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mardi 15 décembre 2020

L'épée et le chapeau ducal portés à la procession le jour de Noël


Louis VII reçut l'armure sacrée


LETTRE AUX ENFANTS DES CATÉCHISMES DE PERSÉVÉRANCE


Rome, 26 décembre.


Hier, mes enfants, en vous entretenant de la nuit de Noël, j'ai omis un détail qui a certainement son intérêt, et je vais tâcher de réparer aujourd'hui cette omission.
Au milieu des prélats qui précédaient le Pape à son entrée solennelle dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, l'un d'eux portait en grande cérémonie, sur un coussin de velours, une espèce de chapeau posé sur une superbe épée à poignée d'or. Je demandai ce que c'étaient que ces deux objets, et ce qu'ils signifiaient ? — On me répondit que c'étaient l'épée et le chapeau que le Pape a coutume de bénir tous les ans durant les fêtes de Noël, et qu'il envoie ensuite en présent à quelque prince chrétien.
Cette réponse ne m'ayant pas satisfait, je me proposai de prendre de plus amples informations, sitôt que j'en aurais le loisir, et je vais vous dire en quelques mots le résultat de mes recherches.
Je devrais avant tout vous faire la description des deux objets mystérieux dont je vous entretiens, et du chapeau surtout ; car vous devez être bien étonnés, à propos de procession, d'entendre parler d'épée et surtout de chapeau. Franchement je n'ose faire cette description, de peur de mal réussir, et de ne pas trouver au moins d'expressions qui rendent ce que j'ai vu. Je me contente de vous dire que, quoique ce chapeau ait une forme très-singulière, il a quelque analogie avec les casques anciens, tels qu'on les portait du temps de Henri II et de François Ier, et qui n'étaient point en métal comme ceux que nous voyons maintenant à nos dragons ou à nos cuirassiers. C'est une espèce de cône arrondi à larges bords : l'intérieur en est tout doublé de soie blanche, et l'extérieur est recouvert d'une étoffe de velours rouge bordé d'or, et orné de perles.
Voilà pour la description. Mais que viennent faire ce casque, cette épée, dans une procession et surtout dans une procession de Noël ? C'est ce que je vais vous dire. — Durant tout le quatorzième siècle et une partie du quinzième, les Souverains Pontifes furent souvent menacés dans leur capitale de Rome par les Turcs, qui tentèrent plusieurs fois de répandre dans tout l'Occident le nom et la religion de Mahomet. Trop faibles pour résister à des ennemis si puissants, les Papes avaient recours aux princes chrétiens ; c'étaient tantôt l'empereur d'Autriche, tantôt le roi de Hongrie ou celui de Bavière qui venaient les défendre. Sur la fin du quatorzième siècle, comme les attaques des Turcs devenaient plus terribles, et qu'il fallait presque chaque année les repousser du territoire, le Pape Urbain VI, qui régnait alors, fixa que tous les ans une armure complète serait bénie le jour de Noël, et que cette armure serait envoyée, en signe de reconnaissance ou en signe de supplication, au prince qui aurait généreusement défendu l'Église, ou à celui dont on voulait réclamer la protection, et qui devrait embrasser, l'épée à la main, la sainte cause de Dieu (L'on sait les noms de plusieurs princes auxquels les Souverains Pontifes envoyèrent l'armure sacrée. Dans les siècles reculés Urbain VI l'envoya à Fortiguerra, président de la République de Lucques, Nicolas V au prince Albert, frère de l'empereur Frédéric, Pie II à Louis VII, roi de France). Je n'ai pas besoin de faire remarquer que cette solennité et cette bénédiction furent fixées au jour de Noël, et qu'elles furent placées sous les auspices de la Crèche, en mémoire de la victoire de l'enfant Jésus sur le cruel Hérode, dont les Turcs imitaient les méchants desseins.
