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mercredi 23 mars 2022

Le malheur du Monde dans son insensibilité


Salomé dansant devant Hérode (Gustave Moreau)


Malheur au monde dans son insensibilité à toutes les plus grandes vérités de la Religion, dans son insensibilité à son propre bien, à son propre malheur, dans son insensibilité à l'éternité, et au Dieu de l'éternité ; lorsqu'il est vivement sensible à tout le reste, et que les moindres choses, ce qui n'est rien, le touchent fortement.
Que ne fait-on pas pour éviter les maux passagers d'une vie qui disparaît comme l'ombre ? Quels soins ne donne-t-on pas pour s'y procurer les biens apparents que le siècle trompé estime ? Si la peste infecte quelque lieu, on sépare bien vite les personnes qui en sont atteintes, des autres. Dans les villes et autres lieux proches on met des gardes à toutes les avenues, à toutes les portes : on ne laisse entrer personne sans des témoignages bien avérés que l'on ne vient pas du lieu infecté : on fait des prières publiques et particulières. Mais que le péché, qui sans doute est un mal incomparablement plus dangereux, règne dans les personnes, que leurs conversations servent d'occasion dangereuse pour y faire tomber les autres ; qui se met ne peine de les éviter ? Quelles précautions apporte-t-on pour s'en préserver ? A-t-on recours à la prière ? Oui, il n'y a point de pères, de mères, de maîtres qui laissassent aller leurs enfants, leurs serviteurs dans un lieu pestiféré. c'est un mal, dit-on, trop contagieux, chacun le craint pour soi et pour ses amis. Après cela on ne craint ni pour soi, ni pour les autres, le mal de l'offense de Dieu.
Que d'émotions dans le monde aux nouvelles de la perte d'un procès où il s'agit de tout le bien que l'on possède, de la perte de l'honneur, d'une infamie cruelle de toute une famille ! On perd le Paradis, on devient infâme aux yeux de Dieu et de ses Anges, on n'en est pas plus ému. Quelle consternation dans tout un pays aux approches d'une armée ennemie qui ravage tout, qui met tout au pillage, qui met tout à feu et à sang sans épargner personne. Le monde devient captif du Diable, pour en souffrir à jamais ; l'on ne s'en donne point d'inquiétudes.
La justice de Dieu est comme les montagnes, dit la divine Parole, comme la profondeur des eaux de la mer que l'on ne peut sonder. Ses jugements sont un profond abîme, où il faut que tout esprit se perde. Elle condamne le pécheur pour un seul péché notable à des supplices éternels. L'Ange est la plus noble des créatures, c'est sa plus belle, sa plus éclatante, sa plus vive image ; et pour ainsi dire, Dieu l'arrache de son sein pour l'abîmer dans les Enfers, dès lors qu'elle se souille du moindre péché.
C'est de la sorte, dit le Prince des Apôtres, que Dieu n'a point épargné les Anges qui ont péché ; mais il les a liés des chaînes de l'Enfer, où il les a précipités, les livrant aux supplices, et les réservant pour le jour du jugement. L'homme s'engage dans les mêmes maux par le péché qu'il commet contre Dieu ; et un seul péché notable le rend digne de son ire éternelle. On apprend ces vérités aux enfants, on est élevé, on vit dans cette croyance, et l'on en est moins touché que d'une fable. Hélas ! s'écrie ici saint Augustin, il faut dire que l'état du pécheur soit bien étrange. On lit, remarque ce Père, en des histoires fabuleuses, des aventures tristes ; on sait qu'elles ne sont jamais arrivées, l'on en est ému jusqu'aux larmes. L'idée seule de quelque accident lamentable frappe fortement l'imagination et le cœur ; et des maux très-réels qui ne finiront jamais, qui nous regardent nous-mêmes, que nous croyons sans en douter, nous laissent sans sentiment.
Si quelqu'un tombe malade, dit saint Jean Chrysostôme, on court au Médecin, on prend des médecines, on n'épargne pas la dépense, on a des gardes pour veiller le malade : et tous les jours le monde reçoit des plaies mortelles du péché, qui nous engagent dans une mort éternelle ; et le monde n'y a aucun égard. On vit dans ce funeste état, on s'y divertit, on y dort paisiblement. On n'a point recours aux remèdes spirituels, on ne s'approche point des Sacrements ; et ce qui est très-épouvantable, c'est que dans les maladies mêmes où l'on n'oublie rien, où l'on fait tout pour en être délivré, le monde a peur qu'on ne lui parle de Confession, on dit que l'on n'est pas encore assez malade. Les amis, ou pour mieux dire, ceux qui portent ce nom, et qui sont dans la vérité des ennemis très-cruels, empêchent qu'on ne fasse souvenir le malade de mettre ordre à sa conscience ; cela, disent-ils, lui pourrait faire peur. Et on ne se soucie point de lui faire risquer son salut, et de lui faire perdre son âme.
Vraiment il faut bien dire que le monde est infiniment malheureux dans son insensibilité. Nous avons connu plusieurs personnes élevées dans les exercices d'une piété vraiment chrétienne ; nous en avons connu qui dans leur jeunesse avaient fait des actes héroïques d'une vertu éminente ; nous en avons connu qui avaient quitté les honneurs et les richesses du siècle pour suivre Jésus-Christ ; nous en avons connu qui ont été des Directeurs considérables, des Docteurs, des Prédicateurs, qui ayant pris l'esprit du monde, sont tombés dans une insensibilité inconcevable ; et qui est allée à une telle extrémité, qu'il y a eu de ces Directeurs, Docteurs, Prédicateurs qui n'ont pas même voulu se confesser.
Nous parlons de gens que nous avons connus intimement, et qui à tout ce qu'on leur pouvait dire de plus pressant, demeuraient sans réponse et sans sentiment. Ha ! que le monde pécheur est dans un état effroyable ! Certainement il faut avouer, comme nous l'avons remarqué, que pendant qu'on le flatte d'une heureuse santé, qu'il est mort bien véritablement ; car il est privé de tout sentiment comme un cadavre, comme le corps d'un mort.
