Affichage des articles dont le libellé est Sainte Catherine Labouré. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sainte Catherine Labouré. Afficher tous les articles

jeudi 28 novembre 2019

Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (2/2)



Extrait de "La Médaille Miraculeuse" par M. Aladel :




Elle se plaisait dans ces humbles fonctions. Sa laiterie était toujours dans un ordre parfait et rien ne lui semblait préférable au bonheur d’être au milieu de ses pauvres. Elle en parlait à la fin de sa Vie comme de sa principale consolation. « J’ai toujours aimé, disait-elle, à rester à la maison ; lorsqu’il était question d’une promenade, je laissais volontiers mon tour aux autres pour servir mes pauvres. »
Et cela était vrai. Une seule sortie lui était agréable, celle qui lui permettait de se rendre à la communauté (elle ne connaissait pas d’autre chemin dans Paris), et pour celle-là, elle ne cédait pas son tour.
Cet attrait pour le silence et la vie cachée la tenait toujours en arrière, comme à la place qui lui convenait et favorisait le mieux son recueillement. Ne cédant à personne les soins de propreté les plus vils de son office, qu’elle appelait les perles d’une Fille de la Charité, elle agissait avec calme, craignant l’empressement ; aussi, lorsqu’elle avançait en âge, les jeunes sœurs qui l’aidaient ont souvent reçu de sa bouche cet avis : « Eh ! ma bonne, ne vous émouvez donc pas tant ! »
Elle comptait parmi les meilleurs souvenirs de sa vie de communauté celui de sa première supérieure : « c’était une bonne ancienne, disait-elle, qui voulait que, chaque année, les premiers fruits du jardin fussent portés à des familles indigentes du faubourg ou à ses bons vieillards ; les sœurs ne pouvaient y toucher qu’après eux. »
Cette ancienne supérieure était sœur Savard, qui ne croyait nullement que sœur Catherine fût favorisée de grâces particulières, et surtout de la vision de la sainte Vierge.
Du reste, cette humble fille respectait et aimait toutes les sœurs sous la conduite desquelles elle passa, et jamais on ne l’entendit dire un mot désavantageux sur leur compte ; elle ne voyait que leurs vertus et leurs qualités.
« Fille de devoir et de travail, dit sa dernière supérieure, mais surtout fille d’humilité, sœur Catherine n’était vraiment appréciée que de ceux qui l’étudiaient d’assez près pour reconnaître tout ce qu’il y avait de simplicité, de droiture, de pureté dans son âme, dans son esprit, dans son cœur et dans toute sa personne.
« Ne se prévalant à aucun titre des faveurs singulières dont l’avait comblée la Vierge Immaculée, elle disait, vers les derniers mois de sa vie, alors que la Providence lui permit un peu d’ouverture sur ce sujet : « Moi, favorisée, ma sœur, mais je n’ai été qu’un instrument ; ce n’est pas pour moi que la sainte Vierge m’a apparu ; je ne savais rien, pas même écrire ; c’est dans la communauté que j’ai appris ce que je sais, et c’est pour cela que la sainte Vierge m’a choisie, afin qu’on ne puisse pas douter. »
N’est-ce pas là une conclusion inspirée par l’esprit de saint Vincent ? J’ai été choisie parce que, n’étant rien, nul ne pourra douter que de si grandes choses ne soient l’ouvrage de Dieu.
Sœur Catherine s’inquiétait peu de l’estime ou du mépris qu’on faisait d’elle. Malgré son silence rigoureux, le soupçon qu’elle pourrait bien avoir vu la sainte Vierge planait toujours sur elle ; on n’osait le lui dire ; en revanche on l’examinait de plus près et plus sévèrement qu’une autre. Si par hasard l’on découvrait en elle quelque faiblesse de la nature, ou simplement l’absence d’une vertu hors ligne, l’on rejetait aussitôt la pensée que la sainte Vierge eût choisi une fille si ordinaire.
Une de ses premières compagnes confirme par son témoignage les appréciations cent fois renouvelées sur son compte. Elle écrit à la sœur Dufès : « Ayant passé six années avec ma sœur Catherine, et travaillé continuellement pendant un an avec elle, il semble que je pourrais citer un grand nombre de détails pleins d’intérêt et d’édification ; mais je suis forcée de l’avouer, sa vie a été si simple, si uniforme, que je ne trouve rien à remarquer. Malgré l’assurance donnée tout bas qu’elle était la sœur si privilégiée de la sainte Vierge, j’y croyais peu, tant sa vie était semblable à celle des autres. Quelquefois j’ai cherché à m’éclairer indirectement en la questionnant sur l’impression qu’avait produite au séminaire l’annonce d’une nouvelle aussi extraordinaire, espérant qu’elle se trahirait dans ses réponses, et par là satisferait ma curiosité ; mais elle répondait avec tant de simplicité, que mon espoir fut toujours déçu. »
Il est vrai, sœur Catherine n’avait rien que d’ordinaire, et cependant, en elle, rien de commun ni de trivial.
Sa taille était au-dessus de la moyenne ; son visage régulier portait le cachet de la modestie ; ses yeux, d’un bleu limpide, exprimaient la candeur. Elle était laborieuse, simple et nullement mystique dans ses allures ; elle n’affectait pas plus les grandes vertus que les dévotions particulières ; elle se contentait de les avoir au fond du cœur et de les pratiquer, suivant la règle, bonnement et droitement.
On a retrouvé, après sa mort, quelques notes écrites de sa main pendant ses retraites annuelles. Tout y est simple, solide, pratique ; pas un mot ne fait allusion aux grâces extraordinaires qu’elle avait reçues ; même quand elle s’adresse à la sainte Vierge, rien ne rappelle la familiarité que Marie lui a témoignée. En voici quelques extraits où l’on n’a corrigé que les fautes d’orthographe :
« Je prendrai Marie pour modèle au commence ment de toutes mes actions ; dans tout, je réfléchirai si Marie a fait cette action, comment et pourquoi elle l’a faite, dans quelle intention. Oh ! que le nom de Marie est beau et consolant..... Marie ! »
« Résolution de m’offrir à Dieu sans réserve, de prendre toutes les petites contrariétés en esprit d’humilité et en esprit de pénitence, de demander dans mes prières que la volonté de Dieu s’accomplisse en moi. Ô mon Dieu ! faites de moi tout ce qu’il vous plaira ! Ô Marie ! donnez-moi votre amour, sans vous je périrais ; obtenez-moi toutes les grâces qui me sont nécessaires ! Ô Cœur Immaculé de Marie, obtenez pour moi la foi et l’amour qui vous attacha au pied de la croix de Jésus-Christ ! »
« Ô doux objets de mes affections, Jésus et Marie, que je souffre pour vous, que je meure pour vous, que je sois toute à vous. et que je ne sois plus à moi ! »
« Ne point me plaindre dans les petites contrarié tés que je puis avoir auprès des pauvres, et prier pour ceux qui me feront souffrir quelque chose. Ô Marie, obtenez-moi cette grâce, par votre pureté virginale ! »
« Bien employer mon temps et ne point le perdre mal à propos. Ô Marie, heureux qui vous sert et qui met en vous sa confiance ! »
« Ô Marie, Marie, Marie, priez, priez, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Marie, ô Marie ! »
« Dans mes tentations et mes sécheresses, je recourrai toujours à Marie qui est la 'pureté même. Ô Marie, conçue sans péché..... »
« Ô Marie, faites que je vous aime, et il ne me sera pas difficile de vous imiter. »
« L’humilité, la simplicité et la charité sont le fondement de notre sainte vocation. Ô Marie, faites-les-moi comprendre, ces saintes vertus ! Saint Vincent, priez, priez pour nous ! »
« Ô Marie, conçue sans péché, priez, priez pour nous ! Daignez, ô Reine des Anges et des hommes, jeter un coup d’œil favorable sur le monde entier... particulièrement sur la France... et chaque personne en particulier. Ô Marie, inspirez-nous ce qu’il faut vous demander pour notre bonheur qui sera celui du monde entier. »

Sœur Catherine a vécu quarante-six ans dans une maison importante, sous la conduite successive de cinq supérieures ; elle a vu passer bien des compagnes différentes d’humeur et de vertu ; nécessairement elle a été diversement appréciée ; on lui faisait entendre parfois qu’elle n’avait plus bien sa tête, elle ne s’en troublait guère et allait toujours son chemin, recevant les prévenances avec une naïve reconnaissance, et les paroles un peu pénibles sans sourciller.
Fidèle à la Règle avec une exactitude tellement uniforme, que le mérite semblait disparaître sous l’habitude, on ne l’entendait jamais parler contre la charité. Lorsque l’âge lui eut donné des droits sur ses jeunes compagnes, rarement elle se permettait un blâme ou un avis, à moins qu’on ne vint la consulter ; elle engageait alors à la soumission. « Tout est là, disait-elle ; sans obéissance pas de communauté possible. » À la fin de sa vie, comme à la sortie du séminaire, elle avait pour sa supérieure une obéissance pleine et entière.
Il ne faudrait pas croire cependant que sœur Catherine fût née avec un tempérament facile et doux, que l’obéissance lui fût toute naturelle ; non, elle avait, au contraire, une bonne tête, et l’humeur très-vive : fort entendue dans tous les travaux de ménage, elle gouvernait avec beaucoup de soin et d’ordre la part qui lui était confiée et savait très-bien conduire ce dont elle était chargée. Sa vivacité la portait quelque fois à de petites saillies ; le ton ferme de ses paroles révélait alors ce que la vertu lui faisait plus ordinairement réprimer. Dès que ce premier mouvement était passé, elle revenait et s’humiliait aussitôt.
