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vendredi 13 août 2021

Quelle puissance Marie reçoit-elle de son Fils, au jour de son Assomption ?


Bataille de Lépante

Marie reçoit de son Fils, en ce jour, pour le bonheur des hommes, une puissance qui ne connait point d'autres bornes que celles de l'amour de son Fils pour elle ; il partage pour ainsi dire en ce jour avec elle son autorité, et lui confie l'exercice de ses droits les plus chers ; il l'établit solennellement la distributrice de ses grâces, la médiatrice entre lui et les fidèles, le canal des faveurs célestes, l'espérance et le soutien de l'Église, l'asile des pécheurs, la protectrice des justes, la ressource des peuples et des empires, la Reine du ciel et de la terre. Et de là vient que les rois et les peuples se mirent toujours sous sa protection puissante ; que de saintes sociétés, assemblées en son nom et dévouées à son culte, s'élevèrent de toutes parts ; que les fléaux publics cessèrent dans tous les siècles par les vœux et les hommages qu'on lui adressa ; que nos villes et nos provinces, frappées de la main de Dieu, virent mille fois tomber par son entremise le glaive qui les châtiait : et elle sera éternellement chère à la France en mémoire de Louis le Juste, qui, pour immortaliser le souvenir de tant de bienfaits signalés, fit à cette Reine des cieux un hommage public et une consécration solennelle de ce beau royaume.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à Suffit-il pour plaire à Marie de se mettre sous sa protection, et de lui adresser des prières ?, Le triomphe de la très-sainte Vierge Marie ; son entrée dans le Ciel, Comment Dieu glorifia-t-il le tombeau de la très-sainte Vierge ?, Quelle fut la bienheureuse mort de la très sainte Vierge ?, ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE : La mort des saints est précieuse devant le Seigneur, Méditation sur la Fête de l'Assomption, Instruction sur la Fête de l'Assomption, Discours sur l'Assomption de Marie, L'Assomption de Marie, Méditation sur la dévotion envers Marie, Munificentissimus Deus, Constitution apostolique du Pape Pie XII, sur la définition du dogme de l'Assomption, Octave de l'Assomption : Préparation, et Cantique pour le Jour de l'Assomption.












mercredi 28 juillet 2021

Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté



SAINT Grégoire dit qu'il se peut quelquefois que les tentations d'impureté, et les mauvaises pensées dont on est inquiété et affligé, sont des suites de la vie criminelle qu'on aurait menée avant sa conversion, et une punition des habitudes vicieuses dans lesquelles on se serait autrefois entretenu ; qu'alors il faut essayer d'éteindre ces feux impurs par l'abondance de ses larmes, et pleurer amèrement sa vie passée. Saint Bonaventure dit aussi qu'un bon remède contre les tentations, est de les recevoir comme un châtiment qu'on a mérité par le désordre de sa vie passée, et de s'y soumettre avec un esprit de patience et d'humilité, en disant avec les frères de Joseph : Nous méritons de souffrir toutes ces choses, parce que nous avons péché contre notre frère. Les entrailles de la miséricorde de Dieu sont émues, ajoute ce Père, quand on reconnaît devant lui que l'on a mérité le châtiment qu'il envoie. L'Écriture Sainte nous apprend que le peuple d'Israël avait souvent recours à ce moyen, pour obtenir de Dieu le pardon de ses infidélités. Un autre moyen très puissant pour attirer le secours de Dieu sur nous dans toutes les tentations, et particulièrement dans celles de l'impureté, et pour nous aider à vaincre le démon de notre salut, c'est de nous défier absolument de nous-mêmes, et de mettre notre seule confiance en Dieu. Nous avons déjà dit la même chose en parlant de l'humilité, nous en parlerons encore, en traitant de la crainte de Dieu : il suffit donc maintenant de dire que, généralement parlant, l'humilité est un grand remède contre toutes sortes de tentations. C'est une histoire très-connue que celle
de la révélation qu'eut Saint Antoine. Il vit un jour, en esprit, la terre couverte de pièges qui étaient tendus de toutes parts ; et à cette vue, s'étant écrié, hélas, Seigneur, qui pourra échapper à tant de pièges ! Il entendit une voix qui lui répondit : Ce sera celui qui est humble de cœur. Soyez donc humble, et Dieu vous délivrera des pièges des tentations : Le Seigneur est la garde des petits, dit le Prophète ; je me suis humilié, et il m'a délivré.
Sur ce principe, un des plus grands avantages que nous puissions retirer de ces sortes de tentations, c'est de nous humilier devant Dieu, et d'avouer sincèrement notre misère et notre faiblesse, en lui disant : Vous voyez, Seigneur, ce que je suis, que peut-on attendre d'un amas de boue et d'ordures, sinon des vapeurs et des exhalaisons infectes ! Que peut-on attendre d'une terre que vous avez maudite, sinon des ronces et des épines. C'est tout le fruit qu'elle peut produire, si vous ne la cultivez par votre grâce. Il peut être encore quelquefois utile d'insulter au démon et de l'outrager de paroles, en lui disant, par exemple : Retire-toi de moi, esprit immonde : malheureux que tu es, n'as-tu point de honte ? Il faut que tu sois bien sale, puisque tu me présentes de si sales imaginations à l'esprit.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à La Mortification et la Pénitence sont aussi un remède très-efficace contre les tentations de l'impureté, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, Aspiration dans les tentations, Prière à Saint Joseph, Père et Protecteur des Vierges, Moyens pour conserver la chasteté : la garde des sens, et surtout celle des yeux, Excellence de la chasteté, Qu'il ne faut rien négliger en matière de Pureté, Des tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve et Conduite à tenir à l'égard des tentations.
















samedi 10 juillet 2021

L'humilité empêche que Dieu ne nous humilie et ne nous châtie


L'humilité a cela de propre, qu'elle supplée à ce qui nous manque d'ailleurs, et qu'elle empêche que Dieu ne nous humilie et ne nous châtie

