Affichage des articles dont le libellé est Dépendance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dépendance. Afficher tous les articles

samedi 5 septembre 2020

L'intérieur de Jésus-Christ

 


Ayez en vous les mêmes sentiments qui ont été dans Jésus-Christ. (S. PAUL AUX PHILISTINS)


Par l'intérieur de Jésus-Christ, on entend les dispositions intimes de son âme, qui ont été le principe et la règle de toute sa vie. L'intérieur est ce qui donne le prix aux actions, ce qui en constitue la sainteté, et ce qui met une différence extrême entre les mêmes actions, selon le degré de pureté et d'élévation des motifs. Si Jésus-Christ dans toute sa conduite est le modèle de tous les chrétiens, à plus forte raison l'est-il dans ses sentiments intérieurs ; la plus importante occupation de la vie est sans contredit de les étudier, et de s'appliquer à les exprimer en soi. Voyons donc d'abord ce que la sainte Écriture nous en apprend. Nous verrons ensuite par quels moyens on peut les exprimer en soi.
On peut considérer les sentiments intérieurs de Jésus-Christ, et par rapport à son Père, et par rapport à lui-même, et par rapport aux hommes.
Par rapport à son Père, il s'est toujours regardé comme une victime destinée à réparer sa gloire, et à apaiser sa justice. À l'instant même qu'il est venu au monde, dit saint Paul, il s'est offert en qualité de victime substituée à celles de l'ancienne loi, qui n'en étaient que l'ombre et la figure ; et il a persévéré à tous les moments de sa vie dans cette oblation de lui-même. La croix a été la consommation de son sacrifice, mais son berceau en a été le commencement, toute sa vie en a été la suite. Ainsi la disposition de Jésus-Christ à l'égard de son Père, a été une disposition d'immolation continuelle.
De là cette soumission parfaite à toutes les volontés de son Père. Il n'a jamais rien voulu, rien désiré de lui-même, et par son propre mouvement, tout incapable qu'il était de rien vouloir qui ne fût bon. Ma nourriture, dit-il lui-même, est de faire la volonté de mon Père. Il l'a faite sans interruption depuis sa naissance jusqu'à son dernier soupir ; il l'a faite dans les choses les plus pénibles et les plus affreuses pour la nature ; il l'a faite avec une joie, une ardeur, une générosité, une ponctualité inexprimables.
De là cette dépendance de la grâce, qui a toujours été si grande en Jésus-Christ, que son âme n'a jamais eu d'activité que pour seconder l'action de Dieu, et qu'elle a toujours été entre les mains de son Père l'instrument le plus souple et le plus obéissant.
De là ce zèle pour la gloire de son Père ; zèle qui le desséchait, qui le consumait, qui le dévorait. De là cet amour inexplicable, cette oraison continuelle, cet absorbement de toutes ses puissances dans la divinité, cette soif brûlante des souffrances, ce désir continuel de consommer son sacrifice. Je dois, disait-il, être baptisé d'un baptême de sang ; et combien suis-je pressé de le voir accompli ?
Par rapport à lui-même : l'humilité de Jésus-Christ, l'abnégation, la haine de soi a été un excès prodigieux ; l'anéantissement ne suffit pas pour exprimer à cet égard l'état de son âme. Il se regardait comme chargé de tous les péchés de l'univers, comme digne de tous les traits de la vengeance du ciel. Néanmoins son humanité était sainte de la sainteté même du Verbe, qui lui était uni personnellement. Qui pourrait concevoir l'alliance d'une sainteté si parfaite avec de si bas sentiments de lui-même ?
Qu'on juge après cela si, durant sa vie mortelle, il désira que son Père le glorifiât, s'il rechercha les faveurs célestes, s'il se proposa l'estime des hommes, s'il se fit gloire de ses vertus et de ses miracles. Jésus-Christ n'a jamais rien voulu pour lui-même que les mépris, les humiliations et les souffrances ; il ne s'est pas jugé digne d'autre chose. Je suis un ver, dit-il par son prophète, et non pas un homme. Je suis l'opprobre des hommes et le rebut de la populace. De la part de Dieu, il n'a jamais rien voulu ici-bas, que de porter le poids de sa colère, et de satisfaire à sa justice par la destruction totale de son être.
