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lundi 18 mai 2020

Première Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte de Foi




Nota. Nous avons développé les différents motifs de contrition avec une certaine étendue, pour en faciliter la pratique aux personnes qui sont peu accoutumées à réfléchir, et c'est en leur faveur que nous avons varié, autant qu'il nous a été possible, les sentiments que chaque motif peut faire naître ; mais il n'est pas nécessaire de s'exciter à la contrition par tous ces motifs, ni de produire tous les actes de contrition qui suivent : chacun peut s'arrêter à celui qui est le plus analogue à la disposition où il se trouve.



DISPOSITIONS POUR RECEVOIR LA GRACE DE LA JUSTIFICATION, RÉDUITES EN ACTES


Le saint concile de Trente enseigne qu'il y a six dispositions nécessaires à celui qui veut recevoir la grâce de la justification. Il faut qu'il ait la foi, qu'il craigne la justice de Dieu, qu'il espère d'obtenir sa miséricorde par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il commence à l'aimer, qu'il déteste le péché, et qu'il ait une volonté sincère de changer de vie et de garder inviolablement les commandements de Dieu et de l'Église.
Ce sont ces dispositions et les sentiments qui y ont rapport, qu'on trouvera renfermés dans les prières qui suivent.


PREMIÈRE DISPOSITION


ACTE DE FOI


En m'approchant de vous, ô mon Dieu, je crois d'une ferme foi que vous êtes, et que vous récompensez ceux qui vous cherchent : je crois que, comme vous ne privez pas de vos biens ceux qui marchent dans l'innocence, vous ne rejetez point aussi le cœur contrit et humilié d'un pécheur qui revient à vous, et vous lui faites miséricorde. Je le crois, Seigneur, parce que vous l'avez dit, et que vos paroles sont véritables ; mais je vous demande avec larmes, de rendre encore plus vive et plus parfaite, cette foi que vous m'avez donnée. Vous avez promis de faire grâce au pécheur qui vous demanderait le pardon de ses fautes ; vous nous avez assuré que vous ne voulez pas la mort, mais la conversion et la vie du pécheur ; vous vous êtes engagé à effacer et à oublier ses péchés, lorsqu'il retournerait à vous. J'ajoute foi à vos promesses, et je vous conjure de m'en faire éprouver les effets en ce moment, où je viens à vous pour implorer votre miséricorde.

(Extrait de Manuel du Pénitent ou conduite pour la Contrition)



Reportez-vous à Deuxième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Crainte de DieuTroisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (1/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (2/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (3/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (4/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (5/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (6/6), Conduite pour la Contrition, Premier Motif de Contrition : La Majesté de Dieu, Deuxième Motif de Contrition : La Justice de Dieu, Instruction sur la Contrition, Prière pour obtenir de Dieu miséricorde, Instruction sur la Grâce, De l'examen de conscience, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Cinq points dans l'examen général de la conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Prière à Saint Louis de Gonzague pour demander la contrition, Bien choisir le sujet sur lequel on doit faire l’examen particulier, Combien l'examen de notre conscience est important, Méditation pour la Fête de Sainte Marie-Madeleine, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur le souvenir des jours que l'on a passé dans l'oubli de Dieu et de ses devoirs, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Méditation sur la pénitence du cœur, Psaumes de la Pénitence, Méditation sur la mort dans le péché, Méditation sur la confiance qu'un Chrétien doit avoir en la miséricorde de Dieu, Hymne du Carême, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Exercice pour la confession, Litanies de Sainte Marie-Madeleine, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la confession, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier, Les peines du Purgatoire conformes aux fautes commises La conversion renvoyée au soir de la vie conduit l'âme à la cruelle faim du Purgatoire, Troisième méditation de préparation à la mort : Que me présenteront le passé, le présent et l'avenir ?, Instruction sur la Prière, Explication du premier commandement de Dieu, Explication du deuxième commandement de Dieu, Explication du quatrième commandement de Dieu, et Explication du cinquième commandement de Dieu.















mardi 12 mars 2019

AD DIEM ILLUM LAETISSIMUM, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie X, Sur l'Immaculée Conception de Marie



Proclamation du Dogme de l'Immaculée Conception



AD DIEM ILLUM LAETISSIMUM



LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE X


Sur l'Immaculée Conception de Marie




Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres ordinaires en paix et en communion avec le Siège Apostolique,

Vénérables Frères,

Salut et Bénédiction Apostolique.


Le cours du temps nous ramènera dans peu de mois à ce jour d'incomparable allégresse où, entouré d'une magnifique couronne de cardinaux et d'évêques — il y a de cela cinquante ans, — Notre prédécesseur Pie IX, pontife de sainte mémoire, déclara et proclama de révélation divine, par l'autorité du magistère apostolique, que Marie a été, dès le premier instant de sa conception, totalement exempte de la tache originelle. Proclamation dont nul n'ignore qu'elle fut accueillie par tous les fidèles de l'univers d'un tel cœur, avec de tels transports de joie et d'enthousiasme, qu'il n'y eut jamais, de mémoire d'homme, manifestation de piété soit à l'égard de l'auguste Mère de Dieu, soit envers le Vicaire de Jésus-Christ, ni si grandiose, ni si unanime.

Aujourd'hui, Vénérables Frères, bien qu'à la distance d'un demi-siècle, ne pouvons-nous espérer que le souvenir ravivé de la Vierge Immaculée provoque en nos âmes comme un écho de ces saintes allégresses et renouvelle les spectacles magnifiques de foi et d'amour envers l'auguste Mère de Dieu, qui se contemplèrent en ce passé déjà lointain ? Ce qui Nous le fait désirer ardemment, c'est un sentiment, que Nous avons toujours nourri en Notre cœur, de piété envers la bienheureuse Vierge aussi bien que de gratitude profonde pour ses bienfaits. Ce qui, d'ailleurs, Nous en donne l'assurance, c'est le zèle des catholiques, perpétuellement en éveil et qui va au-devant de tout nouvel honneur, de tout nouveau témoignage d'amour à rendre à la sublime Vierge. Cependant, Nous ne voulons pas dissimuler qu'une chose avive grandement en Nous ce désir : c'est qu'il Nous semble, à en croire un secret pressentiment de Notre âme, que Nous pouvons nous promettre pour un avenir peu éloigné l'accomplissement des hautes espérances, et assurément non téméraires, que fit concevoir à notre prédécesseur Pie IX et à tout l'Épiscopat catholique la définition solennelle du dogme de l'Immaculée Conception de Marie.

Ces espérances, à la vérité, il en est peu qui ne se lamentent de ne les avoir point vues jusqu'ici se réaliser, et qui n'empruntent à Jérémie cette parole : « Nous avons attendu la paix, et ce bien n'est pas venu : le temps de la guérison, et voici la terreur » (Jer. VIII, 15). Mais ne faut-il pas taxer de peu de foi des hommes qui négligent ainsi de pénétrer ou de considérer sous leur vrai jour, les œuvres de Dieu ? Qui pourrait compter, en effet, qui pourrait supputer les trésors secrets de grâces que, durant tout ce temps, Dieu a versés dans son Église à la prière de la Vierge ? Et, laissant même cela, que dire de ce Concile du Vatican, si admirable d'opportunité ? et de la définition de l'infaillibilité pontificale, formule si bien à point à l'encontre des erreurs qui allaient sitôt surgir ? et de cet élan de piété, enfin, chose nouvelle et véritablement inouïe, qui fait affluer, depuis longtemps déjà, aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, pour le vénérer face à face, les fidèles de toute langue et de tout climat ? Et n'est-ce pas un admirable effet de la divine Providence que Nos deux prédécesseurs, Pie IX et Léon XIII, aient pu, en des temps si troublés, gouverner saintement l'Église, dans des conditions de durée qui n'avaient été accordées à aucun autre pontificat ? À quoi il faut ajouter que Pie IX n'avait pas plus tôt déclaré de croyance catholique la conception sans tache de Marie que, dans la ville de Lourdes, s'inauguraient de merveilleuses manifestations de la Vierge, et ce fut, on le sait, l'origine de ces temples élevés en l'honneur de l'Immaculée Mère de Dieu, ouvrage de haute magnificence et d'immense travail, où des prodiges quotidiens, dus à son intercession, fournissent de splendides arguments pour confondre l'incrédulité moderne. Tant et de si insignes bienfaits accordés par Dieu sur les pieuses sollicitations de Marie, durant les cinquante années qui vont finir, ne doivent-ils pas nous faire espérer le salut pour un temps plus prochain que nous ne l'avions cru ? Aussi bien est-ce comme une loi de la Providence divine, l'expérience nous l'apprend, que des dernières extrémités du mal à la délivrance il n'y a jamais bien loin. « Son temps est près de venir, et ses jours ne sont pas loin. Car le Seigneur prendra Jacob en pitié, et en Israël encore il aura son élu » (Is.XIV, 1). C'est donc avec une entière confiance que nous pouvons attendre nous-mêmes de nous écrier sous peu : « Le Seigneur a brisé la verge des impies. La terre est dans la paix et le silence ; elle s'est réjouie et elle a exulté » (Is. XIV, 5 et 7).

Mais, si le cinquantième anniversaire de l'acte pontifical par lequel fut déclarée sans souillure la conception de Marie, doit provoquer au sein du peuple chrétien d'enthousiastes élans, la raison en est surtout dans une nécessité qu'ont exposée Nos précédentes Lettres encycliques, Nous voulons dire de tout restaurer en Jésus-Christ. Car, qui ne tient pour établi qu'il n'est route ni plus sûre ni plus facile que Marie par où les hommes puissent arriver jusqu'à Jésus-Christ, et obtenir, moyennant Jésus-Christ, cette parfaite adoption des fils, qui fait saint et sans tache sous le regard de Dieu ?

Certes, s'il a été dit avec vérité à la Vierge : « Bienheureuse qui avez cru, car les choses s'accompliront qui vous ont été dites par le Seigneur » (Luc. I, 45), savoir qu'elle concevrait et enfanterait le Fils de Dieu ; si, conséquemment, elle a accueilli dans son sein celui qui par nature est Vérité, de façon que, « engendré dans un nouvel ordre et par une nouvelle naissance..., invisible en lui-même, il se rendît visible dans notre chair » (S. LEO M., Serm. 2, de Nativ. Domini, c. II) ; du moment que le Fils de Dieu est l'auteur et le consommateur de notre foi, il est de toute nécessité que Marie soit dite participante des divins mystères et en quelque sorte leur gardienne, et que sur elle aussi, comme sur le plus noble fondement après Jésus-Christ, repose la foi de tous les siècles.

Comment en serait-il autrement ? Dieu n'eût-il pu, par une autre voie que Marie, nous octroyer le réparateur de l'humanité et le fondateur de la foi ? Mais, puisqu'il a plu à l'éternelle Providence que l'Homme-Dieu nous fût donné par la Vierge, et puisque celle-ci, l'ayant eu de la féconde vertu du divin Esprit, l'a porté en réalité dans son sein, que reste-t-il si ce n'est que nous recevions Jésus des mains de Marie ?

Aussi, voyons-nous que dans les Saintes Écritures, partout où est prophétisée la grâce qui doit nous advenir, partout aussi, ou peu s'en faut, le Sauveur des hommes y apparaît en compagnie de sa sainte Mère. Il sortira, l'Agneau dominateur de la terre, mais de la pierre du désert ; elle montera, la fleur, mais de la tige de Jessé. À voir, dans l'avenir, Marie écraser la tête du serpent, Adam contient les larmes que la malédiction arrachait à son cœur. Marie occupe la pensée de Noé dans les flancs de l'arche libératrice ; d'Abraham, empêché d'immoler son fils ; de Jacob, contemplant l'échelle où montent et d'où descendent les anges ; de Moïse, en admiration devant le buisson qui brûle sans se consumer ; de David, chantant et sautant en conduisant l'arche divine ; d'Élie, apercevant la petite nuée qui monte de la mer. Et, sans nous étendre davantage, nous trouvons en Marie, après Jésus, la fin de la loi, la vérité des images et des oracles.

Qu'il appartienne à la Vierge, surtout à elle, de conduire à la connaissance de Jésus, c'est de quoi l'on ne peut douter, si l'on considère, entre autres choses, que, seule au monde, elle a eu avec lui, dans une communauté de toit et dans une familiarité intime de trente années, ces relations étroites qui sont de mise entre une mère et son fils. Les admirables mystères de la naissance et de l'enfance de Jésus, ceux notamment qui se rapportent à son incarnation, principe et fondement de notre foi, à qui ont-ils été plus amplement dévoilés qu'à sa Mère ? Elle conservait et repassait dans son cœur ce qu'elle avait vu de ses actes à Bethléem, ce qu'elle en avait vu à Jérusalem dans le temple ; mais initiée encore à ses conseils et aux desseins secrets de sa volonté, elle a vécu, doit-on dire, la vie même de son Fils. Non, personne au monde comme elle n'a connu à fond Jésus ; personne n'est meilleur maître et meilleur guide pour faire connaître Jésus.

Il suit de là, et Nous l'avons déjà insinué, que personne ne la vaut, non plus, pour unir les hommes à Jésus. Si, en effet, selon la doctrine du divin Maître, « la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Joan. XVII, 3): comme nous parvenons par Marie à la connaissance de Jésus-Christ, par elle aussi, il nous est plus facile d'acquérir la vie dont il est le principe et la source.

Et maintenant, pour peu que nous considérions combien de motifs et combien pressants invitent cette Mère très sainte à nous donner largement de l'abondance de ces trésors, quels surcroîts n'y puisera pas notre espérance !

Marie n'est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère.

Car un principe à poser, c'est que Jésus, Verbe fait chair, est en même temps le Sauveur du genre humain. Or, en temps que Dieu-Homme, il a un corps comme les autres hommes ; en tant que Rédempteur de notre race, un corps spirituel, ou, comme on dit, mystique, qui n'est autre que la société des chrétiens liés à lui par la foi. « Nombreux comme nous sommes, nous faisons un seul corps en Jésus-Christ » (Rom. XII, 5). Or, la Vierge n'a pas seulement conçu le Fils de Dieu afin que, recevant d'elle la nature humaine, il devint homme ; mais afin qu'il devint encore, moyennant cette nature reçue d'elle, le Sauveur des hommes. Ce qui explique la parole des anges aux bergers: « Un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc. II, 11).

Aussi, dans le chaste sein de la Vierge, où Jésus a pris une chair mortelle, là même il s'est adjoint un corps spirituel formé de tous ceux qui devaient croire en lui: et l'on peut dire que, tenant Jésus dans son sein, Marie y portait encore tous ceux dont la vie du Sauveur renfermait la vie.

Nous tous donc, qui, unis au Christ, sommes, comme parle l'Apôtre, « les membres de son corps issus de sa chair et de ses os » (Ephes. V, 30), nous devons nous dire originaires du sein de la Vierge, d'où nous sortîmes un jour à l'instar d'un corps attaché à sa tête.

C'est pour cela que nous sommes appelés, en un sens spirituel, à la vérité, et tout mystique, les fils de Marie, et qu'elle est, de son côté, notre Mère à tous. « Mère selon l'esprit, Mère véritable néanmoins des membres de Jésus-Christ, que nous sommes nous-mêmes » (S. AUG., L. de S. Virginitate, c. VI). Si donc la bienheureuse Vierge est tout à la fois Mère de Dieu et des hommes, qui peut douter qu'elle ne s'emploie de toutes ses forces, auprès de son Fils, « tête du corps de l'Église » (Coloss. I, 18), afin qu'il répande sur nous qui sommes ses membres les dons de sa grâce, celui notamment de la connaître et de « vivre par lui » (I Joan. IV, 9) ?