C'est une grande folie, dit Saint Bernard, que de se confier en quelque autre chose que dans la seule humilité. « Car, mes frères, ajoute-t-il, comme nous avons tous offensé Dieu en beaucoup de choses, il est impossible que nous n'ayions toujours tort devant lui : Si quelqu'un veut entrer en jugement avec Dieu, dit Job, il ne pourra pas répondre un seul mot à sa décharge, contre mille accusations que Dieu lui fera. Que reste-t-il donc à faire, si non d'avoir recours de tout son cœur aux remèdes de l'humilité, et de suppléer par-là à tout ce qui nous manque d'ailleurs ? »
Comme cette pratique est d'une très-grande importance, le même saint Docteur nous la répète en plusieurs autres endroits. « Si vous ne vous sentez pas la conscience assez pure, suppléez, dit-il, à ce défaut, par une sainte confusion ; et ce qui vous manque du côté de la ferveur, tâchez de le réparer par un humble et sincère aveu de votre infirmité. » Saint Dorothée rapporte que l'abbé Jean recommandait très-souvent la même pratique à ses disciples : « Humilions-nous, disait-il, pour assurer notre salut ; et si notre faiblesse nous empêche de vaquer au travail, vaquons du moins à la pratique de l'humilité : dans cette disposition, nous serons aussi avancés que ceux qui auront beaucoup travaillé. Si après avoir couru longtemps dans les voies de l'iniquité, vous avez une santé trop faible pour marcher dans les sentiers étroits de la pénitence, des austérités et des souffrances, prenez le chemin de l'humilité ; vous n'en sauriez trouver un qui vous conduise plus sûrement au terme où vous vous proposez d'arriver. Si vous ne pouvez vous appliquer à la prière, appliquez-vous à exciter en vous le sentiment de confusion de ce que vous ne pouvez pas y parvenir ; et si vous n'avez pas de talent pour exécuter de grandes choses, ayez au moins de l'humilité ; par ce moyen vous suppléerez à tout ce qui vous manque. »
Il faut avouer ici que Dieu nous traite avec beaucoup de ménagement, et qu'il se contente de bien peu. Il demande seulement que nous nous reconnaissions pour ce que nous sommes, et que nous concevions de nous des sentiments proportionnés à notre faiblesse. S‘il nous demandait d'exercer de grandes austérités sur nous, et de nous élever à des contemplations bien sublimes, les uns pourraient s'excuser sur la faiblesse de leur complexion, et les autres sur leur incapacité ; mais y a-t-il rien qui puisse nous empêcher de nous humilier? Il n'est besoin pour cela, ni d'une santé robuste, ni d'un esprit pénétrant et éclairé : il ne faut, dit Saint Bernard, qu'un peu de bonne volonté : c'est une chose facile à tout le monde, et tout le monde y est engagé par un pressant motif, puisque, selon le Prophète, le sujet de nous humilier est au-dedans de nous-mêmes. Ayons donc recours à l'humilité, elle suppléera à ce qui manque à notre perfection ; cette disposition de notre part touchera de compassion les entrailles de la miséricorde divine. Vous êtes dénué des richesses spirituelles ; vous êtes dans une entière indigence : soyez humble, et Dieu sera satisfait de vous. Ce divin Maître ne peut souffrir qu'on joigne l'arrogance à la pauvreté ; et de trois choses que Dieu abhorre, selon le Sage, la principale est l'orgueil dans le pauvre : c'est aussi cet orgueil qui blesse davantage les gens du monde. Dieu a tellement en horreur l'orgueil et la présomption, et il aime tant l'humilité, que les Saints disent que souvent, par un jugement secret, mais juste, il permet, pour humilier les orgueilleux, qu'ils tombent en quelque péché grief, et quelquefois même dans les péchés les plus honteux, je veux dire, les péchés de la Chair.
Châtiez-moi, ô mon Dieu, avec une bonté de Père : employez, pour guérir mon orgueil, les souffrances, les maladies, les affronts, les injures, et toutes les humiliations qu'il vous plaira m'envoyer ; mais ne souffrez pas, Seigneur, que je tombe jamais en péché mortel. Donnez pouvoir au démon d'attaquer ma réputation et ma santé, de me rendre semblable à Job ; mais défendez-lui de rien entreprendre sur mon âme : pourvu, ô mon Dieu, que vous ne vous retiriez pas de moi et que vous ne permettiez pas que je m'éloigne de vous, il n'y aura point d'affliction qui puisse me nuire ; au contraire, je tirerai avantage de tout ce qui m'arrivera de fâcheux puisque je pourrai m'en servir pour acquérir cette vertu d'humilité qui vous est si agréable.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à C'est particulièrement aux humbles que Dieu accorde les plus grandes faveurs, Des précieux avantages que procure le troisième degré de l'Humilité, Que l'Humilité n'est point opposée à la Magnanimité, mais qu'elle en est le fondement, De la force en soi-même et de la force en Dieu, Pour vaincre toutes sortes de tentations, et pour acquérir la perfection chrétienne, ne point compter sur nous-mêmes, mais uniquement sur le secours de Dieu, Du troisième degré de l'Humilité : En quoi il consiste, Comment faire son examen particulier sur la vertu de l'Humilité, Comment dans l'oraison nous pouvons nous exercer à la pratique du second degré d'Humilité, Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes, Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.














