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dimanche 30 janvier 2022

Don Bosco, à la fin de ses jours : Seigneur, restez avec moi, car il se fait tard et le jour baisse



— Mon cher Michel, tu sais que nos poches sont encore vides, dit don Bosco à son économe par une triste journée de février 1884. Il faut absolument que je retourne en France !
— absolument impossible, réplique don Rua. Vous pouvez à peine tenir debout. Vous devriez vous ménager !
— Va ! tu m'ennuies. Comment me ménager quand le bon Dieu me demande de travailler pour lui ? Non, n'insiste pas ! Prépare tout pour le voyage !
Le 1er mars, don Bosco prend le train pour Nice. Quelques jours après, il arrive à l'oratoire de Marseille. Mais en quel état ! Il a les jambes enflées ; son foie le fait terriblement souffrir ; avec cela, son asthme, des crachements de sang...
Dès le lendemain, le supérieur de la maison télégraphie au docteur Combal de l'université de Montpellier. Le docteur part aussitôt, voyage toute la nuit et examine le malade à fond au débarquer, le matin.
— Eh bien, cher maître, comment me trouvez-vous ? demande don Bosco, fort résigné.
— Mon cher don Bosco, soupire le médecin, je ne peux malheureusement rien vous annoncer de réjouissant. Vos forces sont épuisées. C'est comme avec un vieil habit qu'on a traîné sans arrêt tous les jours, la semaine et le dimanche : il est complètement usé. Le retaper, on ne peut l'espérer. Pour le faire durer encore quelque temps, un seul moyen, le suspendre dans l'armoire. Je veux dire qu'il n'existe pas d'autre remède pour vous que le repos absolu.
— Le repos absolu, répète don Bosco. L'unique ressource qui me soit impossible. Comment me reposer avec tant de travail ?
— Abandonnez-en la plus grande part à d'autres, et reposez-vous le plus possible. Je n'ai pas d'autre conseil à vous donner. Je vais pourtant vous prescrire un fortifiant.
— Merci, docteur. Quels sont vos honoraires ?
— Pas un sou. Mais, vous voudrez bien avoir l'amabilité d'accepter quelque chose pour vos œuvres.
Là-dessus le médecin donne à son client quatre cents francs.

Don Bosco ne suspend pas la vieille défroque dans l'armoire. Jamais encore il ne s'arrête. À la mi-avril, il reparaît à Rome pour s'occuper de la construction du Sacré-Cœur. Une grande loterie ferait bien l'affaire pour en couvrir les frais immenses.
Le 9 mai, Léon XIII le reçoit en audience. Le pape s'effraie en le voyant :
— Vous devriez vous ménager, mon cher don Bosco, si vous voulez prolonger vos jours et retrouver vos forces. Votre vie ne vous appartient pas, mais à l'Église. Elle appartient à la congrégation que vous avez fondée. Si j'étais malade, je suis certain que vous feriez votre possible pour me conserver. Veuillez donc faire de même pour vous. Prenez soin de votre santé ! Le Saint-Père le veut, le pape l'ordonne !
— Je vous promets, par obéissance, de suivre votre désir.
Le pape accorde volontiers à don Bosco tous les privilèges sollicités pour la Société salésienne.
— Je suis tout à fait pour les Salésiens, lui dit le pape au cours de l'audience. Je me considère comme votre premier collaborateur. Qui est votre ennemi est l'ennemi de Dieu. Avec de tout petits moyens, vous avez réalisé des entreprises gigantesques. Dieu lui-même protège, dirige et soutient votre congrégation. Dites cela, écrivez-le, prêchez-le. C'est le secret qui permet à votre institut de triompher de toutes les difficultés et de tous ses ennemis.
— Comment pourrais-je vous remercier, Saint-Père !
— Soyez, en mon nom, un bon père pour vos enfants. Dites-leur que je les aime et les bénis de tout cœur.
Don Bosco quitte le Vatican, profondément ému. Le pape a comblé ses désirs. Au Sacré-Cœur une autre bonne nouvelle l'attend : le maire de Rome a autorisé la loterie. On va pouvoir continuer les travaux.
Le 14 octobre, le nouvel archevêque de Turin, le cardinal Alimonda, vient rendre visite à don Bosco chez lui :
— J'ai, dit-il, un message à vous transmettre ; je ne sais si vous allez en être satisfait. Le Saint-Père, inquiet de votre santé, voudrait que vous acceptiez un remplaçant avec droit de succession, pour vous soulager d'une partie au moins de votre tâche. Vous pouvez le désigner vous-même : Rome agréera certainement sans difficulté votre proposition.
— Le Saint-Père est bien bon pour le pauvre don Bosco. J'ai l'air d'un paysan sur ses vieux jours, qui doit transmettre l'héritage à un des ses fils. Mais le Saint-Père a raison, et je m'incline docilement devant sa volonté.
— Mais alors, vous devriez décidément vous accorder un peu de repos, sinon tout est inutile, reprend le cardinal d'une voix inquiète. Vous me faites pitié !
— C'est vrai, le bon frère l'âne ne marche plus si bien, avoue don Bosco avec bonhomie. Il se fait vieux, il est bien las, il a mal partout, mais il arrivera encore à traîner quelques sacs au moulin.
Le 24 octobre, don Bosco rassemble les membres du chapitre pour leur communiquer le désir du Saint-Père. Il se désigne pour successeur son fidèle don Rua, qui appartient à l'oratoire depuis son enfance. Les Salésiens acceptent gravement cette décision : leur bon Père n'en a plus pour longtemps. Don Rua le remercie en termes émus de cette marque de confiance et promet de poursuivre dans le même esprit la grande œuvre commencée.
Cette année mémorable de 1884 s'achève par une joie particulière. Le Saint-Père partage les missions de Patagonie. Il érige la région nord en vicariat apostolique qu'il confie à don Cagliero, et la partie sud, y compris la Terre de Feu, en préfecture apostolique avec le zélé don Joseph Fagnano pour supérieur.
Le 7 décembre, don Cagliero reçoit, à Turin, la consécration épiscopale des mains du cardinal Alimonda. Les premières personnes que le nouveau prélat reçoit dans la sacristie à l'issue de la cérémonie sont sa vieille mère, âgée de quatre-vingts ans, et son paternel ami, don Bosco.
Le vieux prêtre veut s'agenouiller pour baiser l'anneau de l'évêque, mais celui-ci l'en empêche et le presse dans ses bras :
— Vous souvenez-vous encore, cher père, de ce que vous me dîtes, il y a trente ans, quand j'étais gravement malade et que les médecins avaient perdu tout espoir de me sauver : « Tu vas guéri, mon cher Jean, et tu revêtiras la soutane ; puis tu prendras ton bréviaire et tu t'en iras bien loin, bien loin. » Votre prédiction s'est merveilleusement accomplie. Que de fois j'y ai pensé au cours de mes randonnées à travers les pampas et de mes nuits dans le grand silence des gorges de la Cordillère.
— Oui, je sais ! répond don Bosco. Et je me souviens aussi bien du petit enfant de chœur qui me demandait, il y a bien, bien longtemps, dans la sacristie de Châteauneuf, de l'accepter à l'oratoire de Turin. Tu as toujours été ma joie, mon cher Jean ?
— Tout ce que je suis, tout ce que j'ai pu faire de bien, je le dois uniquement à votre paternelle bonté, réplique l'évêque.
— Non, après Dieu, c'est à ta chère mère surtout que tu le dois, mon fils. Si elle n'avait pas toujours porté avec honneur son anneau de mariage, tu ne porterais pas aujourd'hui l'anneau épiscopal.

Avant le prochain départ de Mgr Cagliero et d'un nouveau contingent de missionnaires, l'oratoire subit une grave catastrophe. Le 24 janvier 1885, pendant le repas de midi, on entend tout à coup crier : « Au feu ! Au feu ! » Un incendie s'est déclaré dans l'atelier de reliure et envahit bientôt quelques ateliers voisins.
— Les dégâts s'élèveront à cent mille lires, calcule don Rua, le nouveau supérieur, lorsque les flammes sont éteintes.
— C'est une lourde perte, soupire don Bosco, resté seul au réfectoire pendant que tout le monde courait vers le lieu du sinistre. Le Seigneur a donné, le Seigneur a pris. Il est le Seigneur en tout.
Il lui est très pénible de ne pas pouvoir accompagner jusqu'à Marseille ses missionnaires partants. Il leur dit adieu en pleurant.
— Sans doute ne nous reverrons-nous pas sur cette terre, ajoute-t-il en prenant Mgr Cagliero dans ses bras.
— J'espère que si, répond le prélat. Je reviendrai au plus tard en juin 1891, pour fêter avec vous votre jubilé sacerdotal.
— À la volonté de Dieu ! Les journaux ont déjà annoncé ma mort plusieurs fois. Il y a quelques semaines, ils m'ont fait mourir à Buenos Aires ; puis, ce fut à Marseille ; hier, c'était à Pavie ; aujourd'hui c'est à Turin même ! Tant que je pourrai entendre les marchands de journaux annoncer ma mort, il n'y aura pas de mal. Mais, comme le bon Dieu voudra, mon cher Jean.

Accablé de tant de souffrance, don Bosco ne semble plus vivre que par un incessant miracle. Une bronchite l'étouffe, la tête lui fait toujours mal, les yeux lui brûlent. Il passe des nuits blanches sur son fauteuil, dans le corridor, devant la porte de sa chambre.
Il se remet pourtant en route pour la France en mai 1885, et, de nouveau, les miracles accompagnent ses pas. Les malades recouvrent la santé ; les désespérés, le courage et l'espoir. Il revient encore une fois, les mains pleines, et bientôt il ne reste plus trace de l'incendie.
Don Bosco apprécie beaucoup le bonheur de pouvoir rester à l'oratoire. Le vieil homme malade y revit parmi cette jeunesse. Au milieu de se enfants il oublie ses souffrances ; de leur côté, les écoliers n'ont pas de plus grand plaisir que de le voir entrer dans la salle d'étude.
Don Bosco a toujours quelque chose pour eux dans ses poches, le plus souvent un sac de noix. Un jour de janvier 1886, les enfants se pressent à grands cris autour de lui, mais le petit sac n'est qu'à moitié plein :
— Ne soyez pas trop généreux, lui souffle l'abbé Festa. N'y allez pas trop vite, autrement il n'y en aura pas pour tout le monde. Vous avez soixante-quatre garçons ici.
— Laisse-moi faire ! répond don Bosco, en commençant la distribution à pleines mains.
La provision ne diminue pas. Le dernier servi, le sac est toujours à moitié plein.
— Comment cela se fait-il ? demande l'abbé émerveillé.
— Je ne sais pas, répond don Bosco. Je ne sais vraiment pas. Sans doute le bon Dieu a-t-il voulu me montrer qu'il distribue dans la mesure où l'on donne. Il faut l'en remercier !
Don Bosco semble se remettre encore une fois de ses misères, à tel point qu'au printemps de 1886, il entreprend un voyage en Espagne, où ses religieux et ses enfants le réclament depuis longtemps.