Mais il n'est pas seulement à la louange de la Vierge qu'elle a fourni « la matière de sa chair au Fils unique de Dieu, devant naître avec des membres humains » (S. BED. VEN., l. IV, in Luc. XI), et qu'elle a ainsi préparé une victime pour le salut des hommes ; sa mission fut encore de la garder, cette victime, de la nourrir et de la présenter au jour voulu, à l'autel.

Aussi, entre Marie et Jésus, perpétuelle société de vie et de souffrance, qui fait qu'on peut leur appliquer à égal titre cette parole du Prophète: « Ma vie s'est consumée dans la douleur et mes années dans les gémissements » (Ps. XXX, 11).

Et quand vint pour Jésus l'heure suprême, on vit la Vierge « debout auprès de la croix, saisie sans doute par l'horreur du spectacle, heureuse pourtant de ce que son Fils s'immolait pour le salut du genre humain, et, d'ailleurs, participant tellement à ses douleurs que de prendre sur elle les tourments qu'il endurait lui eût paru, si la chose eût été possible, infiniment préférable » (S. BONAV., I Sent., d. 48, ad Litt., dub. 4).

La conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c'est que Marie « mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l'humanité déchue » (EADMERI MON., De Excellentia Virg. Mariæ, c. IX), et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang.

Certes, l'on ne peut dire que la dispensation de ces trésors ne soit un droit propre et particulier de Jésus-Christ, car ils sont le fruit exclusif de sa mort, et lui-même est, de par sa nature, le médiateur de Dieu et des hommes.

Toutefois, en raison de cette société de douleurs et d'angoisses, déjà mentionnée, entre la Mère et le Fils a été donné à cette auguste Vierge « d'être auprès de son Fils unique la très puissante médiatrice et avocate du monde entier » (PIUS IX, in Bull. Ineffabilis).

La source est donc Jésus Christ : « de la plénitude de qui nous avons tout reçu » (Joan. I, 16) ; « par qui tout le corps, lié et rendu compact moyennant les jointures de communication, prend les accroissements propres au corps et s'édifie dans la charité » (Ephes. IV, 16). Mais Marie, comme le remarque justement saint Bernard, est l'« aqueduc » (Serm. de temp., in Nativ. B. V., « De Aquæductu », n. 4) ; ou, si l'on veut, cette partie médiane qui a pour propre de rattacher le corps à la tête et de transmettre au corps les influences et efficacités de la tête, Nous voulons dire le cou. Oui, dit saint Bernardin de Sienne, « elle est le cou de notre chef, moyennant lequel celui-ci communique à son corps mystique tous les dons spirituels » (S. BERNARDIN. SEN., Quadrag. de Evangelio æterno, Serm. X, a. III, c.3). Il s'en faut donc grandement, on le voit, que Nous attribuions à la Mère de Dieu une vertu productrice de la grâce, vertu qui est de Dieu seul. Néanmoins, parce que Marie l'emporte sur tous en sainteté et en union avec Jésus-Christ et qu'elle a été associée par Jésus-Christ à l'œuvre de la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces. « Lui, Jésus, siège à la droite de la majesté divine dans la sublimité des cieux » (Hebr. I, 3). Elle, Marie, se tient à la droite de son Fils ; « refuge si assuré et secours si fidèle contre tous les dangers, que l'on n'a rien à craindre, à désespérer de rien sous sa conduite, sous ses auspices, sous son patronage, sous son égide » (PIUS IX, in Bull. Ineffabilis).

Ces principes posés, et pour revenir à notre dessein, qui ne reconnaîtra que c'est à juste titre que Nous avons affirmé de Marie que, compagne assidue de Jésus, de la maison de Nazareth au plateau du Calvaire, initiée plus que tout autre aux secrets de son cœur, dispensatrice, comme de droit maternel, des trésors de ses mérites, elle est, pour toutes ces causes, d'un secours très certain et très efficace pour arriver à la connaissance et à l'amour de Jésus-Christ ? Ces hommes, hélas ! nous en fournissent dans leur conduite une preuve trop péremptoire qui, séduits par les artifices du démon ou trompés par de fausses doctrines, croient pouvoir se passer du secours de la Vierge. Infortunés, qui négligent Marie sous prétexte d'honneur à rendre à Jésus-Christ ! Comme si l'on pouvait trouver l'Enfant autrement qu'avec la Mère !

S'il en est ainsi, Vénérables Frères, c'est à ce but que doivent surtout viser toutes les solennités qui se préparent partout en l'honneur de la Sainte et Immaculée Conception de Marie. Nul hommage, en effet, ne lui est plus agréable, nul ne lui est plus doux, que si nous connaissons et aimons véritablement Jésus-Christ. Que les foules emplissent donc les temples, qu'il se célèbre des fêtes pompeuses, qu'il y ait des réjouissances publiques: ce sont choses éminemment propres à raviver la foi. Mais nous n'aurons là, s'il ne s'y ajoute les sentiments du cœur, que pure forme, que simples apparences de piété. À ce spectacle, la Vierge, empruntant les paroles de Jésus-Christ, nous adressera ce juste reproche: « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Matth. XV, 8).

Car enfin, pour être de bon aloi, le culte de la Mère de Dieu doit jaillir du cœur ; les actes du corps n'ont ici utilité ni valeur s'ils sont isolés des actes de l'âme. Or, ceux-ci ne peuvent se rapporter qu'à un seul objet, qui est que nous observions pleinement ce que le divin Fils de Marie commande. Car, si l'amour véritable est celui-là seul qui a la vertu d'unir les volontés, il est de toute nécessité que nous ayons cette même volonté avec Marie de servir Jésus Notre-Seigneur. La recommandation que fit cette Vierge très prudente aux serviteurs des noces de Cana, elle nous l'adresse à nous-mêmes : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Joan. II,5). Or, voici la parole de Jésus-Christ : « Si vous voulez entrer dans la vie, observez les commandements » (Matth. XIX, 17).

Que chacun se persuade donc bien de cette vérité que, si sa piété à l'égard de la bienheureuse Vierge ne le retient pas de pécher ou ne lui inspire pas la volonté d'amender une vie coupable, c'est là une piété fallacieuse et mensongère, dépourvue qu'elle est de son effet propre et de son fruit naturel.

Que si quelqu'un désire à ces choses une confirmation, il est facile de la trouver dans le dogme même de la Conception Immaculée de Marie. Car, pour omettre la tradition, source de vérité aussi bien que la Sainte Écriture, comment cette persuasion de l'Immaculée Conception de la Vierge a-t-elle paru de tout temps si conforme au sens catholique, qu'on a pu la tenir comme incorporée et comme innée à l'âme des fidèles ? « Nous avons en horreur de dire de cette femme — c'est la réponse de Denys le Chartreux — que, devant écraser un jour la tête du serpent, elle ait jamais été écrasée par lui, et que, mère de Dieu, elle ait jamais été fille du démon » (III Sent., d. II, q. 1). Non, l'intelligence chrétienne ne pouvait se faire à cette idée que la chair du Christ, sainte, sans tache et innocente, eût pris origine au sein de Marie, d'une chair ayant jamais, ne fût-ce que pour un rapide instant, contracté quelque souillure. Et pourquoi cela, si ce n'est qu'une opposition infinie sépare Dieu du péché ? C'est là, sans contredit, l'origine de cette conviction commune à tous les chrétiens, que Jésus-Christ avant même que, revêtu de la nature humaine, il nous lavât de nos péchés dans son sang, dut accorder à Marie cette grâce et ce privilège spécial d'être préservée et exempte, dès le premier instant de sa conception, de toute contagion de la tache originelle.

Si donc Dieu a en telle horreur le péché que d'avoir voulu affranchir la future Mère de son Fils non seulement de ces taches qui se contractent volontairement, mais, par une faveur spéciale et en prévision des mérites de Jésus-Christ, de cette autre encore dont une sorte de funeste héritage nous transmet à nous tous, les enfants d'Adam, la triste marque, qui peut douter que ce ne soit un devoir pour quiconque prétend à gagner par ses hommages le cœur de Marie, de corriger ce qu'il peut y avoir en lui d'habitudes vicieuses et dépravées, et de dompter les passions qui l'incitent au mal ?

Quiconque veut, en outre — et qui ne doit le vouloir ? — que sa dévotion envers la Vierge soit digne d'elle et parfaite, doit aller plus loin, et tendre, par tous les efforts, à l'imitation de ses exemples. C'est une loi divine, en effet, que ceux-là seuls obtiennent l'éternelle béatitude qui se trouvent avoir reproduit en eux, par une fidèle imitation, la forme de la patience et de la sainteté de Jésus-Christ : « car ceux qu'il a connus dans sa prescience, il les a prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils, afin que celui-ci soit l'aîné entre plusieurs frères » (Rom. VIII, 29). Mais telle est généralement notre infirmité, que la sublimité de cet exemplaire aisément nous décourage. Aussi a-ce été, de la part de Dieu, une attention toute providentielle, que de nous en proposer un autre aussi rapproché de Jésus-Christ qu'il est permis à l'humaine nature, et néanmoins merveilleusement accommodé à notre faiblesse. C'est la Mère de Dieu, et nul autre. « Telle fut Marie, dit à ce sujet saint Ambroise, que sa vie, à elle seule, est pour tous un enseignement ». D'où il conclut avec beaucoup de justesse : « Ayez donc sous vos yeux, dépeintes comme dans une image, la virginité et la vie de la bienheureuse Vierge, laquelle réfléchit, ainsi qu'un miroir, l'éclat de la pureté et la forme même de la vertu » (De Virginib., l. II, c. II).

Or, s'il convient à des fils de ne laisser aucune des vertus de cette Mère très sainte sans l'imiter, toutefois désirons-Nous que les fidèles s'appliquent de préférence aux principales et qui sont comme les nerfs et les jointures de la vie chrétienne, Nous voulons dire la foi, l'espérance et la charité à l'égard de Dieu et du prochain. Vertus dont la vie de Marie porte, dans toutes ses phases, la rayonnante empreinte, mais qui atteignirent à leur plus haut degré de splendeur dans le temps qu'elle assista son Fils mourant. Jésus est cloué à la croix, et on lui reproche, en le maudissant, « de s'être fait le Fils de Dieu » (Joan. XIX, 7). Marie, elle, avec une indéfectible constance, reconnaît et adore en lui la divinité. Elle l'ensevelit après sa mort, mais sans douter un seul instant de sa résurrection. Quant à la charité dont elle brille pour Dieu, cette vertu va jusqu'à la rendre participante des tourments de Jésus-Christ et l'associée de sa Passion ; avec lui, d'ailleurs, et comme arrachée au sentiment de sa propre douleur, elle implore pardon pour les bourreaux, malgré ce cri de leur haine : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants » (Matth. XXVII, 25).

Mais, afin que l'on ne croie pas que Nous ayons perdu de vue Notre sujet, qui est le mystère de l'Immaculée Conception, que de secours efficaces n'y trouve-t-on pas, et dans leur propre source, pour conserver ces mêmes vertus et les pratiquer comme il convient ! D'où partent, en réalité, les ennemis de la religion pour semer tant et de si graves erreurs, dont la foi d'un si grand nombre se trouve ébranlée ? Ils commencent par nier la chute primitive de l'homme et sa déchéance. Pures fables, donc, que la tache originelle et tous les maux qui en ont été la suite : les sources de l'humanité viciées, viciant à leur tour toute la race humaine ; conséquemment, le mal introduit parmi les hommes, et entraînant la nécessité d'un rédempteur. Tout cela rejeté, il est aisé de comprendre qu'il ne reste plus de place ni au Christ, ni à l'Église, ni à la grâce, ni à quoi que ce soit qui passe la nature. C'est l'édifice de la foi renversé de fond en comble. Or, que les peuples croient et qu'ils professent que la Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, préservée de toute souillure : dès lors, il est nécessaire qu'ils admettent, et la faute originelle, et la réhabilitation de l'humanité par Jésus-Christ, et l'Évangile et l'Église, et enfin la loi de la souffrance : en vertu de quoi tout ce qu'il y a de rationalisme et de matérialisme au monde est arraché par la racine et détruit, et il reste cette gloire à la sagesse chrétienne d'avoir conservé et défendu la vérité. De plus, c'est une perversité commune aux ennemis de la foi, surtout à notre époque, de répudier, et de proclamer qu'il les faut répudier, tout respect et toute obéissance à l'égard de l'autorité de l'Église, voire même de tout pouvoir humain, dans la pensée qu'il leur sera plus facile ensuite de venir à bout de la foi.

C'est ici l'origine de l'anarchisme, doctrine la plus nuisible et la plus pernicieuse qui soit à toute espèce d'ordre, naturel et surnaturel.

Or, une telle peste, également fatale à la société et au nom chrétien, trouve sa ruine dans le dogme de l'Immaculée Conception de Marie, par l'obligation qu'il impose de reconnaître à l'Église un pouvoir, devant lequel non seulement la volonté ait à plier, mais encore l'esprit. Car c'est par l'effet d'une soumission de ce genre que le peuple chrétien adresse cette louange à la Vierge : « Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n'est point en vous » (Grad. Miss. In festo Imm. Concept.).

Et par là se trouve justifié une fois de plus ce que l'Église affirme d'elle, que, seule, elle a exterminé les hérésies dans le monde entier.

Que si la foi, comme dit l'Apôtre, n'est pas autre chose que « le fondement des choses à espérer » (Hebr. XI, 1), on conviendra aisément que par le fait que l'Immaculée Conception de Marie confirme notre foi, par là aussi elle ravive en nous l'espérance. D'autant plus que si la Vierge a été affranchie de la tache originelle, c'est parce qu'elle devait être la Mère du Christ: or, elle fut Mère du Christ afin que nos âmes pussent revivre à l'espérance.

Et maintenant, pour omettre ici la charité à l'égard de Dieu, qui ne trouverait dans la contemplation de la Vierge immaculée un stimulant à regarder religieusement le précepte de Jésus-Christ, celui qu'il a déclaré sien par excellence, savoir que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a aimés ? « Un grand signe — c'est en ces termes que l'apôtre saint Jean décrit une vision divine — un grand signe est apparu dans le ciel : une femme, revêtue du soleil, ayant sous ses pieds la lune, et, autour de sa tête, une couronne de douze étoiles » (Apoc. XII, 1). Or, nul n'ignore que cette femme signifie la Vierge Marie, qui, sans atteinte pour son intégrité, engendra notre Chef.

Et l'Apôtre de poursuivre : « Ayant un fruit en son sein, l'enfantement lui arrachait de grands cris et lui causait de cruelles douleurs » (Apoc. XII, 2). Saint Jean vit donc la très sainte Mère de Dieu au sein de l'éternelle béatitude et toutefois en travail d'un mystérieux enfantement. Quel enfantement ? Le nôtre assurément, à nous qui, retenus encore dans cet exil, avons besoin d'être engendrés au parfait amour de Dieu et à l'éternelle félicité. Quant aux douleurs de l'enfantement, elles marquent l'ardeur et l'amour avec lesquels Marie veille sur nous du haut du ciel, et travaille, par d'infatigables prières, à porter à sa plénitude le nombre des élus.

C'est notre désir que tous les fidèles s'appliquent à acquérir cette vertu de charité, et profitent surtout pour cela des fêtes extraordinaires qui vont se célébrer en l'honneur de la Conception immaculée de Marie.

