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samedi 29 janvier 2022

Quand Don Bosco voyageait à travers la France : Départ de la capitale et retour à Turin



À son départ de la capitale, le 5 mai (1883), don Bosco a récolté au moins cinq cent mille francs pour ses œuvres.
— La Sainte Vierge ne nous a-t-elle pas miraculeusement secourus ? demande-t-il à don Rua en prenant le train pour Lille.
— Oui, mais tout l'argent est déjà parti pour parer au plus urgent. Il en manque encore beaucoup !
— Ah, je voudrais trouver un économe qui ne sût pas si bien compter ! Moi, je n'ai jamais compté. Finalement, je ne suis jamais resté avec un sou de dette. Donnons à pleines mains à Dieu et aux pauvres ! L'argent viendra toujours ! Tu l'as toi-même constaté. Ne te tracasse donc pas. Fie-toi aux poches profondes de la Providence. »
Don Bosco regarde, rêveur, par la fenêtre au moment où le train s'ébranle :
— Es-tu jamais allé de Châteauneuf à Buttigliera, mon bon Michel ? Sur une colline, en bordure d'un pré, se dresse une misérable chaumière. C'est la maison de mes parents, avec le pré où j'allais garder les vaches. Si toutes les belles dames et les beaux messieurs qui me baisaient les mains avaient su que ce sont les mains d'un pauvre fils de paysan ! Comme la Providence arrange drôlement les choses !

À Lille, la prochaine étape, on le reçoit avec un égal enthousiasme, et Dieu honore encore son serviteur par des prodiges et des miracles. Don Bosco interpelle gentiment une fillette d'une douzaine d'années qu'on lui amène sur une voiturette :
« Alors quoi ? Si grande, tu te laisses encore rouler ? Descends vite et sers-toi de tes jambes ! » La fillette, complètement paralysée depuis plusieurs années, se relève, hésitante. « Allons, courage ! » continue don Bosco. Prudemment, l'enfant avance un peu. « Tu vois, dimanche tu pourras aller toute seule à la sainte table. » Ce qui eut lieu. La petite infirme était complètement guérie.
Un jeune jésuite, le frère Crimont, gravement malade depuis longtemps, demande à don Bosco de prier pour lui :
— Je voudrais tant guérir !
— Pourquoi ?
— Pour devenir missionnaire.
— Mon fils, affirme don Bosco, cette grâce vous l'obtiendrez. Je vais demander à Dieu de vous l'accorder.
Cinq ans plus tard, frère Crimont, devenu prêtre, est envoyé en mission chez les Indiens des montagnes Rocheuses, puis, en 1894, en Alaska, où il est nommé vicaire apostolique en 1916.

Le 31 mai, don Bosco est enfin de retour à Turin. Ses fils l'accueillent avec des cris de joie : « Mes enfants, leur dit-il en agitant son chapeau français, voyez, j'ai un nouveau couvre-chef ! Mon ancien, on me l'a arraché de la tête en Avignon. Mais n'allez pas me croire différent parce que j'ai changé de chapeau. Je suis toujours le même, votre ami et votre père ; je le resterai toujours tant que le bon Dieu me conservera la vie. Allons tout de suite à l'église remercier Notre-Dame Auxiliatrice pour mon heureux retour.

(Don Bosco, l'Apôtre des Jeunes, G. Hünermann)