Le 13 mai de l'année suivante, Léon XIII le reçoit pour sa dernière audience. Dès qu'il l'aperçoit sur le seuil de la salle, le pape s'avance vers lui, lui présente lui-même un siège sans lui donner le temps de s'agenouiller et lui installe lui-même une couverture d'hermine sur les genoux.
— Je viens de la recevoir, lui dit-il. Vous en avez l'étrenne.
— Je suis vieux, Saint-Père, articule faiblement don Bosco. J'ai soixante-douze ans. Ce voyage est mon dernier. Je voulais revoir encore une fois Votre Sainteté et lui demander sa bénédiction. Mon vœu est satisfait. Il ne me reste donc plus qu'à dire : « Seigneur, laissez maintenant votre serviteur partir en paix, selon votre parole, car mes yeux ont vu votre salut. »
— Oh ! se récrie le pape, j'ai six ans de plus que vous. Tant que vous n'entendrez pas annoncer la mort de Léon XIII, vous pouvez être tranquille.
— Non, non, je suis à la fin de mes jours, s'obstine à dire don Bosco en hochant la tête.
Le lendemain a lieu la consécration de l'église du Sacré-Cœur. Les yeux humides de joie, don Bosco célèbre la sainte messe dans la magnifique basilique. C'est, lui semble-t-il, l'achèvement et le couronnement de son œuvre terrestre.
Vers la fin de l'année, ses forces déclinent de plus en plus. Cloué sur son grand fauteuil de cuir, il n'est qu'un faisceau de douleurs. La mort est sur son seuil, mais il ne la craint pas, cette messagère de Dieu qui va l'accueillir, après tant de soucis et d'épreuves, dans la paix éternelle. Ses lèvres ne cessent de murmurer : Seigneur, restez avec moi ; car il se fait tard et le jour baisse. »

(Don Bosco, l'Apôtre des Jeunes, G. Hünermann)


Reportez-vous à L'heureuse mort de don Bosco, Quand Don Bosco voyageait à travers la France : Départ de la capitale et retour à Turin, Quand don Bosco voyageait à travers la France : la foule autour de lui, ou quand il estime la maladie préférable à la santé, Quand Don Bosco voyageait à travers la France : Miracle à Cannes, Quand Léon XIII confie à Don Bosco la construction de l'église du Sacré-Cœur à Rome, Les rêves de vie missionnaire de don Bosco, la mort de Pie IX, Rencontre avec le cardinal Pecci, Lutte pour l'approbation de la Société Salésienne, Perquisition et interrogatoires à l'oratoire de Don Bosco, Pie IX et Don Bosco, Audiences pontificales pour la fondation de la Société Salésienne, La sainte mort de Dominique Savio, Mort de maman Marguerite, Mère de Saint Jean Bosco, Le songe de Don Bosco, Don Bosco rencontre Dominique Savio, Don Bosco et le Grigio, Don Bosco et le jeune condamné à la potence, La sainte amitié qui amena Jean Bosco séminariste, à la perfection chrétienne.













samedi 29 janvier 2022

Quand Don Bosco voyageait à travers la France : Départ de la capitale et retour à Turin



À son départ de la capitale, le 5 mai (1883), don Bosco a récolté au moins cinq cent mille francs pour ses œuvres.
— La Sainte Vierge ne nous a-t-elle pas miraculeusement secourus ? demande-t-il à don Rua en prenant le train pour Lille.
— Oui, mais tout l'argent est déjà parti pour parer au plus urgent. Il en manque encore beaucoup !
— Ah, je voudrais trouver un économe qui ne sût pas si bien compter ! Moi, je n'ai jamais compté. Finalement, je ne suis jamais resté avec un sou de dette. Donnons à pleines mains à Dieu et aux pauvres ! L'argent viendra toujours ! Tu l'as toi-même constaté. Ne te tracasse donc pas. Fie-toi aux poches profondes de la Providence. »
Don Bosco regarde, rêveur, par la fenêtre au moment où le train s'ébranle :
— Es-tu jamais allé de Châteauneuf à Buttigliera, mon bon Michel ? Sur une colline, en bordure d'un pré, se dresse une misérable chaumière. C'est la maison de mes parents, avec le pré où j'allais garder les vaches. Si toutes les belles dames et les beaux messieurs qui me baisaient les mains avaient su que ce sont les mains d'un pauvre fils de paysan ! Comme la Providence arrange drôlement les choses !

À Lille, la prochaine étape, on le reçoit avec un égal enthousiasme, et Dieu honore encore son serviteur par des prodiges et des miracles. Don Bosco interpelle gentiment une fillette d'une douzaine d'années qu'on lui amène sur une voiturette :
« Alors quoi ? Si grande, tu te laisses encore rouler ? Descends vite et sers-toi de tes jambes ! » La fillette, complètement paralysée depuis plusieurs années, se relève, hésitante. « Allons, courage ! » continue don Bosco. Prudemment, l'enfant avance un peu. « Tu vois, dimanche tu pourras aller toute seule à la sainte table. » Ce qui eut lieu. La petite infirme était complètement guérie.
Un jeune jésuite, le frère Crimont, gravement malade depuis longtemps, demande à don Bosco de prier pour lui :
— Je voudrais tant guérir !
— Pourquoi ?
— Pour devenir missionnaire.
— Mon fils, affirme don Bosco, cette grâce vous l'obtiendrez. Je vais demander à Dieu de vous l'accorder.
Cinq ans plus tard, frère Crimont, devenu prêtre, est envoyé en mission chez les Indiens des montagnes Rocheuses, puis, en 1894, en Alaska, où il est nommé vicaire apostolique en 1916.

Le 31 mai, don Bosco est enfin de retour à Turin. Ses fils l'accueillent avec des cris de joie : « Mes enfants, leur dit-il en agitant son chapeau français, voyez, j'ai un nouveau couvre-chef ! Mon ancien, on me l'a arraché de la tête en Avignon. Mais n'allez pas me croire différent parce que j'ai changé de chapeau. Je suis toujours le même, votre ami et votre père ; je le resterai toujours tant que le bon Dieu me conservera la vie. Allons tout de suite à l'église remercier Notre-Dame Auxiliatrice pour mon heureux retour.

(Don Bosco, l'Apôtre des Jeunes, G. Hünermann)


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vendredi 28 janvier 2022

Quand don Bosco voyageait à travers la France : la foule autour de lui, ou quand il estime la maladie préférable à la santé



Le 19 avril (1883), il arrive à Paris et va loger au couvent des Dames du Sacré-Cœur, à quelques pas de la Madeleine. Mais même dans l'immense capitale il ne reste pas longtemps ignoré. Paris s'émeut : un saint est de passage, un homme dont on raconte des merveilles, un prêtre qui lit dans les âmes et prédit l'avenir !
En quelque grande église qu'il célèbre la messe, les malheureux et les désemparés savent toujours le joindre.
Le 3 mai, fête de l'Ascension, il est à Sainte-Clotilde. Personne ne l'a annoncé ; l'église est quand même archicomble. À la fin de sa messe, un torrent humain s'engouffre derrière lui dans la sacristie. Il faut barrer le chœur de peur qu'on ne l'étouffe.
Une heure passe ; la foule ne diminue pas. Le défilé continue.
Au bout de deux heures, don Bosco demande au comte de Franqueville qui l'accompagne :
— Mon cher comte, y a-t-il encore beaucoup de monde dans l'église ?
— Environ cinq cents personnes.
— Je suis absolument épuisé, mort de fatigue. Peut-être pourrais-je prendre une tasse de café ?
— Certainement, mon père !
À peine l'abbé s'est-il un peu restauré que le flot de misère l'envahit de nouveau. Pour chacun, il a un bon mot, un conseil, une consolation.
Passe encore une heure.
— Où en est-on, cher ami ?
Le comte entrebâille la porte de la sacristie :
— Ils sont bien mille maintenant.
— Pour l'amour de Dieu, continuons !

Un après-midi, don Bosco, regagnant son domicile rue de la Ville-l'Évêque, trouve la maison cernée par la foule.
— Laissez-moi passer, s'il vous plaît.
— Tout doux, monsieur le curé. Nous voulons tous voir don Bosco. Chacun à son tour. On nous a distribué des numéros ; quel est le vôtre ?
— Je n'en ai malheureusement pas.
— Alors, attendez qu'on vous en donne un. Mettez-vous derrière.
— Mais si vous ne me laissez pas passer, vous ne verrez jamais don Bosco.
— Pourquoi pas ?
— Parce que c'est moi, don Bosco.
— Farceur ! Attendez votre tour !
— Très bien, je m'en vais ! soupire don Bosco, et il se rend près d'un malade qui réclame sa visite.
Une autre fois, il lui faut une demi-heure pour entrer dans l'église de la Madeleine où il doit prêcher.
À Saint-Sulpice, les suisses doivent lui frayer son chemin vers la sacristie. Où qu'il aille, les rues sont engorgées. On s'écrase autour de lui. « Ayez pitié de moi !... Sauvez mon enfant !... Rendez la paix à mon foyer !...»
Au monastère des Bénédictines, une multitude de gens l'attendent, des malades sur des civières, des paralytiques en voiturettes, des désespérés, des boiteux, des béquillards, des mères avec leurs enfants sous les bras.
Non que don Bosco guérisse tout le monde. C'est la foi qui manque, ou bien le thaumaturge estime, en tel cas, la maladie préférable à la santé. « Dieu t'aime, dit-il à une jeune fille assise sur son fauteuil roulant. Porte ta croix pour son amour ! »
« Je sais ce que tu penses, mon bon Michel, explique-t-il à don Rua. Tu te demandes pourquoi cette jeune fille n'a pas été guérie. Elle est trop belle. En retrouvant la santé, elle perdrait son âme. »
Chez les Lazaristes on lui présente le père Dutilleux, qui est mourant.
— Pourquoi voudriez-vous guérir ? demande don Bosco.
— Je désirerais tant travailler encore quelques années au service de ma congrégation !
— Oh ! vous le ferez mieux du haut du ciel.
Le lendemain matin, le père Dutilleux expire en paix.

