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samedi 2 avril 2022

Dieu qui est partout demande que l'on se souvienne de sa divine présence



C'est le propre des grandes choses, de celles qui sont extraordinairement belles et rares, d'attirer les yeux, et d'occuper l'esprit. Ainsi, vous verrez des gens qui y sont attachés avec plaisir, et qui ont de la peine à en retirer leurs yeux. Ah ! si cela est, comment ne point avoir d'application à la présence de Dieu, devant qui toutes les beautés les plus charmantes ne sont que de vilaines laideurs, devant qui tout ce qu'il y a de plus rare parmi les choses créées, soit dans la terre, soit dans le ciel même, ne mérite pas qu'on s'applique un moment à le regarder ? Est-il possible que ce Dieu qui fera toute l'occupation du Paradis, et dont l'occupation en fera la félicité, qui est un bonheur infini, soit ainsi dans l'oubli en ce monde ; et qu'étant partout, partout on ne le voie point ?
Mais dira-t-on, c'est qu'il est caché à nos yeux corporels. Réponse bien indigne de l'homme, qui n'a pas seulement un corps qui a des yeux, ce qui lui est commun avec les bêtes, mais une âme spirituelle, douée d'intelligence, qui lui fait discerner ce que les sens n'aperçoivent pas. Nous avons dit que plusieurs Philosophes, par la seule lumière naturelle, avaient connu la présence de la Divinité en toute chose. Mais réponse intolérable dans le Chrétien qui a reçu le don de la foi, qui est un œil spirituel qui lui découvre certainement la présence de Dieu qui est partout, et avec plus d'assurance que les choses qui sont plus présentes à ses sens. Est-ce donc que ce bel œil qui est même éclairé par la lumière divine, lui sera inutile, et qu'il n'en sera point d'usage ?
Quoi donc, il sera vrai que nous marcherons dans Dieu ; que si nous regardons, nos regards passent à travers de Dieu ; que si nous respirons, c'est en Dieu ; que l'être de Dieu est intimement présent à notre être, qu'il le pénètre, qu'il l'anime, qu'il le soutient, qu'il lui donne la vie, l'opération, et tout ce qu'il a, et que néanmoins nous ne le regarderons pas seulement, on n'y pensera pas ?
Cependant on regarde, on s'applique à tout ce qui tombe sous les sens, en sorte, dit saint Augustin, qu'il semble que l'homme soit devenu tout chair ; car il ne pense qu'à ce que ses yeux de chair lui découvrent. Étrange et malheureuse corruption ! Infâme extase bestiale, par la domination de la partie animale ! Ainsi, l'homme dépravé est tout occupé des choses sensibles, soit qu'il soit seul, soit qu'il soit en compagnie. Que l'on fasse réflexion sur l'occupation des hommes ; leur pauvre esprit n'est rempli que de créatures, de terre, et des choses de la terre, de maisons, de jardins, de bois, de rivières, d'ameublements, de chevaux, d'équipages, d'habits, d'honneurs, de plaisirs, et des biens temporels. C'est à quoi ils pensent, c'est ce qu'ils aiment. Voilà le sujet de leurs entretiens, la matière de leurs conversations, pendant, hélas ! que l'on passe sa vie dans la désoccupation du Créateur.
Un serviteur de Dieu, (et c'est ce que nous avons rapporté autre part, dans l'un des ouvrages que la divine Providence nous a fait donner au public) arrivant à Paris par la voie d'un carrosse public, entendant toutes les personnes de sa compagnie qui s'entretenaient des nouveaux bâtiments que l'on avait faits dans cette grande ville, et qui s'invitaient à la regarder. Hélas ! dit-il, et personne ne pense à dire que Dieu est ici, et personne ne pense à le regarder. Un autre faisant voyage sur l'eau dans un bateau plein de monde, comme quelques-uns ayant remarqué qu'il était tout pensif, et qu'il ne disait rien, lui en eussent demandé la cause ; hélas ! leur répondit-il, c'est que je pensais à l'intime présence de Dieu qui remplit ce bateau, et que personne n'y pense. Le même, dans plusieurs autres voyages, ne pouvait assez s'étonner, qu'il ne trouvait que des gens qui s'occupaient de tout ce qui se présentait à leurs yeux corporels, sans se souvenir de l'immense Majesté de Dieu qui remplit toutes choses. Mais ce qui le surprenait davantage, est que lorsqu'il leur montrait combien il était juste de s'y appliquer, une si grande vérité ne faisait aucune impression, ni sur leurs esprits, ni sur leurs cœurs. Ah ! disait-il en lui-même, il faut que l'esprit et le cœur de l'homme soient dans un épouvantable dérèglement ! On lui dit : voilà des bêtes, des maisons, des arbres : il les regarde, il en parle, il ne fait son entretien ; on lui dit : voilà Dieu, et il n'y pense pas, et il n'en parle point ! On plaignait la personne dont nous parlons, qui , dans un long voyage, se trouvait seule dans un carrosse public ; et elle ne pouvait assez admirer la l'aveuglement des gens qui ne considéraient pas qu'elle avait avec elle les trois Personnes divines de la suradorable Trinité. Si en passant par quelques lieux, et que l'on prît quelqu'un dans le carrosse, on lui marquait que ce lui serait une satisfaction d'avoir de la compagnie : ô pauvres aveugles, disait-elle en elle-même, j'en ai bien une autre ; et bien loin d'avoir du plaisir de celle des créatures, elles me donnent de la peine ; car elles ne servent qu'à divertir de celle du Créateur.
Ô qu'une âme qui découvrirait la présence de Dieu, y goûterait de délices, et qu'elle y trouverait de matière pour s'entretenir avec cette suprême Majesté ! Ô quelle différence entre la vie des sains Anachorettes, et celles des personnes qui vivent dans le siècle ! Les créatures du monde, à peine peuvent-elles supporter la retraite. Il leur faut toujours de la compagnie, et des divertissements qui ne sont que bagatelles. Elles passent leur vie à s'entretenir avec d'autres créatures leurs semblables, et une demi-heure que dure la célébration du très-saint Sacrifice de la Messe, leur paraît bien longue. On crie si un Prédicateur parle plus d'une heure des plus grandes vérités de la Religion. On dit qu'on a de la peine à s'entretenir avec Dieu l'espace d'une demi-heure ou d'une heure ; et cependant, où trouve-t-on de ces créatures du monde parfaitement contentes, même de celle qui jouissent davantage de ce que l'on y recherche le plus. Leurs jeux, leur bonne chère, leurs récréations, leurs plaisirs, leurs plus belles conversations, donnent-ils à leur cœur un repos entier ? C'est ce qu'ils ne peuvent faire, parce qu'ils n'ont rien de véritablement solide, ils ne sont qu'une pure vanité.
Au contraire les divins Solitaires, dans une entière séparation des créatures, sans avoir de conversation avec elles, sans leurs jeux, leurs divertissements, n'ayant que Dieu seul dans leurs déserts pour compagnie, qui était toutes leurs richesses, tout leur plaisir, possédaient une tranquillité que le monde ne connaît point. Une paix divine qui surpasse tout sentiment, demeurait dans leurs cœurs. Ils menaient une vie angélique, et ils commençaient à en goûter les joies célestes. Ô ! qui pourrait nous dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du divin Paul, Hermite, qui a vécu plus de quatre-vingts ans dans le désert, sans jamais y avoir vu ni parlé à personne ; car il y avait plus de quatre-vingts ans qu'il s'y était retiré lorsqu'il y fut visité par saint Antoine. Certainement sa vie a été une vie du Paradis, toujours dans la contemplation de la Divinité.
Malheur à nous, qui en sommes si peu occupés. Malheur à toi, ô monde, dans tes ténèbres, qui, ayant Dieu présent partout, et qui partout ne le regardes pas, et qui t'ennuies si-tôt dans le peu de temps que tu y penses, et que l'on te parle de sa suprême Majesté. Ô si tu savais quel honneur c'est que la permission qu'il nous donne de nous entretenir avec sa grandeur infinie, que ne serais-tu pas pour jouir d'un bien si divin ? Une âme éclairée voit bien que s'il fallait souffrir durant toute la vie pour avoir cette grâce seulement un moment, que ce serait peu de chose : et voici que nous pouvons, quand il nous plaît, et facilement avec le secours divin, jouir de cet honneur inestimable ; et nous le négligeons !
Ô vraiment, s'écriait la séraphique Thérèse, puisque mon Dieu est partout, je ne le laisserai pas sans avoir l'honneur de l'entretenir ! Certainement c'est une indignité insupportable à une chétive créature, de traiter de la sorte son Créateur. Hélas ! voudrait-on en user de cette manière avec une personne un peu considérable ? C'est ce qui paraîtrait insupportable à une créature, et il faut qu'un Dieu le souffre !
Mais d'où vient un aveuglement si excessif parmi les hommes ? C'est que les esprits sont aveuglés par la terre à laquelle ils sont attachés. Ô bienheureux ceux qui ont le cœur pur par le dégagement ; car ils verront Dieu. C'est à eux à qui il se manifeste avec des amours ineffables ; et c'est cette manifestation qui est le don de sa divine présence.
Toutes les créatures à la vérité, avec le secours de sa grâce, peuvent le voir partout, puisqu'il remplit tout de son immense Majesté. Mais dans la voie commune, il faut s'appliquer avec une attention spéciale pour découvrir son adorable présence. Les Chrétiens, avec la lumière de la Foi, s'y appliquent comme ceux qui cherchent quelque chose avec une chandelle durant l'obscurité de la nuit ; c'est avec une attention particulière, et avec peine. Mais il y en a à qui il se découvre par une lumière infuse, et qui marchent sans peine en sa présence, comme ceux qui cheminent pendant la clarté d'un grand jour, à qui les objets sont présents sans aucune difficulté. C'est le don que ce Dieu de toute bonté fait à ceux qui le servent en vérité, par un véritable renoncement à eux-mêmes, au monde, et à toutes les choses du monde. Il s'en est même trouvé qui ont eu ce don continuel : comme il est rapporté du saint Homme, le grand dévot de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, le vénérable Frère Alphonse Rodriguez, Religieux de la Compagnie de Jésus, comme lui-même l'assura un jour à plusieurs Pères de sa Compagnie, qui, disputant un jour sur ce sujet, estimaient que cela n'était pas possible. Mais ce qui ne l'est pas dans la voie ordinaire, l'est bien extraordinairement, quand il plaît à Dieu d'en faire la grâce.
Ce divin Souverain qui en est le Maître, en dispose comme bon lui semble. Toujours est-il vrai que ceux qui le cherchent le trouveront. Ainsi, le Chrétien, qui, se servant de la Foi, s'applique de temps en temps à son adorable présence, peu à peu avec son secours en aura la sainte habitude, et souvent s'en souviendra.
Il ne faut donc pas borner l'Oraison dans l'espace de nos Églises. L'Apôtre voulait qu'on priât Dieu en toutes sortes de lieux. Tout le monde, dit Saint Cyprien, est le Temple de la Divinité ; dans toute son étendue, l'on y trouve la société des trois Personnes divines de la suradorable Trinité, nous avons donc partout une belle compagnie. Que personne donc ne se plaigne de sa solitude. Que les Religieuses pensent à cette importante vérité, et leur retraite n'aura plus rien de rebutant pour elles ; et ce leur sera une peine d'aller aux parloirs. Les premières carmélites de la réforme de saint Thérèse, assuraient que ce leur était une espèce de martyre, quand elles étaient obligées de s'y rendre ; et leur grand soin était d'en sortir au plutôt. Que les pauvres, et les autres personnes délaissées se consolent, puisqu'elles ont avec elles ces Personnes divines qui font tout le bonheur du Paradis. Ô si elles savaient le don de Dieu ! Il est aisé de se passer des créatures quand on a le Créateur. Comment après cela désirer avec empressement la conversation des hommes, ou se plaindre d'en être privé ?

