ne se pouvait rien faire de mieux, et qu'ils ont tort de n'être pas satisfait de leur conduite. C'est aussi par le même esprit que nous avouons quelquefois ingénument les fautes que nous ne pouvons pas cacher : afin que ce que nous pourrions avoir perdu dans l'opinion du monde en les commettant, nous le recouvrions en les avouant. D'autres fois nous exagérons nos fautes, et nous les portons au-delà de leurs justes bornes : afin que le monde voyant qu'il est impossible qu'elles soient telles que nous le disons, s'imaginent que nous nous accusons de ce que nous n'avons point fait, et regarde cet aveu comme un effet de notre humilité. Ainsi, en disant avec exagération ce qui n'est pas, nous tâchons de cacher adroitement ce qui est. En un mot, il n'y a point de ruses et d'inventions que nous ne mettions en usage pour déguiser notre orgueil, et pour le cacher sous le manteau de l'humilité. »
« Ce n'est pas être humble, dit saint Jean Climaque, que de se mépriser soi-même, et de dire du mal de soi ; car qui est celui qui ne souffre pas tout de lui-même avec patience ? Mais c'est être véritablement humble, que de recevoir avec joie les mépris et les mauvais traitements des autres. » Il est bon de parler toujours de soi-même avec peu d'estime, et d'avouer que l'on est orgueilleux, paresseux, impatient, négligent et inconsidéré : mais il vaudrait encore mieux réserver cet aveu pour les occasions où l'on aurait sujet de vous faire les mêmes reproches. Que si vous désirez sincèrement que les hommes aient de vous cette opinion, alors si vous faites connaître votre satisfaction, lorsqu'on vous les représente toutes les fois qu'il y a lieu de le faire, vous serez réputé être véritablement humble.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


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mardi 20 avril 2021

Excellence et nécessité de l'Humilité


Fuite en Égypte

Apprenez de moi, dit Jésus-Christ, que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Saint Augustin, sur ces paroles, dit que toute la vie du Sauveur sur la terre, a été une instruction continuelle pour les mœurs : mais que son humilité est ce qu'il nous a principalement proposé à imiter. Pour bien comprendre l'excellence de cette vertu, et combien elle nous est nécessaire, il faut considérer que le Fils de Dieu est descendu du Ciel pour nous renseigner, non-seulement pas ses paroles ! mais plus particulièrement encore par ses actions ; et que toute sa vie a été un continuel exemple et un modèle vivant d'humilité. Saint Basile voulant prouver cette proposition, parcourt toute la vie de Jésus-Christ, et après en avoir examiné les principales circonstances, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, il démontre que toutes ses actions nous enseignent particulièrement cette vertu. « Il a voulu naître, dit-il, d'une mère pauvre, dans une étable et dans une crèche, et être enveloppé de pauvres langes. Il a voulu être circoncis comme pécheur, fuir en Égypte comme faible, être baptisé comme les pécheurs et les publicains, comme un d'entre eux. Lorsque dans la suite on veut lui rendre des honneurs, et l'élever à la Royauté, il se cache ; mais quand on veut le couvrir d'opprobres, alors il se montre. Les hommes le louent, et même les démons publient ses miracles par la bouche des possédés, et il leur commande de se taire : on le charge d'outrages et d'injures, et il garde un profond silence. Outre cela, pour nous recommander l'humilité, comme par un testament et par un acte de sa dernière volonté, il s'abaisse dans les derniers jours de sa vie jusqu'à laver les pieds à ses Disciples : il couronne enfin tant d'exemples frappants, par la mort ignominieuse de la Croix. Il a voulu s'anéantir lui-même, dit Saint Bernard, pour enseigner, par son exemple, ce qu'il devait enseigner ensuite par ses paroles. Mais pourquoi, Seigneur, tant d'abaissement dans une si grande Majesté ? C'est afin qu'il n'y ait plus personne qui ose se glorifier sur la terre. » Il y a eu toujours de l'extravagance à l'homme à se laisser aller à la vanité : mais ce serait maintenant, reprend Saint Bernard, une impudence insupportable, qu'un ver de terre s'enflât d'orgueil, après que la Majesté éternelle s'est abaissée, s'est anéantie. Le Fils de Dieu, égal à son Père, prend la forme d'esclaves ; il veut être humilié, anéanti, méprisé ; et moi qui ne suis que cendre et que poussière, je veux que l'on m'honore et qu'on me respecte.
Si cette vertu est si excellente, le besoin que nous en avons n'est pas moins grand. Ce besoin est si réel ; que sans elle on ne doit point espérer d'avancer dans la vie spirituelle. Il faut, dit Saint Augustin, que l'humilité précède, accompagne et suive tout ce que nous faisons de bien ; car dès que le sentiment d'orgueil s'y mêle, il nous en enlève le mérite. Ce serait peu alors que l'action fût sainte en elle-même ; c'est au contraire en cela que l'orgueil et la vaine gloire est plus à craindre : les mauvaises actions sont la matière des autres vices ; mais les bonnes actions sont la matière de l'orgueil. C'est par cette raison que dans les bonnes œuvres il faut se mettre le plus en garde contre l'orgueil, de peur que par une trop grande avidité de louanges, on ne s'expose à perdre le fruit de tout ce qu'on aurait pu faire de louable. Il nous est facile de nous garantir des autres vices, si nous le voulons ; ils ont un caractère d'ignominie et d'opprobre qui les fait assez reconnaître ; ils ne marchent jamais qu'avec le péché; mais à l'égard de l'orgueil, il se mêle ordinairement avec les bonnes œuvres ; et il leur tend continuellement des pièges pour les perdre et les détruire. Saint Grégoire, et après lui Saint Bernard, dit que celui qui a fait une grande provision de vertus, mais qui n'a point acquis celle de l'humilité, ressemble à un homme qui porterait au vent de la poussière, que le premier souffle peut enlever et dissiper.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.












