samedi 23 avril 2016

Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?


Extrait de "L'âme de tout apostolat" de Dom Chautard




Chaque âme est comme un monde à part. Elle a ses nuances propres. Cependant, ex communiter contingentons, on peut classer les chrétiens en quelques groupes. Nous croyons utile d’essayer ci-dessous ce classement, en prenant comme pierre de touche, d’une part le péché ou l’imperfection, et de l’autre la prière. Puissions-nous, par ce tableau, amener quelques-uns de nos vénérés confrères à réfléchir sur la nécessité d’une étude qui leur permettrait de connaître les règles pratiques pour diriger chaque âme suivant son état.

Si pour les deux premières catégories, ce n’est pas directement que le prêtre peut atteindre les âmes, du moins s’il est bon directeur, il guidera bien plus efficacement les parents ou les amis qui ont à cœur de tirer, même de l’endurcissement, des êtres qui leur sont chers et que Dieu n’a pas encore définitivement rejetés.


Le Curé d'Ars rencontre Antoine Givre, le petit berger :
"Tu m'as montré le chemin d'Ars, je te montrerai le chemin du Ciel".
Copyright Le Petit Sacristain


1. Endurcissement


Péché mortel. — Croupissement dans ce péché, par ignorance ou conscience malicieusement faussée. — Étouffement ou absence de remords.

Prière. — Suppression voulue de tout recours à Dieu.


2. Vernis chrétien


Péché mortel. — Considéré comme un mal léger et aisément pardonné ; l’âme s’y laisse aller facilement à n’importe quelle occasion ou tentation. — Confession presque sans contrition.

Prière. — Machinale, sans attention ou toujours dictée par intérêt temporel. — Rares et superficielles
rentrées en soi-même.


3. PIÉTÉ MÉDIOCRE


Péché mortel. — Faiblement combattu. — Fuite peu fréquente dès occasions ; mais regrets sérieux et vraies confessions.

Péché véniel. — Pacte avec ce péché considéré comme mal insignifiant ; donc, tiédeur de volonté. — Rien pour le prévenir, l’arracher ou le découvrir.

Prière. — Assez bien faite de loin en loin. — Velléités passagères de ferveur.


4. Piété intermittente


Péché mortel. — Loyalement combattu. Fuite habituelle des occasions. — Regrets très vifs. — Pénitences pour réparer.

Péché véniel. — Parfois délibéré. — Faible combat. — Regrets superficiels. — Examen particulier sans esprit de suite.

Prière. — Résolution insuffisante d’être fidèle à la méditation que l’âme abandonne dès qu’il y a sécheresse ou multiples occupations.


5. PIÉTÉ SOUTENUE


Péché mortel. — Jamais. — Tout au plus très rares surprises violentes et soudaines. Souvent alors péché mortel douteux suivi d’ardente componction et de pénitence.

Péché véniel. — Vigilance pour l’éviter et le combattre. — Rarement délibéré. — Vivement regretté, mais peu réparé. — Examen particulier suivi, mais ne visant que la fuite des péchés véniels.

Imperfections. — L’âme évite de les découvrir pour ne pas les combattre, ou les excuse facilement. — Renoncement admiré et même désiré, mais peu pratiqué.

Prière. — Fidélité constante malgré tout à l’oraison souvent affective. — Alternance de consolations spirituelles et d’aridités péniblement subies.


6. Ferveur


Péché véniel. — Jamais délibéré. — Par surprise quelquefois ou avec demi-advertance. — Vivement
regretté et sérieusement réparé.

Imperfections. — Désavouées, surveillées et combattues avec cœur, pour être plus agréable à Dieu. — Quelquefois acceptées cependant, mais aussitôt regrettées. — Actes fréquents de renoncement. — Examen particulier visant le perfectionnement dans une vertu.

Prière. — Oraison mentale volontiers prolongée. — Oraison plutôt affective et même de simplicité. — Alternance de fortes consolations et d'angoissantes épreuves.


7. Perfection relative


Imperfections. — Énergiquement prévenues avec grand amour. — Ne surviennent qu’avec demi-advertance.

Prière. — Vie habituelle d’oraison, même en se dépensant au-dehors. — Soif de renoncement, d’anéantissement, de détachement et d’amour divin. — Faim de l’Eucharistie et du ciel. — Grâces d’oraison infuse de divers degrés. Souvent, purifications passives.


8. Héroïcité


Imperfections. — De simple premier mouvement.

Prière. — Dons surnaturels de contemplation accompagnés parfois de phénomènes extraordinaires. — Purifications passives accentuées. — Mépris de soi jusqu’à l’oubli. — Préférence des souffrances aux joies.


9. SAINTETÉ CONSOMMÉE


Imperfections. — À peine apparentes.

Prière. — Le plus souvent : Union transformante. — Mariage spirituel. — Purifications d’amour. — Soif ardente de souffrances et d’humiliations. Trop clairsemées, les âmes d’élite qui atteignent les trois derniers états. Chez elles, le péché véniel est de plus eu plus rare.
Aussi, peut-on comprendre que les prêtres attendent l’occasion d’avoir de tels sujets avant d’étudier ce que les meilleurs auteurs indiquent pour qu’alors leur direction soit prudente et sûre.

Mais pourrait-on excuser le confesseur qui, faute de zèle pour apprendre et appliquer ce qui se rapporte aux quatre classes : Piété médiocre, Piété intermittente, Piété soutenue et Ferveur, laisserait quantité d’âmes moisir dans une triste tiédeur ou stationner bien au-dessous du degré de vie intérieure auquel Dieu les destinait.



Quant aux points à toucher dans la direction des débutants dans la piété, il semble qu’on peut les réduire d’ordinaire aux quatre suivants :


1° Paix. — Examiner si l’âme est dans la vraie paix et non dans celle que donne le monde ou qui résulte de l’absence de lutte. Sinon, l’établir dans une paix relative en dépit de ses difficultés. Cela est à la base de toute direction. Calme, recueillement et confiance se rapportent à ce point.

2° Idéal. — Après avoir réuni les éléments nécessaires pour la classer et pour reconnaître ses points faibles, ses forces vives de caractères et de tempérament et son degré de tendance à la perfection, rechercher les moyens propres à raviver son désir de vivre plus sérieusement de Jésus-Christ et de supprimer les barrières qui s’opposent en elle au développement de la grâce. En un mot, par ce point, on tend à pousser l'âme à viser toujours plus haut, toujours Excelsior.

3° Prière. — S’enquérir comment l'âme fait ses prières, et analyser en particulier son degré de fidélité à l'oraison, son genre d’oraison, les obstacles qu’elle y rencontre et les résultats qu’elle en retire. — Profit des Sacrements, de la vie liturgique, des dévotions particulières, des oraisons jaculatoires et de l’exercice de la présence de Dieu.