mardi 6 juillet 2021

Le Malheur du monde pour les scandales


Sainte Élisabeth de Hongrie

Malheur au monde pour les scandales, dit le Fils de Dieu : car celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât une meule de moulin au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer. Il vaudrait donc mieux pour la plupart des hommes de perdre leur vie, de mourir, puisqu'ils sont occasion de scandale les uns aux autres, c'est-à-dire, de péché.
C'est ce que notre bon Sauveur fit un jour connaître à la séraphique sainte Thérèse, où il lui montra le monde comme un champ plein de toutes sortes de personnes, qui avaient toutes des armes en leurs mains, et qui se donnaient réciproquement des blessures mortelles. Voilà, ma fille, lui dit notre Maître, ce qui se passe dans le monde.
Nous y avons, remarque saint Jean Chrysostome, une guerre continuelle. Les pécheurs y ont bandé leur arc, ils ont mis leurs flèches dans le carquois ; ce sont les paroles dont se sert le Psalmiste, pour tirer les uns sur les autres. Celui-ci jette les flèches dans les oreilles, par les médisances qu'il fait ; celui-là les jette dans les yeux, par des objets sensuels ; les uns blessent le corps par la délicatesse et la multitude des viandes ; les autres les mains par la rapine et l'avarice ; et quelques-uns les pieds, faisant aller après eux dans les voies de l'iniquité. C'est pourquoi l'Apôtre nous exhorte de nous fortifier en notre Seigneur, et en sa vertu toute-puissante, et de nous armer de toutes les armes de Dieu, de nous tenir debout, portant sur nos riens la ceinture de la vérité, et nous revêtant de la cuirasse de la justice, et prenant le bouclier de la foi.
Le monde est plein de scandales ; car on y trouve partout des occasions de péché : on y trouve des gens qui sont remplis de l'estime des honneurs du siècle, que l'ambition possède ; qui ne font état que de ceux qui y sont élevés par leur naissance, que leurs charges et emplois, qui y font grand bruit, que l'on considère beaucoup ; c'est dont ils parlent, c'est ce qu'ils poursuivent, et c'est dont ils inspirent à même temps l'esprit et l'affection. On y en rencontre d'autres, qui ne pensent qu'à amasser de l'argent, et acquérir de plus en plus des biens temporels, qui n'estiment heureux que ceux qui sont riches, et qui donnent le désir de l'être. Il y en a qui sont tout plongés dans les aises de la vie, qui ne respirent qu'après les divertissements, qui passent leurs jours dans les plaisirs, dans les jeux, dans toutes sortes de récréations ; ce qu'ils ne peuvent faire sans avoir des compagnons de leur vaine joie, qu'ils attirent après eux. La médisance est assez ordinaire dans les conversations : le diable, disent les Saints, est sur la langue : c'est une maladie, dit un grand Cardinal, dont tout le monde est presque malade. Et si ce mal en était ôté, écrit saint François de Sales, la plus grande partie des péchés ne serait plus. Vous verrez, enseigne l'Angélique Docteur, des personnes d'autre part exemptes de toutes sortes de vices, qui tombent dans celui-ci.
Mais malheur au monde pour les scandales, puisqu'il se sert même des dons naturels qu'il a reçus de Dieu, pour se porter à l'offense de Dieu. Ainsi plusieurs abusent de la bonté de leur esprit, de leurs lumières, de leurs sciences, pour servir d'occasion de ruine aux autres. Cependant il faut considérer que les Pères de l'Église ont parlé avec une force singulière particulièrement contre les scandales que les femmes causent par leur beauté naturelle, leurs ornements, le luxe de leurs habits, et leurs honteuses nudités. Il est vrai que la beauté naturelle est un bien de nature ; mais dans l'état de la corruption où l'on est, elle sert d'occasion à beaucoup de maux. L'histoire nous apprend que Pâris s'étant laissé prendre à la beauté d'Hélène, c'est ce qui fut cause de la guerre de Troye qui dura dix ans. On y donna vingt-quatre batailles, et il y eut plus d'un million d'hommes tués, et la ville de Troye fut entièrement détruite.
C'est toujours un malheur que d'être même la cause innocente de la ruine des autres ; ce qui doit beaucoup humilier les femmes, même modestes, qui ont de la beauté : car les saints Docteurs méditant ces paroles que l'Église attribue à la très-pure Vierge, qu'elle est comme un lis entre les épines, remarquent que les autres femmes ont été des épines, ou pour elles, ou pour les autres ; mais qu'en elle son incomparable beauté portait tous ceux qui la regardaient, à la pureté. ç'a été l'un de ses privilèges, dont nous avons une joie spéciale de parler, prenant beaucoup plus de part à tout ce qui regarde la glorieuse Mère de Dieu, qu'à tout ce qui nous touche.
Malheur aux femmes qui se servent de leur beauté pour allumer la convoitise, qui en font vanité, qui désirent d'être vues et de plaire, qui veulent gagner les cœurs, qui se laissent cajoler par les hommes. Il y en a qui cherchant des excuses dans leurs péchés, disent qu'elles font sans aucune mauvaise intention en toutes choses, qu'elles n'y cherchent que le pur divertissement qui n'est point criminel, que leur esprit se conserve sans aucunes mauvaises pensées. Mais quand cela serait, peuvent-elles répondre de l'esprit et du cœur des hommes qui leur parlent, et qui les flattent agréablement ? Ce n'est pas assez, dit Tertullien, à une femme Chrétienne d'être chaste, elle en doit donner extérieurement toutes les marques. Elle ne doit pas affecter ni de voir ni d'être vue. C'est le propre de ceux qui sont à Dieu d'agir dans une sainte pudeur. Les hommes et les femmes qui ont le véritable amour de notre Seigneur, sont également sur leur garde, pour éviter toute familiarité entre les sexes. Saint François de Sales remarque que ces amitiés entre les deux sexes, que l'on appelle innocentes, et qui le sont durant plusieurs années quelquefois, se terminent à la fin à de puantes charnalités ; c'est de la manière dont il s'exprime.
Nous avons rapporté dans le second chapitre de ce Traité, le jugement et la condamnation terrible que Dieu fait de tous leurs vains ornements, de leurs habits magnifiques, de leurs coiffures, de leurs colliers et bracelets, de leurs cheveux frisés, de leur vanité dans leurs gestes, dans leurs regards, dans leur manière de marcher la tête haute, mesurant leurs pas, et étudiant toutes leurs démarches. On n'avait pas néanmoins en ces temps-là encore vu un Homme-Dieu sur lequel nous devons former nos mœurs, percé d'épines, couvert de plaies, attaché à une croix. Sainte Élisabeth de Hongrie ayant jeté les yeux avec attention sur son image sacrée, fut si honteuse de se voir vêtue magnifiquement, que depuis ce temps-là elle ne porta plus d'habits que très-modestes, quoiqu'elle fût une Souveraine.
Sixte X a donné des Bulles dans lesquelles il défend le luxe des habits, et particulièrement les queues traînantes. Et nous lisons de saint Gaultier Abbé de S. Martin près Pontoise, que prêchant un jour des Rameaux, il s'y trouva une Dame vêtue avec beaucoup de vanité, et ayant la queue de sa robe qui traînait ; ce qui donna lieu au saint Abbé de lui faire une forte correction, lui remontrant que Dieu était offensé dans cet excès, outre le danger des âmes qui pouvaient se perdre par ses attraits. Cette Dame qui avait le cœur aussi vain que son habit, se piqua de cette correction : mais elle en fut divinement châtiée, le diable s'étant saisi de son corps.
Le Saint-Esprit dit aux femmes par S. Pierre le chef de l'Église, qu'elles méprisent ce qui paraît au-dehors, qu'elles ne frisent point leurs cheveux, qu'elles ne se parent point d'or ni de riches habits ; mais qu'elles ornent l'homme du cœur au-dedans, par la pureté incorruptible d'un esprit tranquille et modeste, qui est très-riche devant Dieu. Toute la gloire de la fille du Roi est au-dedans, dit le Prophète Roi. C'est là, dit saint Grégoire de Naziance, que se trouve la vraie beauté, que perdent souvent celles qui se parent au-dehors. Un esprit chaste, paisible, modeste, est un grand ornement devant Dieu. La grâce, la mort aux sens et aux passions, et un saint recueillement, ce sont des richesses qu'une femme vertueuse porte partout. Saint Paul animé et conduit par le même esprit que saint Pierre, veut que les femmes soient parées avec pudeur et modestie, sans se friser et sans porter ni or, ni perles, ni habits somptueux.