Ainsi il a beau entendre les plus fortes vérités de la Religion, c'est ce qui ne fait point d'impression ni sur son esprit, ni sur son cœur. C'est pourquoi notre divin Maître déclare en Saint Matthieu, que cette prophétie d'Isaïe s'accomplit en lui : Vous écouterez et en écoutant vous n'entendrez point ; vous verrez, et en voyant vous ne verrez point : car le cœur de ce peuple est devenu tout charnel ; ils ont eu les oreilles sourdes, et ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, et que leurs oreilles n'écoutent, et que leur cœur ne comprenne, et qu'étant convertis je ne les guérisse. Le monde en vient jusqu'à ne plus croire presque ; ainsi il dit en Isaïe : Que Dieu se hâte, que ce qu'il doit faire arrive bientôt. C’est qu'il veut voir les jugements de Dieu pour les croire.
Ô insensibilité, qui mériterait plus de larmes que toutes les mers ne renferment de gouttes d'eau ! Car enfin un malheur infini ne peut être jamais assez déploré. C'est ce que notre bon Sauveur nous veut faire connaître, lorsque se tournant vers les femmes qui pleuraient, le voyant accablé des douleurs de sa passion et de sa croix, il leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point pour moi, mais pleurez pour vous-mêmes et pour vos enfants ; car le temps viendra auquel on dira aux montagnes, Tombez sur nous ; et aux collines, Cachez-nous ; parce que s'ils font ceci aux bois verd, que ne sera-t-il point fait au bois sec ? C'est-à-dire, si le Fils de Dieu est traité de la sorte, parce qu'il s'offre à son Père pour apaiser sa colère contre le monde ; que sera-t-il fait au monde qui est le coupable ? Hélas ! quel sera son malheur, puisque le même Sauveur veut qu'on lui réserve ses larmes, et qu'on ne pleure pas sur les tourments inexplicables qu'il souffrait. Ô monde, pleure donc, pleure pour toi, pour tes enfants, pour tous ceux qui t'aiment, et pleure inconsolablement ; que tes yeux deviennent une source intarissable de larmes : mais pleure à torrents, et si cela se pouvait, jette des torrents de larmes de sang.
Mais le monde est devenu comme une pierre, comme un rocher, dont rien ne peut ébranler la dureté. Ses sectateurs, dit la divine Parole dans les Proverbes, ayant quitté le droit chemin, marchent par des voies pleines de ténèbres, ils se réjouissent après avoir mal fait, et ils tressaillent de joie dans ce qu'il y a de plus méchant. Toute la vie du Chrétien, comme nous l'enseignent les Conciles, est une continuelle pénitence, et ils passent leur vie dans les plaisirs, les jeux, les divertissements et les danses, que l'on a appelées avec sujet les pompes du diable, à qui tous les Chrétiens ont renoncé par leur Baptême. A Dieu ne plaise, dit Saint Augustin, qu'elles se rencontrent parmi les Chrétiens ; car c'est où les démons ont leur commerce. Que la fille d'Hérode danse, et non pas la fille chrétienne ; c'est au Livre des Noces qu'il parle de la sorte. Et les Pères ont remarqué à ce sujet, que la danse a quelque chose de bien terrible, puisqu'elle a renversé d'une manière si étrange le jugement d'Hérode, qu'elle l'a obligé de faire mourir Saint Jean qu'il craignait et révérait comme un homme juste et saint.
Le grand saint Jean Chrysostôme, dans l'une de ses Homélies, les appelle des danses diaboliques. Saint Ambroise dit qu'il faut être fou ou ivre, pour danser. Le troisième Concile d'Arles, que les Païens en sont les auteurs par le mouvement de l'esprit diabolique ; ce qui l'oblige à les défendre. Le sixième Concile général, les Conciles de Laodicée, d'Agde, de sens font la même défense. Celui d'Agde défend même de voir danser. Il ne faut pas regarder ni écouter, dit Tertullien, ce qu'il n'est pas permis de faire. Ce n'est pas que la danse de soi soit mauvaise ; mais les saints Pères l'ont regardée avec horreur à raison des suites qui en arrivent. C'est la grande pompe du monde, comme il a été dit, parmi les personnes de qualités. C'est où son esprit domine, où le luxe et la vanité sont dans leur éclat, où la nudité des gorges se fait voir, où les périls de l'âme se trouvent, où les attachements se forment, où le diable lance ses traits enflammés, par ce qu'il a de plus agréable aux sens ; et parmi le simple peuple, le libertinage y est ordinaire entre les sexes différents ; les chansons qui s'y disent, sont remplies au moins de paroles équivoques contre la pureté, les gestes, les mouvements indécents, et contre la modestie ; et tout y est plain d'occasions de péché.
C'est de la manière que le monde, bien loin d'être sensible à ses maux, en fait le sujet de ses divertissements et de ses vaines joies. Semblables à une troupe d'aveugles qui se tenant par la main, s'en iront en dansant dans le précipice. Les mondains, dit Job, se réjouissent au son des instruments de musique, ils passent leurs jours dans la prospérité, et dans un moment ils descendent dans les enfers. Après cela peut-on se figurer un malheur comparable à celui du monde, qui non seulement est insensible à son propre malheur, ce qui le rend incurable, mais qui se réjouit dans ses maux qui sont éternels et infinis.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du monde dans les peines de cette vie, et dans les tourments de l'autre, Le malheur du Monde en ce que le démon en est le Prince, Prière pour demander à Dieu la victoire des tentations, Le malheur du monde en ce qu'il n'est point du Royaume de Dieu, Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit, Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans ses occupations, Des divertissements, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les devoirs des pères à l'égard de leurs enfants, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur l'Autorité, Le Malheur du monde pour les scandales, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.













