IIe Point. Les saints, dans le Ciel, ne sont pas seulement exempts de tous les maux de la vie présente, ils jouissent encore de la plénitude de tous les biens. Là, tous leurs désirs sont satisfaits, et le vide de leur âme, ce vide immense que nous éprouvons tous et que rien ne peut remplir ici-bas, est pour jamais comblé. Il l'est par Dieu lui-même, qui seul pouvait le remplir. Et Dieu, en se donnant à ses élus, leur donne tous les biens avec lui. Il leur communique son propre bonheur, sa paix, sa gloire, son amour, et les fait vivre de sa propre vie. Nul ne peut donc exprimer la félicité, les joies toujours renaissantes dont sont enivrés les bien-aimés du Père céleste. Ce n'est pas seulement la joie du Seigneur qui est entrée dans ces âmes bienheureuses ; quelque grandes qu'elles soient, leur capacité ne l'eût pas été assez pour la contenir. Ce sont elles qui sont entrées dans cette joie du Seigneur, qui sont plongées, submergées, abîmées dans cet océan sans rivages et sans fond, dont nul ne peut sonder les insondables abîmes. C'est là qu'elles vivent et qu'elles vivront éternellement, sans que la satiété puisse jamais les atteindre, sans qu'elles puissent se lasser d'une félicité qui leur semblera toujours nouvelle. Pour elles plus de passé, plus d'avenir, plus rien que le moment toujours présent de leur immuable éternité. Le moment a commencé pour elles au jour où elles sont entrées en possession de leur bonheur, et il ne doit plus finir. Là, où elles sont arrivées, la course fugitive du temps a cessé, le jour qui a lui pour elles n'aura pas de soir, pas de nuit. Au ciel, les heures ne succèdent pas aux heures les mois aux mois, les années aux années, les siècles aux siècles, tout cela passe, fuit comme un songe ; là-haut, rien ne passe, rien ne change, tout est stable, permanent, immuable comme Dieu lui-même.
Pendant leur séjour sur la terre, l'âme des saints était comme la nôtre dévorée du triple besoin de connaître, d'aimer et de posséder. Mais rien ici-bas ne put satisfaire aux aspirations de ces grandes âmes. Elles avaient soif de vérité, soif d'amour, soif de Dieu et ne trouvant dans les créatures que mensonge, vanité et néant, elles languissaient ici-bas comme des exilés languissent loin de leur patrie, et soupirant sans cesse après la fin de leur exil, elles étaient étrangères au milieu du monde, y vivaient comme n'y vivant pas puisque toutes leurs pensées, toutes leurs espérances, toutes leurs affections étaient fixées dans le ciel. Aujourd'hui leurs vœux sont accomplis et le triple besoin de leur cœur est satisfait.
En effet, la soif qu'avaient les saints de connaître Dieu est étanchée. Ils s'abreuvent aux sources de la lumière et de la vérité. Les voiles obscurs de la foi sont tombés pour eux, toutes les ombres qui obscurcissaient leur intelligence se sont dissipées aux brillants rayons du soleil de justice. Ils voient Dieu tel qu'il est et cette vision intuitive de Dieu les plonge dans un immortel ravissement, dans des extases d'admiration et d'amour qui se renouvellent et s'augmentent à chaque nouvelle beauté qu'ils découvrent en celui qui est seul la vérité, la vie, la beauté infinie. Je ne veux pas dire que les saints comprennent l'essence de Dieu, aucune créature quelque pure, quelque élevée en gloire qu'elle soit ne la comprendra jamais ; mais Dieu se montre à ses élus, ils le voient tel qu'il est, ils le connaissent, et cette connaissance est proportionnée au degré de sainteté qu'ils ont acquis sur la terre et à l'amour qu'ils ont eu pour lui.
Les saints comprennent le mystère de l'adorable Trinité devant lequel ils ont autrefois abaissé les lumières de leur faible raison et qu'ils ont adoré sans le comprendre. Ils voient comment Dieu le Père est le principe du Verbe et engendre éternellement ce Fils qui lui est égal en toutes choses ; ils voient également comment l'Esprit saint, amour du Père et du Fils procède de l'un et de l'autre et leur est égal en puissance, en grandeur et en sainteté. Ils comprennent enfin comment ces trois adorables personnes parfaitement distinctes l'une de l'autre ne forment pourtant qu'un seul et même Dieu. Ils connaissent de même tous les autres mystères qui ont été ici-bas l'exercice de leur foi et l'objet de leur contemplation et de leur amour. La charité de Dieu dans les divers mystères de l'Incarnation et de la Rédemption leur est révélée dans toute son étendue, ils sondent les profondeurs de cet incompréhensible amour d'un Dieu pour de misérables créatures et cette vue excite en eux des transports d'admiration et de reconnaissance qu'il n'est pas possible à une langue mortelle d'exprimer.
Dans le ciel Dieu justifie sa providence aux yeux de ses élus. Ils voient en lui pourquoi ses amis sont éprouvés sur la terre, pourquoi les croix, les afflictions les plus pesantes leur sont en quelque sorte réservées. Pourquoi il semble les abandonner si souvent à la méchanceté et à l'oppression de leurs persécuteurs et se montre sourd à leurs gémissements et à leurs prières. Pourquoi le juste languit dans la souffrance, dans les humiliations, dans l'indigence, tandis que tout prospère à l'impie, qu'il nage au sein de l'opulence, qu'il regorge des biens du monde et s'enivre de la vaine fumée de la gloire humaine. L'infinie sagesse qui a réglé cette distribution si inégale de biens et de maux est dévoilée aux yeux des bienheureux ; ils l'admirent, ils la bénissent avec amour et comprennent pourquoi Dieu a voulu cette inégalité qui fait si souvent blasphémer l'impie et murmurer l'âme peu affermie dans la foi.
Enfin les saints voient tout en Dieu, ils connaissent en lui tous les secrets de sa grâce, toutes les avances de sa miséricorde, toutes les inventions de son amour. Ils connaissent également tous les secrets de la nature, toutes les merveilles de la création et le dernier des élus en sait plus sur toutes ces choses que le savant qui a consumé sa vie dans l'étude des astres et des secrets de la nature. Oui les sciences n'ont plus ni obscurités, ni mystère pour les saints ; ils les connaissent toutes sans rien ignorer, ils connaissent clairement et distinctement les lois qui régissent tous les corps qui composent ce vaste univers et d'un coup d'œil ils embrassent tout ce qui s'est passé dans le monde depuis sa création. Ils voient de même dans la lumière de Dieu les besoins spirituels et temporels de ceux qui les invoquent, leurs afflictions, leurs épreuves, leurs tentations, les grâces qu'ils reçoivent et celles qui leur sont nécessaires pour correspondre aux desseins de Dieu sur eux et atteindre la fin pour laquelle il les a créés. Cette vue enflamme leur charité et les porte à se faire auprès du Seigneur les intercesseurs de ceux qui réclament leur assistance et les prient avec ferveur et confiance.