Mais il veut qu'elles soient vêtues de robes décentes, qui signifie, selon les Grecs, une robe qui couvre tout le corps ; et c'est en cette sorte d'habits de femmes que l'Apôtre fait consister la bienséance. Qui croira, dit Tertullien, que celles qui découvrent leurs épaules ou leur sein, ne prostituent pas leur chasteté ? Comment pourrai-je me persuader qu'une femme soit chaste, qui découvre en elle ce qui est capable d'allumer les feux de la convoitise ? Peut-elle ignorer que se faisant voir de la sorte aux yeux d'un chacun, elle n'invite fortement à l'impureté ? Les saints Pères ont appelé ces femmes les soufflets des Diables ; car ces malins esprits s'en servent pour allumer le feu de l'impudicité : en cela pires et plus dangereuses que les Démons mêmes ; car saint Paulin et saint Cyprien remarquent qu'ils n'oseraient découvrir indécemment celles dont ils possèdent les corps. Et saint Cyprien donne pour l'un des signes des femmes possédées, quand elles sont en l'air la tête en bas, et que leurs habits ne tombent pas sur leur visage. C'est ce que nous avons connu dans ces personnes ; et ce qui est arrivé devant des témoins qui sont irréprochables il y a peu de temps.
Nous rapporterons ici ce qu'a remarqué un serviteur de Dieu sur ce sujet. Il écrit ce que Pline dit du soin de la nature pour conserver la pudeur des femmes noyées, de qui le corps nage sur l'eau la face en bas. Il cite Valère Maxime qui rapporte que le Consul Romain Sulpice répudia sa femme, parce qu'elle était une fois sortie sans être voilée ; et Vitellius qui a écrit que Postume Vestale fut enterrée comme une incestueuse, parce qu'elle avait paru dans les rues la tête haute et les yeux élevés. Il parle de saint Jérôme qui a loué les filles de Phidon l'Athénien, qui aimèrent mieux mourir que de paraître découvertes. Que les femmes chrétiennes apprennent des païennes la pudeur, qu'elles l'apprennent de la nature même, et qu'elles sachent que les Infidèles s'élèveront au Jugement, et les condamneront.
Mais qu'elles tremblent, apprenant ce que le Saint-Esprit nous déclare dans le Livre des Nombres, que Dieu commanda de tuer toutes les femmes Madianites, parce qu'elles avaient tenté les Israélites, quoiqu'il n'y en eût que quelques-unes d'entr'elles, le reste ayant eu seulement de la complaisance ; et les filles vierges au nombre de trente-deux mille furent faites captives. De plus les saints Pères remarquent qu'il n'y a jamais eu de punition plus exemplaire dans l'Écriture que celle des Princes et des Magistrats des Israélites, pour avoir souffert que les femmes Madianites parées et ornées parussent et conversassent familièrement avec les Israélites ; car il ordonna à Moïse de les faire pendre tous, sans en excepter un seul. Les mêmes saints Pères appellent louves celles qui se servent de fard, des victimes malheureuses de l'impudicité. Ils disent que cela n'appartient qu'à une misérable Jezabel. Nous le répétons encore, que les femmes vaines ne s'excusent pas sur leurs intentions qu'elles prétextent n'être pas mauvaises ; car voici ce que saint Jean Chrysostome dit parlant à l'une d'elles. Vous ne pensez pas, ô misérable, que vous aiguisez un glaive qui fera périr ; que vous donnez à boire dans une coupe pleine de venin ; et vous croyez vous excuser, parce que vous-même n'y buvez pas. Il déclare qu'elles sont plus criminelles que ceux qui vendent du poison ; parce que les autres ne tuent que le corps, et elles donnent la mort aux âmes.
Enfin le fils de Dieu disant à saint Pierre, Allez, Satan, ôtez-vous de devant moi, vous m'êtes à scandale ; car vos sentiments ne sont pas selon Dieu, mais selon les hommes : parce que ce Saint résistait à la mort qu'il devait souffrir, par compassion, et l'amitié qu'il avait pour lui. Cela nous donne lieu de considérer que le monde est encore plein de scandales, parce que ses sentiments ne sont pas selon Dieu ; au contraire il en inspire de tout opposés, comme nous le dirons avec le secours de sa grâce. Et comme l'on agit selon que l'on est prévenu de l'estime pour les choses, on mène une vie très-éloignée de celle qu'il demande de nous. Comme l'on n'a que des sentiments selon les hommes, et non pas en Chrétien. Les pères et les mères élèvent dans ces sentiments leurs enfants. Ces sentiments sont l'esprit dominant en toute la terre ; et c'est de la manière que chacun contribue à la ruine les uns des autres.
Le monde est à scandale, en détournant du culte de Dieu par les railleries qu'il fait de la dévotion de ceux qui la pratiquent, n'approuvant pas les exercices de piété, et étant cause que des personnes faibles n'ont pas la hardiesse de s'y appliquer, se cachant pour fréquenter les Sacrements, ou exercer d'autres bonnes œuvres. Les pères et les mères, les parents et les amis sont à scandale à leurs enfants, à leurs proches, leur résistant quand ils veulent mourir au monde, en entrant dans l'état Religieux ; et dont ils rendront un compte épouvantable au Jugement de Dieu : car ils doivent se souvenir que Dieu est le maître, et qu'il est plus juste de lui obéir qu'à des créatures. Ils doivent se souvenir que c'est faire un attentat injurieux à ses droits divins, que de se rendre maîtres de la vocation des personnes. Ce qui souvent est puni dès cette vie, par les maux et les disgrâces qui arrivent à ceux qui ne suivant pas la vocation divine, se laissent engager en des états où leur parents les mettent. S. Jérôme rapporte sur ce sujet un exemple terrible d'une Dame Romaine, qui cependant n'avait pas commis d'autre faute, que de parer, et cela par ordre de son mari, une jeune fille qui voulait se donner à Dieu, pour la rendre agréable au monde ; et c'est assez l'ordinaire. car ce Père de l'Église assure que l'Ange du Seigneur lui apparut, et lui fit d'effroyables menaces, à raison de ce qu'elle avait eu plus d'égard à ce qu'elle devait à son mari, qu'à ce qu'elle devait à Dieu. Il appelle sacrilèges ses mains, qui ont osé parer et orner la tête de cette jeune fille. Il lui prédit qu'elles deviendraient sèches en punition, que son mari et ses enfants mourraient : et S. Jérôme dit que toutes ces punitions arrivèrent.
Mais malheur au monde pour les scandales, quand ceux qui en doivent être la lumière, deviennent des ténèbres ; quand ceux qui en doivent être les guides, sont aveugles ; car ils tombent tous dans la fosse, et eux, et ceux qu'ils conduisent ; quand par leur vie peu édifiante, leurs conversations trop mondaines, leurs actions trop libres, ils scandalisent les autres ; quand leurs paroles, leurs sermons n'étant pas soutenus d'une vie conforme à ce qu'ils disent, ils donnent occasion de ne les pas croire ; quand ils se servent du crédit, de l'estime, de la confiance que l'on a en eux pour la ruine des âmes, et le déshonneur de leur état. Ils sont en cela, dit l'Angélique Docteur, les ministres du diable, et beaucoup plus dangereux ; car on a en horreur les démons.
Il faut prendre garde, écrit l'Apôtre aux Romains, de ne point donner de scandale à son frère, de n'être pas cause de la perte de celui pour qui Jésus-Christ est mort. Ce qui fait dire à S. Jean Chrysostome, que le scandale est un mal de Jésus-Christ, en tant qu'il sert d'occasion à la perte des âmes pour lesquelles il a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang ; qu'il ôte une vie surnaturelle plus précieuse que toutes les vies des Anges. Ô quels reproches les malheureux damnés se feront-ils éternellement dans l'Enfer, pour s'être causé la damnation les uns les autres ! Que le beau monde, qui se pique tant d'amitié, fasse ici réflexion qu'un jour ces amitiés qui servent d'occasion au péché, seront suivies d'une haine enragée pour jamais.
Finissons ici par ces paroles de notre grand Maître : Si votre œil, votre main, vous sont un sujet de scandale, arrachez-les, coupez-les, et les jetez loin de vous : car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membres périsse, que non pas tout votre corps soit jeté dans l'Enfer ; c'est-à-dire, qu'il n'y a pas à hésiter, si une personne qui nous est chère comme notre œil, comme notre main, nous détourne du service de Dieu, et nous engage dans les sentiments du siècle, nous inspire l'esprit du monde ; il faut s'en séparer. Ha, qu'il vaut bien mieux les quitter, que d'être séparé de Dieu ! Qu'il vaut bien mieux s'éloigner des personnes qui nous sont dangereuses, que de se priver de la compagnie de la très-sainte Vierge, de tous les bons Anges, et de tous les Saints, et de demeurer lié avec des créatures, pour aller avec elles en Enfer !