Parfois, on voyait le premier mouvement de surprise prêt à s’échapper, retenu captif sans respect humain par une volonté supérieure ; ainsi ce caractère entier n’était si bien plié à l’obéissance que parce qu’il était fidèle à la grâce.
Connaissant cette nature, nous pouvons supposer tout ce que sœur Catherine eut à souffrir des oppositions qu’elle éprouva pour réaliser sa mission : si ces contradictions, surtout depuis que la médaille avait été frappée, étaient plutôt apparentes que réelles de la part de son sage directeur, elles n’en étaient pas moins pénibles pour elles. Ne peut-on pas dire que ce fut un martyre intérieur, continu et connu de Dieu seul ?
Sœur Catherine, malgré sa forte constitution, n’était pas non plus exempte de souffrances corporelles, et l’on s’étonnait quelquefois de la voir demander avec simplicité de petits soulagements qu’une âme mortifiée aurait pu se refuser. Ces légères faiblesses formaient comme un voile qui arrêtait la vue d’un grand nombre, et cachait une partie des beautés de son âme.
Au premier coup d’œil, chacun croyait pouvoir lire jusqu’au fond de cette nature simple, et pourtant elle gardait fidèlement les secrets de Dieu. On voyait en elle, par un singulier contraste, la prudence et la discrétion s’allier à la parfaite simplicité. Ainsi, tandis que plusieurs la trouvaient un peu trop occupée de sa santé, d’autres observaient qu’à toutes les grandes fêtes de la sainte Vierge, particulièrement à celle de l’Immaculée-Conception, elle était malade ou éprouvait des souffrances plus vives, que l’humble sœur recevait comme une faveur de sa céleste Mère.
La supérieure d’Enghien raconte qu’une année, l’ayant amenée avec plusieurs autres compagnes passer la belle journée du 8 décembre à la communauté, le soir, en remontant dans l’omnibus, sœur Catherine fit un faux mouvement et se cassa le poignet. Elle ne dit mot, et personne ne s’en aperçut. Quelques instants après, la voyant tenir son bras dans son mouchoir, sœur Dufès lui demanda ce qui lui était arrivé : « Ah ! ma sœur, répondit-elle tranquillement, je tiens mon bouquet ; tous les ans la sainte Vierge m’en envoie un de cette façon. »
Le détachement de l’estime et de l’affection des créatures était encore un trait caractéristique de notre chère sœur. Dieu lui suffisait pleinement : ce Dieu qui s’était manifesté à elle d’une manière si sensible, cette Vierge Immaculée, dont les charmes avaient ravi son cœur, faisaient seuls sa joie et ses délices. La sainte Vierge lui avait dit en montrant le tabernacle sacré, où repose son divin Fils : « Dans vos peines, ma Fille, c’est là qu’il faut vous consoler. » Fidèle à cette parole de sa bonne Mère, sœur Catherine, dans ses moments pénibles, entrait à la chapelle, y restait quelques moments et retournait ensuite à ses occupations sans perdre la sérénité de son âme, ni celle de son visage toujours avenant. Jésus et Marie recevaient seuls la confidence de ses souffrances et de sa ferveur, et sa vertu restait cachée aux créatures.
Après l’avoir souvent examinée, une des sœurs de la maison, qui voulait reconnaître quelque trace de ses communications avec Dieu, ne put rien découvrir de particulier, sinon qu’elle ne tenait pas les yeux baissés pendant l’oraison, mais les avait constamment fixés sur l’image de Marie. Elle dit encore que sœur Catherine ne pleurait jamais, sinon dans une grande angoisse de cœur. Mais plusieurs fois elle a vu couler ses larmes en abondance, quand on racontait devant elle des traits de protection ou des conversions obtenues par l’intercession de la sainte Vierge ; ou bien, comme en 1871, à la vue des maux de l’Église et de la France.
Solidement pieuse, au milieu de sœurs qui paraissaient l’être davantage, on ne voyait, en effet, rien dans notre humble sœur qui la distinguât des autres. Une seule chose a été remarquée : l’importance qu’elle attachait à la récitation du chapelet. Laissons parler sa supérieure :
« Nous étions toujours frappées, dit sœur Dufès, lorsque nous le disions en commun, de l’accent grave et pieux avec lequel notre bonne compagne prononçait les paroles de la Salutation angélique. Et ce qui nous fait voir jusqu’à quel point elle était pénétrée de ces sentiments de respect et de dévotion, c’est qu’elle, toujours si humble, si réservée, ne pouvait s’empêcher de blâmer la légèreté, le peu d’attention qui, parfois, accompagnent la récitation d’une prière si belle et si efficace. »
Son amour pour les deux familles de saint Vincent, loin de se refroidir avec l'âge, lui faisait mettre sans cesse en œuvre la seule puissance à sa disposition : la prière ; chaque semaine régulièrement, elle offrait une communion pour attirer les bénédictions d’en haut sur la congrégation de la Mission ; ses prières pour sa communauté étaient continuelles.
Sœur Catherine avait toujours conservé l’office qui l’attachait à l’hospice d’Enghien ; elle soignait les vieillards qui lui étaient confiés avec une sollicitude vraiment admirable, sans négliger jamais le colombier qui lui rappelait ses pures et douces joies d’enfance.
La jeune fille d’autrefois qui nous est représentée gracieusement couverte de ses chers pigeons, était maintenant une pauvre sœur, bien âgée, mais non moins attentive à la surveillance de son petit peuple.

« Ma sœur Catherine était alors l’âme de la petite famille chargée du soin de l’hospice. Dans ces dernières années, le nombre de nos sœurs était devenu plus considérable, et par suite l’administration des deux maisons d’Enghien et de Reuilly étant trop difficile, pour une seule personne, une assistante me fut donnée pour me seconder dans la direction de l’hospice. Si ma sœur Catherine n’eût pas été formée depuis longtemps à l’obéissance et à l’abnégation, il eût semblé bien dur à sa nature, vive et prompte, de reconnaître l’autorité d’une compagne beaucoup plus jeune qu’elle ; mais bien autres furent les pensées de l’humble sœur qui s’était toujours étudiée à s’effacer.
« Elle fut la première à protester de sa soumission entière : « Ma sœur, me dit-elle, soyez tranquille, il a suffi que nos supérieurs aient parlé, pour que nous recevions ma sœur Angélique comme une envoyée du bon Dieu, et lui obéissions comme à vous-même. » Ses paroles furent justifiées par sa conduite.
« Malgré le silence que ma sœur Catherine gardait sur les communications qu’elle avait reçues, il lui arrivait de temps en temps de me dire ses vues sur les événements actuels, me parlant alors comme inspirée de Dieu.
« C’est ainsi qu’au moment de la. Commune elle m'annonça que je quitterais la maison accompagnée de telle sœur, que je reviendrais le 31 mai, m’assurant que je ne devais rien craindre, parce que la sainte Vierge tiendrait ma place et garderait la maison. Je ne fis guère attention aux paroles de la bonne sœur.
« Je partis, en effet, et réalisai, contre mes plans et sans y penser, tout ce que ma sœur Catherine m’avait prédit. Le 31 mai, de retour à la communauté, j’étais très-inquiète de la maison, tombée au pouvoir d’une bande de communards et qu’on disait dévastée ; ma sœur Catherine essayait de me rassurer, me répétant que la sainte Vierge avait tout conservé. « Elle en était sûre, disait-elle, la sainte Vierge le lui avait promis. »
« En effet, nous trouvâmes à notre arrivée que cette Mère de miséricorde avait tout gardé, tout sauvé, malgré la longue occupation de cette chère maison par une troupe de forcenés, dont le satanique plaisir était de briser et de détruire.
« Une circonstance surtout nous frappa vivement : ces malheureux avaient fait d’inutiles efforts pour renverser la statue de Marie Immaculée, située dans le jardin ; elle avait invinciblement résisté à leurs tentatives sacrilèges.
« Ma sœur Catherine s’empressa de remettre sur la tête de notre auguste Reine sa couronne qu’elle avait emportée dans son exil, en lui disant qu’elle la lui rendait en hommage de reconnaissance.
« Plusieurs fois ma sœur Catherine m’exposa ainsi ses idées avec une simplicité d’enfant. Quand la réalisation ne venait pas confirmer ses prédictions, elle me disait avec calme : « Eh bien ! ma sœur, je me suis trompée, je croyais vous avoir dit vrai ; je suis bien aise qu’on sache la vérité (les personnes qui reçoivent des communications surnaturelles ne sont point, par le seul fait de cette faveur, préservées de toute erreur. Elles peuvent se tromper en comprenant mal ce qu’elles voient ou entendent ; elles peuvent être dupes des illusions du démon, elles peuvent mêler, sans le vouloir, leurs propres idées à celles qui viennent de Dieu ; elles peuvent rendre d'une manière inexacte ce qui leur a été révélé. Il faut remarquer d’ailleurs que les prédictions sont assez souvent conditionnelles, et que leur accomplissement dépend de la manière dont les conditions sont remplies. Aussi l’Église, lorsqu‘elle approuve les révélations privées, ne fait autre chose que déclarer, qu’après un mûr examen, on peut les publier pour l’édification des fidèles et qu’elles s‘appuient sur des preuves assez solides pour qu’on les croie pieusement.