Avec quelle rage, avec quelle frénésie n'attaque-t-on pas aujourd'hui Jésus-Christ et la religion qu'il a fondée ! Quel danger donc pour un grand nombre, danger actuel et pressant, de se laisser entraîner aux envahissements de l'erreur et de perdre la foi ! C'est pourquoi « que celui qui pense être debout prenne garde de tomber » (I Cor. X, 12). Mais que tous aussi adressent à Dieu, avec l'appui de la Vierge, d'humbles et instantes prières, afin qu'il ramène au chemin de la vérité ceux qui ont eu le malheur de s'en écarter. Car Nous savons d'expérience que la prière qui jaillit de la charité et qui s'appuie sur l'intercession de Marie n'a jamais été vaine.

Assurément, il n'y a pas à attendre que les attaques contre l'Église cessent jamais: « car il est nécessaire que des hérésies se produisent, afin que les âmes de foi éprouvée soient manifestées parmi vous » (I Cor. XI, 19). Mais la Vierge ne laissera pas, de son côté, de nous soutenir dans nos épreuves, si dures soient-elles, et de poursuivre la lutte qu'elle a engagée dès sa conception, en sorte que quotidiennement nous pourrons répéter cette parole : « Aujourd'hui a été brisée par elle la tête de l'antique serpent » (Off. Imm. Conc. In II Vesp. ad. Magnif.).

Et afin que les trésors des grâces célestes, plus largement ouverts que d'ordinaire, nous aident à joindre l'imitation de la Bienheureuse Vierge aux hommages que nous lui rendrons, plus solennels, durant toute cette année ; et afin que nous arrivions plus facilement ainsi à tout restaurer en Jésus-Christ, conformément à l'exemple de Nos prédécesseurs au début de leur pontificat, nous avons résolu d'accorder à tout l'univers une indulgence extraordinaire, sous forme de jubilé.

C'est pourquoi, Nous appuyant sur la miséricorde du Dieu tout-puissant et sur l'autorité des bienheureux apôtres, Pierre et Paul ; au nom de ce pouvoir de lier et de délier qui Nous a été confié, malgré Notre indignité : à tous et à chacun des fidèles de l'un et de l'autre sexe, résidant dans cette ville de Rome, ou s'y trouvant de passage, qui auront visité trois fois les quatre basiliques patriarcales, à partir du Ier dimanche de la Quadragésime, 21 février, jusqu'au 2 juin inclusivement, jour où se célèbre la solennité du Très Saint-Sacrement, et qui, pendant un certain temps, auront pieusement prié pour la liberté et l'exaltation de l'Église catholique et du Siège apostolique, pour l'extirpation des hérésies et la conversion des pécheurs, pour la concorde de tous les princes chrétiens, pour la paix et l'unité de tout le peuple fidèle, et selon Nos intentions ; qui auront, durant la période indiquée, et hors des jours non compris dans l'indult quadragésimal, jeûné une fois, ne faisant usage que d'aliments maigres ; qui, ayant confessé leurs péchés, auront reçu le sacrement de l'Eucharistie ; de même, à tous les autres, de tout pays, résidant hors de Rome, qui, durant la période susdite, ou dans le cours de trois mois, à déterminer exactement par l'Ordinaire, et même non continus, s'il le juge bon pour la commodité des fidèles, et en tout cas avant le 8 décembre, auront visité trois fois l'église cathédrale, ou, à son défaut l'église paroissiale, ou, à son défaut encore, la principale église du lieu, et qui auront dévotement accompli les autres œuvres ci-dessus indiquées, Nous concédons et accordons l'indulgence plénière de tous leurs péchés ; permettant aussi que cette indulgence, gagnable une seule fois, puisse être appliquée, par manière de suffrage, aux âmes qui ont quitté cette vie en grâce avec Dieu.

Nous accordons en outre que les voyageurs de terre et de mer, en accomplissant, dès leur retour à leur domicile, les œuvres marquées plus haut, puissent gagner la même indulgence.

Aux confesseurs approuvés de fait par leurs propres Ordinaires, Nous donnons la faculté de commuer en d'autres œuvres de piété celles prescrites par Nous, et ce, en faveur des Réguliers de l'un et de l'autre sexe et de toutes les autres personnes, quelles qu'elles soient, qui ne pourraient accomplir ces dernières, avec faculté aussi de dispenser de la communion ceux des enfants qui n'auraient pas encore été admis à la recevoir.

De plus, à tous et à chacun des fidèles, tant laïques qu'ecclésiastiques, soit réguliers, soit séculiers, de quelque Ordre ou Institut que ce soit, y inclus ceux qui demandent une mention spéciale, Nous accordons la permission de se choisir, pour l'effet dont il s'agit, un prêtre quelconque, tant régulier que séculier, entre les prêtres effectivement approuvés (et de cette faculté pourront user encore les religieuses, les novices et autres personnes habitant les monastères cloîtrés, pourvu que le confesseur, dans ce cas, soit approuvé pour les religieuses), lequel prêtre, les personnes susdites se présentant à lui, pendant la période marquée, et lui faisant leur confession avec l'intention de gagner l'indulgence du jubilé et d'accomplir les autres œuvres qui y sont requises, pourra, pour cette fois seulement et uniquement au for de la conscience, les absoudre de toute excommunication, suspense et autres sentences et censures ecclésiastiques, portées et infligées pour quelque cause que ce soit, par la loi ou par le juge, même dans les cas réservés d'une manière spéciale, qu'ils le soient à n'importe qui, fût-ce au Souverain Pontife et au Siège apostolique, ainsi que de tous les péchés ou délits réservés aux Ordinaires et à Nous-même et au Siège apostolique, non toutefois sans avoir enjoint au préalable une pénitence salutaire et tout ce que le droit prescrit qu'il soit enjoint, et s'il s'agit d'hérésie, sans l'abjuration et la rétractation des erreurs exigée par le droit ; de commuer, en outre, toute espèce de vœux, même émis sous serment et réserves au Siège apostolique (exception faite de ceux de chasteté, d'entrée en religion, ou emportant une obligation acceptée par un tiers), de commuer ces vœux, disons-Nous, en d'autres œuvres pieuses et salutaires, et s'il s'agit de pénitents constitués dans les Ordres, et même réguliers, de les dispenser de toute irrégularité contraire à l'exercice de l'Ordre ou à l'avancement à quelque Ordre supérieur, mais contractée seulement pour violation de censure.

Nous n'entendons pas, d'ailleurs, par les présentes, dispenser des autres irrégularités, quelles qu'elles soient et contractées de quelque façon que ce soit, ou par délit ou par défaut, soit publique, soit occulte, ou par chose infamante, ou par quelque autre incapacité ou inhabilité ; comme Nous ne voulons pas non plus déroger à la Constitution promulguée par Benoît XIV, d'heureuse mémoire, laquelle débute par ces mots: Sacramentum pœnitentiæ, avec les déclarations y annexées ; ni enfin que les présentes puissent ou doivent être d'aucune espèce d'utilité à ceux que Nous-même et le Siège apostolique, ou quelque prélat ou juge ecclésiastique aurait nommément excommuniés, suspendus, interdits ou déclarés sous le coup d'autres sentences ou censures, ou qui auraient été publiquement dénoncés, à moins qu'ils n'aient donné satisfaction, durant la période susdite, et qu'ils ne se soient accordés, s'il y avait lieu, avec les parties.

À quoi il Nous plaît d'ajouter que Nous voulons et accordons que, même durant tout ce temps du jubilé, chacun garde intégralement le privilège de gagner, sans en excepter les plénières, toutes les indulgences accordées par Nous ou par Nos prédécesseurs.

Nous mettons fin à ces lettres, Vénérables Frères, en exprimant à nouveau la grande espérance que Nous avons au cœur, qui est que, moyennant les grâces extraordinaires de ce jubilé, accordé par Nous sous les auspices de la Vierge Immaculée, beaucoup qui se sont misérablement séparés de Jésus-Christ reviendront à lui, et que refleurira, dans le peuple chrétien, l'amour des vertus et l'ardeur de la piété. Il y a cinquante ans, quand Pie IX, Notre prédécesseur, déclara que la Conception Immaculée de la bienheureuse Mère de Jésus-Christ devait être tenue de foi catholique, on vit, Nous l'avons rappelé, une abondance incroyable de grâces se répandre sur la terre, et un accroissement d'espérance en la Vierge amener partout un progrès considérable dans l'antique religion des peuples. Qu'est-ce donc qui Nous empêche d'attendre quelque chose de mieux encore pour l'avenir ? Certes, Nous traversons une époque funeste, et Nous avons le droit de pousser cette plainte du Prophète : « Il n'est plus de vérité, il n'est plus de miséricorde, il n'est plus de science sur la terre. La malédiction et le mensonge et l'homicide et le vol et l'adultère débordent partout » (Os. IV, 1-2). Cependant, du milieu de ce qu'on peut appeler un déluge de maux, l'œil contemple, semblable à un arc-en-ciel, la Vierge très clémente, arbitre de paix entre Dieu et les hommes. « Je placerai un arc dans la nue et il sera un signe d'alliance entre moi et la terre » (Gen. IX, 13). Que la tempête se déchaîne donc, et qu'une nuit épaisse enveloppe le ciel: nul ne doit trembler. La vue de Marie apaisera Dieu et il pardonnera. « L'arc-en-ciel sera dans la nue, et à le voir je me souviendrai du pacte éternel » (Gen. IX, 16). « Et il n'y aura plus de déluge pour engloutir toute chair » (Ib., 15). Nul doute que si Nous Nous confions, comme il convient, en Marie, surtout dans le temps que nous célébrerons avec une plus ardente piété son Immaculée Conception, nul doute, disons-Nous, que Nous ne sentions qu'elle est toujours cette Vierge très puissante « qui, de son pied virginal, a brisé la tête du serpent » (Off. Imm. Conc. B. M. V.).

Comme gage de ces grâces, Vénérables Frères, Nous vous accordons dans le Seigneur, avec toute l'effusion de Notre cœur, à vous et à vos peuples, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 2 février 1904, de Notre Pontificat la première année.




Reportez-vous à Ineffabilis Deus, Constitution Apostolique de Sa Sainteté le Pape Pie IX pour la définition et la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception et Pastor Aeternus, Seconde constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape.















mardi 27 juin 2017

Dei Filius, Première constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur la foi catholique



Pontificat de Sa Sainteté le Pape Pie IX





Concile Vatican I


Dei Filius


Première constitution dogmatique


sur la foi catholique


(24 avril 1870)





PIE, ÉVÊQUE,

SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU



Le saint Concile approuvant, en perpétuel souvenir.



Le Fils de Dieu et Rédempteur du genre humain, Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur le point de retourner à son Père céleste, a promis d'être avec son Église militante sur la terre, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. C'est pourquoi il n'a cessé jamais en aucun temps d'être près de son épouse bien-aimée, de l'assister dans son enseignement, de bénir ses œuvres et de la secourir en ses périls. Or, tandis que cette Providence salutaire a constamment éclaté par beaucoup d'autres bienfaits innombrables, elle s'est montrée très-manifestement par les fruits abondants que l'univers chrétien a retirés des Conciles, et nommément du Concile de Trente, bien qu'il ait été célébré en des temps mauvais. En effet, grâce à cette assistance, les dogmes très-saints de la religion ont été définis avec plus de précision et exposés avec plus de développements, les erreurs condamnées et arrêtées, la discipline ecclésiastique rétablie et plus solidement raffermie, le clergé excité à l'amour de la science et de la piété, des collèges établis pour préparer les adolescents à la sainte milice, enfin les mœurs du peuple chrétien restaurées par un enseignement plus attentif des fidèles et par un plus fréquent usage des sacrements. Par là encore la communion des membres avec le chef visible a été rendue plus étroite et une nouvelle vigueur a été apportée à tout le corps mystique du Christ ; les familles religieuses se sont multipliées ainsi que d'autres institutions de la piété chrétienne ; et par là aussi une ardeur constante et assidue s'est montrée, jusqu'à l'effusion du sang, pour propager au loin dans l'univers le règne de Jésus-Christ.

Cependant, tout en rappelant, comme il convient à Notre âme reconnaissante, ces bienfaits insignes et d'autres encore, que la divine Providence a accordés à l'Église, surtout par le dernier Concile œcuménique, Nous ne pouvons retenir l'expression de notre douleur amère à cause des maux très-graves survenus principalement parce que, chez un grand nombre, on a ou méprisé l'autorité de ce saint Synode ou négligé ses sages décrets.

En effet, personne n'ignore qu'après avoir rejeté le divin magistère de l'Église, et les choses de la religion étant laissées ainsi au jugement privé de chacun, les hérésies proscrites par les Pères de Trente se sont divisées peu à peu en sectes multiples, de telle sorte que, séparées d'opinion et se déchirant entre elles, plusieurs enfin ont perdu toute foi en Jésus-Christ. Ainsi elles ont commencé à ne plus tenir pour divine la sainte Bible elle-même, qu'elles affirmaient autrefois être la source unique et le seul juge de la doctrine chrétienne, et même à l'assimiler aux fables mythiques.

C'est alors qu'a pris naissance et que s'est répandue au loin dans le monde cette doctrine du rationalisme ou du naturalisme qui, s'attaquant par tous les moyens à la religion chrétienne, parce qu'elle est une institution surnaturelle, s'efforce avec une grande ardeur d'établir le règne de ce qu'on appelle la raison pure et la nature, après avoir arraché le Christ, notre seul Seigneur et Sauveur, de l'âme humaine, de la vie et des mœurs des peuples. Mais la religion chrétienne étant ainsi laissée et rejetée, Dieu et son Christ niés, l'esprit d'un grand nombre est tombé dans l'abîme du panthéisme, du matérialisme et de l'athéisme, à ce point que, niant la nature raisonnable elle-même et toute règle du droit et du juste, ils s'efforcent de détruire les derniers fondements de la société humaine.

Il est donc arrivé malheureusement que, cette impiété s'étendant de toutes parts, plusieurs des Fils de l'Église catholique eux-mêmes sont sortis du chemin de la vraie piété, et qu'en eux le sens catholique s'est oblitéré par l'amoindrissement successif des vérités. Car, entraînés par des doctrines diverses et étrangères, et confondant à tort la nature et la grâce, la science humaine et la foi divine, ils finissent par altérer le sens propre des dogmes que tient et enseigne notre Mère la sainte Église, et par mettre en péril l'intégrité et la sincérité de la foi.

En présence de toutes ces calamités, comment se pourrait-il faire que l'Église ne fût pas émue jusqu'au fond de ses entrailles ? Car, de même que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité, de même que Jésus-Christ est venu afin de sauver ce qui était perdu et de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu qui étaient dispersés ; de même l'Église, établie par Dieu mère et maîtresse des peuples, sait qu'elle se doit à tous, et elle est toujours disposée et préparée à relever ceux qui sont tombés, à soutenir les défaillants, à embrasser ceux qui reviennent à elle, à confirmer les bons et à les pousser vers la perfection. C'est pourquoi elle ne peut s'abstenir en aucun temps d'attester et de prêcher la vérité de Dieu qui guérit toutes choses, car elle n'ignore pas que c'est à elle qu'il a été dit : « Mon Esprit qui est en toi et mes paroles que j'ai posées en ta bouche ne s'éloigneront jamais de ta bouche, maintenant et pour l'éternité (Is. LIX, 21). »

C'est pourquoi, persistant à marcher sur les traces de Nos prédécesseurs, et selon le devoir de Notre charge apostolique, Nous n'avons jamais cessé d'enseigner et de défendre la vérité catholique et de réprouver les doctrines perverses. Mais, à présent, au milieu des Évêques du monde entier siégeant avec Nous et jugeant, réunis dans le Saint-Esprit par Notre autorité en ce synode œcuménique, appuyés sur la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, telle que nous l'avons reçue, saintement conservée et fidèlement exposée par l'Église catholique, Nous avons résolu de professer et de déclarer, du haut de cette chaire de Pierre, en face de tous, la doctrine salutaire de Jésus-Christ en proscrivant et condamnant les erreurs contraires avec l'autorité qui nous a été confiée par Dieu.


