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vendredi 4 février 2022

Quels sentiments doit inspirer à des enfants chrétiens la fête de la Purification ?



En contemplant Jésus qui, dès l'entrée de sa vie, vient se consacrer à Dieu pour être la victime de notre salut, ils seront pénétrés pour lui de reconnaissance et d'amour ; et si, plus heureux que le vieillard Siméon, il ne leur est pas seulement donné de le porter entre leurs bras, mais de le recevoir au fond de leurs cœurs par la sainte communion, ils béniront mille et mille fois ses miséricordes, et s'offriront en union avec lui à son Père céleste.
Ils apprendront à estimer, à chérir la pauvreté en dépit du monde et de ses maximes, puisque Jésus-Christ, qui était riche de tous les biens du ciel, s'est fait pauvre pour l'amour de nous jusqu'à vouloir être racheté au jour de sa présentation, non par un agneau qui était l'offrande des riches, mais par celle des plus indigents, deux colombes ou deux tourterelles. Ces innocentes victimes, qui allaient mourir pour Jésus, et qui retraçaient une image de la sainteté du sacrifice qu'il offrirait un jour, leur rappelleront que, s'ils veulent faire à Dieu une oblation d'eux-mêmes qui lui soit agréable, ils doivent s'efforcer d'être simples comme la colombe, fidèles et innocents comme la tourterelle, et de se purifier de leurs péchés en gémissant comme elle dans la solitude et la retraite.
Ils recueilleront aussi les grandes et touchantes leçons que leur donne Marie dans ce mystère. Si, pour cacher au monde le miracle de son enfantement divin, elle se soumet, comme les autres femmes de Juda, à la loi humiliante de la purification, pourraient-ils tirer vanité des plus frivoles avantages, et vouloir être loués de ceux même qu'ils n'ont pas ?
Si elle obéit à un précepte dont elle est évidemment exempte, pourront-ils encore se dispenser des lois de Dieu et de son Église, de l'obéissance à leurs parents et à leurs maîtres ? Ne sentiront-ils pas le besoin d'étouffer en eux cet esprit d'indépendance qui les rend impatients de tout joug et de toute autorité ? Enfin, quand Marie offre en sacrifice le cher objet de son cœur, son Fils bien-aimé, est-il une affection frivole, une inclination vaine dont ils ne doivent faire à Dieu un généreux sacrifice ?
Comme le saint vieillard Siméon, et à l'exemple de la sainte prophétesse Anne, ils n'auront pas de plus grand bonheur que de se voir souvent réunis au pied du saint autel pour adorer le Seigneur ; ils s'armeront de la mortification pour immoler l'amour des plaisirs sensuels ; ils sauront se priver quelquefois même de ce qui est permis, pour n'être pas entraînés par ce qui est défendu, se souvenant que le plaisir est le principal séducteur de la vie humaine, et qu'il a renversé l'homme innocent dans le paradis terrestre.

(Manuel des petits séminaires)



Reportez-vous à Dispositions de Jésus et de Marie pendant la sainte cérémonie de la Purification, Temps de la Sainte Enfance de Jésus, Invitation à célébrer la sainte enfance de Jésus, Dispositions de Jésus et de Marie pendant la sainte cérémonie de la Purification, Pour la Fête de la Purification : Prière à Jésus et à Marie pour obtenir l'humilité, Circonstances remarquables qui accompagnèrent la présentation du Sauveur au temple, Jour de la Purification : Soumission de Jésus-Christ et de sa sainte Mère à la Loi de Moïse, Ce que prescrivait la loi de Moïse, touchant la présentation au temple des enfants premiers-nés, et la purification des mères, La Fête de la Purification ou de la Chandeleur, Méditation pour le Jour de la Purification, Instruction sur la Fête de la Purification, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 23e Méditation : Il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé SiméonDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, et Discours sur la purification de Marie.














jeudi 3 février 2022

Dispositions de Jésus et de Marie pendant la sainte cérémonie de la Purification



Tandis que tout retentissait de bénédictions et de cantiques d'allégresse autour de lui, Jésus se consacrait à son Père, pour être la victime de nos péchés ; il répétait dans son cœur : Les anciens holocaustes ne vous ont point été agréables : mais je viens me mettre à leur place, je viens faire votre volonté, ô mon Dieu ! Il consentait, comme le prédisait Siméon, à être en butte à toutes les contradictions des hommes ; il acceptait de la main des Anges, invisiblement présents à ce spectacle, les instruments de sa passion et de ses douleurs ; et les liens qui devaient l'enchaîner un jour, et le manteau d'ignominie dont on devait couvrir ses épaules, et la couronne cruelle qui devait plus tard ensanglanter sa tête adorable, et la croix enfin, ce lit de douleurs et de honte destiné à recueillir son dernier soupir.
Cependant, Marie entendant ces douloureuses paroles, se pénètre des sentiments de son fils, et se soumet comme lui à tous les desseins de Dieu. Elle sait qu'elle aura part à toutes ses contradictions ; qu'elle verra tout le monde se soulever contre ce Fils bien-aimé ; que son cœur de mère sera percé comme d'un glaive de douleur, lorsque Jésus sera livré aux mains de ses ennemis et accablé sous le poids de la colère divine ; elle sait toutes ces choses : car la parole de Siméon lui a tout révélé ; mais elle ne succombe pas à l'appréhension de tant de souffrances : tant elle désire concourir à notre salut, et devenir notre mère au prix même de ce Fils unique, objet de toute sa tendresse.

(Manuel des petits séminaires)


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mercredi 2 février 2022

Circonstances remarquables qui accompagnèrent la présentation du Sauveur au temple



Il y avait dans Jérusalem, dit l'Évangile, un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, qui vivait dans l'attente de la consolation d'Israël, et le Saint-Esprit était en lui ; et il lui avait été révélé par ce divin Esprit, qu'il ne mourrait pas qu'auparavant il n'eût vu le Christ du Seigneur. Ce saint vieillard, à la vue de Jésus, que Marie et Joseph offraient à Dieu, fut saisi d'un transport de joie, de reconnaissance et d'amour, et, dans un mouvement prophétique, prenant entre ses bras le divin Enfant, il s'écria en bénissant Dieu : « Vous laisserez maintenant aller en paix votre serviteur, selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le sauveur que vous destinez pour être la lumière des nations, et la gloire d'Israël, votre peuple. »
Marie et Joseph étaient dans l'admiration des choses que l'on disait de Jésus. Alors Siméon les bénit, et s'adressant à Marie : « Cet enfant, lui dit-il, est posé pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs en Israël, et il sera en butte à la contradiction des hommes, et votre âme sera percée d'un glaive de douleur. »
Cependant une sainte veuve, nommée Anne, qui était douée du don de prophétie, et qui avait vieilli dans le temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et dans les prières, vint encore ajouter à la beauté de cette scène si digne de fixer les regards du ciel et de la terre, et unit ses bénédictions à celles du saint prophète Siméon : elle louait le Seigneur, dit l'Évangile, et parlait du Sauveur à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.

(Manuel des petits séminaires)


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mardi 2 février 2021

LA FÊTE DE LA PURIFICATION OU DE LA CHANDELEUR



ORIGINE

Cette fête date de fort loin, puisque c'est sous Justinien qu'elle fut instituée, sous le nom d'Hypapante, qui signifie en grec l'action d'aller au-devant de quelqu'un. Elle fut établie en commémoration du vieillard Siméon et d'Anne la prophétesse, qui allèrent à la rencontre de Jésus, lorsque Joseph et Marie vinrent le présenter au temple. La loi et l'usage voulaient alors que tout nouveau-né fût porté en présence du grand prêtre, quarante jours après sa naissance, pour être inscrit sur les registres, et, dans cette présentation, la mère elle-même devait être purifiée devant Dieu.
Certes, la mère du Messie, cette femme qui, par un privilège unique et exceptionnel, avait donné le jour à son fils sans perdre une seule des prérogatives de sa virginité ; Marie, cet emblème de la candeur et de la chasteté, n'avait à se purifier d'aucune souillure devant Dieu. Aussi est-ce seulement pour donner l'exemple de l'obéissance à la loi qu'elle se soumet à cette formalité, qui la relève et la grandit encore aux yeux de ses serviteurs.
Les saint livres nous apprennent que la loi voulait encore que toute femme, avant de se purifier, présentât un agneau en sacrifice ; mais celle qui était trop pauvre pour fournir cette victime pouvait y substituer deux colombes. L'histoire et la tradition nous ont transmis un fait bien touchant, et personne n'ignore que la descendante des rois de Juda, que la petite-fille de David, nous n'ajoutons point la mère de Dieu, fut alors réduite à s'en tenir à l'offrande des pauvres.
Ainsi donc, cette existence du Christ, qui avait commencé par une fuite, se continuait par une humiliation, pour se terminer par le supplice !
Cette fête de la Purification s'appelle encore la fête de la Chandeleur, parce qu'autrefois ce jour-là les prêtres et les assistants portaient à la main un cierge, une chandelle de cire allumée, touchant emblème de la mère divine portant dans ses bras l'enfant d'où devait rayonner toute lumière. Ce cierge, par sa blancheur, était encore le symbole naïf de la pureté de Marie, de la candeur de Jésus et de la droiture de Joseph ; car, par un gracieux assemblage d'allégories, la Religion, dans ses fêtes, a toujours voulu poétiser ses croyances, cherchant ainsi à graver dans les cœurs tout ce que sa tendre sollicitude faisait passer par nos yeux ou par notre oreille.
Comme tout ce qui se rattache au culte de la sainte Vierge, la Chandeleur est une solennité qui nous apparaît tout embaumée d'un suave parfum de virginale splendeur. L'Église, ce jour-là, se pare de ses plus blancs ornements ; et, comme si la terre voulait célébrer aussi la fête de la pureté et de la candeur, elle semble se couvrir d'un voile éclatant de blancheur, que le peuple appelle la neige de la Chandeleur.


