La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse (Eccl., I, 16)
« Il y a la crainte mondaine, la crainte servile, la crainte initiale et la crainte filiale. La crainte mondaine est celle par laquelle on redoute la perte de la vie présente et des biens temporels. Cette crainte naît d'un amour déréglé, et elle est toujours mauvaise ; car, selon la parole de saint Jean, celui qui aime le monde n'a point en lui l'amour du Père céleste. (I S. Jean, 2) La crainte servile est celle par laquelle on redoute plus la peine qui suit le péché que le péché lui-même. Elle vient de Dieu en tant que crainte, mais non en tant que crainte servile, parce que la peine est son motif principal, et qu'elle ne change pas la volonté mauvaise, bien qu'elle empêche d'accomplir le mal. Cette crainte n'est pas un don de l'Esprit-Saint ; car elle peut exister sans la charité. La crainte initiale éloigne l'homme du péché, principalement à cause de Dieu, et ensuite à cause des peines éternelles. Elle est dite un don de l'Esprit-Saint ; mais encore à l'état d'imperfection. Elle ne diffère de la crainte filiale que comme la charité imparfaite diffère de la charité parfaite (Saint Bonav., liv. II, ch. I). » — « La crainte filiale nous fait redouter le péché à cause de l'injure qu'il cause à Dieu, et non pour éviter le châtiment (P. Belot, p. 63). »
« Cette crainte est produite en nous non par la peur des peines, ni par le désir de la récompense, mais par la grandeur de l'amour, d'un amour tel qu'est celui qu'un bon fils porte à son très-bon père, un frère à son frère, un ami à son ami, et une chaste et aimante épouse à son très-aimable époux (S.-Jure, ch. III, sect. 16, art. 4). » — « Ce don est le fondement et la base de tous les autres, parce que la première démarche à faire pour aller vers Dieu est la fuite du mal. »
La béatitude qui répond au don de la crainte est la première : Bienheureux les pauvres d'esprit ; car cette nudité d'esprit, qui comprend le dépouillement de l'affection des honneurs et des biens temporels, est une suite nécessaire de la parfaite crainte de Dieu ; le même esprit qui nous porte à nous soumettre pleinement à Dieu et à n'estimer rien de grand que Dieu, nous portant à mépriser tout le reste (P. Lall., IVe princ., ch. IV, art. 7). »
Les fruits du Saint-Esprit qui paraissent convenir au don de crainte sont ceux qui consistent à faire un usage modéré des choses temporelles, ou à s'en abstenir : telles sont la modestie, la continence et la chasteté (S. Thom., 2. 2, q. 19, art. 12, ad 4). »
La crainte du Seigneur est une flèche merveilleuse qui perce et tue les désirs de la chair, afin de sauver l'esprit. (Saint Bernard)
C'était le don de la crainte filiale qui tenait les saints dans une si grande humilité, une si grande défiance d'eux-mêmes, et leur faisait attribuer à Dieu seul le bien qui était en eux. Un compagnon du séraphique saint François d'Assise découvrit dans une vision la place glorieuse destinée dans le ciel à cet illustre patriarche. Quelques moments après, il demanda au saint ce qu'il pensait de lui-même ; et l'humble serviteur de Dieu répondit : « Mon cher frère, je ne crois pas que la terre porte un plus grand pécheur que moi. — Comment donc, Père bien-aimé, dit le compagnon, pouvez-vous dire quelque chose de semblable sur votre compte sans blesser la vérité, puisqu'il y a des voleurs, des fornicateurs, des assassins et d'autres criminels qui, sans comparaison, ont commis des fautes bien plus graves que vous ? » Alors François lui répondit par ces paroles remarquables : « Ce que je sais très-bien, c'est que si ces personnes dont vous parlez eussent reçu de Dieu d'aussi grandes grâces que moi, il n'y a pas de doute qu'elles n'y eussent mieux coopéré que je ne l'ai fait, et s'en seraient montrées plus reconnaissantes envers Dieu. Ainsi je crois certainement que si Dieu retirait un moment sa main protectrice de dessus moi, je m'enfoncerais dans les crimes les plus honteux et je deviendrais le plus méchant des hommes. »
(Les sept dons du Saint-Esprit)
Reportez-vous à Effets du don de Crainte, Effets des sept dons du Saint-Esprit, Nature et excellence des sept dons du Saint-Esprit, Action du Saint-Esprit dans l'Église, Moyens pour obtenir les sept dons du Saint-Esprit, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du Saint-Esprit et de ses opérations en général : Ce qu'est le Saint-Esprit, sa mission temporelle, Prière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humain, Promesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'Évangile, Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit, Prière pour demander la grâce de devenir parfait chrétien, Prière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâces, Quelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?, La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de Simon, Méditation
pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la
synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son lit, Méditation
pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze
Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démons, Méditation
pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se
rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moi, Méditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé, Méditation
pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le
monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, Méditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Veille
de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour
demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit
de vérité que le monde ne peut recevoir, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand
le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de
vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu, Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moi, Je vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites, Actes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demande, Méditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.
dimanche 24 juillet 2022
Nature du don de Crainte
mercredi 16 février 2022
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon XLVIII : Deuxième Commandement
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE
DEUXIÈME PARTIE
Contenant l'histoire et l'explication de la Religion
depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension
XLVIIIe LEÇON
DE NOTRE UNION AVEC NOTRE-SEIGNEUR,
LE NOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ.
SECOND COMMANDEMENT.
| Les trois enfants dans la fournaise louant Dieu (Doré) |
Q. Quel est le second commandement de Dieu ?
R. Voici le second commandement de Dieu : Dieu en vain tu ne jureras ni autre chose pareillement.
Q. Que nous ordonne-t-il ?
R. Il nous ordonne d'honorer le nom de Dieu par nos paroles, et nous défend de le déshonorer : le nom de Dieu, c'est la puissance, la sagesse, la bonté, la majesté de Dieu et Dieu lui-même.
Q. Quels sont les moyens d'honorer Dieu par nos paroles ?
R. Les moyens d'honorer Dieu par nos paroles sont : la prononciation respectueuse du nom de Dieu, le serment, la louange et le vœu.
Q. Qu'est-ce que prononcer le nom de Dieu avec respect ?
R. Prononcer le nom de Dieu avec respect, c'est le prononcer en se rappelant et en honorant les divines perfections qu'il exprime ; on le déshonore quand on le prononce avec légèreté et à tout propos.
Q. Qu'est-ce que jurer ou faire serment ?
R. Jurer ou faire serment, c'est prendre Dieu à témoin de ce qu'on assure : le serment honore Dieu, parce que c'est un hommage rendu à la vérité, à sa justice et à sa majesté souveraine.
Q. Comment le serment doit-il être fait pour honorer Dieu ?
R. Pour honorer Dieu, le serment doit être fait avec vérité, c'est-à-dire seulement pour assurer une chose vraie ; avec justice, pour promettre une chose permise ; avec discernement, pour assurer une chose importante.
Q. Quel est le péché opposé au jurement ?
R. Le péché opposé au jurement, c'est le parjure ou le faux serment.
Q. Qu'est-ce que louer le nom de Dieu ?
R. Louer le nom de Dieu, c'est le bénir et l'invoquer ; à la louange de Dieu sont opposés le silence, qui consiste à ne pas invoquer, à ne pas bénir le nom de Dieu, puis le blasphème et les imprécations.
