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vendredi 25 février 2022

Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit



Saint Augustin remarque très-bien, que comme le corps naturel de l'homme reçoit uniquement sa vie de l'âme qui l'anime ; de même tous les Chrétiens qui sont le corps mystique de Jésus-Christ, ne vivent tous que de son seul Esprit : et comme le corps naturel meurt à même temps que l'âme en est séparée, aussi le Chrétien tombe dans un état funeste d'une mort la plus horrible de toutes, lorsqu'il perd la grâce et l'amour de Jésus-Christ par le péché. C'est l'état malheureux du monde dans l'abandonnement à ses convoitises, dont l'on peut assurer ce que le Fils de Dieu ordonne de dire de sa part à l'Évêque de l'Église de Sardes : Je sais quelles sont vos œuvres ; vous avez la réputation d'être vivant, quoique vous soyez mort. Ô combien y en a-t-il dans le monde, qui sont des gens pleins d'une grande santé, qui passent leurs jours dans les divertissements et dans les plaisirs, qui se promettent de longues années, et qui devant Dieu sont véritablement morts ! Hélas ! c'est à quoi le monde pense peu, et c'est bien à quoi il devrait penser. Les soins de la santé du corps occupent presque tous les hommes. C'est ce que partout on se demande les uns aux autres. Dès qu'on se rencontre, la première chose dont il est question, c'est de la santé du corps. A l'abord on se demande, Comment vous portez-vous ? Mais combien y en a-t-il de ceux qui répondent qu'ils se portent bien, qui ont perdu la véritable vie, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ ? Combien y en a-t-il que l'on complimente sur leur bonne santé, à qui l'on devrait donner des larmes sur l'état de leur mort lamentable ? Ô mort infiniment affreuse aux yeux de Dieu et de ses Anges !
Or cette mort arrive, parce que le Saint-Esprit n'habite plus dans l'âme, qui est privée de la grâce sanctifiante par le péché, et qui n'en reçoit plus la véritable vie. Mais le malheur des malheurs du monde, est que non-seulement il n'a pas le Saint-Esprit, mais qu'il ne le peut recevoir. Ce sont les propres paroles du Fils de Dieu, en saint Jean au chapitre quatorze, qui promettant à ses Disciples le Saint-Esprit, leur déclara que le monde ne le peut recevoir ; c'est-à-dire, le monde demeurera dans la corruption, le monde ne cessant point d'être monde, de même que la nuit ne peut pas être le jour, et le jour la nuit. Il faudrait que le monde changeât d'esprits, de sentiments, de maximes, d'inclinations. L'esprit du monde et l'Esprit de Dieu ne sont pas seulement dissemblables, mais entièrement contraires : on ne peut les avoir ensemble, ils sont incompatibles.
C'est ce que saint Jacques, dans son Épître catholique, enseigne admirablement, par l'opposition de la sagesse qui vient du Ciel, de l'Esprit de Dieu, et la sagesse du monde. La sagesse qui vient d'en haut, dit cet Apôtre, est chaste, paisible, modeste, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres ; elle n'est point défiante ni dissimulée : et la sagesse du monde est une sagesse terrestre, sensuelle et diabolique.
La sagesse qui vient du Ciel, du Saint-Esprit, est chaste, paisible, modeste, et détachée de son propre sens : car elle est pure, et élevée au-dessus des sens, qui sait les mortifier et les vaincre, qui prend et se sert des moyens propres à les assujettir à la grâce, ainsi elle crucifie la chaire avec ses convoitises, et rend l'homme obéissant à Dieu, le tenant entièrement sous sa domination et son empire.
Elle est paisible, modeste, détachée de son propre sens, parce qu'elle fuit les contentions, elle se laisse facilement persuader, elle n'est pas opiniâtre, elle est prompte à se soumettre. Ces marques ont toujours servi de règle aux Saints et aux maîtres de la vie spirituelle, pour discerner si les personnes qui étaient en estime d'une sainteté singulière, avaient le véritable esprit de Dieu. Ainsi nous lisons des saints Solitaires, qui ayant appris la vie extraordinaire du bienheureux Siméon Stylite sur sa colonne, lui envoyèrent dire de leur part, qu'il eût à descendre de sa colonne, et à quitter le genre étonnant de vie qu'il menait, avec ordre, s'il résistait, de l'y obliger. Ces Pères ne trouvant point de marques plus assurées de l'esprit de Dieu, que la disposition à se soumettre ; et c'est ce qu'ils trouvèrent d'une manière admirable dans cet incomparable Saint, qui se mit en état d'exécuter l'ordre qu'il recevait, au même temps qu'on le lui eût proposé : et ce qui est très digne de remarque, c'est que ces Solitaires n'étaient pas ses supérieurs. C'est une maxime très-véritable, qu'il ne faut attendre rien de bon d'une personne qui est opiniâtre, propriétaire dans ses exercices de piété, quand elle ferait des miracles. L'Esprit de Dieu est un esprit de soumission et d'obéissance ; et non seulement de volonté, mais d'entendement : car le véritable obéissant ne veut pas seulement se soumettre en faisant ce qui lui est ordonné, mais il croit facilement que ceux qui lui commandent, ont raison, qu'ils sont plus éclairés que lui, qu'il se trompe dans ses pensées.
La sagesse du monde au contraire est terrestre, sensuelle, diabolique ; au lieu que celle de Die vient d'en haut, du Ciel. Celle-ci est toute de la terre ; c'est où elle prend son origine et ses progrès. Comme elle est toute dans l'estime des honneurs, des plaisirs, et des biens de la terre, c'est ce qui fait son occupation, comme nous l'avons remarqué, c'est à quoi elle s'applique, c'est ce qu'elle enseigne ; et ceux qui sont les mieux instruits dans ces affaires de la terre, qui inspirent plus les moyens d'y réussir, et qui y réussissent davantage, passent pour les plus habiles, ce sont les sages du monde. Bien loin d'être paisible, de posséder une véritable paix que Dieu seul donne, que l'âme seule possède, qui lui est entièrement unie, elle est toute dans les guerres qui viennent des cupidités, comme l'enseigne encore l'Apôtre saint Jacques, qui combattent dans le corps par la révolte des sens et des passions, par l'inclination aux voluptés, les membres servant d'armes au péché ; et au-dehors par les contestations et les querelles pour le bien et pour la gloire, qui sont les sources de toutes les guerres.
La sagesse du monde est sensuelle, toute animale, et par suite toute contraire à l'esprit. Dieu proteste dans l'Écriture, que son esprit ne demeurera plus dans l'homme, parce qu'il est chair : mais elle est diabolique, car elle vient du démon. Ainsi elle est fière, orgueilleuse, superbe ; elle marche en choses grandes, elle se porte à ce qui éclaire et ce qui est au-dessus d'elle. Ses yeux sont élevés, et son cœur enflé. Elle présume beaucoup d'elle-même, méprise facilement les sentiments des autres, pense toujours avoir raison, demeure propriétaire dans ses pensées, elle veut toujours l'emporter. Elle a un esprit dominant, une volonté dominante, elle préfère ses pensées à celles des autres, elle veut faire ce que ses pensées lui suggèrent. La superbe règne dans elle, comme dans le diable, d'où elle vient.