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mercredi 24 mars 2021

De trois degrés de Mortification



Nous conclurons ce Chapitre en expliquant succinctement les trois degrés de mortification que distingue Saint Bernard, afin que par-là, comme par autant d'échelons, nous puissions nous élever au plus haut point de la perfection. Le premier degré est celui que nous enseigne l'Apôtre Saint Pierre dans sa première Épître canonique, quand il dit : « Je vous conjure, mes très chers Frères, de songer que n'étant ici qu'étrangers et voyageurs, vous devez vous abstenir des désirs charnels qui font la guerre à l'âme. » Nous sommes tous ici-bas des étrangers qui allons à notre céleste Patrie : « Car nous n'avons point ici de cité permanente ; mais nous cherchons celle qui doit l'être, ... et tant que nous habitons dans ce corps mortel, nous sommes éloignés du Seigneur. » Comportons-nous donc comme des voyageurs éloignés de notre pays. Un voyageur, dit Saint Bernard, va toujours droit son chemin ; il tâche d'éviter toutes sortes de détours, et tout ce qui pourrait retarder son voyage. S'il voit en passant des gens qui se querellent, ou d'autres qui se réjouissent, il ne s'amuse point à les regarder, il ne s'en met point en peine; mais il marche toujours sans s'arrêter, parce que ces choses ne le regardent point et que ce n'est point son affaire : son unique affaire, est de soupirer après sa patrie, et d'avancer toujours vers le terme de ses désirs : il se contente d'un habit simple et d'une nourriture légère ; il ne se charge de rien d'inutile qui puisse ralentir, ni appesantir sa marche. C'est sur cet exemple que nous devons nous régler dans le pèlerinage de cette vie mortelle : ne nous arrêter à rien d'inutile ; songer que nous ne sommes que voyageurs ; ne prendre que ce qui nous est absolument nécessaire pour nous soutenir dans la route, et achever notre voyage ; nous contenter, comme l'Apôtre, de la vie et du vêtement, et nous décharger de tout ce qui est suspendu, afin d'accélérer notre marche. Soupirons sans cesse après notre chère Patrie, et marquons à chaque instant la douleur que nous ressentons d'en être éloignés ; écrions-nous avec le Prophète : Hélas ! pourquoi le temps de mon exil est-il prolongé ?
Il est certain que ce degré est d'une si haute perfection, que nous aurons atteint presque le but, si nous pouvons y parvenir. Il y a néanmoins encore un pas à faire, et qui nous conduira encore à un plus haut degré de perfection ; car, ajoute Saint Bernard, quoiqu'un voyageur ne s'arrête pas tout-à-fait dans les lieux par où il passe, il a pourtant quelquefois la curiosité de savoir ce qu'on y fait ; et quoique cette curiosité ne le détourne pas absolument de son chemin, elle retarde néanmoins et ralentit en effet sa marche. Il se pourrait même faire qu'il prendrait tant de plaisir à ces distractions, que non-seulement le retour dans sa patrie en serait moins prochain, mais il y aurait à craindre même qu'il n'y arrivât jamais. Qui peut cependant, direz-vous, être plus étranger dans le monde, et plus détaché des choses du siècle que celui qui n'y est que comme voyageur ? Voulez-vous le savoir ? C'est celui qui n'y est que comme un homme mort. Car enfin, un voyageur a toujours quelques besoins pour faire son voyage ; et ne fût-ce que le soin de se pourvoir de ce qui lui est nécessaire, et la peine de le porter, cela pourrait toujours le détourner plus qu'il ne faudrait : à l'égard d'un mort, il ne peut s'apercevoir s'il lui manque quelque chose, si l'on a soin de sa sépulture, etc. En vain le loue-t-on, le blâme-t-on ; le flatte-t-on ; le décrie-t-on, l'estime-t-on, le méprise-t-on ; tout cela lui est indifférent ; il n'entend ni les uns ni les autres. Et voilà le second degré de mortification ; celui-ci est bien plus élevé et bien plus parfait que le premier : Saint Paul voulait nous le désigner quand il disait : Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. Ce n'est donc pas assez que nous nous regardions dans le monde comme des voyageurs, il faut encore que nous tâchions d'y être comme des hommes morts. Voulez-vous savoir comment cela se peut et se doit faire ? Considérez quel est l'état d'un homme mort : il ne voit point, il n'entend point, il ne parle point, il n'a nul sentiment ; il ne s'enfle point d'orgueil, il ne s'attriste point, et ne s'afflige point de tout ce qui peut lui arriver de plus fâcheux : « Heureux, s'écrie Saint Bernard, celui qui est mort de cette sorte ! Cette mort est une véritable vie, car elle nous conserve sans tache au milieu du siècle, ou plutôt elle nous en sépare tout-à-fait dès à présent. »
« Voilà, sans doute, continue le même Saint, un degré bien sublime, mais peut-être pourra-t-on trouver encore quelque chose de plus élevé. » Où le chercher toutefois, et où le trouver ce sublime degré, sinon en celui qui fut ravi jusqu'au troisième Ciel ? En effet, si vous assignez un troisième degré au-dessus de celui dont nous venons de parler, vous pouvez bien l'appeler un troisième Ciel : car enfin, que peut-on faire de plus fort que de mourir, et d'imiter Jésus-Christ qui s'humilie lui-même jusqu'à la mort ? Peut-on prétendre ajouter quelque chose à cette disposition ? Oui, sans doute, il reste encore quelque chose à y ajouter ; c'est la mort de la Croix, comme le dit l'Apôtre, et comme l'ajoute aussi l'Église dans ses Offices, et spécialement au jour qu'elle a consacré à la mémoire de la Passion du Sauveur : Mourir crucifié. Mourir ainsi, est plus que mourir simplement ; parce que la mort de la Croix est le genre de mort le plus honteux et le plus cruel. Et voilà le troisième degré de mortification, degré plus élevé et plus sublime que le précédent, degré où saint Paul eut l'avantage d'être élevé aussi bien qu'au troisième Ciel. Le monde, dit ce sublime Apôtre, m'est crucifié, et moi je suis crucifié au monde. Il ne se contente pas de dire qu'il est mort au monde, il ajoute qu'il y est crucifié ; et que le monde est une croix pour lui, et lui une croix pour le monde ; comme s'il disait : Tout ce que le monde aime et recherche, plaisirs, honneurs, richesses, estime, applaudissements des hommes, tout cela est une croix, et un objet d'horreur et d'abomination à mes yeux ; au contraire, ce que le monde regarde comme une infamie et comme une croix, c'est ce que j'aime, c'est ce que j'embrasse, c'est où j'attache entièrement mon cœur. Un Chrétien est donc crucifié, quand le monde est une croix pour lui, et qu'il est aussi une croix pour le monde. Ce degré, dit Saint Bernard, est bien plus parfait que les deux autres ; car un voyageur, quoiqu'il ne fasse que passer, et qu'il ne s'arrête pas longtemps à considérer les objets qu'il rencontre, il les voit cependant et s'y arrête un peu : quant à l'homme mort, qui représente le second de gré de mortification, tout lui est égal ; la prospérité et l'adversité, les honneurs et l'ignominie ; il ne met aucune différence entre les uns et les autres. Mais le troisième degré va beaucoup plus loin. Celui qui y est parvenu, ne se contente pas de cette sainte indifférence pour toutes les choses du monde : c'est peu pour lui que l'estime et les louanges des hommes ne lui soient rien non plus qu'à un mort ; elles lui sont même une croix et un supplice : c'est peu aussi pour lui qu'il soit insensible à l'ignominie et au mépris : il en fait encore le sujet de sa joie et de sa gloire : À Dieu ne plaise, dit-il avec Saint Paul, que je me glorifie en quelque autre chose qu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel le monde m'est crucifié, et moi je suis crucifié au monde. C'est pour l'amour de Jésus-Christ que tout ce que le monde aime, m'est une croix, et que tout ce qui est une croix pour le monde, est un plaisir et une douceur pour moi : Je suis rempli de consolation, je suis comblé de joie dans toutes mes afflictions ; et je mets toute ma satisfaction à souffrir pour Jésus-Christ.
Voilà, encore une fois, le troisième degré de mortification, que Saint Bernard appelle à juste titre le troisième Ciel, à cause de sa sublimité, et c'est le commun sentiment des Saints et de tous les Maîtres de la vie spirituelle, que c'est en cela que consiste la souveraine perfection de la mortification : Que chacun de nous juge, dit Saint Bernard, jusqu'à quel degré il est parvenu, et, sans jamais nous arrêter, efforçons-nous de faire chaque jour de nouveaux progrès : Parce que c'est en s'élevant de vertu en vertu, que l'on verra le Dieu des Dieux dans la céleste Sion.

(Abrégé de la pratique de la perfection chrétienne)


Reportez-vous à De plusieurs moyens qui nous faciliteront la pratique de la mortification, Quelque progrès que l'on ait fait dans la vertu, Il ne faut jamais s'arrêter dans la pratique de la mortification, Avis importants sur la pratique de la Mortification, Qu'il faut se mortifier surtout dans le vice, ou dans la passion dominante, sans toutefois négliger les petites mortifications, Exercices de Mortification, Qu'il en coûte beaucoup moins à se mortifier, qu'à ne se mortifier pas, Ce n'est pas mener la vie d'un Chrétien, ni même d'un homme, que de ne se point mortifier, De deux sortes de Mortifications, Que de la pratique de la mortification dépend absolument notre avancement, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, De la haine de soi-même, et de l'Esprit de Mortification qui en est inséparable, Un des plus grands châtiments que Dieu puisse exercer contre l'homme, c'est de l'abandonner à ses passions, et aux désirs déréglés de son cœur, De la nécessité de la Mortification : En quoi elle consiste, De l'union étroite qui doit être entre la Mortification et l'Oraison, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la nourriture du corps, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur le combat de la chair contre l'esprit, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, De l'anéantissement, Méditation sur le Carême : Jésus ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim ensuite, Instruction sur le Carême, Méditation sur le véritable jeûne, Méditation sur la Loi du jeûne, Catéchisme spirituel de la Perfection Chrétienne, par le R.P. Jean-Joseph Surin, Prière pour demander la victoire sur ses passions, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Sur la vaine curiosité.















vendredi 23 octobre 2020

Des deux Archanges saint Gabriel et saint Raphaël, et des sept Anges qui sont près du trône de Dieu



Catholiques qui combattez les esprits infernaux, soyez attentifs à cette lecture. Vous y trouverez des armes spirituelles puissantes.


I. Point. Adoration. Adorez Dieu envoyant ses Anges pour le ministère. Saint Michel est envoyé pour combattre (Apoc. 11, 7). S. Gabriel, pour fortifier et pour porter de consolantes nouvelles (Luc. I, 19). Saint Raphaël, pour guérir (Tob. 3, 25). Quant aux sept Anges qui sont devant le trône de Dieu, ils sont envoyés aussi dans leur temps ; mais ils sont plus ordinairement comme sept lampes toujours ardentes devant lui : ce sont les sept étoiles qu'il porte en sa main, comme autant de pierres précieuses, etc. Si ce sont les sept Anges si souvent nommés dans l'Apocalypse, il semble que c'est par leurs mains que toutes les bénédictions et les malédictions aient à passer. Admirez Dieu qui a bien fait toutes choses, et qui en ménageant nos intérêts, a eu soin de ménager ceux de sa gloire, de sa miséricorde et de sa justice. Remerciez-le en particulier de ce qu'il a envoyé saint Gabriel, pour nous consoler dans notre exil, pour nous ménager les fruits de l'Incarnation, et pour nous apprendre à honorer JÉSUS et MARIE ; de ce qu'il nous a destiné saint Raphaël pour Médecin des corps et des âmes ; et enfin de ce qu'il nous a proposé les sept Anges qui sont devant son trône, comme des modèles qui nous animent à marcher toujours en sa sainte présence.


