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dimanche 17 juillet 2022

Effets des sept dons du Saint-Esprit



Vous enverrez votre Esprit, et tout sera créé, et vous renouvellerez la face de la terre. (Ps. 103, 30)


Les sept dons sont les sept Esprits envoyés par toute la terre contre les sept esprits mauvais dont parle l'Évangile. « Par le don de crainte, l'Esprit-Saint chasse l'orgueil du cœur de l'homme, et y introduit Dieu par l'humilité. Par le don de piété, il lui fait fouler aux pieds la honte de l'envie, et invite avec douceur le prochain à s'approcher de lui. Par le don de la science, il apaise totalement sa colère, et l'établit dans une douce paix et un calme parfait avec lui-même. Par le don de la force, il dissipe sans retard sa paresse, et excite ardemment les puissances de son âme à agir. Par le don de conseil, il comprime puissamment son avarice, et le porte sagement à acquérir des trésors pour le ciel. Par le don d'intelligence, il met un frein violent à sa gourmandise, et nourrit son âme de délices célestes. Par le don de la sagesse, il lui inspire un mépris courageux de la luxure, le soumet tout entier au joug de la chasteté, et le rend ainsi à la liberté (S. Bonav., liv. I, ch. III). »

Les sept dons du Saint-Esprit donnent secours aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales, et par conséquent à toutes les vertus, dans les rencontres difficiles où elles pourraient succomber. « Le don d'intelligence soutient la foi. Le don de science vivifie notre espérance, et nous fait voir comme nous sommes lourdement trompés de nous fier aux hommes et aux choses créées. Le don de sagesse, donnant à la charité la saveur de Dieu et des choses divines, la met tout en flammes. La prudence serait trop courte et s'abuserait souvent sans le don de conseil. La piété tempère les rigueurs de la justice. La force dans certains périls rendrait assurément les armes à l'ennemi, si le don qui porte son nom ne la soutenait dans le combat. Le don de la crainte est nécessaire à la tempérance, pour réprimer les violentes impétuosités de la concupiscence. »

« De tout cela nous pouvons conclure que les dons du Saint-Esprit, possédés en un haut degré, et non-seulement comme ils se trouvent ordinairement dans les justes avec la grâce, ne nous sont point seulement utiles pour faire excellemment notre salut et arriver à la perfection, mais qu'ils y sont même nécessaires ; que ce sont eux qui font les hommes vraiment spirituels ; que sans eux on ne peut bien se défaire de ses vices, dompter absolument ses passions, arracher les mauvaises habitudes, résister aux rudes assauts de la chair, du monde et du démon, remporter des victoires signalées, faire de grandes choses pour son avancement et pour la gloire de Dieu, et parvenir à la sainteté. »

« Les roues neuves d'un chariot ne tournent qu'avec bruit et avec peine ; mais quand elles sont ointes et huilées, elles vont paisiblement et avec promptitude. C'est ainsi que le Saint-Esprit fait aller les roues de notre âme, c'est-à-dire ses puissances, l'entendement et la volonté, avec l'onction et le baume de ses dons, que l'Église qualifie du nom d'onction spirituelle (Saint-Jure, ch. III, sect. 16, art. 2). »

L'Esprit-Saint, par ses dons, répand en nous la lumière d'une vraie connaissance et la ferveur du saint amour. (Saint Bonaventure)

L'empereur Julien, voulant rendre son apostasie solennelle, fit préparer dans un temple un grand sacrifice aux idoles. Mais, au moment de commencer la cérémonie, le feu de l'autel s'éteignit tout à coup ; les couteaux des prêtres des faux dieux ne purent couper les chairs des victimes, et le sacrificateur, effrayé, s'écria : « Il y a ici quelque Galiléen qui a été nouvellement ou lavé d'eau, ou oint de baume. » (Il voulait dire : ou baptisé, ou confirmé). Alors un jeune page chrétien qui venait de recevoir le sacrement de Confirmation, élevant la voix, lui dit : « C'est moi qui ai fait le signe de la croix et invoqué le nom de Jésus pour attirer cette honte à vos idoles. » L'empereur, qui avait été chrétien, et qui était bien instruit du pouvoir de Jésus-Christ, fut saisi de frayeur. Il appréhenda les effets de la vengeance divine, et sortit du temple couvert de confusion, sans proférer une seule parole. Le courageux soldat de Jésus-Christ rapporta aux chrétiens ce qui venait d'arriver, et ils reconnurent combien ceux en qui habite la vertu de Jésus-Christ par le sacrement de Confirmation, quand on le reçoit dans des dispositions saintes, sont redoutables au démon.