(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)


Reportez-vous à Dieu qui est partout, demande le respect intérieur, Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Dieu est présent partout, Fête de la Très-Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Prière à la Très Sainte Trinité, Méditation sur la Très-Sainte Trinité : Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Très-Sainte Trinité, Méditation pour le Dimanche de la Sainte-Trinité, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte TrinitéAveuglement de l'homme, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. Méditation sur la présence de DieuMéditation sur l'oubli de la présence de DieuMéditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.













samedi 30 octobre 2021

Des Trésors infinis que nous possédons en JÉSUS-CHRIST



On ne saurait jamais parvenir à exprimer les biens et les trésors que nous possédons en Jésus-Christ ; Il faudrait pour cela avoir reçu, comme Saint Paul, la grâce d'annoncer aux nations les richesses inestimables de Jésus-Christ. Le Sauveur lui-même ne nous marque-t-il pas combien il est difficile de s'en faire une idée ? Si vous saviez, dit-il, à la Samaritaine, quel est le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit, donnez-moi à boire ! Si nous savions le don que Dieu nous a fait, en nous donnant son Fils unique, si nous connaissions ce don, qui renferme tous les autres dons, et dans lequel il nous a donné toutes choses, si nous en pouvions comprendre l'excellence, s'il plaisait à Dieu de nous découvrir un si précieux trésor, que nous serions riches, et que nous serions heureux ! Saint Augustin, à qui le Seigneur avait fait cette faveur, disait, dans le transport de son zèle et de sa reconnaissance : « Seigneur, celui qui est ingrat au bienfait de la création, mérite certainement l'enfer, mais il faudrait un autre enfer pour celui qui est ingrat et insensible au bienfait de la Rédemption. » On rapporte du Père Avila, qu'il avait toujours ce bienfait si présent à l'esprit, que quand ceux qui avaient reçu quelque grâce particulière de Dieu, venaient la lui communiquer, et lui en parlaient en admirant la bonté divine : Ce n'est pas en cela, leur répondit-il, qu'il faut admirer cette bonté ; c'est de ce que Dieu a aimé le monde, jusqu'à donner son Fils unique pour lui. Ce sont les mêmes paroles dont Saint Jean se sert, pour nous exprimer la grandeur de l'amour de Dieu pour les hommes, par la grandeur du don qu'il leur a fait ; et certainement le prix infini de l'un, marque bien le prix infini de l'autre, car ne peut-on pas appeler un amour sans bornes, celui qui porte un Dieu à donner son Fils unique pour nous racheter par sa mort ? Ô merveilleux excès de bonté ! dit l'Église au Père Éternel : ô inestimable mouvement de charité, que Vous ayiez livré votre Fils pour racheter un esclave ! Qui pourrait jamais se figurer rien de semblable ? Qui est l'homme qui, réduit à la condition d'esclave, oserait proposer à son prince de donner son Fils unique pour le racheter ? Cependant ce que vous n'auriez jamais osé demander, ce que vous n'auriez jamais pu croire, ce qui ne vous seront pas même venu en pensée, c'est cependant ce que Dieu a fait pour vous.
Mais non content de nous avoir affranchi, par un amour aussi généreux, de l'esclavage où nous étions réduits, il nous élève ensuite à la dignité d'enfants de Dieu ; il prend notre nature, pour nous rendre participant de la sienne, il se fait, homme pour faire les hommes enfants de Dieu. Voyez, dit Saint Jean quel excès de bonté le Père a eu, de vouloir qu'on nous appelât enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet !
Et en effet, nous sommes les enfants de Dieu ; ce n'est point en vain que nous appelons Dieu notre Père, et J.-C. notre frère : J.-C. lui-même n'a point honte, dit S. Paul, de nous appeler ses frères, lorsqu'il dit : J'annoncerai votre nom à mes frères. Il semble au contraire que ce divin Maître s'en fasse un sujet de gloire, tant il se plaît a nous qualifier de ce nom. Que reste-t-il donc à désirer à celui qui peut dire qu'il a Dieu pour père, et J.-C. pour frère ?
Que si les offenses que vous avez commises contre un Dieu-Sauveur, vous font craindre les redoutables effets de sa vengeance, rassurez-vous : la pénitence que vous en avez faite, l'a déjà porté à les oublier, et non-seulement il les a oubliées, mais il se rend même votre avocat et votre médiateur auprès de son Père, pour vous en obtenir le pardon. C’est l'assurance que nous donne S. Jean par ces paroles : « Mes petits enfants, je vous écris ces chose, afin que vous ne péchiez pas : mais si quelqu'un pèche, nous avons un avocat auprès du Père, qui est J.-C., le juste par excellence. » S. Paul nous apprend qu'il est monté au Ciel pour paraître devant la face de Dieu pour nous. Saint Bernard dit qu'il y montre à son Père les plaies qu'il a reçues pour nous, et pour lui obéir, et qu'il le conjure, par le mérite de ces plaies sacrées, de ne pas souffrir que l'homme périsse, après l'avoir racheté par tant de travaux et de souffrances. C'est pour cela, disent les Saints, que J.-C. a voulu conserver ses sacrées stigmates après sa Résurrection glorieuse, pour les montrer à son Père, et le solliciter en notre faveur.
« Nous avons donc toutes choses en J.-C., conclut Saint Ambroise, et J.-C. nous est toutes choses. Si vous voulez guérir vos blessures, il est le Médecin ; si l'ardeur de la fièvre vous brûle et vous consume, il est cette source d'eau vive qui peut l'éteindre : si le poids de vos iniquités vous accable, il est la justice par excellence : si vous avez besoin de secours, il est la force et la puissance même : si vous appréhendez la mort, il est la vie : si vous voulez aller au Ciel, il en est la voie : si vous craignez les ténèbres, il est la lumière : si vous vous sentez pressé de la faim, il est une nourriture céleste : enfin, tout ce qui pourrait vous manquer, et tout ce que vous pourriez désirer, vous le trouverez en lui... Si le loup infernal, dit-il, ailleurs, vient à vous pour vous dévorer, prenez une pierre, ils enfuira aussitôt, et cette pierre, c'est J.-C. : si vous avez recours à J.-C., ce loup furieux prendra aussitôt la fuite, et il ne pourra plus vous épouvanter. »
Tout ce qu'il y a de bien en nous, n'est qu'un écoulement de richesses de J.-C. ; et nous ne possédons ce bien que par sa médiation et par le mérite de ses souffrances. C'est par lui que nous sommes délivrés des tentations les plus dangereuses, c'est par lui que nous acquérons la vertu, c'est en lui que nous possédons tout ce que nous avons ; c'est de lui seul que nous pouvons obtenir tout ce que nous désirons, et c'est à lui seul que nous devons rapporter la gloire de tout le bien qui est en nous. C'est pour cela que toutes les prières que l'Église adresse au Père céleste, elle les termine toujours par ces paroles : Par Notre-Seigneur J.-C. ; à l'imitation de celle que faisait à Dieu le Saint Roi Prophète : Ô Dieu ! qui êtes notre protecteur, regardez, et tournez les yeux sur la face de votre Christ ! Comme si elle disait : Seigneur, accordez-nous nos demandes, pour l'amour de J.-C. votre Fils ; pardonnez-nous nos péchés pour l'amour de lui, puisque c'est pour nos péchés qu'il est mort en croix : jetez les yeux sur les plaies qu'il a voulu recevoir pour nous, et que cette vue nous attire votre miséricorde.
Lorsque l'Ange dit aux Pasteurs, et à tous les hommes en leurs personnes : Voilà que je vous annonce une grande joie, qui sera dans tout le peuple ; car il vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Cette joie qu'il leur annonçait, n'était pas une joie ou un bien particulier : c'était l'assemblage de toutes sortes de joies et de biens qu'il leur annonçait. Origène demande pourquoi Isaïe n'ayant dit qu'au singulier : Qui annonce le bien, S. Paul, en rapportant le même passage, se sert du même terme au pluriel : Qui annonce les biens : mais il répond que c'est parce que J.-C. n'est pas un seul bien, mais qu'il est tous les biens ensemble. Ce divin Sauveur est en même temps notre salut, notre vie, notre résurrection, la lumière du monde, la vérité, le chemin et la porte du Ciel, la sagesse, la puissance, la source et le trésor de tous les biens. Il est né et il est mort, afin que nous vivions : il est ressuscité, afin que nous ressuscitions : il est monté au Ciel, pour nous y aller préparer une place, comme il le dit lui-même, et il était utile pour nous qu'il y allât, puisque c'est de-là qu'il nous a envoyé le Saint-Esprit, et que de la droite de son Père où il est assis, il répand continuellement ses grâces sur nous. S. Cyprien dit, qu'une des raisons pour lesquelles les plaies de son sacré corps sont demeurées ouvertes, c'est pour nous faire connaître que ce sont autant de canaux et autant de sources inépuisables, d'où les trésors de sa libéralité et de ses miséricordes doivent couler incessamment, et se répandre sur les hommes : Ses mains sont faites au tour : elles sont d'or, elles sont remplies de pierres précieuses : et comme elles sont percées, les richesses dont elles sont pleines, découlent continuellement par les trous de ses sacrées plaies.
Concluons cet article par les paroles de l'Apôtre, et disons : Puisque nous avons pour grand Prêtre Jésus Fils de Dieu, qui a pénétré dans les Cieux, allons avec confiance que nous obtenions miséricorde, et que nous trouvions grâce dans nos besoins.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Combien la Méditation des souffrances de Jésus-Christ est méritoire pour nous, et agréable à Dieu, Sur Jésus-Christ et L'intérieur de Jésus-Christ.












dimanche 18 juillet 2021

Excellence de la chasteté



« C'est la volonté de Dieu que vous soyez saints, que vous vous absteniez de toutes sortes d'impuretés, et que chacun de vous sache conserver son corps sain et pur... car Dieu ne nous a pas appelés afin que nous fussions impurs, mais afin que nous fussions saints. » Saint Bernard dit que, par le nom de sainteté, l'Apôtre entend parler ici de la chasteté : et Jésus-Christ, dans l'Évangile, nous assure que la chasteté nous rend semblables aux Anges : « Dans la résurrection, dit-il, il n'y aura ni mariés, ni mariées ; mais ils seront tous comme des Anges de Dieu dans le Ciel. » Saint Cyprien instruisant les Vierges, leur parle en ces termes : « Vous commencerez leur dit-il, à jouir dès à présent des biens que vous devez goûter un jour dans la gloire : car tant que vous persévérerez dans l'état de chasteté et de pureté, vous serez semblables à des Anges. » Cassien dit pareillement qu'il n'y a aucune vertu qui rende les hommes aussi semblables aux Anges que la chasteté ; en effet, c'est par ce don de chasteté qu'ils vivent dans la chair comme s'ils n'en avaient point, mais comme de purs esprits, suivant ces paroles de Saint Paul : Vous ne vivez point dans la chair, mais dans l'esprit. Notre avantage est même, en quelque sorte supérieur à celui des Anges : car, comme ils n'ont point de corps, il n'est pas surprenant qu'ils soient purs ; mais que l'homme créé avec une chair mortelle, dont les révoltes occasionnent une guerre continuelle à l'esprit, vive, comme s'il n'avait point de chair, c'est ce qui est sans doute bien plus admirable.
Cette vertu, au reste, est si agréable à Dieu, que le Fils de Dieu ayant formé le dessein de se faire homme, et de naître dans le sein d'une femme, a choisi pour mère une femme vierge, qui avait consacré à Dieu sa virginité : ce sentiment est celui de tous les Pères de l'Église.
L'Écriture Sainte appelle Saint Jean l'Évangéliste, le Disciple que Jésus aimait ; et Saint Jérôme remarque que la raison pour laquelle il était le Disciple bien-aimé, c'est qu'il était vierge. L’Église dit pareillement de lui dans l'office de sa fête, que Jésus l'aimait parce que son éminente chasteté l'avait rendu digne d'être aimé plus tendrement que les autres ; et qu'ayant été appelée à l'Apostolat, lorsqu'il était encore vierge, il avait conservé sa virginité pendant toute sa vie : c'est aussi pour cette raison que quelques-uns lui appliquent ces paroles des Proverbes : « Celui qui aime la pureté de cœur, aura le Roi pour ami, à cause des grâces de son discours. » C'est donc parce qu'il était vierge que le Sauveur l'a aimé jusqu'à le faire reposer sur sa poitrine ; et c'est ce qui lui procura encore d'autres prérogatives sur les autres Apôtres.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Moyens pour conserver la chasteté : la garde des sens, et surtout celle des yeux, Prière à Saint Jean, disciple que Jésus aimait, Prière à Saint Louis de Gonzague pour obtenir la pureté d'esprit et de corps, Prière pour obtenir la pureté, Prière pour demander la pureté, et Prière à Sainte Maria Goretti.