(Don Bosco, l'Apôtre des Jeunes, G. Hünermann)


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jeudi 27 janvier 2022

Quand Don Bosco voyageait à travers la France : Miracle à Cannes



Le 10 avril 1883, don Bosco célèbre la messe dans l'église Saint-François-de-Sales de Lyon. Comme il se relève après son action de grâces un petit enfant de chœur s'approche de lui :
— Vous ne me reconnaissez pas, mon père ?
— Si bien ! C'est toi qui viens de me servir la messe.
— Mais, autrement, vous ne vous souvenez pas de moi ? C'est pourtant moi, votre petit Jean.
— Jean ? Ah oui ! Nous portons le même nom. Mais quel Jean es-tu ?
— Jean Courtois. Vous ne vous rappelez pas ?
Il y a deux ans, à la gare de Cannes. Vous étiez déjà dans le train et le chef de gare allait donner le signal du départ, lorsque maman m'a poussé dans ma petite voiture et vous a demandé de me bénir.
— J'y suis maintenant. Tu étais paralysé, n'est-ce pas ?
— Oui, j'étais incapable de faire un pas. Comme le train se mettait en marche, vous vous êtes penché à la fenêtre du compartiment et vous m'avez crié : « Qu'est-ce que c'est que cela ? Tu n'as pas honte de te faire voiture par ta mère. Lève-toi et sers-toi de tes jambes ! »
— Et alors ?
— Alors, je me suis levé. Je suis descendu de ma voiturette ; je pouvais marcher. Depuis ce moment-là je suis complètement guéri. Dire que je vous revois et que je peux enfin vous remercier ! J'attendais toujours.
— Remercie la Sainte Vierge, mon petit Jean. C'est elle qui t'a guéri, pas moi !
— Ah, mon père ! dit le sacristain, interrompant la conversation, l'église est pleine, et tout le monde veut vous parler. C'est tout juste si les gens ne défoncent pas la porte de la sacristie. Que faut-il faire ?
— Faites-les entrer, un par un, soupire don Bosco.
Le défilé dure des heures. Chacun a quelque chose à demander (...)

Tous les gémissements de la terre assaillent le pauvre prêtre, et toujours il écoute attentivement, il réconforte, il encourage à bien prier, promet son intercession près de Marie Auxiliatrice.
Cela depuis deux mois.
Depuis l'arrivée de don Bosco en France, le 13 février, à Nice, des milliers d'affligés de tous genres l'entourent sans répit. À Nice, à Cannes, à Marseille, partout. Dans les rues d'Avignon, la foule le met presque en danger. Les ardents Provençaux lui tailladent sa ceinture, lui déchirent sa soutane, lui coupent des mèches entières de cheveux. Il arrive à la gare avec un air d'oiseau déplumé et s'effondre, presque sans connaissance, sur un banc de la salle d'attente.
Il est venu en France pour mendier. D'immenses soucis lui pèsent sur les épaules. On a pu consacrer l'église Saint-Jean à Turin, en décembre, mais les travaux du Sacré-Cœur à Rome sont interrompus ; les missions de l'Amérique du Sud absorbent des sommes fantastiques.
De plus, la santé de don Bosco est extrêmement défaillante. Il souffre depuis longtemps de maux d'estomac, il a des crachements de sang, des crises d'asthme, ses jambes enflées et toujours enfermées dans des bas de caoutchouc lui permettent difficilement de se déplacer. Il avance courbé d'un pas mal assuré ; il a les cheveux tout gris, les joues creuses et décharnées ; seuls ses grands yeux foncés conservent le même éclat.

(Don Bosco, l'Apôtre des Jeunes, G. Hünermann)


Reportez-vous à Quand don Bosco voyageait à travers la France : la foule autour de lui, ou quand il estime la maladie préférable à la santé, Quand Léon XIII confie à Don Bosco la construction de l'église du Sacré-Cœur à Rome, Les rêves de vie missionnaire de don Bosco, la mort de Pie IX, Rencontre avec le cardinal Pecci, Lutte pour l'approbation de la Société Salésienne, Perquisition et interrogatoires à l'oratoire de Don Bosco, Pie IX et Don Bosco, Audiences pontificales pour la fondation de la Société Salésienne, La sainte mort de Dominique Savio, Mort de maman Marguerite, Mère de Saint Jean Bosco, Le songe de Don Bosco, Don Bosco rencontre Dominique Savio, Don Bosco et le Grigio, Don Bosco et le jeune condamné à la potence, La sainte amitié qui amena Jean Bosco séminariste, à la perfection chrétienne.













vendredi 27 août 2021

L'atmosphère d'Ars



Qu'on se figure maintenant, si l'on peut, les sentiments qui devaient agiter ces grandes foules composées surtout de malades et de pécheurs, surnaturellement guéris et convertis, rendus à la santé et à la grâce ! Là, on savait se frapper la poitrine et se prosterner sans l'avoir appris ; là, on retrouvait tous les accents sublimes de l'âme pour gémir et chanter tour à tour, pour pleurer de joie et de douleur. Là, des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées ni pénétrées ailleurs, se groupaient instinctivement à l'abri de cette bienveillance inépuisable, où chacun à son tour trouvait une affinité, un secours, une lumière, une force. Rien n'appelle la confiance comme la confiance : elle naissait à Ars naturellement de la sécurité que le bon Père répandait autour de lui. De même que dans ces lieux privilégiés, où la Providence, qu'on y méconnaît trop souvent, a donné aux eaux une vertu curative, les conversations roulent sur les infirmités du corps, là elles roulaient sur les infirmités de l'âme, sur les infortunes et les accidents de la vie qui y amenaient leurs victimes. Les amitiés qui se formaient, les correspondances qui se nouaient, les relations qui s'établissaient à la suite, n'en étaient que plus douces et plus durables. Les chrétiens se connaissent promptement : au premier regard, au premier salut, au premier mot, ils sentent entre eux le lien fraternel d'une même foi et d'un même amour. Il ne faut qu'un peu d'aménité et de savoir-vivre pour rendre intimes des rapports d'où le soupçon est naturellement exclu.
Après avoir été amenés à Ars par l'éclat des prodiges, les pécheurs y étaient retenus par un charme indéfinissable. L'incrédule ne pouvait pas plus méconnaître ce charme que s'en défendre. L'étranger, conduit par le hasard ou le caprice, le ressentait aussi bien que le pèlerin dévot attiré par l'espérance et l'amour. Ce charme allait droit au cœur, pour le réjoui s'il était pur, et le renouveler s'il était coupable. Il y avait dans l'atmosphère de ce petit village quelque chose d'inexprimable et de divin qui pénétrait à la fois l'âme et le corps, reflétant dans le calme et le bien-être de l'un la paix et la sérénité de l'autre. Au milieu même du mouvement qu'y entretenait l'arrivée quotidienne de douze voitures publiques, c'était un cadre paisible et silencieux qui prédisposait aux pensées graves. Rien n'y ressemblait à ce qu'on voit ailleurs. Les figures y étaient reposées, les conversations sérieuses, l'animation même qui y régnait n'excluait pas le recueillement. On n'était plus en France et au XIXe siècle ; on pouvait se croire en plein moyen âge, dans un de ces grands cloîtres au seuil desquels les bruits de la terre finissent.
Le paysage lui-même, par sa tranquillité et sa douceur, contribuait à former ces religieuses impressions. Elles devenaient plus vives à mesure qu'on approchait de l'église et du presbytère, en sorte que la source d'où elles découlaient paraissait être surtout dans ces lieux. Dès l'abord on était pénétré. Il s'opérait une sorte d'épanouissement dans l'homme intérieur. Peu à peu les souffrances morales se voilaient, un nuage chargé d'un fluide bienfaisant semblait s'étendre sur l'âme : la rosée qu'il y répandait adoucissait toutes les amertumes de la passion, tout ce qu'il pouvait y avoir de cuisant et d'enflammé dans les désirs, d'âpre et de personnel dans les regrets. On oubliait les petitesses de la vie vulgaire et les exemples mauvais ; on ne sentait plus que la sainte protestation de la conscience contre le mal, et l'énergique désir de le combattre au-dedans et au-dehors de soi-même. On se trouvait si bien à Ars qu'on n'aurait plus voulu s'en aller, si ce n'est pour monter au ciel sans repasser par le monde. On aurait souhaité d'y finir sa vie, d'y avoir son tombeau. On ne se contentait pas de le désirer, plusieurs personnes de différentes conditions ont réellement quitté leur résidence et leurs relations dans le monde pour s'ensevelir dans cette solitude, à l'ombre de la sainteté, et y préparer leur âme à la seconde vie. Ce n'est pas sans émotion que nous avons lu sur une croix de bois, qui marque au cimetière la sépulture d'un étranger, cette belle inscription : UBI CRUX, IBI PATRIA.

(Vie de J.-M.-B. Vianney par Alfred Monnin)


Reportez-vous à Le pèlerinage d'Ars, À la rencontre du Saint Curé d'Ars, Les grands affluent à Ars comme les petits, Témoignage d'un pèlerin d'Ars : Tout autour du Saint Curé prouve la vérité de la religion, Le Saint Curé d'Ars et la haine du monde, Le Saint Curé d'Ars et les contradictions, Comment M. Vianney fut persécuté par les démons, Neuvaine au Saint Curé d'Ars pour notre Temps, La Providence d'Ars, ses humbles commencements, les miracles que Notre-Seigneur fit pour la soutenir, Le style du Saint Curé d'Ars, Le Saint Curé d'Ars et l'apostolat de la conversation, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Comment M. Vianney parlait des saints, Vie domestique de M. Vianney : Depuis sa naissance jusqu'à sa nomination à la cure d'Ars (1786-1818) (1/2), Vie domestique de M. Vianney : Depuis sa naissance jusqu'à sa nomination à la cure d'Ars (1786-1818) (2/2), De la vie Apostolique, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du bon Directeur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la conduite des âmes, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur les souffrances, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Pensées de M. Vianney sur l'abnégation et la souffrance, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Aimables reparties de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Foi de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Espérance de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Pensées de M. Vianney sur les joies de la vie intérieure, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Amour de M. Vianney pour les pauvres, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Pensées de M. Vianney sur l'abnégation et la souffrance, L'Esprit du Saint Curé d'Ars, Le Saint Curé d'Ars dans ses homélies, Comment M. Vianney abolit les danses à Ars, Réflexions spirituelles du serviteur de Dieu, J. M. B. Vianney, le Saint Curé d'Ars, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le Salut, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'amour de Dieu, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur les prérogatives de l'âme pure, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le Saint-Esprit, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la Sainte Vierge, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la sanctification du dimanche, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la parole de Dieu, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la prière, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le Saint Sacrifice de la Messe, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la présence réelle, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la communion, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur le péché, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'orgueil, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur l'espérance, Les saints et le combat spirituel : Saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, le Curé d'Ars, Litanies du Saint Curé d'Ars, Litanies de Sainte Philomène, Sermon sur l'Enfer, par M. J.-M.-B. Vianney, et Sermon du Saint Curé d'Ars sur l'Enfer des Chrétiens.














vendredi 13 août 2021

Quelle puissance Marie reçoit-elle de son Fils, au jour de son Assomption ?