Les saints jouissent encore dans le ciel de la vue de la sainte humanité de Jésus, de ce Jésus qui fut sur la terre l'appui de leur espérance et le plus tendre objet de leur amour. Ils le voient non plus souffrant et rassasié d'opprobre comme aux jours de sa douloureuse passion, mais impassible, glorieux et immortel. Ah ! si un seul rayon de cette gloire inhérente à la divinité que le Sauveur laissa sur le Thabor éclater sur sa sainte humanité suffit pour jeter les apôtres dans une extase d'admiration et de ravissement et arracha à saint Pierre ce cri qui peint si bien le bonheur qui remplissait son âme : Seigneur il fait bon ici ; souffrez que j'y dresse trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et l'autre pour Élie ! quel ne doit donc pas être le ravissement, la joie, le bonheur de ces âmes bienheureuses qui voient non pas un reflet de la gloire de l'Homme-Dieu, mais qui le voient dans tout l'éclat de sa gloire, couronné de toutes les splendeurs de la divinité, élevé au-dessus de tous les chœurs des anges et assis à la droite de son Père sur un trône éclatant de lumière, recevant sans cesse les hommages et les adorations de toute la cour céleste, l'éclairant comme un radieux soleil de sa divine lumière, et laissant tomber sur cette multitude d'élus, qui tous lui doivent leur bonheur et leur gloire, un éternel regard de bienveillance et d'amour. Ah ! c'est là un bonheur que notre cœur comprend. Voir Jésus, l'aimer, en être aimé, le posséder, être sûr que rien ne pourra plus jamais nous séparer de lui, ne plus le voir offensé, mais au contraire aimé, loué, béni par des millions d'esprits célestes et d'âmes bienheureuses. Cette félicité toute seule est déjà le ciel.
La vue de Marie leur douce et tendre mère augmente encore le bonheur des élus. Ils la voient assise sur un trône de gloire, tout à côté de celui de son Fils, revêtue de la lumière de ce soleil de justice qu'elle a donné au monde, portant dans ses mains le sceptre de la clémence et dominant de sa douce majesté l'auguste assemblée des saints, jouissant du bonheur de toutes ces âmes qui après Jésus lui doivent leur salut, comme une tendre mère jouit du bonheur de ses enfants.
Dans le ciel, la soif d'amour qui dévorait le cœur des saints est pleinement étanchée. Ici bas, ils se plaignaient avec douleur de l'impuissance où ils étaient d'aimer comme ils auraient voulu le faire l'objet divin qui seul leur paraissait aimable et cette parole : Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine, les remplissait de crainte et les faisait languir dans les angoisses d'une sainte tristesse. Mais aujourd'hui plus de craintes, plus d'inquiétudes, l'incertitude a cessé, ils savent maintenant qu'ils étaient dignes d'amour, et que le Dieu si bon qui les a couronnés les aime et les aimera éternellement. Pour eux aussi l'impuissance a cessé, Dieu a étendu leurs facultés aimantes, et il a centuplé leur puissance d'aimer, dilaté sans mesure la capacité de ces âmes bienheureuses et à peine le Seigneur s'est-il découvert à elles que le feu du divin amour les a pénétrées tout entières, il s'est attaché à toutes leurs puissances, il les a transformées, identifiées en celui qu'elles aimaient ; et comme Dieu est amour, on peut dire aussi qu'elles sont devenues tout amour.
Ah ! si le sentiment de l'amour de Dieu nous rend déjà si heureux sur la terre, si une seule goutte de cet amour suffit pour adoucir les plus poignantes douleurs, pour remplir d'une sainte énergie et d'un invincible courage les âmes les plus faibles et les plus timides, qu'est-ce donc que l'amour du ciel, que Dieu ne verse plus goutte à goutte, mais qu'il fait entrer par torrents dans l'âme de ses élus. Ils ne boivent pas seulement à cette source de délices, ils se baignent, ils se plongent dans les vagues brûlantes de cet océan de la charité d'un Dieu, ils s'enfoncent, ils se perdent dans ses divines profondeurs et plus ils s'y enfoncent, plus les horizons qui s'ouvrent devant eux s'agrandissent ; sans cesse ils découvrent de nouvelles beautés, de nouvelles amabilités dans celui qu'ils aiment : aussi plus ils l'aiment, plus ils veulent l'aimer et cet acte d'amour béatifique commencé à leur entrée dans le ciel se continuera pendant toute l'éternité toujours plus ardent, plus intense et les remplissent toujours de nouvelles délices, de nouveaux ravissements, parce que cette éternité avec son interminable durée ne suffira pas à leur révéler tout ce qu'il y a de grandeurs, de beautés et de perfections en Dieu.
(Méditations pour l'Octave de la Toussaint et pour tout le mois de Novembre)
Reportez-vous à BONHEUR DES SAINTS DANS LE CIEL : Dans le ciel, les saints possèdent Dieu, BONHEUR DES SAINTS DANS LE CIEL : Les saints bénissent Dieu des souffrances et des épreuves qu'ils ont eues à subir, Sentiments qui doivent nous animer et résolutions à prendre le jour de la Toussaint, Sur l'institution de la fête de la Toussaint, Culte des Saints, Grandeur des Saints, Les Attributs de Dieu qui font la Béatitude des Saints dans le Ciel, Sur la sainteté, Prière à la Très Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Pensons souvent à notre destination, Méditation sur la Fête de tous les Saints : Vous devez être Saints, parce que moi-même je suis Saint, Instruction sur la Fête de tous les Saints, Le Jour de la Toussaint : Méditation sur le bonheur du ciel, 1re Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux, 2e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : J’entendis dans le ciel comme la voix d'une grande multitude, 3e Méditation pour la Fête de Tous les Saints : Application des sens, et Méditation pour le Jour de la Commémoration des morts.
mardi 1 novembre 2022
BONHEUR DES SAINTS DANS LE CIEL : Dans le Ciel, Dieu justifie sa providence aux yeux de ses élus, et étanche la soif d'amour qui dévorait le coeur des saints
samedi 24 avril 2021
Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ
C'est une vérité que l'on aurait peine à croire, si notre divin Maître, qui est la vérité même, ne nous l'avait enseignée. Et c'est ce qu'il a déclaré parlant à son Père, à qui il dit : Père juste, le monde ne vous a point connu. Le Saint-Esprit l'avait déjà enseigné par ces paroles du Prophète Roi : Le Seigneur a jeté les yeux du haut du Ciel sur les enfants des hommes, pour voir s'il y en a quelqu'un qui connaisse Dieu et qui le cherche : ils se sont tous égarés. Il était dans le monde, écrit saint Jean l’Évangéliste ; et c'est lui qui a fait le monde, et le monde ne l'a pas connu. Oui même, après qu'il a été vu en la terre, selon la prédiction du Prophète Baruch, et qu'il a conversé avec les hommes, il est venu chez soi, car toute la terre lui appartient, et tous ceux qui l'habitent ; et les siens l'ont si peu connu, qu'ils ne l'ont pas reçu.
C'est bien ici qu'il faudrait répandre des torrents de larmes sur le malheur du monde, qui n'est pas, qui ne vit pas, qui ne marche pas seulement dans les ténèbres à l'égard des vérités de la Religion, des moyens du salut, des occasions de la damnation éternelle, à l'égard des illusions dont il est rempli, ce que nous avons déploré dans le Chapitre précédent ; mais à l'égard de Dieu même, et de son Fils Jésus-Christ. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si nous avons dit que sa présence en toutes choses et sa divine providence lui étaient inconnues. Certainement le grand Apôtre prononce avec bien de la justice, qu'il est les ténèbres mêmes.