CHAPITRE Ier. - De Dieu, Créateur de toutes choses.

La sainte Église catholique apostolique romaine croit et confesse qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, Créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini en intelligence et en volonté et en toute perfection ; qui, étant une substance spirituelle unique, absolument simple et immuable, doit être proclamé comme réellement et par essence distinct du monde, très-heureux en soi et de soi, et indiciblement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de lui.

Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa vertu toute-puissante, non pas pour augmenter son bonheur, ni pour acquérir sa perfection, mais pour la manifester par les biens qu'il distribue aux créatures, et de sa volonté pleinement libre, a créé de rien, dès le commencement du temps, l'une et l'autre créature, la spirituelle et la corporelle, c'est-à-dire l'angélique et celle qui appartient au monde, et ensuite la créature humaine formée, comme étant commune, d'un esprit et d'un corps (Conc. De Latr. IV, c. 1. Firmiter).

Or, Dieu protège et gouverne par sa Providence tout ce qu'il a créé, atteignant avec force d'une fin à l'autre et disposant toutes choses avec suavité (Sagesse, VIII, 1), car, toutes choses sont nues et ouvertes devant ses yeux (Cf. Hébr. IV, 13), même celles qui doivent arriver par l'action libre des créatures.


CHAPITRE II. - De la Révélation.

La même sainte Mère Église tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu par les lumières naturelles de la raison humaine, au moyen des choses créées (Rom. 1, 20) ; « car les choses invisibles de Dieu sont aperçues au moyen de la création du monde et comprises à l'aide des choses créées. » Cependant il a plu à la sagesse et à la bonté de Dieu de se révéler lui-même à nous et de nous révéler les décrets éternels de sa volonté par une autre voie surnaturelle, selon ce que dit l'Apôtre : « Dieu, qui a parlé à nos pères par les Prophètes plusieurs fois et de plusieurs manières, nous a parlé en ces derniers temps et de nos jours par son Fils. (Hébr. I, 1,2). »
C'est bien à cette révélation divine que l'on doit que tous les hommes puissent promptement connaître, même dans l'état présent du genre humain, d'une certitude incontestable et sans aucun mélange d'erreur, celles des choses divines qui ne sont pas de soi inaccessibles à la raison humaine. Cependant, ce n'est pas à cause de cela, que l'on doit dire la révélation absolument nécessaire, mais c'est parce que Dieu, dans sa bonté infinie, a élevé l'homme à une fin surnaturelle, c'est-à-dire pour le mettre en état de participer aux biens divins qui surpassent tout à fait l'intelligence de l'homme, « car l'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur n'a pu s'élever à comprendre ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment (I. Cor., II, 9). »

Or, cette révélation surnaturelle, selon la foi de l'Église universelle qui a été déclarée par le saint Concile de Trente, est contenue dans les livres écrits et dans les traditions non écrites qui, reçues de la bouche de Jésus-Christ même par les Apôtres, ou transmises comme par les mains des Apôtres, sous l'inspiration du Saint-Esprit, sont venues jusqu'à nous (Conc. de Trent. Sess. IV, Décr. de Can. Script.) Et ces livres de l'Ancien et du Nouveau Testament doivent être reconnus pour saints et canoniques en entier, dans toutes leurs parties, tels qu'ils sont énumérés dans le décret du Concile de Trente et comme on les lit dans l'antique édition latine de la Vulgate. Ces livres, l'Église les tient pour saints et canoniques, non point parce que, composés par la seule habileté humaine, ils ont été ensuite approuvés par l'autorité de l'Église ; et non pas seulement parce qu'ils contiennent la révélation sans erreur, mais parce que, écrits sous l'inspiration de l'Esprit saint, ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été livrés comme tels à l'Église elle-même.

Mais parce que quelques hommes comprennent mal ce que le saint Concile de Trente a décrété salutairement touchant l'interprétation de la divine Écriture, afin de maîtriser les esprits téméraires, Nous, renouvelant le même décret, Nous déclarons que l'esprit de ce décret est que, dans les choses de la foi et des mœurs qui concernent l'édifice de la doctrine chrétienne, il faut tenir pour le vrai sens de la sainte Écriture celui qu'a toujours tenu et que tient Notre sainte Mère l'Église, à qui il appartient de juger du vrai sens et de l'interprétation des saintes Écritures ; en sorte qu'il n'est permis à personne d'interpréter l'Écriture contrairement à ce sens, ou même contrairement au sentiment unanime des Pères.


CHAPITRE III. - De la Foi.

Puisque l'homme dépend tout entier de Dieu comme de son Créateur et Seigneur, puisque la raison créée est absolument sujette de la vérité incréée, nous sommes tenus de rendre par la foi à Dieu révélateur l'hommage complet de notre intelligence et de notre volonté. Or, cette foi, qui est le commencement du salut de l'homme, l'Église catholique professe que c'est une vertu surnaturelle, par laquelle, avec l'aide de la grâce de Dieu aspirante, nous croyons vraies les choses révélées, non pas à cause de la vérité intrinsèque des choses perçue par les lumières naturelles de la raison, mais à cause de l'autorité de Dieu lui-même, qui nous les révèle et qui ne peut ni être trompé ni tromper. Car la foi, selon le témoignage de l'Apôtre, « est la substance des choses que l'on doit espérer, la raison des choses qui ne paraissent pas (Héb. XI, 1). » 

Néanmoins, afin que l'hommage de notre foi fût d'accord avec la raison, Dieu a voulu ajouter aux secours intérieurs de l'Esprit saint les preuves extérieures de sa révélation, à savoir les faits divins et surtout les miracles et les prophéties, lesquels, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont les signes très-certains de la révélation divine et appropriés à l'intelligence de tous. C'est pour cela que Moïse et les Prophètes et surtout le Christ Seigneur lui-même ont fait tant de miracles et de prophéties d'un si grand éclat ; c'est pour cela qu'il est dit des apôtres : « Pour eux, s'en étant allés, ils prêchèrent partout avec la coopération du Seigneur, qui confirmait leurs paroles par les miracles qui suivaient (Marc XVI, 20). » Et encore : « Nous avons une parole prophétique certaine, à laquelle vous faites bien de prendre garde, comme à une lumière qui luit dans un endroit ténébreux (II. Petr. 1, 19). »

Mais encore bien que l'assentiment de la foi ne soit pas un aveugle mouvement de l'esprit, personne cependant ne peut adhérer à la révélation évangélique, comme il le faut pour obtenir le salut, sans une illumination et une inspiration de l'Esprit saint qui fait trouver à tous la suavité dans le consentement et la croyance à la vérité (Conc. d'Orange II, can. 7). C'est pourquoi la foi en elle-même, alors même qu'elle n'opère pas par la charité, est un don de Dieu, et son acte est une œuvre qui se rapporte au salut, acte par lequel l'homme offre à Dieu lui-même une libre obéissance, en consentant et en coopérant à sa grâce, à laquelle il pourrait résister.

Or, on doit croire d'une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition, et tout ce qui est proposé par l'Église comme vérité divinement révélée, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel.

Mais, parce qu'il est impossible sans la foi de plaire à Dieu et d'être compté au nombre de ses enfants, personne ne se trouve justifié sans elle, et ne parvient à la vie éternelle s'il n'y a persévéré jusqu'à la fin. Et pour que nous puissions satisfaire au devoir d'embrasser la vraie foi et d'y demeurer constamment attachés, Dieu, par son Fils unique, a institué l'Église et l'a pourvue de marques visibles de son institution, afin qu'elle puisse être reconnue de tous comme la gardienne et la maîtresse de la parole révélée. Car à l'Église catholique seule appartiennent tous ces caractères si nombreux et si admirables établis par Dieu pour rendre évidente la crédibilité de la foi chrétienne. Bien plus, l'Église, par elle-même, avec son admirable propagation, sa sainteté éminente et son inépuisable fécondité pour tout bien, avec son unité catholique et son immuable stabilité, est un grand et perpétuel argument de crédibilité, un témoignage irréfragable de sa mission divine. Et par là, il se fait que, comme un signe dressé au milieu des nations (Is. XI. 12), elle attire à elle ceux qui n'ont pas encore cru, et elle donne à ses enfants la certitude que la foi qu'ils professent repose sur un très solide fondement.

À ce témoignage s'ajoute le secours efficace de la vertu d'en-haut. Car le Seigneur très-miséricordieux excite et aide par sa grâce les errants, afin qu'ils puissent arriver à la connaissance de la vérité, et ceux qu'il a tirés des ténèbres à son admirable lumière, il les confirme par sa grâce afin qu'ils demeurent dans cette même lumière, n'abandonnant personne, à moins d'être abandonné. Aussi la condition de ceux qui ont adhéré à la vérité catholique par le don divin de la foi n'est nullement la même que celle de ceux qui, conduits par les opinions humaines, suivent une fausse religion ; car ceux qui ont embrassé la foi sous le ministère de l'Église ne peuvent jamais avoir un juste motif de l'abandonner et de révoquer en doute cette foi. C'est pourquoi, rendant grâces à Dieu le Père, qui nous a fait dignes de participer au sort des saints dans la lumière, ne négligeons pas le salut qui est d'un si grand prix ; mais plutôt, les yeux attachés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de la foi, gardons le témoignage inébranlable de notre espérance.


CHAPITRE IV. - De la Foi et de la Raison.

Dans son enseignement qui n'a pas varié l'Église catholique a tenu et tient aussi qu'il existe deux ordres de connaissances, distincts non seulement par leur principe, mais encore par leur objet : par leur principe, attendu que dans l'un nous connaissons par la raison naturelle, dans l'autre par la foi divine ; par leur objet, parce qu'en dehors des choses auxquelles la raison naturelle peut atteindre, il y a des mystères cachés en Dieu, proposés à notre croyance, que nous ne pouvons connaître que par la révélation divine. C'est pourquoi l'Apôtre, qui atteste que Dieu est connu aux nations par les choses créées, dit cependant, à propos de la grâce et de la vérité qui a été faite par Jésus-Christ (Jean, I, 17) : « Nous parlons de la sagesse de Dieu en mystère, sagesse cachée que Dieu a prédestinée pour notre gloire avant les siècles, qu'aucun des princes de ce siècle n'a connue, mais que Dieu nous a révélée par son Esprit : car l'Esprit scrute toutes choses, les profondeurs même de Dieu (I. Cor. II, 7-9). » Et le Fils unique lui-même rend témoignage au Père de ce qu'il « a caché ces choses aux sages et aux prudents et les a révélées aux petits (Math. XI, 25). » Lorsque la raison, de son côté, éclairée par la foi, cherche soigneusement, pieusement et prudemment, elle saisit, par un don de Dieu, quelque intelligence et même très-fructueuse des mystères, tant par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement, que par le rapport des mystères entre eux et avec la fin dernière de l'homme ; mais elle ne devient jamais apte à les percevoir comme les vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins surpassent tellement par leur nature l'intelligence créée, que, bien que transmis par la révélation et reçus par la foi, ils demeurent encore couverts du voile de la foi elle-même, et comme enveloppés d'une sorte de nuage, tant que nous voyageons en pèlerins dans cette vie mortelle, hors de Dieu ; « car nous marchons guidés par la foi et non par la vue (II. Cor. 5. 7). »

Mais quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de véritable désaccord entre la foi et la raison ; car c'est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, qui a répandu dans l'esprit humain la lumière de la raison, et Dieu ne peut se nier lui-même, ni le vrai contredire jamais le vrai. Cette vaine apparence de contradiction vient principalement ou de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris et exposés suivant l'esprit de l'Église, ou de ce que les écarts d'opinion sont pris pour des jugements de la raison. Nous déclarons donc toute proposition contraire à une vérité, attestée par la foi, absolument fausse (Concile de Latran V, Bulle Apostolici regiminis). De plus, l'Église, qui a reçu, avec la mission apostolique d'enseigner, le mandat de garder le dépôt de la foi, tient aussi de Dieu le droit et la charge de proscrire la fausse science, afin que nul ne soit trompé par la philosophie et la vaine sophistique (Coloss. II, 8). C'est pourquoi tous les chrétiens fidèles non-seulement ne doivent pas défendre comme des conclusions certaines de la science les opinions qu'on sait être contraires à la doctrine de la foi, surtout lorsqu'elles ont été réprouvées par l'Église ; mais encore ils sont obligés de les tenir bien plutôt pour des erreurs qui se couvrent de l'apparence trompeuse de la vérité.

Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais elles se prêtent aussi un mutuel secours ; la droite raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée par sa lumière, elle cultive la science des choses divines ; la foi délivre et prémunit la raison des erreurs, et l'enrichit d'amples connaissances. Bien loin donc que l'Église soit opposée à l'étude des arts et sciences humaines, elle la favorise et la propage de mille manières. Car elle n'ignore ni ne méprise les avantages qui en résultent pour la vie des hommes ; bien plus, elle reconnaît que les sciences et les arts venus de Dieu, le Maître des sciences, s'ils sont dirigés convenablement, conduisent à Dieu, avec l'aide de sa grâce ; et elle ne défend pas assurément que chacune de ces sciences, dans sa sphère, ne se serve de ses propres principes et de sa méthode particulière ; mais, tout en reconnaissant cette juste liberté, elle veille avec soin pour les empêcher de tomber dans l'erreur en se mettant en opposition avec la doctrine divine, ou en dépassant leurs limites propres pour envahir et troubler ce qui est du domaine de la foi.

Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n'a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l'esprit humain, mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l'Épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la sainte Mère Église a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s'en écarter sous prétexte et au nom d'une intelligence supérieure de ces dogmes. Croissent donc et se multiplient abondamment, dans chacun comme dans tous, chez tout homme aussi bien que dans toute l'Église, durant le cours des âges et des siècles, l'intelligence, la science et la sagesse ; mais seulement dans le rang qui leur convient, c'est-à-dire dans l'unité de dogme, de sens et de manière de voir (Vincent de Lérins, Common. n. 28).


CANONS

I - De Dieu Créateur de toutes choses.

I. Si quelqu'un nie un seul vrai Dieu, Créateur et maître des choses visibles et invisibles ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un ne rougit pas d'affirmer qu'en dehors de la matière, il n'existe rien ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit qu'il n'y a qu'une seule et même substance ou essence de Dieu et de toutes choses ; qu'il soit anathème.
IV. Si quelqu'un dit que les choses finies, soit corporelles, soit spirituelles, ou du moins les spirituelles, sont émanées de la substance divine ; Ou que la divine essence par la manifestation ou l'évolution d'elle-même devient toutes choses ; Ou enfin que Dieu est l'Être universel et indéfini qui, en se déterminant lui-même, constitue l'universalité des choses réparties en genres, espèces et individus ; qu'il soit anathème.
V. Si quelqu'un ne confesse pas que le monde et que toutes les choses qui y sont contenues soit spirituelles, soit matérielles, ont été, quant à toute leur substance, extraites du néant par Dieu ; Ou dit que Dieu a créé, non par sa volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement que nécessairement il s'aime lui-même ; Ou nie que le monde ait été fait pour la gloire de Dieu ; qu'il soit anathème.