Les écrivains sacrés ont eu seuls le privilège de l’infaillibilité pour recevoir les inspirations divines et pour les transmettre aux autres.). »
« Cependant les années s’accumulaient, et notre bonne sœur parlait souvent de sa fin prochaine. Nos vénérés supérieurs se préoccupaient de son état, et M. le Supérieur général la fit un jour venir à la communauté afin de recevoir de sa bouche des communications qui lui semblaient importantes.
« Ma sœur Catherine ne s’attendait à rien ; elle fut très-surprise et presque interdite. À son retour, elle me fit part de son émotion ; et, pour la première fois, me parla à cœur ouvert de ce qu’elle craignait tant auparavant de laisser paraître.
« Cette répugnance avait cessé ; se voyant sur le bord de la tombe, elle se sentait pressée de faire connaître les détails qu’elle pouvait croire ensevelis avec le vénéré Père Aladel, et témoignait une grande peine de voir la dévotion à l’Immaculée-Conception moins vive et moins générale que dans le commencement.
« Ces confidences, du reste, furent pour moi seule ; aucune de nos sœurs n’en eut connaissance. Il est vrai que la plupart étaient instruites de ce pieux mystère ; mais elles ne l’apprirent jamais de ma sœur Catherine elle-même. Tout ce qu’elles pouvaient remarquer, c’était son ardent amour pour Marie Immaculée, et son zèle à propager la médaille miraculeuse. Puis, quand elle entendait une de nos sœurs exprimer le désir de faire le pèlerinage de Lourdes ou de quelque autre sanctuaire privilégié de Marie, elle ne pouvait s’empêcher de dire avec une certaine vivacité : « Mais pourquoi donc voulez-vous aller si loin ?... N’avez-vous pas la communauté ?... Est-ce que la sainte Vierge n’est pas apparue la aussi bien qu’à Lourdes ?... » Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que, sans avoir lu aucun des ouvrages publiés sur cette grotte miraculeuse, ma sœur Catherine était plus au courant de tout ce qui s’y était passé que les personnes qui avaient fait ce pèlerinage. À part cela, comme on l’a déjà dit, jamais il ne lui échappa une parole qui pût laisser croire qu’elle eût eu plus de part qu’une autre aux faveurs singulières que la sainte Vierge avait versées sur l’humble chapelle de la maison mère.
« Cette bonne compagne était devenue plus affectueuse, depuis qu’elle avait ouvert son cœur ; c’était pour elle un repos, une consolation de voir quelqu’un qui la comprit. Notre Père Chevalier, assistant de la congrégation de la Mission, venait de temps en temps la visiter et recevoir ses confidences au sujet de l’apparition. Il lui parlait un jour de la nouvelle édition de la Notice sur la médaille qu’il préparait. « Lorsque M. Aladel a fait paraître l’édition de 1842, reprit ma sœur Catherine, je lui avais bien dit qu’il n’en publierait pas d’autre, et que moi non plus je ne verrais pas une nouvelle édition, parce que celui qui la ferait ne l’aurait pas finie de mon vivant. — Je vous attraperai bien », reprit M. Chevalier, qui comptait la mettre au jour très-prochainement. — Mais des difficultés imprévues ayant retardé la publication, il reconnut que la bonne sœur avait dit juste.
« Depuis que l’année 1876 était commencée, ma sœur Catherine parlait plus souvent de sa mort ; à tous nos jours de fête, elle ne manquait pas de nous dire : « C’est la dernière fois que je vois cette fête » ; et quand on semblait ne pas la croire, elle ajoutait que sûrement elle ne verrait pas l’année 1877. Nous ne prévoyions pas cependant une fin si prochaine. — Pendant les derniers mois, elle fut obligée de garder le lit et de cesser cette vie si active qu’elle menait depuis tant d’années.
« Ses forces allaient toujours diminuant ; un asthme joint à une maladie de cœur la minait peu à peu ; elle se sentait mourir, mais sans crainte, on peut même dire sans émotion. Un jour, lui parlant de sa mort : « Vous n’avez donc pas du tout peur, lui dis-je, ma bonne sœur Catherine ? — Peur ! s’écria-t-elle, mais, ma sœur, pourquoi voulez-vous que j’aie peur ?... Je m’en vais retrouver Notre-Seigneur, la sainte Vierge, saint Vincent ! »
« En effet, notre chère compagne n‘avait pas à s’effrayer, car sa mort fut aussi calme que sa vie.
« Quelques jours avant, une de nos sœurs causait avec elle familièrement, et, sans aucune préméditation de part et d’autre, la malade lui dit : « J’irai à Reuilly. » (Nous appelons de ce nom la maison de Providence, séparée de l’hospice d’Enghien par un vaste jardin, et où sont réunies nos diverses œuvres.) — Comment, dit la compagne, à Reuilly ? mais vous n’en aurez pas le courage, et vous aimez tant votre Enghien, que vous n’avez jamais quitté ! — « Je vous dis que j’irai à Reuilly. — Mais quand est-ce ? — Ah ! voilà ! dit ma sœur Catherine d’un ton affirmatif et mystérieux qui déconcerta la compagne. — Peu après elle lui dit encore : « Il n’y aura pas besoin de corbillard pour mon enterrement. — Oh ! par exemple, répond la sœur. — Il ne faudra pas de corbillard, reprit la malade d’un ton accentué. — Mais comment fera-t-on ? — On me mettra dans la chapelle de Reuilly. » — Ces paroles frappèrent la compagne, qui me fit part de cette conversation : « Gardez cela pour vous », lui dis-je.
« Le 31 décembre, elle eut dans la journée plusieurs faiblesses qui firent croire à sa fin prochaine. Nous lui proposâmes donc les dernières consolations de la religion, ce qu’elle accepta avec reconnaissance. Elle reçut les sacrements avec un bonheur et un calme qu’on ne saurait décrire, puis, sur sa demande, nous lui récitâmes les litanies de l’Immaculée Conception.
« Étant un jour près de son lit, nous lui parlions du ciel, de la sainte Vierge ; alors elle exprima ce désir : « Je voudrais que pendant mon agonie il y eût là soixante-trois enfants disant chacune à la sainte Vierge une des invocations qui rappellent son Immaculée-Conception, et surtout ces paroles si consolantes : Terreur des Démons, prier pour nous. » On lui fit observer qu’il n’y avait pas soixante-trois invocations dans les litanies. — « Vous les trouverez dans l’office de l’Immaculée-Conception », dit-elle. — On se mit en mesure d’exaucer son désir, en écrivant les invocations sur des billets, et on les garda pour le suprême instant ; mais au moment de son agonie, les enfants ne se trouvèrent pas disponibles ; elle demanda alors qu’on récitât les litanies et fit répéter trois fois l’invocation qui fait trembler les enfers.
« Plusieurs de nos sœurs furent singulièrement touchées de l’entendre s’écrier avec un accent de profonde tendresse : « Ma chère communauté ! Ma chère maison-mère ! » Tout ce qu’on a aimé fortement revient, dit-on, à l’heure suprême.
« Quelques anciennes compagnes ou amies de la maison vinrent dans la journée la visiter une dernière fois ; l’une d’elles, en office au séminaire, s’approchant, lui dit avec un accent de tristesse : « Sœur Catherine, vous allez donc partir sans me dire un mot de la Sainte Vierge ? » — Alors la mourante se pencha vers elle et lui parla assez longuement à l’oreille. « Je ne dois pas parler, c’est M. Chevalier qui a mission pour cela. » Elle ajouta cependant : « La sainte Vierge est peinée, parce qu’on ne fait pas assez de cas du trésor qu’elle a donné à la communauté dans la dévotion à l’Immaculée-Conception ; on ne sait pas en profiter ; mais surtout parce qu’on « ne dit pas bien le chapelet. » Elle continua sans interruption. « La sainte Vierge a promis d’accorder des grâces particulières chaque fois que l’on priera dans la chapelle ; mais surtout une augmentation de pureté, cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté qui est le pur amour. »
Cette bonne fille, animée de l’esprit vraiment primitif de la Compagnie, était sans le savoir, en prononçant ces dernières paroles, l’écho de la vénérable Mère Legras, dont les écrits renferment textuellement la même pensée.