(Les sept dons du Saint-Esprit)


Reportez-vous à Nature du don de Crainte, Nature et excellence des sept dons du Saint-Esprit, Action du Saint-Esprit dans l'Église, Moyens pour obtenir les sept dons du Saint-Esprit, Du Recueillement, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Du Saint-Esprit et de ses opérations en général : Ce qu'est le Saint-Esprit, sa mission temporelle, Prière pour demander au Saint-Esprit la victoire sur le respect humain, Promesse d'observer plus fidèlement à l'avenir les maximes de l'Évangile, Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit, Prière pour demander la grâce de devenir parfait chrétien, Prière pour demander au Saint-Esprit l'abondance de ses grâces, Quelles résolutions prendre au jour de la Pentecôte ?, La Pentecôte : Quel est l'événement dont l'Église célèbre la mémoire en ce jour ?, Méditation pour le Samedi d'après la Pentecôte : Jésus sortant de la synagogue entra dans la maison de Simon, Méditation pour le Vendredi d'après la Pentecôte : Jésus prêchant dans la synagogue, voilà que des hommes apportent un paralytique dans son lit, Méditation pour le Jeudi d'après la Pentecôte : Jésus ayant assemblé ses douze Apôtres, leur donna une puissance et un empire sur tous les démons, Méditation pour le Mercredi d'après la Pentecôte : Quiconque écoute mon Père et se rend docile pour apprendre ce qu'il lui enseigne, vient à moi, Méditation pour le Mardi d'après la Pentecôte : Je suis la porte ; celui qui entrera par moi sera sauvé, Méditation pour le Lundi d'après la Pentecôte : La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, Méditation pour le Dimanche de la Pentecôte : Le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera, Instruction sur le Saint-Esprit, Mission du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Pentecôte, Méditation sur la Fête de la Pentecôte : ils furent tous remplis du Saint-Esprit, Méditation pour la veille de la Pentecôte, Veille de la Pentecôte : Je prierai mon Père, et il vous donnera, pour demeurer éternellement avec vous, un autre consolateur, qui est l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, Méditation pour le Jour de la Pentecôte, Preuves directes de la divinité du Saint-Esprit : noms, attributs et œuvres, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit, Le Saint-Esprit dans l'Ancien Testament, promis et figuré, Le Saint-Esprit prédit, Le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, première création : La Sainte Vierge Marie, Seconde création du Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ, Troisième création du Saint-Esprit : l’Église, Méditation pour le Dimanche de la Sainte Trinité, Neuvaine préparatoire à la Fête de la Pentecôte : Prière pour demander les sept Dons du Saint-Esprit, Méditation pour le Mercredi après la Pentecôte, Méditation pour le Mardi après la Pentecôte, Méditation pour le Lundi de Pentecôte, XIe Dimanche après la Pentecôte : Réflexions pratiques, Accueillir le Saint Esprit de Dieu, Litanie du Saint-Esprit, Méditation pour la Fête de l'Ascension, Instruction sur la Fête de l'Ascension, Méditation pour le Jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel, et il est maintenant assis à la droite de Dieu, Les Apôtres et les Disciples ayant adoré Jésus-Christ, s'en retournèrent remplis de joie à Jérusalem, Quand le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père, l'Esprit de vérité qui procède de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi, Et vous aussi, qui avez été dès le commencement en ma compagnie, vous rendrez témoignage de moi, Je vous ai dit toutes ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point, Un temps viendra où quiconque vous fera mourir, pensera faire un sacrifice à Dieu, Ils vous traiteront de la sorte, parce qu'ils ne connaîtront ni mon Père ni moi, Je vous ai dit ces choses, afin que lorsqu'elles arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites, Actes avant la Confirmation : Prière au Saint-Esprit et Acte de demande, Méditation que les enfants peuvent faire avant de recevoir le sacrement de la Confirmation au Jour de la Pentecôte et Prière pour demander ou pour renouveler en soi la grâce du sacrement de Confirmation.