LA FÊTE DE LA PURIFICATION

Le Seigneur avait dit, par la voix du Prophète (Malachie) :
« — Et voici qu'en ce jour mon ange ira vers vous,
Afin que, devant moi, toute route soit prête.
Et que rien, ici-bas, ne se place entre nous...
Et le Dominateur qu'attend votre espérance
Paraîtra dans le temple, au milieu d'Israël ;
Ses pas seront suivis, par l'Ange d'alliance
Qui porte aux nations les messages du ciel... »

C'est, pour exécuter la parole divine,
Que Jésus, dans le temple, alors fut apporté :
Il pouvait, invoquant sa céleste origine,
Se soustraire à l'arrêt par Moïse dicté ;
Et sa mère, d'ailleurs, ce beau lis d’innocence,
Qu'embaumait le parfum de sa virginité,
Elle qui charmait tout par sa seule présence,
Avait-elle souillé sa chaste pureté ?...
Non !... la douce Marie était une humble femme
Qui, sachant qu'elle était la mère du Sauveur,
Retenait son secret dans le fond de son âme,
Et se nommait, tout haut, Servante du Seigneur...
Elle voulut alors donner un noble exemple,
Qui pût servir de règle aux mères à venir :
Pour se purifier, elle alla dans le temple,
Portant son nouveau-né, que l'on allait bénir.
La loi voulait qu'alors, pour que Dieu fût propice,
On offrît un agneau, symbole de son vœu ;
Les pauvres, ne pouvant faire ce sacrifice,
Immolaient seulement deux colombes à Dieu...
La fille de David , la mère du Messie,
Celle qui dans son sein avait porté Jésus ;
Le rejeton des rois, dont la suprématie
Tenait à la naissance, aussi bien qu'aux vertus ;
Marie et son époux, réduits à l'indigence,
N'apportaient point d'agneau, pour gage de leur foi :
Ils offraient simplement la stricte redevance
Des colombes, alors prescrites par la loi.

Et lui, le jeune enfant, lui le maître du monde,
Qui pouvait, d'un seul mot, renverser les palais,
Remplacer le soleil par une nuit profonde,
Faire régner sur terre ou la guerre, ou la paix ;
Lui qui, seul, commandait à toute destinée ;
Lui, le vrai fils de Dieu, roi dans l'Éternité,
Humiliant alors sa puissance incarnée,
Marchait dans sa faiblesse et dans sa pauvreté ! ...
Pauvres, qui maudissez votre longue misère ;
Riches, qu'enorgueillit la puissance de l'or,
Ayez l'âme moins triste, ayez l'âme moins fière,
Jésus a méprisé ces vanités du sort.
Il voulut dédaigner, en entrant dans la vie,
Ce néant, qu'on appelle ou richesse, ou splendeur,
Et sut, en l'acceptant, rendre digne d'envie
L'obscure pauvreté, dont il fit un honneur...
Marie , en présentant son enfant au Grand-Prêtre,
Se grandissait encore par son humilité ;
Aussi le saint vieillard, en la voyant paraître (Saint Luc),
S'écria tout à coup, par la joie emporté :
« — Maintenant, ô Seigneur, je puis quitter la vie (Cantique de Siméon) ;
Mes yeux ont contemplé le salut d'Israël !...
Ce salut, c'est celui qu'à la terre asservie
Promit, pour l'affranchir, la voix de l'Éternel :
Cet enfant est venu pour la paix ou la guerre,
Pour perdre ou pour sauver... Il deviendra le but
Où seront dirigés les traits de la colère ;
Aux peines de ce monde il paiera le tribut :
Et votre cœur, Marie , en ces jours de tristesse,
Sera cent fois percé d'un glaive de douleur ;
Car il vient accomplir la divine promesse,
Et signer avec nous le pacte du Sauveur !... »

Et, lorsqu'il eut chanté cet hymne prophétique,
Le vieillard, épuisé par ce sublime effort,
S'affaissa lentement sous le sacré portique,
Et ceux qui l'écoutaient virent qu'il était mort...
On entendit alors une douce harmonie,
Qui descendait du ciel, en murmurant un nom ;
Et, parmi les échos de cette mélodie,
On distinguait encor la voix de Siméon :
Il avait annoncé le Messie et sa gloire ;
Le Seigneur le payait en exauçant son vœu :
Il venait de toucher le prix de sa victoire,
Et précédait le Christ, à la droite de Dieu.


SERMON

Ce n'est pas seulement pour satisfaire à la loi qui consacrait au Seigneur tous les enfants premiers-nés, que Jésus-Christ parait aujourd'hui dans le temple ; c'est aussi pour en accomplir la figure. Il ne vient pas seulement se soumettre à une ordonnance qui n'avait pas été faite pour lui, il vient encore développer les mystères d'une cérémonie qui ne se rapportait qu'à lui.
Pourquoi, en effet, mes frères, le Seigneur avait-il ordonné que les premiers-nés des hommes et des animaux lui fussent offert, comme pour racheter par cette offrande la vie et la servitude de tous les autres ? Pourquoi ces premiers-nés des fruits de la terre, que la loi de Moïse lui avait réservés ? N'est-il pas également maître de tous nos biens ? et le sacrifice du soir lui est-il moins dû que celui du matin ? Pourquoi ces figures ? C'est parce que Jésus-Christ, le premier-né d'entre ses frères, devait s'offrir un jour pour les délivrer tous de la condamnation d'Adam. C'est encore parce que Jésus-Christ, ce fruit sublime de la terre, comme l'appelle un prophète, devait être présenté dans le temple ; par cette oblation, sanctifier toute la nature, et rendre à l'homme le droit d'user des biens qu'elle produit, dont un abus injuste l'avait privé.
Ce n'étaient donc là que les ombres de l'avenir. Voilà pourquoi les prophètes ne cessaient de nous annoncer, que l'éclat de l'ancien temple cèderait à la magnificence du nouveau. Ce ne sont plus en effet des nuées de gloire qui descendent du ciel pour couvrir le sanctuaire ; elles enfantent aujourd'hui le Juste. Ce n'est plus l'ange du Seigneur qui, du font du Propitiatoire, annonce ses volontés au peuple ; c'est le seigneur du temple lui-même, qui vient en personne instruire les hommes des vérités éternelles du salut. Ce ne sont plus des princes et des conquérants profanes, qui, attirés par la majesté des princes et des conquérants profanes, qui, attirés par la majesté et par la réputation de ce lieu saint, viennent y adorer le Dieu des armées, et charger ses autels d'offrandes magnifiques ; c'est le prince de la paix, le roi immortel des siècles, le conquérant de Juda, revêtu des dépouilles des nations, qui vient les offrir toutes à son Père, comme le trophée de sa victoire. Ce n'est plus la fumée des encensements, qui monte avec majesté vers le trône céleste ; ce sont les prières et les supplications du Christ, toujours exaucé à cause de son excellence. Ce n'est plus le sang de mille victimes qui coule sur l'autel ; c'est l'oblation sanglante du Rédempteur d'Israël qui s'y accomplit par avance. Enfin, ce n'est plus un premier-né offert par la Synagogue et racheté en même temps, comme incapable de la purifier de ses souillures : c'est l'Église elle-même, figurée dans Marie, qui va offrir son chef, son premier-né, les prémices de ceux qui dorment dans le sein d'Abraham ; pour être par cette oblation sainte rendue sans tache et sans ride, et préparée à jamais au seigneur, comme une Vierge pure, et seule digne d'entrer avec lui dans le sanctuaire éternel.
Or, comme c'est ici la première marque publique du culte que Jésus-Christ donne à son Père, sans doute il veut nous y apprendre les dispositions dans lesquelles il faut entrer pour se consacrer à lui par une vie toute nouvelle. Recueillons donc les circonstances principales de ce mystère, et nous y trouverons un esprit de sacrifice dans Jésus-Christ qui s'offre à son Père, et un esprit de fidélité dans Marie qui l'offre. Or, voilà les deux dispositions qui rendent la conversion sincère et durable, et l'offrande de nos cœurs agréable à Dieu : un esprit de sacrifice qui ne réserve rien en s'offrant ; un esprit de fidélité qui ne se dément plus sur rien en le servant.
La soumission à la volonté de Dieu est la grande vertu dont Marie nous donne aujourd'hui l'exemple dans le mystère que l'Église propose à la piété des fidèles. Quoique toute la vie de cette Vierge sainte ait été une conformité continuelle aux ordres du ciel, un acquiescement universel aux vues et aux desseins de Dieu sur elle, il semble cependant que c'est cette disposition qui domine le plus dans l'oblation qu'elle fait aujourd'hui de son fils au temple ; et que c'est dans ce mystère que le sacrifice qu'elle fait à la volonté de Dieu de ses lumières, est plus entier et plus héroïque. (Massillon)