mardi 15 mars 2022

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon LII : Sixième et Neuvième Commandements


ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE

DEUXIÈME PARTIE

Contenant l'histoire et l'explication de la Religion

depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension


LIIe LEÇON

DE NOTRE UNION AVEC NOTRE-SEIGNEUR,

LE NOUVEL ADAM, PAR LA CHARITÉ.

SIXIÈME ET NEUVIÈME COMMANDEMENTS.


La tentation de Saint Jérôme

Q. Récitez le sixième et le neuvième commandements ?
R. Luxurieux point ne seras de corps ni de consentement. L'œuvre de chair ne désireras qu'en mariage seulement.

Q. Que nous défendent ces deux commandements ?
R. Ces deux commandements nous défendent toutes les pensées, les désirs, les regards, les paroles, les actions contraires à la pureté.

Q. Ces péchés sont-ils bien grands ?
R. Ces péchés sont très grands et causent la damnation d'une multitude d'âmes ; c'est pourquoi, si on avait eu le malheur d'en commettre quelqu'un, il faudrait en concevoir une vive horreur et s'en confesser au plus tôt avec une grande exactitude.

Q. Que faut-il faire pour les éviter ?
R. Pour les éviter, il faut en fuir avec soin toutes les occasions : comme les mauvais livres, les mauvaises chansons, les danses, les bals, les spectacles, la fréquentation des personnes d'un sexe différent, l'oisiveté, la curiosité et les parures.

Q. Dans le doute, que faut-il faire ?
R. Dans le doute, si on doit lire un livre ou se trouver à une assemblée, il faut consulter son confesseur, parce qu'il nous répondra, non pas suivant les maximes du monde, mais suivant l'Évangile ; car, c'est sur l'Évangile que nous serons jugés.

Q. Que faut-il faire quand on se trouve dans l'occasion de ce péché ?
R. Quand on se trouve dans l'occasion de ce péché, il faut s'en éloigner au plus tôt.

Q. Quels sont les remèdes à ce péché ?
R. Les remèdes à ce péché sont de deux sortes : les uns intérieurs, les autres extérieurs.

Q. Quels sont les remèdes intérieurs ?
R. Les remèdes intérieurs sont : 1° la prière ; 2° la réflexion sur la laideur de ce péché, qui défigure en nous l'image de Dieu et nous rend semblables aux bêtes ; sur la grandeur des châtiments dont Dieu l'a puni, tels que le déluge, l'engloutissement de Sodome, etc. ; 3° l'humilité.

Q. Quels sont les remèdes extérieurs ?
R. Les remèdes extérieurs sont : 1° la vigilance sur nos sens et surtout sur nos yeux ; 2° la mortification ; 3° la dévotion à la très sainte Vierge, et l'usage fréquent des Sacrements.

Q. Que nous ordonnent le sixième et le neuvième commandements ?
R. Le sixième et le neuvième commandements nous ordonnent de nous conserver purs d'âme et de corps, parce que nous sommes les membres de Jésus-Christ et les temples vivants du Saint-Esprit : la vertu de pureté est la plus aimable de toutes les vertus, et rend l'homme semblable aux Anges.

Q. Quels sont les avantages de ces deux commandements ?
R. Voici quelques-uns des avantages de ces deux commandements : 1° ils protègent l'honneur des familles ; 2° ils mettent notre santé et notre innocence à l'abri des passions d'autrui et de nos propres passions ; 3° ils nous procurent une paix délicieuse pendant la vie et une grande confiance au moment de la mort.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et en témoignage de cet amour, je m'efforcerai de ne jamais donner de scandale.


Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon VII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon VIII : Vie publique de Notre-Seigneur, Deuxième année, Leçon IX : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon X : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XI : Vie publique de Notre-Seigneur, Troisième année, Leçon XII : Passion de Notre-Seigneur, Leçon XIII : Passion de Notre-Seigneur, Suite, Leçon XIV : Sépulture et Résurrection de Notre-Seigneur, Leçon XV : Vie glorieuse de Notre-Seigneur, Leçon XVI : Notre-Seigneur Réparateur du monde, Leçon XVII : Notre-Seigneur, Nouvel Adam, Leçon XVIII : Union de notre esprit avec Notre-Seigneur, le nouvel Adam, par la Foi, premier et deuxième articles du Symbole, Leçon XIX : Troisième, quatrième et cinquième articles du Symbole, Leçon XX : Le Purgatoire, Leçon XXI : Sixième et septième articles du Symbole, Leçon XXII : Huitième article du Symbole, Leçon XXIII : Neuvième article du Symbole, l'Église, Leçon XXIV : Neuvième article du Symbole, Leçon XXV : Dixième article du Symbole, Leçon XXVI : Onzième article du Symbole, Leçon XXVII : Douzième article du Symbole, Leçon XXVIII : Espérance et Grâce, Leçon XXIX : Premier moyen d'obtenir la grâce, la prière, Leçon XXX : Premier moyen d'obtenir la grâce, la prière : l'Oraison dominicale, Leçon XXXI : L'Ave Maria ou Salutation angélique, Leçon XXXII : Les sacrements, Leçon XXXIII : Le Baptême, Leçon XXXIV : Le Baptême (Suite), Leçon XXXV : La Confirmation, Leçon XXXVI : L'Eucharistie, Leçon XXXVII : L'Eucharistie (Suite), Leçon XXXVIII : De la Pénitence, Leçon XXXIX : De la Pénitence (Suite), Leçon XL : De la Pénitence (Suite), Leçon XLI : Des Indulgences et du Jubilé, Leçon XLII : De l'Extrême-Onction, Leçon XLIII : Du Sacrement de l'Ordre, Leçon XLIV : Du Sacrement de l'Ordre (Suite), Leçon XLV : Du Sacrement de Mariage, Leçon XLVI : De la Charité, Leçon XLVII : Premier Commandement, Leçon XLVIII : Deuxième Commandement, Leçon XLIX : Troisième Commandement, Leçon L : Quatrième Commandement, Leçon LI : Cinquième Commandement, Leçon LIII : Septième et Dixième Commandements.

