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vendredi 23 juillet 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon XIX : Troisième, quatrième et cinquième articles du Symbole


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE

DEUXIÈME PARTIE

Contenant l'histoire et l'explication de la Religion

depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension


XIXe LEÇON

UNION DE NOTRE ESPRIT AVEC NOTRE-SEIGNEUR,


LE NOUVEL ADAM, PAR LA FOI.

TROISIÈME, QUATRIÈME ET CINQUIÈME

ARTICLES DU SYMBOLE.



Q. Quel est le troisième article du Symbole ?
R. Voici le troisième article du Symbole : Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. Cet article nous apprend trois vérités.

Q. Quelle est la première ?
R. La première est que Jésus-Christ, Fils unique de Dieu de toute éternité, s'est fait homme dans le temps, c'est-à-dire qu'il a pris un corps et une âme semblables aux nôtres.

Q. Qui forma le corps et l'âme de Notre-Seigneur ?
R. C'est le Saint-Esprit qui forma le corps et l'âme de Notre-Seigneur, auxquels vint s'unir la seconde personne de la sainte Trinité.

Q. Quelle est la seconde vérité ?
R. La seconde vérité est que Notre-Seigneur, en se faisant homme, n'a pas cessé d'être Dieu, mais qu'il est Dieu et homme tout ensemble.

Q. Que suit-il de là ?
R. Il suit de là : 1° qu'il y a deux natures en Notre-Seigneur : la nature divine et la nature humaine ; 2° deux volontés : la volonté divine et la volonté humaine : 3 ° une seule personne, la personne du Verbe.

Q. Quelle est la troisième vérité ?
R. La troisième vérité est que le Fils de Dieu a pris un corps et une âme dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie, qui est vraiment mère de Dieu et toujours vierge.

Q. Quel sentiment doit nous inspirer le troisième article du Symbole ?
R. Le troisième article du Symbole doit nous inspirer une grande confiance envers la sainte Vierge.

Q. Quel est le quatrième article du Symbole ?
R. Voici le quatrième article du Symbole : Qui a souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli. Les Apôtres nous parlent des souffrances de Notre-Seigneur aussitôt après avoir parlé de sa naissante, pour nous apprendre que Notre-Seigneur est né pour souffrir, et qu'il a toujours souffert.

Q. Comment Notre-Seigneur a-t-il souffert ?
R. Notre-Seigneur a souffert librement et par amour ; il a souffert toutes sortes de douleurs dans son corps et dans son âme.

Q. A-t-il souffert en tant que Dieu ?
R. Il n'a pas souffert en tant que Dieu, parce que Dieu, étant infiniment parfait, ne peut pas souffrir ; mais la divinité de Notre-Seigneur communiquait un prix infini aux souffrances de son humanité.
 
Q. Pour qui et pourquoi Notre-Seigneur a-t-il souffert ?
R. Notre-Seigneur a souffert pour tous les hommes, et il a souffert pour réparer la gloire de son Père, expier le péché et nous servir de modèle.

Q. Pourquoi les Apôtres ont-ils dit qu'il a souffert sous Ponce-Pilate ?
R. Les Apôtres ont dit qu'il a souffert sous Ponce-Pilate pour deux raisons : la première pour marquer le temps de sa passion et pour prouver leur sincérité. S'ils en avaient imposé, tout le monde aurait pu les convaincre d'imposture. Il aurait suffi pour cela de montrer que Ponce-Pilate gouverneur de la Judée, n'avait fait mourir aucun homme nommé Jésus de Nazareth.

Q. Quelle est la seconde ?
R. La seconde, c'est pour donner au monde entier la certitude de la mort du Sauveur, en lui indiquant le moyen d'en avoir des preuves ; car Pilate avait envoyé à l'empereur Tibère la relation de la vie et de la mort de Notre-Seigneur, et cette relation était conservée dans les archives de l'empire.

Q. Comment le savons-nous ?
R. Nous le savons par le témoignage de Tacite, historien païen ; de saint Justin, martyr ; de Tertullien, d'Eusèbe et d'autres auteurs.

Q. Pourquoi Notre-Seigneur voulut-il être crucifié et enseveli ?
R. Notre-Seigneur voulut être crucifié, parce que le supplice de la croix était le plus cruel et le plus ignominieux ; et enseveli, pour montrer qu'il était véritablement mort.

Q. Qu'est-ce à dire ?
R. C'est-à-dire que son âme fut véritablement séparée de son corps, mais la divinité ne fut jamais séparée de son corps ni de son âme.

Q. Quel sentiment doit nous inspirer le quatrième article du Symbole ?
R. Le quatrième article du Symbole doit nous inspirer une grande douleur de nos péchés et une grande estime pour notre âme.

Q. Quel est le cinquième article du Symbole ?
R. Voici le cinquième article du Symbole : Est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts. Notre-Seigneur, étant mort pour tous les hommes, voulut faire sentir à tous, les effets de sa rédemption ; c'est pourquoi il descendit aux enfers.

Q. Qu'entend-on par les enfers ?
R. On entend par les enfers : 1° cette prison noire et obscure où les âmes des réprouvés sont tourmentées jour et nuit avec les démons par un feu qui ne s'éteint jamais ; 2° le purgatoire ; 3° les limbes, c'est à-dire le lieu où les âmes des Justes attendaient la venue du Messie.

Q. Dans quel lieu descendit Notre-Seigneur ?
R. Notre-Seigneur descendit dans les limbes, où il annonça aux âmes des Justes l'accomplissement des mystères de la Rédemption et leur prochaine entrée dans le Ciel.

Q. Se montra-t-il ailleurs ?
R. Il se montra aussi en enfer comme vainqueur et comme juge, et au purgatoire comme consolateur.

Q. Que remarquez-vous sur la résurrection de Notre-Seigneur ?
R. Je remarque sur la résurrection de Notre-Seigneur qu'elle diffère de la résurrection des autres morts : 1° en ce que Notre-Seigneur ressuscita lui-même, par sa propre vertu ; 2° en ce qu'une fois ressuscité, il ne fut plus sujet à la mort ; 3° en ce qu'il est la cause et le principe de la résurrection de tous les hommes.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je ne rougirai jamais de ma religion.


Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur, Leçon XV : Vie glorieuse de Notre-Seigneur, Leçon XVI : Notre-Seigneur Réparateur du monde, Leçon XVII : Notre-Seigneur, Nouvel Adam, Leçon XVIII : Union de notre esprit avec Notre-Seigneur, le nouvel Adam, par la Foi, premier et deuxième articles du Symbole, Leçon XX : Le Purgatoire.

Première Partie :
Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.












dimanche 11 juillet 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE

DEUXIÈME PARTIE

Contenant l'histoire et l'explication de la Religion

depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension


XIIIe LEÇON

PASSION DE NOTRE-SEIGNEUR. — SUITE



Q. Continuez l'histoire de la passion.
R. Les Juifs, arrivés avec Jésus devant la maison de Pilate, ne voulurent pas entrer dans le prétoire, de peur de se souiller et de ne pouvoir manger la Pâque. Pilate vint donc à eux en dehors et leur dit : De quoi accusez-vous cet homme ? Ils lui répondirent : Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne vous l'aurions pas livré. Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et jugez-le selon votre loi. Ils lui répondirent : Il ne nous est permis de faire mourir personne.
Pilate interrogea donc Jésus et lui dit : Êtes-vous le roi des Juifs ? Jésus lui répondit qu'il était roi, mais que son royaume n'était pas un royaume comme ceux de la terre. Pilate dit aux Juifs ; Je ne trouve en cet homme aucun sujet de condamnation. Mais ils se mirent à crier : Il soulève le peuple. Pilate dit au Sauveur : N'entendez-vous pas de combien de crimes ils vous accusent ? Mais il ne répondit rien. Pilate, apprenant que Jésus était de Galilée, le renvoya devant Hérode. Hérode désirait beaucoup de voir le Sauveur, espérant qu'il ferait en sa présence quelques miracles ; sa vaine curiosité fut trompée. Il méprisa donc le Sauveur avec toute sa cour, et, l'ayant fait revêtir d'une robe blanche, comme un insensé, il le renvoya à Pilate.
Celui-ci dit aux Juifs : Vous m'avez présenté cet homme comme soulevant le peuple ; je l'ai interrogé en votre présence sans trouver en lui aucun sujet de condamnation. Hérode n'en a point trouvé non plus ; je le laisserai donc aller après l'avoir fait châtier. Cependant il craignait que ce moyen ne réussît pas à sauver Jésus ; il eut donc recours à un autre. C'était la coutume qu'au temps de la Pâque le gouverneur accordât au peuple la liberté d'un prisonnier. Or, il y avait dans les prisons un fameux criminel appelé Barabbas. C'était un voleur, un séditieux, un homicide. Pilate dit au peuple : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre, Barabbas ou Jésus qui est appelé le Christ ? Les prêtres persuadèrent au peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. C'est pourquoi, lorsque Pilate leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? ils crièrent tous ensemble: Nous ne voulons point de Jésus ; c'est Barabbas que nous choisissons. Pilate leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse de Jésus, le roi des Juifs ? Ils lui répondirent tous : Qu'il soit crucifié ! Il leur dit encore : Mais quel mal a-t-il fait ? Je ne trouve rien en lui qui mérite la mort. Je vais le faire battre de verges et le remettre en liberté.
Mais ils crièrent de nouveau : Qu'il soit crucifié ! Alors Pilate se fit apporter de Peau, et, se lavant les mains en présence du peuple, il leur dit : Je suis net du sang de ce juste : pour vous, pensez-y bien. Tout le peuple répondit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! Alors Pilate fit flageller le Sauveur ; et les soldats, l'ayant dépouillé de ses vêtements, lui mirent un manteau ronge sur les épaules, une couronne d'épines sur la tête et un roseau à la main. Ensuite, s'approchant et fléchissant le genou devant lui, ils lui disaient par dérision : Roi des Juifs, je vous salue ; en disant cela, ils lui enfonçaient les épines dans la tête à grands coups de roseau, lui crachaient au visage et lui donnaient des soufflets.
En cet état, Pilate se fit amener le Sauveur, et, le montrant au peuple, il lui dit : Voilà l'homme ! Aussitôt les princes des prêtres s'écrièrent : Crucifiez-le ! crucifiez-le ! Si vous le relâchez, vous n'êtes pas ami de César. À ce mot, Pilate interdit leur abandonna Jésus pour en faire ce qu'ils voudraient.
Alors les soldats se saisirent de lui, lui arrachèrent son manteau de pourpre, lui remirent ses habits, et le conduisirent hors de la ville pour le crucifier. Jésus sortit portant sa croix ; mais bientôt il succomba sous le fardeau. Ils arrêtèrent donc un étranger nommé Simon le Cyrénéen, et le contraignirent de porter la croix après Jésus. Le Sauveur était suivi d'une grande multitude de peuple et de femmes qui pleuraient. Il se retourna et leur dit ; Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous et sur vos enfants. Arrivés au Calvaire, ils le crucifièrent avec deux voleurs, un de chaque côté de lui. À peine le Sauveur fut-il élevé en croix, qu'il demanda grâce pour ses bourreaux : Mon Père, dit-il, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.
Les soldats partagèrent ses vêtements et tirèrent sa robe au sort. Les Juifs blasphémaient en disant : S'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Si le Sauveur en fût descendu, il n'aurait pas été le Messie, puisque les Prophètes avaient annoncé que le Messie serait mis à mort. Le Sauveur convertit le bon larron. Il aperçut ensuite sa sainte Mère avec le disciple bien-aimé, et dit à la sainte Vierge : Femme, voilà votre fils ; et à Jean : Voilà votre mère. Marie adopta Jean pour son fils, et, en sa personne, tous les Chrétiens.
Alors les ténèbres se répandirent sur toute la terre, et le soleil s'obscurcit. Le Sauveur s'écria d'une voix forte : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? Il dit ensuite : J'ai soif. Or, il y avait là un vase plein de vinaigre. En même temps un de ceux qui étaient présents courut prendre une éponge, remplit de vinaigre, et, l'attachant au bout d'un roseau, lui en donna à boire. C'était pour accomplir cette prophétie de David ; Dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre.
Jésus ayant pris ce vinaigre et s'étant assuré qu'il ne manquait rien à son sacrifice, ni à l'accomplissement de toutes les prophéties, ni à son amour pour les hommes, s'écria d'une voix forte : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. En disant ces mots, il baissa la tête, et il expira.