Par rapport aux hommes, l'esprit de Jésus-Christ a été un esprit de charité et de douceur ; un esprit de paix et d'union ; un esprit de support et de condescendance ; une tendre compassion pour les pécheurs, pour ceux mêmes qui le calomniaient, qui l'outrageaient, qui voulaient sa mort. Il a versé son sang en désir pour le salut de tous les hommes à tous les instants de sa vie ; s'il n'y avait eu qu'un seul homme à racheter, il aurait volontiers donné sa vie pour lui, et dans le vrai il a souffert, il a satisfait, il est mort pour chaque homme en particulier. Le plus grand effort de la charité, dit-il lui-même, est de donner sa vie pour ses amis. Il a fait plus, il a donné sa vie pour ses ennemis. Et, non content de donner sa vie, il a donné son âme ; il a consenti, dit saint Paul, d'être à leur place un objet de malédiction, d'être traité de Dieu non-seulement comme pécheur, mais comme s'il eût été le péché même. Telle a été l'étendue de la charité de Jésus-Christ pour nous. Mourir de la main des hommes dans un supplice cruel et ignominieux était peu de chose ; mais mourir dans son âme de la main de Dieu, éprouver dans son âme l'abandon de Dieu, la colère de Dieu, la malédiction de Dieu ; voilà le sacrifice dont il n'y avait qu'un Homme-Dieu qui fût capable.
L'intérieur de Jésus-Christ se réduit donc à trois points qui embrassent tout. Esprit d'immolation, esprit d'humiliation, esprit de charité ; mais immolation, humilité, charité portées aussi loin que pouvait les porter un homme éclairé de toute la lumière, animé de tous les sentiments, soutenu de toute la force de la divinité. Voilà de quoi ravir éternellement d'admiration les Anges et les Saints.
Mais par quels moyens pourrons-nous exprimer en nous des dispositions si sublimes ? Par un moyen unique et très-simple, par l'union de toute notre âme avec Dieu. Cette union de Jésus-Christ a été hypostatique : dans nous elle ne peut être que morale, et par conséquent d'une vertu incomparablement inférieure ; mais cette union, quoique morale, est capable de produire en nous les fruits de la plus éminente sainteté.
Que faut-il donc faire pour nous unir à Dieu ? Il faut le vouloir ; il faut nous donner généreusement à lui ; il faut entrer dans une dépendance entière et parfaite de sa grâce. Il faut que notre unique désir soit d'être précisément et uniquement ce que Dieu veut que nous soyons : ce qui n'emporte pas moins qu'un abandon entier de tout nous-mêmes, et de tous nos intérêts entre les mains de Dieu.
Cette donation une fois faite, il n'y a plus qu'à laisser agir Dieu sur nous, et correspondre fidèlement à son action. Il mettra à mesure et par degrés dans notre entendement sa lumière qui nous montrera les objets tels qu'il les voit lui-même, qui nous apprendra à en juger comme il en juge lui-même. Il mettra dans notre volonté son amour, sa force, ses sentiments. Il disposera à son gré des événements de notre vie, et nous placera lui-même dans les circonstances propres à l'exercice des vertus qu'il attend de nous, et à l'accomplissement de ses desseins sur nous.
Mais, pour recevoir en nous les lumières de Dieu, il est évident qu'il faut renoncer aux nôtres, et une de nos prières continuelles doit être de demander à Dieu qu'il nous aveugle pour nous éclairer.
Pour recevoir son amour dans notre cœur, il est évident qu'il faut en bannir l'amour-propre. Car l'amour-propre nous concentre en nous-mêmes ; et l'amour divin nous en fait sortir pour nous concentrer en Dieu. Or, l'amour-propre infecte de son venin toutes nos affections, tous nos désirs les plus intimes, même celui du bon heur éternel. Il faut donc que l'amour divin purifie tous ces désirs, et les dégage de toute propriété, de tout intérêt personnel, pour n'y laisser que l'intérêt de Dieu.
Pour recevoir la force de Dieu, il faut nous dépouiller de la nôtre, ou plutôt de l'opinion de la nôtre ; car au fond nous n'avons aucune force pour la pratique du bien surnaturel. Ainsi il faut que nous consentions à sentir continuellement notre faiblesse et notre impuissance, afin de donner lieu en nous à l'efficacité de la grâce divine. Plus nous serons forts en Dieu, plus nous deviendrons faibles en nous ; et quand le sentiment de notre force sera anéanti, la force divine se déploiera en nous avec toute sa vertu, sans aucun obstacle de notre part.
Pour laisser à Dieu la disposition de notre vie, il faut ne rien vouloir, ne rien prévoir, ne rien projeter, mais rester comme Dieu nous met, et ne prendre d'autres mesures que celles qui sont dans l'ordre de sa volonté.
L'union avec Dieu comprend tout ce que je viens de dire ; et elle embrasse sans exception tous nos actes libres, tant intérieurs qu'extérieurs. Étant unis à Dieu, nous aurons en nous les sentiments de Jésus-Christ, et Dieu règlera tous les événements de notre vie, comme il a réglé ceux de Jésus-Christ. Nous aurons par là avec l'Homme Dieu toute la ressemblance que nous devons avoir, et nous remplirons ici-bas toute la mesure de sainteté à laquelle Dieu nous a destinés. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Sur Jésus-Christ, Excellence et nécessité de l'Humilité, La crèche, L'intérieur de Marie, De l'amour pur, De la jalousie de Dieu, De l'enfance spirituelle, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.