Bataille de Lépante

Marie reçoit de son Fils, en ce jour, pour le bonheur des hommes, une puissance qui ne connait point d'autres bornes que celles de l'amour de son Fils pour elle ; il partage pour ainsi dire en ce jour avec elle son autorité, et lui confie l'exercice de ses droits les plus chers ; il l'établit solennellement la distributrice de ses grâces, la médiatrice entre lui et les fidèles, le canal des faveurs célestes, l'espérance et le soutien de l'Église, l'asile des pécheurs, la protectrice des justes, la ressource des peuples et des empires, la Reine du ciel et de la terre. Et de là vient que les rois et les peuples se mirent toujours sous sa protection puissante ; que de saintes sociétés, assemblées en son nom et dévouées à son culte, s'élevèrent de toutes parts ; que les fléaux publics cessèrent dans tous les siècles par les vœux et les hommages qu'on lui adressa ; que nos villes et nos provinces, frappées de la main de Dieu, virent mille fois tomber par son entremise le glaive qui les châtiait : et elle sera éternellement chère à la France en mémoire de Louis le Juste, qui, pour immortaliser le souvenir de tant de bienfaits signalés, fit à cette Reine des cieux un hommage public et une consécration solennelle de ce beau royaume.

(Manuel des petits séminaires)


Reportez-vous à Suffit-il pour plaire à Marie de se mettre sous sa protection, et de lui adresser des prières ?, Le triomphe de la très-sainte Vierge Marie ; son entrée dans le Ciel, Comment Dieu glorifia-t-il le tombeau de la très-sainte Vierge ?, Quelle fut la bienheureuse mort de la très sainte Vierge ?, ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE : La mort des saints est précieuse devant le Seigneur, Méditation sur la Fête de l'Assomption, Instruction sur la Fête de l'Assomption, Discours sur l'Assomption de Marie, L'Assomption de Marie, Méditation sur la dévotion envers Marie, Munificentissimus Deus, Constitution apostolique du Pape Pie XII, sur la définition du dogme de l'Assomption, Octave de l'Assomption : Préparation, et Cantique pour le Jour de l'Assomption.












vendredi 1 janvier 2021

La fête de Noël doit être chère à la France




Dernière observation au sujet de la fête de Noël


C'est une proposition généralement admise que la fête de Noël doit être chère à la France entre toutes les fêtes. — Combien peu de personnes en connaissent le motif !

De grands faits de l'histoire de notre pays se rapportent à la fête de Noël.
Ce fut le jour de Noël, qu'en l'année 496, après la célèbre bataille de Tolbiac, Clovis, converti à la foi chrétienne voulut recevoir le baptême à la tête de trois mille hommes de son armée.
Ce fut dans la nuit de Noël que, trois cents ans après, Charlemagne, assistant à la messe que célébrait le Souverain Pontife, fut sacré empereur d'Occident.
La foi chrétienne répandue en France avec Clovis sous les auspices de la crèche du Sauveur.
La gloire et la prépondérance du royaume étendues avec Charlemagne sous les mêmes auspices :
Tels sont les titres qui ont donné à cette fête religieuse un caractère national.
Aussi Noël devint-il le cri de victoire de nos armées.
Et au sacre de nos rois, c'était un antique usage qu'un hérault d'armes jetât de l'or et de l'argent au peuple, en criant : Noël !

(Extrait de Les Fêtes de Noël à Rome, correspondance d'un pèlerin suivie de récits, de descriptions et d'anecdotes sur les fêtes de Noël à Bethléem et dans plusieurs autres villes du monde catholique, par M. l'Abbé V. Dumax, 1859)


Reportez-vous à Litanies en l'honneur de la divine Naissance du SauveurDe la Circoncision, La Pantoufle dans la cheminée, Les Fêtes de Noël à Paris : l'Offrande et la fête des Lettres, un pieux et antique usage, Les Fêtes de Noël à Paris : en prière devant la Crèche, Les Fêtes de Noël à Paris : au Couvent, Les Fêtes de Noël à Paris : au Petit-Séminaire, La nuit de Noël à Marseille, Extrait d'une description des Fêtes de Noël à Bruxelles : La Crèche en famille, Un épisode des Fêtes de Noël dans les pays du Nord de l'Europe : L'Arbre de Noël, Particularités de la nuit de Noël à Bethléem, La Sainte Grotte, Bethléem, Le Santo Bambino, Les petits Prédicateurs de six et de huit ans, L'Étable de Bethléem dans l’Église de l'Ara-Coeli, L'épée et le chapeau ducal portés à la procession le jour de Noël, Description de la sainte Crèche, Son histoire, Cérémonie de l'Adoration, La Messe de Minuit à Sainte-Marie-Majeure, Les Boutiques de Noël et le Præsepio, Les Pifferari, Regard sur le triple sacrifice du Jour de Noël, Noël, Jour de sainte allégresse, Lumière sur Noël, La crèche, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au SeigneurDévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.










jeudi 10 septembre 2020

SAINT PIE X, TOUJOURS AVEC DIEU



Le secret, la source des vertus qui ont édifié l'Église universelle et fécondé son Pontificat, c'est son union intime avec Dieu.
Il aurait pu dire avec l'Apôtre : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Saint PAUL, Épitre aux Galates, II, 20). »
Dans le tourbillon des événements et des passions, obsédé par les occupations et préoccupations les plus graves, le saint Pape semblait étranger à ce monde et tourné uniquement vers l'éternité.
Tous les témoignages s'accordent là-dessus.
« II vivait en Dieu et pour Dieu », dit un de ses Camériers Secrets Participants (Mgr SANZ DE SAMPER, Ap. Rom., p. 1153).
« Dans tous ses actes, dans toutes ses décisions, il avait toujours Dieu présent », affirme un de ses intimes secrétaires particuliers (Mgr PESCINI, Ap. Rom., p. 885. — cf. Mgr CARON, ib., p. 504), et il répétait souvent à ceux qui l'approchaient : « Souvenons-nous que nous sommes en présence de Dieu et que nous travaillons devant lui (P. G. ERCOLE, Ord. Rom., 1114. — L. ORIONE, prêtre, Ord. Ven., p. 1693). »

« II était habituellement en continuelle union avec Dieu », a déclaré son dernier maître de chambre (Cardinal RANUZZI DE BIANCHI, Ord. Rom., 581. — cf. aussi G. PASQUALI, ib., 1514. — A. VENIER, ib., 933. — Princesse M. C. GIUSTINIANI BANDINI, 1687. — Cf. aussi Mgr RIZZI, Ord. Trev., p. 1411. — Mgr ROSA, Ord. Rom., 1023. — Mgr JEREMICH, Ord. Ven., p. 108). Un de ses Chapelains secrets ajoutait : « Chaque fois que Pie X me regardait et me parlait, je me croyais en contact avec la Divinité, tant il y avait dans ses paroles et ses actes quelque chose d'inspiré et de surnaturel (Mgr PESCINI, Mémoires manuscrits, Archives de la Postulation). »
Voici le témoignage de son Cardinal Secrétaire d’État :

Dans toutes ses actions, il s'inspirait toujours de pensées surnaturelles, montrait qu'il était uni à Dieu. Pour les affaires les plus importantes, il jetait les yeux sur le Crucifix, s'inspirait de lui ; en cas de doute, il ajournait sa décision et il avait coutume de dire, fixant toujours le Crucifix : C'est Lui qui décidera. Beaucoup d'évêques, de prêtres et de laïcs me l'ont confirmé (Cardinal MERRY DEL VAL, Ord. Rom., 912. — Cardinal DE LAI, ib., 547. — Mgr FABERI, ib., 1066).

Pie X fut un homme de « haute oraison ». Un prélat a attesté ceci : « Dans ses audiences, il m'est arrivé de le voir interrompre la conversation et lever les yeux au ciel, comme suspendu à une pensée surnaturelle (Mgr PASEITO, Ord. Rom., 1637. — L. ORIONE, prêtre, Ord. Ven., p. 1694). »

« II priait, dit un autre témoin, avec un si profond recueillement qu'il paraissait parfois quitter la terre et rejoindre le ciel (Mgr TAIT, Ord. Rom., 1230-1231) »
Il passait sans heurt du travail à la prière, n'avait à faire aucun effort pour se détacher des hommes et monter à Dieu (Mgr RESPIGHI, Ap. Rom., p. 973).
 