Voilà le dernier malheur du monde, et la cause de son malheur éternel. Car comme la connaissance de Dieu est absolument nécessaire pour arriver à notre fin, ce qui fait tout notre bonheur ; le défaut de cette connaissance, nous en mettant dans la privation, nous jette dans un mal infini. La vie éternelle consiste, dit notre divin Maître parlant à son Père, à vous connaître, vous qui êtes le seul dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé ; et on ne peut parvenir à la vie éternelle sans cette connaissance. Il faut connaître Dieu, il faut connaître Jésus-Christ. Personne ne va à son Père que par lui ; et celui qui le voit, voit aussi son Père. Je suis, nous déclare-t-il, la lumière qui suis venu au monde ; afin que quiconque croit en moi, ne demeure pas dans les ténèbres. La plénitude de la véritable science consiste dans cette connaissance de Dieu et de son Fils Jésus-Christ : c'est ce que les Pères de l'Église enseignent. Ceux qui en sont plus divinement éclairés, ce sont les savants aux yeux de Dieu et de ses Anges. C'est ce qu'on appelle la science des Saints, que Dieu donne aux petits et humbles de cœur, aux personnes vraiment détachées d'elles-mêmes, du siècle, et de tout ce que le siècle estime ; dans laquelle il a rendu admirables des gens sans lettres, de simples femmes, pendant que cette science est cachée aux sages et aux prudents du monde. Nous avons connu un célèbre Docteur qui disait qu'il avait été longtemps sans connaître Dieu avec toute sa doctrine ; il voulait dire qu'il ne le connaissait pas par la science des Saints.
Or si c'est dans la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ que consiste la vie éternelle, comme l'on n'en peut douter, on doit nécessairement convenir que c'est ce qui fait tout notre bonheur, et à même temps demeurer d'accord que son ignorance est la cause de tous nos maux. Et voilà le malheur, comme il a été déjà dit, et le très-grand malheur du monde, selon le témoignage que notre divin Maître en a rendu.
On aurait donc bien sujet d'aller crier de ville en ville, et de village en village, Au Dieu inconnu. Autrefois l'Apôtre l'a fait dans Athènes, le pays des savants du siècle, et au milieu d'un sénat, l'un des plus sages de la terre. Mais on peut le prêcher parmi le peuple Chrétien. On peut le crier, qu'il adore Dieu sans le connaître : car est-ce le connaître que de lui insulter jusque devant ses Autels où il réside corporellement, profanant la sainteté de ses Temples par les irrévérences que l'on y commet, s'y tenant en des situations peu modestes ? ce que l'on remarque assez communément, lorsque l'on s'assemble pour entendre les Sermons, dont il ne faut pas être surpris, si l'on en voit si peu d'effets, s'y préparant d'une si étrange manière. Est-ce le connaître, de n'avoir pas de honte de le traiter avec si peu de respect, et de n'oser ouvrir la bouche pour empêcher qu'il ne soit déshonoré de la sorte ? Ceux mêmes qui doivent élever leur voix, comme le son d'une trompette, pour me servir des expressions de l'Écriture, pour crier contre ces profanations, souvent demeurent muets, et quelquefois les commettent avec plus de hardiesse. Voici ce qu'on lit sur ce sujet dans les Sentences Chrétiennes et Cléricales de feu Monsieur Bourdoise Prêtre de la Communauté de saint Nicolas de Chardonnet, dont saint François de Sales a eu une si haute estime, et dont il se servait quand il allait prêcher dans Paris pour lui tenir compagnie. C'est lui qui parle dans ces Sentences que l'on a données au public. J'ai une fois en ma vie mis hors et chassé d'une Cathédrale cent treize causeurs en deux heures, et en aurais bien mis davantage, si le cent quatorzième qui se présenta, n'eût été un Prêtre Bénéficié de cette Église ; car alors je trouvai à qui parler, et là toute mon autorité et mon zèle furent trop courts. Là j'expérimentai qu'il n'y a rien à gagner aux Prêtres. Ces profanations, aussi bien que l'ignorance de Dieu nous ont obligés, assistés des miséricordes de notre bon Sauveur, et de la protection de son immaculée Mère Vierge, de donner au public deux Traités, dont l'un est de Dieu inconnu, et l'autre des horreurs des profanations des Églises.
Est-ce connaître Dieu, de faire si peu d'état de l'honneur qu'il nous fait, vermisseaux de terre que nous sommes, non seulement nous permettant de l'entretenir quand il nous plaît, mais nous y exhortant, qu'il semble que ce nous soit une peine de converser avec sa Majesté suradorable par l'oraison ; qu'une demi-heure que dure une Messe où il se trouve présent avec son sacré Corps et son précieux Sang, paraît un temps trop long, que l'on s'en ennuie. En userait-on de la sorte avec les Rois de la terre, s'ils permettaient de les entretenir, et de leur parler ? On passe la plupart des jours dans la conversation des viles créatures, on se plaint si l'on est seul, et dans leur privation ; et on crie contre la longueur d'une demi-heure s'il la faut donner à Dieu ; et encore comment la lui donne-t-on ?
Est-ce connaître Dieu, de négliger la divine Communion de son sacré corps ? Est-ce le croire ? Doute-t-on que tous les véritables trésors n'y soient renfermés ? Que ferait-on, si on avait le pouvoir de quelque trésor précieux d'or ou d'argent ? Mais il faut être dignement disposé pour participer à cette Communion vivifiante, il est vrai. Hé ! comment ne fait-on pas tout pour s'y préparer ? Je mourrai sans le pouvoir comprendre, comment il est possible de perdre une seule Communion par négligence ; je dis par négligence, puisque c'est se priver d'un trésor infini qui vaut mieux que le ciel et la terre.
Est-ce connaître Dieu, de lui préférer la créature, des voluptés criminelles aux plaisirs divins de son Paradis ; de lui préférer un peu d'or, d'argent, de biens temporels, des honneurs passagers : ce que fait tous les jours le monde par l'avarice, l'ambition, la vie sensuelle. En vérité c'est ne le pas connaître, de faire moins d'estime de sa possession, ou de sa perte, que des viles choses de la terre, pour lesquelles on s'embarrasse tant, ou pour les gagner, ou pour ne les pas perdre, et pour lesquelles on l'offense si criminellement.
Est-ce connaître Dieu, que de négliger ses divins intérêts, pendant que tout le monde est dans la recherche des siens propres, et des intérêts des autres créatures ? Les Intendants envoient des ordres pour les intérêts des Princes. On les exécute avec la dernière exactitude, et il est juste, et il le faut faire. Les mêmes Princes donnent des ordres pour punir les blasphémateurs, pour empêcher les profanations des Églises ; qui s'applique à leur exécution ? quelle attention y donnent les Magistrats et les autres Officiers ? Hélas ! à peine y pense-t-on. On blasphème, on profane la sainteté des Églises ; on n'y remédie point. Les plus pauvres, les gens de la plus basse condition trouvent des Avocats, des Procureurs qui plaident pour leurs intérêts : où sont les Avocats, les Procureurs qui plaident pour soutenir la cause d'un Dieu, qui entreprennent ses affaires ? Il est vrai, il y a les gens du Roi : où trouverons-nous les gens de Dieu ? Si l'on attaque les droits honorifiques, soit des Ecclésiastiques, soit des séculiers, on fait de grands et de longs procès. Chacun dit : Je suis obligé de garder mes droits. Ô mon Seigneur et mon Dieu, faites-nous penser et garder les vôtres. A la moindre nouvelle que l'on apprend que ces droits des créatures sont blessés, aussitôt on prend des mesures pour y remédier, pour en empêcher la continuation. On avertit, on sait mille et mille désordres que l'on commet contre la Majesté de Dieu ; ou l'on demeure comme insensible aux outrages de cette Majesté infinie, ou l'on s'y applique bien peu. On y fait peu de réflexion, on les oublie aisément ; ou les soins que l'on en prend, sont bien médiocres.