 

jeudi 27 août 2020

De la jalousie de Dieu

 

Sainte Thérèse d'Avila


Dieu se nomme en plusieurs endroits des Écritures, un Dieu jaloux, il va jusqu'à dire que ce titre de jaloux est son nom, pour marquer combien il lui est essentiel, et qu'il ne peut pas plus s'en dépouiller que de son être.
Mais de quoi est-il jaloux ? D'une seule chose : de l'hommage de notre esprit et de notre cœur ; non d'un hommage stérile et de simple spéculation, mais d'un hommage qui influe sur tous nos sentiments et toute notre conduite.
Et en quoi consiste l'hommage de l'esprit ? À reconnaître que Dieu est tout, principe de tout, fin de tout, et que hors de lui tout n'est rien. Il consiste en particulier à humilier notre esprit devant lui, à lui soumettre toutes nos lumières ; ou plutôt à être bien persuadé qu'il est lui-même notre lumière, soit dans l'ordre naturel, soit dans l'ordre surnaturel ; que nous ne voyons bien, que nous ne jugeons bien qu'autant que nous voyons comme il voit, et que nous jugeons comme il juge : ce qui emporte pour notre esprit une dépendance absolue du sien ; une mort continuelle à notre propre esprit pour ne consulter que le sien ; une fidélité constante à ne point agir selon notre propre esprit, mais selon le sien. Voilà l'hommage qu'il exige, et qu'il a droit d'exiger de notre esprit, et dont il est infiniment jaloux. Le lui refuser, c'est aller contre ses droits les plus essentiels ; c'est s'arroger l'indépendance en un point qui est la plus belle qualité de l'homme, savoir : l'intelligence et la raison ; c'est prétendre, ou qu'on ne tient pas de Dieu cette intelligence, ou qu'on peut en faire un bon usage sans la régler sur l'intelligence divine : prétention folle, injurieuse à Dieu, et source de tous les égarements de la créature. Lui rendre cet hommage, c'est nous acquitter de notre premier devoir envers l'intelligence suprême ; c'est mettre sa gloire à dépendre de lui dans toutes nos connaissances, dans tous nos jugements ; c'est pour nous un principe de sagesse et de bonne conduite, une assurance de ne jamais nous égarer. Tous les écarts de l'esprit humain en matière de foi et de morale, ne viennent que de n'avoir pas consulté la lumière primitive, la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il faut donc en toutes choses, mais surtout dans les choses surnaturelles, d'où dépendent notre salut et notre perfection, tenir notre esprit anéanti, pour ainsi dire, sous l'esprit de Dieu.
Et l'hommage du cœur en quoi consiste-t-il ? À l'établir le centre de toutes nos affections, à l'aimer pour lui-même de toutes nos forces ; à nous aimer en lui et par rapport à lui ; à n'aimer aucune créature que d'une manière subordonnée, et soumise à l'amour principal que nous lui devons. Cela n'est-il pas juste ; si Dieu est infiniment aimable, si nous tenons de lui la faculté d'aimer, et s'il est évident qu'il ne peut pas permettre que nos affections se concentrent en nous-mêmes, ou dans quelque créature que ce soit ? La plus simple lueur de raison ne nous apprend-elle pas que cet hommage du cœur est dû à Dieu, qu'il n'est dû qu'à lui, qu'il lui est dû dans toute sa plénitude, qu'il lui est dû à tous les instants de notre existence ; qu'un cœur qui n'aime pas Dieu, qui ne l'aime pas souverainement, qui n'aime pas tout le reste et lui-même par rapport à lui, est un cœur dépravé, un monstre dans l'ordre moral ? Quand nous réfléchissons un moment sur ce qu'est Dieu, et sur ce que nous sommes, pouvons-nous douter que toutes nos affections ne lui appartiennent, qu'il en exige l'hommage, qu'il en est essentiellement jaloux, et qu'il ne peut souffrir le désordre contraire sans le réprouver et le punir ? Au reste, cet hommage si juste et si naturel est le principe de notre fidélité. Portons notre amour où nous voudrons, jamais nous ne serons heureux ici-bas, si nous ne le fixons en Dieu. C'est une chose d'expérience. Tout amour qui n'est pas dans l'ordre, est le tourment de celui qui aime, réunit-il d'ailleurs en lui tous les biens de la terre. Au contraire, tout amour bien réglé, dont Dieu est le premier objet, est pour le cœur une source de paix et de joie, que tous les maux du monde ne sauraient altérer.
Mais jusqu'à quel point Dieu est-il jaloux ? Il l'est sans mesure et à l'infini. Celui à qui tout est dû, qui mérite tout, qui exige tout, est nécessairement jaloux de tout, et ne peut se relâcher sur rien. Ô mon Dieu ! faites-moi concevoir, autant que j'en suis capable, jusqu'où va votre jalousie, afin qu'il ne m'arrive jamais de la blesser en rien. S'il est vrai que je ne dois aimer que vous seul pour vous-même, et que tout autre amour doit vous être rapporté ; s'il est vrai encore que tout amour qui n'est pas votre amour est amour-propre, votre jalousie à l'égard de cet amour-propre est donc infinie ; elle va donc au point de n'en pouvoir souffrir le moindre vestige dans un cœur, et de le poursuivre jusqu'à son entière destruction. Oui, mon Dieu, je le crois ainsi ; ma foi et ma raison me le disent.
Mais si cela est, comment puis-je détruire cet amour-propre si enraciné en moi, qui a commencé avec mon être, qui infecte et qui souille toutes mes affections ? Hélas ! je ne le connais pas dans toute son étendue, et, quand je le connaîtrais, comment puis-je le combattre ? Cet amour, c'est moi-même, et ce qu'il y a de plus intime en moi. Quelle force puis-je trouver en moi contre moi-même ?
Il est vrai, nul homme ne peut par ses propres forces combattre l'amour-propre. Mais il peut se livrer à Dieu ; il peut laisser agir contre cet amour la jalousie de Dieu ; aidé de la grâce, il peut seconder cette jalousie ; et, lorsqu'il s'agit de porter le dernier coup au malheureux moi humain, il peut consentir à souffrir ce coup, et à ne pas remuer sous la main qui l'immole. Il faut bien des combats et des épreuves pour en venir là. Mais une âme fidèle et généreuse, qui se délaisse entre les mains de Dieu, et qui ne se reprend jamais, de quelque manière qu'il la traite, en viendra là infailliblement. La jalousie de Dieu est trop intéressée à ne pas laisser son ouvrage imparfait. Cet ouvrage est commencé du moment que Dieu s'empare de l'âme, et qu'il y établit son règne. Si cette âme ne se retire pas du domaine de Dieu, elle peut compter que Dieu ne se désistera pas qu'il n'ait achevé son œuvre, selon l'étendue de ses desseins. Or, cette œuvre consiste à la purger entièrement d'amour-propre, à ne pas y en laisser la moindre fibre, à détruire le moi humain ; en sorte que l'âme n'aime rien, ne désire rien. Alors Dieu ne trouve plus d'affection propre, d'intérêt propre dans cette âme, et sa jalousie est satisfaite. Il est tellement essentiel que cette jalousie de Dieu à l'égard de l'amour-propre soit pleinement satisfaite, que, si elle ne l'est pas en ce monde, elle le sera en l'autre. Il est de foi que l'amour-propre, fruit du péché originel, n'a point de place dans le ciel, et que le seul amour qui y soit admis, est l'amour pur de Dieu. Si donc une âme, quelque sainte d'ailleurs qu'elle soit, sort de ce monde avec quelque reste d'amour-propre, il faut que le feu du purgatoire l'en purifie : ce feu, comme l'on sait, est le même que le feu de l'enfer, et le purgatoire ne diffère de l'enfer que par la peine du dam et des suites, et en ce qu'il n'est pas éternel.
Mais pourquoi Dieu est-il jaloux de la sorte ? Parce qu'il est Dieu, infiniment saint, infiniment amateur de l'ordre ; parce que son amour, tel qu'il le communique aux bienheureux, est incompatible avec l'amour-propre. Si un élu dans le ciel pouvait jeter un seul regard de complaisance sur lui-même, s'il pouvait un moment aimer sa félicité pour lui-même, s'il pouvait voir dans cette félicité autre chose que la bonté de Dieu, la gloire de Dieu, le bon plaisir de Dieu, à cet instant même il tomberait du ciel, et ne pourrait y rentrer qu'après avoir expié cet acte d'amour-propre.
Ô mon Dieu ! exercez sur moi dès ici-bas toute votre jalousie. Anéantissez mon esprit, purifiez mon cœur, et faites-vous rendre par l'un et par l'autre l'hommage qui vous est dû dans toute sa plénitude. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De l'amour purDe l'enfance spirituelle, De la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