Ô mon Dieu ! qui êtes tout amour, c'est en pleurant au pied de votre croix que je renouvelle de tout mon cœur la résolution de vous aimer pardessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous.


Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur.

Première Partie :
Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.
















dimanche 29 mars 2020

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus-Christ élevé en Croix


Extrait de "Méditations sur les souffrances et la croix de N.S. Jésus-Christ" par Gaspard Jauffret :





ONZIÈME MÉDITATION


Jésus-Christ élevé en Croix



« Ils crucifient avec Jésus ces deux autres criminels qui étaient des voleurs, mettant l'un à droite et l'autre à gauche, et Jésus au milieu. Ainsi fut accomplie cette parole de l'Écriture : Il a été mis au rang des méchants. Jésus cependant disait : mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Pilate composa un écriteau qu'il fit mettre au haut de la croix, au-dessus de la tête de Jésus, où était marqué la cause de sa condamnation ; et cet écriteau portait : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Cet écriteau fut lu de plusieurs d'entre les Juifs, parce que le lieu où Jésus avait été crucifié était proche de la ville, et parce que l'inscription était en hébreu, en grec et en latin. Les Princes des prêtres dirent donc à Pilate : ne mettez point : Roi des Juifs, mais qu'il s'est dit Roi des Juifs : Pilate leur répondit : ce que j'ai écrit, je l'ai écrit.

Les soldats ayant crucifié Jésus-Christ, prirent ses vêtements et les divisèrent en quatre parts, une pour chaque soldat ; jetant au sort, pour savoir ce que chacun en aurait ; et ils prirent aussi la tunique, et comme elle était sans couture et d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas, ils dirent entr'eux : ne la coupons point, mais jetons au sort à qui l'aura, afin que cette parole de l'Écriture fût accomplie : II ont partagé eutr'eux mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort. Et les soldats s'étant assis, le gardaient.

Ceux qui passaient , blasphémaient en branlant la tête, et lui disant : toi qui détruis le Temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, quand te sauves-tu toi-même? Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix.

Cependant le peuple se tenait là et le regardait ; les Sénateurs aussi bien que le peuple, et les Princes des prêtres avec les Scribes (ou Docteurs de la loi) se moquaient de lui entr'eux, disant : il en a sauvé d'autres, il ne saurait se sauver lui-même. S'il est le roi d'Israël, qu'il descende présentement de la croix, et nous croirons en lui : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ, l'élu de Dieu ; qu'il descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions. Il met sa confiance en Dieu ; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant, puisqu'il a dit : je suis le fils de Dieu. Les soldats même lui insultaient s'approchant de lui, et lui présentaient du vinaigre en lui disant : si tu es le roi des Juifs sauve-toi toi-même.

Or l'un des deux qui étaient crucifiés avec lui le blasphémait en disant : et si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi. Mais l'autre le reprenant, lui disait : n'avez-vous donc aussi point de crainte de Dieu, parce que vous êtes condamné au même supplice ? Encore pour nous c'est avec justice, puisque nous souffrons la peine que nos crimes ont méritée, mais pour lui il n'a fait aucun mal, et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume. Et Jésus lui répondit : je vous dis en vérité, que vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis ».

La mère de Jésus et Marie de Cleophas, sœur de sa mère, et Marie-Magdelaine se tenaient auprès de la croix. Jésus ayant donc vu sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : femme, voilà votre fils : puis il dit au disciple : voilà votre mère, et depuis cette heure-là, ce disciple la prit chez lui.

Il était environ la sixième heure du jour, et toute la terre fut couverte de ténèbres jusqu'à la neuvième heure, le soleil s'étant obscurci ; et sur la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri en disant : Eli, Eli, lamma sabachthani, c'est-à-dire, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?

Quelques-uns de ceux qui étaient présents l'ayant entendu crier de la sorte, disaient, il appelle Élie.

Après cela, Jésus sachant que toutes choses étaient consommées, et afin qu'une parole de l'Écriture s'accomplît encore, il dit : j'ai soif. Et comme il y avait là un vase plein de vinaigre, aussitôt l'un des assistants courut en remplir une éponge et l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire en disant : laissez, voyons si Élie le viendra tirer de la croix. Les autres disaient aussi la même chose.

Jésus ayant donc pris le vinaigre, dit : TOUT EST CONSOMMÉ.

Et jetant un cri pour la seconde fois : il dit ces paroles : mon Père, je remets mon âme entre vos mains, et en prononçant ces mots et baissant la tête, il rendit l'esprit.

En même-temps le voile du Temple se déchira en deux depuis le haut jusqu'en bas : la terre trembla, les pierres se fendirent, les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient dans le tombeau de la mort, ressuscitèrent, etc. »



MÉDITATION


Sur les dernières paroles de Jésus-Christ élevé en croix


TOUT EST CONSOMMÉ



Premier point. Il semble que Jésus-Christ parle à son Père et qu'il lui dise : vos volontés sont exécutées, ce que vous m'avez ordonné est accompli. Je ne vois plus de lieu ni de matière à mon obéissance. La dernière circonstance qui devait précéder ma mort a eu sa place et son rang parmi les autres. J'ai bu, en signe de communion avec les pécheurs, le breuvage qu'ils m'ont offert. Il ne me reste qu'à mourir pour eux. J'en attends le signal, et après avoir été plongé pour eux dans un baptême de douleur, je demande à y être noyé et à y ensevelir Adam et l'ancienne créature pour donner la naissance à l'homme nouveau.