mardi 13 avril 2021

SAINT HERMÉNÉGILDE, Martyr de l'Eucharistie, VIe Siècle


Source de l'image  ici 

À Séville en Espagne S. Hermenegilde, fils de Leovigilde Roi des Visigoths, et hérétique arien, lequel ayant été mis en prison pour la confession de la Foi Catholique, et le jour de Pâques étant venu, refusant de recevoir la Communion de la main d'un Évêque arien, eut la tête tranchée par le commandement de son propre père, méritant par ce moyen de recevoir le Royaume céleste, pour celui de la terre qu'il méprisait.

Nous ne saurions nous dispenser de proposer aux grands de la terre l'exemple du Prince Hermenegilde, qui en donnant sa vie pour la défense de la vérité condamne cette haine et cet éloignement qu'ils en ont pour l'ordinaire. Attachez aux faux plaisirs du siècle, ils n'aiment que ce qui flatte leurs penchants corrompus, et regardent avec mépris et indignation tout ce qui tend à les en déprendre et à les en détacher. Hermenegilde fils aîné de Leuwigilde Roi des Goths en Espagne, avait des sentiments bien différents. Quoiqu’engagé par le malheur de sa naissance dans l'hérésie arienne, il ne laissa pas, par un effet de la miséricorde divine, d'épouser Jugonde Princesse Catholique, fille de Sigebert Roi de France.
Cette Princesse eut beaucoup à souffrir de la part de sa belle-mère qui employa les caresses, les rigueurs, et la persécution même pour pervertir sa Foi ; mais celui qui en était l'Auteur et le consommateur la fortifia, et la rendit victorieuse des assauts que cette arienne furieuse lui livra. Bien loin même de s'affaiblir elle entreprit de convertir son mari. Dieu bénit le zèle de cette pieuse Princesse, il toucha le cœur d'Hermenegilde, et lui fit embrasser la foi catholique. S. Léandre qui fut chargé de son instruction lui fit faire abjuration publique de l'Arianisme.
Leudwigilde son père, qui était absent lorsque cette cérémonie se fit, entra dans une telle colère lorsqu'il apprit le changement de son fils, qu'il résolut de le priver de tous ses biens, du titre de Roi qu'il lui avait déjà donné, et de la vie même s'il ne retournait à sa première Religion. Hermenegilde eut recours aux Catholiques dans cette extrémité, et comme leur parti était faible il implora le secours de l'armée Romaine qui était en Espagne. Les Généraux lui promirent avec serment de le secourir ; ils prirent même avec eux sa femme et un fils qu'il avait, afin qu'ils fussent en sureté. Mais ces âmes vénales se laissèrent corrompre par l'or de Leuwigilde, aussi bien que la plupart des Catholiques qu'il trompa par une décision de Foi captieuse de quelques Évêques qu'il fit assembler à Tolède.
S. Hermenegilde se voyant par-là abandonné de tout le monde, demanda du secours à l'Empereur de Constantinople, et se résolut de l'attendre dans Séville où il s'enferma. Son père qui savait l'impuissance où était Maurice de le pouvoir secourir, l'assiégea dans cette place. Ce Bienheureux fils qui aimait mieux être séparé de son père que de Dieu, soutint un an de Siège. Réduit aux abois, et ne sachant rien de la trahison des Romains, il voulut se sauver en leur Camp ; mais en étant informé, il se retira avec trois cents hommes d'élite dans Osetto qui était une place assez forte. Il ne put pourtant la garder longtemps, l'armée de son père la prit et y mit le feu. Hermenegilde eut recours à l'asile inviolable des saints Autels. Leuwigilde les respecta en effet, il lui envoya offrir le pardon par Recarede son deuxième fils. Ce Prince ne se méfiant de rien vint se jeter aux pieds de son père, qui après toutes les marques apparentes d'une sincère réconciliation le fit charger de chaînes et conduire dans les prisons de Séville.
Ce père impitoyable le traita comme le dernier des barbares pour l'obliger à renoncer la Foi, et ne pouvant rien gagner sur lui, il lui fit trancher la tête dans la prison.


RÉFLEXION

Saint Hermenegilde, renfermé dans son cachot, s'y convainquit de plus en plus de la vanité des grandeurs du siècle, et du malheur des Princes qui ne voient presque jamais la vérité à découvert. Tel est l'usage que nous devons faire de nos disgrâces ; elles doivent nous instruire du néant et de la fragilité des choses dont elles nous privent, et du bonheur des biens du Ciel que nous pouvons acquérir par les tribulations et par les disgrâces, si nous en faisons un bon usage. Quel bonheur pour ce Prince Goth : il perd par son attache à la vérité une couronne temporelle et périssable, et en acquiert une éternelle que la violence des hommes ne saurait jamais lui ravie.

(Tiré de La vie des saints pour tous les jours de l'année tirée des meilleurs et des plus fidèles auteurs)


Reportez-vous à Saint Herménégilde, Prince Visigoth, Martyr en Espagne.