lundi 24 août 2020

De l'enfance spirituelle

 


Jésus-Christ a dit : Laissez venir à moi les enfants, car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.
Il a dit encore en mettant un enfant au milieu de ses Apôtres : Si vous ne devenez comme cet enfant, vous n'entrerez point au royaume des cieux.
Un des sens de ces paroles du Sauveur est que, si l'on veut avoir le règne de Dieu en soi, il faut devenir, quant aux dispositions surnaturelles, ce qu'est un enfant par rapport aux dispositions naturelles. En un mot, il y a une enfance spirituelle ; et cet état est le premier pas pour entrer dans la vie intérieure. Il est impossible de se former l'idée de cette sainte enfance, autrement que par l'expérience ; elle est un don de Dieu ; on ne saurait l'acquérir par son travail ni par ses réflexions. Il faut que Dieu lui-même nous y introduise ; et, quand on a le bonheur d'y être admis, on éprouve en soi, tant pour l'esprit que pour le cœur, un changement inconcevable.
Pour concevoir cet état autant qu'il nous est possible, comparons-le avec celui des enfants. L'enfant ne raisonne pas, ne réfléchit pas ; il n'a ni prévoyance, ni prudence, ni malice. Il en est ainsi de l'enfance spirituelle. La première chose que fait Dieu quand il nous met dans cet état, est d'arrêter les opérations de l'esprit. Il suspend cette foule de raisonnements et de réflexions qui fourmillent sans cesse, et il les remplace par des opérations simples, directes, qui échappent, pour ainsi dire, à l'âme ; en sorte qu'elle croit ne pas penser, quoiqu'elle pense toujours, et d'une manière plus relevée et plus approchante de celle de Dieu qui n'a qu'une seule pensée infiniment simple.
L'âme ne raisonnant plus, ne réfléchissant plus, ne s'occupe ni du passé, ni de l'avenir, mais uniquement du présent ; elle ne forme plus des projets d'aucune espèce ; mais elle se laisse gouverner de moment en moment, au-dedans par l'esprit de Dieu, au-dehors par la Providence. Il n'y a plus de malice dans ses actions ni dans ses discours, parce qu'elle ne fait rien et ne dit rien à dessein et avec une vue préméditée. Dépouillée de sa propre prudence, elle est revêtue de celle de Dieu, qui la fait toujours agir à propos, tant qu'elle est fidèle à ne pas consulter son propre esprit. La dépendance où Dieu la tient à cet égard est si grande, qu'elle ne laisse pas à cette âme un seul instant où elle puisse agir par ses propres lumières.
L'enfant n'a aucun déguisement. Dès qu'il est capable de dissimulation, il n'est plus enfant. Rien, de même, n'approche de la candeur de l'enfant spirituel. Il ne compose point son extérieur ; son recueillement n'a rien de contraint ; ses actions, ses discours, ses manières, tout est naturel en lui ; ce qu'il dit, il le pense ; ce qu'il offre, il veut le donner ; ce qu'il promet, il veut le tenir. Il ne cherche point à paraître autrement qu'il est, ni à cacher ses défauts ; il dit de lui le bien et le mal avec la même simplicité ; et il n'a point de réserve pour ceux à qui il doit s'ouvrir. L'enfant témoigne son amour avec naïveté ; tout en lui exprime les sentiments de son cœur ; il est d'autant plus touchant et plus persuasif qu'il n'a rien d'étudié. Il en est de même de l'enfant spirituel dans les démonstrations de son amour pour Dieu et de sa charité envers le prochain. Il va à Dieu simplement, sans préparation ; il lui dit sans formules et sans choix de paroles tout ce que son cœur lui suggère ; il ne connaît point d'autre méthode pour l'oraison que celle de se tenir auprès de Dieu, de le regarder, de l'écouter, de le posséder, de lui exprimer tous les sentiments que la grâce lui inspire, tantôt avec des paroles, et le plus souvent sans parler. Il aime le prochain sincèrement, cordialement, ne lui porte aucune espèce d'envie, ne le raille point, ne le critique point, ne le méprise point, ne le trompe jamais ; il ne le flatte pas non plus ; il perd l'usage de ces vains compliments qui ne partent point du cœur ; il ne prend de la politesse que ce que l'Évangile autorise, et il s'élève au-dessus par la charité et la cordialité. Il n'aime pas moins lorsqu'il reprend que lorsqu'il loue, lorsqu'il con damne que lorsqu'il approuve ; il fait du bien aux autres sans affectation, sans ostentation, en vue de Dieu, sans attendre de reconnaissance.
L'enfant est docile, obéissant ; il sent qu'il n'est pas fait pour faire sa volonté. La première chose aussi à quoi l'enfant spirituel renonce, est sa propre volonté qu'il soumet entièrement à celle de Dieu, et de tout ce qui lui représente Dieu. Il ne veut se gouverner en rien, mais pour sa conduite intérieure, il s'abandonne sans réserve à l'esprit de Dieu et au ministre à qui il a donné sa confiance ; et, pour sa conduite extérieure, il cède volontiers à tous ceux qui ont autorité sur lui. Dans les choses indifférentes, il aime mieux s'accommoder à la volonté d'autrui que d'amener les autres à la sienne. Enfin, il ne veut rien, parce que c'est sa volonté, mais parce que c'est celle de Dieu. Aussi est-il ferme et inébranlable en ce qu'il veut.
L'enfant ne se connaît pas lui-même, ne réfléchit pas sur lui-même ; il est incapable de s'étudier, de s'observer. Il se laisse tel qu'il est et va toujours devant lui. L'enfant spirituel n'est pas non plus curieux de se regarder ni de voir ce qui se passe en lui. Il prend ce que Dieu lui donne, et il est content d'être à chaque moment ce que Dieu veut qu'il soit. Il ne juge point de la bonté de ses oraisons, de ses communions et de ses autres exercices, par les sentiments passagers qu'il a éprouvés, mais il en laisse à Dieu le jugement ; et, pourvu que la disposition intime de son âme ne change point, il s'élève au-dessus de toutes les vicissitudes de la vie spirituelle. Il sait qu'elle a ses hivers, ses tempêtes et ses nuages ; c'est-à-dire ses sécheresses, ses dégoûts, ses ennuis intérieurs, ses tentations. Il passe avec courage par toutes ces épreuves, et il attend en paix le retour du beau temps. Il n'est point inquiet sur ses progrès ; il ne se retourne pas pour voir combien il a fait de chemin ; mais il suit, sans penser même qu'il marche, sa route, et il avance d'autant plus, qu'il ne regarde pas s'il avance. Par là il ne se trouble point, il ne se décourage point. S'il tombe, il s'en humilie, mais il se relève aussitôt et court avec une nouvelle ardeur.
L'enfant est faible, et il sent sa faiblesse ; c'est ce qui le rend si dépendant, si défiant de lui-même et si confiant en ceux qu'il sait s'intéresser à lui. L'enfant spirituel sent pareillement qu'il est la faiblesse même, qu'il ne peut pas se soutenir ni faire un seul pas sans broncher. Ainsi il ne s'appuie jamais sur lui-même ; il ne compte jamais sur lui-même ; il ne compte jamais sur ses forces, mais il met en Dieu toute sa confiance ; il se tient toujours près de lui ; il lui tend la main, afin d'en être soutenu et porté dans les mauvais pas qui se rencontrent. Il est donc infiniment éloigné de s'attribuer le bien qu'il fait et les victoires qu'il remporte, mais il rend gloire de tout à Dieu. Il ne se préfère point aux autres, mais il est intimement convaincu que, si Dieu l'abandonnait, il tomberait dans les plus grands crimes ; et que si les autres avaient les mêmes grâces, ils en profiteraient mieux que lui. Par la même raison, comme il se sent faible, il ne s'étonne pas de ses chutes ; son amour-propre n'en est pas dépité ; mais, dans l'impuissance de se relever, il avertit Dieu par ses cris et l'appelle à son secours. Le sentiment de sa faiblesse est le principe de son courage, parce que Dieu fait toute sa force, et, assuré de la protection de Dieu, il ne voit rien qui puisse l'intimider ni l'ébranler. De lui-même il n'entreprend rien, il ne s'expose à rien ; mais dès que Dieu parle, il entreprend tout, il s'expose à tout, et il est sûr de réussir, malgré tous les efforts des hommes et de l'enfer.
L'innocence, la paix, la joie pure sont le partage des enfants ; ils sont heureux sans penser qu'ils le sont ; ils n'ont aucun souci. Les parents, les nourrices, les gouvernantes pensent à tout pour eux. Ils sont dans un état continuel de jouissance, image bien faible de l'enfant spirituel. Ce bonheur, comme celui de l'enfant, n'est ni aperçu, ni réfléchi, mais il est réel ; on en jouit. Dieu le répand lui-même dans l'âme ; il pense à tout, il pourvoit à tout. Ce bonheur se maintient au milieu des plus grands orages de la vie spirituelle, et il est inaccessible à tous les accidents de la vie humaine. Ce n'est pas que l'enfance spirituelle rende insensible ; mais elle nous élève par l'abandon à la volonté de Dieu, à une paix imperturbable et au-dessus de tout sentiment. Personne ne peut juger de ceci que par l'expérience. Mais aussi l'expérience en est telle, que tout l'univers réuni ne pourrait persuader à une telle âme qu'elle est dans l'illusion.