Quand les invasions et les attaques des Turcs eurent cessé, les Papes crurent devoir conserver un usage qui rappelait tant de souvenirs, et qui devait contribuer à confirmer l'attachement des princes chrétiens pour le Saint-Siège ; seulement, au lieu de l'armure complète, dont le prince devait se revêtir à la guerre, on ne conserva plus que le casque et l'épée, qui forment les deux insignes les plus nobles de l'armure d'un guerrier. — Telle est l'origine de la particularité des fêtes de Noël à Rome, que je viens de décrire.
On portait autrefois en procession l'armure complète, pour faire apprécier à tous les chrétiens le cas que le Pape faisait du présent qu'il allait envoyer ; c'est dans la même pensée que maintenant le casque, qu'on appelle aussi le chapeau ducal, et l'épée (L'expression italienne consacrée pour le casque et cimiero, pour l'épée stocco), sont portés en procession, et demeurent exposés sur un coin de l'autel durant tout l'office.
C'est avant-hier au soir, avant les matines de Noël, que le Pape, en présence de tous les Prélats de sa maison, après s'être revêtu de l'aube et d'une simple étole blanche, a béni l'épée et le chapeau.
Les prières qui accompagnent cette bénédiction sont si belles, que je ne puis m'empêcher de vous en citer un passage :
« Jésus-Christ, souverain Seigneur de toutes choses, daignez bénir ce casque et cette épée pour la défense de votre sainte Église.. Que la bénédiction que nous leur donnons les fasse servir à la protection des faibles et des opprimés, et à l'anéantissement des méchants... Ô Dieu ! faites que celui qui va être ceint de cette épée, consacrée par votre bénédiction, protège et défende toujours votre sainte cause, et gardez-le vous-même et protégez-le par la force de cette épée contre les ennemis qu'il aura à combattre... »
Encore un détail, qui se rapporte à notre sujet. On m'a dit qu'autrefois, lorsque le prince auquel le présent était destiné se trouvait à la bénédiction, on lui présentait d'abord l'épée qu'il ceignait par-dessus la cotte d'armes dont il était revêtu, puis le casque dont il se couvrait, et qu'il assistait ainsi armé aux prières de la cérémonie. Le soir, à l'office des matines, il devait aussi paraître revêtu de son armure, que recouvrait un grand manteau blanc, et faisait publiquement lecture d'un passage de la Sainte Écriture, où l'auteur inspiré, après avoir raconté les guerres et les combats que le peuple de Dieu a sans cesse à soutenir contre ses ennemis, annonce les vengeurs que la Providence ne manque jamais de lui envoyer. Avant de faire cette lecture, le prince se découvrait, puis, debout, frappait trois fois la terre de son épée nue, et la remettait dans le fourreau après l'avoir trois fois secouée en l'air, comme pour prendre à témoin le ciel et la terre par un triple serment qu'il ne porterait pas en vain cette épée, dont il était armé pour la défense de l'Église et de la justice.
Adieu, mes enfants. On m'a dit que cette année le présent du Saint-Père est destiné à un prince d'Allemagne. — Vous seriez peut-être bien heureux et bien justement glorieux de recevoir un semblable présent ; demandez au petit Enfant-Jésus, qui a si bien vaincu le démon sur la paille de sa crèche, de vous donner la force de le vaincre durant toute l'année qui commence. Il faut pour cela avoir un casque plus étincelant et une épée plus vaillante que toutes les épées et tous les casques qui ont jamais été donnés aux princes de la terre.