jeudi 22 avril 2021

Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus



Saint Cyprien remarque que l'humilité est le fondement de la sainteté. Saint Jérôme ajoute, que c'est la première vertu des Chrétiens. Saint Bernard l'appelle le fondement et la gardienne des vertus : tous trois conviennent enfin que cette vertu est le fondement et la base de toutes les autres. Saint Grégoire la nomme tantôt la maitresse et la mère, tantôt la racine et la source des vertus chrétiennes. Cette métaphore prise de la racine des plantes, semble très-juste ; elle en fait connaître plus particulièrement les Propriétés et les caractères. Car premièrement, dit Saint Grégoire, comme une fleur tire toute sa fraîcheur et sa beauté de la racine, et qu'elle se fane bien tôt dès qu'elle en est séparée ; de même aussi, quelque vertu que l'on ait acquise, si on la détache de la racine de l'humilité, elle se flétrit aussitôt et se dessèche entièrement : il y a plus ; comme la racine est enfoncée en terre, qu'elle est exposée à être continuellement foulée aux pieds des passants, qu'elle n'a d'elle-même ni beauté, ni odeur agréable, et qu'elle est cependant le principe de la vie et de la nourriture de la plante ; aussi l'humilité fait qu'un Chrétien qui est humble, aime à être pour ainsi dire, caché sous terre, à être foulé aux pieds, à être méprisé : cette vertu fuit l'éclat et ne cherche que l'obscurité de la retraite. C'est elle néanmoins qui conserve, dans celui qui est humble de cœur, toutes les autres vertus, qui leur fait prendre chaque jour de nouveaux accroissements. Enfin, de même qu'un arbre ne profite, qu'il ne subsiste longtemps, et qu'il ne porte de fruits qu'autant qu'il est bien pourvu en racines ; et qu'il ne produira des fruits durables et abondants, qu'à proportion que ses racines auront pénétré bien avant dans la terre, suivant les paroles d'Isaïe : Il poussera des racines en bas, et le haut portera du fruit ; de même aussi, il est nécessaire pour que les autres vertus profitent solidement dans un cœur, qu'elles s'y conservent et qu'elles y fructifient ; il est nécessaire que l'humilité y soit bien enracinée, plus elle y aura jeté de profondes racines, plus les autres vertus s'y étendront, plus elles s'y fortifieront chaque jour. En un mot, pour conclure par où nous avons commencé cet article, l'humilité, selon la doctrine de tous les Saints, est la source, le fondement et la racine de toutes les vertus ; et l'orgueil, suivant les paroles du Sage, est le principe et l'origine de tous les péchés.
Vous aspirez aux grandes choses, dit Saint Augustin, commencez par les moindres : vous désirez donner une grande élévation à un bâtiment, songez premièrement au fondement de l'humilité. On creuse les fondements à proportion de la charge qu'on veut donner au bâtiment ; et plus on lui veut donner d'élévation, plus les fondements en doivent être solides et profonds. Ainsi vous ne pouvez parvenir à élever l'édifice de la perfection évangélique que vous vous êtes proposé d'établir en vous, qu'à proportion de la profondeur et de la solidité que vous donnerez aux fondements de l'humilité.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Principales Vertus dont l'Humilité est le fondementExcellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.

















mardi 28 juillet 2020

Quel est le Dessein de Satan envers celui qu'il possède


Délivrance d'une démoniaque au tombeau de Sainte Claire


I. Les hommes se trompent en ce sujet, en ce que chacun attend de voir au corps du possédé la réflexion des effets lesquels ils s'imaginent le plus au diable : les uns une extrême difformité, les autres des opérations merveilleuses.
Le diable ne fait pas tout en toutes occasions ; mais conduit tellement ses desseins que comme il n'y omet rien de ce qui leur est nécessaire, ainsi il n'y admet rien de superflu.


II. Le diable traite autrement avec les âmes pieuses, autrement avec les sorciers ordinaires, autrement avec les Magiciens.

III. L'intention de Satan en la possession, est d'exercer sa rage : et son dessein est non seulement d'être ennemi, mais ennemi découvert : et de traiter l'homme en ce monde, comme il le traite en enfer.

IV. Combien que comme il a lors quelque espèce de conversation sensible avec les assistants, il puisse faire des effets à leur égard, qui ne dépendent point de l'intention première qu'il a envers l'Énergumène.

V. Dieu qui a posé à toutes choses les limites qu'il a voulu, en a posé aussi à Satan, lorsqu'il tente, lorsqu'il déçoit, lorsqu'il se transfigure, et lorsqu'il possède.
Entre les manières de nuire à l'homme permises à Satan, il n'y en a point de si grandes qu'il ne puisse accomplir, ni de si petites qu'il n'embrasse bien volontiers.



Tout ce qui précède la possession, peut être référé aux causes dispositives, ou aux applicatives que nous avons déduites. Voyons maintenant ce qui la suit. Car d'autant que ce sont effets qui tombent sous les sens, chacun estime y avoir droit de jugement, chacun en discourt à sa façon, et chacun y a besoin d'ouverture et de conduite. Et à cause qu'en toute possession il y a deux esprits, deux natures, et deux personnes jointes ensemble : Chacun pense être bien fondé s'il s'attend de voir au possédé la réflexion des effets, lesquels ils s'imaginent le plus au diable. Dont les simples qui le conçoivent avec une étrange difformité, se promettent de voir une difformité bien extrême au corps du démoniaque : Et les esprits plus capables qui se représentent Satan comme un Agent élevé en intelligence, et en puissance par-dessus tout ce qui est et paraît au monde, veulent voir à tout propos des effets miraculeux, ou en l'une, ou en l'autre qualité. Or combien que cette attente des uns et des autres soit posée sur un principe assuré, et tirée d'une conception véritable : Si est-elle défectueuse ainsi que l'imagination de laquelle elle dépend est imparfaite. Car il ne suffit pas à celui qui veut être l'arbitre des effets dans lesquels l'opération du diable intervient, de considérer qu'on suppose que c'est un diable qui opère ; et un diable difforme en son être, puissant et intelligent en ses œuvres : Si d'abondant il ne remarque en général, quelle est la façon de laquelle cet Esprit conduit ses actions ; et s'il ne considère en particulier, quelle est la qualité du dessein duquel il veut être le Juge. Car Satan ayant plusieurs desseins contre les hommes : Il en conduit un chacun avec telle dextérité, qu'il ne se rend, ni défectueux, ni superflu, quant aux moyens de les acheminer. Mais comme son intention est tant active qu'elle accompagne tous ses mouvements de ce qui leur est nécessaire : Ainsi son intelligence est tant exacte à discerner justement ce qui est de propre d'avec ce qui est contraire ou aucunement éloigné de son intention, qu'elle n'y admet rien d'inutile et de superflu. Tellement que par le moyen de son activité il emploie contre tous les hommes tout ce qu'il a de Naturel et d'Acquis, c'est-à-dire tout ce qui est en lui (car il n'a plus rien d'infus :) Et par le moyen de cette intelligence exacte, il ne déploie contre un chacun, sinon ce qui est de propre à son humeur, et ce qui est de convenable à la condition du dessein qu'il a pris contre lui.

Ainsi quand il traite avec les âmes pieuses, il n'emploie que la CAPACITÉ qu'il a des dons rares et surnaturels à faire, ou plutôt contrefaire des effets miraculeux pour les décevoir. Au lieu qu'il ne la met point en usage envers les sorciers ordinaires, n'employant que sa MALIGNITÉ pour aider à leur malice : Ni envers les esprits curieux, qui le veulent avoir pour familier, dans lesquels il ne déploie, ni cette Capacité, ni cette Malignité, mais sa seule INTELLIGENCE : et non encore en toute son étendue, mais seulement au regard des choses secrètes, et non des connaissances naturelles ou divines, dans lesquelles nous les trouvons aussi peu versés que ceux qui n'ont jamais été instruits sous un tel Pédagogue. Et quand il agit avec ces esprits éminents en curiosité et en malice, que nous appelons vulgairement Magiciens, il emploie bien quelque partie de son intelligence, et de sa puissance, comme traitant avec des esprits participants de la curiosité des uns et de la malice des autres : Mais il ne produit aucun effet de cette habilité aux dons rares et surnaturels, de laquelle il se sert envers les âmes pieuses ; même il ne leur ouvre pas tous les ressorts de sa puissance : Magis enim, dit saint Cyprien, invante Doemone potentatus est ad perniciosa et ludicra, sans passer plus outre. Tant il accommode justement ses propriétés naturelles à ses desseins, ne départant et ne déployant à un chacun, sinon celle qui est la plus propre à le séduire, et la plus convenable à la qualité du dessein qu'il a pris de lui nuire.

Or L'INTENTION formelle de Satan en la possession est d'exercer sa rage, et non pas d'employer aucune de ses mauvaises qualités : d'autant qu'il a pour tout dessein d'être, non seulement ennemi, car il l'est toujours et partout, mais ennemi découvert, et d'agir avec le possédé en qualité d'ennemi, c'est-à-dire, par force et non par fraude, comme en ses illusions ; par douleurs, et non par plaisirs et appâts, comme en ses tentations ; par tourments, et non par merveilles, comme en ses transfigurations : et en somme de traiter le possédé en la même manière qu'il traite l'homme en l'Enfer. Car comme il n'y suppose plus de fraude, de plaisirs, de merveille, mais il exerce, et sans plus sa rage contre celui qui est damné, ne lui faisant part que de la même peine qu'il endure. Ainsi en une possession il ne prétend pas user de sa fraude à séduire et attirer, mais seulement de sa fureur à forcer l'esprit de celui qu'il possède. Ni de sa puissance à le rendre instrument de ses feintes merveilles ; mais de son envie, à faire dès ce monde cette pauvre créature compagne de sa misère.

Que si l'œil de quelqu'un a remarqué des accidents miraculeux en un possédé, que sa raison observe aussi que comme en l'ordre de nature il  a des effets nécessaires et d'autres contingents : Ainsi en la conduite des desseins de Satan, et nommément en celui de la possession, il y a des effets qui ont un juste rapport à son intention première de nuire au possédé, et d'autres qui dépendent d'une intention fortuite de ce malin esprit avec les assistants. Car comme il alors quelque espèce de conversation sensible avec eux, il peut faire quelque effet à leur égard, qui ne dépendra point de cette intention première qu'il a envers l'Énergumène. Ce qui est accidentellement joint à une possession, et ne l'oblige pas en d'autres rencontres, à faire mêmes effets, ni à former des desseins pareils : L'un et l'autre étant libre à Satan, contingent à la possession, peu fréquent en l'usage, même rarement observé en l'Écriture (où il y a tant d'accès de possédés décrits) et dépendant d'une rencontre trop particulière pour être partout égal. DISONS donc que comme l'ordre de nature ne dépend pas des effets contingents, sans lesquels il ne laisse ni d'être, ni d'être reconnu : Qu'ainsi le cours ordinaire du dessein et des effets de Satan envers l'Énergumène, ne dépend pas de la contingence de ces Accidents, lesquels ne sont, ni les décisifs, ni les constitutifs d'une possession. Et recueillons de ce discours que tout ainsi comme lorsque Satan possède quelqu'un spirituellement par le péché, il n'a pas intention de départir aucune étincelle d'intelligence à son esprit, ni aucun effet de sa puissance à son corps : ainsi quand il se lie à quelque personne pour la posséder réellement, ce n'est pas pour lui communiquer son intelligence comme aux esprits curieux, ni sa puissance comme aux Magiciens, ni sa malignité pour nuire aux autres comme aux Sorciers ; mais seulement sa misère et sa peine comme aux Damnés.