PRIÈRE

Ah ! Seigneur, puis-je penser au bonheur dont jouissent dès ici-bas vos enfants, sans vous conjurer de toute mon âme de me mettre au nombre de ces enfants qui sont vos délices, de ces enfants qui sont vos vrais adorateurs, qui dépendent absolument de vous, qui accomplissent en tout votre adorable volonté ? Souffrez, ô mon Sauveur ! que je m'approche de vous en cette qualité ! Prenez-moi entre vos bras, imposez-moi les mains, bénissez-moi ; ôtez-moi pour toujours mon propre esprit et substituez-y l'instinct de votre grâce ; ôtez-moi ma propre volonté et ne me laissez que le désir unique de faire la vôtre. Donnez-moi cette belle, cette aimable, cette sublime simplicité, qui est le premier et le plus grand de vos dons. Adam a été créé dans cette simplicité. Il l'a perdue, et pour lui et pour moi, par son péché. J'ai mérité moi-même, par mes fautes innombrables, d'en être privé à jamais. Mais, Seigneur, vous pouvez me la rendre ; vous le désirez, et, si je n'y mets pas obstacle, j'espère que vous me la rendrez. Alors vous pourrez recevoir de moi le tribut de louanges qui n'est parfait que dans la bouche des enfants. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De la jalousie de DieuDe la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.