II. - De la Révélation.

I. Si quelqu'un dit que Dieu unique et véritable, notre Créateur et Maître, ne peut pas être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, au moyen des choses qui ont été créées ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un dit qu'il ne peut pas se faire, ou qu'il ne convient pas que l'homme soit instruit par la révélation divine sur Dieu et sur le culte qui doit lui être rendu ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit que l'homme ne peut pas être divinement élevé à une connaissance et à une perfection qui dépasse sa nature, mais qu'il peut et doit arriver de lui-même à la possession de toute vérité et de tout bien par un progrès continu ; qu'il soit anathème.
IV. Si quelqu'un ne reçoit pas dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, comme sacrées et canoniques, les Livres de l'Écriture, comme le saint concile de Trente les a énumérés, ou nie qu'ils soient divinement inspirés ; qu'il soit anathème.

III. - De la Foi.

I. Si quelqu'un dit que la raison humaine est indépendante, de telle sorte que la foi ne peut pas lui être commandée par Dieu ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un dit que la foi divine ne se distingue pas de la science naturelle de Dieu et des choses morales, et que, par conséquent, il n'est pas requis pour la foi divine que la vérité révélée soit crue à cause de l'autorité de Dieu, qui en a fait la révélation ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit que la révélation divine ne peut devenir croyable par des signes extérieurs, et que, par conséquent, les hommes ne peuvent être amenés à la foi que par la seule expérience intérieure de chacun d'eux, ou par l'inspiration privée ; qu'il soit anathème.
IV. Si quelqu'un dit qu'il ne peut y avoir de miracles, et, par conséquent, que tous les récits de miracles, même ceux que contient l'Écriture sainte, doivent être relégués parmi les fables ou les mythes ; ou que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude, et que l'origine divine de la religion chrétienne n'est pas valablement prouvée par eux ; qu'il soit anathème.
V. Si quelqu'un dit que l'assentiment à la foi chrétienne n'est pas libre, mais qu'il est produit nécessairement par les arguments de la raison humaine ; ou que la grâce de Dieu n'est nécessaire que pour la foi vivante, qui opère par la charité ; qu'il soit anathème.
VI. Si quelqu'un dit que les fidèles et ceux qui ne sont pas encore parvenus à la foi uniquement vraie sont dans une même situation, de telle sorte que les catholiques puissent avoir de justes motifs de mettre en doute la foi qu'ils ont reçue sous le magistère de l'Église, en suspendant leur assentiment jusqu'à ce qu'ils aient obtenu la démonstration scientifique de la crédibilité et de la vérité de leur foi ; qu'il soit anathème.

IV. - De la Foi et de la Raison.

I. Si quelqu'un dit que, dans la révélation divine, il n'y a aucun mystère vrai et proprement dit, mais que tous les dogmes de la foi peuvent être compris et démontrés par la raison convenablement cultivée, au moyen des principes naturels ; qu'il soit anathème.
II. Si quelqu'un dit que les sciences humaines doivent être traitées avec une telle liberté que l'on puisse tenir pour vraies leurs assertions, quand même elles seraient contraires à la doctrine révélée ; et que l'Église ne peut les proscrire ; qu'il soit anathème.
III. Si quelqu'un dit qu'il peut se faire qu'on doive quelquefois, selon le progrès de la science, attribuer aux dogmes proposés par l'Église un autre sens que celui qu'a entendu et qu'entend l'Église ; qu'il soit anathème.

C'est pourquoi, remplissant le devoir de Notre charge pastorale suprême, Nous conjurons par les entrailles de Jésus-Christ tous les fidèles du Christ, surtout ceux qui sont à leur tête ou qui sont chargés d'enseigner, et, par l'autorité de ce même Dieu, Notre Sauveur, Nous leur ordonnons d'apporter tout leur zèle et tous leurs soins à écarter et à éliminer de la sainte Église ces erreurs et à propager la très-pure lumière de la foi.

Mais, parce que ce n'est pas assez d'éviter le péché d'hérésie, si l'on ne fuit aussi diligemment les erreurs qui s'en rapprochent plus ou moins, Nous avertissons tous les chrétiens du devoir qui leur incombe d'observer les Constitutions et les Décrets par lesquels le Saint-Siège a proscrit et condamné les opinions perverses de ce genre, qui ne sont pas énumérées ici tout au long.

Donné à Rome, en session publique solennellement célébrée dans la basilique Vaticane, l'an de l'Incarnation de Notre-Seigneur mil huit cent soixante-dixième, le vingt-quatrième jour d'avril, la vingt-quatrième année de Notre Pontificat.

C'est ainsi.


JOSEPH, Évêque de S. Pœlten, Secrétaire du Concile du Vatican.






Reportez-vous à 2e Constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape et Litanies des Saints Pères et Saints Docteurs de l’Église.


Lire Mystère d'iniquité, Analyse logique de la thèse Cassiciacum, et L'esprit de Pie IX du Père Huguet.
















samedi 6 mai 2017

Pastor Aeternus, Seconde constitution dogmatique du Concile Vatican I, sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape


Pontificat de Sa Sainteté le Pape Pie IX





Concile Vatican I


Pastor Aeternus


Seconde constitution dogmatique


sur l'infaillibilité pontificale et la primauté du Pape


(18 juillet 1870)




Préambule


L'éternel pasteur et gardien de nos âmes (1 P 2, 26), pour perpétuer l’œuvre salutaire de la Rédemption, a décidé d'édifier la sainte Église dans laquelle, comme en la maison du Dieu vivant, tous les fidèles seraient rassemblés par le lien d'une seule foi et d'une seule charité. C'est pourquoi, avant d'être glorifié, « il pria son Père », non seulement pour les Apôtres, « mais aussi pour ceux qui croiraient en lui, à cause de leur parole, pour que tous soient un, comme le Fils et le Père sont un » (Jn 17, 20 sv.). De même qu'il « envoya » les Apôtres qu'il s'était choisis dans le monde, « comme lui-même avait été envoyé par le Père » (Jn 20, 21), de même il voulut qu'il y eût en son Église des pasteurs et des docteurs « jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Pour que l'épiscopat fût un et non-divisé, pour que, grâce à l'union étroite et réciproque des pontifes, la multitude entière des croyants fût gardée dans l'unité de la foi et de la communion, plaçant le bienheureux Pierre au-dessus des autres Apôtres, il établit en sa personne le principe durable et le fondement visible de cette double unité. Sur sa solidité se bâtirait le temple éternel et sur la fermeté de cette foi s'élèverait l'Église dont la grandeur doit toucher le ciel (1). Parce que les portes de l'enfer se dressent de toutes parts avec une haine de jour en jour croissante contre ce fondement établi par Dieu, pour renverser, s'il se pouvait, l'Église, Nous jugeons nécessaire pour la protection, la sauvegarde et l'accroissement du troupeau catholique, avec l'approbation du saint concile, de proposer à tous les fidèles la doctrine qu'ils doivent croire et tenir sur l'institution, la perpétuité et la nature de la primauté du Siège apostolique, sur lequel repose la force et la solidité de l'Église, conformément à la foi antique et constante de l'Église universelle, et aussi de proscrire et de condamner les erreurs contraires, si pernicieuses pour le troupeau du Seigneur.


Chapitre 1 - L'institution de la primauté apostolique dans le bienheureux Pierre


Nous enseignons donc et nous déclarons, suivant les témoignages de l'Évangile, que la primauté de juridiction sur toute l'Église de Dieu a été promise et donnée immédiatement et directement au bienheureux Apôtre Pierre par le Christ notre Seigneur. C'est, en effet, au seul Simon, auquel il avait déjà été dit : « Tu t'appelleras Céphas » (Jn 1,42), après que celui-ci l'avait confessé en ces termes : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », que le Seigneur adressa ces paroles solennelles : « Bienheureux es-tu, Simon, fils de Jona, car ce n'est ni la chair ni le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux ; et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 16, 16 sv.). Et c'est au seul Simon Pierre que Jésus, après sa résurrection, conféra la juridiction de souverain pasteur et de chef suprême sur tout son troupeau en disant : « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn 21,15 sv.).

Cette doctrine si claire des saintes Écritures se voit opposer ouvertement l'opinion fausse de ceux qui, pervertissant la forme de gouvernement instituée par le Christ notre Seigneur, nient que Pierre seul se voit vu doté par le Christ d'une primauté de juridiction véritable et proprement dite, de préférence aux autres Apôtres, pris soit isolément soit tous ensemble, ou de ceux qui affirment que cette primauté n'a pas été conférée directement et immédiatement au bienheureux Pierre, mais à l'Église et, par celle-ci, à Pierre comme à son ministre.

Si quelqu'un donc dit que le bienheureux Apôtre Pierre n'a pas été établi par le Christ notre Seigneur chef de tous les Apôtres et tête visible de toute l'Église militante ; ou que ce même Apôtre n'a reçu directement et immédiatement du Christ notre Seigneur qu'une primauté d'honneur et non une primauté de juridiction véritable et proprement dite, qu'il soit anathème.


Chapitre 2 - La perpétuité de la primauté du bienheureux Pierre dans les Pontifes romains


Ce que le Christ notre Seigneur, chef des pasteurs, pasteur suprême des brebis, a institué pour le salut éternel et le bien perpétuel de l'Église doit nécessairement, par cette même autorité, durer toujours dans l'Église, qui, fondée sur la pierre, subsistera ferme jusqu'à la fin des siècles. « Personne ne doute, et tous les siècles savent que le saint et très bienheureux Pierre, chef et tête des Apôtres, colonne de la foi, fondement de l'Église catholique, a reçu les clés du Royaume de notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain : jusqu'à maintenant et toujours, c'est lui qui, dans la personne de ses successeurs », les évêques du Saint-Siège de Rome, fondé par lui et consacré par son sang, « vit », préside « et exerce le pouvoir de juger » (2).

Dès lors, quiconque succède à Pierre en cette chaire reçoit, de par l'institution du Christ lui-même, la primauté de Pierre sur toute l'Église. « Ainsi demeure ce qu'ordonna la vérité, et le bienheureux Pierre, gardant toujours cette solidité de pierre qu'il a reçue, n'a pas laissé le gouvernail de l'Église (3). » Voilà pourquoi c'est vers l'Église romaine, « par suite de son origine supérieure » (4), qu'il a toujours été nécessaire que chaque Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, se tournent, afin qu'ils ne fassent qu'un en ce Saint-Siège, d'où découlent sur tous « les droits de la vénérable communion » (5), comme des membres unis à la tête dans l'assemblage d'un seul corps.

Si donc quelqu'un dit que ce n'est pas par l'institution du Christ ou de droit divin que le bienheureux Pierre a des successeurs dans sa primauté sur l'Église universelle, ou que le Pontife romain n'est pas le successeur du bienheureux Pierre en cette primauté, qu'il soit anathème.


Chapitre 3 - Pouvoir et nature de la primauté du Pontife romain


C'est pourquoi, Nous fondant sur le témoignage évident des saintes Lettres et suivant les décrets explicitement définis de nos prédécesseurs, les Pontifes romains, comme des conciles généraux, nous renouvelons la définition du concile œcuménique de Florence, qui impose aux fidèles de croire que « le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur toute la terre ; que ce Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, le chef des Apôtres et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; qu'à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l'Église comme le disent les actes des conciles œcuméniques et les saints canons » (6).

En conséquence, Nous enseignons et déclarons que l'Église romaine possède sur toutes les autres, par disposition du Seigneur, une primauté de pouvoir ordinaire, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs de tout rang et de tout rite et les fidèles, chacun séparément ou tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier. Ainsi, en gardant l'unité de communion et de profession de foi avec le Pontife romain, l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut.

Ce pouvoir du Souverain Pontife ne fait nullement obstacle au pouvoir de juridiction épiscopal ordinaire et immédiat, par lequel les évêques, établis par l'Esprit Saint (Ac 20, 28) successeurs des Apôtres, paissent et gouvernent en vrais pasteurs chacun le troupeau à lui confié. Au contraire, ce pouvoir est affirmé, affermi et défendu par le pasteur suprême et universel, comme le dit saint Grégoire le Grand : « Mon honneur est l'honneur de l'Église universelle. Mon honneur est la force solide de mes frères. Lorsqu'on rend à chacun l'honneur qui lui est dû, alors je suis honoré » (7).

Dès lors, de ce pouvoir suprême qu'a le Pontife romain de gouverner toute l'Église résulte pour lui le droit de communiquer librement, dans l'exercice de sa charge, avec les pasteurs et les troupeaux de toute l'Église, pour pouvoir les enseigner et les gouverner dans la voie du salut. C'est pourquoi nous condamnons et réprouvons les opinions de ceux qui disent qu'on peut légitimement empêcher cette communication du chef suprême avec les pasteurs et les troupeaux, ou qui l'assujettissent au pouvoir civil, en prétendant que ce qui est décidé par le Siège apostolique ou par son autorité pour le gouvernement de l'Église n'a de force ni de valeur que si le placet du pouvoir civil le confirme.

Parce que le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. C'est pourquoi ceux qui affirment qu'il est permis d'en appeler des jugements du Pontife romain au concile œcuménique comme à une autorité supérieure à ce Pontife, s'écartent du chemin de la vérité.

Si donc quelqu'un dit que le Pontife romain n'a qu'une charge d'inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l'Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier, ou qu'il n'a qu'une part plus importante et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n'est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu'il soit anathème.


Chapitre 4 - Le magistère infaillible du Pontife romain


La primauté apostolique que le Pontife romain, en tant que successeur de Pierre, chef des Apôtres, possède dans l'Église universelle, comprend aussi le pouvoir suprême du magistère : le Saint-Siège l'a toujours tenu, l'usage perpétuel des Églises le prouve, et les conciles œcuméniques, surtout ceux où l'Orient se rencontrait avec l'Occident dans l'union de la foi et de la charité, l'ont déclaré.

Les Pères du IVe concile de Constantinople, suivant les traces de leurs ancêtres, émirent cette solennelle profession de foi : « La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe... On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : 'Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église' (Mt 16, 18). Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine... nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne » (8).

Avec l'approbation du IIe concile de Lyon, les Grecs ont professé : « La sainte Église romaine possède aussi la primauté souveraine et l'autorité entière sur l'ensemble de l'Église catholique. Elle reconnaît sincèrement et humblement l'avoir reçue, avec la plénitude du pouvoir, du Seigneur lui-même, en la personne du bienheureux Pierre, chef ou tête des Apôtres, dont le Pontife romain est le successeur. Et comme elle doit, par-dessus tout, défendre la vérité de la foi, ainsi les questions qui surgiraient à propos de la foi doivent être définies par son jugement » (9).

Enfin, le concile de Florence a défini : « Le Pontife romain est le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens ; à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l'Église » (10).

Pour s'acquitter de leur charge pastorale, nos prédécesseurs ont travaillé infatigablement à la propagation de la doctrine salutaire du Christ parmi tous les peuples de la terre, et ils ont veillé avec un soin égal à sa conservation authentique et pure, là où elle avait été reçue. C'est pourquoi les évêques du monde entier, tantôt individuellement, tantôt réunis en synodes, en suivant la longue coutume des églises et les formes de la règle antique, ont communiqué au Siège apostolique les dangers particuliers qui surgissaient en matière de foi, pour que les dommages causés à la foi fussent réparés là où elle ne saurait subir de défaillance. Les Pontifes romains, selon que l'exigeaient les conditions des temps et des choses, tantôt convoquèrent des conciles œcuméniques ou sondèrent l'opinion de l'Église répandue sur la terre, tantôt par des synodes particuliers, tantôt grâce à des moyens que leur fournissait la Providence, ont défini qu'on devait tenir ce qu'ils reconnaissaient, avec l'aide de Dieu, comme conforme aux saintes Lettres et aux traditions apostoliques.

Car le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi.

Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les Pères vénérés, révérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes. Ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre demeurait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : « J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32).