Il priait continuellement, « toute sa vie n'a été que travail et prière », rapportent ceux qui furent en contact quotidien avec lui.
Que de fois ses familiers l'ont surpris dans sa chapelle privée, plongé dans une adoration profonde : une atmosphère vraiment céleste !
Il priait toujours, et sa prière était encore plus intense quand sonnaient au cadran de l'Église des heures graves qui imposaient des décisions solennelles.
La nuit qui précéda la condamnation de la Loi de Séparation promulguée par le gouvernement maçonnique de la France, Pie X descendit à Saint-Pierre. Prosterné devant la tombe du premier Vicaire de Jésus-Christ, il se recueillit dans une longue prière, demandant l'inspiration et l'aide de Dieu, « avant de procéder à un acte qui pouvait avoir d'irréparables conséquences (Comm. FORNARI, Ord. Rom., 1333. — cf. aussi L. ORIONE, Ord. Ven., p. 1670. — Cardinal CANALI, Ord. Rom., 2049) ».
Il l'a raconté lui-même et il ajoutait : « On ne peut pas savoir combien j'ai souffert et prié, mais le Seigneur m'a éclairé (Mgr BACCHION, Ap. Trev., p. 129). »

Et quel amour ardent pour Dieu !
Il se gardait avec soin « non seulement de tout défaut, mais de la plus légère ombre et montrait en toutes choses un modèle de perfection (Mgr BRESSAN, Ap. Rom., p. 91- — Mgr PESCINI, ib., 899. — F. ROSA, ib., p. 236. — cf. aussi A. SILLI, Ord. Rom., 779 — F. SENECA, ib., 1654. — G. LORBTI, ib., 1547- — A. VENIER, ib., 1447. — G. MARZI, ib., 1480. — Comm. FORNARI, ib., 1410. — Princ. L . BARBERINI, ib., 730. — Docteur AMICI, ib., 1431. — Mgr ZANOTTO, ib., 204) ». Les offenses à Dieu lui causaient une inexprimable tristesse. Il brûlait de zèle pour promouvoir le réveil de la vie chrétienne, à commencer par son cher Diocèse de Rome, où il s'efforçait d'extirper les abus, toutes les occasions de péché. Autant de signes de son grand amour.
Amour de Dieu qui faisait jaillir de son cœur, plus encore que de ses lèvres, ces mots touchants : « Le Paradis ?..., le Paradis !... Comme on serait mieux au Paradis ! » Amour de Dieu qui lui faisait répéter en toutes circonstances, avec la sérénité des saints : « La volonté de Dieu soit faite ! ce que Dieu veut, ainsi soit-il ! » Et quel était son angélique recueillement lorsqu'il célébrait la messe !
Autre marque de son amour, cette piété qui le portait à communier chaque matin lorsque, vers la fin de son existence, une grave maladie le retint au lit pendant plus de vingt jours.
Et ses Décrets Eucharistiques, qui lui ont mérité le titre glorieux de « Pontife de l'Eucharistie », ne sont-ils pas comme le poème de cette vie consacrée à l'amour de Dieu ?

Tel est le témoignage exact, véridique, précis, de tous ceux qui l'ont approché : l'amour de Dieu inspirait ses pensées et ses paroles ; l'amour de Dieu se reflétait dans son regard ; l'amour de Dieu se révélait dans tout son aspect.


(Extrait de la biographie de J. Dal-Gal)


Reportez-vous à Bienfaisantes initiatives de Don Sarto, vicaire à Tombolo, pour mettre fin aux blasphèmes dans son égliseSaint Pie X, toujours avec Marie, Saint Pie X, pauvre et riche, Saint Pie X et l'Esprit de pauvreté, Fermeté invincible de Saint Pie X, Extrait de la Lettre au Clergé du Cardinal Sarto, nommé Patriarche de Venise, Neuvaine à Saint Pie X, Litanies de Saint Pie X, Haerent animo, Exhortation apostolique du Pape Pie X, au Clergé catholique, Celui qui est saint ne peut être en dissentiment avec le Pape, Saint Pie X, côté mystique d'une élection papale, E supremi du Pape Pie X, Acerbo nimis du Pape Pie X, Editae saepe Dei du Pape Pie X, Vehementer nos du Pape Pie X, Notre charge apostolique du Pape Pie X, Pascendi du Pape Pie X, Décret Lamentabili du Pape Pie X, Il fermo proposito, du Pape Pie X, sur l'Action catholique ou Action des catholiques, Ex Quo Nono, du Pape Pie X, sur la question du retour des Églises à l'unité catholique, Vi ringrazio du Pape Pie X, Le progrès religieux, et Vehementer nos du Pape Pie X.












 

jeudi 6 février 2020

Prière pour la France




Seigneur, ayez pitié de votre peuple ; défendez-le contre les attaques des ennemis de la foi. N'abandonnez pas la France.
Regardez ceux qui, en notre pays, vous ont servi et aimé : nos Saints, nos pères qui ont construit les cathédrales, les apôtres de la charité et de la foi. À cause d'eux et par leurs mérites, redonnez une foi plus vive au peuple de France, l'espérance en vos grâces et l'amour de vos lois.
Et prouvez au monde qu'il est heureux le peuple qui vous choisit pour son Seigneur et son Dieu. Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Vehementer nos, Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie X au peuple Français, Comment saint Louis, roi de France, se rendit, en habit de pèlerin, à Pérouse, où il alla visiter le saint Frère Égide, Méditation pour la Fête de Saint Louis, Litanie de Saint Louis de France et Testament à son fils Philippe, Litanies de Sainte Jeanne d'Arc, La dévotion au Sacré-Cœur, remède spécial aux maux qui désolent l'Église dans ces derniers temps, Le Saint Curé d'Ars dans ses homélies, Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (1/2), Litanies de Sainte Geneviève, Message-radio du Pape Pie XII pour le Ve centenaire de la réhabilitation de Sainte Jeanne d'Arc, Litanies de Jésus-Christ Roi de France, Vi ringrazio du Pape Pie X, La religion a été et sera toujours l'âme de la société, La Confrérie réparatrice des blasphèmes et de la profanation du Dimanche, Le Vœu de Louis XIII et la consécration de la France à la Sainte Vierge Marie, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels.












jeudi 28 novembre 2019

Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (2/2)



Extrait de "La Médaille Miraculeuse" par M. Aladel :




Elle se plaisait dans ces humbles fonctions. Sa laiterie était toujours dans un ordre parfait et rien ne lui semblait préférable au bonheur d’être au milieu de ses pauvres. Elle en parlait à la fin de sa Vie comme de sa principale consolation. « J’ai toujours aimé, disait-elle, à rester à la maison ; lorsqu’il était question d’une promenade, je laissais volontiers mon tour aux autres pour servir mes pauvres. »
Et cela était vrai. Une seule sortie lui était agréable, celle qui lui permettait de se rendre à la communauté (elle ne connaissait pas d’autre chemin dans Paris), et pour celle-là, elle ne cédait pas son tour.
Cet attrait pour le silence et la vie cachée la tenait toujours en arrière, comme à la place qui lui convenait et favorisait le mieux son recueillement. Ne cédant à personne les soins de propreté les plus vils de son office, qu’elle appelait les perles d’une Fille de la Charité, elle agissait avec calme, craignant l’empressement ; aussi, lorsqu’elle avançait en âge, les jeunes sœurs qui l’aidaient ont souvent reçu de sa bouche cet avis : « Eh ! ma bonne, ne vous émouvez donc pas tant ! »
Elle comptait parmi les meilleurs souvenirs de sa vie de communauté celui de sa première supérieure : « c’était une bonne ancienne, disait-elle, qui voulait que, chaque année, les premiers fruits du jardin fussent portés à des familles indigentes du faubourg ou à ses bons vieillards ; les sœurs ne pouvaient y toucher qu’après eux. »
Cette ancienne supérieure était sœur Savard, qui ne croyait nullement que sœur Catherine fût favorisée de grâces particulières, et surtout de la vision de la sainte Vierge.
Du reste, cette humble fille respectait et aimait toutes les sœurs sous la conduite desquelles elle passa, et jamais on ne l’entendit dire un mot désavantageux sur leur compte ; elle ne voyait que leurs vertus et leurs qualités.
« Fille de devoir et de travail, dit sa dernière supérieure, mais surtout fille d’humilité, sœur Catherine n’était vraiment appréciée que de ceux qui l’étudiaient d’assez près pour reconnaître tout ce qu’il y avait de simplicité, de droiture, de pureté dans son âme, dans son esprit, dans son cœur et dans toute sa personne.
« Ne se prévalant à aucun titre des faveurs singulières dont l’avait comblée la Vierge Immaculée, elle disait, vers les derniers mois de sa vie, alors que la Providence lui permit un peu d’ouverture sur ce sujet : « Moi, favorisée, ma sœur, mais je n’ai été qu’un instrument ; ce n’est pas pour moi que la sainte Vierge m’a apparu ; je ne savais rien, pas même écrire ; c’est dans la communauté que j’ai appris ce que je sais, et c’est pour cela que la sainte Vierge m’a choisie, afin qu’on ne puisse pas douter. »
N’est-ce pas là une conclusion inspirée par l’esprit de saint Vincent ? J’ai été choisie parce que, n’étant rien, nul ne pourra douter que de si grandes choses ne soient l’ouvrage de Dieu.
Sœur Catherine s’inquiétait peu de l’estime ou du mépris qu’on faisait d’elle. Malgré son silence rigoureux, le soupçon qu’elle pourrait bien avoir vu la sainte Vierge planait toujours sur elle ; on n’osait le lui dire ; en revanche on l’examinait de plus près et plus sévèrement qu’une autre. Si par hasard l’on découvrait en elle quelque faiblesse de la nature, ou simplement l’absence d’une vertu hors ligne, l’on rejetait aussitôt la pensée que la sainte Vierge eût choisi une fille si ordinaire.
Une de ses premières compagnes confirme par son témoignage les appréciations cent fois renouvelées sur son compte. Elle écrit à la sœur Dufès : « Ayant passé six années avec ma sœur Catherine, et travaillé continuellement pendant un an avec elle, il semble que je pourrais citer un grand nombre de détails pleins d’intérêt et d’édification ; mais je suis forcée de l’avouer, sa vie a été si simple, si uniforme, que je ne trouve rien à remarquer. Malgré l’assurance donnée tout bas qu’elle était la sœur si privilégiée de la sainte Vierge, j’y croyais peu, tant sa vie était semblable à celle des autres. Quelquefois j’ai cherché à m’éclairer indirectement en la questionnant sur l’impression qu’avait produite au séminaire l’annonce d’une nouvelle aussi extraordinaire, espérant qu’elle se trahirait dans ses réponses, et par là satisferait ma curiosité ; mais elle répondait avec tant de simplicité, que mon espoir fut toujours déçu. »
Il est vrai, sœur Catherine n’avait rien que d’ordinaire, et cependant, en elle, rien de commun ni de trivial.
Sa taille était au-dessus de la moyenne ; son visage régulier portait le cachet de la modestie ; ses yeux, d’un bleu limpide, exprimaient la candeur. Elle était laborieuse, simple et nullement mystique dans ses allures ; elle n’affectait pas plus les grandes vertus que les dévotions particulières ; elle se contentait de les avoir au fond du cœur et de les pratiquer, suivant la règle, bonnement et droitement.
On a retrouvé, après sa mort, quelques notes écrites de sa main pendant ses retraites annuelles. Tout y est simple, solide, pratique ; pas un mot ne fait allusion aux grâces extraordinaires qu’elle avait reçues ; même quand elle s’adresse à la sainte Vierge, rien ne rappelle la familiarité que Marie lui a témoignée. En voici quelques extraits où l’on n’a corrigé que les fautes d’orthographe :
« Je prendrai Marie pour modèle au commence ment de toutes mes actions ; dans tout, je réfléchirai si Marie a fait cette action, comment et pourquoi elle l’a faite, dans quelle intention. Oh ! que le nom de Marie est beau et consolant..... Marie ! »
« Résolution de m’offrir à Dieu sans réserve, de prendre toutes les petites contrariétés en esprit d’humilité et en esprit de pénitence, de demander dans mes prières que la volonté de Dieu s’accomplisse en moi. Ô mon Dieu ! faites de moi tout ce qu’il vous plaira ! Ô Marie ! donnez-moi votre amour, sans vous je périrais ; obtenez-moi toutes les grâces qui me sont nécessaires ! Ô Cœur Immaculé de Marie, obtenez pour moi la foi et l’amour qui vous attacha au pied de la croix de Jésus-Christ ! »
« Ô doux objets de mes affections, Jésus et Marie, que je souffre pour vous, que je meure pour vous, que je sois toute à vous. et que je ne sois plus à moi ! »
« Ne point me plaindre dans les petites contrarié tés que je puis avoir auprès des pauvres, et prier pour ceux qui me feront souffrir quelque chose. Ô Marie, obtenez-moi cette grâce, par votre pureté virginale ! »
« Bien employer mon temps et ne point le perdre mal à propos. Ô Marie, heureux qui vous sert et qui met en vous sa confiance ! »
« Ô Marie, Marie, Marie, priez, priez, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Marie, ô Marie ! »
« Dans mes tentations et mes sécheresses, je recourrai toujours à Marie qui est la 'pureté même. Ô Marie, conçue sans péché..... »
« Ô Marie, faites que je vous aime, et il ne me sera pas difficile de vous imiter. »
« L’humilité, la simplicité et la charité sont le fondement de notre sainte vocation. Ô Marie, faites-les-moi comprendre, ces saintes vertus ! Saint Vincent, priez, priez pour nous ! »
« Ô Marie, conçue sans péché, priez, priez pour nous ! Daignez, ô Reine des Anges et des hommes, jeter un coup d’œil favorable sur le monde entier... particulièrement sur la France... et chaque personne en particulier. Ô Marie, inspirez-nous ce qu’il faut vous demander pour notre bonheur qui sera celui du monde entier. »