4° Renoncement. — Étudier sur quoi et surtout comment se fait l'examen particulier, et comment s’exerce le renoncement, par haine contre le péché ou par amour d’une vertu, la Garde du cœur, donc la vigilance et le combat spirituel en esprit d’oraison au cours de la journée.


À ces quatre points, on peut ramener ce qu’il y a d’essentiel pour la direction. On peut les examiner tous les quatre, chaque mois, ou s’en tenir alternativement à l’un d’eux pour ne pas être trop long. Paralysant ainsi, dans une âme, les éléments de mort et y ravivant les germes de vie, le prêtre zélé arrive à se passionner pour l’exercice de l'art suprême, et le Saint-Esprit, dont il est le fidèle ministre, ne lui ménage pas ces ineffables consolations qui constituent ici-bas l’un des grands bonheurs du sacerdoce. Il les lui accorde dans la mesure ou il se dévoue pour appliquer aux âmes les principes qu’il a étudiés. Qui plus que Saint Paul a éprouvé les joies de l’apostolat ? Mais aussi quel feu brûlant devait le dévorer pour qu’il ait pu écrire : C'est pourquoi, veillez, retenant en votre mémoire que pendant trois ans je n'ai cessé d'avertir avec larmes chacun de vous. (Actes des Apôtres 20, 31)





Reportez-vous à Sœur Benigna, petite secrétaire de l'amour de Dieu : Décalogue de la plus haute perfection (5/9), Avis pour la lecture spirituelle, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De l'humilité de Marie, Jésus, Sagesse glorieuse et triomphante, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Combien sont mal fondées les plaintes de ceux qui se disent incapables de méditer, Les communions sans action de grâces, Guérison : Beauté du sacrement de pénitence, Leçon de piété par les Saintes Écritures, Cinq points pour l'examen général de conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Jésus maudit ce que le monde estime, Deux principes fondamentaux touchant la conformité à la volonté de Dieu, Quiconque entend mes paroles et les pratique sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre, Méditation pour le vingtième jour de décembre, Médiator Dei du Pape Pie XII, sur la sainte liturgie, Prions avec Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, L'institution du Carême et la manière dont les premiers chrétiens le passaient et Savoir-vivre dans l’Église.








vendredi 15 avril 2016

Litanies de Sainte Geneviève


Sainte Geneviève



Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes le seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Vierge des Vierges et Mère du Sauveur, priez pour nous.

Sainte Geneviève, dès l'enfance comblée de Dieu, priez pour nous.
Sainte Geneviève, consacrée au Christ par Saint Germain, priez pour nous.
Sainte Geneviève, docile à l'Esprit-Saint, priez pour nous.
Sainte Geneviève, au zèle intrépide pour la foi, priez pour nous.
Sainte Geneviève, héroïquement dévouée à l'Église, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, modèle de vie vécue pour Dieu, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, discrète auxiliaire du clergé, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui avez souffert pour votre vocation, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui avez connu l'hostilité et l'abandon, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui passiez des heures à prier, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, dont les jeûnes et la prière sauvaient la Cité, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui avez eu pour les rois une exigeante amitié, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, dont la sagesse éclairait les païens, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, dont la prudence guidait les chefs, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, dont la pureté triomphait des calomnies, priez pour nous.
Sainte Geneviève, dont la force relevait les courages défaillants, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui compatissiez aux souffrances des petits, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, qui nourrissiez miraculeusement les miséreux, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, qui réconciliez avec Dieu les pécheurs, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui rameniez à l'Église les égarés, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, qui lisiez dans les cœurs, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui guérissiez les maladies, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui arrêtiez les inondations, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui rétablissiez la paix entre ennemis, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, qui adoucissiez le sort des prisonniers, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, qui chassiez les démons, priez pour nous. 
Sainte Geneviève, qui protégez notre patrie, priez pour nous.
Sainte Geneviève, qui veillez sur Paris, priez pour nous.   

Agneau de Dieu, qui enlevez le péché du monde,
(se frapper la poitrine) pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui enlevez le péché du monde,
(se frapper la poitrine) exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui enlevez le péché du monde,
(se frapper la poitrine) ayez pitié de nous.

V/ Priez pour nous, Sainte Geneviève,
R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre Seigneur Jésus-Christ.


PRIONS

Répandez sur nous, Seigneur, l'esprit d'intelligence et d'amour dont Vous avez rempli Votre servante Geneviève, pour qu'attentifs à Vous servir et cherchant à lui ressembler, nous sachions Vous plaire par notre foi et tout notre vie. Par Jésus-Christ, Votre Fils, notre Seigneur, qui vit et règne avec Vous dans l'unité du Saint Esprit, pour les siècles des siècles.  Ainsi soit-il.



Invocations à Sainte Geneviève



Sainte Geneviève, si agréable à Dieu le Père, priez pour nous.
Sainte Geneviève, si aimée de Jésus-Christ, priez pour nous.
Sainte Geneviève, si chérie du Saint-Esprit, priez pour nous.
Sainte Geneviève, les délices de Marie, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle d'oraison, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle d'austérité, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle de pureté, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle de piété filiale, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle de résignation dans les calomnies, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle de patience dans les injures, priez pour nous.
Sainte Geneviève, modèle de toutes les vertus, priez pour nous.
Sainte Geneviève, terreur des Huns, priez pour nous.
Sainte Geneviève, secours de la ville assiégée, priez pour nous.
Sainte Geneviève, secours dans la famine, priez pour nous.
Sainte Geneviève, secours dans la peste, priez pour nous.
Sainte Geneviève, protectrice des moissons contre la chaleur, priez pour nous.
Sainte Geneviève, protectrice contre la pluie, priez pour nous.
Sainte Geneviève, protectrice contre la tempête et les inondations, priez pour nous.
Sainte Geneviève, protectrice dans l'adversité, priez pour nous.
Sainte Geneviève, bonheur nouveau dans la prospérité, priez pour nous.
Sainte Geneviève, notre patronne toute spéciale, priez pour nous.
Sainte Geneviève, patronne de Paris et de la France, priez pour nous. (Trois fois)


PRIONS

Bénissez, Seigneur, notre vie présente, par la médiation de Sainte Geneviève, afin que nous cherchions avant toutes choses votre justice, votre gloire, votre royaume céleste et notre salut. Bénissez, ô mon Dieu, nos campagnes et nos moissons ; mais bénissez aussi nos âmes, où vous répandez, par votre divine parole et l'exemple de vos saints, la semence de toutes les vertus chrétiennes. Ô Dieu, notre Père éternel, ô Christ, notre Sauveur, ô Esprit-Saint, source des lumières pures, ô adorable Trinité, ayez pitié de nous.