Jésus-Christ a commencé d'obéir dès qu'il a commencé de vivre. Il n'est venu que pour obéir. Sa nourriture a été de remplir la volonté de son père. (S. Jean. c. 4) Il compte que tout est fait et qu'il n'a plus de raison de vivre s'il n'a plus à obéir, TOUT EST CONSOMMÉ. Ma vie doit finir où finit mon obéissance. Je ne vois plus d'autre ordre que celui de consentir à mourir. J'y consens et je veux expirer avant que l'obéissance expire. Et jetant un grand cri, il dit ces paroles : mon Père, je remets mon âme entre vos mains, et en prononçant ces mots et baissant la tête, il rendit l'esprit.

Jetant un grand cri, pour montrer qu'il mourait non comme les autres hommes, par nécessité, mais par son choix et avec liberté ; non par épuisement et par faiblesse, mais par puissance et avec autorité ; non, en vertu des lois naturelles, ou par la violence des tourments, ou par l'injustice des hommes, mais comme maître de la nature, comme supérieur aux tourments, comme indépendant de l'injustice des hommes. »

Et jetant un grand cri, il dit ces paroles : mon père, je remets mon âme entre vos mains. Ce grand cri joint à ces paroles, marque la pleine confiance avec laquelle elles furent prononcées et l'entière certitude que le sacrifice était accepté et qu'une prompte résurrection en serait la preuve. Je vous ai remis ma cause, mon Père, et ma défense. Je vous remets maintenant mon âme ; je la confie à votre amour pour moi, et à votre amour pour ceux que vous m'avez donnés, c'est pour eux que je prie, gardez-les et conservez-les dans votre puissante main ; vous me les avez donnés et je vous les remets sans cesser pour cela d'en être le protecteur. (S. Jean. c. 17. v. 11)

Jésus en prononçant ces mots et baissant la tête, rendit l'esprit. Il baissa la tête, non comme les autres hommes qui penchent la tête après avoir expiré, mais pour montrer qu'il consentait librement à mourir, et qu'il mourait par obéissance. Il n'avait que le mouvement de la tête libre. Ses pieds et ses mains étaient immobiles. Tout son corps était cloué sur l'autel, sur lequel il s'immolait. Il ne pouvait marquer sa soumission aux ordres de son Père qu'en baissant la tête pour les accepter. Il le fait avec une humble résignation et une profonde paix, et il n'est pas seulement obéissant jusqu'à la mort de la croix, mais jusqu'au dernier moment, jusqu'au dernier soupir, ne voulant ni retarder ni avancer d'un instant celui que son Père lui avait marqué. Et baissant la tête, il permit à la mort d'approcher. Car quel pouvoir avait-elle sur l'auteur de la vie ? Il consentit que le démon par qui la mort est entrée dans le monde, usurpât sur lui une autorité injuste, puisqu'il n'en avait que sur les pécheurs. Il accomplit comme victime ce que son sacrifice exigeait. Il s'immola lui-même et par son ordre ; il fut son propre sacrificateur, et il termina, comme prêtre et comme hostie, une action qui dépendait du mutuel consentement de l'un et de l'autre (Explic. de Passion). »

Second point. Tout est consommé par ce grand sacrifice. Il n'y a plus rien à attendre après Jésus-Christ. Il n'y a plus de mystères à accomplir. Il n'y a plus de nouvelles promesses. Il n'y a plus de vérités salutaires à apprendre. Il n'y a plus d'autre alliance ni d'autre Évangile. Il n'y a plus de nouveaux moyens de convertir les hommes ou de les sauver. Tout est fini en Jésus-Christ. Toutes les Écritures se terminent à lui. Son unique oblation offerte une fois, réconcilie les siècles passés et les siècles futurs. Elle remonte par son effet jusqu'à l'origine du monde, elle s'étend par sa vertu jusqu'à la fin ; (S. Paul aux Hébr. c. 10. v. 14) et il est aussi peu possible d'y rien ajouter ou d'en rien retrancher pour l'avenir que pour le passé, puisque pour l'un et pour l'autre, c'est une hostie unique qui a tout mérité, et que, si cela n'était pas, il aurait fallu que Jésus-Christ eût souffert plusieurs fois la mort depuis le commencement du monde (1). (S. Paul aux Hébr. c. 9. v. 26)

Mais si, dans le sacrifice de la croix, tout est consommé pour le salut des bons, tout est aussi consommé pour la réprobation des méchants. Ces deux coupables, dont l'un qui reconnaît Jésus-Christ pour le Messie, ne partage l'ignominie de sa croix que pour partager avec lui, dans le Paradis, le triomphe de sa résurrection ; et l'autre, qui blasphémant contre lui, n'en meurt pas moins victime de la loi, mais sans espoir d'une meilleure vie ; ces deux coupables, dis-je, représentent, évidemment, le genre humain lui-même condamné à la mort par l'arrêt irrévocable du Ciel, et dans le genre humain, le corps des Élus et des réprouvés ; des élus qui se sauvent par le mérite de la croix de Jésus-Christ, des réprouvés qui se désespèrent et se damnent en blasphémant, sur leur propre croix, le Dieu qu'ils ignorent.

Troisième point. TOUT EST CONSOMMÉ. Ces paroles n'offraient pas seulement à Jésus l'idée des prophéties accomplies en sa divine personne, celle du terme même de son sacrifice ; mais, éclairé par sa prescience divine sur le salut ou la réprobation de tous les hommes en général et en particulier, depuis le commencement du monde jusqu'à la fin des siècles, ces paroles offraient encore à Jésus l'idée de la fin irrévocable de chacun de nous à l'heure de la mort, et de la fin non moins irrévocable du genre humain au dernier jour du monde, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts.

Tout est en effet consommé pour nous à l'heure de la mort, soit pour le bien, soit pour le mal moral de notre être. Tout est alors consommé pour le pécheur qui meurt dans son péché, parce que le temps des expiations ne va point au-delà, parce que l'heure du jugement particulier est arrivée, que l'homme s'est irrévocablement formé pour le Ciel ou pour l'enfer, et qu'il ne lui reste plus d'autre mérite que celui de ses œuvres, ni d'autre sauvegarde que le jugement de Dieu.

Tout est de même consommé pour les bons qui meurent dans la justice conservée ou reconquise, parce que leur dernier soupir est au Seigneur, que leur vocation est remplie, que Jésus-Christ les unit sans retour au mérite de ses souffrances et de sa croix, et que, les épreuves du juste finissant avec la vie, le temps des récompenses n'a plus d'autres bornes pour eux que celles de l'éternité.