Sœur Catherine a vécu quarante-six ans dans une maison importante, sous la conduite successive de cinq supérieures ; elle a vu passer bien des compagnes différentes d’humeur et de vertu ; nécessairement elle a été diversement appréciée ; on lui faisait entendre parfois qu’elle n’avait plus bien sa tête, elle ne s’en troublait guère et allait toujours son chemin, recevant les prévenances avec une naïve reconnaissance, et les paroles un peu pénibles sans sourciller.
Fidèle à la Règle avec une exactitude tellement uniforme, que le mérite semblait disparaître sous l’habitude, on ne l’entendait jamais parler contre la charité. Lorsque l’âge lui eut donné des droits sur ses jeunes compagnes, rarement elle se permettait un blâme ou un avis, à moins qu’on ne vint la consulter ; elle engageait alors à la soumission. « Tout est là, disait-elle ; sans obéissance pas de communauté possible. » À la fin de sa vie, comme à la sortie du séminaire, elle avait pour sa supérieure une obéissance pleine et entière.
Il ne faudrait pas croire cependant que sœur Catherine fût née avec un tempérament facile et doux, que l’obéissance lui fût toute naturelle ; non, elle avait, au contraire, une bonne tête, et l’humeur très-vive : fort entendue dans tous les travaux de ménage, elle gouvernait avec beaucoup de soin et d’ordre la part qui lui était confiée et savait très-bien conduire ce dont elle était chargée. Sa vivacité la portait quelque fois à de petites saillies ; le ton ferme de ses paroles révélait alors ce que la vertu lui faisait plus ordinairement réprimer. Dès que ce premier mouvement était passé, elle revenait et s’humiliait aussitôt.
Parfois, on voyait le premier mouvement de surprise prêt à s’échapper, retenu captif sans respect humain par une volonté supérieure ; ainsi ce caractère entier n’était si bien plié à l’obéissance que parce qu’il était fidèle à la grâce.
Connaissant cette nature, nous pouvons supposer tout ce que sœur Catherine eut à souffrir des oppositions qu’elle éprouva pour réaliser sa mission : si ces contradictions, surtout depuis que la médaille avait été frappée, étaient plutôt apparentes que réelles de la part de son sage directeur, elles n’en étaient pas moins pénibles pour elles. Ne peut-on pas dire que ce fut un martyre intérieur, continu et connu de Dieu seul ?
Sœur Catherine, malgré sa forte constitution, n’était pas non plus exempte de souffrances corporelles, et l’on s’étonnait quelquefois de la voir demander avec simplicité de petits soulagements qu’une âme mortifiée aurait pu se refuser. Ces légères faiblesses formaient comme un voile qui arrêtait la vue d’un grand nombre, et cachait une partie des beautés de son âme.
Au premier coup d’œil, chacun croyait pouvoir lire jusqu’au fond de cette nature simple, et pourtant elle gardait fidèlement les secrets de Dieu. On voyait en elle, par un singulier contraste, la prudence et la discrétion s’allier à la parfaite simplicité. Ainsi, tandis que plusieurs la trouvaient un peu trop occupée de sa santé, d’autres observaient qu’à toutes les grandes fêtes de la sainte Vierge, particulièrement à celle de l’Immaculée-Conception, elle était malade ou éprouvait des souffrances plus vives, que l’humble sœur recevait comme une faveur de sa céleste Mère.
La supérieure d’Enghien raconte qu’une année, l’ayant amenée avec plusieurs autres compagnes passer la belle journée du 8 décembre à la communauté, le soir, en remontant dans l’omnibus, sœur Catherine fit un faux mouvement et se cassa le poignet. Elle ne dit mot, et personne ne s’en aperçut. Quelques instants après, la voyant tenir son bras dans son mouchoir, sœur Dufès lui demanda ce qui lui était arrivé : « Ah ! ma sœur, répondit-elle tranquillement, je tiens mon bouquet ; tous les ans la sainte Vierge m’en envoie un de cette façon. »
Le détachement de l’estime et de l’affection des créatures était encore un trait caractéristique de notre chère sœur. Dieu lui suffisait pleinement : ce Dieu qui s’était manifesté à elle d’une manière si sensible, cette Vierge Immaculée, dont les charmes avaient ravi son cœur, faisaient seuls sa joie et ses délices. La sainte Vierge lui avait dit en montrant le tabernacle sacré, où repose son divin Fils : « Dans vos peines, ma Fille, c’est là qu’il faut vous consoler. » Fidèle à cette parole de sa bonne Mère, sœur Catherine, dans ses moments pénibles, entrait à la chapelle, y restait quelques moments et retournait ensuite à ses occupations sans perdre la sérénité de son âme, ni celle de son visage toujours avenant. Jésus et Marie recevaient seuls la confidence de ses souffrances et de sa ferveur, et sa vertu restait cachée aux créatures.
Après l’avoir souvent examinée, une des sœurs de la maison, qui voulait reconnaître quelque trace de ses communications avec Dieu, ne put rien découvrir de particulier, sinon qu’elle ne tenait pas les yeux baissés pendant l’oraison, mais les avait constamment fixés sur l’image de Marie. Elle dit encore que sœur Catherine ne pleurait jamais, sinon dans une grande angoisse de cœur. Mais plusieurs fois elle a vu couler ses larmes en abondance, quand on racontait devant elle des traits de protection ou des conversions obtenues par l’intercession de la sainte Vierge ; ou bien, comme en 1871, à la vue des maux de l’Église et de la France.
Solidement pieuse, au milieu de sœurs qui paraissaient l’être davantage, on ne voyait, en effet, rien dans notre humble sœur qui la distinguât des autres. Une seule chose a été remarquée : l’importance qu’elle attachait à la récitation du chapelet. Laissons parler sa supérieure :
« Nous étions toujours frappées, dit sœur Dufès, lorsque nous le disions en commun, de l’accent grave et pieux avec lequel notre bonne compagne prononçait les paroles de la Salutation angélique. Et ce qui nous fait voir jusqu’à quel point elle était pénétrée de ces sentiments de respect et de dévotion, c’est qu’elle, toujours si humble, si réservée, ne pouvait s’empêcher de blâmer la légèreté, le peu d’attention qui, parfois, accompagnent la récitation d’une prière si belle et si efficace. »
Son amour pour les deux familles de saint Vincent, loin de se refroidir avec l'âge, lui faisait mettre sans cesse en œuvre la seule puissance à sa disposition : la prière ; chaque semaine régulièrement, elle offrait une communion pour attirer les bénédictions d’en haut sur la congrégation de la Mission ; ses prières pour sa communauté étaient continuelles.
Sœur Catherine avait toujours conservé l’office qui l’attachait à l’hospice d’Enghien ; elle soignait les vieillards qui lui étaient confiés avec une sollicitude vraiment admirable, sans négliger jamais le colombier qui lui rappelait ses pures et douces joies d’enfance.
La jeune fille d’autrefois qui nous est représentée gracieusement couverte de ses chers pigeons, était maintenant une pauvre sœur, bien âgée, mais non moins attentive à la surveillance de son petit peuple.