C'est cette sagesse diabolique qui est la source de toutes les hérésies, qui ont toutes un esprit particulier, opiniâtre, point de volonté à se soumettre, préférant leurs fausses lumières aux décisions des Papes et de l'Église, s'abusant quelquefois par quelques œuvres éclatantes d'aumônes, de retraite, d'austérités corporelles. C'est ce que l'on a vu dans plusieurs Pères du désert, qui ayant mené une vie angélique, se sont enfin perdus tombant dans l'hérésie, comme il est arrivé à plusieurs à l'égard de l'hérésie des Monothélites. Mais nous l'avons dit, et c'est ce que l'on ne peut jamais assez répéter ; jamais il ne faut attendre rien de bon d'une personne attachée à ses sentiments, opiniâtre dans ses pensées et ses actions, quand d'autre part elle ferait des miracles.
Malheur à vous, dit Dieu par le Prophète Isaïe, qui êtes sages à vos propres yeux, et qui êtes prudents en vous-mêmes. Et il dit en un autre lieu du même Prophète : Je ferai une merveille dans ce peuple ; car la sagesse des sages périra, et la prudence des hommes intelligents sera obscurcie. Malheur à vous qui vous retirez dans la profondeur de vos cœurs. L'Apôtre s'écrie, l'Écriture dit, J'arrêterai les sages dans leurs subtilités. Dieu a connu les pensées des sages, et en a découvert la vanité. Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la prudence des prudents. Où sont les Philosophes, les Docteurs de la Loi ? où sont les curieux des secrets de la nature ? C'est pourquoi il assure qu'il ne prêche point la sagesse de ce monde, ni des Princes du monde, c'est-à-dire des Démons. Il déclare que le Saint-Esprit dit clairement que quelques-uns renonceront à la foi, écoutant des esprits d'erreur, et des doctrines de démons ; voilà la sagesse diabolique.
Cette sagesse néanmoins terrestre, sensuelle et diabolique, est la sagesse du monde, si directement contraire à celle de Dieu ; que comme elle est une folie à ses yeux divins, selon la doctrine de l'Apôtre, de même la sagesse de Dieu est une folie aux yeux du monde. C'est par cette folie de la prédication, dit-il, qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui auront la foi : et il écrit de lui-même, qu'on le regardait comme un insensé. Il ne faut pas en être surpris, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, dont saint Marc l'Évangéliste, au troisième chapitre de son Évangile, rapporte que ses parents vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il a l'esprit aliéné. Après cela on ne doit pas s'étonner si ceux qui prêchent la pureté de son Évangile, qui enseignent que c'est un bonheur d'être pauvre, d'être misérable dans la vie présente, d'y avoir beaucoup de traverses et de contradictions ; que c'est un malheur d'être riche, et d'y avoir beaucoup d'honneurs et de plaisirs, et qui tâchent avec le secours de leur divin Maître, de prêcher plus ces vérités par leurs actions, que par leurs paroles, sont désapprouvés, sont méprisés, sont quelquefois moqués, si l'on s'éloigne d'eux, si la parenté, les familles les regardent comme des gens qui font tort à leur honneur. Cependant notre Apôtre écrit : Que nul ne se trompe soi-même. Si quelqu'un d'entre vous se croit sage selon le monde, qu'il devienne fou, c'est-à-dire qu'il renonce à la sagesse séculière, pour suivre les maximes du Fils de Dieu qui semblent folie.
Mais à qui le Seigneur donnera-t-il l'intelligence de la parole, dit le Prophète Isaïe ? à des enfants qu'on ne fait que de sévrer ? Ce ne sera pas aux superbes, mais ce sera à ceux qui ont la simplicité et l'innocence des enfants. Notre bon Sauveur rend grâces à son Père, de ce qu'il a caché les choses qu'il enseigne, aux sages et aux prudents ; car il les laisse dans leur aveuglement que leur cause leur orgueil, et de ce qu'il les a découvertes aux petits. Il ne les fait connaître et goûter intérieurement qu'aux simples et aux humbles. Il rend grâces à son Père, de ce que tel est son plaisir. Et saint Luc nous apprend que, lorsqu'il dit ces paroles, à cette heure-là même son esprit eut un transport de joie. Son plaisir, comme celui de son Père, est de s'entretenir avec les simples, et de leur découvrir ses secrets.
C'est ce qu'il a fait dès le commencement de l'établissement de l'Évangile, se communiquant à de pauvres pêcheurs, et se servant d'eux pour enseigner sa doctrine à toute la terre. C'est ce qu'il a fait dans la suite des siècles ; et on ne peut assez admirer les hautes et divines lumières qu'il a données aux Brigittes, aux Thérèses, et à d'autres personnes simples et sans lettres. Le Père Ribera de la Compagnie de Jésus, personnage d'une rare érudition, aussi-bien que d'une piété singulière, rapporte dans la vie qu'il a écrite de sainte Thérèse, que recevant plusieurs ordres de Dieu pour les dire de sa part, et la Sainte lui disant avec humilité, qu'elle s'étonnait de ce qu'il ne s'adressait pas aux doctes et savants, il lui répondit : Ma fille, ils ne me croiraient pas. Il parlait sans doute des doctes suffisants en eux-mêmes, et non pas des Savants qui sont humbles. Saint Jean, au Chapitre septième de son Évangile, écrit que les Archers envoyés par les Chefs des Prêtres et par les Pharisiens, étant retournés vers eux sans se saisir de la personne de notre Seigneur, et leur ayant dit, Jamais homme ne parla comme cet homme ; les Pharisiens leur répliquèrent, Êtes-vous aussi de ceux qui vous êtes laissés séduire ? Y-a-t-il quelqu'un des Magistrats ou des Pharisiens qui ait cru en lui ? ils ajoutèrent qu'il n'y avait que la populace. Il faut être humble, non seulement de paroles et à l'extérieur, mais il faut être humble de cœur pour recevoir l'esprit de Dieu et ses vérités. L'Apôtre saint Jacques dit de plus, que la sagesse qui vient du Ciel, n'est ni défiante ni dissimulée. Elle est toute sincère, elle fait marcher simplement sans aucuns détours. Elle parle comme elle pense, à la différence de la sagesse diabolique des hérétiques, qui cachent leur doctrine, qui la déguisent ; qui dans les apparences, quand ils craignent les Puissances Écclésiastiques ou Séculières, font profession des vérités catholiques, usant d'artifices, de restrictions, se réservant à se produire dans les temps qu'ils espèrent leur être favorables.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du monde en ce qu'il n'est point du Royaume de Dieu, Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans ses occupations, Des divertissements, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les devoirs des pères à l'égard de leurs enfants, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur l'Autorité, Le Malheur du monde pour les scandales, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.