(Tiré de Les Fêtes de l’Église romaine)


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samedi 1 février 2020

Instruction sur la Fête de la Purification



Extrait de "L'Esprit de l’Église dans le cours de l'année Chrétienne" :


Siméon au Temple
Il était ordonné par la Loi de Moïse qu'après un certain nombre de jours, les Femmes qui avaient mis leurs Enfants au monde, viendraient se purifier solennellement dans le Temple, et que si c'était leur premier fils, elles l'offriraient au Seigneur, et le rachèteraient par l'oblation d'un Agneau ou de deux Tourterelles. Il est hors de doute que la Sainte Vierge n'était point sujette à cette Loi, puisqu'elle était devenue encore plus pure, et pour ainsi dire, plus Vierge, par la naissance du divin Enfant, qu'elle avait donné au monde ; cependant, elle se soumit à une Loi qui ne la regardait pas, pour nous apprendre à nous soumettre sans hésiter à toutes celles qui nous regardent. Elle ne perd point d'occasions de pratiquer l'humilité, parce qu'elle connaît le prix de cette excellente vertu, et elle se purifie véritablement, en acquérant de nouveaux degrés de pureté et de sainteté.
Sa pureté n'est pourtant pas la principale circonstance du Mystère dont il s'agit ici. L'oblation qu'elle fait de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ fait de lui-même à son Père et pour nous, est ce qu'il y a de plus essentiel. Il offre aujourd'hui le Sacrifice du matin, et il offrira sur le Calvaire celui du soir, afin que de l'un et de l'autre soit formé le jour entier de notre Rédemption. Il est bien juste que de notre côté nous nous offrions aussi tout à lui, et que dans la présentation de notre cœur nous soyons disposés à lui sacrifier tout ce que nous sommes, et tout ce que nous possédons.
Le Vieillard Siméon reçoit Jésus-Christ entre ses bras, et après une si grande faveur, il croit n'avoir plus rien à attendre et à désirer sur la terre. Il ne tient plus à rien, et son âme ne demande qu'à se retirer en paix. Telle et plus parfaite encore, s'il était possible, devrait être notre disposition, après avoir reçu Jésus-Christ, non pas dans nos bras, mais dans notre cœur par la sainte Communion, et être devenu, en quelque sorte, une même chose avec lui par la plus étroite union.
Siméon appelle le saint Enfant la lumière des Gentils, et la gloire d'Israël. C'est cette lumière qui nous est représentée par le Cierge ardent, qu'on nous met entre les mains, et qui nous avertit de conserver avec un grand soin le don précieux de la Foi, et de la tenir toujours allumée, et non seulement allumée, mais ardente et enflammée par la charité.


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mercredi 15 janvier 2020

Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 23e Méditation : Il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon


Extrait de "Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou Nouveau Mois de Jésus" par C.-L. Faucher, prêtre du Diocèse de Clermont :




23e JOUR

Il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, qui attendait la consolation d'Israël. (Luc, II, 28)


1er Point. Lorsque Marie et Joseph portèrent au temple le saint Enfant pour obéir à la loi du Seigneur, le saint vieillard Siméon, qui attendait depuis longtemps le Sauveur d'Israël, et qui avait reçu l'assurance qu'il ne mourrait point sans voir le Messie promis à ses pères, y vint aussi, conduit par un mouvement du Saint-Esprit. Dès qu'il eut reconnu, par une lumière intérieure, le Sauveur du monde, il ne put contenir sa joie, et prenant le saint Enfant entre ses bras, il le serra contre son cœur, et bénit le Seigneur en disant : Maintenant, ô mon Dieu ! je vais quitter cette terre en paix ; et que ferais-je ici-bas, depuis que, suivant vos promesses, vous avez mis le comble à tous mes désirs, et que j'ai eu le bonheur de contempler celui que j'attendais depuis si longtemps ? C'est lui qui sera l'ornement et la gloire de votre peuple, le salut d'Israël et la lumière qui éclairera les nations assises à l'ombre de la mort. Oui, il est temps que je voie briser les chaînes qui me retiennent dans ce lieu d'exil ; car mes yeux, après avoir contemplé le Saint des saints, ne peuvent plus s'arrêter aux choses de la terre ; je m'endormirai donc avec joie dans la paix du Seigneur.
Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace. (Luc, II, 29)
Oh ! quand serons-nous détachés de la terre comme le saint vieillard Siméon ? Quand est-ce que Dieu sera l'unique objet de nos désirs ? Quand est-ce que notre vie sera assez sainte pour pouvoir souhaiter comme lui d'être délivrés de cette prison, de ce corps de péché, et pour nous réjouir comme lui dans l'attente d'une meilleure vie ?

2e Point. Lorsqu'on a connu combien Dieu est aimable, lorsqu'on a goûté les douceurs de son service, tout est à charge, tout devient insipide ; tout ce que le monde estime et vante paraît plus méprisable que la boue ; les plaisirs d'ici bas deviennent insupportables, les biens de la terre sont un fardeau accablant ; car Dieu versé dans l'âme de ceux qui le servent avec ferveur tant de consolations et de douceurs, que celui qui les a une fois éprouvées, ne veut plus que Dieu, ne cherche plus que Dieu, ne désire que Dieu ; il perdrait mille fois la vie, il renoncerait à toutes les richesses, à tous les honneurs de la terre, plutôt que de se séparer de ce Dieu de bonté, en qui il découvre de si grands biens, et où il trouve tant d'ineffables délices. Et voilà pourquoi le cœur du saint vieillard Siméon est rempli d'une joie inexprimable : il a possédé son Dieu, il a contemplé son Seigneur ; il n'a plus rien à désirer ; rien ne saurait surpasser le bonheur dont il a joui en recevant entre ses bras et sur son cœur le désiré des nations, l'attente des justes, le salut d'Israël.


ORAISON JACULATOIRE

Infans Jesu, expectatio justorum, miserere nobis.
Enfant Jésus, l'attente des justes, ayez pitié de nous.


PRIÈRE

Ô saint Enfant ! douce espérance des justes, vous êtes aussi la mienne ; j'espère vous voir un jour, sans voile et sans nuage, dans le séjour de votre gloire. J'espère contempler votre face adorable qui fait le bonheur des saints dans le ciel, et après vous avoir adoré et aimé petit enfant ici-bas, j'espère vous aimer et vous adorer dans le ciel comme le Dieu de toute majesté, qui vit et règne dans les siècles des siècles.


EXEMPLE

Sainte Monique s'entretenait quelque temps avant sa mort avec son fils, saint Augustin, sur le bonheur du ciel. Ils cherchaient à connaître par les lumières de la foi, quel serait ce bonheur qui doit être le partage des saints pendant toute l'éternité. Après avoir reconnu que tous les biens et les plaisirs de cette vie ne pouvaient entrer en comparaison avec la félicité que Dieu réserve à ses élus, ils se trouvèrent tout-à-coup ravis en esprit, et entrevirent, pour quelques instants, le séjour des bienheureux. À cette vue, saisis, immobiles, hors d'eux-mêmes, ils ne parlaient plus que par leurs soupirs et leurs larmes, lorsque sainte Monique, reprenant la parole, s'écria : Ô mon fils ! il n'y a plus rien qui puisse m'attacher à cette terre : quittons cette région étrangère. Et que ferais-je ici-bas, maintenant que tous mes vœux sont accomplis ? Je ne souhaitais la prolongation de mes jours que pour vous voir catholique et enfant soumis de l'Église. Dieu a fait plus que je n'avais désiré, puisque je vous vois entièrement consacré à son service et plein de mépris pour tous les avantages auxquels vous auriez pu prétendre dans le monde. Qui pourrait donc me retenir plus longtemps dans cet exil ? Je ne demande maintenant qu'une chose : c'est de jouir au plus tôt des délices ineffables de la maison de Dieu. Les désirs de cette sainte veuve furent bientôt exaucés ; car, étant tombée malade peu de temps après, elle alla recevoir la couronne due à ses mérites et à ses vertus.