PRIONS

Sainte Geneviève, qui avez opéré de nombreux miracles pendant votre vie et après votre mort, daignez par votre suffrage et vos miséricordieuses supplications auprès de Marie, reine du ciel, nous obtenir de la bonté divine la santé du corps, la grâce de l'âme et le paradis. Ainsi soit-il.





Reportez-vous à Litanies de Jésus-Christ Roi de France et Message-radio du Pape Pie XII pour le Ve centenaire de la réhabilitation de Sainte Jeanne d'Arc.











vendredi 8 avril 2016

L’ŒUVRE DE DOM JEAN DE MONLÉON


Moïse et les Tables de la loi (Jusepe de Ribera)


SUR L’ŒUVRE DE DOM DE MONLÉON


Les traditionalistes se plaignent de n'avoir pas de livres à distribuer aux jeunes militants pour leur formation doctrinale. En effet, les ouvrages où s'exprime la pensée traditionnelle sont matériellement rares parce qu'ils ne sont jamais réédités. Ils ont contre eux les puissances du jour qui les étouffent. Leur pénurie est réelle. Et c'est un des objectifs de la Diffusion de la Pensée Française que de procéder aux rééditions nécessaires.
Mais il est au moins un écrivain de la ligne traditionnelle dont les ouvrages sont faciles à se procurer : c'est Dom de MONLEON. Ils ont en outre l'avantage de traiter de l'EXÉGÈSE BIBLIQUE qui est l'une des disciplines les plus importantes de la formation religieuse. Ce moine bénédictin apporte aux âmes, par sa science et par sa fidélité, un puissant réconfort. Ses livres sont parmi les plus nourrissants que l'on puisse lire aujourd'hui.
Tout d'abord, le STYLE. Il est d'une clarté lumineuse. Rien de flou. Rien de romantique. Point d'expressions outrées. Point d'effets creux. Au contraire, des termes justes, mais sans banalité. Des phrases simples, mais sans aridité. Et dans tout cela, beaucoup d'aisance. C'est la vieille souche avec une sève nouvelle.
C'est la résurrection du classicisme. Un régal !

Le raisonnement est aussi clair que le style. Et cette clarté est victorieuse. Car Dom de MONLEON, on s'en doute, a des adversaires puisqu'il n'est ni rationaliste, ni évolutionniste, ni moderniste, à aucun degré. Il n'use envers eux d'aucun sarcasme ; encore moins d'aucune invective. Seulement, lorsque, dans ses préfaces devenues célèbres il examine leurs thèses en projetant son investigation intelligente sur leurs obscurités et qu'il les prend à leurs propres pièges, il en résulte une ironie souvent féroce. Ils sont lessivés. C'est une joie !

Dom de MONLEON retrace, dans une collection maintenant très étoffée, la biographie des plus grands personnages de l'Ancien Testament : Abraham, les douze Patriarches. Moïse, Josué et les Juges, Jonas, Daniel... Il les fait revivre avec une précision et un relief étonnants. Il nous rend sensible leur formidable labeur. La partie anecdotique de ses ouvrages, à elle seule, serait suffisante pour en faire un grand écrivain. Quant aux commentaires mystiques qu'il intercale entre les chapitres narratifs, ils font de ce grand bénédictin un grand exégète.

Dom de MONLEON procure à l'Écriture Sainte une double réhabilitation. Il réhabilite la LETTRE de la Vulgate (on appelle ainsi la traduction latine de saint Jérôme qui est devenue officielle, canonique, courante, commune. « vulgaire »). Et il réhabilite l'interprétation patristique qui est l'ESPRIT de l'Écriture.
La lettre d'abord. Dans ses exposés et ses commentaires, il utilise exclusivement la version officielle de l'Église, la VULGATE de saint Jérôme, la seule qui soit garantie contre toute erreur et qui, par l'onction dont elle est pénétrée, par la connaturalité que les siècles lui ont donné avec l'âme chrétienne, reste l'expression la plus sûre, la plus authentique de la Révélation — (Préface- du Cantique des Cantiques", page 9 — Nouvelles Éditions Latines).

Écoutons-le préciser cette affirmation dans un article d'ITINÉRAIRES : « Sans doute, il est de bon ton aujourd'hui d'afficher pour la Vulgate le plus profond mépris et d'invoquer à tout propos contre elle — Veritatem Hebraïquam — la vérité du texte hébreux.

En appeler de la Vulgate à la vérité hébraïque est une de ces vastes duperies dont la “haute critique” est coutumière. Car c'est justement cette vérité hébraïque que saint Jérôme a entendu rétablir dans sa version latine, au-dessus de toutes les traductions de la Bible plus ou moins altérées qui circulaient de son temps.

Génie littéraire hors classe, saint Jérôme a employé toutes les ressources de son intelligence et de sa volonté à restituer la parole de Dieu dans sa teneur authentique.

Il avait à sa disposition des documents de première valeur, QUI ONT DISPARU DEPUIS, en particulier
le rouleau de la Synagogue de Bethléem qu'il avait copié de sa main.
et les célèbres EXAPLES où Origène avait reproduit, sur six colonnes parallèles, le texte hébreux et les cinq principales traductions grecques qui en existaient alors, œuvre gigantesque de critique et d'érudition dont la perte est considérée par les vrais savants comme irréparable.

Ceux qui invoquent la “vérité hébraïque” raisonnent comme si nous possédions encore aujourd'hui les manuscrits originaux de Moise et des Prophètes. Mais il n'est pas permis d'ignorer que la seule version de l'Écriture conservée par les juifs est celle dite “des Massorètes” qui ne remonte pas au-delà du VIe siècle après Jésus-Christ. (“suite à l'histoire de Jonas” dans ITINERAIRES, N° 90, de Février 1965).

La transcription massorétique se recommande-t-elle au moins par son exactitude ? Il n'en est rien. Les rédacteurs juifs qui l'ont établie, aux environs du VIe siècle de l'ère chrétienne, se sont appliqués, chaque fois qu'ils l'ont pu sans trahir visiblement le texte original, à effacer tout ce qui apportait la preuve de la messianité de Notre-Seigneur, à laquelle ils ne voulaient pas croire.

Victoire reste à la Vulgate par son ancienneté et par sa rigueur scientifique.