lundi 20 septembre 2021

Remède contre les Tentations ; premièrement, il ne faut pas se décourager quand elles nous arrivent



« Du reste, mes Frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans la puissance de sa vertu... Endossez les armes de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les embûches du diable. » Saint Antoine qui était si bien exercé dans cette guerre que les fidèles ont à soutenir contre les démons, avait coutume de dire, qu'un des principaux moyens de vaincre cet ennemi, était de montrer beaucoup de résolution et même de la joie dans les tentations, parce qu'alors le démon s'afflige, et perd l'espérance de nous nuire : Résistez au diable, dit Saint Jacques, et il s'enfuira de vous.
Rien ne sera plus propre à nous encourager dans les tentations, que de considérer la faiblesse de cet ennemi, et combien peu le démon a de pouvoir contre nous, puisqu'il ne peut nous faire tomber dans le péché, si nous ne voulons y consentir. Voyez, mes Frères, dit Saint Bernard, combien notre ennemi est faible, il ne peut vaincre que celui qui veut bien être vaincu.
Les démons étant apparus une fois à Saint Antoine sous diverses formes, toutes plus hideuses les unes que les autres, et l'ayant tous environné comme pour l'accabler à la fois, le Saint ne fit autre chose que se rire d'eux, et leur dire : Si vous aviez la liberté de me nuire, le moindre de vous suffirait pour me combattre ; mais parce que vous n'avez point ce pouvoir, vous venez en troupe pour m'épouvanter. Si Dieu vous a donné quelque pouvoir sur moi, me voici, dévorez-moi ; mais s'il ne vous en a point donné, tous les efforts que vous faites sont inutiles. Nous pouvons répondre la même chose à chaque tentation qui nous arrive. En effet, depuis que Jésus-Christ s'est fait homme, le démon n'a plus de forces ; il l'avoua lui-même un jour à Saint Antoine, qui lui répondit : Quoique tu sois le père du mensonge, tu ne laisses pas d'avoir dit maintenant la vérité malgré toi, puisque le Sauveur nous a dit : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde... C'est pourquoi je rends grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par Notre Seigneur Jésus-Christ. »
Ce qui peut encore nous encourager, et nous donner de nouvelles forces dans les tentations, c'est de songer que Dieu nous voit combattre. Un soldat qui combat sous les yeux de son Général ou de son Prince, en devient beaucoup plus animé et plus brave.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Ce qui peut surtout nous rassurer dans les Tentations, c'est que Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, Que les tentations sont une leçon salutaire, et pour nous et pour les autres, Les tentations servent à nous mieux faire connaître notre faiblesse, et à nous faire sentir le besoin de recourir à Dieu, Pourquoi Dieu permet que l'on soit tenté ; Avantages réels qui résultent de ces tentations, Que les uns sont tentés au commencement de leur conversion ; et les autres après leur retour à Dieu, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Des tentations, Conduite à tenir à l'égard des tentationsDes tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis le plus utile de tous : Priez !, Aspiration dans les tentations, De quelques remèdes contre les tentations de l'impureté, et Quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.















samedi 4 septembre 2021

De la Médisance



Ne parlez point mal les uns des autres, mes Frères, dit l'Apôtre Saint Jacques. Les médisants, dit Saint Paul, sont haïs de Dieu. Le Sage nous assure aussi qu'ils sont en abomination aux hommes. Car encore qu'il semble que les hommes prennent plaisir à entendre parler un médisant, ils ne laissent pas néanmoins de le détester dans le fond du cœur : et ils se donnent bien garde de lui : parce qu'ils craignent, et avec raison, que de la manière qu'il traite les autres devant eux, il ne les traite aussi de même à leur tour devant les autres. Cette réflexion devrait suffire pour nous faire concevoir de l'horreur pour la médisance : que peut-on imaginer de plus odieux, que d'être en abomination à Dieu et aux hommes ? Mais, sans nous arrêter à cette considération, attachons-nous seulement à faire voir combien ce vice est énorme et dangereux, et combien il est aisé de pécher mortellement en ce point : afin que cette connaissance nous oblige à avoir toujours un grand éloignement d'un vice dont les suites sont si funestes. Si vous me demandez en quoi consiste l'énormité de ce vice, je vous répondrai qu'elle consiste en ce qu'il ternit et qu'il ruine la réputation du prochain, dont le prix est au-dessus de tous les trésors du monde, suivant ces paroles du Sage : « La bonne réputation vaut mieux que toutes les richesses... Travaillez à vous acquérir une bonne réputation, car ce vous sera un bien plus stable que tous les trésors imaginables. » Les Docteurs assurent qu'autant que la bonne réputation est au-dessus des richesses, autant le Péché de la médisance l'emporte sur le péché de larcin : et quand ils entrent ensuite dans le détail des cas où la médisance est péché mortel, et de ceux où elle n'est que péché véniel, ils disent ce qu'on dit ordinairement de tous les autres péchés, qui de leur nature sont mortels : ils disent, par exemple, que comme le larcin est de soi un péché mortel, mais qu'il peut n'être que véniel, quand ce qu'on a dérobé est de très peu de conséquence, comme serait le larcin d'une pomme ou de quelque autre chose de cette nature : de même la médisance est de soi un péché mortel, mais. que la matière en peut-être néanmoins si légère, que ce ne sera plus alors qu'un péché véniel.
Mais ils font en même temps une remarque très importante, qui nous fait voir combien la moindre médisance est dangereuse, et avec quel soin nous devons nous abstenir de celles qui nous semblent les plus légères; c'est que bien souvent celles qui paraissent si peu de chose, ne le sont pas effectivement ; car les mêmes Théologiens disent, qu'encore qu'il n'y ait pas de péché mortel à rapporter une faute légère qu'un séculier aura commise, faute qui n'est même qu'un péché véniel, comme de dire qu'il a fait un mensonge : toutefois la même faute, ou quelque autre péché véniel, ou même une simple imperfection que l'on dira d'un Prêtre ou d'un Religieux, peut-être un péché mortel : parce que la réputation de l'un et de l'autre peut être en cela plus blessée que celle d'un séculier ne le serait, si on disait qu'il eût commis un péché mortel.
Saint Bonaventure établit cette règle pour parler des absents : que l'on doit avoir honte de dire d'un homme en son absence, ce qu'on ne pourrait dire en sa présence, sans s'exposer à blesser la charité : et, qu'il faut que chacun sache, qu'en quelque temps que ce soit, il est en sûreté avec vous. Cette règle est sans doute très sage, et elle embrasse également les choses importantes, et celles qui nous paraissent les plus légères : celles-là nous trompent souvent par cette apparence : car elles ne sont pas toujours si légères qu'il nous plaît de le croire; et il ne faut point alléguer, ni qu'elles ne sont d'aucune conséquence, ni que les autres n'y feront point attention, ni que ce sont des choses publiques.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Que tous nos discours et nos entretiens doivent être de Dieu ; et de quelques moyens qui peuvent y contribuer, Méditation sur la MédisanceMéditation sur les péchés de la langueMéditation sur le soin qu'un Chrétien doit avoir de la réputation du prochainCirconstances que nous devons observer en parlant, Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable, Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection, Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.