Une supérieure, qui était venue la visiter, s’approcha aussi de la malade, et lui parla des besoins de la communauté, de ceux du séminaire, et elle finit en disant : « Ma bonne sœur Catherine, quand vous serez au ciel, vous n’oublierez pas tout cela, vous ferez bien toutes mes commissions. » — Ma sœur Catherine lui répondit : « Ma sœur, je veux bien, mais j’ai toujours été si bête, si sotte ; je ne sais pas comment je m’expliquerai, car j’ignore comment on parle au ciel. » — Sur quoi l’autre sœur, ravie de tant de simplicité, eut l’inspiration de lui dire : « Oh ! ma bonne sœur Catherine, dans le ciel, on ne parle pas comme sur la terre; l’âme regarde Dieu et le bon Dieu regarde l’âme, et tout est compris ; c’est là le langage du ciel. » Alors notre bonne sœur prit un air radieux et lui répondit : « Oh ! ma sœur, s’il en est ainsi, vous pouvez être tranquille, toutes vos commissions seront faites. »
M. Chevalier vint aussi dans la journée bénir la pieuse mourante et lui parla dans le même sens. Sœur Catherine lui répondit avec une entière présence d’esprit et dit entre autres choses : « Les pèlerinages que font les sœurs ne favorisent pas la piété... La sainte Vierge ne m’a pas dit qu’il fallait aller la prier si loin ; c’est dans la chapelle de la communauté qu’elle veut que les sœurs l’invoquent, c’est là leur vrai pèlerinage. »
Les pauvres, qu’elle avait tant aimés, occupaient également sa pensée « Depuis qu’il y a dans la communauté beaucoup de sœurs instruites, il me semble qu’on n’aime pas les pauvres autant qu’autrefois ; il y a des sœurs qui n’ont jamais soigné un malade, elles ne sauraient comment s’y prendre pour leur rendre le service le plus ordinaire. »
« À quatre heures du soir, une nouvelle faiblesse nous réunissait toutes auprès de cette chère mourante, ce n’était pas encore cependant le dernier moment. Nous entourâmes son lit jusqu’au soir. À sept heures, elle parut s’assoupir davantage et, sans la moindre agonie, sans le moindre signe de souffrance, elle rendit son dernier soupir. C’est à peine si nous pûmes apercevoir qu’elle avait cessé de vivre... Jamais je n’ai vu mort si calme et si douce. »

« Une émotion bien vive remplit alors nos cœurs ; il nous semblait assister à la céleste entrevue de notre bienheureuse compagne avec ce Dieu si bon, qui tant de fois s’était révélé à elle pendant les jours de son séminaire ; avec cette Vierge si belle, dont rien ici bas n’avait pu lui retracer l’image !
« Ce n’était pas la tristesse qui remplissait nos cœurs : aucune larme ne fut versée dans ce premier instant ; nous cédions à une émotion que je ne saurais définir ; nous nous sentions près d’une sainte ; il nous semblait que le voile de l’humilité, sous lequel elle avait vécu si longtemps cachée, se déchirait pour ne plus nous laisser entrevoir que l’âme privilégiée du ciel.
« Nos sœurs se disputèrent le bonheur de passer la nuit près de ces restes vénérés, une sorte d’aimant nous y tenait attachées.
« Pour perpétuer le souvenir du bienfait qu’elle avait reçu, n’étant encore que sœur du séminaire, nous eûmes la pensée de la revêtir de ce pieux habit avant de la livrer à la photographie ; l’épreuve réussit complètement sous les deux costumes.
« Ensuite nous descendîmes dans la chapelle les restes bénis de notre chère sœur. La Vierge Immaculée veillait sur elle ; les lis et les roses entouraient ce corps virginal, et sa devise chérie : Ô Marie, conçue sans péché, prier pour nous qui avons recours à vous, surmontant ce petit sanctuaire, semblait être le dernier écho de sa vie.
« Alors commença le miracle de l’humilité glorifiée ; cette humble sœur, dont personne n’avait remarqué la présence, fut soudainement entourée de personnes de tout âge, qui regardaient comme un immense bonheur de venir, non prier pour elle, mais se recommander à son intervention bénie.
« Pour nous qui nous tenions attachées auprès de notre chère relique, nous ne pouvions envisager le moment qui allait nous la ravir. Cette maison qui semblait protégée par sa présence depuis quarante-six ans, s‘en verrait-elle dépossédée à tout jamais ?... Cette pensée nous brisait le cœur ; il nous semblait que la protection de la Vierge Immaculée allait cesser désormais de planer sur nous.
« D’autre part, la conserver paraissait impossible. Nos supérieurs consultés permirent des démarches à cette intention. Il y avait tout un monde de difficultés à aplanir.
« Prions », dis-je à nos sœurs, et elles passèrent la nuit à supplier Marie Immaculée de ne pas permettre que notre compagne nous fût enlevée.
« Pendant toute cette nuit je cherchais en vain un endroit convenable pour la déposer, lorsque soudain, au son de la cloche de quatre heures du matin, je crus entendre résonner à mon oreille ces mots : « Le caveau est sous la chapelle de Reuilly. » — Mais, c’est vrai ! me dis-je, avec joie, comme une personne qui voit se réaliser tout à coup un désir longtemps contrarié ; me ressouvenant que lors de la construction de la chapelle, on avait ménagé un caveau communiquant avec le réfectoire des enfants, auquel notre digne Mère Mazin n’avait point voulu donner de destination, disant « qu’il pourrait servir plus tard. »
« Il n’y avait pas de temps à perdre. Nous étions à la veille de son convoi, et les autorisations, si difficiles à obtenir, n’avaient pas encore été sollicitées.
« Le caveau fut préparé à la hâte, et les démarches, appuyées par des personnes haut placées, réussirent comme par enchantement.
« Le 3 janvier, fête de sainte Geneviève, était le jour, fixé pour l’enterrement de celle que nous regardions, dès lors, comme l’ange tutélaire de notre maison. Mais ici ce n’est pas le mot d’enterrement qu’il me faut employer, c’est plutôt celui de triomphe, car c’en fut un véritable pour notre humble sœur.
« Toutes les maisons de nos sœurs qui furent prévenues à temps tinrent à envoyer une députation, et la chapelle se trouva trop petite pour contenir les assistants. La messe dite, le cortège qui devait conduire le corps processionnellement de l’hospice d’Enghien au caveau de Reuilly s’organisa de la sorte : les jeunes ouvriers, Enfants de Marie, portant leur bannière, ouvraient la marche, suivis de tous nos petits orphelins ; venaient ensuite nos jeunes filles des congrégations externes et internes, portant les livrées de l’Immaculée Marie, les fidèles, et enfin nos sœurs précédant le clergé.
« Ce long cortège se déploya lentement dans la longue allée du jardin, et, pendant que les chants solennels du Benedictus retentissaient au loin, on voyait apparaître le modeste cercueil recouvert de lis et d’églantines, emblèmes de pureté et de simplicité.
« À l’entrée du caveau, la foule dut s’écarter, et nos Enfants de Marie saluèrent l‘arrivée du corps par le chant béni de : Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. Impossible de rendre les émotions de ces funérailles d’un genre tout nouveau.
« Afin de conserver notre trésor, il fallut murer l’entrée souterraine ; mais on y ouvrit une communication avec la chapelle.
« Les pauvres, que sœur Catherine avait soignés, déposèrent une magnifique couronne sur la tombe de l’humble fille de saint Vincent, qui ne chercha jamais que la voie la plus commune, et qui avait supplié la sainte Vierge de la laisser inconnue et ignorée !... »
La vie de la chère sœur Labouré a été la réalisation fidèle de cette parole de Notre-Seigneur dans l’Évangile : « Je vous rends grâces, mon Père, de ce que vous avez caché ces choses aux sages du siècle pour les révéler aux humbles et aux petits. » Jamais les dons de Dieu ne furent mieux à couvert dans une âme sous le double manteau de l’humilité et de la simplicité.
Pendant quarante-six ans, elle s’est livrée à des travaux obscurs et pénibles, sans chercher d’autre satisfaction que celle de plaire à Dieu ; elle s’est sanctifiée dans l’ombre par une fidèle correspondance à la grâce et l’exactitude aux pratiques de la vie commune. Les faveurs qu’elle recevait du ciel n’ont point enflé son cœur : témoin des merveilles opérées tous les jours par la médaille, elle n’a jamais dit une parole qui pût faire soupçonner qu’elle savait quelque chose de plus que tout le monde à ce sujet.
Ne dirait-on pas qu’elle avait pris pour devise ces paroles de l’Imitation : « Aimer à être oublié et compté pour rien » ? Comme à ces traits on reconnaît bien la véritable fille de l’humble Vincent de Paul !
Quelle gloire doit posséder dans les cieux celle qui, durant toute sa vie, s’est efforcée de se tenir dans l’abaissement !
Il semble que déjà, dès maintenant, nous voyions quelques rayons de cette gloire. Les obsèques de l’humble servante des pauvres ont ressemblé à un triomphe ; par une exception presque inouïe, son corps est resté au milieu de sa famille spirituelle ; son tombeau est souvent visité par des personnes de toutes conditions, qui ont la confiance de se recommander à son intercession, et plusieurs affirment que leurs prières ont été exaucées. Enfin cette notice biographique mettra au grand jour ce que sœur Catherine a si soigneusement caché, afin que la promesse de Notre-Seigneur soit accomplie : Celui qui s’humilie sera exalté.



Reportez-vous à Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (1/2)Prière de Pie XII pour la Neuvaine à l'Immaculée Conceptionpetit chapelet de l'Immaculée Conception de MarieMéditation sur l'Immaculée Conception de Marie, et Grâces extraordinaires de conversion obtenues par la Médaille Miraculeuse.














Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (1/2)



Extrait de "La Médaille Miraculeuse" par M. Aladel :




C'est préjugé assez répandu, que ceux qui sont favorisés de communications surnaturelles doivent avoir quelque chose d’extraordinaire dans leur personne et dans leur manière de vivre. On leur prête facilement un idéal de perfection qui les met en quelque sorte à part du commun des hommes. Mais si un jour on a l’occasion de constater que la réalité ne répond pas à l’opinion qu’on s’était faite, si l’on vient à découvrir dans ces confidents divins des faiblesses ou seulement des infirmités, on s’étonne, on est même tenté de se scandaliser. Parmi les chrétiens qui ne connaissaient saint Paul que de réputation, plusieurs éprouvent une espèce de déception en le voyant de près ; on les entendait dire qu’il représentait mal et que son langage trop vulgaire n’était pas digne d’un apôtre. Les Juifs ne se scandalisaient-ils pas de ce que Notre-Seigneur mangeait et buvait comme tout le monde, de ce que ses parents étaient pauvres, de ce qu’il sortait de Nazareth, de ce qu’il conversait avec les pécheurs ? Tant il est vrai que le peuple est toujours porté à juger d’après les apparences.