Jésus-Christ prononçait donc du haut de sa croix l'arrêt du genre humain. Il ouvrait la porte du ciel aux justes de tous les siècles, il fermait les portes de l’abîme sur les démons et sur les réprouvés de tous les âges. Il parlait en maître de toutes les générations humaines. Il se rapportait à cette dernière heure du monde où, l'étendard de la croix à la main, il jugera les hommes selon leurs œuvres, il dira aux bons : venez à moi les bénis de mon père : et aux méchants : retirez-vous de moi, maudits : où les bons s'élevant avec lui vers les cieux, et les méchants se précipitant avec le démon dans l'enfer, l'état des deux sociétés, celle des élus et celle des réprouvés sera fixé sans retour, et où la voix des anges se faisant entendre d'un bout à l'autre de l'Univers et retentissant à jamais aux voûtes éternelles proclamera solennellement que la durée du temps est terminée, que celle de l'éternité commence, que TOUT EST CONSOMMÉ.

Considérations. Considérez 1°. Que Jésus-Christ n'a voulu parvenir à la consommation de son sacrifice sur la croix que par l'obéissance de sa vie entière aux volontés de son père, c'est ainsi qu'il a pu s'écrier en mourant victime de nos péchés : qu'il avait accompli toute justice, qu'il n'avait rien omis pour le salut du genre humain, que tout était consommé dans le mystère de ses infinies miséricordes.
Considérez 2°. Que si Jésus-Christ n'a pu remplir sa vocation qu'en y demeurant fidèle jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix, nous ne saurions remplir la nôtre sans travail et sans épreuve.
Considérez 3°. Que Jésus-Christ jugeant le monde du haut de sa croix, vous juge vous-même. Vivez donc comme vous désireriez avoir vécu lorsqu'arrivés au terme de votre vie, l'ange de la mort ouvrant pour vous les barrières qui séparent le temps de l'éternité ; tout sera consommé dans l'ouvrage de votre salut ou de votre réprobation.


Résolutions et prière. Tout est consommé dans le mystère de la régénération du genre humain. Et c'est vous, ô mon divin Jésus, vous, la vérité même, devenu ma caution, qui me le dites. Je suis donc sûr que tout ce que la justice divine exigeait pour me pardonner et m'accorder l'esprit d'adoption, a été exactement accompli. Vous avez donc prié avec tant d'instances et tant de larmes, Seigneur, qu'enfin Vous avez été exaucé. Vous avez comblé l'abyme qui séparait la nature humaine de la nature divine. Vous les avez réconciliées ensemble ; vous les avez unies en vous, et tout pouvoir vous a été donné dans le Ciel et sur la terre. Vous avez donc reçu en notre nom la bénédiction que vous demandiez à votre Père. Et pour en recevoir l'immortel héritage, nous n'avons qu'à nous unir étroitement à vous, qui avez tout accompli, et qui avez tout obtenu. Nos biens sont désormais dans vos mains, et pouvions-nous en désirer de plus favorables que celles qui ont été punies pour nous, et et qui portent encore, les ouvertures mêmes des clous qui les ont percées ? (Explic. de la Passion)
N'ayez donc point égard, Seigneur, à nos propres péchés, mais au sang que vous avez versé sur la croix pour leur expiation. C'est ce sang que vous avez rendu nôtre, en nous unissant à vous comme vos membres, et dont nous invoquons la vertu. Tout est consommé pour vous, Seigneur, mais considérez que tout n'est point encore consommé pour nous. Vous êtes au terme de votre sacrifice. Vous avez vaincu la mort et le péché. Nous sommes au milieu des épreuves, environnés de passions ennemies, et tout meurtris encore de leurs coups. Comment en cet état d'homme pécheur, oserions-nous, sans vous, nous montrer devant la justice de votre PÈRE. C'est vous, Dieu bon, Dieu clément, Dieu victime, c'est vous, c'est votre croix, c'est le sang qui coule de votre croix qui nous rend la vie et l'espérance. Mes péchés sont grands, ils sont innombrables, ils sont prêts à me surmonter ; mais votre croix est là. Ses mérites sont infinis. Elle sera mon refuge. C'est elle que je placerai désormais entre la justice inexorable du Ciel et mes propres péchés ; et, armé de ce bouclier divin, j'oserai me confier aux promesses éternelles, et tout attendre de vos miséricordes. C'est vous-même, Seigneur, qui voulez trouver en moi cette confiance. C'est vous qui me l'inspirez, c'est vous qui la faites naître dans mon âme. Seigneur, achevez en moi ce que votre grâce y a commencé. Communiquez-moi votre esprit et votre vie. Rappelez-moi, après une longue séparation, à une parfaite unité. Consommez tout en moi selon votre bonté suprême, et me rendez tout parfait. Ne cessez de me sanctifier et de me bénir, jusqu'à ce que vous ayez accompli dans moi ce que vous avez demandé pour vos élus à votre Père, en allant à la mort, c'est-à-dire que je sois consommé dans l'unité, et que je sois aimé de votre Père comme vous en êtes aimé vous-même (St. Jean, ch. 17, v. 23). Ainsi soit-il.



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samedi 25 janvier 2020

Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'occuper des souffrances de Jésus-Christ ?