lundi 23 août 2021

Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection



Un Religieux très-savant et très-versé dans spiritualité, disait une chose qui marque bien l'importance du silence, et qui pourra sembler à quelques-uns une exagération, mais qui est néanmoins une vérité constante et très éprouvée : Il disait que pour réformer une Maison religieuse, un Ordre entier, il ne fallait qu'y faire pratiquer rigoureusement le silence. Nous voyons que quand le silence ne s'observe point dans une maison religieuse, elle semble plutôt un lieu profane, qu'une maison régulière : et au contraire, les communautés religieuses où l'on observe le silence, paraissent véritablement des demeures, consacrées à Dieu. On y respire, dès l'entrée, un air et une odeur de sainteté qui édifie : le recueillement et le silence y portent à la dévotion tous ceux qui y arrivent, et leur fait dire avec transport : Le Seigneur est vraiment en ce lieu : c'est véritablement la maison de Dieu et la porte du Ciel. Ce que je dis ici de la totalité d'une Maison religieuse, je le dis aussi de chaque personne en particulier : Où l'on ne fait que parler, dit le Sage, il n'y a que de la misère. Lorsque nous gardons exactement le silence, à peine trouvons-nous sur quoi nous examiner, suivant ces paroles du Saint-Esprit : Celui qui garde sa bouche, garde son âme. Cette vérité n'a pas été ignorée des Païens même ; car un Philosophe de Lacédémone, interrogé pourquoi Lycurgue avait donné si peu de lois aux Lacédémoniens : c'est, répondit-il, que ceux qui parlent peu, n'ont pas besoin de beaucoup de lois. L'observation du silence suffit donc pour réformer chaque personne en particulier, et même pour réformer toute une Maison et tout un Ordre : voilà pourquoi, comme nous l'avons déjà dit, les anciens Pères du Désert faisaient tant de cas de la pratique du silence, et pourquoi tous les Ordres religieux ont compris l'observation du silence dans leurs principaux Règlements. C'est aussi pour cette même raison, dit Denys le Chartreux, que l'Apôtre Saint Jacques nous apprend : « Que celui qui ne pèche point du côté de la langue, est parfait ; et que celui qui croît être religieux, en ne réprimant point sa langue, et en laissant dissiper son cœur de tous côtés, n'a qu'une religion vaine et inutile. »
Que chacun considère ici avec attention, combien nous lui demandons peu de chose pour être parfait ; et combien le moyen que nous lui proposons est aisé à pratiquer. Si vous voulez faire de grands progrès dans la vertu, et acquérir la perfection, gardez le silence : l'Apôtre Saint Jacques vous assure que cela suffit pour vous y faire parvenir. Si vous voulez être homme spirituel et d'oraison, gardez le silence ; les Saints vous promettent que vous le deviendrez immanquablement par ce moyen. Si au contraire vous êtes infidèle à cette pratique, si vous la négligez, jamais vous ne vous rendrez parfait : jamais vous ne parviendrez à être un homme intérieur, un homme d'oraison. En effet, a-t-on jamais vu, un grand parleur être en même temps un homme contemplatif, et adonné à la spiritualité ? On ne voit pas même qu'il fasse un pas dans le chemin de la vertu : Un homme qui ne fait que parler, sera-t-il justifié ?
Albert-le Grand va encore plus loin. Il dit qu'un homme qui n'observe point le silence, est facilement tenté et attaqué par le démon. Il cite à ce sujet ce passage des Proverbes : Un homme qui ne peut s'empêcher de parler, est comme une ville ouverte et sans murailles. Saint Jérôme dit sur ces paroles, que comme une ville qui n'est point entourée de murailles, est continuellement exposée aux incursions des ennemis, et en grand danger d'être pillée ; de même un Chrétien qui n'est point environné du silence comme d'un mur de défense, est toujours exposé aux tentations du démon, et en grand péril de devenir sa proie.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable, Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.














samedi 7 août 2021

Du Silence : Ses avantages et son utilité



Un moyen qui peut encore beaucoup servir à notre avancement, et nous aider efficacement à acquérir la perfection, c'est de réprimer en nous l'intempérance de la langue ; comme, au  contraire, un des obstacles qui peut le plus retarder, et même empêcher notre progrès, c'est de nous relâcher sur cet article. L'Apôtre Saint Jacques nous marque ces deux vérités dans son Épître Canonique : Si quelqu'un, dit-il, ne pèche point en parlant, c'est un homme parfait. Et ailleurs : « Si quelqu'un s'imagine être religieux, et qu'il ne mette point un frein à sa langue, mais qu'il laisse dissiper son cœur de côté et d'autre, sa religion est vaine et inutile. » Saint Jérôme se sert de ce passage, pour nous recommander l'observation du silence. Il assure que c'est sur cette autorité que se fondaient les anciens Pères du Désert, qui étaient si fidèles et si rigoureux en ce point.
Mais pourquoi nous recommander si fort cette pratique ? Qu'elle en peut être la raison ? Est-ce donc un si grand crime de dire une parole inutile ? Y a-t-il d'autre mal à cela que la perte d'un moment de temps que l'on emploie à la dire, et qu'un léger péché véniel qui peut s'effacer par quelque acte de piété ou de religion, par exemple, par le signe de la croix ou avec de l‘eau bénite ? À cela je réponds que puisque l'Écriture Sainte insiste tant sur ce point, il faut qu'il y ait en cela quelque chose de plus que la perte d'un peu de temps, et que ce soit une affaire plus importante qu'elle ne nous paraît. Car le Saint-Esprit n'exagère rien ; il ne pèse point les actions avec de faux poids et de fausses balances. Les Saints et les docteurs de l'Église, à qui Dieu a donné des lumières particulières pour l'intelligence des Mystères des Livres saints, nous détaillent fort au long les avantages qu'apporte l'observation du silence, et les grands inconvénients qui résultent de ce violement.
Saint Ambroise et Saint Jérôme écrivant sur ce passage de l'Ecclésiaste : Il y a un temps pour se taire, et un temps pour parler, confirment cette doctrine. Ils disent que si Pythagore exigeait de ses disciples qu'ils commençassent par être cinq ans sans parler, c'était afin que, durant tout ce temps-là, ils passent oublier les erreurs et les préjugés dont ils avoient été imbus ; que pendant un si long silence, il les trouvait plus disposés à l'écouter, et à se pénétrer des vérités qu'il leur enseignait, et qu'ainsi ils se pouvaient rendre habiles à enseigner par la suite sa même doctrine. Apprenons donc premièrement à nous taire, conclut Saint Jérôme, et n'ouvrons ensuite la bouche que pour parler bien à propos.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.