 

jeudi 13 août 2020

De la prière continuelle




Jésus-Christ a dit : Il faut prier toujours, et ne jamais se lasser. Saint Paul recommande aux chrétiens de prier sans interruption. De quelle prière doit s'entendre ce précepte, ou, si l'on veut, ce conseil ? et comment est-il possible de l'accomplir ?
Il est évident d'abord qu'il ne peut pas s'agir de la prière vocale, qui ne saurait avoir lieu qu'un certain temps. On ne peut pas non plus être toujours dans l'exercice actuel de l'oraison mentale. Il est impossible encore d'occuper continuellement son esprit de la pensée de Dieu ou des choses de Dieu. Une attention non interrompue à la présence de Dieu est au-dessus des forces humaines, et n'est pas compatible avec les embarras de cette vie. Comment donc et par quelle autre espèce de prière peut-on remplir les intentions de Jésus-Christ ? Par la prière du cœur, qui consiste dans une disposition habituelle et constante d'amour de Dieu, de confiance en Dieu, de soumission à sa volonté dans tous les événements de la vie ; dans une attention continuelle à la voix de Dieu, qui se fait entendre au fond de la conscience, et nous suggère sans cesse des vues de bien et de perfection. Cette disposition du cœur est celle où devraient être tous les chrétiens ; c'est celle où ont été tous les Saints ; c'est en cela uniquement que consiste la vie intérieure.
Dieu appelle tout le monde à cette disposition de cœur, puisque c'est sans contredit pour tous les chrétiens que Jésus-Christ a dit qu'il faut toujours prier ; et il est certain que tous parviendraient à cet état, s'ils répondaient fidèlement à l'attrait de la grâce. Que l'amour de Dieu soit véritablement dominant dans un cœur ; qu'il lui devienne en quelque sorte comme naturel ; qu'on ne souffre absolument rien qui y soit contraire ; qu'on s'applique continuellement à l'augmenter en cherchant à plaire à Dieu en toutes choses, et en ne lui refusant rien de ce qu'il demande ; qu'on prenne comme de sa main tout ce qui arrive ; qu'on soit dans une détermination inébranlable de ne jamais commettre aucune faute avec vue et réflexion ; et si l'on a le malheur d'en faire une, qu'on s'en humilie et qu'on s'en relève aussitôt, on sera dans la pratique de la prière continuelle. Cette prière subsistera au milieu de nos occupations, de nos entretiens, même de nos amusements innocents. La chose n'est donc pas impraticable, ni aussi difficile qu'on pourrait se l'imaginer. Dans cet état on ne pense pas toujours à Dieu, mais on ne s'arrête jamais volontairement à une pensée inutile, encore moins à une pensée mauvaise. On ne fait pas sans cesse des actes, on ne prononce pas sans cesse des prières ; mais le cœur est toujours tourné vers Dieu, toujours attentif à Dieu, toujours prêt à faire sa sainte volonté.
On se trompe quand on croit qu'il n'y a de prière réelle que celle qui est expresse, formelle, sensible, et dont on peut se rendre témoignage à soi-même. De là vient que tant de personnes se persuadent qu'elles ne font rien à l'oraison, lorsqu'il n'y a rien de marqué, rien que l'esprit ou le cœur aperçoive ou sente ; ce qui les engage à y renoncer. Mais on devrait faire réflexion que Dieu entend, comme dit David, la préparation de nos cœurs ; qu'il n'a besoin ni de nos paroles, ni même de nos pensées, pour connaître la disposition intime de notre âme ; que notre prière se trouve déjà en germe et en substance dans le fond de la volonté, avant qu'elle soit développée par la parole ou par la pensée ; en un mot, que nos actes intimes et directs précèdent toute réflexion, et • ne sont pas sentis ni aperçus, à moins qu'on n'y fasse une attention expresse. Aussi quand on demanda à saint Antoine quelle était la meilleure manière de prier : C'est, dit-il, lorsqu'en priant on ne pense pas qu'on prie. Ce qui rend cette manière de prier plus excellente, c'est que l'amour-propre n'y trouve rien où il puisse s'appuyer, et qu'il ne saurait en souiller la pureté par ses regards.
La prière continuelle n'est donc pas difficile en elle-même, et néanmoins elle est très-rare, parce qu'il est peu de cœurs disposés comme il faut pour la faire, et assez courageux et fidèles pour y persévérer. On ne commence à y entrer que du moment qu'on s'est donné tout à fait à Dieu. Or, il est très-peu d'âmes qui se donnent à Dieu sans réserve ; il y a presque toujours dans ce don de secrètes restrictions de l'amour propre, comme la suite ne tarde pas à le faire voir. Mais, quand ce don est plein et entier, Dieu le récompense sur-le-champ du don de lui-même ; il s'établit dans le cœur, et il y forme cette prière continuelle qui consiste dans la paix, dans le recueillement, dans l'attention à Dieu au dedans de soi-même au milieu des occupations ordinaires. Ce recueillement est d'abord sensible ; on en jouit, et on le sait ; il devient ensuite tout spirituel ; on l'a, mais on ne le sent plus. Si l'on regrette ce sentiment si doux, si consolant, qu'on a perdu ; si l'on veut le rappeler, c'est un effet de l'amour-propre. Si l'on croit qu'on n'est plus recueilli et qu'on ne pratique plus la prière continuelle, parce qu'on ne sent plus rien, c'est une erreur. Si l'on a la pensée de quitter l'oraison et ses exercices ordinaires, sous prétexte qu'on n'y fait rien, c'est une très-dangereuse tentation. Si l'on y succombe, si l'on se relâche de sa fidélité, si l'on va chercher auprès des créatures la consolation qu'on ne goûte plus en Dieu, on perd le don de la prière continuelle, on déchoit de son état, et l'on s'expose à devenir pire que l'on n'était avant que de se donner à Dieu.