Extrait du CATÉCHISME SPIRITUEL DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE, TOME I, Composé par le R. P. J. J. SURIN, de la Compagnie de Jésus :


Sainte Catherine de Sienne recevant les stigmates du Crucifix


En conservant le souvenir de sa Passion : ce souvenir doit être continuel ; c'est le Bouquet de myrrhe que l'Épouse des Cantiques portait toujours sur son sein. On distingue trois sortes de souffrances dans la Passion de Notre-Seigneur. Des peines intérieures, dont les plus considérables sont au nombre de cinq ; savoir, son Agonie dans le Jardin des Oliviers, la trahison de Judas, le renoncement de saint Pierre, la fuite des autres Apôtres, son délaissement de la part de son Père. Des mépris, dont les cinq plus remarquables sont, les injures qu'il a reçues chez les Pontifes, les dérisions de la part d'Hérode, les clameurs du peuple chez Pilate , la préférence donnée à Barabbas, les malédictions dont il est chargé, lorsqu'il était sur la Croix. Des tourments extérieurs, dont les principaux sont aussi au nombre de cinq ; les coups de poing que lui donnèrent les Soldats, la flagellation, le couronnement d'épines, son accablement et ses fatigues sous le fardeau de la croix, le crucifiement. Il faut qu'à force de se représenter toutes ces circonstances de la Passion, on les grave au fond de son âme ; et que Jésus-Christ souffrant devienne le principe de notre vie, et l'unique sujet de notre consolation.
Nous avons parlé amplement de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le Chapitre précédent ; nous n'en parlons ici qu'en passant, et dans un nouvel ordre, propre à faciliter les saints exercices qu'on pratique à l'honneur de ce Dieu-Homme. De tous ces exercices, le principal est celui qui regarde ses souffrances. Il faudrait, s'il se pouvait, ne perdre jamais de vue le crucifix ; avoir une vénération singulière pour les cinq plaies qui y sont représentées, les adorer souvent, y appliquer sa bouche avec respect avant que de s'endormir, lorsqu'on s'éveille et en toute rencontre. Les personnes Religieuses qui ont fait les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, peuvent, en renouvelant ces trois vœux au pied du crucifix, s'en servir comme de trois clous, pour s'attacher à la croix de notre aimable Rédempteur ; et toutes sortes de personnes peuvent user de cette pratique, par le moyen de l'humilité, de la charité et de la patience.
Il est aussi très-utile de se transporter en esprit dans les lieux où. Notre Seigneur a souffert, et de s'y arrêter avec grande dévotion. Ces lieux sont, le Jardin des Oliviers, les Maisons des Pontifes, le Palais d'Hérode, le Prétoire de Pilate, et le Calvaire. Il ne suffit pas de conserver un léger souvenir de ces lieux ; il faut y penser souvent avec attention, en repaître la vue de l'esprit, et avoir des temps réglés pour les visiter et y faire ses stations, sans se lasser de les considérer. Cet exercice est d'un grand secours dans les temps de tentation et de tristesse : il faut alors se cacher et pénétrer bien avant dans les plaies du Sauveur ; se jeter entre les bras de ce Dieu crucifié, méprisé, insulté, abandonné, et mourant pour notre amour. Qu'une âme est heureuse, quand elle n'a d'autre appui sur la terre, que Jésus accablé de douleurs et de souffrances !



Reportez-vous à Sur la Passion, Hymne de la Croix, Jésus, Sagesse souffrante et crucifiée, Des exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Comment faut-il s'exercer en ce qui regarde la Doctrine de Jésus-Christ ?, Dévotion au Crucifix, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Passion de Jésus-Christ, Litanies de la Passion, De la vie intérieure, et de la familiarité avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains, Jésus crucifié est le Livre des Élus, Des fruits que porte Jésus crucifié, l'Arbre de vie, Jésus-Christ flagellé, Réflexion sur la flagellation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Olives, Méditation sur la trahison de Judas, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus devant Caïphe y reçoit un soufflet, Jésus-Christ exposé dans le prétoire aux dérisions et aux insultes des serviteurs du grand Prêtre, Jésus-Christ couronné d'épines, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Voilà l'Homme, Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus-Christ portant sa Croix, La Passion corporelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ expliquée par un chirurgien, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du Père Surin pour la pauvreté, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du renouvellement de l'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Seigneur, que vous plaît-il que je fasse ?, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'étude des Lettres, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Habits, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (1), Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin (2), De la vie illuminative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la mémoire, par Le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction pour les personnes qui entrent dans la voie d'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Que les âmes lâches fassent tous leurs efforts pour acquérir la bonne volonté qui leur manque, De l'Oraison et de la Contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Simple et courte méthode d'oraison mentale, De l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Pénitence et de l'Oraison, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, De la contemplation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Combien sont mal fondées les plaintes de ceux qui se disent incapables de méditer, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, Les voies du salut, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour étonnant du Père Surin pour l'abjection, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'amour admirable du Père Surin pour les souffrances, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, De l'imagination de l'homme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'entendement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de la colère, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie Purgative, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, En quoi consiste la perfection chrétienne : pour l'acquérir il faut combattre, et pour sortir victorieux de ce combat, quatre choses sont nécessaires, De la sècheresse dans l'oraison, Du devoir des Veuves, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce qu'est l'oraison mentale, par le R.P. D. Laurent Scupoli, Clerc Régulier Théatin, Méditation sur la nécessité des progrès dans la vertu, De la Réduction des Hérétiques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la réformation de l'Amour, de la Haine, du Désir et de l'Aversion, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De quelques moyens de bien faire l'oraison mentale, Pour la direction et la progression spirituelles : Quel chrétien êtes-vous ?, Le souvenir de nos péchés est un moyen propre pour nous aider à supporter avec résignation, toutes les afflictions que Dieu nous envoie, Avis pour la lecture spirituelle, Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (1/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (2/4), Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (3/4), et Histoire de la possession des Ursulines de Loudun, et des peines du Père Surin (4/4).










dimanche 14 avril 2019

Méditation sur les souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Jésus condamné à mort, Pilate lave ses mains








HUITIÈME MÉDITATION



Jésus condamné à mort. Pilate lave ses mains.