jeudi 8 juillet 2021

C'est particulièrement aux humbles que Dieu accorde les plus grandes faveurs



Nous pouvons appliquer avec beaucoup de fondement à l'humilité, ce que Salomon dit de la Sagesse : Que tous les biens lui sont venus avec elle. Nous pouvons dire aussi que tous les biens nous viennent avec l'humilité, puisque Salomon dit encore : Que là où est l'humilité, là est la sagesse ; et que David nous apprend que Dieu donne la sagesse aux petits, c'est-à-dire, à ceux qui sont petits à leurs propres yeux. Mais cette vérité nous est encore plus clairement enseignée en une infinité d'endroits de l'ancien et du nouveau Testament, où Dieu promet des grâces abondantes et des biens infinis aux humbles, aux petits et aux pauvres d'esprit : il appelle indifféremment de tous ces noms, ceux qui ont une véritable humilité dans le cœur : « Sur qui jetterai-je les yeux, dit le Seigneur dans Isaïe, si ce n'est sur le pauvre, et sur celui qui a l'esprit contrit et qui écoute mes paroles avec tremblement ? » Dieu arrête ses regards de complaisance sur les humbles pour les combler de biens et de grâces. Le Prince des Apôtres et après lui Saint Jacques, dans leurs Épîtres Canoniques, nous déclarent que Dieu résiste aux superbes, et qu'il donne sa grâce aux humbles. C'est encore ce que l'humble Marie nous apprend dans son Cantique: « Le Seigneur, dit-elle, a déposé les puissants de leurs sièges ; il a élevé les humbles ; il a rempli de biens ceux qui étaient affamés ; et il a renvoyé vides ceux qui étaient riches. » Le Prophète Royal dit pareillement que « le Seigneur sauvera le peuple humble, et qu'il humiliera les yeux des superbes ; » Jésus-Christ enfin nous assure, « que quiconque s'élève sera humilié ; et que quiconque s'humilie sera élevé. » Les pluies de grâce coulent sur les humbles, comme les eaux coulent dans les vallons ; et comme l'abondance des eaux rend les vallons fertiles, aussi l'abondance des dons de Dieu fait produire aux humbles beaucoup plus de fruits qu'aux autres. Saint Augustin dit que l'humilité attire Dieu à elle. « Dieu est élevé, dit-il : Si vous vous humiliez, il descend à vous ; si vous vous élevez, il se retire de vous. Pourquoi cela ? C'est que Dieu est élevé, et qu'il regarde les choses basses, c'est-à-dire, les personnes humbles, et les comble de biens en les regardant ; mais il voit de loin les choses qui sont élevées, c'est-à-dire, les personnes superbes ; et comme il arrive que ce qu'on voit de fort loin, on ne le discerne pas ; aussi Dieu ne connaît point les superbes et ne leur accorde point de grâces : En vérité je vous le dis, je ne vous connais point. »
Saint Bonaventure ajoute que l'aine qui est humble, est disposée à recevoir toutes sortes de grâces de Dieu: ainsi que la cire molle est disposée à recevoir toutes les empreintes et toutes les formes qu'on veut lui donner.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à L'humilité empêche que Dieu ne nous humilie et ne nous châtie, Des précieux avantages que procure le troisième degré de l'Humilité, Que l'Humilité n'est point opposée à la Magnanimité, mais qu'elle en est le fondement, De la force en soi-même et de la force en Dieu, Pour vaincre toutes sortes de tentations, et pour acquérir la perfection chrétienne, ne point compter sur nous-mêmes, mais uniquement sur le secours de Dieu, Du troisième degré de l'Humilité : En quoi il consiste, Comment faire son examen particulier sur la vertu de l'Humilité, Comment dans l'oraison nous pouvons nous exercer à la pratique du second degré d'Humilité, Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes, Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.










 