PRATIQUE

Excitons-nous souvent à la pratique de la vertu par la vue de la récompense que Dieu lui réserve dans le ciel.


Reportez-vous à La Fête de la Purification ou de la Chandeleur, Instruction sur la Fête de la PurificationMéditation pour le Jour de la PurificationDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 24e Méditation : L'enfant que voilà est au monde pour la perte et le salut de plusieurs, Discours sur la purification de Marie, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.














dimanche 15 septembre 2019

Méditation pour la Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs





LES SEPT DOULEURS DE LA SAINTE VIERGE




Fille de Jérusalem, votre douleur est grande comme la mer.


I. Prélude. — Me représenter Marie, soit au temple où elle entend les prophéties de Siméon, soit sur le chemin de l'Égypte où elle fuit avec son divin Fils, soit à Jérusalem où elle le cherche durant trois jours, soit sur la route du Calvaire, soit au pied de la croix, soit lorsque le Corps sanglant de Jésus fut déposé entre ses bras, soit enfin lorsqu’il lui fallut s'en séparer et le voir enfermer dans le sépulcre.

II. Prélude. — Ô Mère d'amour et de douleur ! l'amour vous a donné la croix ; faites que la croix me donne l'amour.


1. Point.
Étendue et durée des douleurs de Marie.

L'Église offre aujourd'hui Marie à ma vénération et à mes hommages, sous le nom de Notre-Dame des sept douleurs. Ce titre me rappelle toutes les souffrances de ma divine Mère, souffrances qui commencèrent dès l'instant où elle consentit à devenir mère de Dieu, et durèrent jusqu'à la fin de sa vie. On a choisi, parmi les mystères douloureux auxquels Marie eut le plus de part, sept circonstances particulières qu'on nomme spécialement ses sept douleurs : mais ce nombre sept dans le langage de l'Écriture est un nombre complet ; il désigne un tout auquel il n'y a rien à ajouter, et c’est particulièrement en ce sens que Marie est appelée Notre-Dame des sept douleurs, c’est-à-dire de toutes les douleurs. À peine en effet eut-elle prononcé ce fiat qui assurait notre rédemption, que ses souffrances commencèrent. La passion de Jésus-Christ, qu'elle connaissait d'avance par les prophéties, était sans cesse présente à ses yeux. En prodiguant ses soins à cet adorable Enfant, en le nourrissant de son lait, en recevant ses tendres et innocentes caresses, elle songeait aux supplices qui lui étaient réservés ; et le glaive douloureux annoncé par le saint vieillard Siméon s'enfonçait de plus en plus dans son cœur. Enfin le moment fatal est venu ; Jésus monte sur le Calvaire ; Marie suit ses traces sanglantes, elle est témoin de son supplice, elle le voit expirer sous ses yeux. Les tourments de son cœur maternel finiront-ils avec ceux de son divin Fils ? Non : il faudra qu'après son ascension elle demeure sur la terre, et soit témoin des premières persécutions et des premières hérésies qui désolèrent l'Église de Dieu : c’est ainsi que toute sa vie ne fut qu’un tissu de douleurs et un composé d'amertumes. Ô ma Mère ! les hommages que vous attendez de moi aujourd'hui sont des hommages de compassion, d'amour et d'imitation ; obtenez-moi la grâce de vous les rendre de tout mon cœur.

II. Point.Dessein de Dieu dans les douleurs de Marie.

Pourquoi Marie fut-elle abreuvée de tant d'amertume durant tout le cours de sa vie ? Exempte de péché, distinguée entre toutes les créatures par des privilèges auxquels nulle autre, ni avant, ni après elle, n'a pu ni ne pourra prétendre, devait-elle être confondue avec les coupables enfants d’Adam et se nourrir comme eux du pain de la douleur ? Les plus importantes instructions sont renfermées dans cette conduite du Seigneur sur elle. Depuis que le Fils de Dieu a voulu devenir un homme de douleur, les souffrances sont devenues le chemin royal de la gloire et le plus précieux trésor des âmes éprises du divin amour. Personne ne devait être aussi saint que Marie, aussi élevé en grâce et en gloire, aussi conforme à Jésus-Christ, le chef et le modèle de tous les élus ; personne, par conséquent, ne devait avoir autant de part qu’elle aux souffrances et aux sacrifices de cet Homme Dieu. Jésus distribue les croix selon les desseins particuliers de sanctification qu'il a sur ses élus, et ceux qu'il aime le plus reçoivent de sa main les épreuves les plus pénibles. Lorsque ce divin Maître me donne quelque part à son calice, je dois donc l'accepter avec amour et actions de grâces comme un gage de sa tendresse et un puissant moyen de m’unir à son divin Cœur.


Colloque avec Marie désolée.
— La supplier de m'apprendre à aimer Jésus, à compatir à ses souffrances, à estimer les croix, et à porter avec amour toutes celles qu’il voudra m'imposer.

Résolutions. — Unir à la croix de Jésus et aux souffrances de Marie tout ce que j’aurai à supporter aujourd’hui.

Bouquet spirituel. — Ô Marie ! l‘amour vous a donné la croix : faites que la croix me donne l’amour.

Prière. — Ô la plus désolée de toutes les mères ! quel glaive terrible a pénétré votre âme ! Tous les coups de Jésus sont tombés sur vous, toutes ses douleurs vous ont abattue, toutes ses plaies vous ont déchirée ; mais surtout le dernier adieu qu'il vous adressa rouvrit toutes vos blessures, et quand vous lui vîtes rendre le dernier soupir, quelle force surnaturelle vint donc soutenir votre âme ? Ô Mère d‘amour et de douleur ! faites que j’aime et que je souffre à votre exemple. Reine des martyrs, donnez-moi part à votre martyre. L’amour vous a donné la croix, faites que la croix me donne l'amour ; et si pour aimer il faut souffrir et mourir, obtenez-moi la grâce d’aimer tout ce qui vient de Dieu, jusqu’à la souffrance et à la mort. Ainsi soit-il.



Reportez-vous à Prière à Marie désolée, Litanies des douleurs de la Sainte Vierge, Petit chapelet des sept douleurs de Marie, Discours sur les douleurs de Marie, Apparition de Jésus ressuscité à sa sainte Mère, Instruction sur la Fête de la Purification, Prière dans l'affliction ou Credo de la douleur, et Méditation pour la Fête du Saint Nom de Marie.














vendredi 2 août 2019

Le Saint Curé d'Ars dans ses homélies



Extrait de "Esprit du Curé d'Ars, M. Vianney dans ses catéchismes, ses homélies et sa conversation" (1864) :


Ceux qui n'ont entendu M. Vianney que dans ses catéchismes ne le connaissent qu'à moitié. Ils savent ce qu'il y avait dans sa parole de lumière infuse, de grâce surnaturelle, de solidité, de transparence, et parfois d'élévation, de profondeur et d'originalité ; ils ne savent pas ce qu'il y avait de vie, de mouvement, de chaleur et d'onction. C'est que le missionnaire, l'homme apostolique, l'oracle, le prophète inspiré, le saint consumé de la soif du salut des âmes, se montrait sous son rare et inimitable aspect, dans toute la force et tout le prestige de sa puissante individualité. Ce qui caractérisait ses discours, c'était un mélange d'exaltation et de sensibilité, de foi vive et ardente, de zèle impétueux, d'où résultait, dans le prédicateur, l'onction à sa plus haute puissance, et dans l'auditeur, l'émotion à son plus haut degré. De là, ces merveilleux effets qu'on a eu si souvent l'occasion de remarquer à Ars : ce changement des cœurs, cet assouplissement des volontés, cet attendrissement, ces larmes, ce travail profond qui commençait au pied de la chaire et qui s'achevait dans les secrets entretiens du confessionnal.
Ce qui ajoutait à l'éloquence de la voix, c'était l'éloquence du corps. Ce front large, entouré d'une auréole de cheveux blancs, ces traits fortement profilés, cette expression béatifique qui faisait le fond de la physionomie du saint homme, et surtout le feu incessamment mobile de son regard portait avec soi une sorte de fascination surnaturelle, sous laquelle nous avons vu souvent les plus fiers esprits se courber irrésistiblement, et le scepticisme se déclarer vaincu.
Le genre que M. Vianney avait adopté dans ses homélies intéressait, captivait, instruisait les auditeurs, quels qu'ils fussent. Cependant, il faut avouer que l'éloquence du saint curé était dépourvue de tous les ornements étrangers, qui sont pour beaucoup dans les succès d'un prédicateur. C'est une preuve de plus de la force surnaturelle et du charme divin de l'Évangile qui, prêché dans toute sa simplicité, ne triomphe pas moins de la pauvreté de celui qui l'annonce, que des exigences diverses et souvent exagérées de ceux qui l'écoutent.
L'amour de Notre-Seigneur est le principe de toutes les vertus. Semblable au feu matériel, ce feu céleste échauffe l'âme, la purifie, la divinise. Or, le moyen le plus sûr d'allumer ce feu dans le cœur des fidèles, c'est de leur expliquer l'Évangile, ce livre de l'amour, où le Sauveur se montre à chaque ligne, dans l'amabilité de sa douceur, de sa patience, de son humilité, toujours le consolateur et l'ami de l'homme, ne lui parlant que d'amour et l'engageant à se vouer tout entier à lui, en ne lui répondant que par l'amour.