Il n’en est pas ainsi de Dieu. Il voit le fond des cœurs, et souvent ce qui paraît méprisable au juge ment du monde est grand devant lui. Ce qu’il aime surtout, c’est la simplicité et la pureté. Les qualités extérieures, les dons de l’esprit, la naissance, l’éducation, sont à ses yeux de peu de valeur ; ordinairement, c’est à ceux qui en sont dépourvus qu’il s’adresse de préférence, quand il a une importante mission à confier. Il fait ainsi éclater sa sagesse et sa puissance, en se servant de ce qui est faible pour faire de grandes choses. Quelquefois même il choisit pour instruments des sujets imparfaits ; il va jusqu’à permettre qu’ils commettent des fautes, qu’ils aient des imperfections, afin de les tenir dans l’humilité et de montrer clairement que les faveurs dont ils sont gratifiés ne sont point accordées à leurs mérites, mais sont l’effet de sa pure bonté.
Ces observations ont naturellement leur place en tête de la biographie de sœur Catherine ; elles résoudront à l’avance les difficultés que pourrait faire naître, dans l’esprit des lecteurs, le contraste d’une vie si simple et si commune avec les grâces dont l’humble fille fut comblée.
Sœur Catherine, née Zoé Labouré, vint au monde le 2 mai 1806, dans un petit village de la Côte-d’or, nommé Faim-les-Moutiers, de la paroisse de Moutiers Saint-Jean. Ce dernier lieu, particulièrement cher à saint Vincent, n’est pas éloigné du berceau de saint Bernard, ce grand serviteur de Marie, et de l’endroit où sainte Chantal passa une partie de sa vie ; comme si dans le sol, aussi bien que dans le sang, il y avait quelques prédispositions à certaines qualités ou vertus héréditaires.
Ses parents, sincères chrétiens, vivaient honorablement en cultivant leur bien et possédaient l’aisance que donnent aux gens de la campagne l’activité du travail et la simplicité de la vie. Dieu avait béni leur union et leur avait accordé une nombreuse famille : sept garçons et trois filles.
Les fils quittèrent de bonne heure la maison paternelle ; la petite Zoé resta avec ses sœurs sous les yeux de sa mère ; mais cette mère, Dieu la lui enleva avant qu’elle eût accompli sa huitième année. Déjà capable de sentir l’étendue de ce sacrifice, il lui sembla que la sainte Vierge voulait être son unique Mère.
Une de ses tantes, qui demeurait à Saint-Remy, la prit chez elle avec sa plus jeune sœur ; mais son père, homme pieux qui, dans sa jeunesse, avait songé à embrasser l’état ecclésiastique, voulut élever lui-même ses enfants, et, au bout de deux ans, il les rappela près de lui.
Une autre raison le poussait encore à agir ainsi. La fille aînée pensait sérieusement à quitter la famille pour entrer dans la communauté des Filles de la Charité, et le pauvre père ne pouvait se résoudre à confier sa maison à des mains mercenaires. Dans un âge ou les autres enfants ne pensent qu’à leurs jeux, Zoé dut se façonner dès lors aux plus rudes travaux.
Vers douze ans, elle fit sa première communion dans l‘église de Moutiers—Saint-Jean avec un cœur pur et fervent. Désormais, son unique désir fut d’appartenir sans réserve à Celui qui venait de se donner à elle pour la première fois.
Aussitôt après, la sœur aînée partit pour son postulat à Langres, et Zoé, devenue petite maîtresse de maison, faisait la cuisine, avec l’aide d’une bonne qui lui fut adjointe pour les plus gros ouvrages. Elle portait la nourriture aux moissonneurs et ne reculait devant aucun travail pénible.
Moutiers-Saint-Jean possède une maison de sœurs de Saint—Vincent—de-Paul. Zoé allait les voir aussi souvent que le lui permettaient ses occupations, et la bonne supérieure, qui l’aimait beaucoup, l’encourageait dans sa vie laborieuse. Cependant l’enfant ne s’ouvrit point à elle sur sa vocation naissante. Elle attendit avec une secrète impatience que sa sœur, plus jeune de deux années, pût se charger seule des soins du ménage. Zoé lui fit la confidence de ses désirs les plus chers ; et alors commença pour les deux sœurs cette vie intime, toute de labeur et de devoir, dont les seuls délassements étaient les offices de la paroisse.
Les, deux jeunes filles, se jugeant assez fortes pour congédier la bonne, se partagèrent les travaux de la maison. Zoé, qui était très-sérieuse, veillait à tout comme la ménagère la plus vigilante, et prenait soin de sa sœur comme l‘eût fait une mère.
Une de ses occupations favorites était la garde et l’administration du colombier, qui contenait toujours de sept à huit cents pigeons. Elle les soignait si bien qu’ils la connaissaient tous, et, dès qu’elle apparaissait, ils venaient à l’envi voler autour d’elle en forme de couronne. C’était, au dire de sa sœur, le plus charmant spectacle : d’innocence attirant les colombes, qui en sont le symbole.
Sa jeunesse nous la montre déjà modeste dans sa tenue et sérieuse de caractère ; pieuse et recueillie dans l’église paroissiale, où elle se rendait exactement ; on l’y voyait agenouillée sur les froides dalles, même en hiver. Ce n’était pas, du reste, la seule mortification qu’elle pratiquât : aux fatigues du travail elle ajouta, dès sa plus tendre jeunesse, l’habitude de jeûner le vendredi et le samedi à l’insu de son père. Celui-ci finit par découvrir les pieuses ruses de sa fille ; mais les reproches qu'il lui adressa ne purent l’emporter sur son attrait pour la pénitence ; elle croyait devoir préférer la voix intérieure de Dieu à celle de son père.
C’est ainsi que se dessinent nettement les traits du caractère de la future sœur, avec ses qualités et ses défauts. D’un côté, nous voyons une simplicité vraie, sans recherche, appliquée aux devoirs les plus laborieux, sous la sauvegarde de l‘innocence et de la ferveur ; de l’autre, un caractère habitué à dominer et qui devra lutter pour condescendre.
Cependant sa vie champêtre et laborieuse ne lui faisait point oublier sa vocation. Plusieurs fois demandée en mariage, sa réponse invariable était que, fiancée depuis longtemps à Jésus, son bon Sauveur, elle ne voulait avoir que lui pour époux. Mais son choix était-il bien fixé, et à quelle communauté songeait-elle ? Il est permis d’en douter, d’après un fait qui la frappa vivement, et dont le récit resta toujours gravé dans la mémoire de sa chère sœur, qui l’a raconté.
Étant encore dans la maison de son père, à Fain-les-Moutiers, elle eut un songe où il est permis de reconnaître l’action de Dieu et une préparation à sa vocation.
Il lui semblait être à l’église du village et dans la chapelle consacrée aux âmes du purgatoire. Un prêtre très-âgé, d’une figure respectable et d’une physionomie singulière, apparut dans la chapelle et se revêtit des ornements sacrés pour dire la sainte messe ; elle y assista, fort impressionnée de la présence de ce prêtre inconnu. À la fin de la messe, le prêtre lui fit signe de s’approcher ; mais elle, effrayée, se retira à reculons, tenant toujours les yeux fixés sur lui.
Sortie de l’église, elle entra dans une maison du village pour visiter une personne malade. Là, le vieux prêtre se retrouva devant elle, et, lui adressant la parole : « Ma fille, c’est bien de soigner les malades ; vous me fuyez maintenant, mais un jour vous serez heureuse de venir à moi. Dieu a desseins sur vous, ne l’oubliez pas.» Toujours stupéfaite et craintive, la jeune fille s’éloigna encore ; en sortant de la maison, il lui semblait que ses pieds ne touchaient pas la terre, et, au moment où elle rentrait chez son père, elle s’éveilla et reconnut que ce qui venait de se passer n’était qu’un rêve.
Elle avait alors dix-huit ans, sachant peu lire, encore moins écrire ; comme elle comprenait sans doute que ce serait un obstacle pour son admission dans une communauté, elle obtint de son père la permission d’aller chez sa belle-sœur, maîtresse de pension à Châtillon-sur-Seine, pour y prendre quelques leçons. Son père, qui craignait de la perdre, ne consentit qu’avec peine à son départ.
Sans cesse préoccupée de la vision qu’elle avait eue, elle en parla à M. le curé de Châtillon, qui lui répondit : « Je crois, mon enfant, que ce vieillard est saint Vincent, qui vous appelle à être Fille de la Charité. » Sa belle-sœur l’ayant conduite chez les sœurs de Châtillon, elle fut saisie de voir, en entrant au parloir, le portrait parfaitement ressemblant du prêtre qui lui avait dit en songe : « Ma fille, vous me fuyez ; mais un jour vous serez heureuse de venir à moi ; Dieu a des desseins sur vous, ne l’oubliez pas. » Elle demande aussitôt quel est ce personnage, et, lorsqu’elle apprend que c’est saint Vincent, le mystère s’éclaircit, elle comprend que c’est lui qu’elle doit avoir pour Père.
Cette circonstance n’était pas de nature à ralentir ses désirs. Elle resta peu chez sa belle-sœur. L’humble fille des champs était gênée au milieu des demoiselles qui fréquentaient la pension, et elle n’y apprenait rien.