II. Point.
Considérations.
Considérons dans le second point ce qui fait en particulier à la louange de ces Esprits célestes.

I. Pour avoir une haute idée de saint Gabriel, il suffit de considérer comment Dieu l'a distingué entre tous les autres Esprits bienheureux
; quoiqu'il soit appelé simplement du nom d'Ange dans les saintes Écritures, il n'est pas pour cela du dernier Ordre ; c'est un des premiers Archanges. Le message, ou plutôt l'ambassade dont il devait être honoré, fait assez sentir qu'un Ange des plus illustres et des plus nobles, ne l'était pas trop pour une si haute fonction : ce devait être un ami fidèle de l'Époux céleste ; un confident du plus important de tous les secrets. Il fallait qu'il fût médiateur entre Dieu et la sainte Vierge. Ce sont les pensées de S. Louis de Gonzague sur cet Archange, à quoi il ajoute qu'on peut croire pieusement que saint Gabriel était l'Ange Gardien qui fut donné à la sacrée Vierge, ce qui paraît d'autant mieux fondé, que comme les Princes ne confient ce qu'ils ont de plus cher qu'à des personnes qui leur sont très-attachées, on doit croire conséquemment que Marie qui était si tendrement aimée, aura été privilégiée pour l'Ange député à sa garde, et qu'on lui en aura donné un des premiers de la Cour céleste ; aussi le nom de Gabriel qui lui est donné, est un nom qui marque sa grandeur : selon quelques-uns, il veut dire, Homme-Dieu (Vir Deus, ou Dei. Ethym. nominum. Heb. in Bibliis.), et plus sûrement, selon d'autres, il veut dire, La force de Dieu (S. Greg.), parce qu'il a communiqué une force toute divine à l'homme par le bienfait de sa légation ; de sorte que l'homme est devenu tellement courageux, qu'il a entrepris pour Dieu, et par sa grâce, des choses qui étaient au-dessus des forces naturelles : ce saint Ange en effet, n'eut pas plutôt dit quelques paroles à Daniel, qu'il fut merveilleusement fortifié. Ne craignez point (Dan. 10, 19), lui dit l'Archange. La paix soit avec vous ; reprenez vos forces et soyez ferme. Et je lui dis : Parlez, mon Seigneur, parce que vous m'avez fortifié (Dan. 10, 19).
Saint Gabriel est encore la force de Dieu, parce que, comme dit le Grand Saint Grégoire, il venait annoncer celui, qui pour combattre les puissances de l'enfer, n'avait employé d'autres armes, que celles de paraître sous un extérieur vil et méprisable (Hom. 32 in Evang.). C'est être bien fort en effet, de dépouiller par la faiblesse même le Fort-armé, en lui enlevant ses dépouilles, de faire cesser sa tyrannie, de délivrer l'homme de l'esclavage du démon, pour le mettre en possession de son ancienne liberté (Ps. 92, I). Il fallait donc, continue ce même saint, que le Verge éternel fût annoncé par un Ange qui fût la force de Dieu (Dan. cap. 8). Saint Jérôme appelle saint Gabriel, le Fort de Dieu. Et saint Bernard reconnaît dans ce saint Ange une excellence toute particulière, qui lui a mérité le nom qu'il porte, et la fonction dont il a été chargé (Hom. I in Missus).

Réflexions et Affections. Ô quelle prérogative pour saint Gabriel, d'avoir été choisi de Dieu pour annoncer le salut au monde ! car ce saint Ange est comme l'étoile du matin, qui annonce le jour et le lever du soleil : il voit le Soleil de justice courir à pas de géant, descendre sur la terre, et se résoudre en une rosée dont elle est pleinement imbibée. Heureux Esprit, envoyé à Marie pour la fortifier, afin que timide, simple et craintive qu'elle était, elle ne fût point surprise de la nouveauté du prodige (S. Bern.) ! La sainte Vierge, lorsque l'ange la salua, fut, il est vrai, d'abord épouvantée ; mais sa crainte se dissipa bientôt, lorsqu'il l'assura qu'elle devait concevoir par l'opération du Saint-Esprit. Quelles obligations ne vous a donc pas toute la nature humaine, ô glorieux Archange de lui avoir apporté de si bonnes nouvelles du haut du Ciel ? Vous avez annoncé le salut à la terre ; et il vous a suivi d'un pas rapide. Vous apprenez au Prophète que les semaines mystérieuses sont abrégées, que l'iniquité est prête de finir, que la justice prendra sa place ; que le saint des Saints sera consacré par l'onction précieuse de la Divinité. Vous annoncez la naissance et les circonstances de la vie du Précurseur du Messie, et le Messie lui-même est promis par votre ministère à une Vierge choisie de toute éternité. Après avoir amené à Jésus ses premiers Adorateurs, vous avertissez saint Joseph des desseins de ses persécuteurs, et ensuite de leur mort. J'honore vos prérogatives, ô Ange de Dieu, j'admire vos lumières, j'adore les mystères que vous annoncez, et je me mets sous votre protection, pour obtenir, quelque portion de cette force céleste dont le seigneur vous a rempli ; je me dévoue au service de celle que vous avez si fort honorée et si bien servie, de celle, dis-je, à qui un Dieu n'a pas fait de difficulté de s'assujettir lui-même.
Ô mon âme, si vous aviez un peu de cette force, dont le saint Archange Gabriel devait être rempli pour annoncer le Dieu fort ! Ô si pour combattre les puissances de l'enfer, vous pouviez être revêtue de la force d'en-haut ! Mais hélas ! jusqu'ici on n'a vu dans votre conduite que faiblesse et qu'infirmité. Les moindres difficultés vous étonnent, quand il s'agit de vous surmonter vous-mêmes. Envoyez, Seigneur, du haut du Ciel l'Ange qui fortifie les faibles, celui-là même qui vous fut envoyé pour vous soutenir dans votre agonie, quoique vous n'en eussiez nul besoin (Luc. 22, 43). Sans ce secours, il n'y aura que faiblesse en moi et pusillanimité. Je n'aperçois déjà que trop en moi des vestiges de langueur et de chute prochaine. Si vos saints Anges ne daignent me porter dans leurs mains, je périrai bientôt.