Q. Qu'est-ce que le blasphème ?
R. Le blasphème est une parole injurieuse à Dieu ou aux Saints, ou à la Religion : par exemple, c'est un blasphème d'ôter à Dieu, aux Saints, à la Religion, ce qui leur appartient, et de leur attribuer ce qui ne leur convient pas : le blasphème est un très grand péché.
Q. Que faut-il faire quand on entend blasphémer ?
R. Quand on entend blasphémer, il faut bénir intérieurement le nom de Dieu et prier pour le blasphémateur.
Q. Qu'est-ce que les imprécations ?
R. Les imprécations sont des paroles blasphématoires, par lesquelles on souhaite du mal aux autres ou à soi-même.
Q. Qu'est-ce que le vœu ?
R. Le vœu est une promesse faite à Dieu par laquelle on s'oblige, sous peine de péché, à faire quelque bonne œuvre.
Q. Quelles sont les principales espèces de vœux ?
R. Les principales espèces de vœux sont les vœux solennels, qu'on fait par la réception des ordres sacrés, ou par la profession religieuse dans un ordre approuvé de l'Église ; les vœux simples, qu'on fait en particulier ou dans une congrégation, non érigée en ordre religieux.
Q. Quels sont les vœux de Religion ?
R. Les vœux de Religion sont les trois vœux ; de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Ils sont opposés aux trois grandes passions de notre cœur, ils obligent celui qui les fait à la perfection et ils sont une source de biens pour le monde.
Q. Comment doit-on accomplir ses vœux ?
R. On doit accomplir ses vœux comme on les a faits, dans le temps et de la manière indiqués, à moins qu'on n'en soit dispensé; c'est pourquoi il est très prudent de ne pas faire de vœux sans avoir consulté son confesseur,
Q. Quels sont les avantages du second commandement ?
R. Voici quelques-uns des avantages du second commandement : 1° en nous obligeant à respecter Dieu, il protège en nous son amour ; car on cesse bientôt d'aimer ce qu'on peut mépriser impunément ; 2° il garantit les conventions et la bonne foi parmi les hommes ; ce qui est la base de la société.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne prononcerai jamais le nom de Dieu en vain.
Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur, Leçon XV : Vie glorieuse de Notre-Seigneur, Leçon XVI : Notre-Seigneur Réparateur du monde, Leçon XVII : Notre-Seigneur, Nouvel Adam, Leçon XVIII : Union de notre esprit avec Notre-Seigneur, le nouvel Adam, par la Foi, premier et deuxième articles du Symbole, Leçon XIX : Troisième, quatrième et cinquième articles du Symbole, Leçon XX : Le Purgatoire, Leçon XXI : Sixième et septième articles du Symbole, Leçon XXII : Huitième article du Symbole, Leçon XXIII : Neuvième article du Symbole, l'Église, Leçon XXIV : Neuvième article du Symbole, Leçon XXV : Dixième article du Symbole, Leçon XXVI : Onzième article du Symbole, Leçon XXVII : Douzième article du Symbole, Leçon XXVIII : Espérance et Grâce, Leçon XXIX : Premier moyen d'obtenir la grâce, la prière, Leçon XXX : Premier moyen d'obtenir la grâce, la prière : l'Oraison dominicale, Leçon XXXI : L'Ave Maria ou Salutation angélique, Leçon XXXII : Les sacrements, Leçon XXXIII : Le Baptême, Leçon XXXIV : Le Baptême (Suite), Leçon XXXV : La Confirmation, Leçon XXXVI : L'Eucharistie, Leçon XXXVII : L'Eucharistie (Suite), Leçon XXXVIII : De la Pénitence, Leçon XXXIX : De la Pénitence (Suite), Leçon XL : De la Pénitence (Suite), Leçon XLI : Des Indulgences et du Jubilé, Leçon XLII : De l'Extrême-Onction, Leçon XLIII : Du Sacrement de l'Ordre, Leçon XLIV : Du Sacrement de l'Ordre (Suite), Leçon XLV : Du Sacrement de Mariage, Leçon XLVI : De la Charité, Leçon XLVII : Premier Commandement, Leçon XLIX : Troisième Commandement.
Première Partie : Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.
mercredi 9 février 2022
Gémissements en la présence de Dieu et de ses Anges, d'une âme éprouvée par les tentations
Qui me délivrera, Seigneur, de ce corps de péché qui fait ce que je ne veux pas, et qui m'impose une loi contraire à celle de l'esprit ? Qui me délivrera de cette foule de monstres qui m'environnent, et que je déteste ? Mon âme est comme la poussière de la terre exposée au gré des vents, comme une fleur de quelque apparence, que la moindre haleine flétrit, et comme une glace que le moindre souffle ternit. La tempête des tentations comme celle d'une mer agitée, m'inonde de telle sorte, que je ne vois point d'espérance d'échapper, si vous ne me préservez vous-même du naufrage. Mon imagination, ma mémoire, mon esprit et mon cœur sont d'intelligence pour me séduire. Mon corps et mes sens se livrent des combats continuels. Ce sont des ennemis domestiques qu'il est difficile d'attaquer, et encore plus difficile de vaincre. La jalousie du démon va jusqu'à la fureur, surtout contre ceux qui s'engagent à mener une vie angélique dans un corps mortel. Comment après cela, mon Dieu, vous pourrai-je, selon l'avis de l'Apôtre, glorifier dans mon corps tout grossier et terrestre qu'il est ? Cet Apôtre des nations veut que les corps des Chrétiens soient comme autant de chars glorieux où votre Majesté soit continuellement portée comme dans une espèce de triomphe. Grand Dieu, comment pourrez-vous être glorifié dans un corps si impur ? Comment votre Esprit pourra-t-il être porté dans un vase plein de corruption, et habiter dans une maison remplie d'objets capables d'irriter votre colère ? Quelle apparence que vous demeuriez dans les temples remplis d'idoles et d'abominations ? Levez-vous, Seigneur, et dissipez vos ennemis, purifiez le sanctuaire que vous voulez habiter. Soyez ma lumière et ma force, et étouffez dans leur naissance tant de sentiments indignes d'un Chrétien. Purifiez mon imagination des fantômes qui la souillent, des pensées qui la troublent, des désirs qui l'inquiètent. Découvrez-moi la vanité des plaisirs sensuels, les beautés de la chasteté, et la honte du vice contraire. Mais surtout, inspirez-moi assez de vigilance sur moi-même, pour résister dès le commencement de la tentation ; assez de fidélité pour recourir à vous au moment qu'elle me presse ; assez de courage pour la vaincre entièrement. J'implore ici votre assistance, Esprits angéliques, afin que je n'offense jamais la pureté de vos yeux. Placez-vous sur les murs de la Jérusalem céleste et spirituelle pour défendre le troupeau de la gueule du loup infernal, qui ne cesse de tendre des pièges à l'innocence. Sublimes Esprits, Astres brillants du matin, qui avez un accès si facile auprès de la Reine des vierges, obtenez-moi sa protection, et ne m'abandonnez pas dans le combat ; autrement je périrai dans ma misère. Faites-moi souvenir dans les moments critiques, que si on goûte ici-bas quelque volupté passagère, le remords qui l'accompagne, et la tristesse qui la suit, en découvrent bientôt la vanité, que ces plaisirs ne sont qu'imaginaires, et qu'il n'en est point de plus réels et de plus véritables, que ceux que goûtent les âmes pures dans la pratique de la chasteté.