(Extrait de Les Fêtes de Noël à Rome, par M. l'Abbé V. Dumax)


Reportez-vous à L'Étable de Bethléem dans l’Église de l'Ara-CoeliDescription de la sainte Crèche, Son histoire, Cérémonie de l'Adoration, La Messe de Minuit à Sainte-Marie-Majeure, Les Boutiques de Noël et le Præsepio, Les Pifferari, Regard sur le triple sacrifice du Jour de Noël, Noël, Jour de sainte allégresse, Lumière sur Noël, La crèche, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au SeigneurDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.














dimanche 13 décembre 2020

Description de la sainte Crèche, Son histoire, Cérémonie de l'Adoration




LETTRE AUX ENFANTS DES CATÉCHISMES DE PERSÉVÉRANCE

25 décembre, 7 heures du soir.


Sur les dix heures de la matinée, dans l'immense basilique de Saint-Pierre, le Souverain Pontife a célébré la messe solennelle du jour de Noël. En vérité, il faut avouer, mes enfants, que si, cette nuit, la messe de Sainte-Marie-Majeure exprimait la fête de la divine naissance dans ce qu’elle a de plus suave et de plus délicieux pour l'âme, ce matin, la cérémonie de Saint-Pierre l'a fait rayonner de tout l'éclat et de toute la pompe aussi bien que de toute la majesté du culte catholique. Toutefois, je ne vous dirai rien, dans cette lettre, de cette messe pontificale ; je remets à vous la décrire à la Semaine-Sainte, où elle trouvera plus naturellement sa place. Aujourd'hui, je veux que rien ne vous distraie de la pensée de la sainte Crèche du Sauveur, que Rome a le bonheur de posséder, et qu’elle conserve dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, comme l'un de ses plus riches trésors, et je vais vous raconter sur elle tout ce qui peut vous intéresser.
Vous n'ignorez pas que l'on nomme crèche l'espèce de mangeoire où l'on met, dans les étables, le foin et la nourriture des animaux ; et ainsi, vous le voyez, il s'agit d'un objet bien misérable en apparence, mais qui est devenu plus précieux que les plus grandes richesses du monde, par le contact qu'il eut avec le Sauveur naissant.
L'on pense généralement que la crèche qui reçut Notre-Seigneur et lui servit de premier berceau était en pierre, mais qu'elle était garnie au-dedans d'une espèce de boîte en bois, qui, d'après plusieurs écrivains, aurait été construite à la hâte par saint Joseph, afin que le corps de l'enfant Jésus ne reposât pas sur la pierre. Ainsi, la crèche du Sauveur était composée de deux parties.
La première, c'est-à-dire la crèche de pierre, est encore, en partie du moins, à Bethléem ; on la vénère dans la sainte grotte de la naissance du Sauveur ; elle est entourée de marbre et décorée de riches ornements.
Quant à la crèche de bois, la plus précieuse sans contredit, puisque son contact avec le Sauveur fut plus immédiat, c'est donc dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, comme je vous l'ai déjà dit, qu'elle est conservée ; et c'est pour cette raison que cette basilique est encore appelée : Saint-Marie ad Proesepe.
Vous me demanderez tout d'abord comment cette relique insigne est aujourd'hui à Rome ? Le voici :
Durant sept siècles, la Palestine la posséda, et il est inutile de dire comment, dès l'origine, les chrétiens de la Judée entourèrent de leurs respects cet objet sanctifié par l'attouchement du Sauveur, comment on se le transmettait de génération en génération comme un précieux héritage, comment tous les conservaient avec un culte de vénération. Il est inutile aussi de rappeler comment, à mesure que l'Évangile étendait ses conquêtes, la reconnaissance et la foi amenaient dans la Palestine, au pied du berceau du Fils de Dieu, des troupes nombreuses de pèlerins venus de toutes les contrées du monde ; et qui ne sait que, parmi ces pèlerins, l'on comptait des évêques, des princes, des empereurs, qui tous, après avoir rendu leurs hommages à la sainte relique, l'enrichissaient de leur munificence, témoin la pieuse impératrice, mère de Constantin, qui la fit entourer de lames d'argent et de pierres précieuses (Saint Jean Chrysostome, dans une de ses homélies, se plaint, en termes bien touchants, de cette espèce d'excès dans les saintes prodigalités d'Hélène pour la Crèche : « Ah ! si je pouvais voir de mes yeux le bois même de la Crèche dans laquelle a reposé le Sauveur ! Hélas ! on l'a fait disparaître sous l'argent. Mais combien ce pauvre bois que l'on a dérobé à mes regards n'est-il pas pour moi plus précieux que ce riche métal que mes yeux aperçoivent ! »).