II. Considérez en second lieu les prérogatives de l'Ange Raphaël, qu'on ne peut douter être un des principaux après saint Michel et saint Gabriel.
1. Il est un des sept qui sont toujours présents devant le trône du Seigneur, comme il le dit lui-même (Tob. 12, 15).
2. Pour ce qui est des choses temporelles, par rapport à ceux qui sont touchés des biens sensibles, c'est saint Raphaël qui préserve des accidents les plus fâcheux, qui tire des affaires les plus embarrassantes, qui guérit les maladies, qui rompt les maléfices, qui fait les bonnes alliances, qui conduit les voyageurs, qui éloigne le démon de l'impureté, qui le lie, et dissipe ses tentations, qui change les larmes des affligés en larmes de joie, en un mot qui remplit une maison de tout bien. Combien de fois a-t-il fait dans la nouvelle Loi, ce que nous lisons de ses bons offices dans l'ancienne ; mais ce qui doit, ce semble, nous attacher à lui par-dessus tout, c'est que comme saint Michel semble être l'adversaire du prince des orgueilleux, saint Gabriel celui du prince des paresseux, saint Raphaël est celui du prince des impudiques (Tob. 3, 8).
3. Si saint Raphaël est si vigilant à procurer aux hommes des biens temporels, il ne l'est pas moins à leur inspirer les sentiments de reconnaissance qui s'en doivent avoir à l'égard de Dieu. Il le fit, lorsqu'il fut sur le point de s'en retourner à celui qui l'avait envoyé, après avoir comblé de toute sorte de biens la famille de Tobie. Il est temps, dit-il, que je m'en retourne à celui qui m'a envoyé, c'est à vous de bénir le Seigneur, et de raconter les merveilles qu'il a faites en votre faveur (Tob. 2, 20). C'est aussi ce saint Ange qui nous aide à sortir de l'aveuglement que le sage dit que les créatures répandent dans notre esprit (Sap. 4, 12) ; qui dissipe le trouble qu'elles portent dans notre cœur ; (ibid.) qui nous porte à renoncer aux attaches qu'elles produisent en nous, et qui forment une espèce de chaîne qui nous rend esclaves de nous-mêmes ; en un mort, il remédie à ces maladies; à ces langueurs spirituelles, et à tant d'autres maux funestes et préjudiciables à nos âmes. Tout cela ne fut montré qu'en figure dans la maison et la famille de Tobie ; mais cela même nous est un gage de tout ce qu'il y a lieu d'espérer de la vigilance de saint Raphaël pour nous. Si nous avons soin de nous ménager sa protection, il nous guérira, en nous faisant apercevoir quelles amertumes sont répandues sur les plaisirs du monde, et nous connaîtrons par là, que c'est à juste titre qu'il porte un nom qui veut dire, Remède ou Médecine de Dieu (S. Greg.).

III. Les divines Écritures parlent assez souvent de sept Anges qui sont toujours en la présence de Dieu (Ap. I, 4). On ne peut guère douter que les trois dont les noms nous sont connus, ne soient de ce nombre ; mais quels qu'ils puissent être, ils exigent de nous des respects particuliers. On leur attribue de combattre les sept péchés capitaux, que les sept plus cruels démons s'efforcent de faire régner parmi les hommes. L'Écriture nous les représente comme debout devant Dieu, comme ses premiers et principaux Officiers (Apoc. 17) ; ailleurs, comme vêtus de fin lin, comme ceints à la poitrine de ceintures dorées, pour marque de leur pureté, et autre part, l'Écriture les appelle les sept yeux de Dieu, ouverts sur toute la terre (Zach. 3, 9). Saint Jean dans son Apocalypse, vit sept Anges tenant en main sept fioles pleines de la colère de Dieu, lesquels étaient prêts de les répandre sur la terre, comme autant de symboles de sa justice, qu'ils exerceront à la fin contre toutes les nations de la terre obstinées dans le péché (Apoc. 15, 7).

Réflexions. Les anciens Pères des déserts donnaient, comme un principe sûr de conduite à leurs Disciples, qu'ils devaient être persuadés, que Dieu les voyait à toute heure ; que leurs actions étaient partout l'objet de sa connaissances ; que les Anges les lui rapportaient chaque jour, et que par conséquent, puisque leurs œuvres étaient si précisément examinées le jour et la nuit, ils devaient prendre garde à toute heure d'être trouvés ou pécheurs, ou oisifs (c. 10. p. 196). Par où il est aisé de voir que, quoique Pèlerins sur la terre, nous sommes en quelque sorte comme les sept Anges, toujours en la présence de Dieu, devant le trône de la Majesté suprême ; que nous ne pouvons échapper d'un moment, aux yeux clairvoyants de ce Juge si sévère de nos actions, qui les pèsera un jour au poids du Sanctuaire : portons-donc toutes nos pensées à Dieu, ou à ce que Dieu veut de nous. Si nous n'avons pas le bonheur d'agir comme les saints Anges, sans cesser de voir la face de Dieu ; agissons du moins comme des enfants affectionnés à leur père, qui après avoir obéi à ses ordres, reviennent aussitôt se présenter devant lui, ou pour jouir de sa présence, ou pour en recevoir de nouveaux commandements.


III. Point.
Résolutions.
1. Honorez saint Gabriel, comme le favori de la sacrée Vierge, et comme le héraut du Verbe incarné, et saint Raphaël comme le fidèle conducteur des âmes dans le grand voyage de l'éternité. Invoquez le premier en disant chaque jour l'Angelus. Souvenez-vous que l'Écriture témoigne avec quelle vivacité il se porte à secourir ceux qui l'invoquent. Daniel était captif en Babylone, et il ne se fut pas plutôt mis en prière, qu'il vit voler à lui avec vitesse cet archange (Dan. 9). Invoquez aussi particulièrement saint Raphaël dans vos voyages, pour n'y rien faire qui puisse déplaire à Dieu, et pour être préservé de mille dangers.
2. Soyez, à l'imitation des deux Anges ; à vous, la force de Dieu dans vos propres tentations ; aux autres, comme un préservatif, au moins par vos bons exemples, contre les plaies intérieures et les blessures mortelles que le péché aurait pu faire à votre prochain.
3. Soyez en la présence de Dieu, au milieu même des troubles du monde ; conversez quelquefois avec les anges qui sont près de son trône ; et soyez aussi persuadé que s'il y a tant d'iniquité sur la terre, c'est qu'il n'y a personne qui rentre dans son cœur, et qui se nourrisse de cette importante réflexion, Dieu est présent partout.
4. Adressez cette prière d'un pieux Cardinal, aux Anges dont vous avez médité les vertus et les privilèges ; dites avec lui : Esprits saints, qui au nombre de sept assistez devant le Seigneur, purifiez, éclairez et perfectionnez-moi. Conduisez mes desseins et mes actions à la gloire de mon Dieu, et pour le salut de mon âme. Soyez à ma mort, Anges de Dieu, ma consolation, comme vous êtes pendant ma vie ma défense. Répandez dans mon esprit une lumière divine, qui, après avoir absorbé ce qui est en moi de ténébreux, m'enflamme aussi d'un amour tout divin. Venez à mon secours, Armées innombrables de la milice céleste, défendez-moi des embûches des esprits malins. Ô sublimes amateurs de la Divinité, embrasez-moi du feu que Jésus-Christ a apporté sur la terre. Sources de sagesse, instruisez-moi la science des Saints. Rendez-moi, Esprits très-purs, docile à la voix de mon Dieu, afin que je sache par pratique ses lois et ses préceptes ; et qu'après que vous aurez dissipé les ténèbres de mon entendement, je sois éclairé des rayons de la véritable lumière (Card. Bona. cap. 15).