Reportez-vous à Autres Gémissements d'une âme sur ses égarements passés, Prière pour demander à Dieu la victoire des tentations, Qu'il faut se conduire différemment, selon la différence des Tentations dont on est attaqué, Comment il faut se comporter dans les Tentations contre la foi et Contre la Pureté, Des Tentations qui se présentent à nous sous l'apparence du bien, Autres remèdes contre les Tentations, Saint François d'Assise : Qu'il faut traiter le corps avec ménagement pour lui enlever tout prétexte à murmurer, La
prière est encore un puissant remède contre la Tentation : Prières
courtes et ferventes dont on se peut servir dans le temps des Tentations, La défiance de soi-même et la confiance en Dieu, sont des moyens salutaires pour vaincre les Tentations, Ce
qui peut surtout nous rassurer dans les Tentations, c'est que Dieu ne
permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, Remède contre les Tentations ; premièrement, il ne faut pas se décourager quand elles nous arrivent, Que les tentations sont une leçon salutaire, et pour nous et pour les autres, Les tentations servent à nous mieux faire connaître notre faiblesse, et à nous faire sentir le besoin de recourir à Dieu, Pourquoi Dieu permet que l'on soit tenté ; Avantages réels qui résultent de ces tentations, Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après leur retour à Dieu, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Des tentations, Conduite à tenir à l'égard des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis le plus utile de tous : Priez !, Aspiration dans les tentations, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, et Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.
lundi 27 décembre 2021
Pour la Fête de Saint Jean l'Évangéliste
Saint Jean l'Évangéliste, fils de Zébédée, était frère de saint Jacques le majeur. Saint Jérôme nous apprend qu'il fut appelé fort jeune, et étant vierge, à l'Apostolat, et que ce fut pour récompenser cette vertu qu'il fut le bien-aimé du Sauveur, qui le fit reposer sur son sein, et sur la croix lui recommanda sa Mère. Après la mort de Jésus-Christ et la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, il prêcha principalement dans l'Asie mineure, dont il fonda et gouverna la plupart des Églises. Il composa son Évangile pour réfuter les hérétiques Cerinthe et Ebion, qui niaient la divinité de Jésus-Christ, et qui osaient dire qu'il n'était qu'un pur homme.
Ce Saint s'est distingué d'une manière spéciale, par la charité la plus tendre. Ses Épîtres respirent partout cette vertu de la manière la plus touchante. Son cœur était dévoré de ce feu sacré. Il en donna un exemple mémorable envers un jeune homme qu'il avait confié aux soins d'un Évêque, et qui avait eu le malheur de se mettre chef de brigands. Saint Jean ayant appris cette triste nouvelle, monta à cheval, malgré, malgré son grand âge, pour l'aller chercher. L'ayant trouvé, il courut après lui parce qu'il fuyait, et il le poursuivit en criant : Mon fils, pourquoi fuyez-vous votre père, pourquoi fuyez-vous un vieillard sans armes ? Mon fils, ayez pitié de moi ; ne craignez point, il y a encore espérance pour votre salut. Je souffrirai volontiers la mort pour vous ; c'est Jésus-Christ qui m'envoie pour vous annoncer votre pardon. Ce jeune homme, frappé de ce prodige de charité, se jeta à ses pieds, les arrosa de ses larmes. Saint Jean pleura avec lui, le consola, et ne le quitta point qu'il ne l'eût rétabli dans l'Église, après une pénitence salutaire.
Dans la persécution de Domitien, ce saint Apôtre fut conduit à Rome, et plongé dans une chaudière d'huile bouillante, auprès de la porte Latine. Le Seigneur le conserva d'une manière miraculeuse, au milieu d'un tourment qui devait lui donner la mort. Envoyé en exil dans l'île de Pathmos, il y eut les révélations qu'il a écrites dans son Apocalypse. Étant retourné à Éphèse, dans les dernières années de sa vie, comme la faiblesse où son grand âge et la fatigue l'avaient réduit, ne lui permettait pas de faire de longs discours, il se faisait porter à l'Église par ses disciples, et leur disait sans cesse : Mes chers enfants, aimez-vous les uns les autres. Les disciples, ennuyés de ces répétitions, lui dirent : Maître, vous nous dites toujours la même chose. Il leur répondit : C'est le commandement du Seigneur ; si on l'observe bien, il suffit.
Ce saint Apôtre mourut à Éphèse, âgé de près de cent ans.
PRIÈRE
C'est la virginité qui vous a rendu si cher aux yeux de votre divin Maître, dont vous fûtes l'Apôtre favori ; obtenez-nous, grand Saint, le bonheur de vivre purs et sans tâche, et de redouter comme le plus grand des malheurs, de devenir l'esclave du plus honteux des vices, qui fait l'opprobre des Chrétiens. Demandez pour nous la vigilance la plus exacte, pour que nos yeux ne se reposent jamais sur des objets propres à retracer des images dangereuses, et que notre cœur combatte d'une manière triomphante, tout désir, toute affection que la chasteté condamne. Apprenez-nous à préserver notre langue de toute parole, de tout discours que cette vertu réprouve. Faites que nous nous éloignions de toute société licencieuse, où nous ne trouverions que l'écueil à notre innocence.
La charité la plus parfaite embrasa votre âme. Vous en parlâtes toujours le langage, vous en inspirâtes toujours les sentiments. Heureux si, dévorés du même feu, nous avons pour nos frères des entrailles de tendresse ! Nous les aurons sans doute, si, les regardant avec les yeux de la foi, nous les considérons comme les membres du même corps, les enfants du même père, le prix du même sang, les héritiers du même bonheur.
(Manuel du Catholique)
Reportez-vous à Prière à Saint Jean, disciple que Jésus aimait.
vendredi 30 juillet 2021
De la crainte de Dieu : et que cette crainte salutaire est un souverain remède contre les tentations d'impureté
Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, dit l'Apôtre. Un moyen qui peut encore beaucoup contribuer à nous conserver dans l'esprit de pureté, et généralement à nous maintenir dans la grâce, c'est de marcher toujours dans la crainte de Dieu : de nous défier toujours de nous-mêmes, et de mettre toute notre confiance en Dieu seul. J'ai appris par expérience, dit Saint Bernard, que rien n'est plus propre à attirer la grâce de Dieu, a la conserver quand on l'a acquise, ou à la recouvrer quand on l'a perdue, que de ne présumer jamais de soi-même : mais de marcher toujours devant Dieu avec un esprit de crainte, suivant ces paroles de l'Écriture, Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte. Plusieurs personnes célèbres en piété, ne sont tombées que pour s'être confiées en elles-mêmes, et parce qu'elles n'avaient pas eu vivement cette crainte présente à l'esprit. Le Saint-Esprit nous avertit que le sage craint et civile le péril... Nous portons les trésors de la grâce dans des vases de terre : ces vases semblables à des vaisseaux d'argile, sont à toute heure en danger de se briser : la foule du monde qui nous presse, et les tempêtes dont cette mer orageuse est sans cesse agitée, nous font à tout moment rencontrer des écueils où nous n'allons que trop souvent échouer. Ceux qui ne connaissent point assez la fragilité et la faiblesse de la nature, ne prennent point assez de précautions : ils se perdent par leur négligence, et par la sécurité que cette ignorance leur inspire. Ceux au contraire qui connaissent parfaitement leur cœur, et qui marchent sans cesse avec crainte, se tiennent sur leurs gardes, et sont pas conséquent beaucoup plus en sûreté : de manière que si l'on peut compter sur quelque sûreté en cette vie, elle est infailliblement pour ceux qui sont pénétrés de cette crainte.