« Ma sœur Catherine était alors l’âme de la petite famille chargée du soin de l’hospice. Dans ces dernières années, le nombre de nos sœurs était devenu plus considérable, et par suite l’administration des deux maisons d’Enghien et de Reuilly étant trop difficile, pour une seule personne, une assistante me fut donnée pour me seconder dans la direction de l’hospice. Si ma sœur Catherine n’eût pas été formée depuis longtemps à l’obéissance et à l’abnégation, il eût semblé bien dur à sa nature, vive et prompte, de reconnaître l’autorité d’une compagne beaucoup plus jeune qu’elle ; mais bien autres furent les pensées de l’humble sœur qui s’était toujours étudiée à s’effacer.
« Elle fut la première à protester de sa soumission entière : « Ma sœur, me dit-elle, soyez tranquille, il a suffi que nos supérieurs aient parlé, pour que nous recevions ma sœur Angélique comme une envoyée du bon Dieu, et lui obéissions comme à vous-même. » Ses paroles furent justifiées par sa conduite.
« Malgré le silence que ma sœur Catherine gardait sur les communications qu’elle avait reçues, il lui arrivait de temps en temps de me dire ses vues sur les événements actuels, me parlant alors comme inspirée de Dieu.
« C’est ainsi qu’au moment de la. Commune elle m'annonça que je quitterais la maison accompagnée de telle sœur, que je reviendrais le 31 mai, m’assurant que je ne devais rien craindre, parce que la sainte Vierge tiendrait ma place et garderait la maison. Je ne fis guère attention aux paroles de la bonne sœur.
« Je partis, en effet, et réalisai, contre mes plans et sans y penser, tout ce que ma sœur Catherine m’avait prédit. Le 31 mai, de retour à la communauté, j’étais très-inquiète de la maison, tombée au pouvoir d’une bande de communards et qu’on disait dévastée ; ma sœur Catherine essayait de me rassurer, me répétant que la sainte Vierge avait tout conservé. « Elle en était sûre, disait-elle, la sainte Vierge le lui avait promis. »
« En effet, nous trouvâmes à notre arrivée que cette Mère de miséricorde avait tout gardé, tout sauvé, malgré la longue occupation de cette chère maison par une troupe de forcenés, dont le satanique plaisir était de briser et de détruire.
« Une circonstance surtout nous frappa vivement : ces malheureux avaient fait d’inutiles efforts pour renverser la statue de Marie Immaculée, située dans le jardin ; elle avait invinciblement résisté à leurs tentatives sacrilèges.
« Ma sœur Catherine s’empressa de remettre sur la tête de notre auguste Reine sa couronne qu’elle avait emportée dans son exil, en lui disant qu’elle la lui rendait en hommage de reconnaissance.
« Plusieurs fois ma sœur Catherine m’exposa ainsi ses idées avec une simplicité d’enfant. Quand la réalisation ne venait pas confirmer ses prédictions, elle me disait avec calme : « Eh bien ! ma sœur, je me suis trompée, je croyais vous avoir dit vrai ; je suis bien aise qu’on sache la vérité (les personnes qui reçoivent des communications surnaturelles ne sont point, par le seul fait de cette faveur, préservées de toute erreur. Elles peuvent se tromper en comprenant mal ce qu’elles voient ou entendent ; elles peuvent être dupes des illusions du démon, elles peuvent mêler, sans le vouloir, leurs propres idées à celles qui viennent de Dieu ; elles peuvent rendre d'une manière inexacte ce qui leur a été révélé. Il faut remarquer d’ailleurs que les prédictions sont assez souvent conditionnelles, et que leur accomplissement dépend de la manière dont les conditions sont remplies. Aussi l’Église, lorsqu‘elle approuve les révélations privées, ne fait autre chose que déclarer, qu’après un mûr examen, on peut les publier pour l’édification des fidèles et qu’elles s‘appuient sur des preuves assez solides pour qu’on les croie pieusement.
Les écrivains sacrés ont eu seuls le privilège de l’infaillibilité pour recevoir les inspirations divines et pour les transmettre aux autres.). »
« Cependant les années s’accumulaient, et notre bonne sœur parlait souvent de sa fin prochaine. Nos vénérés supérieurs se préoccupaient de son état, et M. le Supérieur général la fit un jour venir à la communauté afin de recevoir de sa bouche des communications qui lui semblaient importantes.
« Ma sœur Catherine ne s’attendait à rien ; elle fut très-surprise et presque interdite. À son retour, elle me fit part de son émotion ; et, pour la première fois, me parla à cœur ouvert de ce qu’elle craignait tant auparavant de laisser paraître.
« Cette répugnance avait cessé ; se voyant sur le bord de la tombe, elle se sentait pressée de faire connaître les détails qu’elle pouvait croire ensevelis avec le vénéré Père Aladel, et témoignait une grande peine de voir la dévotion à l’Immaculée-Conception moins vive et moins générale que dans le commencement.
« Ces confidences, du reste, furent pour moi seule ; aucune de nos sœurs n’en eut connaissance. Il est vrai que la plupart étaient instruites de ce pieux mystère ; mais elles ne l’apprirent jamais de ma sœur Catherine elle-même. Tout ce qu’elles pouvaient remarquer, c’était son ardent amour pour Marie Immaculée, et son zèle à propager la médaille miraculeuse. Puis, quand elle entendait une de nos sœurs exprimer le désir de faire le pèlerinage de Lourdes ou de quelque autre sanctuaire privilégié de Marie, elle ne pouvait s’empêcher de dire avec une certaine vivacité : « Mais pourquoi donc voulez-vous aller si loin ?... N’avez-vous pas la communauté ?... Est-ce que la sainte Vierge n’est pas apparue la aussi bien qu’à Lourdes ?... » Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que, sans avoir lu aucun des ouvrages publiés sur cette grotte miraculeuse, ma sœur Catherine était plus au courant de tout ce qui s’y était passé que les personnes qui avaient fait ce pèlerinage. À part cela, comme on l’a déjà dit, jamais il ne lui échappa une parole qui pût laisser croire qu’elle eût eu plus de part qu’une autre aux faveurs singulières que la sainte Vierge avait versées sur l’humble chapelle de la maison mère.
« Cette bonne compagne était devenue plus affectueuse, depuis qu’elle avait ouvert son cœur ; c’était pour elle un repos, une consolation de voir quelqu’un qui la comprit. Notre Père Chevalier, assistant de la congrégation de la Mission, venait de temps en temps la visiter et recevoir ses confidences au sujet de l’apparition. Il lui parlait un jour de la nouvelle édition de la Notice sur la médaille qu’il préparait. « Lorsque M. Aladel a fait paraître l’édition de 1842, reprit ma sœur Catherine, je lui avais bien dit qu’il n’en publierait pas d’autre, et que moi non plus je ne verrais pas une nouvelle édition, parce que celui qui la ferait ne l’aurait pas finie de mon vivant. — Je vous attraperai bien », reprit M. Chevalier, qui comptait la mettre au jour très-prochainement. — Mais des difficultés imprévues ayant retardé la publication, il reconnut que la bonne sœur avait dit juste.
« Depuis que l’année 1876 était commencée, ma sœur Catherine parlait plus souvent de sa mort ; à tous nos jours de fête, elle ne manquait pas de nous dire : « C’est la dernière fois que je vois cette fête » ; et quand on semblait ne pas la croire, elle ajoutait que sûrement elle ne verrait pas l’année 1877. Nous ne prévoyions pas cependant une fin si prochaine. — Pendant les derniers mois, elle fut obligée de garder le lit et de cesser cette vie si active qu’elle menait depuis tant d’années.
« Ses forces allaient toujours diminuant ; un asthme joint à une maladie de cœur la minait peu à peu ; elle se sentait mourir, mais sans crainte, on peut même dire sans émotion. Un jour, lui parlant de sa mort : « Vous n’avez donc pas du tout peur, lui dis-je, ma bonne sœur Catherine ? — Peur ! s’écria-t-elle, mais, ma sœur, pourquoi voulez-vous que j’aie peur ?... Je m’en vais retrouver Notre-Seigneur, la sainte Vierge, saint Vincent ! »
« En effet, notre chère compagne n‘avait pas à s’effrayer, car sa mort fut aussi calme que sa vie.
« Quelques jours avant, une de nos sœurs causait avec elle familièrement, et, sans aucune préméditation de part et d’autre, la malade lui dit : « J’irai à Reuilly. » (Nous appelons de ce nom la maison de Providence, séparée de l’hospice d’Enghien par un vaste jardin, et où sont réunies nos diverses œuvres.) — Comment, dit la compagne, à Reuilly ? mais vous n’en aurez pas le courage, et vous aimez tant votre Enghien, que vous n’avez jamais quitté ! — « Je vous dis que j’irai à Reuilly. — Mais quand est-ce ? — Ah ! voilà ! dit ma sœur Catherine d’un ton affirmatif et mystérieux qui déconcerta la compagne. — Peu après elle lui dit encore : « Il n’y aura pas besoin de corbillard pour mon enterrement. — Oh ! par exemple, répond la sœur. — Il ne faudra pas de corbillard, reprit la malade d’un ton accentué. — Mais comment fera-t-on ? — On me mettra dans la chapelle de Reuilly. » — Ces paroles frappèrent la compagne, qui me fit part de cette conversation : « Gardez cela pour vous », lui dis-je.
« Le 31 décembre, elle eut dans la journée plusieurs faiblesses qui firent croire à sa fin prochaine. Nous lui proposâmes donc les dernières consolations de la religion, ce qu’elle accepta avec reconnaissance. Elle reçut les sacrements avec un bonheur et un calme qu’on ne saurait décrire, puis, sur sa demande, nous lui récitâmes les litanies de l’Immaculée Conception.
« Étant un jour près de son lit, nous lui parlions du ciel, de la sainte Vierge ; alors elle exprima ce désir : « Je voudrais que pendant mon agonie il y eût là soixante-trois enfants disant chacune à la sainte Vierge une des invocations qui rappellent son Immaculée-Conception, et surtout ces paroles si consolantes : Terreur des Démons, prier pour nous. » On lui fit observer qu’il n’y avait pas soixante-trois invocations dans les litanies. — « Vous les trouverez dans l’office de l’Immaculée-Conception », dit-elle. — On se mit en mesure d’exaucer son désir, en écrivant les invocations sur des billets, et on les garda pour le suprême instant ; mais au moment de son agonie, les enfants ne se trouvèrent pas disponibles ; elle demanda alors qu’on récitât les litanies et fit répéter trois fois l’invocation qui fait trembler les enfers.
« Plusieurs de nos sœurs furent singulièrement touchées de l’entendre s’écrier avec un accent de profonde tendresse : « Ma chère communauté ! Ma chère maison-mère ! » Tout ce qu’on a aimé fortement revient, dit-on, à l’heure suprême.
« Quelques anciennes compagnes ou amies de la maison vinrent dans la journée la visiter une dernière fois ; l’une d’elles, en office au séminaire, s’approchant, lui dit avec un accent de tristesse : « Sœur Catherine, vous allez donc partir sans me dire un mot de la Sainte Vierge ? » — Alors la mourante se pencha vers elle et lui parla assez longuement à l’oreille. « Je ne dois pas parler, c’est M. Chevalier qui a mission pour cela. » Elle ajouta cependant : « La sainte Vierge est peinée, parce qu’on ne fait pas assez de cas du trésor qu’elle a donné à la communauté dans la dévotion à l’Immaculée-Conception ; on ne sait pas en profiter ; mais surtout parce qu’on « ne dit pas bien le chapelet. » Elle continua sans interruption. « La sainte Vierge a promis d’accorder des grâces particulières chaque fois que l’on priera dans la chapelle ; mais surtout une augmentation de pureté, cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté qui est le pur amour. »
Cette bonne fille, animée de l’esprit vraiment primitif de la Compagnie, était sans le savoir, en prononçant ces dernières paroles, l’écho de la vénérable Mère Legras, dont les écrits renferment textuellement la même pensée.
Une supérieure, qui était venue la visiter, s’approcha aussi de la malade, et lui parla des besoins de la communauté, de ceux du séminaire, et elle finit en disant : « Ma bonne sœur Catherine, quand vous serez au ciel, vous n’oublierez pas tout cela, vous ferez bien toutes mes commissions. » — Ma sœur Catherine lui répondit : « Ma sœur, je veux bien, mais j’ai toujours été si bête, si sotte ; je ne sais pas comment je m’expliquerai, car j’ignore comment on parle au ciel. » — Sur quoi l’autre sœur, ravie de tant de simplicité, eut l’inspiration de lui dire : « Oh ! ma bonne sœur Catherine, dans le ciel, on ne parle pas comme sur la terre; l’âme regarde Dieu et le bon Dieu regarde l’âme, et tout est compris ; c’est là le langage du ciel. » Alors notre bonne sœur prit un air radieux et lui répondit : « Oh ! ma sœur, s’il en est ainsi, vous pouvez être tranquille, toutes vos commissions seront faites. »
M. Chevalier vint aussi dans la journée bénir la pieuse mourante et lui parla dans le même sens. Sœur Catherine lui répondit avec une entière présence d’esprit et dit entre autres choses : « Les pèlerinages que font les sœurs ne favorisent pas la piété... La sainte Vierge ne m’a pas dit qu’il fallait aller la prier si loin ; c’est dans la chapelle de la communauté qu’elle veut que les sœurs l’invoquent, c’est là leur vrai pèlerinage. »
Les pauvres, qu’elle avait tant aimés, occupaient également sa pensée « Depuis qu’il y a dans la communauté beaucoup de sœurs instruites, il me semble qu’on n’aime pas les pauvres autant qu’autrefois ; il y a des sœurs qui n’ont jamais soigné un malade, elles ne sauraient comment s’y prendre pour leur rendre le service le plus ordinaire. »
« À quatre heures du soir, une nouvelle faiblesse nous réunissait toutes auprès de cette chère mourante, ce n’était pas encore cependant le dernier moment. Nous entourâmes son lit jusqu’au soir. À sept heures, elle parut s’assoupir davantage et, sans la moindre agonie, sans le moindre signe de souffrance, elle rendit son dernier soupir. C’est à peine si nous pûmes apercevoir qu’elle avait cessé de vivre... Jamais je n’ai vu mort si calme et si douce. »