(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses occupations, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Combien de Modestie est nécessaire pour l'édification du Prochain, et utile à notre avancement particulier, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.















vendredi 21 mai 2021

Le malheur du Monde dans ses honneurs



Malheur au monde dans ses honneurs ; car la divine parole nous assure que le Seigneur, qui est le Très-haut, regarde les choses basses, et voit de loin celles qui sont hautes ; que les personnes puissantes souffriront puissamment. L'élévation dans le siècle sert d'occasion à l'élévation d'esprit et de cœur. Et il est écrit en Isaïe : Malheur à la couronne d'orgueil, aux ivrognes d'Ephraïm, à la fleur passagère, qui fait leur faste et leur joie, à ceux qui habitent au haut de la vallée grasse. Le Seigneur fort et puissant sera comme une grêle impétueuse : il sera comme un tourbillon qui brise tout, comme un déluge d'eau qui se répand sur une grande campagne et qui l'inonde. La couronne d'orgueil sera foulée aux pieds. J'humilierai, dit Dieu, les grands de la terre. C'est lui qui précipite l'orgueil dans les Enfers. Il a fait descendre les grands et les puissants de leur trône, dit la très-sainte Vierge en son divin Cantique, et a élevé les petits. Et quand elle prophétise que toutes les nations dans la succession de tous les siècles la diront bienheureuse, elle déclare que c'est parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante. C'est de la manière, remarque son dévot saint Bernard, que celle qui est Mère de Dieu se qualifie.
Mais il faut bien dire que l'élévation où les honneurs du monde mettent les hommes, est quelque chose de très-dangereux pour le salut ; puisque le Sauveur de nos âmes, pour nous apprendre combien leur éloignement est nécessaire, a voulu opérer tous les Mystères de notre Rédemption par l'anéantissement. C'est ce que nous enseigne son Apôtre du premier de ses divins Mystères. Ha ! s'écrie cet homme de Dieu, il s'est anéanti soi-même en prenant l'être d'un esclave, en se rendant semblable aux hommes. Il assurait de lui-même pendant sa vie, qu'il n'était pas venu pour être servi, mais pour servir. Étonnant et admirable état d'un Dieu qui appelle les choses qui ne sont pas, comme si elles étaient, dont la voix est entendue par ce qui n'a pas de sentiment, à qui la mer et les vents obéissent, devant qui les puissances des cieux tremblent. Il a fini sa vie par l'anéantissement épouvantable de la croix. Il est anéanti d'une manière qui jettera de l'admiration dans les esprits les plus sublimes de la gloire éternellement, dans le Mystère de la divine Eucharistie en autant de lieux que nous avons d'Églises dans toute l'étendue de la terre ; et il demeurera dans cet anéantissement incompréhensible jusqu'à la consommation des siècles. Ô terre ! ô poudre ! ô cendre ! ô chétif néant ! après cela comment peux-tu vouloir de l'élévation, et comment peux-tu la souffrir ?
Ô Chrétiens, qui avez peu de l'esprit du Chrétien, qui tend à s'humilier en toutes choses. Poursuivre l'honneur, dit la séraphique sainte Thérèse, et penser imiter Jésus-Christ, c'est tenir un chemin égaré. L'adorable Jésus connaissant que les peuples avaient dessein de le faire Roi, s'enfuit tout seul, et se cacha dans une montagne. Saül ayant été choisi Roi par Samuel, selon l'ordre qu'il en avait reçu de Dieu, se cacha dans sa maison, comme il est écrit dans le premier Livre des Rois. Heureux s'il eût persévéré dans la voie de l'humilité. Il s'appelait, lorsqu'il fut élu, le fils de Jemini qui était son grand-père, et non pas le fils de Cis qui était son père ; parce que Jemini était dans un état plus abject et plus ravalé. Il s'appliquait à s'abaisser, lorsque par l'ordre de Dieu même il était élevé. Aussi l’Écriture dit que pour lors il n'y avait point d'homme parmi tous les Israélites, qui fût meilleur que lui. Il demeura dans l'humilité et dans la piété deux ans. C'est pourquoi dans le premier Livre des Rois il est écrit qu'il a régné deux ans, quoique dans le même Livre on trouve dans un autre lieu qu'il en a régné quarante deux. Il y a du mystère. C'est que, comme nous venons de le remarquer, il n'a régné que deux ans, persévérant dans ses premiers sentiments. Les honneurs le changèrent malheureusement.
C'est ce qui arrive souvent aux personnes, qui non seulement y sont attachées, mais à celles qui en connaissant la vanité s'y trouvent engagées. Comment pourraient persister dans le dégagement chrétien, ceux qui les estiment et qui les poursuivent ; puisque ceux qui ont eu une véritable connaissance de leur néant, y font de si grandes chutes ? Nous écrivons ce que nous connaissons. Nous avons vu des personnes d'une rare piété, qui ayant été introduites auprès des grands de la terre, par l'estime que l'on avait de leur vertu, s'y sont relâchées d'une manière bien capable de donner de la crainte, de l'élévation. L'air du grand monde a je ne sais quoi de contagieux, dont il est difficile de se préserver. On a écrit dans la vie d'un illustre Prélat, Prince de naissance, qu'étant quelquefois obligé d'aller à la Cour de son Souverain, il en revenait toujours avec quelque sorte de diminution de la ferveur de sa dévotion. Et on rapporte du saint homme le Père Caraffe, Général de la Compagnie de Jésus, que dans cette vue on ne l'a pu obliger de se reposer un jour entier, passant en faisant voyage, chez ses plus proches parentes, parce qu'elles étaient Princesses. Ces illustres personnes disaient qu'il fallait fuir le mauvais air. Moïse, dit l'Apôtre, étant devenu grand, déclara qu'il n'était point fils de la fille de Pharaon, aimant mieux être affligé avec le peuple de Dieu, que de jouir du plaisir du péché qui passe si-tôt. Il appelle la félicité du monde, sa joie, son repos, ses honneurs, le péché qui passe si-tôt, parce que la jouissance, l'amour et l'attachement à ces choses n'est pas sans péché. Saint Thomas remarque que sa vertu fut admirable ; car il méprisa les deux choses que les hommes aiment le plus, l'aise et les honneurs ; et il préféra les deux choses contraires, l'affliction et la pauvreté. Il ne jugea pas, comme nous l'apprend la divine parole, les trésors des Égyptiens comparables aux richesses de l'opprobre de Jésus-Christ. Philon écrit qu'il devait succéder à Pharaon. Ainsi il quitta de grandes richesses et de grands honneurs pour se réduire à la condition de ses frères qui étaient tous esclaves et cruellement traités ; et c'est ce qu'il appelle l'opprobre de Jésus-Christ, qu'il considérait en ce peuple comme dans sa figure.
Nous devons ici considérer que l'Apôtre appelle l'opprobre de Jésus-Christ les richesses à qui les trésors des Égyptiens ne sont pas comparables. Et ces trésors dont il s'agit, étaient la succession d'un Royaume, à laquelle Moïse préfère les plus basses humiliations, une pauvreté extrême, les traitements les plus cruels ; parce que, dit le même Apôtre, il en considérait la récompense : et c'était par la foi qu'il faisait un si généreux mépris de tous les premiers honneurs du siècle. C'est par la foi, dit encore le même homme Apostolique, que les Saints, dont le monde n'était pas digne, ont méprisé les Royaumes, qu'ils se sont retirés quittant leur patrie, en cherchant une meilleure, qui est celle du Ciel.
Certainement il serait très-difficile de s'arrêter à la terre et à ses honneurs, si l'on avait une foi vive du Ciel et de ses grandeurs. Tout Chrétien doit convenir que la gloire du Ciel surpasse infiniment tous les honneurs du monde, et qu'elle ne finira jamais. Et le Saint-Esprit nous enseigne dans la première Épître aux Corinthiens, que comme la clarté du soleil est autre que celle de la lune, et que les étoiles ne sont pas égales en lumière, qu'il en sera de même quand les corps ressusciteront. Il y aura une différence inexplicable parmi les Bienheureux dans la gloire. Quelle différence entre la gloire de l'humanité sainte de la très-heureuse Vierge, des Apôtres, et du reste des Bienheureux ! Sainte Thérèse assure qu'elle a connu clairement par une révélation divine, qu'il y a plus de différence entre les premiers Anges et les autres, qu'il n'y en a entre un Roi et un homme du commun : et l'on a écrit du saint homme Alphonse Rodriguez de la Compagnie de Jésus, ce n'est pas celui dont les Livres de piété sont en édification, c'était un Frère Coadjuteur, ou Frère Lai, qu'apparaissant après sa mort, il avait révélé qu'il surpassait autant dans la gloire Philippe II, Roi d'Espagne, que ce Roi l'avait surpassé en sa qualité, pendant qu'ils vivaient en terre. Toujours est-il très-certain qu'un pauvre Charpentier comme Saint Joseph, qu'un pauvre Solitaire, qui a vécu dans une privation générale de tout ce que le siècle estime et recherche, comme Saint Jean-Baptiste ; que des gens qui ont été les balayeurs et l'ordure du monde, comme les Apôtres, seront les premiers de l'éternité.