lundi 21 juin 2021

Du troisième degré de l'Humilité : En quoi il consiste


Le troisième degré d'humilité est, lorsqu'ayant reçu de grands dons de Dieu, et que se voyant honoré et estimé, on ne s'en glorifie point et qu'on ne s'en attribue pas le mérite à soi-même ; mais qu'on rapporte tout à la source de tout bien, qui est Dieu. La Sainte Vierge a possédé l'humilité dans ce souverain degré de perfection : en effet, lorsqu'elle apprend qu'elle a été choisie pour être la mère de Dieu, elle se reconnaît, et se nomme elle-même la servante du Seigneur : quand Sainte Élisabeth l'appelle bienheureuse entre toutes les femmes, elle ne s'attribue en aucune manière la gloire des avantages qu'elle possède, mais elle la rapporte entièrement à Dieu ; et se renfermant dans les sentiments d'une humilité profonde ; elle lui rend grâces des faveurs qu'il a répandues sur elle : « Mon âme, dit-elle, glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu, qui est mon Sauveur, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante. »
Mais, dira-t-on peut-être, si c'est en cela que consiste l'humilité, nous sommes tous humbles ; car quel est celui qui ne reconnaisse et qui n'avoue que tout ce qu'il y a de bien en lui, vient de Dieu, et que de soi-même il n'est que péché et que misère ? Quel est celui qui ne convienne pas qu'il pourrait devenir le plus méchant de tous les hommes, si Dieu l'abandonnait un moment ? Votre perdition vient de vous-même, peuple d'Israël, dit le Seigneur, par son Prophète ; mais ce n'est qu'on moi que vous pouvez trouver du secours. C'est une vérité établie sur les principes de la foi, que nous n'avons de notre propre fonds que le péché, et que tout ce que nous avons d'ailleurs, nous le tenons de la seule libéralité de Dieu : ainsi il semble que nous ayions tous l'humilité dont nous parlons, puisque nous croyons tous une vérité si évidente, et dont les livres Saints sont remplis : Tout ce qui nous a été donné de bon et de parfait, dit l'Apôtre Saint Jacques, vient d'en-haut, et descend du Père des lumières. Saint Paul nous rappelle la même vérité dans presque toutes ses Épîtres : « Qu'avez-vous, dit-il, que vous n'ayiez pas reçu ? De nous-mêmes nous ne sommes pas capables de former aucune bonne pensée, comme venant de nous-mêmes ; mais si nous sommes capables de quelque chose, cela vient de Dieu.... C'est Dieu qui vous inspire vos bons desseins, et qui fait que vous les exécutez. » Sans Dieu, nous ne pouvons ni penser, ni dire, ni commencer, ni achever, ni vouloir, ni faire aucune chose que ce soit pour notre salut : il faut nécessairement que tout vienne de lui. On ne saurait donner une comparaison plus claire pour rendre cette vérité sensible, que celle dont se sert Jésus-Christ lui-même dans Saint Jean, « Comme le Sarment, dit-il, ne peut point porter de fruit de lui-même, s'il ne demeure attaché au cep de la vigne, aussi n'en pouvez-vous point porter, si vous ne demeurez attaché à moi... Je suis le cep de la vigne, et vous êtes le sarment : celui qui demeure uni avec moi et avec qui je suis uni, celui-là seul rapporte beaucoup de fruits ; car sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Nous sommes, dis-je, tous convaincus de cette vérité ; chacun de nous reconnaît que nous n'avons rien de nous-mêmes que le péché ; que tout ce qu'il y a de bien en nous vient de Dieu ; que nous ne pouvons nous en attribuer la gloire à nous-mêmes, et que c'est à Dieu seul quelle est due : Or, une vérité si claire et si évidente, demande une disposition d'esprit qui paraît si aisée à acquérir, pour tout homme qui croit, qu'il semble qu'on ne devait pas faire consister en cela le souverain degré de l'humilité.
Il est vrai que c'est une chose qui paraît d'abord aisée, soit à ne la considérer que superficiellement, soit à ne la regarder que dans la spéculation ; mais elle est très difficile au fond et dans la pratique ; il doit suffire, pour nous en convaincre, que c'est en cela que les Saints ont établi le souverain degré de l'humilité ; et qu'ils disent qu'il n'y a que les parfaits qui puissent y arriver. Car il faut une grande perfection lorsqu'on se voit comblé de grâces et que l'on considère les grandes choses qu'on exécute, pour en rapporter à Dieu la gloire qui lui appartient, sans en rien réserver pour soi-même, et sans en concevoir des sentiments de complaisance ou de vanité. Il faut une vertu bien éprouvée, mais bien difficile à acquérir, pour se voir respecté de tout le monde comme un Saint, sans que cette vue ou cette pensée puisse faire aucune impression dans le cœur.
Mais pour expliquer encore davantage en quoi consiste ce troisième degré d'humilité, et en donner une plus juste idée, nous rapporterons ce qu'en ont dit plusieurs saints Docteurs, afin que cette connaissance en rende la pratique plus aisée, qui est-ce que nous nous proposons en concluant cet article. Ces Saints Docteurs disent que ce dernier degré consiste à savoir distinguer ce que nous sommes par la miséricorde de Dieu, d'avec ce que nous sommes par la corruption de notre nature, pour rapporter ensuite à chacun ce qui lui appartient : à Dieu ce qui vient de lui, et à nous ce qui est purement de nous. En sorte que ce degré ne consiste pas précisément à connaître que nous ne pouvons, et ne méritons rien de nous-mêmes ; que tout ce qu'il y a de bien en nous, vient de Dieu ; et que c'est Dieu qui, selon son bon plaisir, nous donne la grâce de vouloir et d'achever ; car cette vérité étant fondée sur les principes de la foi, il ne faut qu'être Chrétien pour en être persuadé ; mais il consiste principalement à voir cette connaissance si profondément imprimée dans le cœur, qu'on se fasse une loi et un devoir de la mettre en pratique dans toutes les rencontres.
C'est ce que Saint Chrysostôme et Saint Bernard admiraient particulièrement dans les Apôtres, dans plusieurs autres grands Saints, qui, étant comblés des dons de Dieu, ressuscitaient les morts et opéraient chaque jour une infinité d'autres miracles, qui leur attiraient l'estime et l'admiration de tout le monde, et qui conservaient néanmoins au milieu de tous ces honneurs d'aussi grands sentiments de leur bassesse, que s'ils n'eussent été favorisés d'aucuns de ces dons surnaturels. Ce sont ceux qui en usent ainsi, dit Saint Bernard, qui accomplissent, comme ils doivent, ce précepte du Seigneur: « Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans le Ciel. » Ce sont ceux-là qui sont de vrais imitateurs de l'Apôtre et de vrais Prédicateurs Évangéliques, et qui ne se prêchent pas eux-mêmes, mais qui prêchent seulement Jésus-Christ. Enfin ce sont ceux-là qui sont les bons et fidèles serviteurs, qui ne cherchent point leur propre Intérêt, qui ne dérobent rien à Dieu, et ne s'attribuent rien à eux-mêmes ; mais qui lui rendent fidèlement toutes choses, et lui renvoient la gloire de tout.
Nous pouvons ajouter que ce degré consiste encore dans cet anéantissement de soi-même si recommandé par les Maîtres de la vie spirituelle ; dans cette connaissance de sa propre indignité et de son impuissance, que Saint Benoît et presque tous les Saints regardent comme le souverain degré de l'humilité chrétienne ; dans cette défiance continuelle de soi-même, et dans cette entière confiance en Dieu dont l'Écriture parle si souvent, et enfin dans ce véritable mépris de soi-même, que je voudrais que nous eussions aussi souvent dans le cœur que nous l'avons dans la bouche, et que nous donne une conviction aussi intime que celle que nous éprouvons du sentiment, que de nous-mêmes nous n'avons que le péché et la misère en partage ; que tout ce que nous avons, et que tout ce que nous faisons de bon, ce n'est pas de nous que nous l'avons ; et que nous le faisons ; mais que nous tenons tout de Dieu, et que nous lui en devons rapporter toute la gloire.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à Comment faire son examen particulier sur la vertu de l'Humilité, Comment dans l'oraison nous pouvons nous exercer à la pratique du second degré d'Humilité, Pour acquérir la vertu de l'Humilité, il faut en pratiquer les Actes, Sans l'Humilité, on ne saurait avoir la paix intérieure, De quelle manière on peut s'élever au second degré de l'Humilité, Du second degré de l'Humilité, et en quoi il consiste, La connaissance de nous-mêmes ne doit pas nous faire perdre le courage, ni la confiance, Que la considération de ses péchés est un excellent moyen pour se connaître soi-même, et pour acquérir l'humilité, Du premier degré de l'Humilité, qui est d'avoir une humble opinion de soi-même, Principales Vertus dont l'Humilité est le fondement, Il n'y a point de Vertu solide sans l'Humilité : elle est le fondement de toutes les autres Vertus, Excellence et nécessité de l'Humilité, Prière pour demander l'humilité, Prière pour obtenir l'humilité, l'exemple de Saint Robert Bellarmin et de Saint Ignace, et comment acquérir cette vertu, Le Saint Curé d'Ars dans sa conversation : Humilité de M. Vianney, De l'amour du Père Surin pour l'humilité, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, Des vertus de Marie : l'humilité, De la merveilleuse humilité du séraphique saint François, Litanies de l'humilité, Méditation sur les effets de l'orgueil, Méditation sur l'humilité des Saints, Méditation sur la pratique de l'humilité Chrétienne, Méditation sur les avantages de l'humilité Chrétienne, La Crèche, Sur ces paroles : Vous avez tiré votre parfaite louange de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle. (Psaume 8), De deux sortes de Mortifications, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, Sur Jésus-Christ, L'intérieur de Marie, De l'enfance spirituelle, et De la paix de l'âme.














vendredi 16 octobre 2020

Je descendrai en esprit dans l'enfer

 


Je descendrai en esprit dans l'enfer ; je le verrai plein d'âmes, et j'en rencontrerai plusieurs qui sont damnées pour un seul péché, ou de pensée, ou de parole, ou d'action. Puis, je considérerai que tous ces réprouvés ont été des hommes comme moi, et beaucoup des chrétiens comme moi, qu'ils ont participé aux mêmes sacrements et au même sacrifice, qu'ils ont été nourris des mêmes enseignements, de la lecture des mêmes bons livres que moi ; que peut-être en un temps ils furent remarquables par leur sainteté et leur union avec Dieu. Mais peu à peu ils se relâchèrent, et vinrent à tomber en un péché mortel. Par un juste jugement de Dieu, la mort les surprit dans cet état, et ils furent très justement condamnés, parce que, comme dit l'apôtre saint Jaques, celui qui tombe en un seul péché, en transgressant un précepte, mérite d'être puni éternellement aussi bien que celui qui en viole plusieurs, par la raison qu'il offense l'infinie Majesté qui nous ordonne de les observer tous avec la même fidélité (JAC. II, 10).
Je comparerai ce péché avec les miens, qui sont si nombreux, et j'avouerai que j'ai mérité l'enfer plus que ces âmes, moi qui ai commis tant de fois ce péché, et bien d'autres encore. Oh ! combien justement Dieu aurait pu permettre que la mort me frappât lorsque je commis ma première faute, sans me donner le temps d'en faire pénitence ! Quel motif vous a déterminé, ô mon Dieu, à m'attendre plus que les autres ? Pourquoi ne m'avez-vous pas précipité comme eux dans les enfers ? Je confesse que je méritais d'être dans leur compagnie, mais puisque votre Majesté m'a si miséricordieusement attendu, je me propose avec le secours de votre grâce d'expier toutes mes fautes par une rigoureuse et sincère pénitence.