CONCLUSION.
Des Méditations sur les Saints Anges. Avoir une haute idée des perfections sublimes dont il a plu à Dieu de douer les saints Anges, c'est le moindre tribut que la Religion puisse leur offrir. Avoir confiance en leur intercession, les invoquer assidument, réclamer souvent leur crédit auprès de dieu, ce n'est encore qu'une partie du culte qui leur est dû ; mais avoir un saint zèle pour imiter ces Esprits célestes dans leur amour, leur obéissance, leur pureté, vouloir en un mot vivre en Ange sur la terre, c'est un culte parfait, et l'essentiel de la vénération qui leur est due, et qu'ils attendent de ceux qui les honorent. Or sachez, vous qui faites gloire de leur être dévot, en quoi consiste cette vie spirituelle et vraiment angélique ; sachez, dis-je, qu'elle se commence par un saint recueillement, qu'elle se continue par une attention amoureuse au bon plaisir de Dieu, qu'elle se perfectionne par les fréquentes aspirations de cœur vers lui, qu'elle se soutient par la nourriture divine de la prière et de l'oraison, et qu'elle se consomme enfin dans l'exercice d'un amour aussi pur dans son motif, que fervent dans ses actes et ses pratiques. C'est le but de toute la dévotion aux saints Anges. C'est l'essentiel de l'honneur qu'ils méritent ; et jamais on ne les honorera dignement qu'en se rendant fidèle aux pratiques d'une vie si sanctifiante et si conforme à celle de ces bienheureux Esprits. En un mot, qu'en devenant comme eux, religieux envers Dieu, et charitable envers les autres par rapport à soi-même (S. Bern.).

(La dévotion aux Saints Anges, particulièrement aux Anges Gardiens, réduite en méditations)



Reportez-vous à Prière à Saint Gabriel Archange, LITANIES DE SAINT GABRIEL ARCHANGE, Tirées du Directoire de la dévotion à l'Enfant-Jésus, Prière à Saint Raphaël ArchangeLitanie de Saint Raphaël Archange, Neuvaine à l'Archange Raphaël, Avoir une grande dévotion à saint Michel, à saint Gabriel, à saint Raphaël, et aux autres quatre Anges qui sont auprès du trône de Dieu, Méditation pour la Fête de Saint Raphaël Archange, Lecture du livre de Tobie (12, 7-15) : S'il est bon de tenir cachés les secrets des rois, c'est un honneur que de faire connaître et proclamer les œuvres de Dieu, Méditation pour le 3 Septembre, Saint Raphaël conduisant le jeune Tobie, Avertissements de l'Ange Gardien à son PupileManière d'honorer son Ange GardienManière dont les Anges Gardiens s'acquittent de leurs fonctions envers les hommes, Les Saints Anges, fidèles Gardiens des Temples, Les saints Anges Gardiens montrent le chemin du salut, Du culte et de la vénération qui est due à l'Archange Saint Michel, Méditation pour la Fête de Saint Michel et de tous les saints Anges, Neuvaine à Saint MichelDu combat des bons Anges contre les mauvaisMéditation pour la Fête des Saints Anges Gardiens, Litanie de Saint Michel Archange, Puissance de Saint Michel au jugement dernier, Secours de Saint Michel à l'heure de la mort, Chapelet à Saint Michel Archange, Apprenez de votre bon Ange la science du salut, De la Dévotion aux saints Anges et de l'esprit d'une Association en leur honneur, C'est en tout temps qu'on a invoqué dans l'Église les Anges et les Martyrs, De l'Excellence de la nature Angélique, La  grâce des hommes, quoique inférieure à celle des Anges, a des avantages qui la relèvent infiniment, De la principale occupation des Anges, qui est de louer Dieu, et de leur Nombre, Saint Raphaël, Modèle de l'Ange gardien préposé à la garde de chaque hommeConfiance de Saint Jean-François Régis en la protection de son Ange gardienDu grand Amour du Père Surin pour les Saints Anges, dans l'union avec notre Seigneur Jésus-Christ, VIE CHRÉTIENNE : Dévotion envers les saints Anges, saint Joseph et les autres Saints ; Voyage de piétéSermon du Saint Curé d'Ars pour la Fête des Saints Anges Gardiens : Les anges de ces petits enfants voient sans cesse la face de mon Père céleste, Méditation pour le 2 septembre, Sur les Saints Anges GardiensDes exercices de piété, par le R.-P. Jean-Joseph Surin : Quels exercices de piété prescrivez-vous à l'honneur des Anges ?Méditation pour le 1er septembre, Les Saints Anges Gardiens, Consécration à tous les Saints Anges, Prières à tous les Saints Anges, Oraison aux neuf Chœurs des saints Anges, Travailler à la conversion des âmes et à leur soulagement dans les flammes du Purgatoire, en l'honneur des saints Anges, Pratiquer quelque vertu, ou s'abstenir de quelque vice en l'honneur des Saints Anges, Avoir une grande confiance en la protection des saints Anges, et recourir à eux en tous ses besoins corporels et spirituels, Autres pratiques pour honorer plus spécialement les saints Anges, et célébrer les fêtes avec tous les respects possibles, Faire des neuvaines en l'honneur des neuf Chœurs des Anges, Chapelet du Saint Ange gardien, Converser intérieurement avec les saints Anges, Jésus crucifié est le Livre des Élus, La réalité des apparitions angéliques, Avoir une dévotion singulière aux Anges, Archanges et Principautés, Honorer principalement les Puissances, les Vertus et les Dominations, Avoir de profonds respects, et des amours extraordinaires pour les Trônes, les Chérubins et les Séraphins, La protection des saints Anges contre les démons, particulièrement au sujet de leurs différentes tentations, Litanies de l'Ange Gardien, Et Michel et ses anges combattaient contre le Dragon, La puissance des démons réglée par la sagesse divine, Discernement des esprits : ce qu'on entend par esprits, combien on en compte et comment ils se forment, Tous les hommes sont assistés des Saints Anges, Les Saints Anges nous assistent dans les choses temporelles, Les perfections admirables de ces sublimes intelligences, Les Saints Anges font tout ce qui peut se faire pour le bien des hommes, Litanie aux Saints Anges Gardiens, Discernement des esprits, Les Anges, princes et gouverneurs de la grande cité du bien, et Litanie de Saint Gabriel Archange.












 

mercredi 16 septembre 2020

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création

 

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.


VIIIe LEÇON

CONNAISSANCE DE DIEU PAR SES OUVRAGES

SUITE DU QUATRIÈME JOUR DE LA CRÉATION




Q. Qu'est-ce que Dieu fit encore le quatrième jour ?
R. Le quatrième jour Dieu fit encore la lune pour présider à la nuit. Elle tempère l'obscurité profonde, que le soleil laisse en se retirant ; elle règle les travaux de la campagne ; elle éclaire l'homme qui a besoin de voyager durant la nuit, et nous révèle à chaque instant la sagesse du Créateur : car chaque jour la lune change, comme le soleil, le moment de son lever et de son coucher.

Q. Que Dieu fit-il encore ?
R. Dieu fit encore les étoiles, dont le nombre, la grandeur, le mouvement continuel et régulier, racontent la gloire de notre Père céleste et nous invitent à la reconnaissance.

Q. Comment cela ?
R. Parce que les étoiles nous rendent de grands services. L'étoile polaire, par exemple, dirige nos voyages par mer et par terre ; les autres tempèrent les ténèbres de la nuit en l'absence de la lune.

Q. Pourquoi Dieu créa-t-il le soleil et la lune ?
R. Dieu créa le soleil et la lune pour séparer le jour et la nuit, et pour régler l'ordre des saisons.

Q. Quels sont les bienfaits du jour ?
R. La lumière, la chaleur, la facilité de vaquer sans crainte à toutes nos occupations : voilà quelques-uns des bienfaits du jour.