Après cela cessons de nous étonner si Dieu s'adresse même aux choses inanimées de ce qu'il n'est point connu, et par son peuple qu'il a élevé et nourri comme son enfant, et qu'il a comblé de ses bienfaits. Cieux, écoutez, dit-il par le Prophète Isaïe ; et toi terre, prête l'oreille. C'est de la sorte qu'il parle à ce qui n'a pas de sentiment, pour faire connaître aux hommes leur aveuglement. Il ajoute : Le bœuf connaît celui à qui il est, et l'âne l'étable de son maître ; mais Israël ne m'a pas connu, et mon peuple a été sans entendement. Dieu fait encore le même reproche par le Prophète Jérémie, dans lequel il appelle pour témoins de la perfidie de son peuple, les oiseaux du ciel. Moïse animé de son saint Esprit, appelle en témoignage le ciel et la terre. On peut remarquer ici que les ténèbres du pécheur son bien épaisses, la dureté de son cœur bien étrange, son insensibilité bien extrême, puisque Dieu s'en plaint même à ce qui et dépourvu d'intelligence.
Le saint Prophète Roi a dit de lui, qu'il a imité les bêtes qui sont sans raison, et qu'il leur est devenu semblable. Et lui parlant il s'écrie : Ne devenez pas comme le cheval et le mulet qui sont sans raison. Mais il est encore au dessous des bêtes, et plus stupide, puisque le bœuf et l'âne connaissent leur maître ; car ils les servent, et leur obéissent comme ils veulent, quoiqu'entre les animaux ils soient les plus stupides. C'est ce que remarque Saint Jérôme, qui pense que Dieu s'en sert pour ce sujet.
Mais puisque Dieu veut bien se servir de la comparaison de ces animaux, voici une chose assez surprenante à cet égard, et rapportée par une personne qui l'a vue, et qui en a été le témoin oculaire. Un esclave s'étant enfui de Rome, et s'étant caché dans une solitude, y rencontra un lion à qui il ôta une épine qui lui perçait le pied. A quelque temps de là cet esclave étant repris, il fut condamné à la mort, et exposé aux lions dans l'amphithéâtre de Rome selon la coutume de ce temps-là. Or il arriva que le lion qu'on lui lâcha pour le dévorer, était celui à qui il avait tiré l'épine du pied, et que l'on avait pris et enfermé avec les autres pour le supplice des criminels. Ce fut un spectacle bien surprenant à toute le peuple Romain assemblé dans l'amphithéâtre ; car à la vue de ce misérable esclave qui était presque déjà sans sentiment dans la crainte de la mort qui l'avait saisi, le lion qui le reconnut s'arrêta quelque temps comme immobile, et ensuite s'approchant de lui il commença à le flatter de sa queue comme les chiens font ordinairement, et à le lécher avec sa langue. Pour lors il se fit de grands cris d'une exclamation générale de tout le peuple étonné : on crie la liberté de l'esclave, et on l'obtient. L'Empereur même voulant savoir la cause d'un événement si singulier, l'apprit de la bouche de l'esclave ; ensuite on laissa le lion libre aussi bien que l'esclave, qui le conduisant comme un chien après lui dans les rues, on jetait des fleurs à pleine main sur le lion.
Que cet exemple est pressant ! Un lion a tant de reconnaissance pour un homme qui lui a tiré une épine du pied ; et nous qui devons tout à Dieu, et qui nous a délivrés de l'enfer, bien loin de reconnaître sa bonté infinie, nous le crucifions derechef, pour parler avec l'Apôtre, nous rendant coupables de sa mort par nos péchés qui en sont la cause. Saint Antoine de Padoue, pour convertir un hérétique, fit reconnaître la présence du sauveur en la sainte Hostie, d'une manière miraculeuse, par un cheval, qu'on avait laissé un temps considérable sans manger, et à qui présentant de l'avoine devant le très-saint Sacrement de l'Autel, il n'y toucha point, et la laissa pour se tenir en la manière qu'il pouvait en respect devant ce Sacrement adorable. Saint François d'Assise avait un agneau qui fléchissait les genoux, lorsqu'on les levait au très saint Sacrifice de la Messe. Malheur au monde, à la nation pécheresse, à la race corrompue des hommes qui ont si peu de respect pour ce Dieu caché en la divine Eucharistie.
A ces vues, ou il faut renoncer à avoir plus de cœur, ou il faut qu'il ne respire plus que pour le divin amour. Ah, que nous avons bien d'autres sujets que les anciens Prophètes de nous adresser aux Cieux et à la Terre, d'appeler à témoins les animaux en témoignage de ce que les hommes ni ne connaissent Dieu, ni ne l'aiment. Dieu ne nous élève plus, il ne nous nourrit plus d'une manne faite par le ministère des Anges, mais de son propre corps, de son propre sang, après qu'il s'est immolé sur une croix pour nous, et nous a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang. Écoutez, pierres ; écoutez, rochers, vous avez bien amolli votre dureté, vous vous êtes bien brisés, lorsque cet aimable Sauveur a souffert. Ah, ce n'était pas pour vous, c'était pour les hommes, ces ingrats qui sont toujours insensibles à ses bienfaits. Tous les éléments, dit saint Grégoire, ont connu ce Dieu Sauveur en leur manière : les cieux par la nouvelle étoile qui a paru, la mer qui a obéi à sa voix, la terre qui a tremblé à sa mort, le soleil qui s'est éclipsé, les pierres qui se sont brisées, la mort par la résurrection de ceux qui étaient privés de vie. Et après cela le monde ne le connaît point.
Ici S. Bernard s'écrie : Que devons-nous donc faire pour le connaître ? Il répond : Nous avons plus besoin d'un cœur contrit et humilié, que de beaucoup d'étude. Nous avons plus besoin de soupirer et de pleurer, que de raisonner et d'étudier, de l'oraison que de la lecture. Il faut donner plus de temps à la contemplation des choses célestes, qu'à l'occupation des choses de la terre. Approchez-vous de Dieu, dit le Psalmiste, et soyez éclairés.
Que l'homme ne cherche point d'excuse dans son ignorance. Les hommes ont toujours été sans excuse, nous enseigne l'Apôtre aux Romains ; car par la connaissance que les créatures de ce monde ont des choses qui ont été faites, ce qui est invisible en Dieu, leur devient visible, même sa puissance éternelle et sa divinité. Il parle des Infidèles, qu'il appelle les créatures de ce monde, à la différence des Chrétiens qui sont appelés dans l’Écriture, la nouvelle créature. Le Saint-Esprit nous révèle que la lumière véritable éclaire tout homme venant en ce monde ; c'est-à-dire, tout homme capable de lumière, lorsque la raison est assez forte en son âme, pour être digne ou de punition, ou de gloire ; Dieu l'éclaire intérieurement et l'échauffe, en sorte que s'il ne manque pas à cette première grâce, il l'augmente et accomplit son œuvre, lorsque le jugement lui est venu à une juste maturité, et qu'il est obligé de se convertir à Dieu.
Mais entre tous les hommes, les Chrétiens qui connaissent et qui aiment peu Dieu, seront plus châtiés : car ils sont ce peuple qui marchait dans les ténèbres, et qui a vu une grande lumière, sur qui le jour s'est levé lorsqu'il habitait dans la région de l'ombre de la mort, à qui la lumière a été aussi claire que le soleil en plein midi. C'est le sujet de leur condamnation, comme nous le dit l’Évangile ; car ils ont aimé mieux les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait mal, hait la lumière, et il ne se présente point à la lumière, de peur qu'il ne soit repris de ses œuvres.