« Pilate étant rentré dans le Prétoire, dit à Jésus : d'où êtes-vous ? Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. Alors Pilate lui dit : Vous ne me parlez point ? Ne savez-vous pas que j'ai le pouvoir de vous faire attacher à une croix, et celui de vous délivrer ? Jésus lui répondit : Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi, s'il ne vous avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui m'a livré à vous est coupable d'un plus grand crime. Depuis ces paroles, Pilate cherchait un moyen de le délivrer. Mais les Juifs criaient, si vous délivrez cet homme... vous n'êtes point l'ami de César... Pilate ayant entendu ce discours, mena Jésus hors du Prétoire... C'était le jour de la préparation de la Pâque, et il était alors environ la sixième heure, et il dit aux Juifs : voilà votre roi. Mais ils se mirent à crier : Ôtez-le, ôtez-le du monde, crucifiez-le. Pilate leur dit : crucifierai-je votre roi ? Les princes des prêtres lui répondirent : Nous n'avons point d'autre roi que César. Pilate voyant qu'il n'y gagnait rien, mais que le tumulte s'excitait de plus en plus, se fit apporter de l'eau, et se lavant les mains devant le peuple : il leur dit : Je suis innocent du sang de ce juste ; ce sera à vous à en répondre. Et tout le peuple lui répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. Enfin Pilate voulant satisfaire le peuple, ordonna que ce qu'ils demandaient fût exécuté : il leur délivra en même temps, selon qu'ils l'avaient désiré, Barabas, qui avait été mis en prison pour crime de sédition et de meurtre ; et avant déjà fait flageller Jésus, il le remit entre leurs mains en l'abandonnant à leur volonté pour être crucifié ».



MÉDITATION


Sur le lavement des mains de Pilate ;

sur la réprobation des Juifs ;

sur la condamnation à mort de Jésus-Christ.



Premier point. Le lavement des mains de Pilate qui prétend ainsi s'innocenter lui-même en livrant aux Juifs le sang du juste, les Juifs qui se rendent responsables de ce sang, pour eux et leur postérité, Jésus qui, conduit de tribunal en tribunal pour être jugé selon les lois, finit par être condamné sans jugement et contre toutes les lois. Voilà trois circonstances qui méritent également d'être pesées, dans la condamnation à mort du fils de Dieu.
C'était une coutume des Juifs qui n'était pas ignorée des Romains ni des Grecs, de se laver les mains lorsqu'on voulait protester de son innocence sur quelque crime. J'ai lavé mes mains en signe d'innocence, dit le Psalmiste (Ps. 25). Et au Deutéronome il est ordonné que l'auteur d'un meurtre étant inconnu, les magistrats de la ville viennent près du corps mort laver leurs mains en disant : nos mains n'ont point répandu ce sang. (Deut. c. 21)
Tout est donc mystérieux dans le lavement des mains de Pilate. Sans doute ce juge n'en est pas moins coupable pour vouloir se dérober à lui-même le sentiment de sa propre faiblesse. Mais l'énormité de son crime ne détruit pas pour nous l'accomplissement des oracles divins et le cours des faits surnaturels dont l'histoire des souffrances et de la croix de Jésus-Christ est remplie. Remarquez, en effet, que sans vouloir obéir à la loi de Moïse, dont nous venons de parler, Pilate en accomplit les devoirs à l'égard de Jésus. Comme victime d'expiation pour nos péchés, Jésus est sous le coup de la mort, et Pilate ne connaît pas le véritable homicide. Les Juifs en sont les agents. Mais celui que l'on peut regarder comme le premier auteur de la mort de l'homme-Dieu ne se montre pas. Il habite l'enfer. C'est le démon, c'est le péché, c'est nous-mêmes, lorsque nous commettons le péché.

Second point. Combien est inconcevable le secret de la justice divine sur la réprobation des peuples comme sur celle des particuliers ; et qui nous donnerait de pouvoir l'expliquer aux enfants des hommes pour leur communiquer une crainte salutaire de cette justice !
Rien de mieux constaté que l'insurrection des Juifs contre Jésus. Rien encore de plus certain que leur complicité, Juifs de tous les rangs, de tous les âges, de tous les sexes, pour demander sa mort à grands cris et que son sang retombe sur eux et sur leurs enfants. Mais rien aussi de plus solennellement confirmé par dix-huit siècles de durée, que cet anathème de réprobation auquel les Juifs se vouent eux-mêmes et leur postérité. Le sang de ce juste est à peine répandu ; la terre tremble sous les pas de ce peuple déicide, les prophéties deviennent inintelligibles à ses prêtres, des sectes à l'infini se divisent sa croyance, les oracles du Seigneur et de son Christ s'accomplissent contre Jérusalem, les Anges qui honoraient son temple de leur présence, se retirent ; l'idolâtrie en souille les autels ; les sacrifices du soir et du matin, selon qu'il était écrit dans le livre des saints oracles, sont interrompus en Israël ; des armées investissent la Judée de toute part, ses habitants deviennent les victimes de toutes les factions ; onze cens mille d'entr'eux périssent, les uns par le glaive, les autres par la famine, ceux-ci par la main des ennemis, ceux-là par celle de leurs concitoyens, plusieurs de leurs propres mains. Jérusalem est détruit, il ne reste plus, de son temple, pierre sur pierre ; ce qui survit de ce peuple se trouve dispersé chez toutes les nations de la terre jusqu'à la fin des temps. Voilà ce que les prophéties annonçaient aux Juifs comme le dernier châtiment de leurs crimes, et nous-mêmes aujourd'hui sommes encore les témoins de leur accomplissement. Nous voyons les Juifs exilés de leur antique patrie, répandus dans tous les pays du monde, quoiqu'étrangers à tous les pays ; nous les voyons isolés, en tous lieux, des autres hommes, sans gouvernement, sans magistrats, sans temple, objet de mépris ou de raillerie pour toutes les nations. Voilà ce que nous voyons, depuis qu'ils ont versé le sang du juste par excellence.
Nous avons dit qu'une autre circonstance inconcevable de la mort de Jésus, était sa condamnation sans jugement. Ses ennemis ne se donnent pas le temps de l'entendre, ni de confronter contre lui leurs faux témoins. Ils voudraient, à la vérité, l'envoyer au supplice par l'autorité des lois ; mais trompés par leurs propres fureurs, il n'est pas un des moyens auxquels ils recourent pour perdre Jésus, qui ne soit un nouveau témoignage de son innocence. Ceux qui se chargent de le dénoncer, se chargent de l'arrêter. On le conduit tour-à-tour devant tous les tribunaux de Jérusalem. Il est partout couvert de dérisions et d'outrages. Nulle part il n'est reconnu coupable. Tous les juges se récusent. Pilate le déclare plusieurs fois innocent. Il le livre, mais en déclarant aux Juifs qu'ils répondront de son sang selon leurs cris homicides.