vendredi 25 février 2022

Le malheur du monde, en ce qu'il ne peut recevoir le Saint-Esprit



Saint Augustin remarque très-bien, que comme le corps naturel de l'homme reçoit uniquement sa vie de l'âme qui l'anime ; de même tous les Chrétiens qui sont le corps mystique de Jésus-Christ, ne vivent tous que de son seul Esprit : et comme le corps naturel meurt à même temps que l'âme en est séparée, aussi le Chrétien tombe dans un état funeste d'une mort la plus horrible de toutes, lorsqu'il perd la grâce et l'amour de Jésus-Christ par le péché. C'est l'état malheureux du monde dans l'abandonnement à ses convoitises, dont l'on peut assurer ce que le Fils de Dieu ordonne de dire de sa part à l'Évêque de l'Église de Sardes : Je sais quelles sont vos œuvres ; vous avez la réputation d'être vivant, quoique vous soyez mort. Ô combien y en a-t-il dans le monde, qui sont des gens pleins d'une grande santé, qui passent leurs jours dans les divertissements et dans les plaisirs, qui se promettent de longues années, et qui devant Dieu sont véritablement morts ! Hélas ! c'est à quoi le monde pense peu, et c'est bien à quoi il devrait penser. Les soins de la santé du corps occupent presque tous les hommes. C'est ce que partout on se demande les uns aux autres. Dès qu'on se rencontre, la première chose dont il est question, c'est de la santé du corps. A l'abord on se demande, Comment vous portez-vous ? Mais combien y en a-t-il de ceux qui répondent qu'ils se portent bien, qui ont perdu la véritable vie, la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ ? Combien y en a-t-il que l'on complimente sur leur bonne santé, à qui l'on devrait donner des larmes sur l'état de leur mort lamentable ? Ô mort infiniment affreuse aux yeux de Dieu et de ses Anges !
Or cette mort arrive, parce que le Saint-Esprit n'habite plus dans l'âme, qui est privée de la grâce sanctifiante par le péché, et qui n'en reçoit plus la véritable vie. Mais le malheur des malheurs du monde, est que non-seulement il n'a pas le Saint-Esprit, mais qu'il ne le peut recevoir. Ce sont les propres paroles du Fils de Dieu, en saint Jean au chapitre quatorze, qui promettant à ses Disciples le Saint-Esprit, leur déclara que le monde ne le peut recevoir ; c'est-à-dire, le monde demeurera dans la corruption, le monde ne cessant point d'être monde, de même que la nuit ne peut pas être le jour, et le jour la nuit. Il faudrait que le monde changeât d'esprits, de sentiments, de maximes, d'inclinations. L'esprit du monde et l'Esprit de Dieu ne sont pas seulement dissemblables, mais entièrement contraires : on ne peut les avoir ensemble, ils sont incompatibles.
C'est ce que saint Jacques, dans son Épître catholique, enseigne admirablement, par l'opposition de la sagesse qui vient du Ciel, de l'Esprit de Dieu, et la sagesse du monde. La sagesse qui vient d'en haut, dit cet Apôtre, est chaste, paisible, modeste, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres ; elle n'est point défiante ni dissimulée : et la sagesse du monde est une sagesse terrestre, sensuelle et diabolique.
La sagesse qui vient du Ciel, du Saint-Esprit, est chaste, paisible, modeste, et détachée de son propre sens : car elle est pure, et élevée au-dessus des sens, qui sait les mortifier et les vaincre, qui prend et se sert des moyens propres à les assujettir à la grâce, ainsi elle crucifie la chaire avec ses convoitises, et rend l'homme obéissant à Dieu, le tenant entièrement sous sa domination et son empire.
Elle est paisible, modeste, détachée de son propre sens, parce qu'elle fuit les contentions, elle se laisse facilement persuader, elle n'est pas opiniâtre, elle est prompte à se soumettre. Ces marques ont toujours servi de règle aux Saints et aux maîtres de la vie spirituelle, pour discerner si les personnes qui étaient en estime d'une sainteté singulière, avaient le véritable esprit de Dieu. Ainsi nous lisons des saints Solitaires, qui ayant appris la vie extraordinaire du bienheureux Siméon Stylite sur sa colonne, lui envoyèrent dire de leur part, qu'il eût à descendre de sa colonne, et à quitter le genre étonnant de vie qu'il menait, avec ordre, s'il résistait, de l'y obliger. Ces Pères ne trouvant point de marques plus assurées de l'esprit de Dieu, que la disposition à se soumettre ; et c'est ce qu'ils trouvèrent d'une manière admirable dans cet incomparable Saint, qui se mit en état d'exécuter