Nous ne donnons ici que des analyses incomplètes : elles ont du moins le mérite de la fidélité. Elles font revivre la pensée et quelquefois l'expression et l'image ; elles suffisent pour donner une idée de ce genre de prédication.

Un jour de fête de la Présentation, M. Vianney disait :

« Avez-vous médité sur l'amour dont était dévoré le cœur du vieillard Siméon pendant son extase ? Car, bien sûr qu'il était en extase quand il avait l'Enfant-Jésus dans ses bras ! Il avait demandé au bon Dieu de voir le sauveur d'Israël, le bon Dieu le lui promit. Il passa cinquante ans dans cette attente, appelant ce moment de tous ses vœux, se consumant de désirs. Lorsque Marie et Joseph entrèrent dans le temple, Dieu lui dit : « Le voici !... » Prenant alors dans ses bras, et pressant, sur son cœur inondé d'amour, l'Enfant-Jésus qui brûlait ce cœur et l'enflammait, ce bon vieillard s'écria : « Maintenant, Seigneur, laissez-moi mourir !... » Puis, il rendit Jésus à sa mère ; il ne put le garder qu'un instant. Mais nous, mes frères, ne sommes-nous pas bien plus heureux que Siméon ? Nous pouvons le garder toujours, si nous voulons... Il ne vient pas seulement dans nos bras, mais dans notre cœur.
Ô homme, que tu es heureux, mais que tu comprends peu ton bonheur ! Si tu le comprenais, tu ne pourrais pas vivre... Oh ! non ; bien sûr, tu ne pourrais pas vivre !... (Ici les larmes étouffèrent la voix du saint Curé.) Tu mourrais d'amour !... Ce Dieu se donne à toi... tu peux l'emporter, si tu veux... où tu veux... il ne fait plus qu'un avec toi !...»

Le reste du sermon ne fut plus qu'une suite d'exclamations entrecoupées de larmes et de sanglots. Il arrivait souvent que, vaincu par son émotion, le saint homme était force de s'arrêter. Quelquefois son discours n'était qu'un cri, un cri sublime d'amour, de joie ou de douleur. Il nous souvient que, lorsqu'il expliquait l'Évangile du deuxième dimanche de carême, le ravissement des apôtres sur le Thabor, réveillant en lui l'idée du bonheur de l'âme appelée à jouir de la sainte humanité de Notre-Seigneur dans la claire vision du ciel, il s'écria, transporté hors de lui-même : « Nous le verrons ! nous le verrons !... Ô mes frères ! y avez-vous jamais pensé ? Nous verrons Dieu ! nous le verrons tout de bon ! nous le verrons tel qu'il est... face à face ! » Et pendant un quart d'heure il ne cessa de pleurer et de répéter : « Nous le verrons ! nous le verrons !!! »

Une autre fois, il avait pris pour sujet de son instruction le jugement dernier, et, s'arrêtant tout à coup sur les termes de la terrible sentence : « Allez, maudits ! » Il éclatait en larmes en gémissements, en sanglots, et ne pouvait plus que redire : « Maudits de Dieu !!! Ah ! quel horrible malheur !!! Comprenez-vous, mes enfants, maudits de Dieu !!! maudits de Dieu, qui ne sait que bénir ! maudits de Dieu, qui est tout amour ! maudits de Dieu, qui est la bonté même ! maudits de Dieu !!! » L'auditoire était atterré.

Ses discours s'imprégnaient quelquefois de la couleur des événements contemporains et réfléchissaient tour à tour les joies et les tristesses de son âme.

Il disait en 1849 :


« Il semble qu'en l'absence de son Vicaire, Notre-Seigneur vient lui-même sur la terre ; il reprend son humanité pour se montrer aux hommes. Car vous savez ce nouveau miracle qui vient d'arriver à Rome : on avait exposé le voile avec lequel sainte Véronique a essuyé la sainte face de Notre-Seigneur, mais qui était presque effacée par le temps. Pendant que les cardinaux étaient agenouillés devant cette divine image, on a vu reparaître toute la sainte face, triste, répandant des larmes. Il y en a qui ne voudront pas le croire : faites distinguer les couleurs à un aveugle ! Par cette apparition et ces larmes, Notre-Seigneur disait aux cardinaux : « Où est mon fils, votre père ? On l'a chassé ; où est-il ? » Comme Marie disait à saint Pierre après la mort de Jésus : « Où est votre père et mon fils ? je ne le vois plus. » Notre-Seigneur a pleuré son Vicaire, comme un père qui a perdu son fils, comme un époux qui a perdu son épouse, il a fait ce miracle en faveur du pape. Combien il faut qu'il soit saint ! Aussi quelle aumône agréable à Dieu, que de donner au pape ! Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, mais vous n'aurez pas toujours l'occasion de donner au Saint-Père. Vous aurez part à ses saintes prières. Notre-Seigneur a toujours montré de la déférence pour son Vicaire : il est le dépositaire de tous ses trésors. Aussi nous ne pouvons rien faire de plus agréable à Dieu que de prier pour lui, jusqu'à ce qu'il soit rentré dans ses États. C'est ce que Jésus-Christ nous demande par ses larmes. »

En 1830, ayant appris que sur quelques points de la France on avait abattu les croix : « Ils auront beau faire, s'écria M. Vianney au milieu de son catéchisme, dans un mouvement de sublime indignation qui impressionna vivement son auditoire, ils auront beau faire ! la croix est plus forte qu'eux, ils ne la renverseront pas toujours. Quand Notre-Seigneur paraîtra sur les nuées du ciel, ils ne l'arracheront pas de ses mains ! »

Trois années après, c'étaient les représailles de Dieu. Le choléra avait visité Marseille, Paris, et menaçait Lyon. Le saint Curé commençait son instruction par ces graves paroles : « Mes frères, Dieu est en train de balayer le monde... » On raconte que ce simple mort et le ton dont il fut prononcé impressionnèrent profondément un artiste qui se trouvait dans l'auditoire, et qu'ils furent le point de départ de sa conversion.



Homélie sur la parabole de l'ivraie



On voit dans l'Évangile, aujourd'hui, mes frères, que le maître du champ ayant semé son grain en bonne terre, l'ennemi vint pendant son sommeil et y sema l'ivraie. Cela veut dire que Dieu avait créé l'homme bon et parfait, mais que l'ennemi est venu et a semé le péché... Voilà la chute d'Adam, terrible chute qui a donné l'entrée au péché dans le cœur de l'homme... Voilà le mélange des bons et des mauvais : parmi les vertus on voit le péché...
Il faut arracher l'ivraie, dites-vous ? « Non, répond le Seigneur, de peur qu'en arrachant l'ivraie vous n'arrachiez le bon grain. Attendez jusqu'à la moisson... » Le cœur de l'homme doit rester ainsi, jusqu'à la fin, un mélange de bien et de mal, de vice et de vertu, de lumière et de ténèbres, de bon grain et d'ivraie... Le bon Dieu n'a pas voulu détruire ce mélange, et nous refaire une nature où il n'y aurait que du bon grain. Il veut que nous combattions, que nous travaillions à empêcher l'ivraie de tout envahir.
Le démon vient bien semer les tentations sous nos pas ; mais avec la grâce nous pouvons le vaincre, nous pouvons étouffer l'ivraie... L'ivraie, c'est surtout l'impureté et l'orgueil. Sans l'impureté et l'orgueil, dit saint Augustin, il n'y aurait pas beaucoup de mérite à résister à la tentation.
Trois choses sont absolument nécessaires contre la tentation : la prière pour nous éclairer, les sacrements pour nous fortifier, et la vigilance pour nous préserver... Heureuses les âmes tentées ! C'est lorsque le démon prévoit qu'une âme tend à l'union avec Dieu qu'il redouble de rage... Ô heureuse union !...