Mais pourquoi, au VIIe siècle, la Palestine fut-elle obligée de se séparer de cette sainte Crèche, qu'elle avait gardée avec plus de respect que les Juifs n'en avaient eu pour l'arche d'alliance ; cette sainte Crèche que durant tant de siècles, comme le dit si bien l'auteur des Trois Rome, elle avait vue environnée par les générations fidèles qui se succédaient, couverte des baisers de plusieurs millions de pèlerins, arrosée de leurs larmes brûlantes ?
C'est que les sectateurs de l'Islamisme, les fougueux enfants de Mahomet, commençaient à sortir de l'Arabie, dévastant, saccageant tout ce qui se rencontrait sur leur passage, jetant aux vents les cendres des martyrs et cherchant, avec toute la ruse que leur inspirait leur haine pour le nom chrétien, à détruire tout ce qui pouvait se rattacher au souvenir du Sauveur Jésus.
À la nouvelle du danger que courait la sainte Crèche, tout l'Occident s'émut. Rome envoya ses légats vers la Palestine : le berceau de Notre-Seigneur fut sauvé. On le déposa dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, alors appelée basilique Libérienne. C'était en l'année 642 de l'ère chrétienne, sous le pontificat du pape Théodore.
Depuis lors, la précieuse relique n'a pas quitté le sanctuaire qui lui fut assigné, il y a bientôt douze siècles et demi. Ainsi, c'est dans cette basilique que, depuis l'année 642, les princes, les rois, les empereurs, mêlés à la foule des pèlerins de tous les rangs et de toutes les conditions, sont venus la vénérer. Dire avec quel soin Rome l'a conservée serait aussi chose inutile. Si les chrétiens d'Orient, durant les sept premiers siècles de l'Église, l'entouraient de plus de respect et de plus de vigilance que les Juifs n'en eurent jamais pour l'arche d'alliance, les fidèles de Rome, et à leur tête les Souverains Pontifes, pendant la longue période qui a commencé au pontificat de Théodore, lui ont voué un culte d'amour et de sollicitude supérieur à celui dont l'ancien peuple romain honora jamais le Tugurium de son Romulus (Longtemps, les anciens Romains conservèrent avec une vénération mêlée d'enthousiasme religieux la petite maison qui avait, dit-on, appartenu à Romulus. C’était là, je crois, qu'ils avaient déposé le soc et la charrue dont Romulus, disaient-ils, s'était servi pour tracer le sillon mystérieux qui devait former la circonscription de sa nouvelle ville). Au siècle dernier, le pape Benoît XIV, l'un des plus illustres pontifes de l'Église, voulut ajouter à la gloire de la précieuse relique. Après le plus scrupuleux examen, il en proclama l'authenticité.
Quoi qu'il en soit, la sainte Crèche n'a plus aujourd'hui sa forme primitive, soit par suite de l'action du temps, soit afin que les parcelles que l'on en accordait, autrefois surtout, aux pèlerins, fussent plus facilement distraites, les petites planches qui en formaient les parois ont été désunies. Celles que l'on possède encore sont au nombre de cinq ; elles sont de différentes dimensions : les plus longues peuvent avoir soixante-dix à quatre-vingt centimètres, leur largeur moyenne est de douze à quinze. Elles sont minces, et leur couleur a cette teinte foncée et noirâtre que prend le bois en vieillissant.
Disposés les unes sur les autres et liés ensemble, les fragments de la sainte Crèche sont enfermés dans une magnifique châsse de cristal, que supporte un piédestal en argent, enrichi de pierres précieuses et d'un relief représentant la naissance du Sauveur. Ce somptueux reliquaire a été donné par un roi d'Espagne, Philippe IV, si je ne me trompe.