L'Écriture Sainte et les écrits des Pères nous fournissent une infinité d'exemples de cette nature. « Je ne me souviens qu'en tremblant, dit Saint Augustin, de plusieurs grands hommes que nous avons vus, ou dont nous avons oui parler, qui, après s'être élevés par leurs vertus jusques dans le Ciel, et après y avoir établi en quelque sorte leur demeure, sont tombés ensuite jusques dans le fond des abîmes, et se sont endurcis dans le péché. Nous avons vu, Seigneur, des étoiles et des lumières de votre Église tomber du Ciel par l'effort du dragon infernal : et nous en avons vu d'autres qui semblaient ensevelis dans la poussière, s'élever miraculeusement tout-à-coup par le secours de votre main toute-puissante. Combien avons-nous vu de ces prodiges de sainteté, qui, après avoir longtemps mangé le pain des Anges à votre table, se sont trouvés réduits par leurs désordres à se remplir de la nourriture des pourceaux ! Combien en avons-nous vu, qui, après avoir longtemps vécu dans une chasteté pure et sans tache, se sont ensuite, plongés dans toutes sortes d'infamies et dans les plus honteux excès ! »
Apprenons, par ces exemples, à agir toujours avec crainte et tremblement : malheur à celui qui marche avec présomption : on peut bien pleurer dès à présent sa perte, car il ne manquera pas de tomber en peu de temps. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Saint-Esprit lui-même : Si vous ne demeurez, dit-il, fermement dans la crainte du Seigneur, votre maison sera bientôt renversée : c'est-à-dire, si vous ne me cherchez toujours avec beaucoup de circonspection et de crainte, si vous n'avez soin de vous tenir éloigné du péril, d'éviter les occasions, de rejeter de bonne heure les mauvaises pensées, et de vous préparer pour le temps de la tentation, vous tomberez infailliblement bientôt.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
Reportez-vous à Avantages que produit la crainte de Dieu, Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté, La Mortification et la Pénitence sont aussi un remède très-efficace contre les tentations de l'impureté, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, Aspiration dans les tentations, Prière à Saint Joseph, Père et Protecteur des Vierges, Moyens pour conserver la chasteté : la garde des sens, et surtout celle des yeux, Excellence de la chasteté, Qu'il ne faut rien négliger en matière de Pureté, Des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve et Conduite à tenir à l'égard des tentations.
samedi 24 juillet 2021
De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté
De tous les remèdes qu'on puisse employer contre cette dangereuse maladie, le premier et le plus efficace est la prière, qui nous est si fort recommandée par les Saints contre toutes sortes de tentations, et qui nous a été enseignée par le Fils de Dieu lui-même, lorsqu'il dit à ses Apôtres : Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation. Le vénérable Bède dit à ce sujet : « Comme le bruit et les cris font fuir les voleurs, et accourir les voisins à notre secours ; de même la voix de la prière chasse les démons, et fait venir les Anges et les Saints au secours de celui qui prie. »
C'est surtout un remède souverain contre les tentations d'impureté, que de s'appliquer à méditer sur la Passion du Fils de Dieu, et de se réfugier dans le fond de ses plaies sacrées. « Il n'y a point, dit Saint Augustin, de remède plus puissant contre les ardeurs de la concupiscence que le souvenir de la mort du Sauveur ; et je n'en ai jamais trouvé de plus efficace pour toutes les maladies de mon âme que les plaies de Jésus-Christ. C'est-là que je dors en sureté d'un sommeil tranquille, et que je reprends une nouvelle vie. » Saint Bernard nous propose aussi le même remède : « Lorsque vous serez attaqué, dit-il, par quelque tentation d'impureté, appliquez-vous à méditer sur la Passion du Sauveur du monde, et dites en vous-même : Mon Dieu est attaché à la Croix, et je me laisserai aller à des plaisirs criminels ! »
Quelques-uns, pour combattre les tentations de cette espèce, se servent en général du souvenir des dernières fins de l'homme, suivant ces paroles du Sage ; En toutes vos actions, songez à votre dernière fin, et Vous ne pécherez jamais. Quelques autres s'appliquent plus particulièrement à la considération des peines de l'enfer, et s'arrêtent à cette belle réflexion de Saint Grégoire : Le plaisir passera en un moment, mais les peines seront éternelles. En effet, descendre tout vivant de l'enfer, et réfléchir sérieusement sur la nature des tourments qui n'auront jamais de fin, qui dureront tant que Dieu sera Dieu ; c'est sans doute un moyen très-efficace pour ne pas succomber au péché qui nous sollicite. D'autres trouvent un grand secours contre les tentations, en pensant à la gloire éternelle qui nous est Promise, et en considérant qu'il n'est pas de plus étrange folie que de risquer de la perdre, et de perdre à jamais la possession de Dieu ; pour goûter un plaisir d'un moment ; que le comble de cette folie est de manquer à remplir les obligations que Dieu nous impose, et auxquelles il a attaché de si glorieuses récompenses, pour nous livrer à des actions auxquelles le démon nous sollicite, et qui doivent être suivies d'une éternité de supplices. Les autres enfin, tirent une grande utilité du souvenir fréquent de la mort et du Jugement dernier. Comme ces diverses considérations sont très-bonnes à mettre en pratique, chacun peut s'arrêter à celles qui pourraient faire le plus d'impression sur-lui ; car il arrive souvent que l'on est plus vivement touché d'une réflexion dans un temps que dans un autre. Il est donc très-à-propos de mettre toutes ces réflexions en usage.