La suite de l'homélie s'est perdue en cris d'admiration sur les douceurs de la vie intérieure et de l'union avec Dieu.



Homélie sur la parabole des ouvriers



Il est dit dans l'Évangile d'aujourd'hui, mes frères, que le père de famille sortit de grand matin, afin de trouver des ouvriers pour travailler à sa vigne... Il n'y avait donc encore personne dans cette vigne ? Si, mes frères, il y avait la très-sainte Vierge Marie, qui est née dans cette vigne... Quelle est cette vigne ? C'est la grâce ; et la sainte Vierge y est née, puisqu'elle a été conçue sans péché...
Nous, nous y avons été appelés. Le père de famille nous a cherchés, mais la sainte Vierge y a toujours été... Ô la belle ouvrière ! Le bon Dieu pouvait créer un plus beau monde que celui qui existe, mais il ne pouvait donner l'être à une créature plus parfaite que Marie... Elle est la tour bâtie au milieu de la vigne du Seigneur...
Tenez, mes enfants, voici une faible comparaison. Vous savez ces œufs qui sont dans la mer, dont on voit sortir de petits poissons, qui fendent les eaux avec une si grande vitesse... De même la sainte Vierge, aussitôt créée, a la plénitude de la vie et se promène dans le grand océan de la grâce...
Après la sainte Vierge, il y a quelqu'un qui a été un moment hors de la vigne, mais qui n'a pas tardé à y entrer : c'est saint Jean-Baptiste. Tous les autres ne sont venus qu'après saint Jean-Baptiste, et il a fallu que le père de famille sortît pour aller les chercher.
Quels sont les ouvriers de la première heure ? C'est saint Louis de Gonzague, saint Stanislas de Kostka, sainte Colette... Tous ceux qui sont entrés dans la vigne par le saint baptême et n'en sont jamais sortis, puisqu'ils ont conservé leur innocence... Heureuses âmes qui peuvent dire au bon Dieu : « Seigneur, je vous ai toujours appartenu !... » Ah ! qu'il est beau, qu'il est grand de donner à Dieu sa jeunesse ! Quelle source de joie et de bonheur !
Viennent ensuite ceux qui se donnent à Dieu dans la force de l'âge. Ceux-là peuvent encore se convertir sincèrement, et rester de bons et fidèles ouvriers dans la vigne du Seigneur... Mais ces pauvres pécheurs endurcis, qui passent leur vie loin de Dieu, qui viennent travailler à sa vigne quand ils ne peuvent plus faire autre chose, qui attendent pour quitter le péché que le péché les quitte... oh ! il faut bien les plaindre ! Lorsqu'on a croupi des années et des années dans le mal, quand on s'est roulé tout à son aise dans la boue du péché, il faut un miracle pour en sortir. Mes frères, demandons pour eux ce miracle...

Il nous semble que, sous une forme plus simple et merveilleusement appropriée à un auditoire de campagne, on retrouve ici la méthode des anciens Pères, leur large et lumineuse manière d'interpréter l'Évangile et d'en développer le sens, en ne s'arrêtant pas à la lettre, mais en pénétrant jusqu'aux mystères dont elle est l'enveloppe, en révélant les trésors de sagesse et d'amour qui y sont renfermés, en faisant ressortir l'harmonie des deux Testaments, l'accomplissement des prophéties, les rapports du passé avec l'avenir, du dogme avec le précepte.
La beauté de cette comparaison des petits poissons qui, à peine éclos, parcourent les sentiers de la mer, avec la sainte Vierge plongée dès sa naissance dans l'océan des grâces divines, n'aura échappé à personne.





Homélie sur l'Évangile du premier dimanche de Carême



Notre divin Sauveur, ayant été notre modèle en tout, a voulu l'être aussi dans la tentation. C'est pour cela qu'il s'est laissé conduire au désert.
Comme le bon soldat n'a pas peur du combat, de même le bon chrétien ne doit pas avoir peur de la tentation. Tous les soldats sont bons en garnison : c'est sur le champ de bataille que l'on fait la différence des courageux et des lâches.
La plus grande des tentations est de n'en point avoir. On peut presque dire qu'on est heureux d'avoir des tentations : c'est le moment de la récolte spirituelle où nous amassons pour le ciel. C'est comme au temps de la moisson, on se lève de grand matin, on se donne beaucoup de peine ; mais on ne se plaint pas, parce qu'on ramasse.
Le démon ne tente que les âmes qui veulent sortir du péché et celles qui sont en état de grâce. Les autres sont à lui, il n'a pas besoin de les tenter.
Un saint, passant un jour devant un couvent, vit une quantité de démons qui tourmentaient les religieux sans venir à bout de les séduire. Il passa ensuite devant une ville et en vit un seul assis, qui se croisait les bras et faisait marcher toute la population. Alors le saint lui demanda comment il était seul pour une grande ville, pendant qu'ils étaient un si grand nombre pour tourmenter une poignée de religieux. Le démon lui répondit qu'il suffisait bien pour la ville, parce que ceux qui étaient enclins à la haine, à l'impureté, à l'ivrognerie, il les prenait par là, et c'était d'abord fait ; tandis qu'avec les religieux, c'était plus difficile. L'armée de démons occupés à les tenter y perdaient leur temps et leur peine ; ils n'en pouvaient rien tirer. Aussi attendaient-ils qu'il en vînt d'autres qui s'ennuyassent de l'austérité de la règle.
Dans un monastère, un des frères vit pendant le saint sacrifice, des démons qui rôdaient autour de ces bons religieux. Il en vit un surtout qui piétinait sur la tête d'un moine, et un autre qui avançait et reculait tour à tour. Après la messe, ce frère demanda aux deux religieux ce qui les avait occupés pendant l'office. Le premier dit qu'il avait pensé à un plancher qu'il voulait faire dans le couvent, et le second, que le démon était venu l'attaquer, mais qu'il avait toujours tâché de le repousser. C'est ce que font tous les bons chrétiens. Aussi la tentation est pour eux une source de mérites.
Les tentations les plus ordinaires sont l'orgueil et l'impureté. Un des moyens par lesquels on y résiste le mieux est une vie active pour la gloire de Dieu. Bien des gens se livrent à la mollesse et à l'oisiveté : dès lors il n'est pas étonnant que le démon leur ait le pied dessus.
Un religieux se plaignait à son supérieur d'être violemment tenté. Le supérieur ordonna au jardinier et au cuisinier de l'appeler à tout moment ; quelque temps après, il lui demanda comment il allait : « Ah ! mon Père, lui dit-il, je n'ai plus le temps d'être tenté. »
Si nous étions bien pénétrés de la sainte présence de Dieu, il nous serait très-facile de résister à l'ennemi. Avec cette pensée : Dieu te voit ! nous ne pécherions jamais.
Il y avait une fois une bonne sainte, — je crois bien que c'est sainte Thérèse, — qui se plaignait à Notre-Seigneur après la tentation, et lui disait : « Où étiez-vous donc, mon Jésus tout aimable, pendant cette horrible tempête ? » Notre-Seigneur lui répondit : « J'étais au milieu de ton cœur, qui prenais plaisir à te voir combattre. »

Au moment de la tentation, il faut renouveler fermement les promesses de son baptême... Tenez, écoutez bien ça. Lorsque vous êtes tentés, offrez au bon Dieu le mérite de cette tentation pour obtenir la vertu opposée. Si vous êtes tentés d'orgueil, offrez la tentation pour obtenir l'humilité ; de pensées déshonnêtes, pour obtenir la pureté ; si c'est contre votre prochain, la charité. Offrez aussi la tentation pour demander la conversion des pécheurs : ça dépite le démon et le fait fuir, parce que la tentation se tourne contre lui. Allez ! après cela il vous laissera bien tranquilles.
Un chrétien doit toujours être prêt au combat. Comme en temps de guerre il y a toujours des sentinelles placées çà et là, pour voir si l'ennemi approche ; de même, nous devons toujours être sur nos gardes, pour voir si l'ennemi ne nous tend pas des pièges, et s'il ne vient pas nous surprendre...

De deux choses l'une : ou un chrétien domine ses penchants, ou ses penchants le dominent ; il n'y a pas de milieu. C'est comme deux hommes qui se prennent au collet à qui sera le plus fort et terrassera l'autre.
Il y en a presque toujours un qui finit par mettre l'autre à bas, et quand il le tient par terre, le pied sur la gorge, il s'en embarrasse bien ! Il est le maître. De même, avec nos penchants la lutte est rarement égale : ou nos penchants nous mènent, ou nous menons nos penchants.
Mes frères, que c'est triste de se laisser mener par ses penchants ! Un chrétien est noble ; il doit comme un grand seigneur commander à ses vassaux. Nos vassaux sont nos penchants. On demandait à un berger qui il était. Il répondit « qu'il était roi. — Sur qui régnez-vous ? — Sur mes sujets ? — Et quels sont vos sujets ? — Mes penchants. » Ce berger avait bien raison de dire qu'il était roi.