Q. Quels sont les bienfaits de la nuit ?
R. 1° En nous ôtant la vue et l'usage des créatures, la nuit nous rappelle ce néant d'où nous sommes sortis, et ces ténèbres de l'idolâtrie d'où nous avons été tirés par l'Évangile ; 2° elle nous procure le repos et le sommeil ; mais elle le fait par degrés et avec respect, pour nous apprendre que toutes les créatures sont faites pour nous, et nous-mêmes pour Dieu ; 3° elle rafraîchit l'air et conserve les herbes et les plantes, qui périraient si le soleil était toujours sur l'horizon.

Q. Quel autre service nous rendent le soleil et la lune ?
R. L'autre service que nous rendent le soleil et la lune, c'est de régler l'ordre des saisons, sans lesquelles nous ne pourrions pas vivre ; car le printemps prépare les productions dont nous avons besoin, l'été les mûrit, l'automne nous les prodigue et l'hiver repose la terre fatiguée.

Q. Quels sont les bienfaits et les instructions de chaque saison ?
R. Le printemps ranime toute la nature et nous prêche la brièveté de la vie et la résurrection future ; l'été nous donne une partie de ce qui nous est nécessaire, et nous apprend que dans l'âge mûr il faut surtout travailler pour le Ciel ; l'automne remplit nos maisons de biens, mais il nous avertit en même temps de ne pas y attacher notre cœur ; enfin, l'hiver nous fait jouir de ce que les autres saisons nous ont donné, met sous nos yeux l'image de la mort et nous dit d'être charitables envers ceux qui ont froid et qui ont faim.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je me conformerai en tout à la volonté de Dieu.



Reportez-vous à Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création.













 

samedi 25 juillet 2020

SAINT CHRISTOPHE, MARTYR




SAINT CHRISTOPHE, MARTYR


IIIe siècle.


(CHRISTOPHORUS, en Grec, qui porte le Christ)


Patron des Navigateurs, Marins, Bateliers, Porteurs de grains, Déchargeurs de bateaux, Charpentiers, Scieurs de long, Portefaix, Forts de la Halle, Crocheteurs, Fruitiers, Jardiniers, Arbalétriers, Voyageurs dans les montagnes, Teinturiers, Chapeliers, Foulons, Marchands de poulets, Marchands de beurre. — Invoqué contre les Périls de la mer, la Foudre, les Orages, la Grêle, les Démons, la Famine, les accidents de toutes sortes, la Mort subite, l'Impénitence finale, la Peste, l'Épilepsie, les Maux de dents, pour les Pommes, les Orangers, pour les Enfants langoureux.


On voit encore à l'entrée intérieure d'un certain nombre d'églises, un géant, appuyé sur un bâton très long et très gros, qui travers le lit d'un torrent soulevé par la tempête, en soutenant sur ses épaules un enfant au nimbe crucifère.
Ce personnage n'est autre que saint Christophe ; au Moyen-âge, on pensait qu'il suffisait de regarder son image peinte ou sculptée pour être préservé pendant tout le jour des catastrophe les plus terribles, aussi plaçait-on sa figure dans des lieux apparents où il était facile de la voir ; on avait surtout l'habitude de la placer à l'entrée des églises, afin que ceux qui étaient pressés par le temps, pussent au moins l'apercevoir en entrouvrant la porte ! C'est pourquoi on le trouve peint ou sculpté intérieurement à la porte de presque toutes les églises, surtout des cathédrales ; il était sculpté à Notre-Dame de Paris, à Nevers, à Amiens, à Notre-Dame de Moulins, à Notre-Dame et à Saint-Père de Chartres ; à Florence, sur la façade de San-Miniato, un des Pollaioli (Famille de peintres Florentins) avait peint un saint Christophe de vingt pieds ; à Strasbourg on le voit également à une porte latérale, mais dans un vitrail d'une grande hauteur. Sur une gravure en bois de la Bibliothèque nationale qui passait, il y a quelques années, pour la plus ancienne connue, se montre saint Christophe avec l'inscription qui témoigne de sa vertu spéciale contre la mort subite et l'impénitence finale.

CHRISTOPHORI faciem qusumque tueris
Illa nepè die MORTE MALA non morieris
.

Quel que soit l'endroit où tu auras vu l'image de saint Christophe, ce jour-là même tu es assuré de ne pas mourir d'une mauvaise mort.


À Venise, sous le porche de Saint-Marc, on voit une mosaïque représentant saint Christophe, avec la variante de ces vers :

CHRISTOPHORI sancti speciem quicumque tuetur
Illo namque die NULLO LANGUORE tenetur
.

Quiconque aura vu l'image de saint Christophe, ce jour-là même ne sera affligé d'aucun mal.


À Milan, sur le mur extérieur du porche de Saint-Ambroise et sur la façade d'une maison, se lisent ces mots sous les images du Saint :

CHRISTOPHORUM videas
Postea tutus eas
.

Après avoir vu Christophe, tu peux t'en aller tranquille.


Un dicton, cité par l'abbé Daguin (Curé de Perrancey (Haute-Marne). Notice sur les sept images de saint Christophe. Langres, Messager de la Haute-Marne), interprète ainsi cette inscription :

Si vous avez vu SAINT CHRISTOPHE
Ne craignez nulle catastrophe.


Les Bollandistes mentionnent deux autres vers qui expriment à peu près la même idée :

CHRISTOPHORE sancte
Virtutes sunt tantoe
Qui te mane videt
Nocturno tempore ridet
.

Saint Christophe, ta vertu est si grande que celui qui t'a vu le matin peut rire pendant la nuit.


La légende de saint Christophe n'a pas été inscrite dans les bréviaires autorisés des divers diocèses d'Italie, de France et des autres pays ; mais néanmoins elle mérite quelque respect pour l'hospitalité qui lui a été accordée dans une foule de sanctuaires, bien que cette hospitalité le plus souvent, se soit exercée seulement près de la porte, il est d'ailleurs nécessaire de connaître cette légende pour expliquer quelques-uns des patronages ou quelques-unes des invocations mentionnées plus haut.