Ce charisme de vérité et de foi à jamais indéfectible a été accordé par Dieu à Pierre et à ses successeurs en cette chaire, afin qu'ils remplissent leur haute charge pour le salut de tous, afin que le troupeau universel du Christ, écarté des nourritures empoisonnées de l'erreur, soit nourri de l'aliment de la doctrine céleste, afin que, toute occasion de schisme étant supprimée, l'Église soit conservée tout entière dans l'unité et qu'établie sur son fondement elle tienne ferme contre les portes de l'enfer.

Mais comme en ce temps, qui exige au plus haut point l'efficacité salutaire de la charge apostolique, il ne manque pas d'hommes qui en contestent l'autorité, Nous avons jugé absolument nécessaire d'affirmer solennellement la prérogative que le Fils unique de Dieu a daigné joindre à la fonction pastorale suprême. 

C'est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l'origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l'exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l'approbation du saint concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu :

Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église.

Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème.




NOTES

(1) LÉON LE GRAND, Sermo 4, 2 : PL 54, 150 C.
(2) Concile d'Éphèse (IIIe oecuménique), 3e session (11 juillet 431), discours du prêtre Philippe.
(3) LÉON LE GRAND, Sermo 4, 3 : PL 54, 164 B.
(4) IRÉNÉE DE LYON, Adversus haereses, l. 3, c. 3, 1 : PG 7, 849 A.
(5) AMBROISE DE MILAN, Epist. 11, c. 4 : PL 16, 946 A.
(6) Concile de Florence (XVIIe oecuménique), Bulle « Laetentur Coeli » d'Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.
(7) GRÉGOIRE LE GRAND, Epist. ad Eulogium Alexandrinum, l. 8, c. 30 : PL 77, 983 C.
(8) En fait, ce texte reprend, en l'abrégeant, la formule du pape Hormisdas (11 août 515), dont le IVe concile de Constantinople ne citait que la fin
(9) IIe concile de Lyon, (XIVe oecuménique), 4e session (6 juillet 1274), profession de foi de Michel Paléologue.
(10) Concile de Florence (XVIIe oecuménique), Bulle « Laetentur Coeli » d'Eugène IV, 6 juillet 1439, décret pour les Grecs.




***



INFAILLIBILITÉ du Magistère ordinaire du Pape

Par le Père Noël Barbara


Présumé faux
ou Vérité de Foi divine ?



Quand il plaira à Dieu de nous donner un pape, quand l'ordre aura été rétabli dans l'Église, quand les historiens se pencheront sur l'après-concile, le plus grand scandale, que tous devront reconnaître, c'est qu'aucun évêque, absolument aucun, ne se soit levé pour condamner, au nom de la foi catholique, les enseignements aussi officiels qu'hérétiques des « papes » de Vatican II.

La raison de ce scandale sans précédent, ils la découvriront dans l'« hérésie du XXe siècle », qui est le refus pratique de l'infaillibilité de l'Église de Rome, Église du Pape.

Le Maître nous a prévenus : « les fils de ce siècle sont plus avisés entre eux que les fils de la lumière » (LcXVI, 8).

Une fois de plus, les fils de ce siècle ont montré leur habileté. Ils ont agi si adroitement, que leur fausse interprétation de l'infaillibilité du pape s'est infiltrée et répandue partout, et, dans la pratique, sans aucune déclaration, l'erreur a supplanté la vérité révélée.

(...)

La doctrine, qui enseigne que le Pape est infaillible même dans son magistère ordinaire, est de la plus grande importance pour notre résistance catholique.

D'abord parce que, clairement enseignée dans l'Évangile, elle est une doctrine de foi divine que nous devons croire au même titre que toutes les autres vérités qu'il a plu au Seigneur de nous révéler par son Fils.

De plus, parce que dans la crise actuelle, cette doctrine, et elle seule, nous permet d'affirmer, avec l'assurance que donne la foi : les papes de Vatican II sont dépourvus de l'Autorité de Pierre.


Infaillibilité du magistère ordinaire du Pape


[On lira avec profit ce que j'ai déjà publié sur ce sujet, en particulier dans Forts dans la Foi, n° 1 et 2 de l'année 1988]

Révélé par Jésus de la part du Père, ce privilège s'inscrit dans l'infaillibilité du magistère de l'Église. Comme elle, il découle des paroles qui ont institué ce magistère et de la raison pour laquelle le Seigneur l'a institué.

Paroles de Jésus, qui instituent un magistère


« Et Jésus s'approchant leur parla ainsi. Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur enseignant à pratiquer tout ce que je vous ai commandé » (Mt. XXVIII, 18-20)

« Et il leur dit (aux Apôtres) : allez dans le monde entier, et prêchez l'évangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc XVI, 15-16).

« Vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (Act I, 8).

Raison pour laquelle Jésus a institué un magistère


Cette raison ressort des paroles mêmes du Christ que nous venons de lire. Il suffit de donner aux mots employés leur sens obvie, pour s'en convaincre.

Par ces paroles, le Seigneur charge ses Apôtres et leurs successeurs :

— d'aller par le monde entier,
— de rapporter fidèlement, aux hommes de toutes les nations et de tous les temps, tout ce qu'il leur a révélé de la part de son Père,
— et, en toutes circonstances de temps et de lieu, d'expliquer aux hommes de toute condition comment ils doivent pratiquer tout ce que le Seigneur a commandé,
— dans le but d'assurer leur salut éternel.

Un dilemme inéluctable


À la lecture de ces paroles (apprenez-leur à pratiquer TOUT...) et de ces exigences (celui qui ne croira pas SERA CONDAMNÉ), une idée vient tout normalement à l'esprit. À moins qu'il ne se prenne pour Dieu en personne, leur auteur ne peut être qu'un sadique ou un insensé.

En effet, quand on connaît la versatilité du cœur humain, la mobilité de ses résolutions les plus réfléchies, les multiples causes qui influent sur ses jugements et déterminent ses convictions ; quand on sait aussi, l'Écriture l'affirme explicitement et sans faire aucune exception, que « tout homme est menteur. Omnis homo mendax » (Rom. III, 4), à moins d'être Dieu, Tout-puissant, capable de faire tout avec rien, il faut être un insensé, ou un sadique, pour confier ses secrets à des menteurs, et pour faire de la foi en tous ces secrets, jusqu'à la fin des temps et pour tous les humains, la condition sine qua non du salut de la géhenne éternelle du feu.

Sa solution


Pour des catholiques, ce dilemme est vite résolu ; il ne présente aucune difficulté.

Nous le croyons, Jésus est « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt XVI, 16). Tout-puissant comme son Père, il se plaît à « choisir les choses folles du monde, pour confondre les sages, les forts, afin que nulle chair ne se glorifie devant lui » (I Cor I, 27-29).

Disposant de la Toute-puissance, Jésus-Christ, « dont la sagesse ne se trompe point dans ses plans » (oraison du 7e dimanche après la Pentecôte), a fait savoir à ses disciples qu'il prenait toutes dispositions pour obtenir la fin qu'il se proposait en confiant cette redoutable mission à de simples hommes, mais spécialement choisis par lui pour la remplir fidèlement. (Cf Jn XV, 16 et Héb. V, 4).

Dispositions prises par le Seigneur


Tout d'abord, afin que ces hommes, normalement portés à l'erreur « omnis homo mendax », ne falsifient en rien la vérité qu'il leur confiait ; pour qu'ils la transmettent intégralement et l'interprètent fidèlement, jusqu'à la fin des temps, Jésus fait de ces hommes ses ministres et s'engage à les assister, Lui-même et par le Saint-Esprit, tous les jours, jusqu'à la fin du monde.

« Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles » (Mt. XXVIII, 20).

« Vous recevrez la force du Saint-Esprit qui descendra sur vous » (Act I, 8).

« Si vous m'aimez, gardez mes commandements. Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité » (Jn XIV, 15-17).

« Mais le Paraclet, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn XIV,26).

« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité » (Jn XVI, 12-13).

« L'Esprit-Saint vous enseignera à l'heure même, ce qu'il faudra que vous disiez » (Lc XII, 12).

Ensuite, prévoyant les assauts qu'ils auraient à subir des puissances déchaînées de l'enfer, pour que leur foi ne défaille point, il s'associe tout spécialement l'un d'entre eux et le fait, avec Lui, pierre angulaire de toute son Église.

S'adressant exclusivement à Simon, mais en présence de tous, Jésus lui déclare :

« Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église » (Mt. XVI, 16).

« Le Seigneur lui dit encore : Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme du froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, lorsque tu seras converti, affermis tes frères » (Lc XXII, 31-32).

Nature du magistère ecclésiastique


Comme le mot l'indique, le magistère c'est à la fois la fonction spécifique, confiée par le Maître à ceux qui doivent continuer son œuvre d'enseignement, et les personnes choisies pour remplir cette fonction.

Les personnes choisies

C'est le collège apostolique dans sa totalité, Pierre et les onze. Ce sont aussi tous leurs successeurs légitimes jusqu'à la fin des temps, le Souverain Pontife, successeur de Pierre sur son siège de Rome, et tout l'Épiscopat catholique en communion avec le Pape.

La fonction


Le Maître a pris soin de la préciser. Elle consiste :

Pour les Apôtres et tous leurs successeurs, à être ses « témoins » ; à « prêcher l'évangile à toute créature », à « apprendre aux nations — tout au long des siècles et quelles que soient les conditions de personnes, de vie, de temps ou de lieu —, comment pratiquer tout ce que le Maître a commandé ». Elle consiste aussi à « baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Enfin, pour reprendre l'expression de St Paul, le magistère rend ceux qui ont été choisis pour l'exercer « ministres du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu » (I Cor IV, 1-2).

Un dispensateur, un ministre n'est rien d'autre qu'un instrument. Sans doute, ce n'est pas un instrument inerte, c'est une personne. Choisie pour ministre, cette personne conserve sa liberté. Mais celle-ci ne change pas sa nature ; et sa nature, évidemment, c'est d'être un instrument et rien de plus entre les mains de celui qui l'a choisi et qui s'en sert.

C'est parce qu'ils ne sont que des instruments entre les mains du Christ, que le Christ a pu dire, en toute vérité, à ceux qu'il choisissait et qu'il envoyait en son nom : « Qui vous écoute M'écoute, qui vous méprise Me méprise ».

Pour Simon et tous les papes qui viendront par la suite, à être ici-bas, après son départ, un autre lui-même ; la pierre visible sur laquelle repose toute son Église (la vraie pierre étant le Christ, en personne. Act IV, 11), le confirmateur de la foi de tous, en un mot son Vicaire.

Or, « il est de l'essence du vicaire, explique Dom Gréa, qu'il ne fasse qu'une seule personne hiérarchique avec celui qu'il représente, qu'il en exerce toute l'autorité sans la diviser et sans former au-dessous de lui un degré distinct. » De ce fait, Simon devenu Pierre est « le signe manifeste et efficace » de la présence du Christ parmi nous (L'Église et sa divine constitution).

Conséquence

Qu'il soit ministériel ou vicarial, le magistère exige la fidélité de ceux qui en ont été investis.
« Ce qu'on demande les dispensateurs, précise l'Apôtre, c'est qu'ils soient trouvés fidèles. »

Cette fidélité sans faille du vicaire et des ministres du Christ, en même temps qu'elle fait la gloire de l'Église catholique, atteste que, depuis l'origine, ce vicaire et ces ministres jouissent d'une assistance divine spéciale, de tous les instants, et confirme la vérité de l'infaillibilité du magistère.


Nature de l'infaillibilité


Les Pères du 1er concile du Vatican l'ont précisée : « Le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi » (Denz. 1836).

De cette précision découle la nature de l'infaillibilité. C'est la préservation de toute erreur, dont jouit le magistère dans son exercice, grâce à une assistance spéciale de Dieu.

Dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, Dublanchy précise : « Quant au magistère établi par Jésus-Christ dans son Église, il est manifeste que l'infaillibilité dont il a été divinement pourvu, n'est pas une simple inerrance de fait, même perpétuellement réalisée ; c'est une inerrance de droit, en vertu de laquelle l'autorité enseignante dans l'Église est préservée de toute erreur, par l'assistance surnaturelle qu'elle reçoit du Saint-Esprit. » (IV, col. 2175).

Une difficulté


Ces hommes, qui bénéficient de son assistance spéciale, le Christ les a choisis comme ministres uniquement pour la dispensation de ses mystères, c'est-à-dire pour « garder saintement et exposer fidèlement le dépôt de la foi ». C'est donc exclusivement pour ce ministère, pour cette dispensation, qu'ils sont infaillibles. Hors de ce ministère, de cette dispensation, ils demeurent ce qu'ils sont, des hommes faillibles.

Or, c'est justement parce qu'en dehors de ce ministère ils demeurent des hommes faillibles, que leur infaillibilité ministérielle habituelle présente une difficulté pour notre esprit. En effet, comment admettre que des hommes, qui demeurent des hommes, avec toutes les passions désordonnées héritées du péché originel, donc sujets à l'erreur et menteurs comme tous les autres « omnis homo mendax », comment peuvent-ils bien être infaillibles dès qu'ils sont dans leur ministère, dès qu'ils ouvrent la bouche ou prennent la plume pour exposer ou pour expliquer la doctrine ?

Sa solution


Cette difficulté n'est qu'apparente. Le bon sens éclairé par la foi catholique enseigne qu'il n'est pas plus difficile, pour Dieu, d'assurer fidèlement et intégralement la transmission du dépôt de la foi, même par des hommes par ailleurs menteurs, que de tirer de l'eau d'un rocher (Ex. XVII, 6), de faire parler une ânesse (Nomb. XXII, 28) ou de ressusciter un mort « qui sent déjà mauvais » (Jn XI, 39). À ce sujet, l'ange Gabriel a été formel : « il n'y a rien d'impossible à Dieu » (Lc I, 37) et l'Église nous fait chanter tous les dimanches à vêpres : « Deus autem noster in coelo. Omnia qusecumque voluitfecit. Notre Dieu est dans le ciel. Il fait tout ce qu'il veut » (Ps 113,11).

Oui, je le redis avec assurance, pour être acceptée par un esprit croyant et droit, l'infaillibilité du magistère ordinaire ne présente pas de difficulté plus insurmontable que celle que l'on rencontre à l'annonce de n'importe quel autre mystère divin.

Quelle preuve avons-nous pour admettre, malgré toutes les difficultés qui s'opposent normalement à leur croyance, par exemple l'existence d'un Dieu unique en trois Personnes égales et distinctes ? Ou d'une mère, réellement mère et, en même temps, toujours vierge, « avant, pendant et après son enfantement » ? Ou encore la présence réelle et non symbolique ou morale du Christ dans un morceau de pain consacré ? Pour ces dogmes et pour tous les mystères révélés par le Christ, infaillibilité du magistère ordinaire comprise, nous n'avons qu'une preuve à fournir : le Maître l'a dit. Au sujet de chacun des mystères que nous professons, nous pouvons et nous devons répéter avec assurance : « Credo quidquid dixit Dei Filius, nil hoc verbo veritatis verius. »

Non, aucune parole n'est plus vraie, aucune n'est plus certaine, que la parole de Dieu. Et de même que nous croyons les mystères de la nature divine, de la maternité virginale de Marie, de la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie et de tous ceux qu'il lui a plu de nous révéler, nous croyons, pour la même raison, que les hommes qui constituent le magistère de l'Église, par une assistance surnaturelle qu'ils reçoivent du Saint-Esprit, sont infaillibles, préservés de toute erreur, chaque fois qu'ils accomplissent ce pour quoi Jésus les a choisis : quand ils portent témoignage du Christ, quand ils enseignent ce que le Maître a révélé, quand ils apprennent aux hommes à pratiquer ce que Jésus a commandé.