En quoi Dieu qui veille sur notre ennemi bien qu'il lâche la bride à ses volontés, si met-il des bornes à son pouvoir, et comme il a posé des limites telles qui lui plaît à toutes choses, et à Satan même, lorsqu'il tente, lorsqu'il déçoit, lorsqu'il se transfigure : Il a pourvu aussi d'un règlement sur les possessions, dans lesquelles comme l'Ange malin se résout de nuire, et se détermine d'incommoder l'esprit et d'altérer le corps auquel il réside, Dieu lui détermine la qualité, la quantité, et les autres circonstances de cette altération, la réglant et modérant selon les divers sujets pour lesquels il permet que ce mal arrive. Et d'autant qu'entre ces sujets il y en a de plus et de moins notables de particuliers et de publics : cette disproportion met autant d'inégalité entre les possessions, qu'il y a de divers degrés dans lesquels l'altération du corps humain peut monter et rabaisser : Eu égard qu'il suffit à une possession que le malin esprit réside au corps avec pouvoir de l'altérer en quelque manière ; laquelle ne peut être si grande, qu'il ne puisse accomplir, étant plus capable d'agir que l'homme n'est de pâtir ; et ne peut aussi être si petite, que l'Ennemi ne la veuille bien : et que, puisque d'ailleurs il prend bien le soin d'épier toutes les actions de la personne, et de lui tendre partout des pièges pour la surprendre, il ne prenne plus volontiers le soin de la posséder et de la tourmenter selon les lois et les saisons qui lui seront permises et prescrites.
La raison nous conduit à ainsi juger de la variété et de l'inégalité des possessions, et l'expérience nous y confirme : Car il apprend comme dans les uns ce mal furieux reçoit des intervalles, dans les autres il est continu : Dans les uns il est plus excessif, dans les autres plus modéré : Dans les uns il n'a pouvoir que sur l'altération du corps, dans les autres même sur la vie, selon que saint Cyprien raconte au sermon de Lapsis. Dieu limitant le pouvoir de Satan ou selon les secrets de son jugement, ou selon les sujets apparents pour lesquels il le permet. Et comme le Prince ferme le camp de cordage que l'ennemi n'ose franchir selon les lois du duel. Ainsi en ce duel de Satan contre l'homme, Dieu pose des limites qu'il n'ose outrepasser nonobstant sa fureur ; non plus que la mer enragée n'outrepasse le sable que Dieu a posé pour borne à sa tourmente.


Extrait de Traité des Énergumènes par l'Illustrissime et Révérendissime Cardinal De Berulle, Instituteur et premier Supérieur  Général de la Congrégation de l'Oratoire de Jésus.


Reportez-vous à Quel est le Dessein de Satan contre l'Église qui le veut déposseder ?Quelles sont les causes dispositives et applicatives du malin esprit au corps de l'Énergumène ?, Quelle est la Qualité précise de cette vexation du malin esprit, Que la Misère est grande de l'homme possédé de Satan, qui livre un combat furieux à son Âme, et donne un tourment extrême à son Corps, Que cette sorte de Communication, en laquelle Satan s'incorpore dedans l'homme, est fréquente, même depuis le Mystère de l'incarnation, Que Satan communique avec l'homme depuis l'état du péché, et jusqu'où arrive cette communication, Les possessions démoniaques sont rares uniquement pour ceux qui ne combattent pas le démon, De la conduite qu'il faut tenir à l'égard des Énergumènes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, SCIENCE EXPÉRIMENTALE DES CHOSES DE L'AUTRE VIE, Acquise par le Père Jean-Joseph Surin, Exorciste des Religieuses Ursulines de Loudun, Des opérations malignes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4), Réflexions sur la nature et les forces des Démons, et sur l'économie du Royaume des ténèbres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Amour du Père Surin pour tout ce que Notre-Seigneur a aimé, et premièrement de sa grande dévotion à la très-sainte Vierge, Du grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les Possédés d'Illfurt : Satan et les fêtes, bals et danses, Les Possédés d'Illfut : Les victimes, Les possédés d'Illfurt : Perte du Ciel et peines de l'Enfer, Miracles de Sainte Hildegarde, Pouvoir de Saint François de Sales : Délivrance de Françoise Favre, possédée du Démon, Pouvoir de Saint François de Sales : Délivrance d'Antonie Durand, possédée du Démon, Exemple de la grande puissance de Frère Junipère contre les démons, Symptômes de possession ou infestation démoniaques, Phénomènes possibles en cas de possession démoniaque et signes de délivrance et Des fruits merveilleux des Confessions générales au Laus ; délivrance de plusieurs possédés par l'intercession de la très-Sainte Vierge.













jeudi 16 janvier 2020

Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 24e Méditation : L'enfant que voilà est au monde pour la perte et le salut de plusieurs


Extrait de "Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou Nouveau Mois de Jésus" par C.-L. Faucher, prêtre du Diocèse de Clermont :


Siméon dans le Temple



24e JOUR

L'enfant que voilà est au monde pour la perte et le salut de plusieurs... ; il sera en butte à la contradiction. (Luc, II, 54)


1er Point. Je frémis, ô saint Enfant ! quand j'entends le juste Siméon déclarer à votre sainte Mère que vous serez l'occasion de la perte de plusieurs, et que vous serez en butte à la contradiction et aux traits malins du monde. Hélas ! pourquoi m'en étonner ? Ne sais-je pas que vous n'êtes pas venu en ce monde pour y apporter la paix, mais le glaive, et que vous devez séparer le fils de son père, et le frère de son frère ? Je commence à comprendre, Seigneur, cette sublime doctrine. Vous êtes venu déclarer la guerre aux passions, et elles se soulèveront nécessairement contre vous ; vous êtes venu combattre le monde, et le monde vous haïra et persécutera, parce que vous êtes la véritable lumière, et que le monde hait la lumière qui met au grand jour la perversité de ses œuvres et la corruption de ses maximes. Vous serez donc la consolation du monde, parce que vous le convaincrez de péché ; vous serez la perte de tant de mauvais chrétiens qui le suivent, parce qu'ayant connu la vérité, ils n'ont pas voulu s'y soumettre ; leur jugement sera d'autant plus terrible, qu'ils auront eu plus de moyens de salut. Car si vous ne fussiez venu, ô saint Enfant ! pour leur enseigner vous-même les voies de la vérité, leur péché serait moins grand ; mais parce qu'ils n'ont pas cru à vos divines paroles, qu'ils ont méconnu votre voix, méprisé vos conseils, violé vos commandements, ils en seront sévèrement punis ; rien ne pourra les justifier et les excuser au tribunal de la justice éternelle de votre Père céleste.
Ô saint Enfant ! s'il est vrai que je dois être jugé sur les exemples que vous m'avez donnés, que deviendrai-je, moi qui suis si éloigné de mon divin modèle ? Si je ne dois être admis au nombre de vos élus qu'autant que je vous aurai imité, quelle crainte ne dois-je pas concevoir sur mon salut, si je ne travaille promptement à me corriger ?

2e Point. Jésus est la résurrection et la vie. Celui qui croira en lui vivra ; car il est venu pour nous donner la vie, non cette vie des sens et de la nature, mais cette vie bien plus précieuse de la grâce et de la vérité. Ainsi, si le péché a donné la mort à notre âme, allons à Jésus, il nous rendra la vie. Fussions-nous déjà ensevelis dans le tombeau, plongés dans l'abîme de l'iniquité, à la voix de Jésus, la mort rendra sa victime, le péché son esclave ; nos liens seront brisés, nos chaînes rompues ; nos yeux s'ouvriront de nouveau à la lumière, et nous commencerons une nouvelle vie, sur laquelle la mort n'aura plus de droits, le péché plus d'empire.
Ô saint Enfant ! quand opèrerez-vous en nous cette heureuse résurrection ? Rendez, rendez la vie à nos âmes, qui sont depuis si longtemps plongées dans les ténèbres de la mort, car, Seigneur, qui pourra célébrer vos louanges et publier vos miséricordes dans la région des morts et les ténèbres du péché ?


ORAISON JACULATOIRE

Infans Jesu, vita nostra, miserere nobis.
Enfant Jésus, qui nous donnez la vie, ayez pitié de nous.


PRIÈRE

Ô Jésus ! qui êtes notre véritable vie, faites que bous ne vivions que pour vous, et que nous employions tous les jours que nous avons a passer sur cette terre à vous bénir, à vous louer et à vous aimer, afin que nous puissions arriver ensuite à cette vie bienheureuse qui ne doit jamais finir.


EXEMPLE

Saint Cyprien rapporte qu'une femme chrétienne, qui avait mangé des viandes consacrées aux idoles, osa ensuite se présenter à la sainte table pour recevoir la sainte Eucharistie. Mais cette communion, loin d être pour elle un pain de vie, devint comme un poison violent qui lui donna la mort : car à peine eut-elle reçu dans son cœur, souillé par le péché, le corps et le sang de Jésus-Christ, que, saisie par d'affreux tremblements et d'horribles convulsions, elle tomba morte en présence de tous les assistants, qui furent fort effrayés de cette terrible punition... Que chacun tremble, ajoute saint Cyprien, non sur le châtiment qui a été infligé à cette malheureuse femme, mais sur celui qu'il mérite peut-être lui-même ; que chacun de nous s'éprouve avant de manger ce pain et de boire à ce calice, et que le châtiment que Dieu a infligé à quelques-uns des profanateurs de son corps adorable, nous serve d'exemple à tous, afin que nous puissions éviter la vengeance divine en satisfaisant à la justice du Seigneur par une sincère pénitence.


PRATIQUE

Demandons souvent à Jésus la grâce de nous approcher dignement de la communion, afin que la sainte Eucharistie, qui est la source de la vie, ne devienne pas, par nos mauvaises dispositions, un principe de mort pour nous.



Conseil : Si vous avez persécuté, rejeté, calomnié, dans votre famille, un fils ou une fille, un frère ou une sœur, etc., parce qu'il ou elle a défendu la vérité, il est temps de vous repentir et d'emprunter la voie droite, pourvu que le châtiment qui vous aveuglait soit enfin levé. Faites pénitence afin que Notre-Seigneur vous délivre. Faites réparation de la grave atteinte portée à sa réputation.