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
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qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle
depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce
qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliques, Du monde, Méditation sur les dangers du monde, Méditation sur l'amour de la retraite, Méditation sur les moyens de se sanctifier dans le monde, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.
dimanche 21 mars 2021
Avis importants sur la pratique de la Mortification
Il paraît nécessaire de donner ici trois avertissements, qui conviennent à trois sortes de personnes ; ils serviront à consoler quelques-uns, et à en détromper d'autres. Tous les hommes ne naissent pas avec les mêmes dispositions. Les uns éprouvent de grandes difficultés du côté de leur tempérament ; d'où il arrive que sentant dans leur chair des révoltes et des contradictions continuelles pour la pratique de la vertu, ils s'affligent alors, et se croient perdus sans ressource. C'est à ceux-là que s'adresse le premier avis. Qu'ils sachent donc pour leur consolation, que le péché ni l'imperfection ne consistent nullement à sentir en soi ces sortes de répugnances, et ces mouvements contraires à la raison, mais seulement à les suivre. Les mouvements involontaires et les mauvaises pensées qui arrivent, soit contre la pureté, soit contre la foi, soit contre quelque autre vertu que ce soit, et dont quelques personnes s'affligent extraordinairement, ne sont point ce qui fait le péché dans les tentations. Ne vous en mettez point en peine, disent les Saints, ce n'est point le sentiment, c'est le consentement qui fait le péché ; et quand vous êtes fâché de ces tentations, et que loin de vous y complaire, vous les rejetez, vous les combattez, elles sont alors pour vous un fonds de mérite et la matière de bien des triomphes. Il en est de même des mauvaises inclinations naturelles que nous avons, les uns plus, les autres moins, et d‘où s'élèvent dans notre appétit tant de mouvements déréglés, tant de répugnances, et tant de contradictions à la vertu. Ce n'est pas là ce qui fait qu'on est bon ou méchant, qu'on est partait ou imparfait ; c'est une chose purement naturelle qui ne dépend point de nous, et qui est née avec nous et en nous avec le péché. Saint Paul lui-même n'a-t-il pas senti cette révolte et cette contradiction de sa chair ? Je sens, disait-il, dans mon corps une autre loi qui répugne à la loi de ma raison, et m'assujettit à la loi du péché qui est dans mes membres. L'essentiel consiste à fermer l'oreille à la tentation et à n'y point consentir : loin de se décourager par la considération des mauvaises inclinations que l'on reconnaît en soi, il faut au contraire s'exciter à acquérir un plus grand mérite en les surmontant.
Il y en a d'autres qui sont nés avec un naturel heureux, et porté de lui-même à la vertu. Il semble que ces hommes, comme Alexandre de Halés le disait de Saint Bonaventure, n'aient pas péché en Adam. Ils sont d'un caractère si doux et tellement porté au bien, qu'ils trouvent tout aisé à pratiquer ; rien ne leur paraît difficile ; ils ne sentent point dans leur chair ces répugnances et ces contradictions qui font le supplice des autres.
Ce sont à ceux-là à qui s'adresse le second avertissement ; ils doivent en faire usage pour se détromper. Si vous avez les inclinations si sages, et si vous êtes d'une humeur si douce et si réglée que les choses les plus difficiles ne vous fassent point de peine à entreprendre, et que vous ne sachiez presque pas ce que c'est que tentation, gardez-vous bien de vous en prévaloir : ce n'est point une vertu qui soit le fruit de vos victoires, ce ne sont que des présents d'une nature bienfaisante. Il ne faut donc point que la douceur de votre caractère, ni le naturel bouillant et impétueux des autres, vous soient un sujet, ni de vous en estimer davantage, ni de les en estimer moins ; au contraire, vous devez en prendre occasion de vous humilier, et de reconnaître que ce qui paraît vertu en vous, ne l'est point, mais n'est qu'un pur effet du tempérament.
Le troisième avertissement servira à détromper une autre sorte de personnes qui n'éprouvent point en elles ces contradictions et ces révoltes de la chair, s'imaginent être fort en paix avec elles-mêmes. Ce n'est pas pourtant, ni qu'ils se mortifient, ni qu'ils soient nés avec de bonnes inclinations ; c'est seulement qu'ils ne songent à se gêner en rien, et que se laissant aller à leur penchant naturel, ils se trouvent exempts par-là de ces répugnances que les autres sentent en tout ce qu'ils font. Ils sont semblables à ce Solitaire, dont il est parlé dans la vie des Pères du Désert, lequel ayant demandé un jour à un saint Vieillard, d'où vient qu'il ne sentait point en lui ces combats et ces violentes tentations, que tant d’autres gens sentent en eux-mêmes ? C'est, lui répondit l'homme de Dieu, que vous êtes comme une maison, dont la porte est toujours ouverte, et où tout le monde peut entrer et sortir à toute heure, sans que le maître le sache. La porte de votre cœur est toujours ouverte ; vous n'y faites nulle garde ; vous vivez avec très-peu d'attention sur Vous-même, et très-peu de recueillement d'esprit : il ne faut donc pas s'étonner si vous n'êtes point inquiété comme les autres. Que si vous teniez la porte de votre cœur fermée, si vous en défendiez l'entrée aux mauvaises pensées, vous verriez alors quels combats elles vous livreraient pour y entrer. Si vous ne sentez point au-dedans de vous cette guerre et ces combats de la chair, prenez garde encore que ce ne soit peut-être parce que vous suivez en tout votre propre volonté, et que vous ne vous attachez point à contrarier votre appétit, et à déraciner vos mauvaises inclinations.
(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)
Reportez-vous à Qu'il faut se mortifier surtout dans le vice, ou dans la passion dominante, sans toutefois négliger les petites mortifications, Exercices de Mortification, Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas, Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifier, De deux sortes de Mortifications, Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un
des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme,
c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.
lundi 15 mars 2021
Élévation à Dieu à la vue de ses créatures
Du Roi des cieux tout célèbre la gloire,
Tout à mes yeux peint un Dieu créateur,
De ses bienfaits perdrais-je la mémoire ?
Tout l'univers m'annonce son auteur.
L'astre du jour m'offre par sa lumière
Un faible trait de sa vive clarté :
Au bruit des flots, à l'éclat du tonnerre,
Je reconnais le Dieu de majesté.
Charmants oiseaux de ce riant bocage,
Chantez, chantez, redoublez vos concerts ;
Par vos accents rendez un digne hommage
Au Dieu puissant qui régit l'univers :
Par vos doux sons, votre tendre ramage,
Vous inspirez l'innocence et la paix,
Et vos plaisirs du moins ont l'avantage
Que les remords ne les suivent jamais.
Aimables fleurs qui parez ce rivage,
Et que l'aurore arrose de ses pleurs,
De la vertu vous me tracez l'image,
Par l'éclat pur de vos vives couleurs :
Si vous séchez où l'on vous voit éclore
Et ne brillez souvent qu'un jour ou deux,
Votre parfum après vous dure encore :
De la vertu symbole précieux.
Charmant ruisseau qu'on voit dans la prairie
Fuir, serpenter, précipitez tes cours,
Tel est, hélas ! le cours de notre vie ;
Comme tes eaux s'écoulent nos beaux jours ;
Tu vas te perdre à la fin de ta course
Au sein des mers, d'où jamais rien ne sort ;
Et tous nos pas, ainsi, dès notre source,
Toujours errants nous mènent à la mort.
Petit mouton, qui pais dans cette plaine,
Que tu me plais par ta docilité !
Au moindre mot du berger qui te mène,
On te voit suivre avec fidélité.
Si des pasteurs choisis pour nous conduire
Nous écoutions comme toi la leçon,
Des loups cruels voudraient en vain nous nuire
Tu suis l'instinct mieux que nous la raison.