Que Dom de MONLEON soit chaleureusement remercié de nous en avoir administré la preuve. Mais il a fait plus. Il réhabilite aussi l'EXÉGÈSE PATRISTIQUE, c'est-à-dire l'Esprit de l'Écriture, son sens spirituel.
L'Écriture Sainte, en effet, requiert absolument d'être expliquée, parce qu'elle n'a pas seulement un sens littéral, immédiatement intelligible, mais encore un sens spirituel qui est le plus souvent mystérieux. Le sens spirituel ne peut être saisi que moyennant l'inspiration du Saint-Esprit. Et c'est le magistère ecclésiastique qui définit l'interprétation adéquate, après avoir éliminé toutes celles qui sont inspirées par le mauvais esprit ou tout simplement par le propre esprit. C'est toujours par de fausses interprétations des Écritures que les hérésiarques entraînent les fidèles hors de l'Église. C'était déjà par de fausses interprétations que le démon avait essayé de tenter Notre-Seigneur pendant les quarante jours au désert. La fréquentation de la Bible, en dehors des explications correctes qu'elle postule, est plus nuisible qu'utile. Il faut être d'autant plus sur ses gardes aujourd'hui que de grandes maisons d'édition répandent des documents bibliques de vulgarisation, inspirés par la “haute critique” naturaliste, rationaliste et moderniste, et donc très éloignée de l'exégèse traditionnelle.

Le sens spirituel de l'Écriture — explique Dom de MONLEON dans la préface du “Cantique des Cantiques”, à la page 8, n'est en aucune façon le fruit de l'imagination des Pères de l'Église, comme on le croit et l'écrit trop souvent. Il dépasse la capacité de la raison humaine, il ressortit de la révélation, il est l'œuvre du Saint-Esprit. Il fut enseigné aux Apôtres, d'abord par Notre-Seigneur, lorsqu'après Sa Résurrection, Il leur ouvrit l'esprit, pour qu'ils comprissent les Écritures, et confirmé ensuite à la Pentecôte, quand ils reçurent le don de l'intelligence. Précieusement conservé par la tradition orale durant les premiers siècles, il fut consigné peu à peu dans les écrits des Pères de l'Église. et c'est là l'unique source où nous pouvons le trouver. Rien n'est plus insensé que de prétendre l'expliquer sans recourir à eux.

Le déferlement massif de la littérature pseudo-religieuse et pseudo-savante a pour but de nous faire douter de la sublimité de notre foi et de nous forger mauvaise conscience. Les ouvrages de Dom de MONLEON viennent précisément nous redonner confiance dans la valeur scientifique de nos bases scripturaires et dans l'authenticité de l'inspiration divine qui a élaboré l'exégèse traditionnelle.


Jean VAQUIE,
Lecture et Tradition, n° 36, juin 1972




IN MEMORIAM : DOM DE MONLEON



L'entraînement en vue de la bataille des idées a, lui aussi, son parcours du combattant. Et l'un des principaux obstacles de ce parcours intellectuel, c'est la critique externe de l'Écriture Sainte. L'adversaire a semé le doute quant à l'authenticité de nos Livres Saints, quant à l'historicité des Évangiles, quant à l'interprétation traditionnelle des Écritures.

Cet obstacle, il faut que nos combattants spirituels s'entraînent à le franchir lestement. Ils doivent être rompus à dynamiter la critique intempestive. Or, nul écrivain contemporain n'est plus apte à détruire ce type de doute que le bénédictin Dom de Monléon. Nous devons nous familiariser avec ses livres. Il faut que ses raisonnements solides deviennent chez nous des habitudes d'esprit. Cet entraînement fait partie de notre plus élémentaire culture religieuse.
Dom Jean de Monléon est mort le 19 avril 1981, le jour de Pâques. Puisse-t-il avoir achevé au ciel ce jour de “la Solennité des solennités”. Quel beau présage de salut pour ce moine si attentif aux harmonies providentielles.

Ses familiers savent bien que, sous les apparences d'un homme effacé, il fut un grand combatif et même un lutteur acharné. Il avait le goût de tenir tête et le tempérament pour y arriver, et cela avec d'autant plus de détermination qu'il ne défendait pas sa propre doctrine, mais celle des Docteurs, des scolastiques et du Magistère.

Il éprouvait, dit-on, une véritable délectation intellectuelle à s'incliner devant le consentement unanime des Pères qui était pour lui le grand critère de la certitude. La soumission au Magistère de l'Église lui était naturelle, mais aussi agréable. Telle est la vraie sagesse de l'esprit dans la Religion révélée. Aussi, souffrait-il beaucoup de la crise actuelle où l'on voit précisément le Magistère hésiter, concéder, reculer, défaillir. Il en souffrait, mais il ne s'en scandalisait pas, puisqu'une telle crise est prédite, par le Divin Maître lui-même, comme annonciatrice du triomphe final.

On fait également remarquer, chez ses amis, l'extraordinaire puissance de travail de ce bénédictin, sa prodigieuse mémoire, sa connaissance de toute la littérature ecclésiastique, surtout évidemment en matière d'interprétation des Écritures. Il était aussi à l'aise dans Raban Maur que dans Rupert de Deutz ou Hugues de Saint Victor. Sa vaste information lui permettait de mesurer la faiblesse de la plupart des commentateurs de l'école moderne, faiblesse masquée seulement par un appareil scientifique impressionnant, vu de loin, mais sans portée réelle.

Relisons Monléon ; il appartient à notre parcours du combattant. Tous ses livres, même les premiers, sont formateurs.

« Les Instruments de la Perfection » et « Les Douze degrés de l'Humilité » sont des commentaires sur la règle de saint Benoît.
« Le Christ-Roi » est un petit ouvrage vite lu, mais fort dense, qui dit peu et contient beaucoup.
« Le Cantique des Cantiques » et « Les Noces de Cana » forment une série un peu à part, ce qui ne veut pas dire sans intérêt.
« Le Sens Mystique de l'Apocalypse » appartient à la même série, mais il est peut-être un peu plus difficile à suivre. Mais quelle agréable façon d'apprendre la Religion !
Le « Commentaire sur Jonas » expose, dans sa magistrale préface, la méthode exégétique classique qui est celle de Dom de Monléon. On voit sans peine qu'elle surpasse, à la fois en exactitude et en profondeur, la critique externe, dite scientifique, aujourd'hui à la mode. C'est un véritable réconfort pour l'intelligence dés chrétiens. Un saint, qui est aussi un savant, nous venge, par sa science même, des savants fourbes et bavards qui allaient répétant : «La maison est à nous, c'est à vous d'en sortir». Monléon reste en vainqueur dans la maison, et nous avec.

Puis viennent les grands succès de Dom de Monléon : « Les Patriarches »« Moïse »« Josué et les juges »« Daniel »« Le Roi David ». Il n'y a pas de meilleurs antidotes que ces ouvrages-là pour résister à la contamination insidieuse du doute moderniste. Véritablement, c'est l'esprit de la Sainte Église qui y souffle “fortiter suaviterque” avec force et douceur.