C'est encore un remède très-puissant et très salutaire contre ces sortes de tentations, de faire souvent le signe de la croix sur son front et sur son cœur, et d'invoquer avec ferveur le saint Nom de Jésus. On a vu es effets admirables de cette dévote pratique : Dieu a souvent opéré des miracles par ce moyen salutaire : la dévotion à la Sainte Vierge a aussi une vertu particulière contre toutes sortes de tentations : il n'est donc personne qui ne doive, dans tous ses besoins, recourir à elle avec confiance ; car il est impossible que celle qui a porté dans son sein la miséricorde éternelle, ne soit pas elle-même très miséricordieuse. Elle est la Mère de miséricorde ; elle est l'Avocate des pécheurs ; elle les aime ; parce qu'elle sait combien son Fils les a aimés, et combien ils lui ont coûtés : je dis plus, elle sait que ce sont à ces pécheurs mêmes auxquels elle est redevable du même avantage qu'elle a eu de concevoir le Verbe fait chair, et d'acquérir l'auguste qualité de Mère de Dieu ; c'est par cette raison qu'elle les regarde avec plus de compassion et de tendresse, et qu'elle se porte plus volontiers à s'intéresser pour eux auprès de son divin Fils : c'est en leur faveur qu'elle obtient de lui tout ce qu'elle demande. Car qu'est-ce qu'un fils peut refuser à sa mère, et principalement un tel fils à une telle mère ? À ce sujet, Saint Bernard s'écrie : « S'il se trouve un homme, Vierge bienheureuse, qui puisse dire que vous ayiez manqué à le secourir, lorsqu'il vous a invoquée dans ses besoins, je consens qu'il n'ait plus recours à vous, et qu'il ne célèbre plus désormais votre miséricorde. » Les versets suivants, que l'Église chante en l'honneur de la Sainte Vierge, sont très-efficaces pour nous faire obtenir, par la protection de cette tendre Mère, la délivrance des tentations d'impureté dont nous pourrions être attaqués :
Ô Vierge en tout temps Vierge, en tout temps secourable,
Auprès de votre Fils soyez-nous favorable ;
Donnez-nous, Vierge pure et pleine de douceur,
La douceur de l'esprit, la pureté de cœur.
La dévotion envers les Saints, et la vénération pour leurs reliques, est aussi un moyen efficace contre ces sortes de tentations.
C'est encore une pratique d'un grand secours contre les tentations d'impureté, que de se prosterner souvent devant le Saint Sacrement, pour demander à Dieu la grâce de les vaincre. Mais rien ne peut surtout contribuer davantage à nous faire obtenir cette grâce, que de nous mettre en état d'approcher souvent de la sainte communion, puisque le Seigneur lui-même a préparé cette Table contre tous ceux qui nous persécutent. Les Saints disent que cette Table céleste est un puissant préservatif contre toutes sortes de tentations ; et ils ajoutent que c'est un remède souverain contre celles de l'impureté ; ce Sacrement adorable amortit le foyer du péché, arrête les révoltes de la chair, apaise les désordres de la concupiscence, et éteint l'ardeur de la sensualité, de même que l'eau éteint le feu. C'est ainsi qu'en parle Saint Cyrille : et c'est de cet auguste Sacrement que ce Saint Docteur, ainsi que plusieurs autres, entendent ce passage de Zacharie : Ce qu'il a de bon, et ce qu'il a de beau, n'est-ce pas d'être le froment des Élus, et le vin qui fait les vierges ?
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
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jeudi 22 juillet 2021
Qu'il ne faut rien négliger en matière de Pureté
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| La tentation de Saint Thomas d'Aquin |
Plus la chasteté est une vertu précieuse, plus il faut apporter de soin pour la conserver : car si, généralement parlant, il importe extrêmement d'être fidèle dans les petites choses, parce que celui qui méprise les petites choses, tombera peu-à-peu dans de grandes fautes ; cette fidélité est surtout nécessaire relativement à la chasteté à laquelle la moindre négligence peut causer un grand préjudice. Un des premiers compagnons de Saint François, comparait la chasteté à la glace d'un miroir, que la plus légère haleine ternit : c'est ainsi que les moindres fautes ternissent la chasteté, et lui font perdre tout son éclat. Il faut donc veiller soigneusement à conserver cette vertu dans toute sa beauté, en mortifiant nos sens, en rejetant promptement toutes sortes de mauvaises pensées, et en évitant avec soin toutes les occasions dangereuses.
Car, comme on voit que partout où la flamme passe, elle y laisse des traces plus ou moins grandes de son passage, selon qu'elle s'est plus ou moins arrêtée, et que si elle ne consume pas, au moins elle noircit les corps où elle s'attache ; de même lorsque ces sortes de licences, que l'on se permet si aisément, ne nous brûlent pas tout-à-fait, au moins elles nous noircissent : c'est-à-dire, qu'elles font naître dans l'âme des troubles et des pensées très-contraires à la chasteté, et qu'elles excitent des mouvements déréglés et criminels dans notre corps. En un mot, la chasteté est une vertu si délicate, qu'il ne faut presque rien pour la blesser, et l'on doit bien se garder de l'exposer à la moindre apparence de danger. La chasteté est un trésor précieux que nous portons dans des vases de terre : Si ces vases viennent à se briser, tout ce qu'ils renferment est perdu. On ne saurait trop veiller sur soi-même, ni apporter trop de soin pour fermer toutes les avenues de nos sens, par où l'impureté peut trouver entrée dans notre cœur.
Surius rapporte que Saint Thomas d'Aquin ayant reçu le don de la chasteté au point d'être assuré par un Ange de ne la perdre jamais, et à n'éprouver aucune tentation contraire à cette vertu, ne laissait pas d'apporter une extrême attention à ne regarder aucune femme, et à écarter de lui tout ce qui pouvait donner la plus légère occasion à aucune mauvaise pensée.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
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mardi 20 juillet 2021
Moyens pour conserver la chasteté : la garde des sens, et surtout celle des yeux
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| Job rétabli dans sa propérité (Laurent de la Hyre) |
Nous proposerons ici quelques moyens qui peuvent servir plus particulièrement à faire acquérir et conserver la perfection de la chasteté : le premier et un des plus essentiels, consiste à garder soigneusement toutes les avenues de notre âme, et principalement nos yeux ; parce que c'est ordinairement par cet organe que le mal entre dans le cœur.
David, quoiqu'accoutumé à s'élever à Dieu comme vers son centre, et à ne s'occuper que de la contemplation des choses célestes, se laissa néanmoins aller à des désirs criminels, pour avoir arrêté ses regards sur un objet dangereux. La mort est montée par nos fenêtres, dit Jérémie, et mon âme est devenue la proie de mes yeux. Saint Grégoire, Pape, nous avertit qu'il ne faut pas regarder ce qu'il n'est pas permis de désirer, parce qu'il est à craindre que ces objets n'attirent à eux notre cœur par le moyen de nos regards indiscrets, et que malheureusement nous ne nous trouvions surpris, lorsque nous y pensons le moins.
C'est par cette raison que Job se précautionnait de telle sorte contre ce dangereux écueil, qu'il avait fait un pacte avec ses yeux, pour ne pas même penser à aucune femme. Le même Saint Grégoire, en expliquant ce passage, se fait une objection à laquelle il donne une réponse très solide : « Quelle sorte de pacte est cela, dit-il, de traiter avec ses yeux pour n'avoir aucune pensée ? Il semble que s'il y a quelque traité à faire pour éviter la pensée, c'est avec l'entendement et avec l'imagination qu'il le faut faire, et que si l'on veut faire un pacte avec ses yeux, C'est de les contraindre à ne fixer aucun objet. C'est avec raison néanmoins, répond ce Père, que Job dit, qu'il a fait un pacte avec ses yeux pour ne penser pas même à aucune femme : car il n'ignorait pas que c'est par les yeux que les mauvaises pensées entrent dans le cœur ; qu'en réprimant avec soin le mouvement de ses yeux et les avenues de ses sens, il pouvait répondre de conserver purs son cœur et son esprit. Si vous voulez donc, poursuit ce Saint Pape, n'être pas exposé à aucune mauvaise pensée, tenez vos yeux dans une grande modestie et une grande retenue, faites avec eux la convention, qu'ils ne porteront jamais leurs regards sur ce qu'il vous est défendu de désirer. »
Saint Éphrem dit que trois choses contribuent particulièrement à conserver la chasteté dans toute sa perfection ; la tempérance, le silence et la retenue des yeux. Quelque soin que vous ayez d'observer les deux premiers moyens, si vous négligez le troisième, votre chasteté sera en un très-grand péril.