l'ordre qu'il recevait, au même temps qu'on le lui eût proposé : et ce qui est très digne de remarque, c'est que ces Solitaires n'étaient pas ses supérieurs. C'est une maxime très-véritable, qu'il ne faut attendre rien de bon d'une personne qui est opiniâtre, propriétaire dans ses exercices de piété, quand elle ferait des miracles. L'Esprit de Dieu est un esprit de soumission et d'obéissance ; et non seulement de volonté, mais d'entendement : car le véritable obéissant ne veut pas seulement se soumettre en faisant ce qui lui est ordonné, mais il croit facilement que ceux qui lui commandent, ont raison, qu'ils sont plus éclairés que lui, qu'il se trompe dans ses pensées.
La sagesse du monde au contraire est terrestre, sensuelle, diabolique ; au lieu que celle de Die vient d'en haut, du Ciel. Celle-ci est toute de la terre ; c'est où elle prend son origine et ses progrès. Comme elle est toute dans l'estime des honneurs, des plaisirs, et des biens de la terre, c'est ce qui fait son occupation, comme nous l'avons remarqué, c'est à quoi elle s'applique, c'est ce qu'elle enseigne ; et ceux qui sont les mieux instruits dans ces affaires de la terre, qui inspirent plus les moyens d'y réussir, et qui y réussissent davantage, passent pour les plus habiles, ce sont les sages du monde. Bien loin d'être paisible, de posséder une véritable paix que Dieu seul donne, que l'âme seule possède, qui lui est entièrement unie, elle est toute dans les guerres qui viennent des cupidités, comme l'enseigne encore l'Apôtre saint Jacques, qui combattent dans le corps par la révolte des sens et des passions, par l'inclination aux voluptés, les membres servant d'armes au péché ; et au-dehors par les contestations et les querelles pour le bien et pour la gloire, qui sont les sources de toutes les guerres.
La sagesse du monde est sensuelle, toute animale, et par suite toute contraire à l'esprit. Dieu proteste dans l'Écriture, que son esprit ne demeurera plus dans l'homme, parce qu'il est chair : mais elle est diabolique, car elle vient du démon. Ainsi elle est fière, orgueilleuse, superbe ; elle marche en choses grandes, elle se porte à ce qui éclaire et ce qui est au-dessus d'elle. Ses yeux sont élevés, et son cœur enflé. Elle présume beaucoup d'elle-même, méprise facilement les sentiments des autres, pense toujours avoir raison, demeure propriétaire dans ses pensées, elle veut toujours l'emporter. Elle a un esprit dominant, une volonté dominante, elle préfère ses pensées à celles des autres, elle veut faire ce que ses pensées lui suggèrent. La superbe règne dans elle, comme dans le diable, d'où elle vient.
C'est cette sagesse diabolique qui est la source de toutes les hérésies, qui ont toutes un esprit particulier, opiniâtre, point de volonté à se soumettre, préférant leurs fausses lumières aux décisions des Papes et de l'Église, s'abusant quelquefois par quelques œuvres éclatantes d'aumônes, de retraite, d'austérités corporelles. C'est ce que l'on a vu dans plusieurs Pères du désert, qui ayant mené une vie angélique, se sont enfin perdus tombant dans l'hérésie, comme il est arrivé à plusieurs à l'égard de l'hérésie des Monothélites. Mais nous l'avons dit, et c'est ce que l'on ne peut jamais assez répéter ; jamais il ne faut attendre rien de bon d'une personne attachée à ses sentiments, opiniâtre dans ses pensées et ses actions, quand d'autre part elle ferait des miracles.
Malheur à vous, dit Dieu par le Prophète Isaïe, qui êtes sages à vos propres yeux, et qui êtes prudents en vous-mêmes. Et il dit en un autre lieu du même Prophète : Je ferai une merveille dans ce peuple ; car la sagesse des sages périra, et la prudence des hommes intelligents sera obscurcie. Malheur à vous qui vous retirez dans la profondeur de vos cœurs. L'Apôtre s'écrie, l'Écriture dit, J'arrêterai les sages dans leurs subtilités. Dieu a connu les pensées des sages, et en a découvert la vanité. Je confondrai la sagesse des sages, et je rejetterai la prudence des prudents. Où sont les Philosophes, les Docteurs de la Loi ? où sont les curieux des secrets de la nature ? C'est pourquoi il assure qu'il ne prêche point la sagesse de ce monde, ni des Princes du monde, c'est-à-dire des Démons. Il déclare que le Saint-Esprit dit clairement que quelques-uns renonceront à la foi, écoutant des esprits d'erreur, et des doctrines de démons ; voilà la sagesse diabolique.