Et le style ! On peut promettre un vrai régal. La langue est simple et élégante, raffinée sans être précieuse, classique sans lourdeur. Tout est exact, la forme comme le fond.


Jean VAQUIE,
Lecture et Tradition, n° 90, juillet-août 1981

samedi 2 avril 2016

NOTRE-DAME DU BON CONSEIL


Nous reportons ici l'intégralité d'un article très intéressant extrait de la Revue Sodalitium n°53 (Juillet 2002), Cf. Page 35 - à télécharger ici.


Notre-Dame du Bon Conseil
(Pasquale Sarullo)

NOTRE-DAME DU BON CONSEIL

Par M. l’abbé Curzio Nitoglia


La grâce sanctifiante, les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit


Saint Thomas enseigne que là où il y a la contingence (c’est-à-dire ce qui n’est pas nécessaire) il y a l’incertitude ; par exemple, il n’est pas nécessaire qu’il pleuve, par conséquent je ne suis pas certain qu’il pleuvra ou non (1).
Le rapport entre créatures (ou moyens) et Créateur (ou fin) n’est pas déterminé ou rendu nécessaire, mais varie selon la diversité des personnes, des choses et des circonstances ; tout le monde veut le bonheur dans l’abstrait, mais quand il s’agit de spécifier concrètement dans quel objet réside le bonheur, on a plusieurs réponses différentes ; en outre quand il faut choisir les moyens pour y arriver, la diversité des goûts est encore plus grande ; c’est pourquoi l’homme, qui est libre, doit chercher, réfléchir et demander conseil pour trouver les meilleurs moyens qui le conduisent à sa fin ultime. C’est ici qu’entre en jeu la liberté. Tout dépend du conseil et du choix, ce sont eux qui rendent l’homme maître et responsable de ses actes.
« Dieu au commencement créa l’homme — dit la Sainte Écriture — et le laissa dans la main de son conseil » (2).
Or le terme du conseil est l’action à faire sur le moment et il est réglé par la prudence, qui est la vertu qui nous fait choisir les meilleurs moyens pour atteindre la fin (3).



La prudence :

1°) évalue les moyens pour atteindre la fin (conseil ou interrogation, je m’interroge : si je veux la fin quels sont les meilleurs moyens à choisir ? la pauvreté, l’obéissance et la chasteté parfaite sont-ils bons pour moi ici et maintenant ?) ;

2°) juge les moyens examinés par le conseil (jugement : oui, je veux ce moyen ici et maintenant — par exemple la chasteté, pauvreté et obéissance — pour atteindre la fin) ;

3°) enfin, ordonne l’exécution du conseil et du jugement pour l’action concrète (précepte ou electio, ordonne et choisit l’exécution de prendre ce moyen — entrer en religion — pour obtenir la fin).

La prudence est le fruit d’exercice et d’expériences positives et négatives. La vraie prudence rend l’homme habile à résoudre le problème de sa vie, en choisissant les meilleurs moyens pour obtenir la fin ultime (cf. le Principe et fondement des Exercices Spirituels de Saint Ignace).
St Paul écrit « vouloir le bien est à ma portée ; le faire non » (4). L’homme blessé par le péché originel a besoin du remède de la grâce, avec laquelle il peut vaincre le mal et faire le bien.
La grâce de Dieu sanctifie l’essence de l’âme et est suivie par les vertus et par les dons du Saint-Esprit, qui nous rendent capables d’agir surnaturellement.
La vertu de prudence infuse corrobore la raison humaine, afin qu’elle choisisse, libérée des passions, les moyens pour atteindre la fin ; mais la vertu même si elle est infuse est surnaturelle quant à sa nature, est humaine quant au mode d’agir. Par exemple : c’est moi qui réfléchis avec la raison, éclairée par la foi, quels peuvent être les moyens à prendre ici et maintenant. Tandis que les dons du Saint-Esprit, sont surnaturels également quant au mode d’agir, c’est-à-dire aident et perfectionnent les vertus de façon à ce qu’elles puissent être vécues de manière héroïque, surhumaine et « divine ». Le don rend l’âme docile au souffle ou à l’impulsion du Saint-Esprit et la rend son libre instrument, comme une barque qui accueille le souffle du vent avec ses voiles bien déployées. Alors le choix des moyens est fait avec facilité et sécurité : c’est presque le Saint-Esprit qui le fait faire.


Marie et les dons du Saint-Esprit en général


Marie est véritablement « Mère de Dieu », de Jésus, qui s’est incarné, par l’opération du Saint-Esprit, dans son sein virginal. Elle a donc une dignité presque infinie (5). De plus, Elle est corédemptrice, subordonnée au Christ et dispensatrice de toute grâce.
Aujourd’hui, il y a non seulement une grande corruption morale, mais — comme disait Pie XII — « on a perdu le sens du péché, du bien et du mal ». Il y a une grande confusion des idées, on a perdu la notion de vérité, on justifie et même on exalte le mal moral et on dénigre le bien. Il faut donc surtout assainir l’intelligence humaine et ensuite fortifier la volonté. Le choix des meilleurs moyens est devenu très difficile et sans l’aide de la grâce divine l’homme est ballotté par le scepticisme intellectuel et par les passions morales.


Nécessité de la dévotion à Marie et au Saint-Esprit


Léon XIII a écrit une encyclique sur le Saint-Esprit dans laquelle il enseigne que :
« l’Esprit-Saint devait terminer l’ouvrage [de la Rédemption] accompli par le Fils durant sa vie mortelle. C’est, en effet, à la vertu multiple de cet Esprit… que l’achèvement de l’œuvre rédemptrice était providentiellement réservée » (6). En résumé, la dévotion au Paraclet est nécessaire pour se sauver puisqu’Il accomplit ce que Jésus a commencé ; par conséquent sans dévotion à l’Esprit Divin notre sanctification et notre salut serait inachevée et imparfaite ou insuffisante.
Le théologien dominicain Antonio Royo Marin écrit : « Les dons du Saint-Esprit sont nécessaires à la perfection des vertus infuses. Ils sont nécessaires pour le salut éternel. (…)
Le Docteur angélique dans la Somme Théologique (I-II, 68, 2) se pose la question si les dons sont nécessaires pour le salut de l’homme et répond que oui. Pour le prouver, il se réfère à l’imperfection avec laquelle nous possédons et vivons les vertus infuses, selon un mode humain... donc aucun homme ne peut parvenir à l’héritage du Ciel s’il n’est pas mû et conduit par le Saint-Esprit » (7).