Reportez-vous à Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 25e Méditation : L'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, et fuyez en ÉgypteDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 23e Méditation : Il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, Discours sur la purification de Marie, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.















jeudi 26 septembre 2019

Vie de Saint Cyprien et Sainte Justine, Martyrs à Nicomédie, et Exorcisme de Saint Cyprien contre les maléfices



Extrait de "Vie des Pères, des Martyrs, et des autres principaux Saints, tirées des actes originaux et des monuments les plus authentiques, avec des notes historiques et critiques", par M. l'abbé Godescard :



Saint Cyprien, Sainte Justine, et le Démon (Légende Dorée)



L'impératrice Eudocie, que Théodose le Jeune épousa à cause de son savoir et de son habileté dans la philosophie, composa en beaux vers l'histoire de saint Cyprien et de Sainte Justine. Ce poème, divisé en trois livres, dont Photius fait l'éloge, et dont il donne l'extrait, est présentement perdu, ainsi que les autres poésies d'Eudocie. Les actes originaux des deux martyrs ont éprouvé le même sort ; mais nous avons encore la confession de Saint Cyprien, écrite par lui-même, et dont Saint Grégoire de Nazianze et l'impératrice avaient fait usage. Nous avons aussi deux autres pièces authentiques, la conversion et la relation du martyre de Saint Cyprien et de Sainte Justine. Voyez Prudence, hymn. 13, p. 215 ; Saint Grégoire de Nazianze (qui toutefois confond par méprise saint Cyprien de Nicomédie avec celui de Carthage) or. 18 ; Photius, cod. 184 ; Tillemont, t. V ; Ceillier, t. IV, p. 89 ; Orsi, t. IV, p. 80, et le P. Clé, t. VII, Sept. p. 195 ; Jos. Assémani, in Cal. univ. t. V, p. 269, ad 2 Octob.



L'AN 304



Saint Cyprien, surnommé le Magicien, est un exemple bien frappant de la puissance de la grâce et de la grandeur de la miséricorde divine. Il était d'Antioche, qu'il ne faut pas confondre avec la capitale de la Syrie. La ville dont il s'agit était située entre la Syrie et l'Arabie, et dépendait du gouvernement de la Phénicie. Les parents de Cyprien, qui étaient excessivement superstitieux, dévouèrent leur fils au démon dès son enfance ; ils le firent élever dans tous les mystères impies du paganisme, ainsi que dans la prétendue science de l'astrologie judiciaire et de la magie. Le jeune Cyprien, flatté de l'espoir d'acquérir de nouvelles connaissances, alla successivement à Athènes, au Mont-Olympe dans la Macédoine, à Argos dans la Phrygie, à Memphis en Égypte, dans la Chaldée et aux Indes, lieux que la superstition et les pratiques infernales de la magie avaient rendus fameux. Lorsqu'il eut fini ses courses, il s'abandonna à toutes sortes de crimes, et se mit à blasphémer contre la religion chrétienne. Il égorgea plusieurs enfants pour offrir leur sang au démon, et chercher dans leurs entrailles palpitantes la connaissance de l'avenir. Il employait la science funeste qu'il avait acquise, à séduire les vierges ; mais il ne put venir à bout de ravir l'honneur des femmes chrétiennes.
Il y avait à Antioche une jeune vierge nommée Justine, que sa naissance et sa beauté rendaient recommandable. Ses parents étaient idolâtres ; mais elle avait eu le bonheur de connaître Jésus-Christ. Sa conversion fut suivie de celle de sa famille. Un jeune homme, païen de religion, conçut pour elle une violente passion. Les efforts qu'il lit pour toucher son cœur ayant été inutiles, il pria Cyprien de le servir par son art. Celui-ci partagea bientôt la passion du jeune homme, et mit tout en œuvre dans le dessein de réussir pour lui-même. Justine, qui se voyait fortement attaquée, joignit la prière à la vigilance et à la mortification. « Avec le signe de la croix, dit Photius d'après Eudocie (Cod. 184), elle mit les démons en fuite. » « Elle s'arma, dit saint Cyprien lui-même dans sa confession (P. 310), du signe de Jésus-Christ, et rendit inutile l'invocation des esprits de ténèbres. S'étant adressée, selon saint Grégoire de Nazianze, à la vierge Marie pour la conjurer de venir au secours d'une vierge en danger, elle se fortifia par l'antidote du jeûne, des larmes et de la prière. »
Cyprien se voyant vaincu par un pouvoir supérieur, commença à réfléchir sur la faiblesse des esprits infernaux; bientôt il résolut de quitter leur service. Le démon, furieux de la perte d'un homme par le moyen duquel il avait assujetti un si grand nombre d'âmes à son empire, attaqua Cyprien de toutes ses forces. Le nouveau converti résista courageusement ; mais il tomba dans une profonde mélancolie, et le souvenir de ses crimes passés le jeta dans le désespoir. Tandis qu'il était agité par les pensées les plus affligeantes, Dieu lui inspira de s'adresser au saint prêtre Eusèbe qu'il connaissait depuis longtemps. Il ne lui eut pas plutôt communiqué ses peines, qu'il se sentit extrêmement consolé. Il y avait trois jours qu'il était dans cet état violent, sans qu'il lui eût été possible de manger. Eusèbe lui fit prendre un peu de nourriture, et le matin du dimanche suivant, il le conduisit à l'assemblée des fidèles. On y admettait les personnes qui demandaient à se faire instruire ; mais on les obligeait de sortir pendant la célébration des saints mystères. Ces assemblées se tenaient de grand matin, tant pour vaquer plus librement à la prière, que pour ne point donner ombrage aux païens. La vue du respect et de la piété dont étaient pénétrés les fidèles en adorant le vrai Dieu frappa singulièrement Cyprien. « Je vis, dit-il lui-même (Cod. p. 329), le chœur des hommes célestes ou des anges qui chantaient les louanges de Dieu, et terminaient chaque verset des psaumes par le mot hébreu alléluia ; en sorte qu'ils ne me paraissaient plus être des hommes (On lit ce qui suit dans l'Essai sur les écrits et le génie de Pope (p. 325) par Wharton, qui avait voyagé en France : “Il y a, je crois, peu de personnes qui, en assistant à la messe dans un choeur bien ordonné, n'aient pas éprouvé de vifs sentiments, sinon de dévotion, au moins de respect... Le lord Bolinbroke étant à la messe dans la chapelle de Versailles, dit au marquis de... qui était avec lui, lorsqu'on en fut à l'élévation de l'hostie : Si j'étais roi de France, je voudrais faire moi-même cette cérémonie.” Voilà le langage des ennemis de l'Église romaine ! On peut voir aussi Taylor, etc.). »
Ceux qui étaient à l'assemblée furent fort étonnés de voir un prêtre introduire Cyprien parmi eux : l'évêque qui présidait pouvait à peine en croire ses yeux, ou du moins il ne s'imaginait pas que la conversion de celui qui causait sa surprise fût sincère ; mais Cyprien dissipa ses doutes le lendemain, en brûlant devant lui tous ses livres de magie, en donnant tous ses biens aux pauvres, et en se mettant au nombre des catéchumènes. Lorsqu'il eut été instruit, et suffisamment disposé, l'évêque lui-même le baptisa. Agladius, l'amant de Justine, se convertit de la même manière, et reçut aussi le baptême. Quant à Justine, elle fut si touchée de ces deux exemples de la miséricorde divine, qu'elle se coupa les cheveux en signe du sacrifice qu'elle faisait à Dieu de sa virginité, et distribua aux pauvres tout ce qu'elle possédait.
Saint Grégoire de Nazianze décrit, avec son élégance ordinaire, le merveilleux changement qui s'opéra en Cyprien, sa conduite édifiante, son humilité, sa modestie, sa gravité, son amour pour Dieu, son mépris pour les richesses, son application continuelle aux choses divines ; il ajoute qu'il demanda par humilité un des plus bas emplois de l'église. Eudocie, citée par Photius, dit qu'il fut fait portier ; mais que quelque temps après on l'ordonna prêtre, et qu'il remplit ensuite le siège épiscopal d'Antioche, devenu vacant par la mort d'Anthime.
La persécution de Dioclétien s'étant allumée, Cyprien fut arrêté et conduit devant le gouverneur de Phénicie, qui faisait sa résidence à Tyr. Justine éprouva un pareil sort à Damas où elle s'était retirée, et qui se trouvait dans le ressort du même présidial ; on la fit donc également paraître devant le gouverneur de Phénicie. Sa constance lui attira une flagellation cruelle. Cyprien fut déchiré avec des ongles de fer. On les conduisit ensuite l'un et l'autre, chargés de chaînes, à Nïcomédie où était Dioclétien. Ce prince n'eut pas plutôt lu la lettre du gouverneur de Phénicie, qu'il les condamna tous deux à être décapités. La sentence fut exécutée sur les bords du fleuve Gallus qui passe auprès de Nicomédie, vers l'an 304. Un chrétien nommé Théoctiste fut aussi décapité pour avoir parlé à Cyprien lorsqu'il allait au lieu du supplice. Quelques fidèles de Rome portèrent dans cette ville les reliques des saints martyrs. Sous le règne de Constantin le Grand, une femme pieuse de la famille de Claude qui se nommait Rufine, fît bâtir une église, sous leur invocation, près de la place qui porte le nom de ce prince. Leurs sacrés ossements ont été transférés depuis dans la basilique de Latran.

En même temps que les erreurs et les égarements de saint Cyprien montrent la dégradation, de la nature humaine, devenue esclave du vice par le péché, sa conversion fait éclater le pouvoir qu'a la grâce de la rétablir dans l'état dont elle est déchue. Pour comprendre jusqu'à quel point l'image de Dieu est défigurée dans l'homme par le péché, il suffit de considérer le désordre qui règne dans ses facultés spirituelles, son entendement et sa volonté, qui, dans la création, portaient l'empreinte de la ressemblance divine. Il n'a pas seulement à se plaindre de la révolte des animaux et des autres créatures, ainsi que de celle de son corps qui est livré en proie aux maladies et à la mort, sa volonté est aussi rebelle, et ses passions s'efforcent d'usurper l'empire sur la raison et la vertu. L'entendement, qui devait être l'œil de la volonté, est aveugle lui-même ; en sorte que la lumière qui est en nous est devenue ténèbres. Dans l'état d'innocence, l'entendement n'était point obscurci par les vapeurs des passions : il dirigeait l'imagination et les sens ; il mettait l'âme a portée de voir clairement et sans effort les vérités spéculatives de l'ordre naturel qui convenaient à la condition humaine : mais son plus beau privilège était de donner à l'homme des idées fixes et vraies des vertus morales ; par-là chacun avait la loi en lui-même, et il lui suffisait de descendre dans sa propre conscience pour être guidé sûrement dans la pratique du bien que le secours de la grâce rendait toujours facile. Son entendement était d'ailleurs éclairé par la révélation divine, et sa volonté ne trouvait point d'obstacle dans l'exercice des vertus théologales, et des autres vertus surnaturelles. De quels maux sa désobéissance n'a-t-elle pas été suivie ? Nous les déplorons dans les extravagances, les erreurs et les crimes où tombent les hommes lorsqu'une fois ils sont esclaves de leurs passions. Il n’y a que la religion et la foi qui puissent nous préserver de ces dangers, éclairer notre entendement, et guérir notre volonté de sa perversité.