(Extrait de Méditations sur les mystères de notre sainte foi par le V. P. Louis Du Pont)


Reportez-vous à Le nombre de ceux qui seront sauvés est très-petit, selon ce que la Foi nous enseigne, et Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam.














samedi 25 juillet 2020

Méditation pour la Fête de Saint Jacques Le Majeur



MÉDITATION


POUR LA FÊTE DE SAINT JACQUES LE MAJEUR


(25 juillet)




Pourrez-vous boire le calice que je boirai ?



I. PRÉLUDE. — Me représenter saint Jacques près de son divin Maître, avec Pierre et Jean, soit sur le Thabor, où il fut témoin de sa gloire, soit dans le jardin des Olives, où il partagea sa tristesse.

II. PRÉLUDE. — Saint Apôtre, qui fûtes préparé à de grandes épreuves par des faveurs spéciales, obtenez-moi la grâce de profiter également des consolations et des souffrances, et de me faire des nues et des autres autant de moyens pour m'attacher étroitement à Jésus-Christ.

I. POINT. — L'exemple de saint Jacques m'apprend avec quelle sagesse Jésus prépare ses élus aux épreuves qu'ils doivent un jour soutenir.

Jésus avait choisi Pierre, Jacques et Jean, pour les rendre témoins de sa gloire sur le Thabor ; ce fut ces trois mêmes Disciples qu’il conduisit au jardin des Olives, pour leur révéler les angoisses mortelles dont son âme était oppressée. Sa profonde sagesse les avait préparés, par des preuves plus éclatantes de sa divinité, à soutenir la vue de ses abaissements et de ses faiblesses apparentes. C'est ainsi qu'il en a toujours usé à l'égard des âmes qui sont à lui : lorsqu’il veut les soumettre à de grandes épreuves, il affermit auparavant leur foi et leur amour par des grâces particulières, afin qu'elles ne succombent pas à la tentation, mais qu'elles en retirent au contraire de précieux avantages. Cette conduite du Seigneur m'apprend encore une autre vérité : c'est que les consolations dont il favorise quelquefois ses élus doivent être suivies de pénibles épreuves, et que dans ces heureux moments l'âme fidèle doit songer à se préparer au combat. Cœur de Jésus, faites que je comprenne d’une manière pratique ces grands principes de la vie spirituelle, et que, m’attachant à vous dans la joie comme dans la tristesse, je puisse défier toutes les créatures de me séparer de votre saint amour.

II. POINT. — L'exemple de saint Jacques m’apprend avec quel soin l'âme fidèle doit profiter de tout pour avancer dans l'amour de Jésus.

Les faveurs signalées que saint Jacques reçut sur le Thabor, et les leçons importantes qu'il dut recueillir au jardin des Olives, ne demeurèrent pas infructueuses en lui. Plein d'un tendre amour pour son divin Maître, fidèle imitateur des vertus qui lui sont les plus chères, il se dévoua avec zèle à la prédication de l’Évangile, et scelle sa foi de son sang. Quelles que soient les voies par lesquelles il plaise au Seigneur de me conduire, je dois me rappeler sans cesse que tout ce qui vient de sa main tend à me sanctifier et à me faire accomplir ses desseins. Plus je serai fidèle à profiter des grâces qu’il m’accorde et des épreuves qu'il me ménage, plus je lui procurerai de gloire, et plus je m’enrichirai moi-même de mes mérites, quel que soit d’ailleurs le succès de mes bonnes œuvres. Saint Jacques n'eut pas, comme les autres Apôtres, la consolation de voir ses prédications couronnées de fruits abondants ; il n’en obtint pas moins la récompense des ministres de l’Évangile. C’est ainsi que Dieu en use à l'égard de ses serviteurs : il ne juge pas de leurs œuvres sur les effets qu'elles produisent, mais sur les motifs intérieurs dont elles sont animées ; et plus leur amour est véhément, plus aussi la couronne qu'il leur prépare est riche et précieuse.

COLLOQUE avec saint Jacques. — Le féliciter de la prédilection particulière dont Jésus l'honora, et de son zèle pour la gloire de ce divin Maître. — Le supplier de m’obtenir de sa bonté la grâce de profiter de tout, pour m’attacher inviolablement à lui, et me dévouer à son service et à sa gloire.

RÉSOLUTIONS. — Recevoir de la main de Dieu avec d’égales actions de grâces les consolations et les épreuves.

BOUQUET SPIRITUEL.Je bénirai le Seigneur en tout temps, et sa louange sera toujours dans ma bouche.

PRIÈRE. — Recevez, Seigneur, toute ma liberté sans restriction ; daignez accepter toute ma mémoire, tout mon entendement, toute ma volonté. Je n'ai rien, je ne possède rien qui ne soit un don de votre libéralité ; je vous remets le tout, j'abandonne le tout sans réserve à votre volonté, afin que vous en disposiez comme il vous plaira. L'unique chose que je vous supplie de m'accorder avec votre grâce, c'est un véritable amour pour vous. Si je l'ai, je suis assez riche, et je ne demande rien de plus.
















vendredi 17 juillet 2020

Conduite à tenir à l'égard des tentations


Job le patient (Seghers)