Quand Pape et Évêques sont-ils dans leur magistère infaillible ?


Avant de répondre, il convient de rappeler que les détenteurs du magistère ne bénéficient pas nécessairement de l'assistance des Personnes divines quand ils « dialoguent » avec leur peuple, ou quand ils expriment des « idées personnelles ». (Note de l'auteur : Quand un Pape exprime une idée personnelle, il se doit de le dire. Dans le passé, ceux d'entre eux qui l'ont fait n'ont jamais manqué de le préciser.) Dans ces cas, ils ne sont pas dans leur ministère ; ils ne dispensent pas les mystères de Dieu. Ce sont alors des personnes privées qui donnent des opinions personnelles. (Note de l'auteur : Tel n'est pas le cas des « papes » de Vatican II. Eux enseignent l'erreur « ex cathedra », en tant que papes ; dans des documents ou des discours officiels, dans des actes spectaculaires qu'ils posent, aux yeux du monde, en tant que chefs visibles de l'Église catholique. Songez, par exemple, pour Paul VI, à son voyage et à son discours à l'O.N.U., aux actes du concile qu'il a promulgués. Pour Jean-Paul II, à ses discours, à ses encycliques, à son « cirque » d'Assise, à ses visites officielles dans les temples protestants et la synagogue de Rome.)

Les détenteurs du magistère, Pape et Évêque en communion avec lui, jouissent du privilège de l'infaillibilité quand, ministres du Christ, ils dispensent les mystères de Dieu. Ce qu'ils font, non pas une ou deux fois par siècle, mais quotidiennement. Écoutons filialement Pie XI ; il nous le dit avec son autorité infaillible :

« Le Magistère de l'Église, établi ici-bas d'après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement intact le dépôt des vérités révélées et en assurer la connaissance aux hommes, s'exerce chaque jour par le pontife romain et les évêques en communion avec lui » (Mortalium animos).

Pie XII ne parle pas autrement. « Mais, si les soucis du gouvernement de l'Église sont bien vastes et bien nombreux, le Souverain Pontife ne saurait oublier pour autant le « ministère de la parole » que saint Pierre considérait comme le principal de ses devoirs d'apôtre avec la prière. Le Christ ne lui a-t-il pas dit, à lui et aux autres disciples : « Allez, prêchez à toutes les nations ce que je vous ai enseigné » ? ...

« Sans doute, c'est avant tout lorsque, dans des occasions solennelles, Nous Nous adressons à toute l'Église, aux évêques, Nos Frères dans l'épiscopat, que Nous exerçons ce ministère ; cependant Nous sommes le Père de tous, même des plus humbles ; Nous sommes le Pasteur des brebis, mais aussi des agneaux : comment donc pourrions-Nous renoncer au simple et saint exercice du ministère de la parole et ne point porter à Nos enfants directement, de Notre propre voix, l'enseignement que Nous a confié le Christ Nôtre-Seigneur ? » (Discours aux jeunes époux, 21.01.1942).

C'est là l'exercice ordinaire du magistère, celui de tous les jours.

Dans d'autres circonstances, le même magistère s'exerce autrement. Laissons encore à un Pape, Pie XI, le soin de le préciser.

« Toutes les fois qu'il est nécessaire pour s'opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou pour développer avec plus de clarté ou de détails certains points de la doctrine sacrée, afin de les faire mieux pénétrer dans l'esprit des fidèles, ce magistère comporte encore la mission de procéder par décrets à des définitions opportunes et solennelles » (Mortalium animos).

C'est son exercice solennel ou extraordinaire.

De ces réponses autorisées, dégageons deux vérités.


1re vérité. Que cet enseignement soit dispensé :

— dans la forme extraordinaire : adressé à toute l'Église, en la personne « des Évêques, Nos Frères dans l'apostolat » et entouré d'une grande solennité,
— ou dans la forme ordinaire, avec la simplicité qui convient à l'enseignement de tous les jours, comme le faisait, par exemple, Pie XII avec les jeunes époux,

c'est toujours le même et unique magistère du Christ, confié par lui à ceux qu'il a choisis pour donner en son nom, infailliblement, sa vérité. Car, précisait encore Pie XII, « A ce qui est enseigné par le magistère ordinaire, s'applique aussi la parole : “Qui vous écoute M'écoute” » (Humani generis).


2e vérité. C'est parce qu'il est infaillible que le magistère peut porter des « décrets » et des « définitions solennelles », pour s'opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou pour développer avec plus de clarté ou de détails certains points de la doctrine sacrée ; mais ce n'est pas seulement pour porter des « décrets » et des « définitions solennelles » qu'il est infaillible.

Le magistère est infaillible d'abord pour enseigner sans erreur les mystères de Dieu, ce qu'il fait tous les jours, nous a assuré Pie XI.

Si l'inverse était vrai, s'il n'était infaillible que pour porter des décrets et des définitions, puisque « ce magistère s'exerce chaque jour », il faudrait conclure qu'il proclame chaque jour, sinon de nouvelles vérités, du moins de nouveaux dogmes.

Cette précision était nécessaire pour éclairer ceux qui hésitent d'admettre l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape, parce que, pour eux, accepter cette doctrine serait reconnaître, à toute parole du Pape, la valeur d'une définition dogmatique.


L'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape est une vérité de foi divine


Cette manière d'exposer l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape prend le contre-pied de tout ce qui s'enseigne sur le même sujet dans l'église officielle de Vatican II, dans la Fraternité Saint-Pie X et dans toutes les chapelles de la mouvance « lefebvriste ».

Dépourvus d'argument devant l'évidence de la vérité, mais n'osant pas se déjuger aux yeux de leurs fidèles, les prêtres qui entretiennent cette erreur essaient de s'en tirer en disant :

Cette manière de concevoir et d'exposer l'infaillibilité du magistère du Pape, est peut-être vraie, mais, nouvelle et particulière à Forts dans la Foi, elle n'est qu'une opinion.

Eh bien, non ! Cette manière de concevoir et d'exposer l'infaillibilité du magistère de l'Église de Rome, c'est-à-dire du Pape, n'est pas une opinion nouvelle. Clairement exposée dans l'Évangile, elle est une doctrine de foi divine. L'Église l'a toujours entendue dans le sens où je l'ai exposée et elle a exprimé sa foi en cette vérité par l'adage immémorial : « Roma locuta est, causa finita est ».

Voici la preuve de cette affirmation. Je la tire de la pratique de l'Église croyante, de la doctrine de l'Église enseignante, et jusque du comportement des hérétiques.

Preuve tirée de la pratique de l'Église croyante


Partout et toujours, les fidèles de l'Église catholique se sont distingués des autres chrétiens par leur obéissance au Pape. C'est même pour cela que, par dérision, les non-catholiques les appelaient et les appellent toujours, « les papistes ».

Cette soumission filiale de toute l'Église croyante ne s'explique que par une conviction constante chez les fidèles catholiques : le Vicaire du Christ ne peut pas se tromper quand il enseigne la religion.

À son tour, cette conviction s'explique par le fait que, dans l'Église catholique, aussi bien aux cours de catéchisme qu'aux prônes du dimanche, on a toujours enseigné que le Pape était infaillible pour tout ce qui regarde la religion. Quand il enseigne les vérités à croire, la morale à pratiquer ou les dévotions à répandre, le Pape ne peut pas se tromper, Jésus ayant promis de l'assister « TOUS LES JOURS jusqu'à la fin des temps ». Que de fois n'a-t-on pas dit aux fidèles qu'en écoutant l'enseignement du Pape, c'était Jésus, lui-même, que l'on écoutait puisque Jésus avait dit à ceux qu'il envoyait : « qui vous écoute M'écoute, qui vous méprise Me méprise ».

Preuve tirée de la doctrine de l'Église enseignante


Les évêques catholiques ont toujours reconnu dans l'Église de Rome « la Maîtresse de toutes les autres Églises », et dans son chef, le Pape, la règle prochaine et vivante de la foi sur laquelle ils devaient ajuster la leur. N'écrivant pas un traité de théologie, je me contenterai de quelques citations. Elles attestent la réalité de cette affirmation.

Dès la fin du second siècle, en un texte devenu classique, Saint Irénée affirme que la règle de la foi la plus sûre est de se trouver en accord avec « l'Église de Rome, la plus grande, la plus ancienne, la plus connue de tous et fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul. ... C'est avec cette Église que toutes les Églises et tous les fidèles, qui sont par toute la terre, doivent s'accorder, à cause de sa principale et excellente primauté, et (...) c'est en elle que ces mêmes fidèles répandus par toute la terre ont conservé la tradition qui vient des apôtres. » (Berthold Altaner Précis de Patrologie, p. 117)

Au septième siècle, les Pères du sixième concile œcuménique, troisième de Constantinople (680-681), écrivaient au Pape Agathon : « C'est à toi, évêque du premier siège de l'Église universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. »

Dans sa réponse, le souverain pontife proclame que « selon la promesse faite par le Maître, la foi de l'Église romaine est demeurée inébranlable et que c'est la raison pour laquelle toutes les Églises catholiques ont toujours suivi l'autorité du Saint-Siège. » (Nicolas Iung, Le magistère de l'Église, p. 133).

Pour terminer ce témoignage, tiré de la pratique [« Ce rôle de l'Église romaine, écrit Dom Nau, aurait été reconnu par les gallicans eux-mêmes : “C'est le privilège de l'Église romaine, privilège qu'aucune autre église particulière ne possède, de pouvoir à elle seule représenter l'Église universelle”, disait Pierre d'Ailly. (o.c. p. 8 note 10)] de l'Église enseignante, je rappelle qu'au 1er concile du Vatican :

— Cette doctrine classique a été invoquée à plusieurs reprises. Voici deux citations, elles font autorité.

La première est tirée de Pastor AEternus. Avant de définir la perpétuité de la primauté du bienheureux Pierre, la constitution déclare : « Voilà pourquoi, “c'est vers l'Église romaine, par suite de son origine supérieure” (St Léon le Grand), qu'il a toujours été nécessaire que chaque Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, se tournent, afin qu'ils ne fassent qu'un en ce Saint-Siège, d'où découlent sur tous “les droits de la vénérable communion” (S. Irénée), comme des membres unis à la tête dans l'assemblage d'un seul corps. » (Denz. 1821, Dumeige 469).

La seconde est extraite d'une intervention que fit Mgr d'Avanzo au nom de la députation de la foi. Je le cite en soulignant certains passages : « II y a, dans l'Église, un double mode d'infaillibilité : le premier s'exerce par le magistère ordinaire... C'est pourquoi, de même que le Saint-Esprit, l'Esprit de vérité demeure tous les jours dans l'Église, l'Église aussi enseigne tous les jours les vérités de la foi, avec l'assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes les vérités soit déjà définies, soit explicitement contenues dans le dépôt de la révélation, mais non définies encore, soit enfin celles qui font l'objet d'une foi implicite. Ces vérités, l'Église les enseigne quotidiennement, tant principalement par le Pape, que par chacun des évêques en communion avec lui. Tous, et le pape et les évêques, dans cet enseignement ordinaire, sont infaillibles de l'infaillibilité même de l'Église. Ils diffèrent seulement en ceci : les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, qui les confirme, mais le pape, lui, n'a besoin de rien d'autre que de l'assistance du Saint-Esprit qui lui a été promise. Ainsi il enseigne et n'est pas enseigné, il confirme et n'est pas confirmé. » (Dom Nau, O.c. p. 15).

— C'est en s'appuyant notamment sur l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape, que les infaillibilistes ont pu faire triompher l'infaillibilité de son magistère extraordinaire. Il suffit de lire les textes du concile pour le constater. « L'appel fait par l'un ou l'autre de ses rapporteurs à la tradition romaine comme à une règle de foi, à elle seule suffisante, le texte même du chapitre IV où l'enseignement du Saint-Siège est placé sur le même pied que les décrets des conciles, suffiraient à nous donner la garantie que la tradition reconnaît le caractère de règle de foi à l'enseignement ordinaire du Saint-Siège, « tradition, qui jouissait alors d'une “tranquille possession” », précise Dom Nau, à qui nous empruntons cet argument.

Preuve tirée d'un argument a contrario


J'ajoute cette preuve surtout pour montrer quelles responsabilités endossent la Fraternité Saint-Pie X, les prêtres, les religieuses enseignantes et tous ceux qui n'admettent pas l'infaillibilité du magistère ordinaire, celui qui s'exprime tous les jours par le Pape et les Évêques qui sont en communion avec lui.

Si je me permets de la donner, c'est qu'un vrai Pape l'a fait avant moi. Écoutons-le :

« Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélée [ce que Vatican II n'a pas craint d'affirmer de la liberté religieuse. Cf Declaratio de libertate religiosa, n° 12], chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes.

Puis, citant Richard de St Victor, le pape ajoute :

“Seigneur, si nous sommes dans l'erreur, c'est vous-même qui nous avez trompés”. » (Léon XIII, Satis cognitum)

Oui, nous devons avoir le courage de le dire. Si les papes de Vatican II, qui enseignent officiellement l'erreur à toute l'Église depuis plus d'un quart de siècle, demeurent formellement papes, toujours revêtus de l'Autorité de Pierre, parce que, leur magistère de tous les jours n'étant pas infaillible, ils peuvent enseigner officiellement l'erreur à l'Église universelle, c'est reconnaître pratiquement :

— ou bien que Jésus nous a trompés en nous assurant que Lui et le Saint-Esprit seraient avec les siens jusqu'à la fin des temps, comme en disant à ceux qu'il envoyait « qui vous écoute M'écoute ».

— ou bien qu'il s'est trompé, en annonçant une chose qu'il était incapable de réaliser puisque, de fait, nous constatons le contraire de sa promesse ;

dans les deux cas, c'est dire équivalemment qu'il n'est pas la Vérité, et donc qu'il n'est pas Dieu.

Voilà l'absurdité blasphématoire où conduit nécessairement l'erreur de ceux qui refusent l'infaillibilité du magistère ordinaire [que de religieuses (enseignantes, contemplatives ou actives) sont abusées sur ce point. Comment ne comprennent-elles pas qu'en s'obstinant à suivre la position aberrante de Monseigneur Lefebvre et de sa Fraternité, elles nient indirectement la divinité de leur Époux], celui qui « s'exerce tous les jours par le Pontife romain et les Évêques qui sont en communion avec lui. »

Confirmation


« Veritas liberabit vos. La vérité vous libérera » Jn VIII-32

Cette affirmation du Maître confirme absolument notre compréhension de l'infaillibilité pontificale.

En effet, à l'inverse de l'absurdité où conduit la négation du dogme, l'affirmation de ce dernier libère totalement les âmes catholiques, manifestant ainsi, au dire de Jésus, que cette affirmation est bien la vérité.

Tout d'abord, elle donne une explication de foi au problème que les papes de Vatican II posent à la conscience catholique. De plus, elle fournit à notre résistance la possibilité de servir efficacement l'Église en démasquant d'Autorité tous ces « papes qui ne le sont qu'en apparence.

Oui ! Croyons-le fermement et proclamons-le bien haut, le Maître ne nous a pas trompés quand Il nous a assuré que, dans sa fonction de Pape, son Vicaire n'enseignerait jamais l'erreur.

Non seulement II ne nous a pas trompés en faisant cette promesse, mais encore, à ceux qui croiraient en Sa parole, il donnait par elle un moyen aussi facile qu'absolu pour discerner le mercenaire du pasteur authentique.

Le Pape, nous le savons, n'est pas un robot. Bien qu'aucune dignité n'égale, ici-bas, celle du Vicaire du Christ, cette dignité, chaque Pape la « porte dans un vase d'argile » (II Cor IV 7).