EXORCISME DE SAINT CYPRIEN CONTRE LES MALÉFICES



Maître et Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, qui dominez et régnez sur toutes choses, vous êtes le Saint, le glorifié et Celui qui est. Roi des rois et Seigneur des seigneurs, louange à vous ! Ô vous qui résidez dans la lumière immense comme dans les obscurités mortelles, moi, votre humble et indigne serviteur, je vous prie et vous supplie : exilez les démons et dissipez leur malignité, afin que les nuages répandent la pluie sur toute la terre et qu'elle-même donne ses fruits en leur temps, que les arbres fructifient, que les vignes soient rendues fertiles et couvertes de grappe ; que les femmes puissent, sans difficulté, mettre les enfants au monde ; que soit libéré tout le monde dominateur et dominé, enfin que tout le créé soit délivré des chaînes du démon.
Que votre serviteur N., avec sa famille entière, sa maison et ses biens, soient délivrés de tout lien satanique et de tout sortilège, de toute magie et toute influence (liée à des objets ou reposant sur une intention mauvaise). Nous vous en prions, Seigneur, Dieu de nos pères, aidez-nous à briser toutes chaînes qui proviennent de la magie, des sorts, du mauvais œil et de toute action satanique. Faites que, par l'invocation du Saint-Esprit, disparaissent toutes les œuvres maléfiques, Seigneur Sabaoth.
Vous qui êtes le Dieu des Armées célestes, prêtez l'oreille à ma prière : libérez votre serviteur N. de tout ce qui le lie ; qu'un maléfice ait été fait dans l'air ou dans la terre, dans l'architrave (ou dans les fondations) ; sur un parchemin (1), ou encore sur du fer, une pierre ou du bois. Qu'il ait été écrit avec du sang d'homme ou d'animal, d'oiseau ou de poisson, ou encore avec de l'encre ; ou par tout autre moyen destiné à lui nuire, personnellement ou à sa famille ; que ce maléfice ait été enterré ou mis dans des jardins, dans la mer, dans des puits, dans des tombeaux ou n'importe où. Qu'il ait été fait avec des ongles, des griffes d'animaux, d'oiseaux ou de reptiles (vivants ou morts), ou encore avec de la poussière de morts ; qu'il ait été transpercé avec un clou, une épine de chardon, ou une aiguille. Cassez-le sur le champ, ô Seigneur, pour toujours, par votre puissance.
Vous, Seigneur notre Dieu, qui connaissez les lieux, les façons d'agir et les hommes, dissipez, détruisez et faites disparaître  les œuvres de magie qui se trouvent ici, et protégez votre serviteur N. ainsi que toute sa maison.
Que soient écrasées sous le signe de la Croix — la Croix honorée et qui donne la Vie — toutes les forces de l'ennemi ! (3 fois). Que s'en aillent de N., serviteur de Dieu et soient dissouts pour toujours tout maléfice, envoûtement, sortilège et mauvais œil.
Seigneur, je vous en prie, écoutez-moi : préservez votre serviteur ainsi que sa famille de tout accident et du démon de midi (2) ; libérez-le de toute maladie, anathème, colère, malédiction, empêchement, médisance, envie, mauvais œil, négligence, paresse, gourmandise, faiblesse, stupidité, irraison, superbe, manque de piété, injustice, présomption, et de toute erreur et tromperie : par votre Saint Nom, qui est glorifié pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


(1) Littéralement : dans la peau de cheval.
(2) Le démon qui fait dormir, Satan.



Reportez-vous à Summis desiderantes affectibus, Bulle apostolique du Pape Innocent VIII, contre l'hérésie des sorcières, Exorcisme de Saint François de Sales pour les époux dont la fécondité du mariage est entravée par le démon ou par des maléficesTransmission de la sorcellerieSaint Philippe Benizi, invoqué pour préserver les enfants des maléfices, Satan veut déformer l'homme, afin d'effacer en lui l'image de Dieu, et le façonner à sa propre image, Les démons incubes appelés familièrement « Maris de nuit », Comment Satan a égaré l’humanité dans ses voies, après lui avoir fait perdre la connaissance du vrai Dieu : magie naturelle, magie noire, idolâtrie, divination, mystères et sociétés secrètes, État religieux et moral de l'univers au temps de l'établissement du Christianisme, Méditation sur l'inquiétude de l'avenir, Les efforts incessants de Satan pour se reformer une Cité, Prière pour casser toute magie et affaiblir les forces sataniques, Neuvaine de protection contre les attaques de magie, Culte de la pierre, de l'arbre, et de la source : traditions et origines magiques de ces dieux (1/4), L'existence du surnaturel et du surhumain, Résultats du spiritisme : la folie et le suicide - Dernier obstacle à l'envahissement satanique : la papauté, La terre se couvrit de ronces et d'épines, et La communication de Satan avec l'homme, un dogme de foi aussi certain que l'Incarnation.














mardi 16 août 2016

Vehementer nos, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie X au peuple Français


Cardinal Sarto, futur Pie X




VEHEMENTER NOS


LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE X


AU PEUPLE FRANÇAIS


(11 février 1906)




Aux archevêques, évêques, au clergé et au peuple français, à nos bien aimés fils : François-Marie Richard, cardinal prêtre de la Sainte Église romaine, archevêque de Paris ; Victor-Lucien Lecot, cardinal prêtre de la Sainte Église romaine, archevêque de Bordeaux ; Pierre-Hector Coullié, cardinal prêtre de la Sainte Église romaine, archevêque de Lyon ; Joseph-Guillaume Labouré, cardinal prêtre de la Sainte Église romaine, archevêque de Rennes, et à tous nos vénérables frères, les archevêques et évêques et à tout le clergé et le peuple français,


Pie X, Pape :


Vénérables frères, bien aimés fils, salut et bénédiction apostolique.



Notre âme est pleine d'une douloureuse sollicitude et notre cœur se remplit d'angoisse quand notre pensée s'arrête sur vous. Et comment en pourrait-il être autrement, en vérité, au lendemain de la promulgation de la loi qui, en brisant violemment les liens séculaires par lesquels votre nation était unie au siège apostolique, crée à l'Église catholique, en France, une situation indigne d'elle et lamentable à jamais.

Événement des plus graves sans doute que celui-là ; événement que tous les bons esprits doivent déplorer, car il est aussi funeste à la société civile qu'à la religion ; mais événement qui n'a pu surprendre personne pourvu que l'on ait prêté quelque attention à la politique religieuse suivie en France dans ces dernières années.

Pour vous, vénérables frères, elle n'aura été bien certainement ni une nouveauté, ni une surprise, témoins que vous avez été des coups si nombreux et si redoutables tour à tour portés par l'autorité publique à la religion.


Les attentats passés


Vous avez vu violer la sainteté et l'inviolabilité du mariage chrétien par des dispositions législatives en contradiction formelle avec elles, laïciser les écoles et les hôpitaux, arracher les clercs à leurs études et à la discipline ecclésiastique pour les astreindre au service militaire, disperser et dépouiller les congrégations religieuses et réduire la plupart du temps leurs membres au dernier dénuement. D'autres mesures légales ont suivi, que vous connaissez tous. On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux, supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint, effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux, banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion.

Ces mesures et d'autres encore qui peu à peu séparaient de fait l'Église de l'État n'étaient rien autre chose que des jalons placés dans le but d'arriver à la séparation complète et officielle.

Leurs promoteurs eux-mêmes n'ont pas hésité à le reconnaître hautement, et maintes fois, pour écarter une calamité si grande, le Siège apostolique, au contraire, n'a absolument rien épargné. Pendant que, d'un côté, il ne se lassait pas d'avertir ceux qui étaient à la tête des affaires françaises et qu'il les conjurait à plusieurs reprises de bien peser l'immensité des maux qu'amènerait infailliblement leur politique séparatiste, de l'autre, il multipliait vis-à-vis de la France les témoignages éclatants de sa condescendante affection.

Il avait le droit d'espérer ainsi, grâce aux liens de la reconnaissance, de pouvoir retenir ces politiques sur la pente et de les amener enfin à renoncer à leurs projets ; mais, attentions, bons offices, efforts tant de la part de notre Prédécesseur que de la nôtre, tout est resté sans effet, et la violence des ennemis de la religion a fini par emporter de vive force ce à quoi pendant longtemps ils avaient prétendu à l'encontre de vos droits de nation catholique et de tout ce que pouvaient souhaiter les esprits qui pensent sagement.

C'est pourquoi, dans une heure aussi grave pour l'Église, conscient de notre charge apostolique, nous avons considéré comme un devoir d'élever notre voix et de vous ouvrir notre âme, à vous, vénérables Frères, à votre clergé et à votre peuple, à vous tous que nous avons toujours entourés d'une tendresse particulière, mais qu'en ce moment, comme c'est bien juste, nous aimons plus tendrement que jamais.


Fausseté du principe de la Séparation

Qu'il faille séparer l'État de l'Église, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l'homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l'existence comme il nous soutient.

Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer.

En outre, cette thèse est la négation très claire de l'ordre surnaturel ; elle limite, en effet, l'action de l'État à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n'est que la raison prochaine des sociétés politiques, et elle ne s'occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière qui est la béatitude éternelle proposée à l'homme quand cette vie si courte aura pris fin.

Et pourtant, l'ordre présent des choses qui se déroulent dans le temps se trouvant subordonné à la conquête de ce bien suprême et absolu, non seulement le pouvoir civil ne doit pas faire obstacle à cette conquête, mais il doit encore nous y aider.

Cette thèse bouleverse également l'ordre très sagement établi par Dieu dans le monde, ordre qui exige une harmonieuse concorde entre les deux sociétés.

Ces deux sociétés, la société religieuse, et la société civile, ont, en effet, les mêmes sujets, quoique chacune d'elles exerce dans sa sphère propre son autorité sur eux.

Il en résulte forcément qu'il y aura bien des matières dont elles devront connaître l'une et l'autre, comme étant de leur ressort à toutes deux.

Or, qu'entre l'État et l'Église l'accord vienne à disparaître, et de ces matières communes pulluleront facilement les germes de différends qui deviendront très aigus des deux côtés.

La notion du vrai en serra troublée et les âmes remplies d'une grande anxiété.

Enfin, cette thèse inflige de graves dommages à la société civile elle-même, car elle ne peut pas prospérer ni durer longtemps lorsqu'on n'y fait point sa place à la religion, règle suprême et souveraine maîtresse quand il s'agit des droits de l'homme et de ses devoirs. Aussi, les pontifes romains n'ont-ils pas cessé, suivant les circonstances et selon les temps, de réfuter et de condamner la doctrine de la séparation de l'Église et de l'État.

Notre illustre prédécesseur Léon XIII, notamment, a plusieurs fois, et magnifiquement exposé ce que devraient être, suivant la doctrine catholique, les rapports entre les deux sociétés. « Entre elles, a-t-il dit, il faut nécessairement qu'une sage union intervienne, union qu'on peut non sans justesse, comparer à celle, qui réunit dans l'homme, l'âme et le corps. » « Quaedam intercedat necesse est ordinata colligatio inter illas quae quidem coniuntioni non immerito comparatur per quam anima et corpus in homine copulantur. » Il ajoute encore : « Les sociétés humaines ne peuvent pas, sans devenir criminelles, se conduire comme si Dieu n'existait pas ou refuser de se préoccuper de la religion comme si elle leur était chose étrangère ou qui ne pût leur servir de rien. Quant à l'Église, qui a Dieu lui-même pour auteur, l'exclure de la vie active de la nation, des lois, de l'éducation de la jeunesse, de la société domestique, c'est commettre une grande et pernicieuse erreur ! » « Civitates non possunt, citra seclus, genere se, tanquam si Deus omnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihil que profituram ablicere. Ecclesiam vero quam Deus ipse constituit ab actione vitae excludere, a legibus, ab institutione adolescentium, a societate domestica, magnus et perniciosus est error. » (Lettre encyclique Immortale Dei, 1er nov. 1885.)


La Séparation est particulièrement funeste et injuste en France

Que si en se séparant de l'Église, un État chrétien, quel qu'il soit, commet un acte éminemment funeste et blâmable, combien n'est-il pas à déplorer que la France se soit engagée dans cette voie, alors que, moins encore que toutes les autres nations, elle n'eût dû y entrer, la France, disons-nous, qui, dans le cours des siècles, a été, de la part de ce siège apostolique, l'objet d'une si grande et si singulière prédilection ; la France, dont la fortune et la gloire ont toujours été intimement unies à la pratique des mœurs chrétiennes et au respect de la religion.

Le même pontife Léon XIII avait donc bien raison de dire : « La France ne saurait oublier que sa providentielle destinée l'a unie au Saint-Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu'elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et sa gloire la plus pure. Troubler cette union traditionnelle, serait enlever à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde ». (Allocution aux pèlerins français, 13 avril 1888.)