Cette sagesse néanmoins terrestre, sensuelle et diabolique, est la sagesse du monde, si directement contraire à celle de Dieu ; que comme elle est une folie à ses yeux divins, selon la doctrine de l'Apôtre, de même la sagesse de Dieu est une folie aux yeux du monde. C'est par cette folie de la prédication, dit-il, qu'il a plu à Dieu de sauver ceux qui auront la foi : et il écrit de lui-même, qu'on le regardait comme un insensé. Il ne faut pas en être surpris, le serviteur n'est pas au-dessus du maître, dont saint Marc l'Évangéliste, au troisième chapitre de son Évangile, rapporte que ses parents vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il a l'esprit aliéné. Après cela on ne doit pas s'étonner si ceux qui prêchent la pureté de son Évangile, qui enseignent que c'est un bonheur d'être pauvre, d'être misérable dans la vie présente, d'y avoir beaucoup de traverses et de contradictions ; que c'est un malheur d'être riche, et d'y avoir beaucoup d'honneurs et de plaisirs, et qui tâchent avec le secours de leur divin Maître, de prêcher plus ces vérités par leurs actions, que par leurs paroles, sont désapprouvés, sont méprisés, sont quelquefois moqués, si l'on s'éloigne d'eux, si la parenté, les familles les regardent comme des gens qui font tort à leur honneur. Cependant notre Apôtre écrit : Que nul ne se trompe soi-même. Si quelqu'un d'entre vous se croit sage selon le monde, qu'il devienne fou, c'est-à-dire qu'il renonce à la sagesse séculière, pour suivre les maximes du Fils de Dieu qui semblent folie.
Mais à qui le Seigneur donnera-t-il l'intelligence de la parole, dit le Prophète Isaïe ? à des enfants qu'on ne fait que de sévrer ? Ce ne sera pas aux superbes, mais ce sera à ceux qui ont la simplicité et l'innocence des enfants. Notre bon Sauveur rend grâces à son Père, de ce qu'il a caché les choses qu'il enseigne, aux sages et aux prudents ; car il les laisse dans leur aveuglement que leur cause leur orgueil, et de ce qu'il les a découvertes aux petits. Il ne les fait connaître et goûter intérieurement qu'aux simples et aux humbles. Il rend grâces à son Père, de ce que tel est son plaisir. Et saint Luc nous apprend que, lorsqu'il dit ces paroles, à cette heure-là même son esprit eut un transport de joie. Son plaisir, comme celui de son Père, est de s'entretenir avec les simples, et de leur découvrir ses secrets.
C'est ce qu'il a fait dès le commencement de l'établissement de l'Évangile, se communiquant à de pauvres pêcheurs, et se servant d'eux pour enseigner sa doctrine à toute la terre. C'est ce qu'il a fait dans la suite des siècles ; et on ne peut assez admirer les hautes et divines lumières qu'il a données aux Brigittes, aux Thérèses, et à d'autres personnes simples et sans lettres. Le Père Ribera de la Compagnie de Jésus, personnage d'une rare érudition, aussi-bien que d'une piété singulière, rapporte dans la vie qu'il a écrite de sainte Thérèse, que recevant plusieurs ordres de Dieu pour les dire de sa part, et la Sainte lui disant avec humilité, qu'elle s'étonnait de ce qu'il ne s'adressait pas aux doctes et savants, il lui répondit : Ma fille, ils ne me croiraient pas. Il parlait sans doute des doctes suffisants en eux-mêmes, et non pas des Savants qui sont humbles. Saint Jean, au Chapitre septième de son Évangile, écrit que les Archers envoyés par les Chefs des Prêtres et par les Pharisiens, étant retournés vers eux sans se saisir de la personne de notre Seigneur, et leur ayant dit, Jamais homme ne parla comme cet homme ; les Pharisiens leur répliquèrent, Êtes-vous aussi de ceux qui vous êtes laissés séduire ? Y-a-t-il quelqu'un des Magistrats ou des Pharisiens qui ait cru en lui ? ils ajoutèrent qu'il n'y avait que la populace. Il faut être humble, non seulement de paroles et à l'extérieur, mais il faut être humble de cœur pour recevoir l'esprit de Dieu et ses vérités. L'Apôtre saint Jacques dit de plus, que la sagesse qui vient du Ciel, n'est ni défiante ni dissimulée. Elle est toute sincère, elle fait marcher simplement sans aucuns détours. Elle parle comme elle pense, à la différence de la sagesse diabolique des hérétiques, qui cachent leur doctrine, qui la déguisent ; qui dans les apparences, quand ils craignent les Puissances Écclésiastiques ou Séculières, font profession des vérités catholiques, usant d'artifices, de restrictions, se réservant à se produire dans les temps qu'ils espèrent leur être favorables.