Toute l'année, la sainte relique est enfermée avec son reliquaire dans une des chapelles de la basilique que les Souverains Pontifes ont décorée des plus précieux ornements : on y voit, en particulier, dix colonnes et autant de pilastres en porphyre. Un coffre d'airain et une porte de fer à trois clefs, dont l'une est remise entre les mains du pape ou d'un cardinal désigné par lui, met à l'abri de toute main sacrilège ce trésor inappréciable. Ce n'est qu'en de très-rares circonstances que cette porte, si soigneusement fermée, s'ouvre pour laisser voir la sainte châsse à quelque pèlerin de distinction ; et le jour de Noël seulement, elle est offerte en public à la vénération des fidèles.
Mais en voilà assez sur tous ces détails préliminaires : venons aux particularités du triomphe que la sainte Église romaine réserve, chaque année, dans l'après-midi du jour de Noël, à cette relique insigne.
La cérémonie se fit encore, comme vous le pensez bien, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Elle commença sur les cinq heures, après l'office des vêpres, que le Pape avait chanté, suivant un antique usage.
Ce qui vous étonnera, c'est qu'il ne fut pas accordé à toute la nombreuse foule dont l'église avait été remplie d'y assister. Aussitôt que l'office fut terminé, la garde pontificale fit sortir tout le monde ; il ne resta dans l'église qu'un petit nombre d'élus. Pourquoi ce renvoi, me direz-vous ? Le voici : Toute la journée, la sainte Crèche a été offerte à la vénération des fidèles, sur le tabernacle du maître-autel (Après la messe de l'aurore, les chanoines de Sainte-Marie-Majeure viennent prendre la sainte Crèche qui depuis la messe de minuit a été exposée dans une chapelle voisine (la chapelle de Sixte V), et la transportent sur le tabernacle du maître-autel) ; en ce moment que les cardinaux et tous les prélats vont pour la dernière fois lui offrir leurs hommages, et la contempler plus à loisir avant que de s'en séparer, ils veulent être seuls et à l'abri des bruits de la foule. N'est-ce pas juste ?
Lors donc que l'église fut vide, la sainte Crèche fut descendue du tabernacle et déposée dans le chœur sur un autel portatif, tout brillant de lumière. Le cardinal protecteur de la basilique s'avança et vint le premier vénérer la précieuse relique : après lui se succédèrent les cardinaux présents, les prélats et les chanoines, et les heureux étrangers admis par une invitation spéciale.
Faut-il chercher à exprimer, mes enfants, ce que le cœur d'un chrétien peut ressentir, lorsqu'il contemple de ses yeux les restes divins de ce berceau où Marie, cette mère si riche et si pauvre à la fois, coucha le Sauveur Jésus, après l'avoir enveloppé de langes ? Non, ce sont de ces émotions et de ces sentiments qui ne se décrivent pas... Quant à vous, s'il ne vous est pas donné de voir de vos yeux la crèche de Jésus, n'oubliez pas que nos calices et que nos ciboires sont aussi des berceaux dans lesquels Jésus repose aussi bien qu'il a reposé dans la crèche de Bethléem... désormais, contemplez-les donc avec amour.
N'oubliez pas non plus que vos cœurs doivent être le sanctuaire de notre bien-aimé Sauveur. Plaisez-vous à lui répéter souvent cette touchante prière que lui adressait un pieux enfant :
« Ô Jésus, en venant au monde, vous n'avez pas trouvé de berceau ; en toute votre vie, vous n'avez point eu où reposer votre tête ; et vous avez voulu mourir dans le dénuement le plus complet sur une croix !... Pourquoi tout cela ; sinon parce que vous vouliez naître, vivre et mourir uniquement pour posséder nos cœurs. Ô aimable Sauveur ! que mon cœur soit donc le berceau qui vous reçoive naissant, puisque vous n'en voulez point d'autre sur la terre ; oui, qu'il soit votre berceau, votre demeure et votre sanctuaire : venez y naître, venez y vivre, venez y régner pour jamais. »
Après que tous les assistants eurent vénéré la sainte Crèche, le secrétaire du chapitre dressa un procès-verbal de la cérémonie dans lequel l'identité de la précieuse relique fut constatée ; puis la châsse fut reportée dans la chapelle d'où on l'avait tirée la veille et où elle demeure renfermée, comme je vous l'ai dit ailleurs, tout le reste de l'année, sous une porte d'airain à trois clefs.