Les liens qui consacraient cette union devaient être d'autant plus inviolables qu'ainsi l'exigeait la foi jurée des traités. Le Concordat passé entre le Souverain Pontife et le gouvernement français, comme du reste tous les traités du même genre, que les États concluent entre eux, était un contrat bilatéral, qui obligeait des deux côtés : le Pontife romain d'une part, le chef de la nation française de l'autre, s'engagèrent donc solennellement, tant pour eux que pour leurs successeurs, à maintenir inviolablement le pacte qu'ils signaient.

Il en résultait que le Concordat avait pour règle la règle de tous les traités internationaux, c'est-à-dire le droit des gens, et qu'il ne pouvait, en aucune manière, être annulé par le fait de l'une seule des deux parties ayant contracté. Le Saint-Siège a toujours observé avec une fidélité scrupuleuse les engagements qu'il avait souscrits et, de tout temps, il a réclamé que l'État fit preuve de la même fidélité. C'est là une vérité qu'aucun juge impartial ne peut nier. Or, aujourd'hui, l'État abroge de sa seule autorité le pacte solennel qu'il avait signé.

Il transgresse ainsi la foi jurée et, pour rompre avec l'Église, pour s'affranchir de son amitié, ne reculant devant rien, il n'hésite pas plus à infliger au Siège apostolique l'outrage qui résulte de cette violation du droit des gens qu'à ébranler l'ordre social et politique lui-même, puisque, pour la sécurité réciproque de leurs rapports mutuels, rien n'intéresse autant les nations qu'une fidélité irrévocable dans le respect sacré des traités.


Aggravation de l'injure

La grandeur de l'injure infligée au Siège apostolique par l'abrogation unilatérale du Concordat s'augmente encore et d'une façon singulière quand on se prend à considérer la forme dans laquelle l'État a effectué cette abrogation. C'est un principe admis sans discussion dans le droit des gens et universellement observé par toutes les nations que la rupture d'un traité doit être préventivement et régulièrement notifiée d'une manière claire et explicite à l'autre partie contractante par celle qui a l'intention de dénoncer le traité. Or, non seulement aucune dénonciation de ce genre n'a été faite au Saint-Siège, mais aucune indication quelconque ne lui a même été donnée à ce sujet ; en sorte que le gouvernement français n'a pas hésité à manquer vis-à-vis du siège apostolique aux égards ordinaires et à la courtoisie dont on ne se dispense même pas vis-à-vis des États les plus petits, et ses mandataires, qui étaient pourtant les représentants d'une nation catholique, n'ont pas craint de traiter avec mépris la dignité et le pouvoir du Pontife, chef suprême de l'Église, alors qu'ils auraient dû avoir pour cette puissance un respect supérieur à celui qu'inspirent toutes les autres puissances politiques et d'autant plus grand que, d'une part, cette puissance a trait au lien éternel des âmes et que, sans limites, de l'autre, elle s'étend partout.


Injustice et périls des dispositions de la loi examinée en détail
Associations cultuelles


Si nous examinons maintenant en elle-même la loi qui vient d'être promulguée, nous y trouvons une raison nouvelle de nous plaindre encore plus énergiquement.

Puisque l'État, rompant les liens du Concordat, se séparait de l'Église, il eût dû comme conséquence naturelle lui laisser son indépendance et lui permettre de jouir en paix du droit commun dans la liberté qu'il prétendait lui concéder. Or, rien n'a été moins fait en vérité. Nous relevons, en effet, dans la loi, plusieurs mesures d'exception, qui, odieusement restrictives, mettent l'Église sous la domination du pouvoir civil. Quant à nous, ce nous a été une douleur bien amère que de voir l'État faire ainsi invasion dans des matières qui sont du ressort exclusif de la puissance ecclésiastique, et nous en gémissons d'autant plus qu'oublieux de l'équité et de la justice, il a créé par là à l'Église de France une situation dure, accablante et oppressive de ses droits les plus sacrés.

Les dispositions de la nouvelle loi sont, en effet, contraires à la Constitution suivant laquelle l'Église a été fondée par Jésus-Christ.

L'Écriture nous enseigne, et la tradition des Pères nous le confirme, que l'Église est le corps mystique du Christ, corps régi par des pasteurs et des docteurs (Ephes., IV, 11), société d'hommes, dès lors, au sein de laquelle des chefs se trouvent qui ont de pleins et parfaits pouvoirs pour gouverner, pour enseigner et pour juger. (Matthieu, XXVIII, 18-20 ; XVI, 18-19 ; XVIII, 17 ; Tite II, 15 ; II Cor. X, 6 ; XIII, 10, etc.)

Il en résulte que cette Église est par essence une société inégale, c'est-à-dire une société comprenant deux catégories de personnes : les pasteurs et le troupeau, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés de la hiérarchie et la multitude des fidèles ; et ces catégories sont tellement distinctes entre elles, que, dans le corps pastoral seul, résident le droit et l'autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société.

Quant à la multitude, elle n'a pas d'autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs.

Saint Cyprien, martyr, exprime cette vérité d'une façon admirable, quand il écrit : Notre Seigneur dont nous devons révérer et observer les préceptes réglant la dignité épiscopale et le mode d'être de son Église, dit dans l'Évangile, en s'adressant à Pierre : « Ego dico tibi quia tu es Petrus », etc.

Aussi, « à travers les vicissitudes des âges et des événements, l'économie de l'épiscopat et la constitution de l'Église se déroulent de telle sorte que l'Église repose sur les évêques et que toute sa vie active est gouvernée par eux ». Dominus noster cujus praecepta metuere et servare debemus episcopi honorem et ecclesiae suae rationem disponens in evangolio loquitur et dixit Petro: ego dico tibi quia tu es Petrus, etc. Inde per temporum et successionum vices episcoporum ordinatio et ecclesiae ratio decurbit ut Ecclesia super episcopas constituatur et omnis actus ecclesiae per eosdem praepositos gubernetur. (St Cypr., epist., XXVII ; Al., XXVIII, ad Lapsos, 11.)

Saint Cyprien affirme que tout cela est fondé sur une loi divine : « Divina lege fundatum. »

Contrairement à ces principes, la loi de séparation attribue l'administration et la tutelle du culte public, non pas au corps hiérarchique divinement institué par le Sauveur, mais à une association de personnes laïques.

À cette association elle impose une forme, une personnalité juridique et pour tout ce qui touche au culte religieux, elle la considère comme ayant seule des droits civils et des responsabilités à ses yeux. Aussi est-ce à cette association que reviendra l'usage des temples et des édifices sacrés. C'est elle qui possédera tous les biens ecclésiastiques, meubles et immeubles ; c'est elle qui disposera, quoique d'une manière temporaire seulement, des évêchés, des presbytères et des séminaires ! C'est elle, enfin, qui administrera les biens, réglera les quêtes et recevra les aumônes et les legs destinés au culte religieux. Quant au corps hiérarchique des pasteurs, on fait sur lui un silence absolu ! Et si la loi prescrit que les associations cultuelles doivent être constituées conformément aux règles d'organisation générale du culte, dont elles se proposent d'assurer l'exercice, d'autre part, on a bien soin de déclarer que, dans tous les différends qui pourront naître relativement à leurs biens, seul le Conseil d'État sera compétent. Ces associations cultuelles elles-mêmes seront donc, vis-à-vis de l'autorité civile dans une dépendance telle, que l'autorité ecclésiastique, et c'est manifeste, n'aura plus sur elles aucun pouvoir. Combien toutes ces dispositions seront blessantes pour l'Église et contraires à ses droits et à sa constitution divine ! Il n'est personne qui ne l'aperçoive au premier coup d'œil, sans compter que la loi n'est pas conçue, sur ce point, en des termes nets et précis, qu'elle s'exprime d'une façon très vague et se prêtant largement à l'arbitraire et qu'on peut, dès lors, redouter de voir surgir de son interprétation même de plus grands maux !


L'Église ne sera pas libre

En outre, rien n'est plus contraire à la liberté de l'Église que cette loi. En effet, quand, par suite de l'existence des associations cultuelles, la loi de séparation empêche les pasteurs d'exercer la plénitude de leur autorité et de leur charge sur le peuple des fidèles ; quand elle attribue la juridiction suprême sur ces associations cultuelles au Conseil d'État et qu'elle les soumet à toute une série de prescriptions en dehors du droit commun qui rendent leur formation difficile, et plus difficile encore leur maintien, quand, après avoir proclamé la liberté du culte, elle en restreint l'exercice par de multiples exceptions, quand elle dépouille l'Église de la police intérieure des temples pour en investir l'État, quand elle entrave la prédication de la foi et de la morale catholiques et édicte contre les clercs un régime pénal sévère et d'exception, quand elle sanctionne ces dispositions et plusieurs autres dispositions semblables où l'arbitraire peut aisément s'exercer, que fait-elle donc sinon placer l'Église dans une sujétion humiliante et, sous le prétexte de protéger l'ordre public, ravir à des citoyens paisibles, qui forment encore l'immense majorité en France, le droit sacré de pratiquer leur propre religion ? Aussi, n'est-ce pas seulement en restreignant l'exercice de son culte auquel la loi de séparation réduit faussement toute l'essence de la religion, que l'État blesse l'Église, c'est encore en faisant obstacle à son influence toujours si bienfaisante sur le peuple et en paralysant de mille manières différentes son action.

C'est ainsi, entre autres choses, qu'il ne lui a pas suffi d'arracher à cette Église les ordres religieux, ses précieux auxiliaires dans le sacré ministère, dans l'enseignement, dans l'éducation, dans les œuvres de charité chrétienne ; mais qu'il la prive encore des ressources qui constituent les moyens humains nécessaires à son existence et à l'accomplissement de sa mission.


Droit de propriété violé

Outre les préjudices et les injures que nous avons relevés jusqu'ici, la loi de séparation viole encore le droit de propriété de l'Église et elle le foule aux pieds ! Contrairement à toute justice, elle dépouille cette Église d'une grande partie d'un patrimoine, qui lui appartient pourtant à des titres aussi multiples que sacrés. Elle supprime et annule toutes les fondations pieuses très légalement consacrées au culte divin ou à la prière pour les trépassés. Quant aux ressources que la libéralité catholique avait constituées pour le maintien des écoles chrétiennes, ou pour le fonctionnement des différentes œuvres de bienfaisance cultuelles, elle les transfère à des établissements laïques où l'on chercherait vainement le moindre vestige de religion ! En quoi elle ne viole pas seulement les droits de l'Église, mais encore la volonté formelle et explicite des donateurs et des testateurs !

Il nous est extrêmement douloureux aussi qu'au mépris de tous les droits, la loi déclare propriété de l'État, des départements ou des communes, tous les édifices ecclésiastiques antérieurs au Concordat. Et si la loi en concède l'usage indéfini et gratuit aux associations cultuelles, elle entoure cette concession de tant et de telles réserves qu'en réalité elle laisse aux pouvoirs publics la liberté d'en disposer.

Nous avons de plus les craintes les plus véhémentes en ce qui concerne la sainteté de ces temples, asiles augustes de la Majesté Divine et lieux mille fois chers, à cause de leurs souvenirs, à la piété du peuple français ! Car ils sont certainement en danger, s'ils tombent entre des mains laïques, d'être profanés ! Quand la loi supprimant le budget des cultes exonère ensuite l'État de l'obligation de pourvoir aux dépenses cultuelles, en même temps elle viole un engagement contracté dans une convention diplomatique et elle blesse très gravement la justice. Sur ce point, en effet, aucun doute n'est possible et les documents historiques eux-mêmes en témoignent de la façon la plus claire. Si le gouvernement français assuma, dans le Concordat, la charge d'assurer aux membres du clergé un traitement qui leur permit de pourvoir, d'une façon convenable, à leur entretien et à celui du culte religieux, il ne fit point cela à titre de concession gratuite, il s'y obligea à titre de dédommagement partiel, au moins vis-à-vis de l'Église, dont l'État s'était approprié les biens pendant la première Révolution.