C’est alors qu’elle fit la connaissance de sœur Victoire Séjole, qui fut plus tard placée à la tête de la maison de Moutiers-Saint-Jean. Cette sœur, jeune alors, et déjà toute à Dieu et à ses pauvres, devina la candeur de cette âme et sa souffrance : elle pria instamment sa supérieure de l’admettre au postulat sans différer, s’offrant à lui donner des soins particuliers pour la former, et l’instruire de ce qu’il lui était indispensable de savoir, pour être Fille de la Charité.
Mais Zoé ne profita que plus tard de l’intérêt que lui portait la bonne sœur Victoire ; ce bonheur devait être chèrement acheté.
Lorsqu’elle s’ouvrit à son père de son dessein, le cœur de ce pauvre père se révolta ; il avait déjà donné sa fille aînée à la famille de saint Vincent, et sacrifier encore celle qui depuis de longues années administrait sa maison si sagement, lui semblait au-dessus de ses forces. Il crut avoir trouvé un moyen de la détourner de ce dessein en l’envoyant à Paris, chez un de ses fils qui était restaurateur, avec recommandation de chercher à éteindre chez sa sœur toute idée de vocation, par les distractions qu’il lui ménagerait. Temps d’épreuves et de souffrances pour la jeune aspirante, qui, bien loin de perdre le désir de se consacrer à Dieu, ne fit que soupirer plus ardemment après le jour où elle quitterait le monde.
Elle eut alors la pensée d’écrire à sa belle-sœur, à Châtillon, et de l’intéresser à sa cause. Celle-ci, touchée de cette marque de confiance, la fit venir près d’elle et obtint enfin le consentement de son père. Elle entra chez les sœurs de Châtillon, comme postulants, au commencement de l’année 1830.
Zoé Labouré fut bien heureuse de se voir enfin au terme de cette rude épreuve qui avait duré presque deux années. Le 21 avril 1830, elle touchait au port tant désiré du séminaire (Saint Vincent de Paul voulut qu'on appelait temps de séminaire le séjour que font les jeunes sœurs à la maison principale de la communauté, afin d’y être formées à l’esprit et aux œuvres de leur vocation ; il craignait que le nom de noviciat ne fît regarder les Filles de la Charité comme des religieuses).

La voilà donc en possession de tout ce qui était l’objet de ses désirs et de ses affections, depuis sa plus tendre enfance. Son âme pouvait alors se dilater à l‘aise dans la prière et dans la joie d’être tout entière au service de son Dieu.
Elle eut le bonheur d’avoir pour directeur de sa conscience, pendant tout le temps de son séminaire, M. Jean-Marie Aladel, prêtre d’une éminente piété, vrai fils de saint Vincent de Paul, homme d’un jugement sûr, d’une grande expérience, austère comme un anachorète, infatigable au travail, dont la mémoire est restée en vénération dans la Compagnie des Filles de la Charité et dans celle des Prêtres de la Mission. Il fut pour elle un guide prudent dans les voies extraordinaires où Dieu l’appelait ; il sut constamment la tenir en garde contre les illusions de l’imagination et surtout contre les séductions de l‘orgueil, en même temps qu’il s’attachait à la faire avancer dans le chemin de la perfection, par la pratique des plus solides vertus. M. Aladel entretint avec sœur Catherine des relations suivies, même lorsqu’elle fut envoyée à l’hospice d’Enghien. Il y gagna beaucoup pour sa propre sanctification et pour les œuvres dont il était chargé.
Informé par elle des desseins de Dieu, il se consacra sans réserve à propager le culte de Marie Immaculée, et, pendant les dernières années de sa vie, à étendre parmi les jeunes filles, élevées par les sœurs de Saint-Vincent, l’association des Enfants de Marie. Il mourut en 1865, onze ans avant sa fille spirituelle (La Vie de M. Aladel a été publiée ; 1 vol. in-12 : on la trouve à Paris, rue du Bac, 140).
Trois jours avant la magnifique cérémonie de la translation des reliques de saint Vincent de Paul à la chapelle de Saint-Lazare, fête qui fut le signal d’une nouvelle vie pour la congrégation de la Mission, sœur Labouré fut favorisée d’une vision prophétique. Le même Dieu qui avait appelé Vincent de la garde des troupeaux de son père, pour en faire l’instrument de sa droite, allait confier aussi à une pauvre fille des champs les secrets de sa miséricorde. Laissons-la raconter dans son naïf langage cette première impression :
« Je suis arrivée le mercredi avant la translation des reliques de saint Vincent de Paul. Heureuse et contente d’assister à ce grand jour de fête, il me semblait que je ne tenais plus à la terre.
Je demandais à saint Vincent toutes les grâces qui m’étaient nécessaires, et aussi pour les deux familles et pour la France tout entière. Il me semblait qu’elle en avait le plus grand besoin. Enfin je priais saint Vincent de m‘enseigner ce que je devais demander, et de le faire avec une foi vive. »
Elle revenait de Saint-Lazare toute remplie de la pensée de son bienheureux Père, et le retrouvait à la communauté. « J’avais, dit-elle, la consolation de voir son cœur au-dessus de la petite châsse ou ses reliques sont exposées. Il m’apparut trois jours de suite d’une manière différente : blanc, couleur de chair, et cela annonçait la paix, le calme, l’innocence et l’union.
Puis je l’ai vu couleur de feu, ce qui était le symbole de la charité qui s’allumera dans les cœurs. Il me semblait que la charité devait se renouveler et s’étendre jusqu’aux extrémités du monde.
Enfin il m’apparut rouge-noir, ce qui me mettait la tristesse dans le cœur. Il me venait des craintes que j’avais peine à surmonter. Je ne savais ni pourquoi ni comment cette tristesse se portait sur le changement de gouvernement. »
Il était étrange, en effet, que sœur Labouré eût alors des préoccupations politiques.
Une voix intérieure lui dit : « Le cœur de saint Vincent est profondément affligé des grands malheurs qui vont fondre sur la France. » Le dernier jour de l’octave, elle vit le même cœur couleur vermeille, et la voix intérieure lui dit : « Le cœur de saint Vincent est un peu consolé, parce qu’il a obtenu de Dieu, par la médiation de Marie, que ses deux familles ne périraient pas au milieu de ces malheurs, et que Dieu s’en servirait pour ranimer la foi. »
Afin de se mettre l’esprit en repos, elle parla de cette vision à son confesseur, qui l’engagea à n’y plus penser ; sœur Labouré ne songea plus qu’à obéir, et rien au-dehors ne la fit remarquer de ses compagnes.
Nous trouvons cette faveur singulière consignée dans une lettre écrite par sœur Catherine, en 1856, d’après l’ordre que lui en avait donné M. Aladel. L’année où elle entra au séminaire, ce digne missionnaire était presque le seul aumônier de la communauté. La congrégation de la Mission, à peine restaurée à cette époque, comptait à sa maison-mère neuf prêtres en tout, et moitié moins de séminaristes. M. Étienne, de vénérée mémoire, était procureur général, et M. Salhorgne, le supérieur des deux familles de saint Vincent. Si la disette de sujets était grande, le dévouement de ces quelques prêtres y suppléait et ils se multipliaient pour le service de la communauté. La divine bonté préparait à leur charité une belle récompense.
Si nous en croyons les notes que sœur Catherine écrivit plus tard par l’ordre de M. Aladel, l’humble fille, pendant tout le temps de son séminaire, jouit à découvert de la vue de Celui dont la présence se cache à nos sens dans le sacrement de son amour : « Excepté, dit-elle, lorsque j’eus un doute ; alors je ne vis plus rien, parce que je voulais approfondir le mystère, craignant de me tromper. »
Notre-Seigneur daignait se montrer à son humble servante, conformément aux mystères du jour ; elle en a écrit une circonstance qui tient au changement de gouvernement que rien ne faisait prévoir encore :
« Le jour de la Sainte-Trinité, dit-elle, Notre-Seigneur m’apparut dans le très-saint-sacrement pendant la sainte messe, comme un roi, avec la croix sur sa poitrine. Au moment de l’évangile, il m’a semblé que la croix et tous ses ornements royaux coulaient à terre sous ses pieds, et que Notre-Seigneur restait dépouillé. C’est là que j’ai eu les pensées les plus noires et les plus tristes, comprenant que le roi serait dépouillé de ses habits royaux et les dommages qui en résulteraient. »
Lorsque l’humble fille avait ces pensées tristes au sujet du roi, celui-ci semblait au comble de sa fortune. Le siège d’Alger se faisait alors, et tout semblait présager l’heureux succès de ses armes. En effet, les premiers jours de juillet, l’imprenable forteresse des pirates tombait au pouvoir des Français ; tout le royaume était dans la joie de cette mémorable victoire, et les églises retentissaient de chants d’actions de grâces.
Hélas ! le triomphe devait être promptement suivi d’une révolution sanglante, qui allait renverser le trône et menacer les autels. À la suite des journées de juillet, la frayeur s’était emparée du clergé et des communautés religieuses de Paris. M. Aladel craignait beaucoup pour les Filles de la Charité et les Missionnaires. Sœur Labouré ne cessa de le rassurer, répétant que les deux Compagnies n’avaient rien à redouter de cette tourmente, qu’elles ne périraient pas.
Elle lui dit un jour qu’un évêque avait demandé à se réfugier à Saint-Lazare ; qu’on pourrait le recevoir sans hésitation, qu’il y serait en sûreté. M. Aladel n’avait pas fait grande attention à ces prédictions, il s’en retournait tristement à la maison, lorsqu’en y arrivant, le respectable M. Salhorgne l’aborda en lui disant que Mgr Frayssinous, évêque d’Hermopolis et ministre des cultes sous Charles X, était venu lui demander un asile pour se soustraire à la persécution qui le poursuivait.