Post-Scriptum. Je vous ai dit que l'on ne possédait plus à Bethléem qu'une portion de la crèche de pierre qui reçut l'espèce de coffre de bois que fabriqua à la hâte saint Joseph. Vous serez peut-être curieux d'apprendre où est l'autre partie de cette crèche de pierre ? — C’est encore à Rome et dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Elle y arriva au VIIe siècle, peut-être ayant la crèche de bois ; le corps de saint Jérôme fut apporté en même temps de Palestine. Une chapelle souterraine, construite sur le modèle de la grotte de Bethléem, fut creusée dans la basilique de Sainte-Marie — Majeure pour recevoir ces deux reliques insignes. Cette grotte ou chapelle souterraine a deux principaux autels. Dans le premier, consacré à la nativité du Sauveur, ont été déposés les fragments de la crèche : sous le second, dédié à saint Jérôme, sont les reliques du grand docteur. Ainsi, Rome n'a pas permis que celui qui avait été le vigilant gardien de la crèche de Jésus pendant sa vie, en fût séparé après sa mort, même sur la terre d'Italie, où la Providence avait conduit ses derniers restes.
C'est dans la chapelle de Sixte-Quint, au-dessous du maître-autel, que se trouve la grotte en question. Il ne faut pas confondre cette grotte avec la chapelle dite de la Crèche, où l'on conserve la châsse de la crèche de bois. — Quoique les deux reliques de la crèche aient été apportées à Rome dans le même temps, et quoique toutes deux aient été déposées à Sainte-Marie-Majeure, on leur a donné une destination différente : la première, ayant été placée dans les profondeurs d'un autel, est soustraite à jamais aux regards ; la seconde, ayant été confiée au cristal d'une châsse, est appelée à recevoir les hommages extérieurs de tout le peuple fidèle ; ainsi les reliques de la crèche elle-même du Sauveur semblent participer à sa double vie d'humiliation et de gloire, d'abaissements et de triomphes !