Ô papillon qui d'une aile légère
De fleur en fleur voles sans t'arrêter,
De nos désirs tel est le caractère ;
Aucun objet ne peut nous contenter :
Nous courons tous de chimère en chimère,
Croyant toujours toucher au vrai bonheur ;
Mais ici-bas c'est en vain qu'on l'espère,
Et Dieu peut seul remplir tout notre cœur.
(Manuel des petits séminaires)
Reportez-vous à Dieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, et La Sagesse éternelle dans la Création, et après la chute de l'homme.
vendredi 12 mars 2021
Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifier
Saint Augustin dit que la vie des bêtes, que celle des Anges et celle des hommes sont d'une nature ou d'une espèce bien différente. La vie des bêtes est toute terrestre, et n'est occupée que de l'assouvissement de leurs appétits ; celle des Anges est toute céleste, et ne s'attache qu'à Dieu : celle des hommes tient le milieu entre l'une et l'autre nature. S'il vit selon l'esprit, il se rend égal aux Anges, s'il vit selon la chair, il devient semblable aux bêtes. Ce raisonnement s'accorde parfaitement avec ce que dit Saint Ambroise : que celui qui vit selon les désirs du corps, n'est que chair, et que celui qui vit selon les Commandements de Dieu, est tout esprit. Concluons de là, que celui qui vit selon les appétits de la chair, non-seulement ne vit pas d'une vie spirituelle, mais qu'il ne vit pas même de la vie d'un homme raisonnable ; il ne vit que de la vie animale des bêtes. Cette seule considération devrait suffire pour nous porter à la pratique de la plus austère mortification ; car que peut-il y avoir de plus indigne de la grandeur et de la noblesse de l'homme qui a été créé à l'image de Dieu pour jouir éternellement de lui, que de devenir semblable aux bêtes, en se rendant esclave de la chair et de la sensualité, en ne suivant que les désirs de la chair, en se laissant emporter à l'impétuosité de la concupiscence brutale ? C'est un étrange abus, dit Saint Bernard, et un singulier renversement d'ordres et lorsque celle qui doit être la maîtresse obéit, et que l'esclave commande : c'est proprement le désordre dont parle Salomon, quand il dit : « J'ai vu des esclaves aller à cheval, et des Princes aller à pied comme des esclaves. » Ne trouveriez-vous pas, dit le Père Avila, que ce serait une chose monstrueuse, et dont tout le monde serait effrayé, si l'on voyait une bête traîner un homme garrotté, et le faire marcher Partout où elle voudrait le conduire ? Cependant il y a tant d'hommes de tous les états qui se laissent entraîner à la brutalité de leurs appétits, qu'on n’y fait presque plus d'attention ; on ne s'étonne plus d'une chose si monstrueuse, tant le nombre en est grand. On rapporte que Diogène se promenant en plein jour avec une lanterne allumée dans la place publique d'Athènes, comme pour chercher quelque chose, un de ses amis l'ayant rencontré, lui demanda ce qu'il cherchait : Je cherche un homme, répondit-il. Mais ne voyez-vous pas, reprit celui-ci, que toute la place en est pleine ? Vous vous trompez, répliqua-t-il, ce ne sont pas des hommes, ce sont des bêtes : ils ne vivent pas comme des hommes, ils vivent comme des bêtes ; parce qu'ils se laissent conduire par la brutalité de leurs appétits.
(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)
Reportez-vous à Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas, De deux sortes de Mortifications, Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un
des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme,
c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.
samedi 6 mars 2021
LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION, ET APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME
LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION
« La Sagesse a commencé d’éclater hors du sein de Dieu… lorsqu’elle a fait la lumière, le Ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c’est-à-dire la Sagesse Éternelle : Omnia per ipsum facta sunt (I, 3). Elle est la mère et l’ouvrière de toutes choses : Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia… (Sap. VII, 12 et 21).
Cette Beauté souverainement droite, après avoir créé le monde, y a mis la belle ordonnance que nous admirons. Elle a séparé, elle a composé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui est. Elle a étendu les Cieux ; elle a placé le soleil, la lune, les étoiles et les planètes avec ordre. Elle a posé les fondements de la terre ; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux ondes jaillissant des hauteurs. Elle a formé les montagnes ; elle a tout pesé et balancé jusqu’aux fontaines. Enfin, dit-elle, j’étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite que c’était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et divertir mon Père : Cum eo eram cuncta componens ; et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, uldens in orbe terrarum (Prov. VIII, 30, 31).
Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures de l’univers. Car, sans parler des différentes espèces d’anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre ; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d’instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits ! Quis sapiens, et intelliget haec ? (Ps. CVI, 43). Qui est celui à qui la Sagesse s’est communiquée ? Celui-là seul aura l’intelligence de ces mystères de la nature.
La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies, et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l’ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu’ils en tombaient dans l’extase et le ravissement » (ASE, N° 31-34).
Admirer dans la nature, au cours des saisons comme au long des jours, ces merveilles de l’Éternelle Sagesse ; en profiter chaque fois pour la remercier, la bénir d’un élan du cœur, c’est porter en soi une âme d’oraison.
« Si la puissance et la douceur de la sagesse Éternelle a tant éclaté dans la création, la beauté et l’ordre de l’univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l’homme, puisqu’il est son admirable chef-d'œuvre, l’image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son représentant unique sur la terre : Sapientia tua fecisti hominem, ut dominaretur omni creaturae quae a te facta est (Sap. IX, 2) » (N° 35).
Saint Louis-Marie de Monfort écrit ici, à la gloire de cette puissante Ouvrière, une page magnifique sur la beauté et l’excellence originelle de l’homme : « Elle fit, pour ainsi dire, des copies et expressions brillantes de sont entendement, de sa mémoire et de sa volonté, et les donna à l’âme de l’homme pour être le portrait vivant de la Divinité. Elle alluma dans son cœur un incendie de pur amour pour Dieu ; elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges et des autres créatures.
« Tout dans l’homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillures, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures ; il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l’immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son cœur sans crainte de la mort, par lequel il l’aimait continuellement sans relâche, et purement pour l’amour de lui-même. Enfin, il était si divin, qu’il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu’il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre ! O libéralité de la Sagesse Éternelle envers l’homme ! O heureux état de l’homme dans son innocence ! » (N° 37-38).
Mais voilà que l’homme pèche et perd cette innocence, cette beauté, cette immortalité. Il perd tous les biens qu’il avait reçus. Il se voit condamné à la mort, chassé du paradis terrestre et de la présence de Dieu. Il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec sa postérité ; il voit le Ciel fermé et l’enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l’un et fermer l’autre.
Que va faire la Sagesse Éternelle ?
LA SAGESSE ÉTERNELLE APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME
« Elle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d’honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d'œuvre détruit, son représentant sur la terre renversé. Elle prête tendrement l’oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son cœur et l’affliction de son âme.
« Il me semble voir cette aimable Souveraine rappeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité, pour réparer l’homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, se livre une espèce de combat entre la Sagesse Éternelle et la Justice de Dieu.
« La Sagesse dit qu’à la vérité l’homme mérite, par son péché, le sort des anges rebelles, mais qu’il faut avoir pitié de lui, parce qu’il a plus péché par faiblesse et ignorance que par malice. Elle représente, d’un côté, que c’est un grand dommage qu’un chef-d'œuvre si accompli demeure pour jamais l’esclave de son ennemi, et que des millions d’hommes soient à jamais perdus par le péché d’un seul. Elle montre, de l’autre, les places du Ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu’il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l’éternité si l’homme est sauvé.