Première Partie :
Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.













vendredi 11 octobre 2019

VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites


Extrait de "MORALE CHRÉTIENNE EN FORME DE MÉDITATIONS, ET VIE CHRÉTIENNE, Où l'on donne des Règles pour faire ses actions, remplir ses devoirs en Chrétien, et passer saintement les Dimanches et les Fêtes", Ed. 1811 :


Vitrail de la Visitation, Archiconfrérie N-D. des Victoires



VIE CHRÉTIENNE, Où l'on donne des règles pour faire en Chrétien toutes les actions de la vie, pour remplir dignement ses devoirs, soit généraux, soit particuliers.



DES REPAS


Les repas sont un soulagement nécessaire à la nature. La faim et la soif sont les deux grandes maladies de l'homme, le manger et le boire en sont le remède : n'en usez donc que comme d'un remède.
Pour prendre vos repas en chrétien, ne négligez point, en les commençant, la pieuse coutume de bénir les viandes ; mais que ce soit avec attention, avec foi et piété. Pensez, si vous n'êtes point de ceux à qui l'Apôtre ne permet pas de manger, parce qu'ils ne travaillent pas ; en ce cas, détestez votre oisiveté. Loin de regarder les viandes avec joie, gémissez plutôt d'être encore sujet aux nécessités humiliantes de nourrir votre corps comme les bêtes. Relevez cette action en la consacrant à Dieu, priez-le qu'en bénissant les viandes, il vous les rende profitables. Priez-le surtout qu'elles ne servent pas au démon pour vous tenter, et que l'appât du plaisir ne vous expose point à quelque péché.
Pendant vos repas, observez une tempérance exacte, convaincu que l'on ne doit user des aliments que comme des remèdes ; ne passez jamais les bornes de la nécessité autant que vous le pouvez connaître. Ne cherchez ni la délicatesse ni la somptuosité à la table. Ne mangez point avec avidité, ni hors du temps convenable. On en use ainsi pour les remèdes, et c'est toujours une faute de n'en pas user de même pour la nourriture : d'ailleurs un corps que l'on flatte, expose à bien des péchés. Accoutumez-vous à lui retrancher quelque chose de ce que vous pourriez lui accorder. Le retranchement de quelques mets agréables est un grand mérite devant Dieu.
Observez exactement l'abstinence et les jeûnes commandés par l'Église. En jeûnant, ne devancez pas l'heure du repas ; et que vos collations ne soient pas des soupers ; qu'elles soient légères. Souvenez-vous que Dieu jugera lui-même les excuses et les dispenses qu'on allègue pour ne pas observer les lois de l'Église.
L'ivrognerie est un crime honteux, indigne non seulement d'un Chrétien, mais d'un homme raisonnable. Un ivrogne est incapable de tout bien, capable de tous les maux, disposé à violer tout ce qu'il doit à Dieu et à son prochain ; il ruine également ses biens et sa réputation, sa santé et son âme. Vous ne sauriez avoir trop d'horreur et d'éloignement pour un vice si détestable.
En évitant l'intempérance pour vous, ne vous rendez pas coupable de celle des autres, soit en les excitant à des excès, et à violer les lois du jeûne ou de l'abstinence ; soit en ne les empêchant pas, autant que vous le devez. Le péché en ce point n'en est pas moins grief pour être plus commun.
L'intempérance n'est pas la seule faute que l'on commette dans les repas. Soyez en garde contre les médisances, les railleries, les bouffonneries, les mauvais contes, les paroles indécentes, les chansons dissolues, les louanges outrées, enfin contre tout ce qui peut blesser la pudeur, la piété, la charité, et tout ce qui autorise l'impudence, la Sensualité, etc. Élevez votre cœur à Dieu de temps en temps. Pensez à nourrir votre âme en nourrissant votre corps. Quelques lectures de piété vous seraient d'un grand avantage. Rappelez du moins quelques pensées édifiantes. Que les viandes que l'on sert, vous fassent souvenir du banquet céleste.
Qu'il est difficile d'observer ces règles dans les cabarets et dans les festins, surtout de mariage ? Évitez-les autant que vous le pourrez. Que la nécessité seule vous y conduise. N'y allez jamais qu'en tremblant. N'y allez point du tout, lorsqu'ils vous seraient une occasion de péché. Aller dans ces festins, où l'on fait gloire de violer toutes les lois de la modestie et de la tempérance chrétienne, c'est s'exposer au danger évident de souffrir avec le riche sensuel une faim et une soif éternelles.
Après le repas, soyez exact à rendre grâces à Dieu, et à examiner les manquements dans lesquels vous serez tombé, pour en gémir et les corriger. Demandez à Dieu la grâce de faire un saint usage des forces que vous venez de prendre.