Concernant Marie, Saint Louis Grignion de Montfort écrit : « Le Saint-Esprit, avec Elle... a produit son chef-d'œuvre, qui est un Dieu fait homme, et c’est avec Elle qu’il produit tous les jours jusqu’à la fin du monde les prédestinés et les membres du corps de ce Chef adorable : c’est pourquoi plus l’Esprit trouve Marie... dans une âme, et plus il devient opérant pour produire Jésus-Christ en cette âme » (8).
Le Saint poursuit :
« Dieu le Saint-Esprit veut se former en Elle et par Elle des élus et il Lui dit : “Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire”.
Jetez, ma bien-aimée et mon Épouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu’ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce... Quand Marie a jeté ses racines dans une âme, elle y produit des merveilles de grâce, qu’elle seule peut produire parce qu’elle est seule la Vierge féconde qui n’a jamais eu ni n’aura jamais sa semblable en pureté et fécondité. Marie a produit, avec le Saint-Esprit la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et Elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps. La formation et l’éducation des grands Saints... Quand le Saint-Esprit, son Époux, l’a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu’elle donne place à son Épouse » (9).
En résumé c’est la volonté de Dieu qui nous sanctifie. Pour se sanctifier il faut pratiquer les vertus avec l’aide de la grâce de Dieu. Pour trouver la grâce il faut trouver Marie, parce qu’elle seule a trouvé grâce auprès de Dieu, pour Elle et pour tous les hommes. Elle est la Mater Dei et Mater gratiæ : Dieu le Père donnant Dieu le Fils à Marie lui a donné toute grâce et l’a constituée trésorière et dispensatrice universelle de toutes les grâces. Comme dans l’ordre de la nature un nouveau-né doit avoir un père et une mère, il en est de même dans l’ordre de la grâce : le justifié doit avoir Dieu pour père et Marie pour mère spirituelle. Marie a formé le Chef du Corps Mystique et forme aussi ses membres.
En outre le Saint-Esprit qui l’a choisie comme son épouse a formé en elle son chef-d’œuvre, Jésus, et continue à produire tous les jours en Elle et par son intermédiaire les prédestinés ; ceux-ci reçoivent de Marie toute leur force, les bons conseils et tout aliment spirituel. Comme Jésus est venu à nous en passant par Marie, ainsi nous devons passer par Marie pour aller à Jésus (ad Jesum per Mariam) (10).
Il n’est donc pas possible de se sauver sans une vraie dévotion à Marie et au Saint-Esprit.


Actualité de la dévotion à la Mater Boni Consilii


Telle est l’actualité et la nécessité de la dévotion à Notre-Dame du Bon Conseil, qui est notre « directeur spirituel » et qui nous obtient et nous dispense la lumière pour bien choisir et la force pour mettre en pratique le choix. Elle est « l’aqueduc du Saint-Esprit » (Saint Bernard) et le « cou du Corps Mystique » (l’Église) dont Jésus est la tête et l’Esprit Paraclet l’âme.


Le don de la force et du conseil


Parmi les sept dons, aujourd’hui, le plus nécessaire (non le plus noble) me paraît être celui de la force, intimement lié à celui du conseil, en effet il nous donne la force pour nous faire accomplir ce que l’intelligence a connu grâce au conseil. Il fortifie l’âme afin qu’elle pratique les vertus de manière héroïque, avec la confiance inébranlable de surmonter obstacle et danger. « Le don de la force est absolument nécessaire pour la perfection des vertus infuses et parfois pour la simple permanence dans l’état de grâce... C’est le propre du don de force d’éliminer tout motif de crainte dans l’âme, en la soumettant à la motion directe du Paraclet... qui lui donne une confiance et une sécurité inébranlables » (11).
Selon Saint Grégoire le Grand au don de force s’oppose la crainte excessive ou timidité, accompagnée d’une certaine faiblesse naturelle, qui naît de l’amour de la vie commode et nous empêche d’entreprendre de grandes choses pour la gloire de Dieu alors qu’elle nous pousse à fuir la douleur et l’abjection (12).

Le Père Louis Lallemant S.J. écrit :
« Mille peurs nous empêchent de progresser dans la voie du Seigneur, ce qui n’arriverait pas si nous nous laissions guider par le don du conseil et si nous avions le courage qui nous est donné par le don de force ; mais nous nous laissons vaincre par les visées humaines et alors tout nous fait peur... Il ne faudrait craindre que le péché, affronter tout danger et désirer les affronts et les persécutions » (13).

La Sainte Vierge elle-même « eut besoin du don de force, dans les heures où le glaive... s’enfonçait si douloureusement dans son âme... jusqu’à la mort mystique du Calvaire, où en s’immolant avec le Christ elle devint la Reine des martyrs... Aujourd’hui encore Marie... est la céleste guerrière [la foi sans les armes est morte, n.d.a.] qui marche en tête des armées du royaume de Dieu. Combien de fois la trouvons-nous présente aux heures les plus sombres de l’histoire de l’Église... La victoire de Lépante se renouvelle continuellement parmi nous » (14).

En outre « la Sainte Vierge... par le pouvoir mystérieux auquel le Saint-Esprit la fait participer... véhicule en nous la lumière et la force de Dieu, et illumine notre esprit, anime notre volonté, allume notre cœur, soutient nos forces » (15).

D’après Saint Grégoire le Grand, l’esprit de force nous fait vaincre la pusillanimité, c’est-à-dire la mollesse et l’abattement devant une obligation qui nous coûte quelque peu ; la torpeur qui omet le devoir ou le fait mal ; la divagation de l’esprit qui se distrait facilement dans l’étude et la prière ; l’instabilité du cœur qui nous rend semblables à des banderoles exposées au vent ; la malice ou méchanceté de la volonté qui peut nous porter jusqu’à la rancœur qui nous fait perdre l’état de grâce sanctifiante.

Le don du conseil — selon Jean de Saint Thomas O.P. — vient du grand abîme de la Divinité, comme la pluie vient des nuages qui eux-mêmes viennent de l’océan, ainsi le don du conseil vient de l’océan infini qu’est le Saint-Esprit ou abîme de la Déité. De cet abîme océanique (Esprit Paraclet) vient la nuée (Marie du bon conseil) qui nous donne les pluies spirituelles (Jésus et la grâce sanctifiante) lesquelles fécondent les âmes, si les conseils nés de Dieu Esprit-Saint (océan) produisent et débordent en affection et amour envers Dieu et la fin ultime (16).