En devenant le Vicaire du Christ, nous le savons aussi, le Pape reçoit de Dieu, non seulement une assistance particulière constante, de « tous les jours, jusqu'à la fin des temps », mais aussi des lumières et des grâces proportionnées à ses besoins.

Mais par ailleurs, si la grâce surélève la nature, elle ne la détruit pas et le Pape, en tant que personne privée, demeure un pécheur. En dehors de sa fonction, bien évidemment, il peut commettre n'importe quel péché, même contre la foi ou contre l'unité de l'Église.

Ces péchés d'hérésie ou de schisme, on ne le répétera jamais trop, le Pape ne peut jamais les commettre dans sa fonction officielle, serait-ce celle de tous les jours, du magistère ordinaire.

Devenu hérétique ou schismatique en son privé, il s'est séparé du Christ.

Sa faute étant privée, l'Église ignore que l'occupant du Saint Siège n'est plus le Vicaire du Christ. Alors, dans sa grande miséricorde pour son Épouse, au lieu d'assister ce « pape » qui ne l'est plus que matériellement, le Christ l'aveugle au point qu'il enseignera publiquement, officiellement, une erreur. Et ainsi, ceux qui vivent la foi peuvent se rendre compte par un raisonnement très simple que ce « pape » ne peut pas être vraiment le Pape.

Voici ce raisonnement. L'infaillibilité du magistère ordinaire, énoncée clairement dans l'écriture, enseignée explicitement par le magistère et toujours crue dans l'Église est une vérité de foi. Quel que soit celui qui enseigne officiellement l'erreur, par ce seul fait, il fait la preuve qu'il n'est pas et qu'il ne peut pas être le Pape. Car, redisons-le pour les plus entêtés, s'il l'était, il faudrait conclure que le Christ n'est pas Dieu.

Objection. Ce raisonnement n'érige-t-il pas en certitude ce qui ne peut être qu'une opinion. L'Église ne s'est jamais prononcée sur la perte de la papauté par un pape tombé dans l'hérésie.

Réponse. Si l'Église ne s'est encore jamais prononcée officiellement sur ce problème, c'est uniquement parce que, en vingt siècles, ce problème ne s'est jamais rencontré. Toutes les discussions des théologiens sur cette éventualité n'ont jamais porté que sur l'hypothèse d'un « pape » tombé dans l'hérésie. Pour nous, l'hypothèse est devenue réalité. Nous nous trouvons devant un fait que l'on ne peut éluder.

Depuis un quart de siècle LES « PAPES » DE VATICAN II ENSEIGNENT OFFICIELLEMENT L'ERREUR À L'ÉGLISE UNIVERSELLE et l'Église ne peut pas, sans se détruire, rester sous la « juridiction » d'un hérétique formel. Il est donc du devoir de quiconque possède la foi et l'amour de l'Église de résoudre ce problème dans le respect de la doctrine catholique.

Si, à ce jour, nous ne pouvons nous appuyer sur aucun antécédent pour régler ce malheur, nous avons, dans les documents pontificaux et dans l'Écriture, tous les principes qui permettent de le résoudre dans la lumière de la foi.

Nous trouvons tout d'abord l'enseignement traditionnel sur la nature du magistère et la garantie de son infaillibilité.

Nous trouvons aussi l'enseignement classique du magistère sur les conséquences des péchés contre la foi. Rappelons seulement deux textes.

— « Celui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu'il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu'il est la souveraine vérité et le motif propre de la foi » (Satis Cognitum).

Dans ce texte, Léon XIII n'innove rien. Il ne fait que répéter l'enseignement traditionnel.

— À son tour, Pie XII n'est que l'écho de la tradition quand il enseigne que de soi le schisme, l'hérésie ou l'apostasie sépare du Corps de l'Église. « Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat — comme le schisme, l'hérésie, ou l'apostasie – de séparer l'homme du Corps de l'Église » (Mystici Corporis Christi)

De ces enseignements certains, le chrétien, s'il vit sa foi, est en droit de conclure :

— Puisque sur plusieurs points de doctrine, par exemple sur le dogme le plus ferme de notre religion, « hors de la foi catholique personne ne peut être sauvé » (Pie VIII), ou sur celui qui identifie l'Église au Corps Mystique du Christ « Mystici Corporis Christi quod est Ecclesia » (Pie XII), les « papes » de Vatican II enseignent avec pertinacité des doctrines nouvelles, en opposition de contradiction avec la foi catholique, ils ont fait la preuve qu'ils ont très réellement abdiqué la foi théologale.

— Puisque le péché contre la foi a, de soi, pour résultat de séparer du Corps de l'Église, il est impossible d'admettre que celui qui s'est séparé du Christ et de l'Église puisse en même temps être le Vicaire du Christ et la tête visible de l'Église.

— Comme, malgré tout, les « papes » de Vatican II ont été élus par ceux qui avaient le droit de les choisir, leur occupation du Siège de Pierre ne peut être qu'une occupation matérielle sans l'Autorité de Pierre.

En conséquence, en attendant que l'Église se prononce sur leur cas, nous pouvons et nous devons les considérer pour ce qu'ils sont, des « papes » qui ne sont pas les Vicaires du Christ, des « papes » pour qui la parole « Qui vous écoute M'écoute. Qui vous méprise Me méprise » ne vaut pas.

Cet enseignement, en parfait accord avec les Saintes Écritures, nous autorise, comme Saint Paul aux Galates, à dire à tous ces cardinaux, évêques, prêtres ou simples fidèles qui suivent les doctrines nouvelles de Vatican II, « Ô insensés (cardinaux, évêques ou prêtres), qui vous a fascinés pour que vous n'obéissiez plus à la Vérité ? » (Gal. III, 1) Nous nous étonnons que vous vous soyez détournés si vite de la vérité reçue de nos Pères pour passer à une autre. Non pas qu'il y ait une autre vérité. Mais parce que certains veulent renverser la doctrine de l'Église Romaine « la Mère et la Maîtresse de toutes les autres Églises », celle que les Pères orthodoxes vous ont transmise pour qu'à votre tour vous la transmettiez intégralement et dans le sens où les Pères orthodoxes l'ont toujours entendue. Aussi, avec la même assurance que possédait l'Apôtre, nous disons de ceux qui prêchent une nouvelle doctrine : « anathema sint ».



Corollaire


Comment expliquer les divergences des théologiens sur ce point de doctrine ?


Il est incontestable que ces désaccords, au sujet d'une doctrine de foi divine, font scandale et attirent la malédiction du ciel. « Malheur à celui par qui le scandale arrive. » De plus, ils desservent grandement la défense de la foi. Il est donc du devoir de tous de travailler à les faire cesser en pressant les prêtres de leur centre de messes d'étudier ce point de doctrine, à la lumière de l'Écriture et de la Tradition.

Les fidèles doivent savoir aussi, et doivent dire, que tous ceux, qu'ils soient prêtres ou laïcs, qui continuent d'affirmer qu'il s'agit là d'une question libre au sujet de laquelle chacun pourrait avoir son opinion, se trompent lourdement. Je l'ai montré, l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape est une doctrine de foi.

Malgré tout, ces divergences ne doivent pas nous étonner, encore moins doivent-elles nous surprendre. Le Maître nous a prévenus : « IL est nécessaire qu'il arrive des scandales » (Mt XVIII, 7), et Saint Paul nous a donné la raison de cette nécessité : « afin que soient reconnus ceux d'entre vous qui ont une vertu (une foi, précise la bible de Fillion) éprouvée » (I Cor XI, 19).

Quoi qu'il en soit, ce comportement des théologiens n'est pas un mystère ; il s'explique, même aisément, comme je vais le montrer. Au préalable, je tiens à rappeler quelques vérités desquelles, les âmes de bonne volonté qui savent lire et qui comprennent ce qu'elles lisent, pourront tirer un comportement pratique catholique.


1re vérité. La contestation de l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape est récente.

Elle constitue « l'hérésie du XXe siècle ». Jusqu'au siècle dernier, comme l'a rappelé Dom Nau dans le texte cité plus haut, « elle jouissait d'une tranquille possession », personne ne la contestait, tous les théologiens l'acceptaient sans difficulté.


2e vérité.
Au cours des siècles, chaque fois qu'une vérité a été contestée, les théologiens ont toujours été divisés. Et, dans les périodes de crise, la plupart d'entre eux ont toujours mis leurs talents au service du parti apparemment le plus puissant. Qu'il me suffise de rappeler, par exemple, l'attitude des théologiens allemands, au moment de la révolte de Luther, et celle des Anglais, à l'époque d'Henri VIII. (Dans la résistance à Vatican II, le parti le plus puissant par le nombre est constitué par la Fraternité de Mgr Lefebvre. Qu'y a-t-il de surprenant à voir le plus grand nombre de théologiens se ranger à sa suite et s'évertuer à défendre sa position, pourtant insoutenable au regard de la foi, en répétant des arguments vingt fois réfutés ? Dans les périodes de crise, même chez les théologiens, le côté grégaire qui sommeille en tout homme prend facilement le dessus. « Monseigneur l'a dit » devient la grande preuve. M. l'abbé Froehly écrivait jadis dans son bulletin : « Si Monseigneur disait que la terre est carrée, d'un bout du monde à l'autre les traditionalistes affirmeraient que la terre est carrée. »)

« L'histoire étant un perpétuel recommencement », les divisions actuelles des théologiens, sur ce point de doctrine, ne doivent pas nous surprendre, encore moins doivent-elles nous troubler.


3e vérité.
Quels que soient leur renommée et les précieux services qu'ils rendent très souvent à l'Église, les théologiens, en tant que tels, n'appartiennent pas au magistère. Par la volonté du Christ, l'Église enseignante ne comprend que le Pape et les Évêques qui sont dans sa communion.


De ces trois vérités, se dégage tout normalement une règle de conduite pratique, absolument sûre au regard de la foi catholique.

Règle de conduite. Puisque, pour nous parler en son Nom, Dieu a institué, non pas des théologiens, mais un magistère infaillible, chaque fois qu'une doctrine est clairement enseignée par le magistère, comme c'est le cas pour son infaillibilité, cet enseignement doit nous suffire. En effet, même l'enseignement de tous les théologiens doit se régler sur lui.

Le rôle de ces derniers, je parle de ceux qui sont catholiques, qui aiment vraiment l'Église et entendent la servir [À l'intention des théologiens qui entendent servir l'Église dans la crise actuelle, voici deux citations. La première est de Pie XII. « Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que cette matière, dans la pensée et la volonté des Souverains Pontifes, n'est plus désormais à considérer comme question libre entre théologiens » (Denz. 2313)], ne doit pas être de discuter, de contourner, de minimiser, d'édulcorer ou de saper cet enseignement, mais d'apporter tous les témoignages qu'ils peuvent connaître pour le justifier.

Voici à présent deux explications possibles du comportement des théologiens au sujet de l'infaillibilité du magistère ordinaire du Pape.

Pour ma part, je la vois dans la manœuvre des libéraux dont j'ai parlé au début de ce travail. Ne pouvant plus nier ouvertement ce dogme, ils ont réussi à le mettre si bien en veilleuse que la plupart des catholiques l'ont perdu de vue et ont fini par l'ignorer.

Mais, ne l'oublions pas, si les libéraux sont arrivés à contourner si complètement le dogme, au point de le faire nier pratiquement par beaucoup, la responsabilité en revient aussi, pour ne pas dire surtout, aux théologiens et aux Évêques catholiques qui ont laissé faire. Qu'il est vrai, l'adage qu'aimait à citer Saint-Pie X : « La force des méchants provient de la couardise des bons ».

Dans son étude déjà citée, Dom Paul Nau avance une autre explication : Pour lui, « Tout se passe (depuis la promulgation de Pastor Aeternus) comme si l'éclat même de la définition avait rejeté dans l'ombre la vérité jusque-là universellement reconnue. »

Et il précise en note :

« On comprend aisément comment a pu s'introduire ce glissement de perspective : depuis 1870, les manuels de théologie ont pris pour énoncés de leurs thèses les textes mêmes du concile. Aucun de ceux-ci ne traitant in recto de l'enseignement ordinaire du seul souverain pontife, celui-ci a été peu à peu perdu de vue et tout l'enseignement pontifical a paru se réduire aux seules définitions ex cathedra. De plus l'attention étant entièrement attirée sur celles-ci, on s'est habitué à ne plus considérer les interventions doctrinales du Saint-Siège que dans la seule perspective du jugement solennel : celle d'un jugement qui doit à lui seul apporter à la doctrine toutes les garanties requises. Dans cette perspective il était impossible de saisir la vraie nature du magistère ordinaire. Elle demeure pourtant celle de plus d'un auteur. »

Pour confirmer l'affirmation de ce théologien, voici deux témoignages :

« Le Pape exerce personnellement son magistère infaillible, non seulement par des jugements personnels, mais encore par un magistère ordinaire qui s'étend perpétuellement à toutes les vérités obligatoires pour toute l'Église. » (Le magistère ordinaire de l'Église et ses organes. Paris, 1887, p.98).

« On appelle magistère ordinaire universel le mode d'enseignement donné par le Pape et les Évêques à tout moment et dans tous les pays. Lorsque Nôtre-Seigneur a dit à ses apôtres : “Allez, enseignez toutes les nations”, il n'a pas limité leurs pouvoirs à un temps et à un endroit donnés. Le Pape et les Évêques doivent donc exercer leurs fonctions de docteurs, non pas seulement à de rares intervalles et dans des circonstances solennelles, mais partout et toujours » (Boulenger, Manuel d'apologétique, p.399)

(...)

Raisonnement de foi. C'est le raisonnement, non seulement de ceux qui possèdent cette vertu, mais de ceux chez qui cette vertu est éprouvée et guide leur comportement.

Habitués à vivre de la loi. Ils savent que la loi interdit de résister à quelque autorité que ce soit, Mais ils n'oublient pas pour autant que c'est cette même vertu théologale qui leur commande de refuser les nouveautés de Vatican II. Ils comprennent alors, dans la lumière de la foi, que les responsables de ces doctrines erronées, que cette même vertu leur interdit d'accepter, ne sont pas et ne peuvent pas être revêtus par Dieu de l'Autorité qu'ils déviaient avoir.

Le problème, que Vatican II posait à leur conscience catholique, se trouve ainsi résolu dans le respect du principe et du fait. Malgré toutes les apparences contraires, ce prétendu « concile » de Vatican II n'était pas et ne pouvait pas être le magistère de l'Église catholique. Le « pape » qui l'a approuvé n'était pas et ne pouvait pas être revêtu de l'Autorité de Pierre, qui est l'essentiel de la papauté. De cela, redisons-le, ceux qui tiennent ce raisonnement ont une certitude de foi.





Le principe suivant est des plus certains : le non Chrétiens ne peut, en aucune façon, être Pape (...) La raison en est qu'il ne peut pas être la Tête s'il n'est pas membre ; or le non Chrétien n'est pas membre de l’Église, et un hérétique manifeste ne peut pas être Pape (...) Un Pape manifestement hérétique a cessé de lui-même d'être Pape et la Tête, de la même façon qu'il a cessé d'être Chrétien et membre du Corps de l’Église, et pour cette raison il peut être jugé et puni par l’Église. C'est la sentence de tous les anciens Pères (...). (Saint Robert Bellarmin, Docteur de l’Église, De Romano Pontifice 2, 30)

Il ne pourrait être hérétique et rester Pape, parce que, étant hors de l’Église, il ne peut posséder les clés de l'Église. (Saint Antonin, cité dans les Actes du Concile Vatican I, approuvés par Sa Sainteté le Pape Pie IX)



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