Que faut-il donc faire pour se conserver dans la pratique de la prière continuelle ? 1° Se bien persuader qu'elle devient plus excellente, plus agréable à Dieu, plus utile à l'âme, à mesure qu'elle devient plus insensible et moins aperçue. 2° Laisser tomber peu à peu tous les regards et les réflexions qu'on fait sur soi pour voir ce qui s'y passe. Ces regards sont fréquents dans les commencements, à cause de la surprise que cause l'opération de Dieu, et de la complaisance qu'y trouve l'amour-propre. Mais lorsque le sensible est ôté, il ne faut plus se permettre de réflexions ; c'est une marque que Dieu va nous tirer de nous-mêmes, et nous faire entrer en lui pour nous y perdre. 3° Résister fortement à toutes les pensées qui peuvent nous venir que nous perdrons le temps, que nos oraisons, que nos communions, que nos lectures sont sans aucun fruit, parce que nous les faisons sans sentiment, sans aucun goût. C'est le démon, c'est l'amour propre, c'est la nature toujours avide de consolations, qui nous suggèrent ces pensées : elles ne nous tourmenteront pas longtemps, si nous sommes assez généreux pour sacrifier à Dieu nos intérêts, pour ne chercher que lui, et nous oublier nous-mêmes ; et assez sensés pour ne pas prétendre être saints à notre manière et selon nos idées ; comme si nous savions ce que c'est que la sainteté, et quelle voie y conduit. Soyons donc assez raisonnables pour croire que la sainteté ne peut être que l'œuvre de Dieu seul, pour le laisser faire, et nous abandonner entièrement à lui, sans nous permettre un seul jugement sur ces opérations. 4° Enfin, être plus fidèle que jamais à ne chercher aucune espèce de consolation ni même d'appui dans les créatures, à ne se livrer à aucune dissipation, mais consentir à être sevré en même temps des plaisirs du ciel et de tous ceux de la terre, même les plus innocents, lorsque la grâce nous inspire de nous en priver. En observant ce que je viens de dire, on franchira sans danger le pas le plus difficile de la vie spirituelle, et l'on se disposera à des épreuves plus purifiantes, si Dieu juge à propos de nous y faire passer. Les effets de la prière continuelle, d'abord dans ses commencements quand elle est sensible, sont de nous apprendre par expérience ce que c'est que l'intérieur et que le règne de Dieu dans nos âmes, de nous inspirer l'amour de la retraite et de la solitude, de nous dégoûter du monde, de ses vains entretiens et de ses faux plaisirs, de purifier nos sens, et de leur communiquer une certaine innocence qui les élève au-dessus des objets capables de les tenter.
Quand cette prière n'est plus sensible ni aperçue, ses effets sont de nous détacher des consolations spirituelles, et de nous rendre capables de les recevoir avec plus de pureté quand il plaira à Dieu de nous en donner ; de faire mourir peu à peu l'amour-propre ; de nous concentrer dans notre néant, en nous apprenant que de nous-mêmes nous ne pouvons nous donner aucune bonne pensée, aucun bon mouvement ; de nous simplifier en supprimant tous les regards, toutes les réflexions sur nous-mêmes ; d'anéantir par degrés le jugement propre, le propre esprit, et de nous disposer à juger de tout par l'esprit de Dieu ; enfin, d'établir notre âme dans une certaine disposition de désintéressement à l'égard de Dieu et de son service, en sorte qu'elle commence à s'oublier elle-même ? et à être contente de n'être rien, pourvu que Dieu soit tout. Alors Dieu pousse l'âme à se sacrifier réellement, et à s'offrir à toutes les croix intérieures et extérieures, qui en font un holocauste d'agréable odeur. Il souille l'âme en apparence par des tentations de différentes sortes ; elle se croit coupable, elle voit du péché dans toutes ses actions, il lui paraît que Dieu rejette sa prière, qu'il s'éloigne d'elle, qu'il est en colère contre elle et qu'elle n'a à attendre, dans cette vie et dans l'autre, que les effets de sa juste vengeance. Quelquefois les hommes se tournent contre elle et, tandis qu'au-dedans elle se croit perdue, on la calomnie, on la condamne, on la persécute au-dehors. Cependant elle se tient toujours abandonnée à Dieu, toujours sous la main de son bon plaisir : pourvu qu'il tire d'elle sa gloire de quelque manière que ce soit, elle est contente. L'épreuve dure autant qu'il est nécessaire pour que sa perte en Dieu soit consommée, et qu'elle meure à ce que l'amour propre a de plus intime. Après cette mort mystique, elle ressuscite, et elle entre dès ici-bas dans une espèce de jouissance de la vie glorieuse. Voilà où conduit la prière continuelle bien entendue et bien pratiquée.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Avis le plus utile de tous : Priez !, De la confiance en DieuDieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.
