Le grand théologien dominicain continue : qui entend et répond et met en pratique le conseil (nuées ou Marie) est inondé par la pluie bénéfique (Jésus ou grâce habituelle) dans son cœur et cette pluie retourne à l’océan infini qui est Dieu vu face à face dans la vision béatifique. En effet l’homme qui vit droitement en écoutant les conseils de Dieu et de sa très Sainte Mère Marie et qui essaye de se conformer uniquement à la volonté divine et aux desseins du Très Haut, même au prix de grands sacrifices (Job, Jonas, Jésus), celui-ci a pour guide Dieu Esprit Saint et sa très chaste épouse Marie et peut dire : « consilium meum sententiæ tuæ Domine et Domina ».

Tous les élus ont le don du conseil à un degré développé, en effet qui n’écoute pas les conseils de Marie ne peut entrer au Ciel, comme Esaü qui méprisait les conseils de Rebecca, figure de Marie, ou Judas qui méprisait ceux de Marie elle-même.

Le conseil est un avis qui nous est donné par quelqu’un, en effet souvent nous ne sommes pas capables de décider nous-mêmes, mais nous devons demander conseil.
« D’un bon conseil peut dépendre la fortune, l’honneur, la vie même. Que de mécomptes, de regrets, de larmes il peut épargner ! Or, dans l’affaire la seule importante, la seule qui entraîne des conséquences éternelles, l’affaire du salut, le Saint-Esprit lui-même veut bien être notre conseiller : il le devient avec la Mère du bon conseil, sa très chaste épouse, par le don du conseil » (17).

Le grand ennemi de ce don est l’avarice, qui nous maintient attachés à cette terre « comme des crapauds » (Saint Louis Grignion de Montfort), alors que le conseil de Dieu nous fait choisir les moyens les meilleurs pour atteindre le Ciel (Saint Benoît Cottolengo disait « vilaine terre, beau Paradis »). Il nous détache de nous-mêmes et de toutes les créatures et nous rend désintéressés.
L’avarice au contraire produit la « dureté du cœur ou insensibilité face aux besoins du prochain en difficulté ; la fourberie ou fausseté qui procèdent à force de tromperies, de mensonges, pour obtenir les biens de ce monde ; la fraude qui est la conséquence pratique de la fourberie et passe des paroles aux actes ; la violence qu’il faut parfois employer pour obtenir ce qui ne nous appartient pas et que nous désirons immodérément ; enfin la perfidie ou trahison, en effet l’avare est capable de trahir y compris son père et sa mère pour les biens et les richesses de ce monde » (18).

Le conseil des conseils est bonum faciendum, malum vitandum. Que la très Sainte Vierge Marie, mère du bon conseil, de la divine grâce et de la force du Très Haut, nous donne aussi la force de le mettre en pratique.


Marie et notre sanctification


Si l’âme correspond aux grâces actuelles que Dieu lui prodigue – par l’intermédiaire de Marie – et qu’elle vive héroïquement les vertus chrétiennes – grâce aux dons du Saint-Esprit — alors elle produit des actes de vertu qui peuvent être comparés aux fruits savoureux d’un arbre et remplissent le cœur d’une douce et suave joie spirituelle : les Fruits du Saint-Esprit (19).
Ils se distinguent des vertus et des dons (comme l’effet de la cause), comme l’acte de la puissance. Les vertus et les dons sont des puissances surnaturelles qui nous donnent la capacité d’agir de manière méritoire en ce qui concerne la vie éternelle ; alors que les fruits sont des actes de vertus, héroïquement vécues – grâce aux dons – totalement opposés aux œuvres de la chair et qui sont accompagnés d’une certaine suavité spirituellement savoureuse.
Les fruits se développent en cultivant les vertus et les dons, et ils sont le prélude des Béatitudes (20) qui sont plus parfaites que les fruits. On peut les définir comme des actes plus parfaits que ceux des vertus infuses unies aux dons, ou comme des fruits bien mûrs, qui représentent le point culminant et le couronnement définitif, sur cette terre, de toute la vie chrétienne.


a) Fruits du Saint-Esprit :

1) Charité : c’est l’habitation de la Sainte Trinité dans nos cœurs. « La charité a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui habite en nous » (Saint Paul).

2) Joie : c’est l’état agréable de l’âme puisque Dieu est présent en elle, l’esprit de l’homme éprouve un certain plaisir spirituel et même sensible de la présence de Dieu en lui.

3) Paix : puisque Dieu est présent dans l’âme, elle est unie et soumise à Dieu et le corps est docilement soumis à l’âme ; la conséquence est la paix entre l’âme et Dieu, et entre le corps et l’âme et la « paix est tranquillité de l’ordre » (Saint Augustin).

4) Patience : elle nous fait supporter avec un courage tranquille et sans trouble les souffrances physiques et morales de cette vie.

5) Bénignité ou clémence : elle nous porte à adoucir les châtiments que nous devons imposer aux autres, pour ne pas faire de mal et contrister de manière excessive le prochain et ne pas faire de torts et d’injustices aux autres.

6) Bonté : elle nous pousse à faire le bien aux autres.

7) Longanimité : c’est la patience et la tolérance qui sait attendre le retour du pécheur, de celui qui nous a offensés ou trahis, les personnes et les événements ennuyeux et la fin de cet exil, in hac lacrimarum valle, pour aller dans la Patrie.

8) Douceur : elle modère la colère, sans la détruire, puisqu’il existe une sainte colère (Jésus qui chasse les marchands du Temple).

9) Foi : croire à Dieu et lui être fidèles pour toute notre vie.

10) Modestie ou pudeur : elle modère tous les actes périphériques au plaisir vénérien, toute passion sensuelle du toucher et du goût.

11) Continence : elle modère, freine et contient ou régule les désirs et les pensées sensuelles.

12) Chasteté : elle modère et régule l’acte sexuel en lui-même, qui n’est permis que dans le mariage en vue de la procréation.


b) Les Béatitudes :

1) Bienheureux les pauvres en esprit : ceux qui savent qu’ils ont besoin de la grâce spirituelle de Dieu et la demandent comme de pauvres mendiants, sont heureux ou bienheureux (ont un avant-goût du Ciel) puisque « Dieu donne sa grâce aux humbles et la refuse aux superbes » et donc « le Royaume des Cieux est à eux ».

2) Les doux : ceux qui savent accepter les mépris, sans perdre la paix et le contrôle d’eux-mêmes, puisqu’ils savent qu’ils ne sont rien ; ils vivront toujours tranquilles et sereins ; « ils possèderont la terre » dans une sainte paix sans troubles excessifs.

3) Ceux qui pleurent : les péchés du monde, les leurs et qui désirent quitter cette terre pour être avec Jésus-Christ, « seront consolés » par Dieu.

4) Ceux qui ont faim et soif de justice : qui désirent ardemment la sainteté, « seront rassasiés » par Dieu et deviendront des saints du paradis.