(Extrait de Les Fêtes de Noël à Rome, par M. l'Abbé V. Dumax)


Reportez-vous à L'épée et le chapeau ducal portés à la procession le jour de Noël, La Messe de Minuit à Sainte-Marie-Majeure, Les Boutiques de Noël et le Præsepio, Les Pifferari, Regard sur le triple sacrifice du Jour de Noël, Noël, Jour de sainte allégresse, Lumière sur Noël, La crèche, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au SeigneurDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.













vendredi 11 décembre 2020

La Messe de Minuit à Sainte-Marie-Majeure


Relique de la Crèche


LETTRE AUX ENFANTS DES CATÉCHISMES DE PERSÉVÉRANCE


Rome, 25 décembre, 8 heures du matin.


Vive Noël, chers enfants ! Oh ! que ce nom a de douceur, de parfum ! qu'il est mélodieux ! Noël ! c'est la fête de tous, la fête des grands et des petits, la fête des vieillards et des enfants, la fête des pauvres et des riches ! Noël, aimable nom d'une fête plus aimable encore ! Je ne sache pas qu'il y ait un seul pays au monde où on ne le prononce pas avec amour, où l'on ne se réjouisse pas en voyant arriver l'époque qui en ramène l'anniversaire.
Mais, s'il est un endroit sous le ciel où il soit meilleur de célébrer la fête de Noël, où il soit meilleur aussi de répéter le nom délicieux de Noël, et de le répéter, surtout durant la nuit de la divine naissance de l'enfant Jésus, c'est à Bethléem d'abord, dans la grotte privilégiée où naquit le Sauveur ; mais ensuite c'est à Rome, dans le pieux sanctuaire qui possède la crèche bénie sur laquelle l'enfant Jésus fut déposé après sa naissance. C’est là, dans ce sanctuaire, que j'ai passé une partie de ma nuit de Noël, là que j'ai assisté à la messe de minuit célébrée par le Souverain Pontife : vous allez me dire si j'ai été mal partagé.
Ce fut sur les neuf heures du soir que la cérémonie commença. Depuis de longues heures, des troupes de peuple se pressaient dans les rues pour se rendre à la basilique de Sainte-Marie-Majeure, où l'on conserve la sainte crèche. Les étrangers se mêlaient aux Italiens : ce n'étaient que carrosses. Je suivis la foule. La nuit était épaisse : des torches et des lampions, placés de distance en distance, indiquaient la route que devait suivre le Souverain Pontife. Déjà il était arrivé : les chants se faisaient entendre, les abords de la basilique étaient encombrés, on ne pouvait y pénétrer.
Enfin je parvins à me faire jour au milieu de la foule... Quel spectacle s'offrit alors à mes regards ! Vous vous rappelez, mes enfants, ce que je vous ai dit dans une de mes précédentes lettres (Cette lettre à laquelle l'auteur fait allusion appartient à une autre série de la Rome chrétienne. (Note de l'éditeur)) de la splendeur et de l'élégance de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, avec ses mosaïques, ses porphyres, ses bronzes, ses tabernacles d'or étincelants de pierres précieuses, et surtout sa longue et majestueuse nef, soutenue par trente-huit colonnes de marbre blanc. Eh bien ! représentez-vous cette immense basilique aussi éclairée qu'en plein jour : c'étaient partout des lumières, il en jaillissait des faisceaux de chaque colonne. Le sanctuaire surtout était tout en feu. Et toutes ces flammes de feu se détachaient sur des draperies de velours cramoisi à franges d'or, dont l'église tout entière, aussi bien que la colonnade, était ornée. Ce spectacle, passez-moi l'expression, avait quelque chose de saintement féerique.
La première partie de la cérémonie fut l'introduction de la sainte châsse, où sont renfermés les fragments de la pauvre crèche (Voir la lettre suivante où l'on trouvera des détails sur la sainte relique et sur le reliquaire qui la renferme) qui servit de berceau à l'enfant-Jésus. Les chanoines de la basilique allèrent la chercher en grande pompe. Dès que la sainte relique eut été exposée à la vénération des fidèles, dans une chapelle voisine de l'autel, le Souverain Pontife commença la messe.
Je ne m’étendrai pas à vous dire tout ce qu'il y a de doux et de consolant dans cette messe de minuit célébrée par le Souverain Pontife, près du berceau du Sauveur, à l'heure où l'Église rappelle le souvenir de sa naissance. Il faudrait être bien peu sensible pour ne pas ressentir en pareille circonstance quelques-unes de ces émotions qui ne s’effacent pas du cœur...
Je ne m'étendrai pas à vous dire tout ce qu'il y a de doux et de consolant dans cette messe de minuit célébrée par le Souverain Pontife, près du berceau du Sauveur, à l'heure où l'Église rappelle le souvenir de sa naissance. Il faudrait être bien peu sensible pour ne pas ressentir en pareille circonstance quelques-unes de ces émotions qui ne s'effacent pas du cœur...
Pendant les deux heures délicieuses que je passai à Sainte-Marie-Majeure, près de la crèche de Jésus, à quelques pas du Souverain Pontife, dont la voix vibrante venait de moment en moment se faire entendre à mon oreille, au milieu de ce sanctuaire tout en feu, je me serais cru volontiers au ciel, où l'on répète éternellement le Gloria in excelsis que les anges apportèrent à la terre, et qui fut ici exécuté de la plus céleste manière qui se puisse faire.
Il était onze heures passées quand je sortis de l'église. Je suivis avec la foule la route par laquelle le Saint-Père devait retourner à son palais du Vatican. Après quelques instants de marche, je compris, à l'agitation de ceux qui m'entouraient, qu'il fallait m'arrêter. En ce moment, je vis tout le monde tourner les regards vers la basilique ; je regardai aussi de ce côté, et ce fut pour apercevoir un grand et beau spectacle. Du sommet de la colline de l'Esquilin sur laquelle est construite Sainte-Marie-Majeure, on voyait descendre à grande vitesse des cavaliers et des carrosses : c'était le cortège du Pape. Il passa devant moi : quatre dragons des troupes pontificales à cheval, et portant à la main de larges torches embrasées, ouvraient la marche ; après eux venaient quelques voitures de prélats, puis un peloton de dragons, que suivait une immense quantité de carrosses. Les deux premiers étaient traînés par six chevaux noirs ; c'étaient ceux du Souverain Pontife et des prélats de sa maison ; dans les autres se trouvaient les cardinaux. Des domestiques portant aussi des torches se tenaient aux portières des carrosses du Pape, et à la clarté de ces lumières on pouvait distinguer la main du Souverain Pontife, se levant de moment en moment pour bénir le peuple, qui se pressait sur son passage. Qu'elle me fut précieuse, chers enfants, cette bénédiction paternelle, recueillie au milieu des rues de Rome, sous le prestige de la pompe de ce cortège, au milieu de la nuit de Noël ! Elle me fut aussi précieuse que celle que les Anges donnèrent aux bergers en leur annonçant la bonne nouvelle, ou plutôt elle me fut précieuse comme celle que l'enfant-Jésus lui-même accorda aux bergers, au moment où ils durent le quitter pour retourner à leurs troupeaux et à leur chaumière. Adieu.