(Le malheur du monde, M. Boudon)


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dimanche 1 août 2021

Avantages que produit la crainte de Dieu


Job rétabli dans sa propérité

Afin que nous connaissions encore mieux le mérite de cette crainte salutaire, et que nous nous efforcions toujours de plus en plus de la conserver dans notre cœur, nous détaillerons ici quelques-uns des avantages qu'elle procure. Premièrement cette crainte, loin de nous faire perdre la confiance et d'abattre notre courage, ne sert au contraire qu'à le fortifier, et à nous relever, lorsque nous sommes faibles ; parce que semblable à l'humilité, elle porte celui qui en est bien pénétré, à se défier de lui-même, et à mettre toute sa confiance en Dieu. Au commun des hommes la hardiesse donne des forces, et la peur les rend faibles ; mais ici c'est la hardiesse qui rend les hommes faibles, et la crainte de Dieu au contraire leur donne des forces, suivant ces paroles du Sage : C'est dans la crainte de Dieu que consiste la confiance et la force :  parce que celui qui craint véritablement Dieu, ne voit rien d'ailleurs qu'il puisse craindre ; toutes les oppositions des mondains lui paraissent trop méprisables, pour s'en faire un sujet d'appréhension : Celui qui craint le Seigneur, dit l'Écriture, n'aura peur de rien, il ne craindre rien, parce que le Seigneur est son espérance.
Un autre avantage est que la crainte de Dieu ne cause aucun chagrin, aucune amertume : elle ne fait aucune peine à l'esprit, elle ne lui cause aucun embarras, elle lui inspire au contraire une douce tranquillité et une joie pure. La crainte qu'ont quelquefois les gens du monde de perdre leurs biens ou leur honneur, et la crainte servile de la mort et de l'enfer, causent véritablement des inquiétudes, du chagrin et de la douleur ; mais cette crainte filiale que des Chrétiens bien nés ont de plaire à leur souverain Père, entretient leur âme dans une joie sainte, et attendrit continuellement leur cœur par les actes d'amour de Dieu qu'elle leur fait continuellement produire. Ne permettez pas, Seigneur, lui dit-on alors, que rien ne me sépare jamais de vous... Faites, ô mon Dieu ! que je meure mille fois plutôt que de vous offenser. La crainte de Dieu, dit l'Écriture, est la gloire même, et le comble de toute sorte de gloire : c'est la joie même, et l'accomplissement de toute sorte de joie... La crainte de Dieu réjouira le cœur : elle donnera du plaisir et de la joie, elle fera vivre longtemps... Celui qui craint, sera heureux à la fin de ses jours, et il sera béni au jour de sa mort.
Voyez avec quelle abondance de paroles, et avec quelle variété d'expressions le Sage parle ici de la joie et de la satisfaction que porte avec soi la crainte de Dieu. Ce n'est pas une crainte qui nous fasse trembler, comme des esclaves qui craignent le châtiment ; c'est une crainte qui naît de l'amour : plus on aime Dieu, plus aussi on craint de l'offenser et de lui déplaire. C’est ainsi que plus un enfant bien né aime son père, plus il s'applique à prévenir ses désirs ; et que plus une femme vertueuse a de tendresse pour son mari, plus elle s'attache à lui plaire, et plus elle est attentive à éviter ce qui pourrait lui faire la moindre peine.
En un mot, toutes les louanges que l’Écriture Sainte donne aux humbles, et tous les avantages qu'elle leur attribue, elle les donne également à ceux qui ont la crainte du Seigneur, et presque dans les mêmes termes. Car si elle dit que Dieu arrête ses regards sur les humbles et sur les pauvres, elle dit aussi, que les yeux du Seigneur veillent sur ceux qui le craignent : si elle dit qu'il élève les humbles, et qu'il les comble de biens, elle dit pareillement que sa miséricorde éclate de race en race sur ceux qui le craignent, et que ceux qui craignent Dieu, seront grands auprès de lui en toutes choses.
Enfin, tout ce que le Sage dit de l'excellence de la sagesse, il l'applique presque toujours à la crainte de Dieu, en disant que la crainte de Dieu est la véritable sagesse. Job parle aussi dans les mêmes termes de cette crainte salutaire : la crainte de Dieu, dit-il, est la sagesse même. Ainsi nous voyons que tout ce qui s'est dit de la sagesse, nous pouvons aussi avec autant de raison le dire de la crainte de Dieu. Il y a encore plus ; car le Sage dit que la consommation de la sagesse est de craindre Dieu : et dans un autre endroit, après s'être écrié : Que celui-là est grand qui a trouvé la sagesse et la science ! il ajoute aussitôt : Mais il n'est pas plus grand que celui qui craint le Seigneur... La crainte Dieu excelle par-dessus toute chose... Heureux l'homme, à qui il est donné d'avoir la crainte de Dieu ! À qui pourra-t-on comparer celui qui l'a véritablement dans le cœur ?

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à De la crainte de Dieu : et que cette crainte salutaire est un souverain remède contre les tentations d'impureté, De la crainte de Dieu, Méditation sur la crainte de Dieu, et De la reformation de la crainte.












mercredi 30 juin 2021

Méditation pour la Commémoraison de Saint Paul


MÉDITATION


Pour la Commémoraison


de SAINT PAUL


(30 juin)


Saint Paul en prison

Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et la grâce n’a pas été sans fruit en moi.


I. PRÉLUDE.
— Me représenter saint Paul dans les chaînes.

II. PRÉLUDE. — Saint Apôtre, prévenu de tant de grâces, et si fidèle à les faire valoir, obtenez-moi de servir Dieu avec un zèle et une générosité dignes de ses bienfaits et de son amour.