Nous lisons que Saint Bernard s'étant un jour arrêté à regarder une femme, sans avoir aucune attention à ce qu'il faisait ; dès qu'il vint à s'apercevoir de sa distraction, il en fut si indigné contre lui-même, qu'il alla se plonger dans un étang glacé, et y demeura jusqu'à ce que son corps eût presque entièrement perdu sa chaleur naturelle.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
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dimanche 18 juillet 2021
Excellence de la chasteté
« C'est la volonté de Dieu que vous soyez saints, que vous vous absteniez de toutes sortes d'impuretés, et que chacun de vous sache conserver son corps sain et pur... car Dieu ne nous a pas appelés afin que nous fussions impurs, mais afin que nous fussions saints. » Saint Bernard dit que, par le nom de sainteté, l'Apôtre entend parler ici de la chasteté : et Jésus-Christ, dans l'Évangile, nous assure que la chasteté nous rend semblables aux Anges : « Dans la résurrection, dit-il, il n'y aura ni mariés, ni mariées ; mais ils seront tous comme des Anges de Dieu dans le Ciel. » Saint Cyprien instruisant les Vierges, leur parle en ces termes : « Vous commencerez leur dit-il, à jouir dès à présent des biens que vous devez goûter un jour dans la gloire : car tant que vous persévérerez dans l'état de chasteté et de pureté, vous serez semblables à des Anges. » Cassien dit pareillement qu'il n'y a aucune vertu qui rende les hommes aussi semblables aux Anges que la chasteté ; en effet, c'est par ce don de chasteté qu'ils vivent dans la chair comme s'ils n'en avaient point, mais comme de purs esprits, suivant ces paroles de Saint Paul : Vous ne vivez point dans la chair, mais dans l'esprit. Notre avantage est même, en quelque sorte supérieur à celui des Anges : car, comme ils n'ont point de corps, il n'est pas surprenant qu'ils soient purs ; mais que l'homme créé avec une chair mortelle, dont les révoltes occasionnent une guerre continuelle à l'esprit, vive, comme s'il n'avait point de chair, c'est ce qui est sans doute bien plus admirable.
Cette vertu, au reste, est si agréable à Dieu, que le Fils de Dieu ayant formé le dessein de se faire homme, et de naître dans le sein d'une femme, a choisi pour mère une femme vierge, qui avait consacré à Dieu sa virginité : ce sentiment est celui de tous les Pères de l'Église.
L'Écriture Sainte appelle Saint Jean l'Évangéliste, le Disciple que Jésus aimait ; et Saint Jérôme remarque que la raison pour laquelle il était le Disciple bien-aimé, c'est qu'il était vierge. L’Église dit pareillement de lui dans l'office de sa fête, que Jésus l'aimait parce que son éminente chasteté l'avait rendu digne d'être aimé plus tendrement que les autres ; et qu'ayant été appelée à l'Apostolat, lorsqu'il était encore vierge, il avait conservé sa virginité pendant toute sa vie : c'est aussi pour cette raison que quelques-uns lui appliquent ces paroles des Proverbes : « Celui qui aime la pureté de cœur, aura le Roi pour ami, à cause des grâces de son discours. » C'est donc parce qu'il était vierge que le Sauveur l'a aimé jusqu'à le faire reposer sur sa poitrine ; et c'est ce qui lui procura encore d'autres prérogatives sur les autres Apôtres.
(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)
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mardi 6 juillet 2021
Le Malheur du monde pour les scandales
| Sainte Élisabeth de Hongrie |
Malheur au monde pour les scandales, dit le Fils de Dieu : car celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât une meule de moulin au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer. Il vaudrait donc mieux pour la plupart des hommes de perdre leur vie, de mourir, puisqu'ils sont occasion de scandale les uns aux autres, c'est-à-dire, de péché.
C'est ce que notre bon Sauveur fit un jour connaître à la séraphique sainte Thérèse, où il lui montra le monde comme un champ plein de toutes sortes de personnes, qui avaient toutes des armes en leurs mains, et qui se donnaient réciproquement des blessures mortelles. Voilà, ma fille, lui dit notre Maître, ce qui se passe dans le monde.
Nous y avons, remarque saint Jean Chrysostome, une guerre continuelle. Les pécheurs y ont bandé leur arc, ils ont mis leurs flèches dans le carquois ; ce sont les paroles dont se sert le Psalmiste, pour tirer les uns sur les autres. Celui-ci jette les flèches dans les oreilles, par les médisances qu'il fait ; celui-là les jette dans les yeux, par des objets sensuels ; les uns blessent le corps par la délicatesse et la multitude des viandes ; les autres les mains par la rapine et l'avarice ; et quelques-uns les pieds, faisant aller après eux dans les voies de l'iniquité. C'est pourquoi l'Apôtre nous exhorte de nous fortifier en notre Seigneur, et en sa vertu toute-puissante, et de nous armer de toutes les armes de Dieu, de nous tenir debout, portant sur nos riens la ceinture de la vérité, et nous revêtant de la cuirasse de la justice, et prenant le bouclier de la foi.
Le monde est plein de scandales ; car on y trouve partout des occasions de péché : on y trouve des gens qui sont remplis de l'estime des honneurs du siècle, que l'ambition possède ; qui ne font état que de ceux qui y sont élevés par leur naissance, que leurs charges et emplois, qui y font grand bruit, que l'on considère beaucoup ; c'est dont ils parlent, c'est ce qu'ils poursuivent, et c'est dont ils inspirent à même temps l'esprit et l'affection. On y en rencontre d'autres, qui ne pensent qu'à amasser de l'argent, et acquérir de plus en plus des biens temporels, qui n'estiment heureux que ceux qui sont riches, et qui donnent le désir de l'être. Il y en a qui sont tout plongés dans les aises de la vie, qui ne respirent qu'après les divertissements, qui passent leurs jours dans les plaisirs, dans les jeux, dans toutes sortes de récréations ; ce qu'ils ne peuvent faire sans avoir des compagnons de leur vaine joie, qu'ils attirent après eux. La médisance est assez ordinaire dans les conversations : le diable, disent les Saints, est sur la langue : c'est une maladie, dit un grand Cardinal, dont tout le monde est presque malade. Et si ce mal en était ôté, écrit saint François de Sales, la plus grande partie des péchés ne serait plus. Vous verrez, enseigne l'Angélique Docteur, des personnes d'autre part exemptes de toutes sortes de vices, qui tombent dans celui-ci.