Si donc, disent les Pères de l'Église, on aime véritablement l'honneur, comment ne pas travailler pour des grandeurs incompréhensibles, et qui n'auront point de fin ? Comment pourra-t-on dire que l'on se met peu en peine si l'on est des derniers dans la gloire du Ciel, pendant que l'on n'oublie rien pour être plus élevé dans les faux honneurs de la terre, qui disparaissent comme l'ombre, et dont il ne restera rien à la mort ?
Voilà le malheur, s'écrie Saint Jean Chrysostome, de la plupart des grands du siècle : ils sont dans un évident péril de leur damnation ; et quand ils sont sauvés, des derniers dans le Paradis. Ainsi s'accomplissent les paroles du Fils de Dieu en Saint Matthieu : Plusieurs qui étaient les premiers, deviendront les derniers, et les derniers deviendront les premiers.
En vérité, c'est être vraiment malheureux, que de se trouver dans des états à qui conviennent tous les malheurs que Jésus-Christ a prononcés dans l'Évangile : car si c'est un malheur, selon cet Homme-Dieu, que d'être riche, les grands du monde abondent en richesses ; si c'est un malheur que de rire et d'être à son aise, ce sont eux qui ont les délices de la vie présente ; si c'est un malheur d'être approuvé du monde, et d'en recevoir des bénédictions, il n'y a point de personnes qui en soient plus applaudies. On leur donne toutes sortes de louanges ; le moindre bien qu'il font est préconisé de tous côtés, on les flatte dans toutes leurs actions.
Mais y a-t-il malheur pareil à leur manière de vie ? À peine sont-ils sortis du lit, qu'ils sont assiégés de gens qui les attendent, et ils passent les jours entiers toujours en des compagnies qui ne les quittent point. Tous leurs entretiens sont de la terre, leurs desseins terrestres. On parle ou de nouvelles, ou de parties de chasse, et l'une de leurs occupations est de courir après des bêtes. Souvent leurs conversations sont de chiens et de chevaux ; et parmi les Dames, on s'occupe d'habits et de bagatelles. Une grande Princesse de nos jours étant touchée vivement de Dieu, déplorait les misères de sa condition ; et disait qu'ordinairement ce qui en faisait l'occupation, n'était pas seulement indigne d'un Chrétien, mais de l'homme raisonnable.
Cependant le temps qui nous est donné, est d'un prix infini, puisqu'il a coûté le sang d'un Homme-Dieu ; et il ne s'en passe pas un seul instant dans lequel on ne puisse plus gagner ou perdre que toutes les Couronnes de la terre ; puisque dans tous les moments nous pouvons, ou mériter de nouveaux degrés de grâce, ou les perdre, et que le moindre de ces degrés est quelque chose de plus précieux que tout l'univers ensemble. Il n'y a donc personne qui n'ait de plus grandes choses à acquérir, que toutes les prétentions des grands du siècle. Et après tout, que faisons-nous pour ces grandes choses, par rapport à ce qu'ils sont ? Nos soins, nos travaux approchent-ils de leurs applications, et de toutes les peines qui suivent leurs entreprises ? Le feu Père de Condren, l'un des hommes le plus divinement éclairés de ces derniers temps, disait qu'il s'étonnait comme il n'était pas né Prince, reconnaissant que ses fautes le méritaient. Comme il voyait les choses dans la lumière de Dieu, il était pénétré du malheur des honneurs du monde. Ah, qu'il fait bon n'y avoir point de part ! La servitude et l'esclavage est ce qui en éloigne davantage ; et néanmoins l'Apôtre, dans sa première Épître aux Corinthiens, adressant ses paroles à un homme de cet état, lui dit : Avez-vous été appelé étant esclave, n'en soyez pas en peine ; et quand vous pourriez même acquérir votre liberté, préférez-lui votre servitude. Il savait que le divin Maître avait choisi la condition de serviteur venant au monde, et il n'ignorait pas ce qu'il avait enseigné à ses Apôtres, lorsque n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, ils eurent contestation lequel d'entr'eux ils devaient tenir pour le plus grand : car après leur avoir appris qu'il n'en devait pas être parmi eux comme parmi ceux qui ont autorité sur les peuples, il leur déclara que celui qui est le plus grand, doit être comme le plus petit, et celui qui est le premier, comme le serviteur.
Les grands honneurs qui ont été attachés dans la succession des temps aux premières charges de l'Église les ont rendues redoutables aux Saints. Ils ont tremblé dans la vue du compte qu'ils devaient rendre de toutes les âmes qui sont commises à leurs soins. Donc la négligence, dit saint Jean chrysostome, leur attira d'effroyables châtiments : mais ils ont eu encore peur de l'élévation qui les accompagne. De là vient que plusieurs ont fui, et qu'ils se sont cachés quand ils y ont été élus. Ils savaient la chute de Lucifer pour avoir été élevé ; celle d'Adam, quoiqu'ils eussent été créés dans la justice et dans la sainteté, et qu'ils n'eussent rien en eux qui les portât au dérèglement, quoique leur élévation fût de Dieu. Ils savaient la perte de Judas dans la compagnie du Fils de Dieu, instruit immédiatement de ses paroles sacrées, et de ses divins exemples, choisi par notre seigneur Jésus-Christ, et appelé à l'Apostolat. Hélas, que doivent craindre ceux qui s'introduisent eux-mêmes, qui briguent, qui poursuivent les dignités ecclésiastiques, et souvent par des motifs temporels et intéressés ; qui vivent au milieu de la corruption du siècle, où tout est plein de tentations et de périls. On rapporte sur ce sujet quelque chose de bien terrible de Godefroi, Prieur de Clairvaux : c'était un personnage d'un si grand mérite, que Saint Bernard, homme rempli de lumières divines, crut qu'il glorifierait beaucoup Dieu, et rendrait de grands services à l'Église, s'il acceptait l'Évêché de Tournay. Il l'en pressa donc ; et de plus le souverain Pontife Eugène voulut l'y obliger. Cependant ce saint Religieux s'en excusa toujours, et ne l'accepta point. Il demeura dans sa retraite. Or apparaissant après sa mort, il dit : La très-sainte Trinité m'a fait connaître, que si j'eusse été du nombre des Évêques, j'eusse été du nombre des réprouvés. Le jugement de ceux qui sont en charge, dit le Saint-Esprit dans le Livre de la Sagesse, sera très-sévère.
Après tout cela le monde ne respire qu'après les honneurs ; on y court de tous côtés ; c'est le piège où les démons prennent plus de personnes ; c'est leur tentation la plus ordinaire, et c'est la tentation dont le diable osa tenter même notre Seigneur Jésus-Christ, lui promettant tous les Royaumes du monde avec leur gloire. Voilà ce qu'il promet au monde malheureux, les choses temporelles. Les Saints ont remarqué que lorsqu'il voulut tenter notre Seigneur Jésus-Christ, il l'éleva, l'ayant mis au haut du frontispice du Temple, et sur une très-haute montagne ; et que c'est une figure de ce qu'il fait à ceux à qui il prépare des chutes plus funestes : il les élève bien haut, pour les faire tomber plus malheureusement.
Cependant le désir déréglé de l'honneur est si commun, qu'il n'y a pas, comme les Saints le remarquent encore, jusqu'à ceux qui font profession de le fouler aux pieds, comme les Religieux, les Religieuses, d'autre part d'une vie austère et mortifiée, qui n'y soient pris. Ceux-là même s'y laissent prendre, qui le combattent publiquement dans les chaires. Sainte Thérèse, dont la doctrine est qualifiée de céleste par l'Église, considérant un si grand mal, a écrit qu'il fait des ravages, qu'il n'y a point de venin qui donne la mort si irrémissiblement ; que le moindre petit point de ce maudit honneur est une peste ; que la personne qui va par là, tient un chemin égaré ; qu'il lui est impossible d'être unie à Jésus-Christ, qu'elle a sujet de craindre d'être un Judas ; et qu'enfin elle prie Dieu de la vouloir délivrer de ces gens qui le veulent servir, et avoir soin de leur honneur, craignant l'infamie. Je n'ajoute rien en cela aux sentiments et aux termes de la Sainte : mais ce qu'il faut encore considérer, est l'avis qu'elle donne, que le pis est, que le diable fait croire que l'on est obligé d'avoir ce désir déréglé de l'honneur. Elle était étonnée comment on pouvait s'en mettre en peine, voyant Jésus-Christ Dieu outragé d'injures ; de faux témoignages ; et crucifié au milieu de deux larrons, comme le plus criminel. Est-il possible que nous croyions ces choses, et que nous vivions comme nous faisons ?