Nous sommes en ce monde comme un vaisseau sur la mer. Qu'est-ce qui produit les vagues ? C'est l'orage. En ce monde le vent souffle toujours. Les passions soulèvent la tempête dans notre âme : ce sont ces combats qui nous mériteront le ciel.
Il ne faut pas croire qu'il y ait quelque lieu sur la terre où nous puissions échapper à cette guerre. Nous trouverons le démon partout ; et partout il cherchera à nous ravir le ciel. Mais partout et toujours nous pouvons être vainqueurs. Ce n'est pas comme dans les autres combats. Entre deux partis il y a toujours un vaincu : là, si nous voulons, avec la grâce de Dieu, qui ne nous est jamais refusée, nous pouvons toujours triompher.
Lorsque nous croyons que tout est perdu, nous n'avons qu'à crier : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Car Notre-Seigneur est là, tout à côté de nous, qui nous regarde avec complaisance, nous sourit et nous dit : « Vraiment tu m'aimes ; je reconnais que tu m'aimes. » En effet, c'est dans les combats contre l'enfer, et dans la résistance aux tentations, que nous prouvons à Dieu notre amour.
Qu'il y a d'âmes inconnues dans le monde qu'on verra riches un jour de toutes ces victoires de chaque instant ! C'est à ces âmes que le bon Dieu dira : Venez, les bénis de mon Père... entrez dans la joie de votre Maître...
Notre ange gardien est toujours là, à côté de nous, la plume à la main, pour écrire nos victoires. Il faut nous dire, tous les matins : « Allons, mon âme, travaillons à acquérir le ciel. Ce soir nos combats seront finis. » Le soir : « Demain, mon âme, toutes les peines de la vie seront peut-être passées pour toi... »
Nous n'avons pas encore souffert comme les martyrs. Demandez-leur s'ils sont fâchés maintenant... Le bon Dieu ne nous en demande pas tant... Il y en a qu'un seul mot renverse. Une petite humiliation fait chavirer la barque... Courage ! mes frères, courage ! Quand viendra le dernier jour, vous direz : « Heureux combats qui m'ont valu le ciel ! »
Combattons donc généreusement. Une fois que le démon verra qu'il ne peut rien sur nous, il nous laissera la paix. Voilà comment il en use ordinairement avec les pécheurs qui reviennent à Dieu : il leur laisse goûter les douceurs des premiers moments de leur conversion, parce qu'il sait bien qu'il ne gagnerait rien ; ils sont trop fervents. Il attend quelques mois que leur ardeur soit passée ; puis il commence à leur faire négliger les prières, les sacrements ; il les attaque par diverses tentations ; puis viennent les combats : c'est bien alors qu'il faut demander la force et ne pas se laisser abattre. Il y en a qui sont tellement faibles que, lorsqu'ils sont un peu tentés, ils se laissent aller comme du papier mou. Si l'on marchait toujours en avant comme les bons soldats, quand viendrait la guerre ou la tentation, on élèverait son cœur à Dieu et on reprendrait courage. Mais on demeure en arrière, on dit : « Pourvu que je me sauve, c'est tout ce qu'il m'en faut. Je ne veux pas être un saint. » Si vous n'êtes pas un saint, vous serez un réprouvé ; il n'y a pas de milieu ; il faut être l'un ou l'autre : prenez-y garde. Tous ceux qui possèderont le ciel un jour seront saints. Les âmes du purgatoire le sont, puisqu'elles sont les amies du bon Dieu. Travaillons, mes enfants ; un jour venant, nous trouverons que nous n'avons rien fait de trop pour gagner le ciel.



Homélie sur l'Évangile du vingt et unième dimanche après la Pentecôte



Mon Dieu, pardonnez-nous comme nous pardonnons
. Le bon Dieu ne pardonnera qu'à ceux qui auront pardonné : c'est la loi. Il y en a qui portent la sottise jusqu'à ne pas dire cette partie du Pater : comme si Dieu ne voyait pas le fond des cœurs, et ne faisait attention qu'aux mouvements de la langue !
Les saints n'ont point de haine, point de fiel ; ils pardonnent tout, et trouvent toujours qu'ils en méritent bien davantage pour les offenses qu'ils ont faites au bon Dieu. Mais les mauvais chrétiens sont vindicatifs.
Dès qu'on hait son prochain, Dieu nous rend cette haine : c'est un trait qui se retourne contre nous. Je disais un jour à quelqu'un : « Mais vous ne voulez donc pas aller au ciel, que vous ne voulez pas voir cet homme ? — Oh ! si... mais nous tâcherons d'être loin l'un de l'autre, afin de ne pas nous voir. » Ils n'auront pas cette peine ; car la porte du ciel est fermée à la haine. Dans le ciel, il n'y a point de rancune. Aussi, les cœurs bons et humbles, qui reçoivent les injures et les calomnies avec joie ou indifférence, commencent leur paradis dans ce monde, et ceux qui conservent de la rancune sont malheureux ; ils ont le front soucieux, des yeux qui semblent tout dévorer.
Il y a des personnes qui, avec un extérieur de piété, se piquent à la moindre injure, à la plus petite calomnie... On serait saint à faire des miracles que, si l'on n'a pas la charité, on n'ira pas au ciel. Un religieux, qui était à l'article de la mort et qui avait mené une vie ordinaire, qui ne s'était point livré à de grandes austérités, se trouvait cependant tranquille. Son supérieur lui en manifesta son étonnement. Ce religieux qui ne répondit : « J'ai toujours oublié toutes les injures que l'on m'a faites ; j'ai pardonné de grand cœur ; j'espère que le bon Dieu me pardonnera. »

Le moyen de renverser le démon, quand il nous suscite des pensées de haine contre ceux qui nous font du mal, c'est de prier aussitôt pour leur conversion.
Voilà comme on arrive à vaincre le mal par le bien, et voilà comme sont les saints. Mais, ces chrétiens en image ne veulent rien supporter ; tout les choque ; ils répondent à des paroles piquantes par des paroles piquantes. Quand nous sommes en train de nous déchaîner, nous vomissions notre haine. Notre cœur est comme un réservoir plein de fil, que nous sommes toujours prêts à dégorger sur ceux qui sont plus proches de nous.
C'est l'amour-propre qui nous fait toujours croire que nous ne méritons que des louanges ; tandis que nous ne devrions rechercher que les injures qui nous sont dues. — Mais je suis innocent, dites-vous, je ne mérite pas d'être traité de la sorte. — Vous ne le méritez pas par ce que vous avez fait aujourd'hui, mais vous le méritez par ce que vous avez fait hier. Vous le méritez pour vos autres péchés, et vous devez remercier le bon Dieu de vous les faire expier.
Le démon laisse bien tranquilles les mauvais chrétiens ; personne ne s'occupe d'eux : mais ceux qui font le bien, il suscite contre eux mille calomnies, mille outrages. C'est un sujet de grands mérites...
Dans le pays où j'étais vicaire, il y avait une personne qui s'occupait à placer de pauvres filles. Il arrivait souvent qu'on venait lui faire des reproches ; alors, elle s'humiliait toujours, prenait tout du bon côté et faisait ses excuses. Aussi disait-on d'elle : « Oh ! pour celle-là c'est une sainte ! » C'est qu'en effet les saints sont comme cela. Voilà la bonne dévotion... C'est comme saint Jean-de-Dieu, qui se faisait passer pour fou. Quand on eut écrit au supérieur de l'hospice où il était de faire attention, qu'il avait un saint qui se faisait passer pour fou, le supérieur lui fit ses excuses, et le saint n'eut qu'un regret, c'est d'être reconnu et de n'avoir plus à souffrir les humiliations, les coups et les remèdes désagréables appropriés à sa prétendue maladie, et pour lesquels il était d'une obéissance à toute épreuve.
Une femme dont le fils avait été pris par les Barbares, était venue auprès d'un prêtre lui faire part de son chagrin. N'ayant aucun moyen pour racheter le prisonnier, le bon missionnaire était bien embarrassé. Après avoir réfléchi un instant, il dit à cette pauvre mère : « Je vais prendre la place de votre enfant : vendez-moi pour le racheter. » Elle ne voulait pas ; mais, vaincue par les instances du missionnaire, elle accepta. L'enfant est rendu à sa mère, et le missionnaire devient esclave chez les Turcs qui ne lui ont pas épargné les mauvais traitements. Celui-ci avait bien la charité parfaite ; il préférait son prochain à lui-même. Nous, au contraire, nous sommes fâchés du bonheur des autres.
Si on loue un de vos amis et que l'on ne dise rien de vous, vous en êtes contristé. Si vous voyez quelqu'un qui se soit converti et qui fasse de rapides progrès dans la vertu, qui en peu de temps soit arrivé à un haut degré de perfection, cela vous fait de la peine de vous voir en arrière. Si on le loue, vous en éprouvez du chagrin, et vous dites : « Oh ! mais il n'a pas toujours été comme cela. Il était bien comme les autres. Il a fait telle faute, et encore telle faute. » Tout cela est de l'orgueil. Et il n'y a rien de si contraire à la charité que l'orgueil : c'est l'eau et le feu.
Le bon chrétien n'est pas comme ça, mes enfants, on le compare à une colombe, parce qu'il n'a point de fiel ; il aime tout le monde, les bons parce qu'ils sont bons, les mauvais par compassion, parce qu'il espère qu'en les aimant il les rendra meilleurs, et parce qu'il voit en eux des âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ. Il prie pour les pécheurs et dit à Notre-Seigneur : « Mon Dieu, ne permettez pas que ces pauvres âmes périssent ! » C'est comme cela que l'on arrive au ciel. Tandis que ceux qui croient être quelque chose, parce qu'ils font certaines pratiques de piété, mais qui sont constamment en proie à la jalousie, à la haine, se trouveront bien dépourvus au dernier jour.
Nous ne devons haïr que le démon, le péché et nous-mêmes.
Il faut avoir la charité de saint Augustin, qui se réjouissait, quand il voyait quelqu'un de bien sage : « Au moins, disait-il, en voilà un qui dédommage le bon Dieu de mon peu d'amour. »
Un homme de qualité rencontra, en traversant un bois, le meurtrier d'un de ses parents ; il s'était plusieurs fois promis de se venger ; en le voyant, il tire son épée. Aussitôt l'autre se jette à ses genoux et lui dit : « Pour l'amour de Dieu, pardonne-moi ! » À ce nom de Dieu l'assassin ne peut frapper ; il remet son épée dans le fourreau, et dit : « Je te pardonne. » Le lendemain il fut dans une église, et il dit au bon Dieu : « Vous me pardonnerez bien puisque j'ai pardonné ? » Il y avait là un grand Christ, qui inclina la tête en signe d'assentiment.
Un homme qui avait été conduit en prison, accusé injustement d'avoir enlevé des troupeaux, se désespérait. Un ange lui apparut, et lui dit : « C'est vrai, tu n'es pas coupable du vol dont on t'accuse ; mais ne te souviens-tu pas que tu aurais pu tirer de l'eau cet homme qui se noyait ? Et tu ne l'as pas fait. C'est pour cela que tu souffres aujourd'hui.