Cf. Bénédicités et Grâces (prières avant et après le repas) dans votre Missel (avant 1958) ou Livre bleu (Livre de prières, de cantiques et d'exercices spirituels).


Prière avant le repas :

Mon Dieu, bénissez la nourriture que je vais prendre pour m'entretenir dans votre service. Que par votre bénédiction, cette nourriture soit salutaire à mon corps, et qu'elle ne soit pas nuisible à mon âme. Faites, ô mon Dieu, qu'en prenant mon repas, j'observe toutes les règles de la tempérance et de la modestie, de la charité et de la piété. Pendant que vous donnez le pain matériel à mon corps, ne refusez pas à mon âme le pain de votre grâce.


Prière après le repas :

Mon Dieu, je vous remercie de la nourriture que vous m'avez donnée, faites-moi la grâce d'en bien user. Vous m'avez donné la nourriture qui périt, donnez-moi celle qui demeure jusqu'à la vie éternelle. Que je sois toujours en état de dire comme votre Fils : Ma nourriture est de faire votre sainte volonté. (Joan. 4. 34)



DES RECRÉATIONS


Les Récréations semblent peu convenables à un Chrétien, dont la vie doit être une pénitence perpétuelle ; moins encore à un pécheur, qui ne mérite que l'enfer : cependant il y a des récréations permises, parce qu'il y en a de nécessaires. Le corps fatigué par de longs et pénibles travaux, a besoin de repos ; l'esprit épuisé par une forte application, a besoin de relâche.
Ne vous récréez jamais que par besoin, c'est le besoin seul qui rend la récréation permise. Elle ne doit interrompre le travail précédent que pour préparer à celui qui suit. C'est un remède, et le remède est pernicieux quand il est inutile. Employez peu de temps à vous récréer. La récréation longue passe les bornes de la nécessité ; ce n'est plus un délassement permis, c'est une oisiveté criminelle. Une vie de divertissement et de plaisir, est une vie antichrétienne et de réprouvé ; Souvenez-vous de cette maxime des Pères, qu'un pécheur doit se priver de plusieurs plaisirs permis, pour expier les criminels. N'employez jamais à la récréation le temps des divins Offices et de la Prière. Si le repos en Dieu ne vous suffit pas, du moins ne devons-nous pas lui préférer le repos que l'on cherche dans les divertissements du monde. Étrange erreur et trop ordinaire, de s'imaginer que les Dimanches et les Fêtes consacrées au culte du Seigneur, soient destinés à délasser le corps par des jeux et des amusements.
Évitez tous les divertissements défendus et dangereux. Nous n'avons que trop de penchant au péché, sans le fortifier par de telles récréations. Les jeux de hasard, les danses, les bals, les mascarades, ont été regardés par les Pères de l'Église, comme les pompes de Satan auxquelles nous avons renoncé au Baptême. Les veillées et les promenades, de la manière dont on s'y comporte ordinairement, ne conviennent point à des Chrétiens qui veulent se sauver. Regardez avec horreur tous ces jeux accompagnés de paroles ou de gestes qui réveillent des pensées impures, les débauches du carnaval, de la veille des Rois, de la Saint-Martin, etc.
Si vous jouez de l'argent à des jeux permis, que ce soit peu de chose : ne jouez jamais précisément pour gagner ; on ne doit jouer que pour se délasser. Ne vous emportez point dans la perte. N'insultez pas à ceux qui perdent. Ne vous récréez pas indifféremment avec toutes sortes de personnes. Les personnes attachées au jeu vous feront passer les bornes d'une récréation permise. Les personnes emportées vous causeront du chagrin au lieu de vous réjouir. Les personnes d'un sexe différent sont souvent pernicieuses, et toujours à craindre. Si des personnes déréglées, qui aiment les plaisirs contraires à la pudeur ou à la charité, ne vous nuisaient pas, ce serait un miracle auquel vous ne devez pas vous attendre. Le danger est plus grand dans la récréation que partout ailleurs, parce que l'on s'y observe moins.
Sanctifiez vos récréations. Offrez-les à Dieu, en commençant. Élevez dans la suite de temps en temps votre cœur à Dieu. Prêtez-vous seulement, et ne vous livrez pas au plaisir. Après la récréation, recueillez-vous pendant quelques moments, pour examiner, détester et corriger vos fautes.


Prière avant la récréation :

Mon Dieu, je ne vais prendre cette récréation que parce que je crois que vous me le permettez. C'est moins pour me satisfaire que pour me disposer à exécuter plus parfaitement dans la suite ce que vous exigez de moi. Ne permettez pas que je dise, que je fasse, ou que je souffre quoi que ce soit qui puisse vous déplaire.


Prière pendant la Récréation :

Mon Dieu, je suis devant vous. Que je ne dise, que je ne fasse rien d'indigne de vos yeux. Que je ne nuise pas à mon cœur, en soulageant mon esprit et mon corps. Ces moments sont à vous, Seigneur ; que je les emploie pour vous. Je veux mourir dans ces moments, comment les dois-je passer ?


Prière après la récréation :

Je me suis réjoui ; n'ai-je point causé de la joie aux ennemis de mon salut ? Ne vous ai-je point offensé, mon Dieu? N'ai-je rien fait de contraire à la gravité et à la modestie chrétienne ? Faites-moi connaître, ô mon Dieu ! faites-moi détester et expier mes fautes. Que les forces que je viens de réparer soient toutes employées à vous plaire.