D'origine chananéenne, il s'appelait primitivement Reprobus (réprouvé) (Légende Dorée, traduction de Jehan du Viguay, 1493). C'était un homme d'une taille gigantesque, fier de sa force prodigieuse qu'il estimait au-dessus de toute chose, il résolut d'entrer au service du prince le plus puissant de la terre. Il se mit en route et arriva à la cour d'un roi qui passait pour le plus redoutable du monde entier ; mais Reprobus s'aperçut que chaque fois qu'on prononçait le nom de Satan devant ce prince, il se signait ; sur les instances de Reprobus, il fut obligé de convenir qu'il agissait ainsi par crainte du Diable et pour se préserver de ses embûches. « Tu n'es donc pas le roi le plus puissant de la terre, lui dit le géant, aussi tu trouveras bon que j'aille à la recherche de ce Satan que tu crains, car je veux me faire son serviteur ». Après avoir marché longtemps, il se trouva face à face avec un guerrier d'un aspect terrible qui conduisait une grande armée et qui l'arrêta : « Où vas-tu ? » lui dit-il. — « Je cherche Satan pour entrer à son service, reprit Reprobus ». — « En ce cas, réplique l'autre, ne va pas plus loin, car c'est moi qui suis Satan ». Reprobus s'inclina et se rangea parmi les serviteurs du Diable. Tout en continuant leur route, ils atteignirent bientôt un carrefour au milieu duquel s'élevait une croix. À cet aspect, le démon pâlit et voulut se détourner, mais Reprobus l'ayant interrogé sur la crainte qu'il manifestait, Satan fut obligé d'avouer qu'en présence de ce signe redoutable de la croix, sur laquelle Jésus, le fils de Dieu était mort, il ne pouvait s'empêcher de trembler au souvenir de celui qu'il reconnaissait comme son maître. « En ce cas, ce Jésus que tu crains, dit Reprobus, est plus puissant que toi. Je te quitte donc pour ne servir que lui. »
Après avoir arpenté bien du pays, il vint frapper à la cellule d'un Ermite, qui lui apprit que Jésus-Christ n'était autre que le roi du ciel et de la terre, mais que pour le servir, il fallait s'imposer de rudes devoirs et de nombreuses privations ; Reprobus ne voulait ni jeûner, ni prier. « En ce cas, lui dit l'Ermite, tu vois cette rivière large et profonde, emploie ta vigueur à lutter contre le courant et à porter ceux qui voudront traverser ». Ayant déraciné un palmier, Reprobus s'en servit comme d'un bâton pour se diriger à travers les flots, et se mit en devoir de remplir, sans relâche, la tâche qu'il s'était imposée. Un soir, il découvrit à l'aide de sa lanterne, un enfant qui le suppliait de le passer, le colosse plaça l'enfant sur ses épaules et prit son bâton ; mais à mesure qu'il avançait, l'eau montait de plus en plus, et le poids de l'enfant était si considérable qu'il se sentait sur le point d'être englouti. Enfin, après avoir déposé sur le rivage le petit voyageur, il lui demanda qui il était ? « Ne t'étonne pas, lui dit l'enfant, tu as porté plus que le monde, puisque tu avais sur tes épaules le créateur du ciel et de la terre. C'était moi que tu voulais servir en accomplissant cette œuvre charitable ; pour te prouver ma reconnaissance, plante ton bâton dans le sol, il va se couvrir de feuilles et de fruits ». Ce qui fut dit fut fait, alors Reprobus tomba la face contre terre, adora Jésus-Christ et se convertit à la vraie foi.
C'était l'époque de la persécution de Dèce, le juge de la province de Lycie, ayant ouï parler du géant chrétien, le fit venir devant lui : « Qui es-tu ? » lui demanda-t-il ; « on m'appelait jadis Reprobus ; maintenant on m'appelle Christophore ou simplement Christophe, parce que j'ai porté le Christ. »
Cette légende trouve sa terminaison dans le bréviaire romain :
« En Lycie, martyre de saint Christophe qui, sous Dèce, fut cruellement fouetté avec des verges de fer, fut préservé des flammes d'un foyer ardent par le secours de Jésus-Christ, fut percé de flèches en dernier lieu, et comme complément de son martyre, eut la tête tranchée. »
Les Bollandistes, Surius et Ribadaneïra mentionnent qu'avant de recevoir le coup mortel, il supplia Notre-Seigneur de se rendre propice à ceux qui imploreraient la miséricorde divine par son intercession, de les délivrer des démons, de les préserver de la Grêle, de la Peste, de la Famine. Dix mille chrétiens, qu'il avait exhortés au martyre, furent exécutés après lui.

Le culte de saint Christophe s'étendit rapidement dans toutes la chrétienté, il est compté dans le nombre des quatorze saints Auxiliateurs dont il sera question au 14 novembre.

À cause du transbordement qu'il opérait plusieurs fois par jour pour transporter les voyageurs d'un bord à l'autre de la rivière dont il a été parlé plus haut, en luttant contre le courant et appuyé sur son long bâton, les Navigateurs, les Marins, les Bateliers l'ont choisi pour patron et l'ont invoqué contre la Foudre, la Grêle et les Orages.

Dans un recueil général de formules usitées dans l'empire des Francs du Ve au Xe siècle (par E. de Rozière), on trouve la prière suivante :

CONTRA tempestates ET grandines.

OREMUS

À domo tua, quoesumus, Domine Spiritales nequitioe repellantur, et per virtutem sanctoe crucis, per preces sanctorum apostolorum et sancti CHRISTOPHORI et sancti Clementis et sancti Cyrilli et omnium sanctorum tuorum aerarium discedat malignitas tempestatum. Per.



Contre les TEMPÊTES et la GRÊLE.

PRIONS

Nous vous en prions, Seigneur, que la malice des Esprits soit chassée de votre maison et par la vertu de la Sainte Croix, par les prières des saints Apôtres, de saint Christophe, de saint Clément et de saint Cyrille et de tous vos saints, que la malignité des tempêtes de l'air disparaisse.



Les Porteurs de grains, les Déchargeurs de bateaux, les Charpentiers, les Scieurs de long, les Portefaix, les Forts de la halle, les Crocheteurs, tous les ouvriers qui, par leur profession, sont obligés de déployer une grande force pour soulever des poids considérables, l'ont naturellement choisi pour patron.

Le bâton de saint Christophe fiché en terre et produisant instantanément des fleurs et des fruits, doit être l'origine du patronage des Jardiniers, des Fruitiers et des Marchands orangers. Quant à la bénédiction des Pommes, qui a lieu dans quelques localités le jour de la fête du Saint, nous croyons avec l'abbé Corblet, que cette intervention de saint Christophe au sujet des Pommes, provient de la coïncidence de sa fête (25 juillet), avec la maturité des premières Pommes. On fait également intervenir pour cette même bénédiction, saint Jacques Majeur, dont la fête tombe le même jour. Dans un très vieux rituel, à l'usage du diocèse de Reims, on trouve :

Benedictio POMORUM in die festi beatorum Jacobi et CHRISTOPHORI hoc modo :
Post Missam dictoe diei presbyter existens in albis cum stola benedicit POMANOVA et post benedictionem clericus distribuit POMA assitentibus
Sequitur benediction :

OREMUS

Benedic, Domine, hunc fructum arborum, ut hi omnes qui utentur ex eo sint in perpetuum sanctificati. Per, etc.



La bénédiction des pommes au jour de la fête des saints Jacques et Christophe, se fait de cette manière.
Après la messe de ce jour, le prêtre revêtu de l'Aube et de l'Etole, bénit les pommes nouvelles, et après cette bénédiction, un clerc distribue des pommes aux assistants.

Voici cette bénédiction :

PRIONS

Bénissez, Seigneur, ce fruit des arbres, afin que tous ceux qui en mangeront, soient sanctifiés pour l'Éternité.


D'après A. Forgeais (Plombs historiés), les Fruitiers de la ville de Paris, sous le patronage de saint Christophe, étaient en communauté et avaient des statuts depuis 1412, renouvelés en 1499, confirmés par Henri IV (1608) et par Louis XIII (1612).
À Hangest-sur-Somme, diocèse d'Amiens, dit l'abbé Corblet (Hagiographie du diocèse d'Amiens), le jour de la fête des Brandons, c'est-à-dire au premier dimanche de Carême, les jeunes gens parcouraient la place, vers le soir, avec des torches enflammées et chantaient ce refrain :

Saint Christophe
Envoyez-en de grosses
(C'est-à-dire de grosses pommes,)
Des tiots cafignons
Pour manger en saison.


À Buigny-les-Gamaches du même diocèse, continue le même auteur, naguère encore, les jeunes gens allumaient un feu d'éteules dans les champs, et dansaient autour en chantant :

Bonhour, bonhour, Saint Christophe
Envoyez-nous des pommes grosses,
Des cafignons
Pour manger dans l'saison.