Troisième point. Faisons maintenant un retour profond sur nous-mêmes et reconnaissons qu'il ne s'encourt point, de la part de la justice divine, de réprobation générale ou particulière qui ne soit marquée à ces trois circonstances mémorables : point de jugement légal contre Jésus-Christ ou ce qui est la même chose contre son Église, mais une condamnation sans jugement ; la responsabilité de son sang non moins aveuglément prononcée ; le lavement des mains de Pilate, c'est-à-dire, l'homme s'absolvant lui-même d'une réprobation dont il est au moins le complice.
Et d'abord point de jugement légal contre Jésus-Christ, soit qu'à l'exemple des Juifs on le condamne comme faux prophète, soit qu'on fasse tomber sur lui la haine que l'on porte à sa doctrine ; n'est-ce pas là le spectacle que nous offrent les persécuteurs de son Église dans tous les âges ? Mais n'est-ce pas là aussi ce qui se passe dans l'âme du pécheur, lorsqu'il rejette loin de lui Jésus et son Évangile, pour livrer son cœur au péché. Certes ce n'est ni la raison ni l'équité qui décident alors des actions de l'homme ; c'est moins encore par voie d'examen qu'il crucifie derechef Jésus, en donnant au vice, la prépondérance sur la vertu. Ce sont les passions aveugles qui l'entraînent, qui voudraient voir pour elle l'autorité de la conscience, mais qui, sur son refus, n'en crient que plus fort en faveur du vice, jusqu'à ce qu'elles aient obtenu de l'homme lâche et pusillanime qu'il leur livre son cœur, sans en juger les œuvres.
Considérez de même ce qui se passe dans toutes les insurrections des méchants contre Jésus-Christ, contre ses ministres, contre les gens de bien qui sont les membres du corps dont Jésus-Christ est le chef. Que leur importe le sang du juste, pourvu qu'ils le voient couler, et qu'ils en rassasient leur fureur impie ? La justice formidable du Ciel les effraye peu. Les uns s'écrient comme les Juifs : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ; les autres s'en lavent les mains, comme Pilate, c'est-à-dire que satisfaits de ne pas donner leur vote de mort, ou de ne pas tremper leurs propres mains dans le sang, ils se croient absous de tout crime lorsqu'ils ne font, selon eux, que livrer celui qu'ils ne peuvent sauver. C'est là, l'image de toutes les persécutions, de tous leurs auteurs et de tous leurs complices.
Mais c'est aussi là l'image de tous les pécheurs, c'est là ce que nous sommes, lorsque n'écoutant que la voix des passions, nous donnons la mort à Jésus-Christ dans nos âmes. Voyez l'homme que cette voix a séduit. S'il faut sacrifier Jésus-Christ au démon, Jésus est sacrifié. La responsabilité de son sang n'arrête point le coupable ; si ce sang doit retomber sur toute une postérité, qu'importe ? C'est un père, c'est une mère, qui se vouant à toutes les maximes mondaines s'embarrassent peu de léguer, avec leurs vices, un patrimoine de malédiction à leurs propres enfants. C'est nous-mêmes qui, peut-être plus d'une fois, avons contribué par nos scandales à la mort spirituelle de notre prochain et qui nous lavons néanmoins les mains de sa perte.

Considérations. 1°. C'est en vain que l'on veut s'innocenter soi-même du sang de Jésus-Christ ou de la perte des âmes que Jésus-Christ s'est acquises au prix de son sang, si l'on livre son corps au péché, si, loin d'édifier, on scandalise, et si, lorsque les méchants s'écrient de nouveau : crucifiez-le, crucifiez-le, c'est lui, ce sont ses ministres qui voulaient perdre notre nation, nous sommes assez faibles, si non, pour unir notre voix à leur voix, du moins pour leur laisser croire que nous sommes prêts, pour assurer notre repos particulier, à leur livrer Jésus et ses ministres, et à nous laver les mains de leur destruction.
2°. Ne craignons rien tant, que d'encourir pour notre patrie, pour nos familles ou pour nous-mêmes la réprobation que les Juifs ont encourue pour eux et pour leur postérité. Puisque dix justes eûssent sauvé, jadis, une ville sur laquelle se débordèrent toutes les vengeances du Ciel, tâchons de faire nombre, pour attirer la miséricorde de Dieu sur notre patrie ; puisque de même, les familles, pour n'être pas exhérédées de J.-C. doivent chacune porter leur fruit de justice, hâtons-nous de fixer, chacun de nous, sur nos propres familles, leur droit à l'héritage des saints ; si tout homme peut enfin, remplir la mesure des grâces qui lui sont destinées, travaillons avant tout à nous rendre dignes de ces grâces, afin de ne point en tarir pour nous-mêmes le cours.
3°. Que la vérité, l'éternelle vérité ne cesse d'être la règle de nos jugements, et ne donnons jamais, soit à l'opinion du monde, soit à l'impression de l'exemple, le pouvoir de remporter en nous sur le témoignage même de notre conscience dirigée par cette lumière naturelle qui éclaire tout homme venant en ce monde. C'est le moyen de n'être jamais injuste ni contre Dieu, ni contre nos semblables, ni contre nous-mêmes.


Résolutions et Prière. Ayez pitié de nous, ô mon divin Jésus, selon l'abondance de vos miséricordes ; car ce n'est pas dans nos propres œuvres, que nous espérons, pour éloigner de notre patrie, de nos familles, et de nous-mêmes une réprobation trop méritée. Hélas ! en combien de manières ne vous avons-nous pas blasphémé comme les Gentils, livré comme Pilate, crucifié comme les Juifs ? Mais n'êtes-vous pas, malgré tous nos crimes, le Dieu sauveur et régénérateur de tous les coupables qui se repentent et mettent désormais en vous toute leur confiance. Que je sois ce coupable repentant, ô mon Dieu, que la France toute entière, que l'Univers ne vous offre plus que de pareils coupables qui soient ardents à se laver de leurs crimes, non point en lâches hypocrites de la vertu, comme ce Gouverneur de la Judée, mais en vrais pénitents de l'Évangile, à la source de vos sacrements et de vos saints mystères. Ainsi soit-il.




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