(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)


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mardi 18 mai 2021

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion


Le LEÇON


LE MESSIE PRÉPARÉ

HISTOIRE DES MACHABÉES

(AV. J.-C. 170)



Q. Qu'est-ce que l'histoire des Machabées ?
R. L'histoire des Machabées est l'histoire des Juifs dans les derniers temps qui précédèrent le Messie ; comme la famille des Machabées y joua le principal rôle, elle a donné son nom à l'histoire du peuple lui-même.

Q. Que nous apprend cette histoire ?
R. Cette histoire nous apprend que Dieu n'a pas cessé un instant de préparer les Gentils et les Juifs à l'avènement du Messie, en voulant que, durant les trois derniers siècles qui précédèrent sa venue, les Gentils fussent continuellement en rapport avec les Juifs, et qu'ils fussent témoins de prodiges bien capables de leur faire connaître le vrai Dieu.

Q. Citez un de ces prodiges ?
R. Séleucus, roi de Syrie, voulut enlever les trésors du temple de Jérusalem ; et pour cela il envoya Héliodore, intendant de ses finances, qui entra dans le temple, lorsque deux Anges, sous la figure de deux cavaliers, renversèrent ses soldats et les obligèrent à prendre la fuite,

Q. Qu'arriva-t-il à Héliodore ?
R. Héliodore lui-même fut jeté par terre, frappé à coups de verges, et ne dut la vie qu'aux prières du grand prêtre Onias.

Q. Quel fut l'effet de ce miracle ?
R. L'effet de ce miracle fut de faire connaître et respecter de plus en plus le Dieu d'Israël ; car Héliodore, honteux et corrigé, s'en retourna, publiant partout la puissance du vrai Dieu.

Q. Comment Dieu prépara-t-il les Juifs eux-mêmes à la prochaine venue du Messie ?
R. Dieu prépara les Juifs eux-mêmes à la prochaine venue du Messie, en les purifiant par des épreuves continuelles, destinées à les détacher de la terre et à leur faire goûter les doctrines de l'Évangile.

Q. Quelles furent ces épreuves ?
R. Ces épreuves furent les guerres continuelles que les rois de Syrie, et ensuite les Romains, suscitèrent à la nation sainte, qui fut assez fidèle à Dieu pour donner un grand nombre de martyrs sous Antiochus.

Q. Quels furent les principaux ?
R. Les principaux furent Éléazar et les sept frères Machabées avec leur mère.

Q. Que produisit le sang de ces martyrs ?
R. Le sang de ces martyrs produisit parmi les Juifs un éloignement plus grand pour les infidèles et un amour plus vif pour leur Religion ; en sorte que, si les Pharisiens ne les avaient pas trompés en leur faisant attendre un Messie conquérant, ils auraient reconnu Notre-Seigneur, et n'auraient pas attiré sur eux les châtiments dont ils sont accablés depuis tant de siècles.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, j'aurai le plus grand respect pour les choses saintes.


Et vous, qu'attendez-vous ?
Un Messie conquérant ? Un Sauveur politique ?
ou Notre-Seigneur Jésus-Christ ?


Reportez-vous à Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains.