« La Justice répond que l’arrêt de mort est porté contre l’homme et ses descendants, et qu’il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde… ; que l’homme est un ingrat pour les bienfaits qu’il a reçus, qu’il a suivi le démon en sa désobéissance et son orgueil, et qu’il le doit suivre sans ses châtiments, parce qu’il faut nécessairement que le péché soit puni.
« La Sagesse Éternelle, voyant qu’il n’y avait rien dans l’univers qui fût capable d’expier le péché de l’homme, de payer la Justice et d’apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver l’homme qu’elle aimait d’inclination, trouve un moyen admirable. Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu’à l’excès, cette aimable et souveraine Princesse s’offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l’esclavage du démon et des flammes de l’enfer, et nous mériter une éternité de bonheur.
« Son offre est acceptée. Le conseil en est pris et arrêté : la Sagesse Éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées » (N° 41-46).
En attendant ce temps de son Incarnation, elle témoignera de toutes manières, aux descendants d’Adam, l’amitié qu’elle leur porte, le grand désir qu’elle a de leur communiquer ses faveurs et de s’entretenir avec eux : « Mes délices, a-t-elle dit, sont d’être avec les enfants des hommes ». Deliciae meae esse cum filiis hominum (Prov. VIII, 34).
De la sorte, elle a préservé de la damnation tous ceux qui ont eu foi en sa venue. Elle a conservé Adam et l’a délivré de sa faute par le repentir et l’expiation. Lorsque le déluge inonda la terre à cause de Caïn et de sa descendance perverse, elle sauva encore le monde en gouvernant le juste Noé, toujours docile à ses ordres. Avant Noé et après lui, c’est elle qui forma tous les saints Patriarches, gardiens et transmetteurs de la Révélation primitive.
Lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s’abandonner au mal, elle s’est préparé, en la personne d’Abraham, un peuple de croyants. Elle le retira de la Chaldée, son milieu d’origine, pour le fixer en terre chananéenne, dans ce pays qui la verrait s’incarner (Sap. X).
L’auteur de l’Ecclésiastique (ch. XXIV) nous la montre établissant sa résidence en Israël, chez le peuple élu :
Chez tous les peuples et toutes les nations, j’ai régné.
Parmi eux tous j’ai cherché le repos,
J’ai cherché en quel patrimoine m’installer.
Alors le Créateur de l’univers m’a donné un ordre,
Celui qui m’a créée m’a fait dresser ma tente.
Il m’a dit : Installe-toi en Jacob,
Entre dans l’héritage d’Israël.
Dans la Tente sainte, en sa présence, j’ai officié ;
C’est ainsi qu’en Sion je suis établie,
Et que dans la cité bien-aimée
J’ai trouvé mon repos,
Qu’en Jérusalem j’exerce mon pouvoir.
Établie en Israël, la Sagesse y a vigoureusement poussé ses racines :
Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire,
Dans le domaine du Seigneur, en son patrimoine.
Elle y a pris des accroissements magnifiques. Elle y a porté des fruits incomparables de sainteté. Pour les décrire, l’auteur inspiré a recours aux comparaisons les plus poétiques, qu’il continue de placer dans la bouche de la Sagesse :
J’ai grandi comme le cèdre du Liban,
Comme le cyprès sur le mont Hermon.
J’ai grandi comme le palmier d’Engaddi,
Comme les plants de roses de Jéricho,
Comme un olivier magnifique dans la plaine,
J’ai grandi comme un platane.
Après ces comparaisons avec les arbres les mieux venus, ou dont les fruits sont les plus appréciés, en voici d’autres avec les parfums végétaux les plus recherchés :
Comme le cinnamonme et l’apalathe
J’ai donné du parfum,
Comme une myrrhe de choix, j’ai embaumé,
Comme du glabanum, de l’onyx et du stacte,
Comme la vapeur d’encens dans la Tente.
Enfin, deux dernières comparaisons nous disent sa prodigieuse fécondité :
J’ai étendu mes rameaux comme le térébinthe,
Ce sont des rameaux de gloire et de grâce.
Je suis comme une vigne aux pampres charmants,
Et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse.
Aussi, voyons-nous sortir de ce peuple privilégié d’illustres et saints personnages comme Moïse, Samuel, Élie, Élisée ; des poètes de génie qui nous ont laissé les Psaumes et les Livres sapientiaux ; de grands Voyants dont nous admirons les écrits prophétiques. L’Église s’en sert tout au long de son année liturgique.
Entre les cinq Livres sapientiaux, celui de « La Sagesse », composé au 1er siècle avant Jésus-Christ, a immédiatement préparé l’Évangile. Il déborde d’éloges sur les excellences, les beautés, les amabilités de la Sagesse Éternelle, et sur le désir qu’elle a de gagner le cœur de l’homme. Ce Livre, nous dit Montfort, a été écrit exprès pour cela : il faut le considérer comme une lettre d’une amante à son amant pour gagner son affection. Les désirs qu’elle y témoigne du cœur de l’homme sont si empressés, les recherches qu’elle y fait de son amitié sont si tendres, ses appels et ses vœux y sont si amoureux, qu’à l’entendre parler vous diriez qu’elle n’est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu’elle a besoin de l’homme pour être heureuse.
Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands chemins ; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes ; tantôt elle vient aux portes des villes ; tantôt elle entre jusque dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu’elle peut : O hommes ! O enfants des hommes, c’est à vous que ma voix crie depuis si longtemps. O viri, ad vos clamito, et vox mea ad filios hominum (Prov. VIII, 4). C’est vous que je désire, c’est vous que je cherche, c’est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi : je veux vous rendre heureux…
Et comme si les hommes craignaient encore, à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine, de s’approcher d’elle… elle leur fait dire qu’elle est d’un accès facile ; qu’elle se laisse aisément voir à ceux qui l’aiment ; qu’elle prévient ceux qui la désirent ; qu’elle se montre à eux la première, et que celui qui se lèvera matin, pour la chercher, n’aura pas beaucoup de peine, car il la trouvera assise à sa porte. (ASE, N° 65, 66, 69).
Cependant, si malgré ces désirs empressés de la Sagesse Éternelle, des milliers d’années se sont écoulées avant son Incarnation, c’est que la réponse des hommes n’avait pas encore assez de force pour l’attirer du sein de son Père.
Les saints de l’ancienne Loi, il est vrai, ont demandé le Messie avec d’instantes prières. Ils gémissaient, ils pleuraient, ils s’écriaient : O nues, pleuvez le Juste ! O terre, germez le sauveur ! O Sagesse qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut… venez nous délivrer (Grande Antienne de l'Avent). Mais leurs appels et leurs sacrifices n’étaient pas d’un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces. Le peuple élu lui-même, malgré les avertissements, les remontrances de ses Prophètes, s’était montré tant de fois prévaricateur. Et le monde, au dire de saint Augustin, l’immense monde païen était indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père.
Il n’y a eu que l’humble Marie qui ait mérité, par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus, de voir le Verbe éternel, la Sagesse Éternelle, se faire homme en son sein. Ce qui nous montre quel Trésor infini est cette divine Sagesse, et quel ardent désir nous devons voir de la posséder, à l’exemple du Père de Montfort qui chantait :
Digne Mère de Dieu, Vierge pure et fidèle,
Communiquez-moi votre foi ;
J’aurai la Sagesse par elle,
Et tous les biens viendront en moi.
Sagesse, venez donc par la foi de Marie,
Vous n’avez pu lui résister ;
Elle vous a donné la vie,
Elle vous a fait incarner.