Ces révélations portaient un cachet de vérité qu’il était difficile de méconnaître ; aussi, tout en feignant de ne pas y croire, M. Aladel en écoutait le récit avec le plus vif intérêt. Il commençait à se persuader que l’esprit de Dieu agissait en cette jeune sœur, et en voyant s’accomplir sous ses yeux plusieurs choses qu’elle lui avait annoncées, il se sentait disposé à donner créance à d’autres communications plus merveilleuses encore dont elle lui faisait part.
Selon son témoignage, la très-sainte Vierge lui était apparue ; ses apparitions s’étaient renouvelées diverses fois, elle l’avait chargée de rapporter à son directeur ce qu’elle avait vu et entendu. Une importante mission, lui était confiée, c’était de faire frapper et de répandre une médaille en l’honneur de l’Immaculée-Conception.
On trouvera au chapitre troisième de Ce Volume le récit détaillé de ces visions, tel qu’il nous a été transmis de la main de la sœur elle-même.
« Malgré les assurances sensibles qu’il avait de la véracité de la sœur, M. Aladel n’écoutait néanmoins ses communications qu’avec défiance, comme il l’a rapporté lui-même dans l’enquête canonique ordonnée en 1836 par Mgr de Quélen ; il affectait d’y faire peu d’attention, comme si ces visions n’avaient été que l'effet de l’imagination d’une jeune fille. Il lui commanda d’en porter le même jugement et de n’en faire aucun cas, il alla même jusqu’à l’humilier et lui reprocher son peu de soumission d’esprit. La pauvre sœur, ne pouvant parvenir à le convaincre, n’osait plus l’entretenir des apparitions de la sainte Vierge, elle ne le faisait que lorsqu’elle se sentait tourmentée et poursuivie par un désir presque irrésistible. Telle a été la cause pour laquelle, ajoute M. Aladel, elle ne lui en a parlé que trois fois, bien que les visions se soient plus souvent répétées. Après qu’elle avait déchargé son cœur, elle se trouvait calme et parfaitement tranquille. L’enquête fait encore remarquer que sœur Catherine ne chercha point d’autre confident de ses secrets que son confesseur, elle n’eut pas même la pensée de s‘en ouvrir ni à ses supérieurs ni à d’autres personnes. C’est à M. Aladel que Marie l’avait adressée, elle ne parla qu’à lui seul et même elle exigea de lui la promesse que son nom ne serait jamais prononcé (Procès-verbal de l‘enquête faite par ordre de Mgr le Quélen, en 1836, sur l’origine de la médaille ; ms., p. 10). »
D’après cet engagement, M. Aladel raconta la vision à M. Étienne ainsi qu’à d’autres personnes, mais sans jamais désigner la sœur soit directement soit indirectement. Nous verrons plus loin comment la Providence prit soin de la tenir toujours inconnue.
Ces communications célestes, comme il est facile de le supposer, laissaient dans l’âme de sœur Labouré des impressions profondes qui persévéraient ordinairement, même après qu’elle avait quitté l’oraison, et la rendaient en quelque sorte étrangère à ce qui se passait autour d’elle. À ce sujet, on raconte qu’à la suite d’une de ces apparitions, elle se lève comme les autres au signal donné, sort de la chapelle et va prendre sa place au réfectoire, mais demeure si absorbée qu’elle ne songe pas même à toucher à la portion placée devant elle.
La sœur Caillaud, troisième directrice, faisant sa tournée, lui dit rondement : « Eh bien, sœur Labouré, vous êtes encore en extase ? » Ces paroles la font revenir à elle, et la bonne directrice, qui ne pensait pas avoir parlé si juste, ne soupçonne rien.
Cependant sœur Catherine approchait de la fin de son séminaire, et malgré ses affirmations tout à la fois si naïves et si précises, son directeur refusait toujours de la croire. Elle eut le déplaisir de quitter la maison-mère sans avoir pu rien obtenir, pas même une espérance.
C’est que l’affaire était plus grave qu’elle ne pensait ; il fallait communiquer au public une faveur dont l’origine surnaturelle pouvait être contestée ; le prudent directeur comprenait qu’en pareille matière, on ne saurait exiger trop de preuves ni prendre trop de précautions.

Sœur Labouré fut revêtue du saint habit dans le cours du mois de janvier 1831 et placée, sous le nom de sœur Catherine, à l’hospice d’Enghien, au faubourg Saint-Antoine, d’où elle pouvait continuer ses communications avec M. Aladel. Ce respectable Père ne la perdait pas de vue ; tout en paraissant ne donner aucun crédit aux confidences de sa pénitente, il s’appliquait à l’étudier avec soin, afin de se convaincre si réellement ses visions étaient le produit d’un esprit faible, enthousiaste, et d’une imagination exaltée. Mais plus il l’étudiait, plus il acquérait la certitude qu’il n’y avait rien de semblable dans la sœur Labouré. Le jugement porté sur elle par les directrices du séminaire était qu’elle avait un esprit peu saillant, mais un caractère positif et calme que M. Aladel qualifiait de froid, et même d’apathique.
Ce dernier trait ne convenait pourtant pas à la sœur Catherine, en qui ses compagnes ont reconnu toutes, au contraire, un caractère très-vif. Mais cela prouve, du moins, qu’il n’y avait en elle aucune exaltation. De plus, elle se montrait solidement vertueuse, sans qu’on eût jamais rien aperçu d’extraordinaire dans ses manières, et surtout dans sa dévotion.
Avant de se rendre à sa nouvelle destination, sœur Labouré passa quelques jours dans un grand établissement de Paris. M. Aladel prit alors un prétexte pour aller visiter les sœurs de cette maison, et examiner plus à l’aise la jeune sœur. Le bruit des visions avait déjà circulé, et on savait que M. Aladel avait reçu des confidences ; aussi, dès qu’il parut, les sœurs l’entourèrent, et chacune, à l’envi, le pressa de questions. Il avait l’œil sur sœur Catherine qui, sans se déconcerter, mêla ses demandes à celles des autres avec beaucoup de tranquillité. Le digne missionnaire fut rassuré, comprenant que la sœur garderait son secret.
La dernière fois que la sainte Vierge s’était montrée à sœur Labouré, dans le sanctuaire de la maison mère, elle lui avait dit ces paroles : « Ma fille, désormais vous ne me verrez plus, mais vous entendrez ma voix pendant vos oraisons. » En effet, elle eut fréquemment pendant le cours de sa vie des communications de ce genre. Ce n’étaient plus des apparitions sensibles, mais des vues intellectuelles qu’elle savait très-bien distinguer des illusions de l’imagination ou des impressions d’une pieuse ferveur.
Sa mission n’était pas achevée relativement à la médaille. Quelques mois s’étaient écoulés lorsque la Vierge Immaculée se plaignit à elle de ce que ses ordres n’étaient pas exécutés.
« Mais, ma bonne Mère, reprit sœur Catherine, vous voyez bien qu’il ne me croit pas. — Sois tranquille, lui fut-il répondu ; un jour viendra où il fera ce que je désire ; il est mon serviteur, il craindrait de me déplaire. »
Cette parole ne tarda pas à se vérifier.
Lorsque le pieux missionnaire reçut cette communication, il commença à réfléchir sérieusement : « Si
Marie est mécontente, se dit-il, ce n’est pas de la jeune sœur qui, dans sa position, ne peut rien ; c’est donc de moi. » Cette pensée l’inquiéta, le troubla (Procès-verbal de l’enquête, p. 5). Il avait depuis longtemps communiqué le récit des visions à M. Étienne, alors procureur général. Un jour qu’ils étaient allés ensemble faire une visite à Mgr de Quélen, au commencement de 1832, M. Aladel profita de la circonstance pour lui parler des apparitions et surtout de son embarras, puisque la sainte Vierge se plaignait à la sœur des lenteurs apportées à l’exécution de ses ordres.
Monseigneur répondit que ne voyant en cela rien de contraire à la foi, il ne trouvait nul inconvénient à ce que la médaille fût frappée sans autre délai. Il demanda même qu’on lui en envoyât des premières.
Les ravages du choléra, qui survinrent sur ces entrefaites, retardèrent encore l’exécution jusqu’en juin ; le 30 de ce mois, deux mille médailles furent livrées, et M. Aladel s’empressa d’en envoyer à Mgr l’archevêque de Paris.
Mgr de Quélen voulut aussitôt en essayer l’efficacité : il était fort préoccupé de l’état spirituel de l’ancien archevêque de Malines Mgr de Pradt, presque mourant ; il désirait d’autant plus sa conversion, que la mort de ce prélat pouvait être l’occasion d’un scandale et de graves désordres, comme ceux qu’avait causés l’enterrement de l’évêque constitutionnel Grégoire. Il se munit de la médaille et va visiter le malade. L’entrée lui est refusée une première fois ; mais bientôt le moribond repentant lui envoie ses excuses, avec prière de venir de nouveau. Dans cette entrevue, il témoigne à Sa Grandeur un sincère repentir de sa vie passée, rétracte toutes ses erreurs, et, après avoir reçu les derniers sacrements, il meurt, la nuit même, entre les bras de l’archevêque. Celui-ci, rempli d’une sainte joie, s’empressa d’en faire part à M. Aladel.