lundi 3 août 2020

Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous



Remarquez la liaison de ces deux choses : être devant Dieu comme une bête de somme, et être toujours avec Dieu. Cela n'est guère conforme à l'idée que nous nous formons de la sainteté et du commerce intime avec Dieu. Quoi ! pour parvenir à ce commerce intime, à cette union fixe, il faut être devant Dieu comme une bête de somme ? Oui ; et c'est l'esprit de Dieu qui nous le déclare.
Mais qu'est-ce être une bête de somme devant Dieu ? La bête de somme destinée aux usages de l'homme, emploie à son service ce qu'elle a de forces, non selon son propre jugement et sa propre volonté, mais selon le jugement et la volonté de l'homme. Elle se laisse charger de ce qu'il veut, comme il veut, et quand il veut. Elle marche par le chemin qu'il lui plaît, du pas qu'il lui plaît ; elle ne s'arrête, pour prendre de la nourriture, du repos, que quand et autant qu'il lui plaît. En un mot, elle est toute à la disposition de l'homme, tant pour ce qui le regarde que pour ce qui la concerne elle-même, et elle ne lui résiste en rien.
Telle doit être l'âme à l'égard de Dieu. Si elle veut toujours être avec lui, il faut qu'elle dépende toujours et en tout de lui. Il faut que d'elle-même elle n'ait ni action, ni jugement, ni choix propre, mais qu'elle ne juge, qu'elle ne choisisse, qu'elle n'agisse que sous la motion de Dieu ; il faut qu'elle soit contente d'être mue comme Dieu la meut pour toutes choses, mais surtout pour ses dispositions intérieures.
Que faut-il donc faire pour parvenir à cette dépendance totale ? S'anéantir, et se laisser anéantir sans cesse.
S'anéantir par rapport à l'esprit, en ne lui donnant la liberté de se porter sur aucun objet de lui-même, de s'occuper de rien, de juger de rien ; en le laissant, autant qu'il est en nous, dans un vide parfait, afin que Dieu remplisse ce vide de telle pensée qu'il lui plaira. Si l'on est à l'oraison, si l'on assiste à la messe, si l'on communie, il faut se tenir dans la disposition simple de recevoir ce qu'il plaira à Dieu de nous donner, sans se désoler si l'on n'a rien, si l'âme est sèche, distraite, en proie même à des tentations. Si on lit un livre de piété, il faut se livrer simplement aux impressions que Dieu nous donnera, attendant de lui la lumière pour comprendre, et le sentiment pour goûter ce qu'on lit.
Dans la conversation avec le prochain, ne rien prévoir, ne réfléchir sur rien, ne point remarquer les défauts des personnes avec qui l'on converse, du moins ne pas s'arrêter à ce qui nous frappe ; dire bonnement notre pensée, sans nous mettre en peine si on nous goûte, si on nous applaudit ; et ne plus songer à l'entretien, dès que les personnes sont sorties.
Quand on est seul, tenir toujours son esprit libre, sans le promener ni sur le passé, ni sur l'avenir, ni sur soi-même, ni sur les autres, ne s'occupant que du présent. Réprimer toute curiosité, de quelque nature et sur quelque objet que ce soit, ne se mêler que de ses propres affaires, et de celles du prochain où la charité nous engage ; du reste, être dans le monde comme si l'on n'y était pas, et voir les choses sans y donner son attention.
S'anéantir par rapport au cœur, en ne s'attachant à rien que selon l'ordre de Dieu, en ne s'appropriant rien, en ne désirant et ne craignant rien. Il est aisé de se détacher des biens temporels, des liaisons humaines, et de toutes les affections naturelles : cela ne coûte guère quand on a une fois goûté Dieu. Mais il n'est pas également facile de se détacher des biens spirituels, d'être indifférent sur les consolations divines, de les recevoir avec pureté, de les perdre sans regret, de n'en point désirer le retour.
On ne consent pas volontiers à la perte de la paix sensible, du recueillement aperçu, de la présence de Dieu sentie et goûtée. Il faut pourtant se préparer à cette perte pour ne point s'en étonner, ni se déconcerter quand elle arrivera.
On ne consent pas non plus volontiers à se voir l'objet des railleries, des mépris, des calomnies, des faux jugements des hommes, à ne pas dire un mot, à ne pas faire une démarche pour se justifier ; mais à souffrir en silence et en paix, attendant qu'il plaise à Dieu de se déclarer pour nous, et lui faisant, s'il l'exige, le sacrifice de notre réputation.
Il est encore bien plus dur de se voir délaissé de Dieu, de ne plus recevoir aucune goutte de la rosée céleste, de se trouver en quelque sorte dur et insensible, de n'avoir plus ni lumières, ni goût ; d'éprouver des combats, des agitations, des désolations intérieures ; d'ignorer si on aime Dieu et si Dieu nous aime, etc. Cependant il faut en passer par là pour être vraiment anéanti ; il faut s'attendre à cela si l'on veut être uni à Dieu immédiatement et sans milieu, si l'on veut être purifié de ce que l'amour-propre a de plus délicat et de plus spirituel. Bien des âmes sont exposées à rester en chemin ; elles se retirent de Dieu, comme dit Jésus-Christ, dans le temps de l'épreuve : ce sont ces maisons sans fondement, dont parle l'Évangile, qui ne tiennent pas contre les vents, les pluies, les inondations. Mais les âmes généreuses préparées à tout, qui ne comptent point sur elles-mêmes, mais sur Dieu, qui l'aiment pour lui-même, qui préfèrent sa gloire et son bon plaisir à leur intérêt propre ; ces âmes se purifient dans ces épreuves comme l'or dans le creuset : elles résistent comme l'or à toute l'activité du feu, qui ne leur ôte que cette rouille de l'amour-propre dont le péché les a infectées jusque dans leur fond, et les rétablit dans leur pureté originelle.
Si nous nous laissons anéantir ainsi par degrés, si nous nous regardons comme dévoués et consacrés à tout ce qu'il plaira à Dieu de faire de nous, alors nous serons toujours avec lui, et nous lui serons unis d'autant plus intimement que nous le croirons plus éloigné de nous.
Quand Jésus-Christ, livré sur la croix à tous les tourments intérieurs et extérieurs, victime des passions des hommes et de la justice de Dieu, disait à son père : Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné ? son Père l'avait-il réellement abandonné ? Non, certes ; au contraire, il ne l'aima jamais plus qu'à ce moment où Jésus-Christ lui donnait la plus grande preuve de son amour. Mais il lui fit éprouver les plus terribles effets de l'abandon, pour donner lieu au sacrifice le plus parfait qui fut jamais. Il en est de même, à proportion, des âmes que Dieu éprouve. Plus il paraît les abandonner, plus il est près d'elles en effet, plus il les soutient, plus il les aime. Mais il se réserve à leur donner des preuves éternelles de son amour, lorsqu'elles lui auront donné dans le temps toutes les preuves qu'il a droit d'attendre de leur amour.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à Sur la pensée de la mortMarthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.