DES CONVERSATIONS


La plus grande partie de la vie, pour plusieurs, se passe en conversant. On converse en travaillant, en prenant ses repas, en faisant voyage, en se récréant. De quelle conséquence n'est-il point pour un Chrétien, d'être Chrétien dans ses conversations, d'éviter les fautes innombrables qui s'y peuvent glisser, et de se comporter de sorte que l'on se procure, et aux autres, tous les avantages d'une conversation chrétienne.
Ne commencez aucune conversation sans y avoir bien pensé. Souvenez-vous de ce que disait agréablement un Saint (Saint Vincent) : On ne doit tirer des paroles de sa bouche, que comme on tire de l'argent de sa bourse ; l'en tire-t-on sans y penser ? Évitez avec soin la conversation des personnes dont les entretiens sont mauvais, celle des personnes d'un sexe différent. Ayez pour règle de ne converser, autant que la chose dépendra de tous, qu'avec des personnes à qui vous puissiez être utile, ou qui puissent l'être pour vous. Donnez-vous premièrement à J. C. conversant avec les hommes, et pensez quelles étaient ses conversations.
Prévoyez et prévenez les tentations différentes auxquelles la conversation expose. On est tenté de parler trop, et de se répandre ; d'entrer dans les passions des autres, et de les faire entrer dans les nôtres ; de s'engager à approuver nos défauts, ou d'approuver les leurs ; de dire ce que l'on doit taire, et de taire ce que l'on doit dire ; d'excuser le mal, et de blâmer le bien ; de donner pour douteux ce qui est certain, et pour certain ce qui est douteux ; de blesser la pureté, la piété, la charité, l'humilité, la vérité, ou de souffrir que d'autres les blessent ; de gâter les meilleures choses, en les disant mal ; d'autoriser les mauvaises, en ne s'y opposant pas avec assez de force et de sagesse, etc.
Dans le temps que vous conversez avec les hommes, ayez soin d'écouter Dieu ; soyez plus attentif à sa voix qu'à celle des personnes qui sont avec vous. Rentrez dans vous-même pour voir si vous ne vous laissez point aller à quelqu'une des fautes que l'on vient de marquer, ou à d'autres semblables. Parlez le moins que vous pourrez, sans faire peine à personne par un silence affecté. On doit parler comme l'on paye une dette ; ne payer qu'autant qu'il est nécessaire, et ne parler qu'à propos. Usez de l'autorité que vous donnent votre rang et votre âge, pour empêcher les mauvais discours ; si l'autorité vous manque, usez d'adresse pour les dissiper ; si cela ne réussit pas, marquez par vos manières l'éloignement que vous en avez, et retirez-vous au plus vite.
Que vos discours soient de Dieu et pour Dieu ; qu'ils soient tellement assaisonnés qu'il puissent porter à Dieu. Faites grande attention au caractère des personnes à qui vous parlez ; ménagez leur faiblesse, épargnez leur délicatesse, cherchez leurs intérêts. Que la charité soit le motif de vos entretiens, et que la prudence Chrétienne en soit la règle. Quelles étaient les conversations des Saints, de la sainte Vierge, de Jésus-Christ même ? Voilà notre modèle.
Après la conversation, ne manquez pas d'examiner les fautes que vous avez commises. Il sera difficile que vous n'en remarquiez beaucoup. Gémissez-en devant Dieu, et que la vue du passé vous rende circonspect pour l'avenir.


Prière avant la Conversation :

Seigneur, mettez une sûre garde à ma bouche, et une porte à mes lèvres. Vous seul avez plein pouvoir pour réprimer la langue ; gouvernez la mienne. Environnez mes oreilles d'épines, ô mon Dieu, de peur que je ne les ouvre aux mauvais discours. Que mes entretiens soient de vous, avec vous et pour vous.


Prière pendant la Conversation :

Parlez-moi, Seigneur, pendant que je parle aux hommes. Que je ne taise pas ce que je dois dire, et que je ne dise point ce que je devrais taire. Que les discours séduisants des pécheurs ne me nuisent pas. Que je n'écoute pas inutilement les discours édifiants de vos serviteurs. Que je vous parle et que je vous écoute dans le fond de mon cœur, comme la sainte Vierge et les Saints conversant avec les hommes. Divin Jésus, faites-moi la grâce de converser comme vous.


Prière après la Conversation :

Pardonnez-moi, mon Dieu, les fautes que je viens de commettre en parlant à des hommes semblables à moi. Quand sera-ce que je ne m'entretiendrai plus que dé vous et avec vous ! Faites que toutes les fois que je converserai avec quelque personne, ce soit comme devant vous, en Jésus-Christ votre Fils.



DES VISITES


Un Chrétien ne doit point employer en visites inutiles, moins encore en Visites dangereuses, un temps qui ne lui est accordé que pour gagner le Ciel. La nécessité, l'utilité, la bienséance, ou la charité doivent être le principe de toutes nos visites. N'en faire aucune et n'en point recevoir que par l'un de ces motifs. Des visites qui se font par simple oisiveté, ne peuvent pas être innocentes, puisqu'une parole oiseuse est un péché. Que penser des visites dont le motif est mauvais ?
Les visites des personnes dont la vie n'est pas solidement Chrétienne, sont très dangereuses ; les maladies du cœur se communiquent plus aisément que celles du corps. On n'est pas sans danger avec des personnes d'un sexe différent, lors même qu'elles ne sont pas déréglées. Que ces visites soient courtes et rares.
Prenez pour modèle dans vos visites, celle que la sainte Vierge rendit à sainte Élisabeth. Que l'Esprit de Dieu vous y conduise. Portez-y J. C., procurez-y sa gloire, rapportez-le. Observez avec soin ce que l'on vient de dire des conversations.