Le digne missionnaire remit une médaille à sœur Catherine, qui la reçut avec « grande dévotion et respect » et elle dit : « Maintenant il faut la propager. » La chose fut facile à la communauté des Filles de la Charité, où se racontaient tout bas les apparitions, l’empressement fut général ; on en répandit avec abondance, et à mesure qu’elles étaient distribuées, les guérisons et les conversions se multipliaient dans tous les rangs de la société, de telle façon que bientôt elle fut désignée sous le nom de médaille miraculeuse.
Témoin de ces merveilles, le cœur du Père Aladel se dilatait, et il crut devoir publier une petite notice sur l’origine de la médaille, afin de répondre ainsi à toutes les demandes ou questions qui lui étaient adressées. Pour la gloire de Dieu et de Marie, il y ajouta les faits consolants dont il avait connaissance.
Que disait sœur Catherine en entendant parler de ces faits surprenants ? Moins que personne, elle s’en étonnait ; sa joie était grande sans doute, mais tout entière enfermée dans le silence de son cœur. Elle envoyait de temps en temps quelque nouveau message a M. Aladel, le priant, à plusieurs reprises, de faire élever un autel commémoratif de l’apparition et lui disant que « beaucoup de grâces et d’indulgences y seraient attachées, et que leur abondance retomberait sur lui-même et sur la communauté. »
Elle le pressait aussi de solliciter des faveurs spirituelles particulières, l’assurant qu’il pouvait demander sans crainte et que tout lui serait accordé.
Mais ce digne prêtre qui, nous l’avons dit, ne remplissait encore à la communauté que les fonctions de simple aumônier, se taisait prudemment, se réservant d’agir lorsque le temps favorable serait venu. Quelques années après, M. Étienne, son ami intime, fut élu supérieur général, et lui assistant de la congrégation et directeur des Filles de la Charité ; de concert, ils formèrent le projet d’élever à l’Immaculée Marie un autel plus digne de sa bonté maternelle et de la reconnaissance de ses enfants. La Providence sembla elle-même coopérer à l’exécution : le gouvernement fit alors à la communauté le don de deux magnifiques blocs de marbre blanc, en reconnaissance des soins donnés par les sœurs aux cholériques et à leurs orphelins. L’un fut destiné à l’autel, et l’autre à la statue de l’Immaculée Marie.
En même temps le personnel de la maison-mère, celui du séminaire surtout, augmentait chaque jour. La nouvelle vie qui circulait dans la communauté suscitait de nombreuses vocations, et le centre qui devait les réunir devenait trop étroit ; la chapelle surtout était née insuffisante. Pour l’agrandir, l’architecte eut un problème difficile à résoudre : il devait respecter le sanctuaire honoré de la visite de Marie, et en même temps élargir l’enceinte. Il y parvint en ajoutant des bas-côtés, surmontés de tribunes. Si l’édifice, toujours trop bas et trop resserré, n’y a pas gagné du côté de l’art, il a du moins l’avantage de conserver le lieu même de l’apparition de la très sainte Vierge, dans son intégrité primitive.
L’ancien autel fut transporté dans la chapelle latérale, dédiée à saint Vincent, et le saint fondateur y fut représenté tenant ce cœur tout brûlant de l’amour de Dieu et des pauvres, dont la vision avait frappé sœur Catherine. Une statue en plâtre de l’Immaculée Conception fut provisoirement placée au-dessus du maître-autel, en attendant la statue de marbre, dont la pose, pour des causes diverses, ne se fit solennelle ment qu’en 1856.
Ce fut un jour de grande joie pour la maison-mère : la statue n’était point une représentation froide et muette ;... elle rappelait éloquemment l’aimable image de Marie ; c’était là que cette Mère miséricordieuse avait parlé et annoncé ses grâces ; l’expérience de chaque jour avait confirmé les promesses, et sa vue ne cesse point aujourd’hui encore de réveiller dans les cœurs des émotions profondes et tendres lorsqu’on vient prier à ses pieds. Oui, Marie est bien là. Elle parle au cœur de ses enfants ; Elle leur fait sentir qu’Elle les aime et les protège.
Sœur Catherine dit aussi à M. Aladel, toujours dans les premiers temps de sa vocation : « La sainte Vierge veut que vous fondiez une congrégation ; vous en serez le supérieur. C’est une confrérie d’Enfants de Marie ; la sainte Vierge fera beaucoup de grâces ; des indulgences seront accordées. »
Le lecteur verra, dans le cours de ce volume, comment cette œuvre fut réalisée et quelle admirable extension la Providence lui a donnée.
Elle annonça encore que le mois de Marie se ferait avec grande pompe et deviendrait général dans toute l’Église ; que le mois de saint Joseph se célébrerait aussi, et que la dévotion envers ce grand saint augmenterait beaucoup, ainsi que la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus.
Tant de miracles opérés partout et chaque jour, tant de témoignages signalés dus à la protection de Marie, devaient engager la communauté et surtout le séminaire, qui en avait été le lieu et en avait fourni l’instrument, à perpétuer un si précieux souvenir.
Deux tableaux furent donc commandés pour reproduire, l’un la vision de la médaille et l’autre celle du cœur de saint Vincent. Lorsque le peintre s’appliquait à représenter avec exactitude la sainte Vierge, il vint consulter M. Aladel et lui demanda de quelle couleur devait être son voile... L’embarras du missionnaire fut grand ; il ne se rappelait plus ce détail, et comme il tenait à ce que sœur Catherine ne crût pas qu’il y attachait beaucoup d’importance, il lui écrivit ; et tout en paraissant vouloir la prémunir contre les illusions du démon, il lui demandait de nouveau sous quel aspect la sainte Vierge s’était montrée à elle. Sœur Catherine lui fit cette réponse : « Pour le moment, mon Père, il me serait impossible de me souvenir de tout ce que j’ai vu ; une seule particularité me reste : « c’est que le voile de la sainte Vierge était couleur blanc aurore. »
C’était la seule chose que M. Aladel désirait savoir, et précisément c’était aussi le seul fait que sœur Catherine eût en mémoire.
Ces petits incidents, ménagés par la Providence, n’étaient pas perdus ; ils augmentaient la confiance du sage directeur. Lorsque les tableaux furent placés au séminaire, M. Aladel prit discrètement ses mesures pour que sœur Catherine vint les voir au jour et à l’heure ou il s’y trouverait comme par hasard. Une sœur de la maison, s’y rencontrant aussi avec sœur Catherine, conçut quelque soupçon, et se tournant tout à coup vers le digne Père, elle lui dit : « Voilà certainement la sœur qui a eu la vision ! » Il se vit fort embarrassé et ne trouva moyen de s’en tirer qu’en interpellant sœur Catherine pour la charger de répondre. Celle-ci se mit à rire, disant : « Vraiment l’on a bien rencontré ! » mais si simplement, que la sœur qui avait eu cette pensée dit au Père : « Oh ! je vois bien que ce n’est pas elle, vous ne l’auriez pas invitée à me le faire savoir. »
Pendant sa longue vie, sœur Catherine fut souvent mise à de petites épreuves de ce genre.
Les détails que M. Aladel avait donnés à Mgr de Quélen sur la vision de la médaille l’avaient fort intéressé ; il désirait vivement connaître la personne qui avait reçu cette précieuse faveur. M. Aladel répondit que la sœur tenait à demeurer inconnue. « Eh bien ! reprit Sa Grandeur, qu’à cela ne tienne ! elle mettra un voile et pourra me parler sans être vue. » — M. Aladel s’en excusa de nouveau, disant que c’était pour lui secret de confession.
M. Ratisbonne, miraculeusement converti en 1842 par l’apparition de la médaille miraculeuse, désirait ardemment de s’entretenir avec la sœur privilégiée la première de cette vision céleste, et fit pour ce sujet de pressantes mais inutiles démarches auprès de son directeur.
Autour d’elle, les uns faisaient des questions embarrassantes ; les autres des suppositions, et lorsqu’on insistait trop pour s’en éclaircir, elle trouvait le moyen de faire sentir aux curieux qu’ils étaient indiscrets, et l’on n’y revenait pas une seconde fois. D’ailleurs sa grande simplicité déconcertait ordinairement les interrogateurs.
En différentes circonstances, la sainte Vierge paraissait venir à son aide : ainsi, lors de l’enquête de 1836 et de la déposition faite à M. le promoteur, M. Aladel déclara qu’il avait inutilement essayé de décider sœur Catherine à venir, qu’il n’avait pu vaincre sa résistance, et que, du reste, on tenterait en vain de l’interroger, parce qu’elle avait tout oublié.
On dit que la même chose lui arriva un jour en présence de M. Étienne, devenu supérieur général, et qu’il ne réussit pas à la faire parler ; elle ne se souvenait plus de rien. C’est ce qui donna lieu au bruit répandu dans la communauté, que la vision s’était complètement effacée de la mémoire de la sœur qui en avait été favorisée.
Grâce à cette opinion, sœur Catherine put demeurer, pendant de longues années, bien cachée dans son modeste office ; employée d’abord à la cuisine, puis à la lingerie, elle resta ensuite pendant près de quarante ans dans la salle des vieillards de l’hospice d’Enghien, et elle ajoutait à cet office celui de la basse-cour.



Reportez-vous à Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (2/2), Grâces extraordinaires de conversion obtenues par la Médaille MiraculeusePrière pour la FranceNeuvaine de confiance au Sacré-Cœur, Soin que l'état de maladie demande, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.