Mais malheur au monde pour les scandales, puisqu'il se sert même des dons naturels qu'il a reçus de Dieu, pour se porter à l'offense de Dieu. Ainsi plusieurs abusent de la bonté de leur esprit, de leurs lumières, de leurs sciences, pour servir d'occasion de ruine aux autres. Cependant il faut considérer que les Pères de l'Église ont parlé avec une force singulière particulièrement contre les scandales que les femmes causent par leur beauté naturelle, leurs ornements, le luxe de leurs habits, et leurs honteuses nudités. Il est vrai que la beauté naturelle est un bien de nature ; mais dans l'état de la corruption où l'on est, elle sert d'occasion à beaucoup de maux. L'histoire nous apprend que Pâris s'étant laissé prendre à la beauté d'Hélène, c'est ce qui fut cause de la guerre de Troye qui dura dix ans. On y donna vingt-quatre batailles, et il y eut plus d'un million d'hommes tués, et la ville de Troye fut entièrement détruite.
C'est toujours un malheur que d'être même la cause innocente de la ruine des autres ; ce qui doit beaucoup humilier les femmes, même modestes, qui ont de la beauté : car les saints Docteurs méditant ces paroles que l'Église attribue à la très-pure Vierge, qu'elle est comme un lis entre les épines, remarquent que les autres femmes ont été des épines, ou pour elles, ou pour les autres ; mais qu'en elle son incomparable beauté portait tous ceux qui la regardaient, à la pureté. ç'a été l'un de ses privilèges, dont nous avons une joie spéciale de parler, prenant beaucoup plus de part à tout ce qui regarde la glorieuse Mère de Dieu, qu'à tout ce qui nous touche.
Malheur aux femmes qui se servent de leur beauté pour allumer la convoitise, qui en font vanité, qui désirent d'être vues et de plaire, qui veulent gagner les cœurs, qui se laissent cajoler par les hommes. Il y en a qui cherchant des excuses dans leurs péchés, disent qu'elles font sans aucune mauvaise intention en toutes choses, qu'elles n'y cherchent que le pur divertissement qui n'est point criminel, que leur esprit se conserve sans aucunes mauvaises pensées. Mais quand cela serait, peuvent-elles répondre de l'esprit et du cœur des hommes qui leur parlent, et qui les flattent agréablement ? Ce n'est pas assez, dit Tertullien, à une femme Chrétienne d'être chaste, elle en doit donner extérieurement toutes les marques. Elle ne doit pas affecter ni de voir ni d'être vue. C'est le propre de ceux qui sont à Dieu d'agir dans une sainte pudeur. Les hommes et les femmes qui ont le véritable amour de notre Seigneur, sont également sur leur garde, pour éviter toute familiarité entre les sexes. Saint François de Sales remarque que ces amitiés entre les deux sexes, que l'on appelle innocentes, et qui le sont durant plusieurs années quelquefois, se terminent à la fin à de puantes charnalités ; c'est de la manière dont il s'exprime.
Nous avons rapporté dans le second chapitre de ce Traité, le jugement et la condamnation terrible que Dieu fait de tous leurs vains ornements, de leurs habits magnifiques, de leurs coiffures, de leurs colliers et bracelets, de leurs cheveux frisés, de leur vanité dans leurs gestes, dans leurs regards, dans leur manière de marcher la tête haute, mesurant leurs pas, et étudiant toutes leurs démarches. On n'avait pas néanmoins en ces temps-là encore vu un Homme-Dieu sur lequel nous devons former nos mœurs, percé d'épines, couvert de plaies, attaché à une croix. Sainte Élisabeth de Hongrie ayant jeté les yeux avec attention sur son image sacrée, fut si honteuse de se voir vêtue magnifiquement, que depuis ce temps-là elle ne porta plus d'habits que très-modestes, quoiqu'elle fût une Souveraine.
Sixte X a donné des Bulles dans lesquelles il défend le luxe des habits, et particulièrement les queues traînantes. Et nous lisons de saint Gaultier Abbé de S. Martin près Pontoise, que prêchant un jour des Rameaux, il s'y trouva une Dame vêtue avec beaucoup de vanité, et ayant la queue de sa robe qui traînait ; ce qui donna lieu au saint Abbé de lui faire une forte correction, lui remontrant que Dieu était offensé dans cet excès, outre le danger des âmes qui pouvaient se perdre par ses attraits. Cette Dame qui avait le cœur aussi vain que son habit, se piqua de cette correction : mais elle en fut divinement châtiée, le diable s'étant saisi de son corps.
Le Saint-Esprit dit aux femmes par S. Pierre le chef de l'Église, qu'elles méprisent ce qui paraît au-dehors, qu'elles ne frisent point leurs cheveux, qu'elles ne se parent point d'or ni de riches habits ; mais qu'elles ornent l'homme du cœur au-dedans, par la pureté incorruptible d'un esprit tranquille et modeste, qui est très-riche devant Dieu. Toute la gloire de la fille du Roi est au-dedans, dit le Prophète Roi. C'est là, dit saint Grégoire de Naziance, que se trouve la vraie beauté, que perdent souvent celles qui se parent au-dehors. Un esprit chaste, paisible, modeste, est un grand ornement devant Dieu. La grâce, la mort aux sens et aux passions, et un saint recueillement, ce sont des richesses qu'une femme vertueuse porte partout. Saint Paul animé et conduit par le même esprit que saint Pierre, veut que les femmes soient parées avec pudeur et modestie, sans se friser et sans porter ni or, ni perles, ni habits somptueux.
Mais il veut qu'elles soient vêtues de robes décentes, qui signifie, selon les Grecs, une robe qui couvre tout le corps ; et c'est en cette sorte d'habits de femmes que l'Apôtre fait consister la bienséance. Qui croira, dit Tertullien, que celles qui découvrent leurs épaules ou leur sein, ne prostituent pas leur chasteté ? Comment pourrai-je me persuader qu'une femme soit chaste, qui découvre en elle ce qui est capable d'allumer les feux de la convoitise ? Peut-elle ignorer que se faisant voir de la sorte aux yeux d'un chacun, elle n'invite fortement à l'impureté ? Les saints Pères ont appelé ces femmes les soufflets des Diables ; car ces malins esprits s'en servent pour allumer le feu de l'impudicité : en cela pires et plus dangereuses que les Démons mêmes ; car saint Paulin et saint Cyprien remarquent qu'ils n'oseraient découvrir indécemment celles dont ils possèdent les corps. Et saint Cyprien donne pour l'un des signes des femmes possédées, quand elles sont en l'air la tête en bas, et que leurs habits ne tombent pas sur leur visage. C'est ce que nous avons connu dans ces personnes ; et ce qui est arrivé devant des témoins qui sont irréprochables il y a peu de temps.
Nous rapporterons ici ce qu'a remarqué un serviteur de Dieu sur ce sujet. Il écrit ce que Pline dit du soin de la nature pour conserver la pudeur des femmes noyées, de qui le corps nage sur l'eau la face en bas. Il cite Valère Maxime qui rapporte que le Consul Romain Sulpice répudia sa femme, parce qu'elle était une fois sortie sans être voilée ; et Vitellius qui a écrit que Postume Vestale fut enterrée comme une incestueuse, parce qu'elle avait paru dans les rues la tête haute et les yeux élevés. Il parle de saint Jérôme qui a loué les filles de Phidon l'Athénien, qui aimèrent mieux mourir que de paraître découvertes. Que les femmes chrétiennes apprennent des païennes la pudeur, qu'elles l'apprennent de la nature même, et qu'elles sachent que les Infidèles s'élèveront au Jugement, et les condamneront.