Homélie pour dernier dimanche de l'année



Le monde passe ; nous passons avec lui. Les rois, les empereurs, tout s'en va. On s'engouffre dans l'éternité d'où l'on ne revient plus. Il ne s'agit que d'une chose : sauver sa pauvre âme.
Les saints n'étaient pas attachés aux biens de la terre ; ils ne songeaient qu'à ceux du ciel. Les gens du monde, au contraire, ne songent qu'au temps présent.
Un bon chrétien fait comme ceux qui vont dans les pays étrangers amasser de l'or : ils ne pensent point à y demeurer, et n'ont rien plus à cœur que de revoir leur patrie, une fois leur fortune faite. Il faut encore faire comme les rois. Quand ils vont être détrônés, ils envoient leurs trésors en avant ; ces trésors les attendent. De même un bon chrétien envoie toutes ses bonnes œuvres à la porte du ciel.
Le bon Dieu nous a mis sur la terre pour voir comment nous nous y conduirons, et si nous l'aimerons ; mais personne n'y reste. Un homme qui avait été condamné à cent ans de galères, en est revenu, dit-on. À son retour tout le monde avait disparu, il ne reconnaissait plus que les maisons...
Si nous y réfléchissions, nous élèverions sans cesse nos regards vers le ciel, notre véritable patrie. Mais nous nous laissons emporter de çà et de là par le monde, les richesses, les jouissances de la matière, et nous ne songeons pas à l'unique chose qui devrait nous occuper.
Voyez les saints : comme ils étaient détachés du monde et de la matière ! comme ils regardaient tout cela avec mépris ! Un religieux maître de grands biens. Lorsqu'on lui en apprit la nouvelle : « Combien y a-t-il de temps, dit-il, que mes parents sont morts ? — Trois semaines, lui répondit-on. — Dites-moi si une personne qui est morte peut hériter. — Non, assurément. — Eh bien ! je ne puis hériter de ceux qui sont morts, il y a trois semaines, moi qui suis mort depuis vingt ans. » Ah ! les saints comprenaient le néant, la vanité de ce monde et le bonheur de tout quitter pour cette belle espérance du ciel.
Il y a deux sortes d'avares : l'avare du ciel et l'avare de la terre. L'avare de la terre ne porte pas sa pensée plus loin que le temps ; il n'a jamais assez de richesses ; il amasse... amasse toujours. Mais quand le moment de la mort viendra, il n'aura rien. Je vous l'ai souvent dit : c'est tout comme ceux qui font de trop grosses provisions pour l'hiver, quand la récolte suivante arrive, ils ne savent plus qu'en faire ; ça ne sert qu'à les embarrasser. De même, quand la mort vient, les biens ne servent qu'à embarrasser. Nous n'emportons rien, nous laissons tout.
Que diriez-vous d'une personne, qui entasserait dans la maison des provisions qu'elle serait obligée de jeter, parce qu'elles pourriraient, et qui laisserait des pierres précieuses, de l'or, des diamants qu'elle pourrait conserver, emporter avec elle partout où elle irait, et qui feraient sa fortune ?... Eh bien ! mes enfants, nous faisons pourtant ainsi : nous nous attachons à la matière, à ce qui doit finir, et nous ne pensons pas à acquérir le ciel, le seul véritable trésor.
Un bon chrétien, un avare du ciel, fait fort peu de cas des biens de la terre ; il ne pense qu'à embellir son âme, qu'à ramasser ce qui doit le contenter toujours, ce qui doit toujours durer. Voyez les rois, les empereurs, les grands de la terre : ils sont bien riches ; sont-ils contents ? S'ils aiment le bon Dieu, oui ; mais autrement non, ils ne sont pas contents. Moi je trouve qu'il n'y a rien de si à plaindre que les riches quand ils n'aiment pas le bon Dieu.
Les saints n'étaient pas attachés aux biens comme nous ; ils étaient attachés à ce qui doit les contenter pendant toute l'éternité.
Allez de monde en monde, de royaume en royaume, de richesse en richesse, de plaisir en plaisir, vous ne trouverez pas votre bonheur. La terre entière ne peut pas plus contenter une âme immortelle qu'une pincée de farine dans la bouche d'un affamé ne peut le rassasier.
Lorsque les apôtres eurent vu Notre-Seigneur monter au ciel, ils trouvaient sans lui la terre si triste, si vile, si méprisable, qu'ils couraient après les supplices qui devaient les en arracher plus tôt, pour les réunir à leur bon Maître. La mère des Machabées qui vit mourir ses sept enfants, et qui mourut sept fois, leur disait pour les encourager : « Regardez le ciel... »
Notre-Seigneur récompensait la foi des saints en leur montrant sensiblement le ciel. Il y en avait qui se promenaient en paradis. Saint Étienne, pendant qu'on le lapidait, voyait le ciel ouvert sur sa tête. Saint Paul y fut ravi et déclara ne pouvoir donner une idée de ce qu'il y avait vu. Sainte Thérèse vit le ciel, et comme elle le dit, tout sur la terre ne lui sembla plus que de l'ordure.
Mais nous, hélas ! nous ne sommes que matière. Nous rampons sur la terre et nous ne savons pas nous élever en haut. Nous sommes trop lourds, trop pesants.
La terre est un pont pour passer l'eau.
Un mauvais chrétien ne peut pas comprendre cette belle espérance du ciel, qui console, qui anime un bon chrétien. Tout ce qui fait le bonheur des saints lui paraît dur, incommode.
Voyez, mes enfants, ces pensées consolantes : avec qui serons-nous dans le ciel ? Avec Dieu qui est notre père, avec Jésus-Christ qui est notre frère, avec la sainte Vierge qui est notre mère, avec les anges et les saints qui sont nos amis.
Un roi disait avec regret à ses derniers moments : « Il faut donc que je quitte mon royaume pour aller dans un pays où je ne connais personne ! » C'est qu'il n'avait jamais pensé au bonheur du ciel. Il faut dès à présent s'y faire des amis, afin de les retrouver après la mort, et nous n'aurons pas peur, comme ce roi, de ne connaître personne.



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