« Une émotion bien vive remplit alors nos cœurs ; il nous semblait assister à la céleste entrevue de notre bienheureuse compagne avec ce Dieu si bon, qui tant de fois s’était révélé à elle pendant les jours de son séminaire ; avec cette Vierge si belle, dont rien ici bas n’avait pu lui retracer l’image !
« Ce n’était pas la tristesse qui remplissait nos cœurs : aucune larme ne fut versée dans ce premier instant ; nous cédions à une émotion que je ne saurais définir ; nous nous sentions près d’une sainte ; il nous semblait que le voile de l’humilité, sous lequel elle avait vécu si longtemps cachée, se déchirait pour ne plus nous laisser entrevoir que l’âme privilégiée du ciel.
« Nos sœurs se disputèrent le bonheur de passer la nuit près de ces restes vénérés, une sorte d’aimant nous y tenait attachées.
« Pour perpétuer le souvenir du bienfait qu’elle avait reçu, n’étant encore que sœur du séminaire, nous eûmes la pensée de la revêtir de ce pieux habit avant de la livrer à la photographie ; l’épreuve réussit complètement sous les deux costumes.
« Ensuite nous descendîmes dans la chapelle les restes bénis de notre chère sœur. La Vierge Immaculée veillait sur elle ; les lis et les roses entouraient ce corps virginal, et sa devise chérie : Ô Marie, conçue sans péché, prier pour nous qui avons recours à vous, surmontant ce petit sanctuaire, semblait être le dernier écho de sa vie.
« Alors commença le miracle de l’humilité glorifiée ; cette humble sœur, dont personne n’avait remarqué la présence, fut soudainement entourée de personnes de tout âge, qui regardaient comme un immense bonheur de venir, non prier pour elle, mais se recommander à son intervention bénie.
« Pour nous qui nous tenions attachées auprès de notre chère relique, nous ne pouvions envisager le moment qui allait nous la ravir. Cette maison qui semblait protégée par sa présence depuis quarante-six ans, s‘en verrait-elle dépossédée à tout jamais ?... Cette pensée nous brisait le cœur ; il nous semblait que la protection de la Vierge Immaculée allait cesser désormais de planer sur nous.
« D’autre part, la conserver paraissait impossible. Nos supérieurs consultés permirent des démarches à cette intention. Il y avait tout un monde de difficultés à aplanir.
« Prions », dis-je à nos sœurs, et elles passèrent la nuit à supplier Marie Immaculée de ne pas permettre que notre compagne nous fût enlevée.
« Pendant toute cette nuit je cherchais en vain un endroit convenable pour la déposer, lorsque soudain, au son de la cloche de quatre heures du matin, je crus entendre résonner à mon oreille ces mots : « Le caveau est sous la chapelle de Reuilly. » — Mais, c’est vrai ! me dis-je, avec joie, comme une personne qui voit se réaliser tout à coup un désir longtemps contrarié ; me ressouvenant que lors de la construction de la chapelle, on avait ménagé un caveau communiquant avec le réfectoire des enfants, auquel notre digne Mère Mazin n’avait point voulu donner de destination, disant « qu’il pourrait servir plus tard. »
« Il n’y avait pas de temps à perdre. Nous étions à la veille de son convoi, et les autorisations, si difficiles à obtenir, n’avaient pas encore été sollicitées.
« Le caveau fut préparé à la hâte, et les démarches, appuyées par des personnes haut placées, réussirent comme par enchantement.
« Le 3 janvier, fête de sainte Geneviève, était le jour, fixé pour l’enterrement de celle que nous regardions, dès lors, comme l’ange tutélaire de notre maison. Mais ici ce n’est pas le mot d’enterrement qu’il me faut employer, c’est plutôt celui de triomphe, car c’en fut un véritable pour notre humble sœur.
« Toutes les maisons de nos sœurs qui furent prévenues à temps tinrent à envoyer une députation, et la chapelle se trouva trop petite pour contenir les assistants. La messe dite, le cortège qui devait conduire le corps processionnellement de l’hospice d’Enghien au caveau de Reuilly s’organisa de la sorte : les jeunes ouvriers, Enfants de Marie, portant leur bannière, ouvraient la marche, suivis de tous nos petits orphelins ; venaient ensuite nos jeunes filles des congrégations externes et internes, portant les livrées de l’Immaculée Marie, les fidèles, et enfin nos sœurs précédant le clergé.
« Ce long cortège se déploya lentement dans la longue allée du jardin, et, pendant que les chants solennels du Benedictus retentissaient au loin, on voyait apparaître le modeste cercueil recouvert de lis et d’églantines, emblèmes de pureté et de simplicité.
« À l’entrée du caveau, la foule dut s’écarter, et nos Enfants de Marie saluèrent l‘arrivée du corps par le chant béni de : Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. Impossible de rendre les émotions de ces funérailles d’un genre tout nouveau.
« Afin de conserver notre trésor, il fallut murer l’entrée souterraine ; mais on y ouvrit une communication avec la chapelle.
« Les pauvres, que sœur Catherine avait soignés, déposèrent une magnifique couronne sur la tombe de l’humble fille de saint Vincent, qui ne chercha jamais que la voie la plus commune, et qui avait supplié la sainte Vierge de la laisser inconnue et ignorée !... »
La vie de la chère sœur Labouré a été la réalisation fidèle de cette parole de Notre-Seigneur dans l’Évangile : « Je vous rends grâces, mon Père, de ce que vous avez caché ces choses aux sages du siècle pour les révéler aux humbles et aux petits. » Jamais les dons de Dieu ne furent mieux à couvert dans une âme sous le double manteau de l’humilité et de la simplicité.
Pendant quarante-six ans, elle s’est livrée à des travaux obscurs et pénibles, sans chercher d’autre satisfaction que celle de plaire à Dieu ; elle s’est sanctifiée dans l’ombre par une fidèle correspondance à la grâce et l’exactitude aux pratiques de la vie commune. Les faveurs qu’elle recevait du ciel n’ont point enflé son cœur : témoin des merveilles opérées tous les jours par la médaille, elle n’a jamais dit une parole qui pût faire soupçonner qu’elle savait quelque chose de plus que tout le monde à ce sujet.
Ne dirait-on pas qu’elle avait pris pour devise ces paroles de l’Imitation : « Aimer à être oublié et compté pour rien » ? Comme à ces traits on reconnaît bien la véritable fille de l’humble Vincent de Paul !
Quelle gloire doit posséder dans les cieux celle qui, durant toute sa vie, s’est efforcée de se tenir dans l’abaissement !
Il semble que déjà, dès maintenant, nous voyions quelques rayons de cette gloire. Les obsèques de l’humble servante des pauvres ont ressemblé à un triomphe ; par une exception presque inouïe, son corps est resté au milieu de sa famille spirituelle ; son tombeau est souvent visité par des personnes de toutes conditions, qui ont la confiance de se recommander à son intercession, et plusieurs affirment que leurs prières ont été exaucées. Enfin cette notice biographique mettra au grand jour ce que sœur Catherine a si soigneusement caché, afin que la promesse de Notre-Seigneur soit accomplie : Celui qui s’humilie sera exalté.



Reportez-vous à Sainte Catherine Labouré, Fille de la Charité (1/2)Prière de Pie XII pour la Neuvaine à l'Immaculée Conceptionpetit chapelet de l'Immaculée Conception de MarieMéditation sur l'Immaculée Conception de Marie, et Grâces extraordinaires de conversion obtenues par la Médaille Miraculeuse.