(Cant. N° 74)
(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)
Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créatures, Dieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Nous sommes des grands blessés, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Sur la vaine curiosité, L'inimitié entre Satan et Marie, La terre se couvrit de ronces et d'épines, et Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam.
vendredi 5 mars 2021
Dieu béni dans les oiseaux
Échappés de vos asiles,
Dans un jour brillant et pur,
Quand, par vos efforts agiles,
Du ciel vous fendez l'azur,
Oiseaux, annoncez la gloire
Du Seigneur de l'univers ;
Remplissez de sa mémoire
Le vide immense des airs.
Quand, de vos ailes légères,
Suivant le rapide essor,
Vers les rives étrangères
Vous tentez un autre sort,
N'y volez que pour étendre
Sa puissance et sa grandeur ;
N'y chantez que pour apprendre
Son amour et sa douceur.
La fraîcheur de vos feuillages,
L'écho qui redit vos chants,
Vos retraites, vos ombrages,
De sa main sont des présents.
Il émaille vos plumages,
Il vous enrichit d'appas,
Il vous donne vos ramages,
Ne le chanteriez-vous pas ?
Quand le jour, à la nature,
Rendant ses vives clartés
Vient, de toute créature,
Peindre à vos yeux les beautés,
Du Seigneur, à vos bocages,
Racontez tous les bienfaits ;
Dites-leur que ses ouvrages
Près de lui sont sans attraits.
Quand la nuit étend ses voiles
Sur la terre et sur les cieux,
Et que les feux des étoiles
Se dérobent à nos yeux,
Apprenez aux rives sombres,
Aux collines d'alentour,
Que c'est lui qui fit les ombres
Comme la splendeur du jour.
(Manuel des petits séminaires)
Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créatures, La Sagesse éternelle dans la Création, et après la chute de l'homme, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création et Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil.
mercredi 3 février 2021
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE
PREMIÈRE PARTIE
Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.
XXVIIIe LEÇON
LE MESSIE PROMIS ET FIGURÉ
NEUVIÈME FIGURE DU MESSIE : LA MANNE
(AV. J.-C 1491)
Q. Quel est le premier miracle que le Seigneur fit en faveur de son peuple lorsqu'il le tira de l'Égypte ?
R. Le premier miracle que le Seigneur fit en faveur de son peuple, lorsqu'il le tira de l'Égypte, fut la colonne de nuée. Cette colonne, lumineuse pendant la nuit et obscure pendant le jour, dirigeait le peuple dans sa marche, et marquait les endroits où l'on devait s'arrêter.
Q. Ce miracle dura-t-il longtemps ?
R. Ce miracle dura environ quarante années, aussi longtemps que les Israélites furent dans le désert.
Q. Quel fut le second miracle du Seigneur en faveur de son peuple ?
R. Le second miracle du Seigneur en faveur de son peuple fut le passage de la mer Rouge, dont les eaux se divisèrent à la voix de Moïse, et laissèrent un libre passage aux enfants d'Israël, tandis qu'elles engloutirent tous les Égyptiens qui poursuivaient les Hébreux.
Q. Quel fut le troisième miracle du Seigneur en faveur de son peuple ?
R. Le troisième miracle du Seigneur en faveur de son peuple, fut la manne.
Q. Qu'était-ce que la manne ?
R. La manne était une nourriture miraculeuse, que le Seigneur faisait tomber chaque matin autour du camp des Hébreux ; elle était composée de petits grains blancs et serrés, avait un goût délicieux, et devait être ramassée chaque matin de bonne heure.
Q. Pourquoi tous ces miracles ?
R. Tous ces miracles avaient pour but de conserver les Juifs dans la Religion, en leur montrant, ainsi qu'aux nations infidèles, que le Seigneur était le seul vrai Dieu, le seul maître de la nature.
Q. La manne est-elle la figure du Messie ?
R. La manne est la neuvième figure du Messie. — La manne était une nourriture qui tombait du Ciel. Notre-Seigneur, dans la sainte Eucharistie, est un pain vivant descendu du Ciel. — La manne remplaçait tous les aliments. La sainte Eucharistie est le pain par excellence ; elle suffît à tous les besoins de notre âme. — La manne dura jusqu'à ce que les Hébreux fussent entrés dans la Terre promise. La sainte Eucharistie nous sera donnée jusqu'à ce que nous entrions dans le Ciel, où nous verrons sans nuage le Dieu que nous recevons sous les voiles du Sacrement.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je chercherai l'occasion d'instruire les ignorants.
Reportez-vous à Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie.
mardi 27 octobre 2020
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE
PREMIÈRE PARTIE
Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.
XIIIe LEÇON
CONNAISSANCE DE L'HOMME CONSIDÉRÉ
DANS SES RAPPORTS AVEC LES CRÉATURES
Q. Que nous montrent les rapports de l'homme avec les créatures ?
R. Les rapports de l'homme avec les créatures nous montrent la bonté de Dieu et la dignité de notre nature ; car l'homme a été créé pour être le roi, l'usufruitier et le pontife de l'univers.
Q. Qu'est-ce à dire que l'homme est le roi de l'univers ?
R. L'homme est le roi de l'univers, c'est-à-dire que Dieu lui a donné le commandement sur toutes les créatures, qui se soumirent librement à sa volonté tant qu'il fut innocent, mais qui se révoltèrent contre lui aussitôt qu'il se révolta contre Dieu. Cependant il n'a pas perdu toute sa puissance.
Q. Qu'est-ce à dire que l'homme est l'usufruitier de l'univers ?
R. L'homme est l'usufruitier de l'univers, c'est-à-dire qu'il jouit de toutes les créatures et que toutes se rapportent à lui.
Q. Comment cela ?
R. Au moyen de ses cinq sens, la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher, il attire à lui toutes les créatures et les fait servir à ses usages et à ses plaisirs. C'est ainsi qu'en mangeant un morceau de pain nous jouissons de tout l'univers ; car, pour produire un morceau de pain et le porter à notre bouche, il faut le concours de tous les éléments, des hommes et de Dieu lui-même.
Q. Qu'est-ce à dire que l'homme est le pontife de l'univers ?
R. L'homme est le pontife de l'univers, c'est-à-dire qu'il est obligé de rapporter à Dieu et de lui offrir toutes les créatures, qui ne peuvent pas glorifier Dieu d'une manière digne de lui, puisqu'elles n'ont ni esprit pour le connaître, ni cœur pour l'aimer, ni bouche pour le bénir. C'est l'homme qui doit les acquitter de tous ces devoirs envers leur Créateur.
Q. Que fit Dieu après avoir créé l'homme ?
R. Après avoir créé l'homme, Dieu le couronna roi de tout l'univers et le conduisit dans le palais qu'il lui avait préparé. Ce palais était un jardin délicieux, planté de toutes sortes d'arbres chargés des plus beaux fruits : c'est ce qu'on appelle le Paradis terrestre.
Q. Comment l'homme devait-il gouverner le monde ?
R. L'homme devait gouverner le monde avec sagesse et équité, c'est-à-dire qu'il devait faire servir toutes les créatures à la gloire de Dieu et à sa propre sanctification. Adam le fit ainsi tant qu'il fut innocent ; nous devons l'imiter et ne pas suivre l'exemple de la plupart des hommes, qui, au lieu de se servir des créatures pour glorifier Dieu, en abusent pour l'offenser.
Q. Les hommes abuseront-ils toujours des créatures ?
R. Les hommes n'abuseront pas toujours des créatures : elles seront un jour délivrées. Jusque-là, elles gémissent d'être obligées de prendre part à nos iniquités, et attendent, comme dit saint Paul, le jugement dernier avec impatience (Ad Rom., VIII, 10).
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, chaque jour je mortifierai quelqu'un de mes sens.
Reportez-vous à Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, De la fin des créatures, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu.