Mais qu'elles tremblent, apprenant ce que le Saint-Esprit nous déclare dans le Livre des Nombres, que Dieu commanda de tuer toutes les femmes Madianites, parce qu'elles avaient tenté les Israélites, quoiqu'il n'y en eût que quelques-unes d'entr'elles, le reste ayant eu seulement de la complaisance ; et les filles vierges au nombre de trente-deux mille furent faites captives. De plus les saints Pères remarquent qu'il n'y a jamais eu de punition plus exemplaire dans l'Écriture que celle des Princes et des Magistrats des Israélites, pour avoir souffert que les femmes Madianites parées et ornées parussent et conversassent familièrement avec les Israélites ; car il ordonna à Moïse de les faire pendre tous, sans en excepter un seul. Les mêmes saints Pères appellent louves celles qui se servent de fard, des victimes malheureuses de l'impudicité. Ils disent que cela n'appartient qu'à une misérable Jezabel. Nous le répétons encore, que les femmes vaines ne s'excusent pas sur leurs intentions qu'elles prétextent n'être pas mauvaises ; car voici ce que saint Jean Chrysostome dit parlant à l'une d'elles. Vous ne pensez pas, ô misérable, que vous aiguisez un glaive qui fera périr ; que vous donnez à boire dans une coupe pleine de venin ; et vous croyez vous excuser, parce que vous-même n'y buvez pas. Il déclare qu'elles sont plus criminelles que ceux qui vendent du poison ; parce que les autres ne tuent que le corps, et elles donnent la mort aux âmes.
Enfin le fils de Dieu disant à saint Pierre, Allez, Satan, ôtez-vous de devant moi, vous m'êtes à scandale ; car vos sentiments ne sont pas selon Dieu, mais selon les hommes : parce que ce Saint résistait à la mort qu'il devait souffrir, par compassion, et l'amitié qu'il avait pour lui. Cela nous donne lieu de considérer que le monde est encore plein de scandales, parce que ses sentiments ne sont pas selon Dieu ; au contraire il en inspire de tout opposés, comme nous le dirons avec le secours de sa grâce. Et comme l'on agit selon que l'on est prévenu de l'estime pour les choses, on mène une vie très-éloignée de celle qu'il demande de nous. Comme l'on n'a que des sentiments selon les hommes, et non pas en Chrétien. Les pères et les mères élèvent dans ces sentiments leurs enfants. Ces sentiments sont l'esprit dominant en toute la terre ; et c'est de la manière que chacun contribue à la ruine les uns des autres.
Le monde est à scandale, en détournant du culte de Dieu par les railleries qu'il fait de la dévotion de ceux qui la pratiquent, n'approuvant pas les exercices de piété, et étant cause que des personnes faibles n'ont pas la hardiesse de s'y appliquer, se cachant pour fréquenter les Sacrements, ou exercer d'autres bonnes œuvres. Les pères et les mères, les parents et les amis sont à scandale à leurs enfants, à leurs proches, leur résistant quand ils veulent mourir au monde, en entrant dans l'état Religieux ; et dont ils rendront un compte épouvantable au Jugement de Dieu : car ils doivent se souvenir que Dieu est le maître, et qu'il est plus juste de lui obéir qu'à des créatures. Ils doivent se souvenir que c'est faire un attentat injurieux à ses droits divins, que de se rendre maîtres de la vocation des personnes. Ce qui souvent est puni dès cette vie, par les maux et les disgrâces qui arrivent à ceux qui ne suivant pas la vocation divine, se laissent engager en des états où leur parents les mettent. S. Jérôme rapporte sur ce sujet un exemple terrible d'une Dame Romaine, qui cependant n'avait pas commis d'autre faute, que de parer, et cela par ordre de son mari, une jeune fille qui voulait se donner à Dieu, pour la rendre agréable au monde ; et c'est assez l'ordinaire. car ce Père de l'Église assure que l'Ange du Seigneur lui apparut, et lui fit d'effroyables menaces, à raison de ce qu'elle avait eu plus d'égard à ce qu'elle devait à son mari, qu'à ce qu'elle devait à Dieu. Il appelle sacrilèges ses mains, qui ont osé parer et orner la tête de cette jeune fille. Il lui prédit qu'elles deviendraient sèches en punition, que son mari et ses enfants mourraient : et S. Jérôme dit que toutes ces punitions arrivèrent.
Mais malheur au monde pour les scandales, quand ceux qui en doivent être la lumière, deviennent des ténèbres ; quand ceux qui en doivent être les guides, sont aveugles ; car ils tombent tous dans la fosse, et eux, et ceux qu'ils conduisent ; quand par leur vie peu édifiante, leurs conversations trop mondaines, leurs actions trop libres, ils scandalisent les autres ; quand leurs paroles, leurs sermons n'étant pas soutenus d'une vie conforme à ce qu'ils disent, ils donnent occasion de ne les pas croire ; quand ils se servent du crédit, de l'estime, de la confiance que l'on a en eux pour la ruine des âmes, et le déshonneur de leur état. Ils sont en cela, dit l'Angélique Docteur, les ministres du diable, et beaucoup plus dangereux ; car on a en horreur les démons.
Il faut prendre garde, écrit l'Apôtre aux Romains, de ne point donner de scandale à son frère, de n'être pas cause de la perte de celui pour qui Jésus-Christ est mort. Ce qui fait dire à S. Jean Chrysostome, que le scandale est un mal de Jésus-Christ, en tant qu'il sert d'occasion à la perte des âmes pour lesquelles il a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang ; qu'il ôte une vie surnaturelle plus précieuse que toutes les vies des Anges. Ô quels reproches les malheureux damnés se feront-ils éternellement dans l'Enfer, pour s'être causé la damnation les uns les autres ! Que le beau monde, qui se pique tant d'amitié, fasse ici réflexion qu'un jour ces amitiés qui servent d'occasion au péché, seront suivies d'une haine enragée pour jamais.
Finissons ici par ces paroles de notre grand Maître : Si votre œil, votre main, vous sont un sujet de scandale, arrachez-les, coupez-les, et les jetez loin de vous : car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membres périsse, que non pas tout votre corps soit jeté dans l'Enfer ; c'est-à-dire, qu'il n'y a pas à hésiter, si une personne qui nous est chère comme notre œil, comme notre main, nous détourne du service de Dieu, et nous engage dans les sentiments du siècle, nous inspire l'esprit du monde ; il faut s'en séparer. Ha, qu'il vaut bien mieux les quitter, que d'être séparé de Dieu ! Qu'il vaut bien mieux s'éloigner des personnes qui nous sont dangereuses, que de se priver de la compagnie de la très-sainte Vierge, de tous les bons Anges, et de tous les Saints, et de demeurer lié avec des créatures, pour aller avec elles en Enfer !
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses occupations, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Combien de Modestie est nécessaire pour l'édification du Prochain, et utile à notre avancement particulier, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce
qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle
depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce
qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliques, Du monde, Méditation sur les dangers du monde, Méditation sur l'amour de la retraite, Méditation sur les moyens de se sanctifier dans le monde, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.