1. POINT. — Dieu fit part à saint Paul de tous ses trésors.

Il y a en Dieu, trois trésors, où tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire sont renfermés. Le premier est un trésor de puissance, qui appartient au Père ; le second est un trésor de sagesse, qui est attribué au Fils ; le troisième est un trésor de miséricorde, qui est approprié au Saint-Esprit. Or notre divin Maître, voulant répandre sur saint Paul une riche effusion de grâces, le fit participer à ces trois trésors ineffables : au trésor de la miséricorde par sa conversion, qui de persécuteur le changea en apôtre ; à celui de la sagesse, par les lumières divines qu'il reçut, surtout dans son ravissement au troisième ciel, car ce fut là qu'il apprit des secrets que la langue d'un homme mortel ne peut expliquer ; enfin il participa au trésor de la puissance divine, par le choix que Dieu fit de lui pour opérer la conversion des Gentils, et assurer le succès de ses prédications par une multitude de prodiges. Saint Apôtre, de quelles libéralités n'avez-vous pas été l'objet ? Ah ! je vous en conjure, intercédez pour moi auprès de Jésus-Christ ; priez-le de m'ouvrir le trésor de sa puissance, pour surmonter tous les obstacles qui m'empêchent de faire le bien ; et le trésor de sa sagesse, pour régler ma conduite selon les maximes de l'Évangile. Priez-le, en mot de m’ouvrir son Cœur, source inépuisable de grâces, de force et de lumière.

II. POINT. — Saint Paul correspondit fidèlement à toutes les grâces de Dieu.

Saint Paul, prévenu de tant de bienfaits, les mit fidèlement en usage pour le salut des âmes et sa propre perfection. Il profita avantageusement du trésor de la miséricorde, en quittant tout pour suivre Jésus-Christ. Dès le premier reproche que ce divin Maître lui fit entendre, il se dégagea de l'amour de la chair et du sang, se défit de l'attachement au monde, se déchargea du fardeau de ses péchés, renonça à tout plaisir des sens, méprisa le respect humain, enfin se quitta lui-même pour n'être plus qu’à Jésus-Christ et ne vivre que pour sa gloire. Il fit de même un saint usage des deux autres trésors ; qui lui furent communiqués en prêchant aux Gentils, et pratiquant avec autant de sagesse que de force les maximes évangéliques qu’il enseignait comme maître de l’univers. Je dois, à l'exemple de ce grand Apôtre, mettre à profit les grâces du Seigneur ; je dois glorifier sa grâce et sa miséricorde par le renouvellement entier de tout moi-même, sa sagesse par un abandon sans réserve entre ses mains, sa puissance par une entière fidélité à la grâce, un grand courage à accomplir tous les desseins de son amour.

COLLOQUE avec le divin Cœur de Jésus. — Lui rendre grâces pour les faveurs de choix qu’il a accordées à saint Paul. — Lui offrir les mérites de ce grand apôtre. — Le supplier par son intercession de me faire part aussi de ses trésors, et de m’aider à les mettre fidèlement en usage.

RÉSOLUTIONS. — Suivre fidèlement toutes les inspirations de la grâce.

BOUQUET SPIRITUEL. — Faites, Seigneur, que je puisse dire avec votre saint Apôtre : Ce n’est plus moi qui vit, c'est Jésus-Christ qui vit en moi.

PRIÈRE.Âme de mon Jésus...


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samedi 6 mars 2021

LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION, ET APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME



LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION

« La Sagesse a commencé d’éclater hors du sein de Dieu… lorsqu’elle a fait la lumière, le Ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c’est-à-dire la Sagesse Éternelle : Omnia per ipsum facta sunt (I, 3). Elle est la mère et l’ouvrière de toutes choses : Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia… (Sap. VII, 12 et 21).
Cette Beauté souverainement droite, après avoir créé le monde, y a mis la belle ordonnance que nous admirons. Elle a séparé, elle a composé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui est. Elle a étendu les Cieux ; elle a placé le soleil, la lune, les étoiles et les planètes avec ordre. Elle a posé les fondements de la terre ; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux ondes jaillissant des hauteurs. Elle a formé les montagnes ; elle a tout pesé et balancé jusqu’aux fontaines. Enfin, dit-elle, j’étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite que c’était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et divertir mon Père : Cum eo eram cuncta componens ; et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, uldens in orbe terrarum (Prov. VIII, 30, 31).
Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures de l’univers. Car, sans parler des différentes espèces d’anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre ; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d’instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits ! Quis sapiens, et intelliget haec ? (Ps. CVI, 43). Qui est celui à qui la Sagesse s’est communiquée ? Celui-là seul aura l’intelligence de ces mystères de la nature.
La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies, et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l’ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu’ils en tombaient dans l’extase et le ravissement » (ASE, N° 31-34).
Admirer dans la nature, au cours des saisons comme au long des jours, ces merveilles de l’Éternelle Sagesse ; en profiter chaque fois pour la remercier, la bénir d’un élan du cœur, c’est porter en soi une âme d’oraison.
 