Prière avant les Visites :

Conduisez mes pas, Seigneur, et servez-moi de guide. C'est pour obéira vos ordres que j'entreprends cette visite ; que je la continue dans la vue de vous plaire et sous vos yeux. Que tout s'y passe dans votre esprit, et pour votre gloire.


Prière après les Visites :

Ne vous ai-je point oublié, mon Dieu, en parlant à vos créatures ? n'aurais-je point nui aux autres, au lieu de leur être utile ; ou ne me serais-je point nui à moi-même, au lieu de m'édifier ? Vivifiez-moi par votre grâce, ô mon Dieu ! purifiez-moi, sanctifiez-moi, afin qu'à l'avenir je sois partout et toujours la bonne odeur de Jésus-Christ.



Reportez-vous à De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Conduite pour sanctifier les Dimanches et Fêtes de l'année, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : La prière du Matin, la Bonne Pensée, la Méditation, et la Lecture Spirituelle, VIE CHRÉTIENNE : Le coucher, VIE CHRÉTIENNE : Entrer dans l'esprit des différentes Solennités, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Passion de Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers la Mère de Dieu, Petits exercices de piété, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Méditation sur l'Autorité, Doctrine et paroles remarquables du bienheureux Frère Égide, compagnon de Saint François d'Assise : Sur les bonnes et les mauvaises Paroles, Méditation sur la différence des devoirs, Instruction sur le Carême, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les péchés de la langue, Méditation sur le soin qu'un Chrétien doit avoir de la réputation du prochain, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur la Médisance, Méditation sur les discours impies, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Méditation sur la curiosité, Méditation sur les moyens d'éviter les jugements téméraires, Méditation sur la fausseté des jugements téméraires, Méditation sur les prétextes qu'on emploie pour justifier le jugement téméraire, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut d'équité, Méditation sur les jugements téméraires, par le défaut de connaissance, Méditation sur les jugements téméraires, par défaut d'autorité, Méditation sur les défauts qui rendent un jugement téméraire, Méditation sur les bornes que l'on doit mettre à la défiance et aux soupçons, Méditation sur les soupçons, Méditation sur la défiance, Méditation sur la défense de juger le prochain, Deuxième moyen propre à secourir les âmes du Purgatoire : Prières, jeûnes, aumônes..., Des autres Commandements de l'Église, Des maladies de l'âme, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les voies du salut, Méditation sur l'application aux devoirs de son état, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur le mérite attaché à la pratique des devoirs de son état, Méditation sur le motif qui doit nous conduire dans la pratique des devoirs de notre état, Méditation sur les dangers propres de chaque état, Méditation sur les vertus qu'on exerce en pratiquant les devoirs de son état, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la sanctification du dimanche, Méditation sur les prétendus avantages de la naissance, Méditation sur la dévotion des Grands, Méditation sur l'ambition, Méditation sur l'usage qu'un Chrétien doit faire de ses talents, Rerum novarum, du Pape Léon XIII, sur la doctrine sociale de l’Église, Méditation sur la vaine gloire, Méditation sur la gloire de Dieu, Méditation sur la gloire du monde, et Méditation sur les dangers du monde.