D'autre part aussi, quand, dans ce même Concordat et par amour de la paix, le Pontife romain s'engagea, en son nom et au nom de ses successeurs à ne pas inquiéter les détenteurs des biens qui avaient été ainsi ravis à l'Église, il est certain qu'il ne fit cette promesse qu'à une condition : c'est que le gouvernement français s'engagerait à perpétuité à doter le clergé d'une façon convenable et à pourvoir aux frais du culte divin.


Principe de discorde

Enfin et comment, pourrions-nous bien nous taire sur ce point ? En dehors des intérêts de l'Église qu'elle blesse, la nouvelle loi sera aussi des plus funestes à votre pays ! Pas de doute, en effet, qu'elle ne ruine lamentablement l'union et la concorde des âmes. Et cependant, sans cette union et sans cette concorde, aucune nation ne peut vivre ou prospérer. Voilà pourquoi, dans la situation présente de l'Europe surtout, cette harmonie parfaite forme le vœu le plus ardent de tous ceux, en France, qui, aimant vraiment leur pays, ont encore à cœur le salut de la patrie.

Quant à Nous, à l'exemple de notre prédécesseur et héritier de sa prédilection toute particulière pour votre nation, nous nous sommes efforcés sans doute de maintenir la religion de vos aïeux dans l'intégrale possession de tous ses droits parmi vous, mais, en même temps, et toujours ayant devant les yeux cette paix fraternelle, dont le lien le plus étroit est certainement la religion, nous avons travaillé à vous raffermir tous dans l'union. Aussi, nous ne pouvons pas voir, sans la plus vive angoisse, que le gouvernement français vient d'accomplir un acte qui, en attisant, sur le terrain religieux, des passions excitées déjà d'une façon trop funeste, semble de nature à bouleverser de fond en comble tout votre pays.


La condamnation

C'est pourquoi, Nous souvenant de notre charge apostolique et conscient de l'impérieux devoir qui nous incombe de défendre contre toute attaque et de maintenir dans leur intégrité absolue les droits inviolables et sacrés de l'Église, en vertu de l'autorité suprême que Dieu nous a conférée, Nous, pour les motifs exposés ci-dessus, nous réprouvons et nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l'Église et de l'État comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu'elle renie officiellement, en posant en principe que la République ne reconnaît aucun culte.

Nous la réprouvons et condamnons comme violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité due aux traités, comme contraire à la constitution divine de l'Église, à ses droits essentiels, à sa liberté, comme renversant la justice et foulant aux pieds les droits de propriété que l'Église a acquis à des titres multiples et, en outre, en vertu du Concordat.

Nous la réprouvons et condamnons comme gravement offensante pour la dignité de ce Siège apostolique, pour notre personne, pour l'épiscopat, pour le clergé et pour tous les catholiques français.
En conséquence, nous protestons solennellement de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu'elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de l'Église pour les infirmer.


Aux Évêques et au Clergé — Instructions Pratiques

Nous devions faire entendre ces graves paroles et vous les adresser à vous, vénérables Frères, au peuple de France et au monde chrétien tout entier, pour dénoncer le fait qui vient de se produire.

Assurément, profonde est notre tristesse, comme nous l'avons déjà dit, quand, par avance, nous mesurions du regard les maux que cette loi va déchaîner sur un peuple si tendrement aimé par nous, et elle nous émeut plus profondément encore à la pensée des peines, des souffrances, des tribulations de tout genre qui vont vous incomber à vous aussi vénérables Frères, et à votre clergé tout entier.

Mais, pour nous garder au milieu des sollicitudes si accablantes contre toute affliction excessive et contre tous les découragements, nous avons le ressouvenir de la Providence divine toujours si miséricordieuse et l'espérance mille fois vérifiée que jamais Jésus-Christ n'abandonnera son Église, que jamais, il ne la privera de son indéfectible appui. Aussi, sommes-nous bien loin d'éprouver la moindre crainte pour cette Église. Sa force est divine comme son immuable stabilité. L'expérience des siècles le démontre victorieusement. Personne n'ignore, en effet, les calamités innombrables et plus terribles les unes que les autres qui ont fondu sur elle pendant cette longue durée et là où toute institution purement humaine eût dû nécessairement s'écrouler, l'Église a toujours puisé dans ses épreuves une force plus rigoureuse et une plus opulente fécondité.

Quant aux lois de persécution dirigées contre elle, l'histoire nous l'enseigne, et dans des temps assez rapprochés la France elle-même nous le prouve, forgées par la haine, elles finissent toujours par être abrogées avec sagesse, quand devient manifeste le préjudice qui en découle pour les États. Plaise à Dieu que ceux qui en ce moment sont au pouvoir en France suivent bientôt sur ce point l'exemple de ceux qui les y précédèrent. Plaise à Dieu qu'aux applaudissements de tous les gens de bien, ils ne tardent pas à rendre à la religion, source de civilisation et de prospérité pour les peuples, avec l'honneur qui lui est dû, la liberté ! En attendant, et aussi longtemps que durera une persécution oppressive, revêtus des armes de lumière (Rom. XIII, 12), les enfants de l'Église doivent agir de toutes leurs forces pour la vérité et pour la justice. C'est leur devoir toujours ! C'est leur devoir aujourd'hui plus que jamais ! Dans ces saintes luttes, vénérables Frères, vous qui devez être les maîtres et les guides de tous les autres, vous apporterez toute l'ardeur de ce zèle vigilant et infatigable, dont de tout temps l'Épiscopat français a fourni à sa louange des preuves si connues de tous ; mais par-dessus tout, nous voulons, car c'est une chose d'une importance extrême, que, dans tous les projets que vous entreprendrez pour la défense de l'Église, vous vous efforciez de réaliser la plus parfaite union de cœur et de volonté !

Nous sommes fermement résolus à vous adresser, en temps opportun, des instructions pratiques pour qu'elles vous soient une règle de conduite sûre au milieu des grandes difficultés de l'heure présente. Et nous sommes certains d'avance que vous vous y conformerez très fidèlement.

Poursuivez cependant l'œuvre salutaire que vous faites, ravivez le plus possible la piété parmi les fidèles, promouvez et vulgarisez de plus en plus l'enseignement de la doctrine chrétienne, préservez toutes les âmes qui vous sont confiées des erreurs et des séductions qu'aujourd'hui elles rencontrent de tant de côtés ; instruisez, prévenez, encouragez, consolez votre troupeau ; acquittez-vous enfin vis-à-vis de lui de tous les devoirs que vous impose votre charge pastorale.

Dans cette œuvre, vous aurez sans doute, comme collaborateur infatigable, votre clergé. Il est riche en hommes remarquables par leur piété, leur science, leur attachement au Siège apostolique, et nous savons qu'il est toujours prêt à se dévouer sans compter sous votre direction pour le triomphe de l'Église et pour le salut éternel du prochain.

Bien certainement, aussi les membres de ce clergé comprendront que dans cette tourmente ils doivent avoir au cœur les sentiments qui furent jadis ceux des apôtres et ils se réjouiront d'avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus. Gaudeates quoniam digni habili sunt pro nomine Jesu contumeliam pari. (Act. V, 41.)

Ils revendiqueront donc vaillamment les droits et la liberté de l'Église, mais sans offenser personne. Bien plus soucieux de garder la charité comme le doivent surtout des ministres de Jésus-Christ, ils répondront à l'iniquité par la justice, aux outrages par la douceur, et aux mauvais traitements par des bienfaits.


Au peuple catholique — Appel à l'union

Et maintenant, c'est à vous que nous nous adressons, catholiques de France ; que notre parole vous parvienne à tous comme un témoignage de la très tendre bienveillance avec laquelle nous ne cessons pas d'aimer votre pays et comme un réconfort au milieu des calamités redoutables qu'il va vous falloir traverser.

Vous savez le but que se sont assigné les sectes impies qui courbent vos têtes sous leur joug, car elles l'ont elles-mêmes proclamé avec une cynique audace : « Décatholiciser la France ».

Elles veulent arracher de vos cœurs, jusqu'à la dernière racine, la foi qui a comblé vos pères de gloire, la foi qui a rendu votre patrie prospère et grande parmi les nations, la foi qui vous soutient dans l'épreuve, qui maintient la tranquillité et la paix à votre foyer et qui vous ouvre la voie vers l'éternelle félicité.

C'est de toute votre âme, vous le sentez bien, qu'il vous faut défendre cette foi ; mais ne vous y méprenez pas, travail et efforts seraient inutiles si vous tentiez de repousser les assauts qu'on vous livrera sans être fortement unis. Abdiquez donc tous les germes de désunion s'il en existait parmi vous et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l'action, votre union soit aussi ferme qu'elle doit l'être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celles au triomphe de qui chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions.

Si vous voulez dans la limite de vos forces, et comme c'est votre devoir impérieux, sauver la religion de vos ancêtres des dangers qu'elle court, il est de toute nécessité que vous déployiez dans une large mesure vaillance et générosité. Cette générosité vous l'aurez, nous en sommes sûrs et, en vous montrant ainsi charitables vis-à-vis de ses ministres, vous inclinerez Dieu à se montrer de plus en plus charitable vis-à-vis de vous. Quant à la défense de la religion, si vous voulez l'entreprendre d'une manière digne d'elle, la poursuivre sans écart et avec efficacité, deux choses importent avant tout : vous devez d'abord vous modeler si fidèlement sur les préceptes de la loi chrétienne que vos actes et votre vie tout entière honorent la foi dont vous faites profession ; vous devez ensuite demeurer très étroitement unis avec ceux à qui il appartient en propre de veiller ici-bas sur la religion, avec vos prêtres, avec vos évêques et surtout avec ce siège apostolique, qui est le pivot de la foi catholique et de tout ce qu'on peut faire en son nom. Ainsi armés pour la lutte, marchez sans crainte à la défense de l'Église, mais ayez bien soin que votre confiance se fonde tout entière sur le Dieu dont vous soutiendrez la cause et, pour qu'il vous secoure, implorez-le sans vous lasser.

Pour nous, aussi longtemps que vous aurez à lutter contre le danger, nous serons de cœur et d'âme au milieu de vous. Labeurs, peines, souffrances, nous partagerons tout avec vous et, adressant en même temps au Dieu qui a fondé l'Église et qui la conserve, nos prières les plus humbles et les plus instantes, nous le supplierons d'abaisser sur la France un regard de miséricorde, de l'arracher aux flots déchaînés autour d'elle et de lui rendre bientôt, par l'intercession de Marie Immaculée, le calme et la paix. Comme présage de ces bienfaits célestes et pour vous témoigner notre prédilection toute particulière, c'est de tout cœur que nous vous donnons notre bénédiction apostolique, à vous, vénérables Frères, à votre clergé et au peuple français tout entier.


Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 11 février de l'année 1906, de notre pontificat la troisième.


Pie X, Pape.





Sans l'esprit chrétien, le relèvement des classes ouvrières n'arrivera jamais au niveau de la destinée surnaturelle de l'homme : les discordes sociales, au lieu de diminuer, ne feront que s'étendre et au lieu d'établir parmi les hommes le règne de la justice et de l'amour, on en arrivera fatalement à la lutte ouverte et sanguinaire. Le relèvement économique ne sera béni de Dieu et deviendra source de prospérité sociale vraie que lorsqu'il sera le fruit de la justice et de la charité. (Sa Sainteté le Pape Pie X - Lettre au Comte Stanislas Médolago-Albani, président de l'Union économico-sociale des catholiques d'Italie, du 19 mars 1909)






Lire "Actes de S.S. Pie X" (Voir ce lien) et "Pie X" du R.P. Jérôme DAL GAL (Lire), et La Révolution de Mgr Gaume.



Écoutez Face au Saint Suaire.




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