5) Les miséricordieux : « ils obtiendront miséricorde » de Dieu et étant nous-mêmes de misérables hommes fils d’Adam nous avons tous besoin de la miséricorde divine. « Comme vous jugerez les autres, ainsi vous serez jugés par Dieu ».

6) Ceux qui ont le cœur pur : la chasteté extérieure et intérieure et la droite intention de plaire uniquement à Dieu nous rendent aptes à le voir un jour face à face au Paradis et dans le clair-obscur de la foi, ici sur terre, illuminée par les dons spéculatifs du Saint-Esprit qui nous font contempler c’est-à-dire « voir avec amour Dieu », bien que n’ayant pas la vision béatifique mais seulement une anticipation.

7) Les pacifiques : qui ne sont pas les pacifistes, mais demeurent en paix avec Dieu au moyen de la grâce sanctifiante, (« seront appelés fils de Dieu ») avec eux-mêmes (pleine soumission du corps à l’âme) et avec le prochain, dans la mesure où cela dépend d’eux et qui jouissent d’une tranquillité inaltérable.

8) Les persécutés à cause de la justice : « Qui veut vivre pleinement en Jésus-Christ souffrira persécution » (Saint Paul). Le juste, c’est-à-dire le saint, imite Jésus-Christ qui nous a dit : « Ce qu’ils ont fait à Moi ils le feront aussi à vous ». C’est pourquoi être persécutés comme le fut Jésus, parce qu’il était un juste, est un motif de grande joie et bonheur : « réjouissez-vous et exultez » puisque « votre récompense sera grande dans le Royaume des Cieux ».


Conséquence spirituelle


La « vie de la grâce ou des vertus et des dons » (Saint Thomas), si nous savons la cultiver sous la protection de Marie du bon conseil, nous fait arriver, par les fruits de l’Esprit Paraclet et les Béatitudes évangéliques, à la voie unitive ; en commençant par :
l’ascétique (1ère voie purgative des commençants) qui nous sépare du péché et de l’esprit mondain et est caractérisée par l’exercice des vertus initiales vécues de manière humaine, et par la méditation discursive qui devient peu à peu affective jusqu’à arriver au recueillement infus ; pour aboutir ensuite au
seuil de la mystique initiale ou imparfaite (2e voie illuminative de l’intelligence, c’est la vie des progressants) qui est caractérisée par l’imitation des vertus chrétiennes vécues solidement ou de manière héroïque initiale grâce à la réalisation habituelle des quatre dons pratiques du Saint-Esprit (crainte de Dieu, piété, conseil, force) et de la contemplation infuse initiale, jusqu’à arriver à la
mystique fondamentalement parfaite ou accomplie (3e voie unitive de la volonté humaine à la volonté divine, c’est la vie des parfaits) qui est caractérisée par la contemplation infuse profonde ou parfaite et par la réalisation des trois dons spéculatifs de l’Esprit Saint (science, intelligence et sagesse) qui nous fait parvenir à l’héroïsme parfait des vertus et à l’union transformante ou mariage spirituel.


Conclusion


Nous devons croire aux promesses du Christ de nous envoyer l’Esprit de force qui animera les chrétiens, « tous les jours jusqu’à la fin du monde ». La « victoire qui vainc le monde est notre foi ». Pour pouvoir remporter le triomphe contre les forces du mal, aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de Marie et de son divin Époux, l’Esprit de force, qui nous permet d’affronter les assauts du mal avec vigueur et équilibre et qui donne du nerf à toute la vie morale. Il serait inutile d’avoir de grandes pensées, de connaître la voie de l’esprit, si ensuite nous manquait la force de volonté qui passe résolument et hardiment à l’action... tout requiert la force sans laquelle on ne peut accomplir les grandes œuvres requises par la vocation chrétienne.

Enfin si la droite conscience ou le bon conseil font défaut, c’est la solidité même de la personnalité qui s’effondre. La personne, si elle ne se laisse pas guider par la droite raison, est faible et défaille rapidement, alors il faut que la raison étende sa domination dans tous les domaines de la vie, domine les passions, réprime les instincts, guide dans les décisions, discipline l’action, proportionne les moyens à la fin : on a alors un homme pour de bon, capable de parcourir les chemins de la vie, bien équipé du ‘sel de la sagesse’, illuminé de la lumière intérieure.

Le don du conseil et la dévotion à la Mère du Bon Conseil donne à l’âme la discrétion (Sainte Catherine de Sienne), sans laquelle on ne peut éviter les excès et les défauts, par exemple la témérité ou la peur, l’activisme ou l’inaction. L’âme possède alors aussi un sens de sécurité et de paix et à travers le don du conseil le Saint-Esprit intervient pour faciliter le conseil, le jugement et la décision, selon un mode d’agir plus divin qu’humain.

Tout le travail humain de la vertu de prudence, est facilité, enrichi ou même remplacé par une inspiration intérieure qui a son origine dans l’esprit de Dieu. La dévotion à la Mère du Bon Conseil participe à l’âme de tout chrétien docile et fidèle ; et il s’agit du même « éternel Conseil » qui dans l’intelligence divine du Père est manifesté dans le Verbe, choisi et voulu dans l’Esprit Saint, qui est amour et force d’action.




Notes
1) S. T., I-II, 14, 1.
2) Ecclésiastique XV, 14.
3) S. T., II-II, 47, 4 et 5.
4) Rom. VII, 18.
5) S. T., I, 25, 6, ad 4.
6) Divinum Illud, 9 mai 1897, par. 1.
7) A. ROYO MARIN O.P., Teologia della perfezione cristiana, ed. Paoline, Roma, 6ª ed., pp. 180-188.
8) ST LOUIS GRIGNION DE MONTFORT, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 20.
9) Ibid., nn° 34-35.
10) Cf. ST LOUIS GRIGNION DE MONTFORT, Le Secret de Marie, passim.
11) A. ROYO MARIN O.P., Teologia della perfezione cristiana, op. cit., p. 713.
12) ST GRÉGOIRE IER, Moralia super Job, cap. 49.
13) L. LALLEMANT S.J., La dottrina spirituale, princ. 4, cap. 4, art. 6.
14) R. SPIAZZI O.P., Lo Spirito Santo nella nostra vita, Massimo, Milano, 3ª ed., 1997, pp. 128-129.
15) Ibidem, p. 131.
16) JEAN DE SAINT THOMAS O.P., De donis Spiritus Sancti, cap. V, donus consilii, Salamanque 1640.42
17) MGR GAUME, Traité du Saint-Esprit, Gaume-Duprey, Paris 1864, II vol., pp. 450-451.
18) Ibid., pp. 457-458.
19) S. T., I-II, 70.
20) S. T., I-II, 69.






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