mercredi 5 mai 2021

Le malheur du Monde dans ses plaisirs



Malheur à vous qui riez : c'est un Dieu qui parle, à qui les sens et l'esprit humain avec tous ses raisonnements le doivent céder : et certainement c'est être malheureux de porter des marques que l'on n'est pas des disciples de Jésus-Christ, qui ont les pleurs pour partage. C'est ceux à qui ce Dieu incarné dit : En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez, et que vous gémirez. Le monde se réjouira, et vous serez dans la tristesse. Ces paroles du Sauveur doivent être sérieusement méditées ; car cette répétition, En vérité, en vérité, marque quelque chose de grand et de très-certain. Elles nous apprennent indubitablement que les pleurs, les gémissements, les afflictions sont le partage de ses véritables disciples, et la joie du siècle le partage du monde.
Ceux qui sont à Jésus-Christ, écrit l'Apôtre, ont crucifié leur chair avec leurs vices et leurs passions ; parce que, selon la remarque d'un Interprète, la grâce du Baptême qui est toujours vivante en eux, les a entés en Jésus crucifié, et que le vieil homme est toujours cloué à la croix avec Jésus-Christ : de sorte que la vie du Chrétien est une continuelle mort à la chair et aux vices, et une vie de personnes ressuscitées. Tous les Chrétiens sont des crucifiés, ce qui ne peut être sans douleur et sans beaucoup de peines. Tous doivent porter leur croix à la suite de leur maître, sans aucune exception. Si quelqu'un veut me suivre, déclare-t-il, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. Il n'y a point de réserve, dit S. Jean Chrysostome : si l'on veut être Chrétien, il faut porter sa croix ; quand on serait Roi, Général d'armée, Soldat, il n'y a point d'état, de condition, de qualité, de sexe, d'âge, qui en soient exempts : et certainement s'il a fallu que Jésus-Christ ait souffert pour entrer dans sa gloire, y a-t-il une pure créature qui puisse espérer d'y entrer sans souffrances ? Tous ne sont pas appelés au célibat, c'est une grâce particulière pour les personnes qui sont le plus en faveur auprès du Fils de Dieu : tous ne sont pas appelés au Cloître, à la solitude, aux grands emplois extérieurs, à la prédication de l'Évangile, à faire de grandes choses ; mais tous, sans excepter un seul, ont vocation pour porter leur croix.
C'est pourquoi les Saints qui marchaient dans la lumière, ont tremblé quand ils n'en ont pas vu les marques. Un Évêque, homme de Dieu, faisant voyage, entra dans la maison d'un riche, qui l'entretenant lui apprit qu'il abondait en tout ce que le monde appelle prospérité ; qu'il avait nombre d'enfants tous bien nés, de grands biens, beaucoup de santé, et enfin toutes les aises de la vie, sans savoir ce que c'était que l'affliction. À ces paroles l'Évêque se trouva plein de crainte, et donna ordre à ceux de sa suite de se retirer aussitôt ; ce qu'il fit avec eux. La colère de Dieu, dit ce Pontife, est sur cette maison ; et à peine étaient-ils sortis, qu'elle tomba et accabla sous ses ruines ceux qui y étaient. Le méchant, dit le Prophète Roi, a aigri le Seigneur ; la grandeur de sa colère fera qu'il ne s'en mettra plus en peine : il l'abandonnera à ses plaisirs. Les méchants, dit encore le même Psalmiste, ne sentent point les misères humaines comme les autres, et ils ne souffrent point les châtiments que souffre le reste des hommes. C'est pourquoi l'orgueil s'est saisi d'eux. Leur iniquité, comme à force de s'être engraissée, est sortie au dehors. Ils ont passé dans toutes les passions de leur cœur. Ils ont porté leur bouche jusque dans le ciel, et leur langue a passé sur la terre sans épargner personne. Voilà ces méchants et ces heureux du siècle qui possèdent des richesses. Vous voyez, s'écrie ici S. Bernard, que jamais Dieu n'est plus irrité que lorsqu'il ne se met pas en colère. S. Jérôme remarque que la bonace de la prospérité du siècle est une horrible tempête.
Le Saint-Esprit dit aux Hébreux : Le Seigneur châtie celui qu'il aime, et il ne reçoit aucun pour son fils, qu'il ne lui fasse sentir ses verges. Persévérez dans la docilité, Dieu vous traite comme ses enfants : car qui est l'enfant qui ne soit point corrigé par son père ? et si vous êtes exempts de la correction que tous les enfants ont reçue, vous êtes donc batards, et non pas de légitimes enfants. Que si nous avons respecté nos pères selon la chair, lorsqu'ils nous ont châtiés, combien plus devons-nous honorer par notre soumission celui qui est notre père selon l'esprit ?
S. Bernard touché vivement de ces vérités demandait à Dieu qu'il le châtiât en ce monde. Le saint homme Job soupirait après les souffrances, il les demandait avec instance après tant de maux qu'il avait endurés ; il protestait que sa consolation serait que Dieu ne l'épargnât point. Cela ne surprend point le véritable fidèle, qui croit à la divine parole, qui nous enseigne que ceux qui ne sont pas du nombre des personnes affligées, ne sont pas du nombre des enfants de Dieu. Notre-Seigneur, dit un Saint, est son enfant qui est sans péché, mais il n'est pas sans croix. De là vient que le S-Esprit nous apprend que les Sages ont leur cœur dans les choses affligeantes, et les fous dans les vaines joies ; et qu'il vaut bien mieux aller en une maison où il y a de la douleur, que dans une maison de banquet et de festin. C'est pourquoi il est encore écrit en Job : Que le fou s'enracine dans la terre, et que sa prospérité est un sujet de malédiction. Adam, dans l'état même d'innocence, a fait une chute épouvantable dans le Paradis terrestre où il n'y avait que des délices ; et les plaisirs, selon la remarque de saint Augustin, ont fait plus de mal à Salomon que toute sa sagesse ne lui a profité.
Malheur au monde donc dans ses plaisirs, malheur à ceux à qui tout y rit par une prospérité abondante, Malheur à vous, dit l'Esprit de Dieu, qui vous levez dès le matin pour vous plonger dans les excès de la table. Saint Jérôme a entendu particulièrement ces paroles des Pasteurs de l'Église, qui sont comme enivrés de l'amour du siècle, que quelques-uns d'eux boivent depuis le matin jusqu'au soir, c'est-à-dire dans toute la conduite de leur vie, pendant que les peuples meurent de faim, et sont sans aucune instruction. Ce qui est cause que l'enfer a étendu ses entrailles, et qu'il a ouvert sa gueule jusqu'à l'infini ; et ce qu'il y a d'illustre et de puissant, y descend en foule. Et le même Esprit de Dieu dans le Prophète Joël, parlant à ceux qui mettent leur joie dans les plaisirs de la table, qui boivent le vin avec plaisir, ne leur laisse que les cris et les hurlements comme les chiens et les loups. Saint Paul parlant de ceux qui font leur Dieu de leur ventre, qui ne s'attachent qu'à leurs plaisirs sensuels, et qui mettent leur gloire en ce qui les devrait confondre, qui ne pensant qu'à la bonne chère, se glorifient dans les excès de la bouche, et dans l'impudicité dont ils devraient plutôt rougir, il écrit qu'il en parle en pleurant, ne pouvant contenir ses larmes à la vue de leurs dérèglements ; il les appelle les ennemis de la croix de Jésus-Christ que l'Église invoque comme notre unique espérance, aussi il apprend que leur fin sera la perdition.
C'est la doctrine de son grand Maître : Celui qui aime sa vie, la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle. Aimer sa vie, ou sauver sa vie, car notre seigneur dit tous les deux, c'est vivre dans les plaisirs et le faux repos de ce monde : mais ce qui est bien à remarquer, c'est que tous les quatre Évangélistes rapportent cette doctrine du sauveur de tous les hommes ; et saint Matthieu et saint Luc la répètent plusieurs fois en différents chapitres. Et de vrai on ne la peut trop insinuer à des hommes qui sont si portés à satisfaire leurs sens.
Mais malheur à eux ; car la joie du monde, qui est vaine, n'ayant rien de solide, qui n'est qu'une joie d'un moment par rapport à l'éternité, sera suivie d'angoisses inexplicables qui dureront toujours ; et les tourments, comme l'enseigne S. Jean dans l'Apocalypse, seront proportionnés à la grandeur de leurs délices. Les Dames qui auront eu plus de plaisirs en la vie, souffriront davantage dans l'Enfer. Voilà la récompense des malheureuses joies du monde.
Au contraire ceux qui n'oublient pas la consolation que Dieu leur donne par ces paroles : Mon fils, ne méprisez pas la correction du Seigneur, et ne vous découragez pas lorsqu'il vous reprend. C'est comme parle l'Apôtre aux Hébreux : Ceux qui tiennent pour un sujet de très-grande joie les afflictions qui leur arrivent, comme S. Jacques y exhorte dans son Épître Catholique, et qui en font un usage chrétien, qui sont du nombre des disciples de Jésus-Christ, à qui il a promis les gémissements et les pleurs, se réjouiront, et personne ne leur ravira leur joie ; car elle sera éternelle. Ah qu'il fait bon, et qu'il est avantageux de souffrir avec le Fils de Dieu durant le moment d'une vie qui n'est qu'une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui se dissipe bientôt : c'est, comme en parle le Saint-Esprit dans l'Écriture, pour entrer dans sa joie pour un jamais, dont la grandeur ne se peut penser, et dont la durée est éternelle.

(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)


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