Post-scriptum. — J'oublie de vous faire une observation importante, ou plutôt de répondre à une difficulté que vous vous êtes faite sans doute en lisant cette lettre. Vous n'aurez pas compris comment la messe de minuit que je viens de vous décrire, a été célébrée sur les dix heures du soir. Je dois donc vous dire qu'à Rome, la messe de minuit, au moins celle que célèbre le Pape, ou qui est célébrée devant lui par l'un des cardinaux, n'a pas lieu à minuit, mais deux ou trois heures plus tôt. Mais pourquoi, me direz-vous, dans un lieu si auguste, y a-t-il exception à la loi générale ? C’est parce que les cardinaux, les archevêques et les évêques qui doivent assister à cette messe, doivent aussi se trouver tous, dès le matin du jour suivant, à la grande basilique de Saint- Pierre pour la messe pontificale ; et il va sans dire que chacun doit avoir auparavant célébré les trois messes que l'Église autorise de dire en ce jour. Ces vénérables cardinaux et tous les autres prélats seraient donc obligés de passer toute la nuit de Noël sur pied : or, la plupart ne le pourraient sans un grave inconvénient, à cause de leur grand âge. Pendant plusieurs siècles, la rigueur du cérémonial de la fête les y obligeait ; mais plusieurs accidents, qui en furent la suite, firent introduire ce changement. Je sais qu'il résulte de cet ordre de choses que la messe de minuit est anticipée sur l'heure fortunée de la naissance du Sauveur, et que le Pape ou celui qui célèbre ne se trouve pas à jeun ; mais n'est- il pas vrai qu'il vaut mieux voir une anticipation sur l'heure de cette messe que de ne point la voir célébrer, ou de la voir dépourvue de ses principaux ornements ? Et quant à la loi du jeûne qui est enfreinte, il me suffit de vous dire que, quelque rigoureuse que soit cette loi avant la communion, le Souverain Pontife, qui a toute-puissance dans l'Église, peut la modifier, et il y met une exception en cette circonstance, soit pour lui, soit pour celui des cardinaux qui célèbre en sa place.

(Extrait de Les Fêtes de Noël à Rome, par M. l'Abbé V. Dumax)


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