Après avoir parlé de l'utilité et même de la nécessité des tentations, il faut dire quelque chose de la manière dont on doit se conduire à l'égard des tentations. Ce point, qui est tout pratique, n'est pas un des moins importants de la vie spirituelle. On en a fait des traités entiers ; je me bornerai à l'essentiel.
Les tentations sont différentes selon l'état des personnes, et c'est à quoi il faut faire une grande attention pour apprendre à les bien discerner. Les tentations du commun des chrétiens les portent au mal sous l'apparence de quelque bien sensible. Celles-là sont aisées à reconnaître : et, comme elles ne regardent pas les personnes qui se sont données tout à fait à Dieu, pour lesquelles j'écris, je n'en dirai autre chose, sinon que l'unique moyen de se mettre à l'abri des tentations est de se proposer fermement d'être attentif et fidèle à la grâce jusque dans les moindres choses, d'éviter non-seulement le péché mortel et les occasions qui nous y portent, mais encore le péché véniel et jusqu'à la plus légère apparence du péché. Quiconque a pris généreusement ce parti, et s'est mis en devoir de l'exécuter, n'est plus exposé à ce genre de tentations, qui n'a d'autre fondement que l'indétermination de la volonté, flottante entre la vertu et le vice.
Lorsqu'on s'est donné pleinement et efficacement à Dieu, il nous laisse pour l'ordinaire jouir assez longtemps d'un certain calme, et il ne permet pas au démon de nous troubler, voulant nous donner le temps de prendre des forces et nous mettre en état de résister aux attaques. Mais, comme la vertu a besoin d'exercice pour s'affermir, les tentations viennent quand Dieu le juge à propos ; et l'âme y donne occasion, parce qu'elle écoute son propre esprit et qu'elle réfléchit trop sur elle-même.
L'objet de ces tentations est : 1° de nous retirer du bien sous l'apparence du mal. Par exemple, le démon essayera d'éloigner une âme de la communion par la crainte de communier indignement, ou sous prétexte qu'elle n'en profite pas. Cette crainte n'est qu'une crainte vague qu'il imprime dans l'imagination, et l'on doit la mépriser. Ce prétexte n'a lieu que parce qu'on veut juger par soi-même du profit de ses communions, et c'est ce qu'on ne doit jamais faire.
2° De nous détourner du bien sous prétexte de perte de temps et d'oisiveté. Cela arrive surtout à l'égard de l'oraison, lorsqu'il n'y a plus ni bonnes pensées, ni affection, et qu'on y est assiégé de distractions. On croit alors ne rien faire, et l'on est tenté ou de quitter l'oraison, ou de revenir à la méditation. C'est une illusion qu'il faut combattre. L'oraison est la mort de l'amour-propre, et elle ne commence à produire cet effet que quand elle est sèche, distraite, sans goût ni consolation.
3° De nous proposer un autre bien que celui que Dieu veut de nous. Par exemple, Dieu nous porte à la retraite, à la solitude, à jouir de lui dans le repos et le silence. Et, sous prétexte de zèle, de charité, d'édification du prochain, on voudra se jeter dans les bonnes œuvres, dans les rapports du dehors ; on voudra même se mêler de gagner des âmes à Dieu. Tentation fréquente, à laquelle il faut résister, en attendant que Dieu lui-même nous fournisse les occasions de servir le prochain, et en ne s'y ingérant jamais de son chef.
4° Le démon tente encore ces âmes du côté de l'obéissance, soit en leur donnant de fâcheuses impressions sur leur directeur, soit en leur persuadant qu'il se trompe, ou qu'il excède son autorité. Sur cela je n'ai qu'une chose à dire : quand on a eu des preuves suffisantes (et on les a toujours au commencement) que le directeur est un homme de bien, éclairé, conduit par l'esprit de Dieu, il faut lui obéir en tout comme à Dieu même, ne se permettre jamais de le juger, et ne rien écouter qui puisse affaiblir la bonne opinion qu'on a de lui. J'excepte les cas où il serait d'une évidence palpable et notoire qu'il se conduit mal, et ces cas sont aisés à reconnaître.
Les tentations des âmes plus avancées sont d'un autre ordre, et ce sont plutôt des épreuves que des tentations. Dieu, qui veut les humilier, les purifier, les anéantir, permet au démon de les tenter violemment sur la pureté, sur la foi, sur l'espérance et sur la charité soit de Dieu, soit du prochain ; il permet un soulèvement et un déchaînement universel ; il permet même des fautes extérieures et apparentes, auxquelles l'âme croit avoir consenti, quoiqu'elle soit très-éloignée de le faire.
C'est surtout dans ces tentations que la conduite d'un directeur habile est nécessaire, et qu'on a besoin d'une parfaite obéissance de jugement et de volonté ; car l'âme alors est tellement troublée, l'entendement tellement obscurci, qu'elle est incapable de juger sainement de ce qui se passe en elle, et il faut absolument qu'elle s'en rapporte au jugement d'autrui. Ce qu'elle a donc à faire, et ceci est essentiel, c'est de ne rien cacher à son directeur, mais de lui dire fidèlement, sans crainte, sans honte et avec simplicité, tout ce qu'elle éprouve ; de lui en laisser le jugement sans interposer le sien, sans contester avec lui ; de s'en tenir sans examen ni réflexion à ce qu'il aura décidé, et de faire ensuite sans hésiter tout ce qu'il aura ordonné ; nonobstant toute crainte, toute assurance même prétendue qu'on a offensé ou qu'on va offenser Dieu. Ces états sont étranges sans doute, et la conscience y souffre de terribles perplexités. Mais Dieu ne les permet que pour faire mourir l'âme à tout esprit propre, à toute volonté propre, à tout intérêt propre ; et il n'y a pas d'autre moyen de les passer qu'une obéissance aveugle, une fidélité, un désintéressement à toute épreuve.
Outre ce que je viens de dire sur la manière dont on doit se comporter dans les diverses tentations, il y a quelques règles générales à observer avant, pendant ou après les tentations.
Avant la tentation, il ne faut ni la craindre, ni même y penser, ni prendre aucune mesure pour la prévenir et l'empêcher : j'entends les tentations d'épreuve, où l'âme est purement passive ; mais se tenir comme un enfant entre les bras de Dieu, mettant en lui toute sa confiance, et attendant tout de son secours. La grande préparation est une fidélité inviolable à la grâce, un courage généreux à se combattre et à se surmonter en toutes choses ; car plus la nature est domptée, moins la tentation a de prise sur nous ; le démon n'est fort contre nous que par notre amour-propre.
Dans le temps même de la tentation il faut la laisser passer comme un nuage orageux, se tenir bien attaché à Dieu, et ne se relâcher en rien de ses exercices ordinaires. Ainsi, fût-on assailli des pensées les plus horribles à l'oraison, il ne faut point la quitter que le temps ne soit rempli ; encore moins faut-il renoncer à la communion sous prétexte de pensées impures ou blasphématoires qui viennent nous assaillir à ce moment. C'est d'ordinaire ce temps que le démon choisit pour nous tourmenter. Faisons-nous une loi de ne jamais lui céder, avec quelque violence qu'il nous presse. Résistez au diable, dit saint Jacques, et il s'enfuira de vous. Il ne tient pas contre une âme qu'il voit ferme et inébranlable ; et il se retire chargé de confusion. Si le directeur a prescrit quelque pratique pour le temps de la tentation, il faut y être fidèle, parce que Dieu bénit toujours l'obéissance.
Quand le moment de la tentation est passé, il faut jouir du calme qu'elles nous laisse, sans examiner si l'on a consenti ou non : cela ne servirait qu'à nous troubler et à nous décourager. Car il est certain que ce n'est point par la manière dont l'âme est affecté dans la tentation, qu'elle peut juger si elle y a résisté ou succombé intérieurement. Elle est trop agitée alors, pour pouvoir discerner ce qui est libre ou ce qui ne l'est pas. C'est la conduite habituelle qu'elle tient lors de la tentation, qui peut seule décider infailliblement de sa victoire ou de sa chute. Si elle est humble, docile, obéissante, exacte à toutes ses pratiques, fidèles à se renoncer, Dieu ne permettra jamais qu'elle succombe ; et c'est sur cette règle que le confesseur doit prononcer et rassurer l'âme, s'il est à propos de le faire. Il faut donc qu'elle lui rende un compte fidèle de ce qu'elle a éprouvé, n'ajoutant ni ne diminuant rien, donnant pour certain ce qu'elle croit certain, pour douteux ce qu'elle croit douteux. Le reste regarde le directeur.
Ce qu'elle doit s'interdire par-dessus tout, ce sont les raisonnements et les réflexions sur la tentation et ses circonstances. Elle ne doit y penser que pour en parler au directeur, et hors de là ne s'en occuper jamais volontairement.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Du moi humainDes tentations, Des tentations et des illusions, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Les Tentations sont inévitables en cette vie mortelle, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.