À Mareuil, même diocèse (M. Pravon, rues d'Abbeville), la chapelle de saint Christophe était fort courue des fidèles ; on y allait en pèlerinage un peu mondainement, il est vrai. On y mangeait les premières prunes et dans ce temps de simples mœurs et de distractions naïves, ce n'était pas là un des moindres attraits de la dévotion au Saint du pays.
Les Voyageurs dans les montagnes ont choisi saint Christophe pour patron, probablement à cause du long bâton avec lequel il est représenté, bâton que portent ordinairement les montagnards et les touristes qui veulent faire l'ascension de quelque pic élevé ; peut-être aussi parce que dans ces excursions on rencontre souvent des torrents, dont la traversée ne s'effectue pas toujours sans dangers, on désire d'être sauvegardé contre ces éventualités. Dès l'année 1386, dans les Apennins, une confrérie s'était mise sous la protection de saint Christophe, et depuis cette époque jusqu'à l'année 1614, on y voit figurer quatre archiducs d'Autriche et huit évêques (Bollandistes).

Nous avons vu plus haut qu'avant de recevoir le coup mortel, saint Christophe demanda à Dieu que ceux qui l'invoqueraient fussent préservés des Démons, de la Grêle, de la Peste et de la Famine. On a dû naturellement se recommander à lui contre ces fléaux ; l'invocation contre la Peste est basée encore sur un autre motif ; en effet, saint Christophe ayant été percé de flèches, il y a lieu de remarquer, comme nous l'avons démontré pour saint Sébastien, que les flèches sont les hiéroglyphes de la Peste, non seulement chez les anciens, mais encore dans l'Écriture sainte où cette maladie est regardée comme les flèches de Dieu.
Saint Vincent Ferrier propagea, en Espagne, cette invocation adressée à saint Christophe, pendant une peste qui sévit à Valence.
En Catalogne on chante encore un cantique (Goigs), adressé à saint Christophe, dont nous donnons le verset suivant :

De fam, Pedra y PESTILENCIA
De calamarsa, y de foch
Vos dota la alta Potencia
Deslliureu à tot Iloch.


Contre la Famine, les Grêlons, la Peste
La Grêle et le feu
Le Très-Haut vous a donné pouvoir
Et vous en délivrez tout lieu.



M. l'abbé Corblet s'exprime ainsi : « Saint Christophe dont le seul aspect protégeait contre tous les dangers, devait être surtout visité en temps de Peste ; aussi lui donne-t-on place sur une médaille de confrérie amiénoise instituée pendant la Peste de 1581. On économisait ainsi, pour les pieux confrères de saint-Firmin-le-Confés, la course qu'il leur aurait fallu faire jusqu'à la cathédrale ; il leur suffisait de considérer dévotement leur médaille, pour espérer la préservation de toute atteinte contagieuse. »

Antonio Castiglioni, auteur d'un livre écrit en latin sur les Antiquités de Milan, a consacré un chapitre sur la dévotion des Milanais au grand saint Christophe, sous l'invocation duquel on avait construit une église en dehors de la ville, du côté de la porte du Tessin. Les murs de cet édifice étaient encore, du temps de l'écrivain, couverts d'images du saint qu'avaient fait peindre des individus guéris de la peste. Il est probable que si saint Christophe a été représenté avec une tête de loup ou de chien, c'était pour rappeler la contrée de sa naissance, la Lycie, qui a reçu ce nom à cause de la grande quantité de « loups » qui l'infestaient, d'où « Lycie », regio Luporum, en prenant l'étymologie grecque.

À cause des Flèches qui furent lancées contre saint Christophe, avant qu'on ne lui tranchât la tête, les Arbalétriers l'ont choisi pour patron.

Une prière qui se trouve à la fois dans les heures de Jehan Poitevin (1478), celles de Jehan Pychore et Remy de Laistre (1503), et dans celles de Simon Vostre (1507), prouve que saint Christophe était invoqué contre toutes les douleurs et tous les tourments de cette vie. Nous croyons devoir la citer :

Saint Christophe, grand martyr du Seigneur, je vous prie par le nom du christ, votre Créateur et par ce privilège qu'il vous a conféré, en vous donnant son nom à vous seul ; je vous supplie au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, afin que par la grâce que vous avez reçue, vous me soyiez propice auprès de Dieu et de sa Sainte-Mère à moi pauvre pécheur et votre serviteur. Faites-moi également par votre pieuse intervention triompher de tous ceux qui me veulent du mal ; et par ce poids léger qui est le Christ et que vous avez mérité de porter heureusement sur vos épaules à travers un torrent maritime, daignez alléger mes angoisses présentes : les misères, les tribulations, les machinations mauvaises et perverses, les conspirations frauduleuses, les mensonges, les faux témoignages, les suggestions cachées ou à découvert et tout ce que les ennemis de la vérité s'efforcent de faire peser sur moi votre serviteur par leurs désirs et leurs projets contre mon honneur, afin que je puisse, mon honneur intact et ma vie sauve, me réjouir avec vous dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

D'après M. l'abbé Corblet qui cite M. Fl. Lefils (Géogr.), « le village de Lanchères (diocèse d'Amiens) donnait autrefois lieu à un pèlerinage à saint Christophe, patron de l'église. Les Enfants langoureux y étaient guéris. On passait au Saint une chemise que les Enfants portaient ensuite tous le temps d'une neuvaine qui se faisait devant l'image du Saint. »

Didron (Ann. Arch. XX, 279) raconte qu'il a souvent vu dans les églises grecques, saint Christophe représenté avec une tête de chien ou de loup, sans pouvoir obtenir aucun éclaircissement à cet égard, la réponse se trouve dans le Menologium Groecorum (9 mai) :

Quelques auteurs racontent de ce Saint des choses étonnantes et merveilleuses, entr'autres qu'il avait primitivement une tête de chien et qu'il dévorait les hommes, et qu'ensuite, ayant cru en Jésus-Christ, il changea de figure. Cependant, il n'en fut point ainsi ; mais quelques-uns disent qu'il a été ainsi traité, parce qu'il était païen, féroce et terrible.

Ce géant portant le Christ, placé à la porte des Églises comme une sentinelle, a toujours singulièrement exercé les intelligences. En terminant, je transcris des vers latins très curieux, cités par les Bollandistes. Ces vers donnent, à cette statue, un sens essentiellement symbolique, ils sont inscrits au bas d'une gravure du Saint qui est interpelé directement :

— Qui es-tu ? — Je suis l'image de celui qui confesse le Christ dans la sincérité de son cœur et auquel cet enfant que je porte a donné un doux nom.
— Quel est cet enfant ? — Le Christ.
— À quoi bon cette immense taille de géant pour porter le fardeau léger d'un petit enfant ?
— En apparence cet enfant paraît petit à tous les yeux, et cependant dans tout l'univers, il n'y a rien de pus grand que lui ; ainsi doivent être robustes de corps et d'esprit ceux qui veulent être les porteurs du Christ par leur bouche.
— Pourquoi en entrant à travers les rochers d'une mer gonflée par la tempête, repousses-tu les flots ennemis avec cet arbre énorme ? — En cette mer que je foule aux pieds, vois le monde pervers ; c'est lui qui suscite aux âmes pieuses les plus redoutables dangers. Dans cet arbre, ne vois pas autre chose que la sainte parole qui dirige les cœurs pieux à travers les adversités. Instruits par elle, nous nous précipitons à travers les rochers, à travers le feu, nous qui enseignons le grand œuvre opéré par le mérite du Christ.




(Extrait de Les Saints Patrons des Corporations et Protecteurs, Louis du Broc de Segange).