mercredi 31 juillet 2019

Comment M. Vianney abolit les danses à Ars



Le Saint Curé d'Ars en prière
Nous avons vu que les populations de ce plateau étaient ardentes aux plaisirs. La danse surtout y faisait le passe-temps favori du dimanche et des fêtes. Tout a été dit sur les dangers que ce divertissement peut avoir. Saint Jean Chrysostome dans ses homélies, saint Jérôme dans ses lettres, saint Ambroise et saint Basile dans leurs admirables discours, ont épuisé la matière, au point que ceux qui veulent en parler après eux n'ont plus qu'à être l'écho de leurs enseignements. La danse est rarement un exercice innocent ; mais, au village, elle emprunte du laisser-aller qui s'établit dans les rapports, de l'affranchissement de tout contrôle grave et prudent, de l'absence de toute barrière imposée par le respect et les bienséances, un caractère particulièrement dangereux. Les jeunes gens y trouvent un aliment à leurs passions, et les jeunes filles y perdent, avec leur pudeur, le goût de la piété et le sentiment des joies simples. M. le Curé d'Ars y voyait le principal obstacle à ses projets de réformation.
Un jour, il apprend qu'un ménétrier est arrivé dans sa paroisse, et qu'il s'apprête à faire danser. « Mon ami, lui dit-il, vous faites là un métier que le bon Dieu n'aime pas. — Monsieur le Curé, il faut bien vivre. — Oui, mon ami, mais il faut mourir aussi ; et j'ai quelque crainte qu'à la mort vous ne vous trouviez pas bien d'avoir vécu de la sorte. Tenez, nous allons faire un marché. Combien vous donne-t-on par jour ? — Vingt francs. — En voici quarante ; et laissez-nous tranquilles. »
La fête du patron approchait : c'était une époque critique ; elle ne passait jamais sans un cortège obligé de danses, de fanfares, de joies tumultueuses ; les environs y accouraient ; Trévoux et Villefranche envoyaient leurs contingents. Cette foule bigarrée, cette dissipation et ce bruit gâtaient le pays pour bien longtemps. C'était là l'ennemi qu'il s'agissait d'attaquer et de vaincre. On pouvait prévoir que la lutte serait vive et la victoire chaudement disputée ; mais pour les cœurs généreux, les chances de succès se mesurent à la grandeur de l'entreprise. Notre saint Curé était résolu d'en finir avec un scandale qui désolait son âme. Le difficile était de savoir comment il s'y prendrait. Il se souvient d'un endroit de l'Évangile où il est question d'un démon qui ne se chasse que par le jeûne et la prière (S. Marc, IX, 28) ; et le voilà qui ne prend plus de nourriture, qui passe les jours et les nuits en oraison ; c'était toujours son grand moyen, quand il voulait obtenir de Dieu des grâces importantes de conversion et de salut ; nous en parlerons au chapitre de ses austérités ; le voilà qui se prosterne avec une grande abondance de larmes, aux pieds de Jésus crucifié, lui demandant, par ses cinq plaies, source éternelle de miséricorde, d'avoir pitié de son peuple, de faire mourir à l'amour du monde ceux pour l'amour desquels il a daigné mourir en croix lui-même.
À ces moyens surnaturels qu'on ne saurait trop recommander à l'imitation des pasteurs, il se demanda s'il n'en joindrait pas un autre. Invectiver en pareil cas, fulminer des anathèmes, est chose facile ; mais les invectives touchent peu et convertissent encore moins. Il dira pourtant sa pensée à son peuple ; il lui rappellera que la vie est une chose sérieuse ; que nous n'avons pas été créés et mis au monde pour danser... ; que le temps passé dans les divertissements défendus est un vol fait à Dieu ; qu'il y a du temps ainsi perdu et profané une vengeance inévitable qui s'exerce même dans ce monde ; qu'il y a de la folie à sacrifier son éternité pour un instant de plaisir.
« Dans le monde, mes frères, on ne pense qu'à se divertir. Cependant, on ne peut pas offrir une danse en expiation des fautes de sa pauvre vie ; Si vous ne voulez que vous amuser en ce monde, alors n'offensez pas le bon Dieu !... Mais ce sont justement ceux qui ont le moins peur d'offenser le bon Dieu qui ont toujours les plaisirs en tête...
« Un jour, saint Éloi portait le viatique à un malade ; il passait sur une place où l'on dansait. Il y eut un des danseurs qui dit : Il faut nous mettre à genoux. Mais un autre répondit par un affreux blasphème. Saint Éloi l'ayant entendu s'écria : « Seigneur, punissez-le !... » Ils tombèrent tous raides morts... Saint Éloi les ressuscita ; puis il dit : « Seigneur, faites-leur voir ceux qui les entourent. » Ils virent qu'ils étaient environnés de démons...
« Voyez, mes frères, les personnes qui entrent dans un bal laissent leur ange gardien à la porte, et c'est un démon qui le remplace ; en sorte qu'il y a bientôt dans la salle autant de démons que de danseurs. »
« Voici ce que dit le Saint-Esprit par la bouche d'un prophète : « Les gens du monde se divertissent au son des instruments... ; un moment après, ils sont dans l'enfer. » Il faut avoir perdu la tête pour aller à la danse, quand on sait que la danse peuple les enfers... J'ai vu, un jour, un vieillard qui allait à la danse avec son bâton et ses lunettes ! un autre allait voir danser avec un enfant sur les bras et un enfant à la main ! Je pensais : Il conduit tout cela en enfer...
« Celui qui veut s'amuser avec le diable, disait saint Pierre Chrysologue, ne pourra pas se réjouir avec Jésus-Christ. On ne va pas au ciel sans l'avoir mérité, et on ne le mérite pas en désobéissant à Jésus-Christ qui a condamné le monde et ses plaisirs. N'a-t-il pas dit : Ce maudit monde ! ce malheureux monde ! ce malheureux monde ! je ne prierai pas pour lui ?... Voyez, mes frères, Notre-Seigneur ne dit pas : Bienheureux ceux qui rient ! bienheureux ceux qui dansent ! il dit, au contraire : Bienheureux ceux qui pleurent ! bienheureux ceux qui souffrent ! »
Ainsi parlera le Curé d'Ars ; mais ses supplications, ses larmes et son visage empreint d'une tristesse si vraie et si profonde en diront encore plus que ses paroles. C'est au tribunal de la pénitence surtout qu'il épanchera l'amertume de son âme ; c'est là qu'il s'adressera tour à tour, avec force et avec douceur, à ces jeunes filles qui sacrifient ce qu'elles ont de plus précieux à un moment d'ivresse et de folie, et à ces mères qui, pour n'avoir pas aujourd'hui le courage de résister à un caprice de leur enfant, pleureront demain sur les suites de leur funeste complaisance.
Comment ce langage n'aurait-il pas été droit au cœur de ceux qui l'entendaient, quand surtout ils en venaient à examiner de près la vie de leur pasteur et à en scruter les détails ? quel poids immense donnaient à sa parole ses pénitences, ses mortifications, ses jeûnes, sa prière continuelle ! « Notre Curé fait tout ce qu'il dit ; il pratique tout ce qu'il enseigne : jamais nous ne lui avons vu prendre sa part d'aucun plaisir ; son seul plaisir à lui est de prier le bon Dieu : il faut bien qu'il y en ait, puisqu'il en trouve. Suivons donc ses conseils ; après tout, il ne veut que notre bien (Manuscrit de M. Renard). » Ces réflexions se faisaient le soir, au coin du feu, dans les familles : elles préparaient peu à peu les esprits à recevoir la direction que le bon pasteur voulait leur imprimer.


(Extrait de Le Curé d'Ars par l'Abbé Alfred Monnin)



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