« Si la puissance et la douceur de la sagesse Éternelle a tant éclaté dans la création, la beauté et l’ordre de l’univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l’homme, puisqu’il est son admirable chef-d'œuvre, l’image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son représentant unique sur la terre : Sapientia tua fecisti hominem, ut dominaretur omni creaturae quae a te facta est (Sap. IX, 2) » (N° 35).
Saint Louis-Marie de Monfort écrit ici, à la gloire de cette puissante Ouvrière, une page magnifique sur la beauté et l’excellence originelle de l’homme : « Elle fit, pour ainsi dire, des copies et expressions brillantes de sont entendement, de sa mémoire et de sa volonté, et les donna à l’âme de l’homme pour être le portrait vivant de la Divinité. Elle alluma dans son cœur un incendie de pur amour pour Dieu ; elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges et des autres créatures.
« Tout dans l’homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillures, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures ; il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l’immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son cœur sans crainte de la mort, par lequel il l’aimait continuellement sans relâche, et purement pour l’amour de lui-même. Enfin, il était si divin, qu’il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu’il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre ! O libéralité de la Sagesse Éternelle envers l’homme ! O heureux état de l’homme dans son innocence ! » (N° 37-38).
Mais voilà que l’homme pèche et perd cette innocence, cette beauté, cette immortalité. Il perd tous les biens qu’il avait reçus. Il se voit condamné à la mort, chassé du paradis terrestre et de la présence de Dieu. Il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec sa postérité ; il voit le Ciel fermé et l’enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l’un et fermer l’autre.
Que va faire la Sagesse Éternelle ?


LA SAGESSE ÉTERNELLE APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME

« Elle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d’honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d'œuvre détruit, son représentant sur la terre renversé. Elle prête tendrement l’oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son cœur et l’affliction de son âme.
« Il me semble voir cette aimable Souveraine rappeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité, pour réparer l’homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, se livre une espèce de combat entre la Sagesse Éternelle et la Justice de Dieu.
« La Sagesse dit qu’à la vérité l’homme mérite, par son péché, le sort des anges rebelles, mais qu’il faut avoir pitié de lui, parce qu’il a plus péché par faiblesse et ignorance que par malice. Elle représente, d’un côté, que c’est un grand dommage qu’un chef-d'œuvre si accompli demeure pour jamais l’esclave de son ennemi, et que des millions d’hommes soient à jamais perdus par le péché d’un seul. Elle montre, de l’autre, les places du Ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu’il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l’éternité si l’homme est sauvé.
« La Justice répond que l’arrêt de mort est porté contre l’homme et ses descendants, et qu’il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde… ; que l’homme est un ingrat pour les bienfaits qu’il a reçus, qu’il a suivi le démon en sa désobéissance et son orgueil, et qu’il le doit suivre sans ses châtiments, parce qu’il faut nécessairement que le péché soit puni.
« La Sagesse Éternelle, voyant qu’il n’y avait rien dans l’univers qui fût capable d’expier le péché de l’homme, de payer la Justice et d’apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver l’homme qu’elle aimait d’inclination, trouve un moyen admirable. Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu’à l’excès, cette aimable et souveraine Princesse s’offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l’esclavage du démon et des flammes de l’enfer, et nous mériter une éternité de bonheur.
« Son offre est acceptée. Le conseil en est pris et arrêté : la Sagesse Éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées » (N° 41-46).
 
En attendant ce temps de son Incarnation, elle témoignera de toutes manières, aux descendants d’Adam, l’amitié qu’elle leur porte, le grand désir qu’elle a de leur communiquer ses faveurs et de s’entretenir avec eux : « Mes délices, a-t-elle dit, sont d’être avec les enfants des hommes ». Deliciae meae esse cum filiis hominum (Prov. VIII, 34).
De la sorte, elle a préservé de la damnation tous ceux qui ont eu foi en sa venue. Elle a conservé Adam et l’a délivré de sa faute par le repentir et l’expiation. Lorsque le déluge inonda la terre à cause de Caïn et de sa descendance perverse, elle sauva encore le monde en gouvernant le juste Noé, toujours docile à ses ordres. Avant Noé et après lui, c’est elle qui forma tous les saints Patriarches, gardiens et transmetteurs de la Révélation primitive.
Lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s’abandonner au mal, elle s’est préparé, en la personne d’Abraham, un peuple de croyants. Elle le retira de la Chaldée, son milieu d’origine, pour le fixer en terre chananéenne, dans ce pays qui la verrait s’incarner (Sap. X).

L’auteur de l’Ecclésiastique (ch. XXIV) nous la montre établissant sa résidence en Israël, chez le peuple élu :

Chez tous les peuples et toutes les nations, j’ai régné.
Parmi eux tous j’ai cherché le repos,
J’ai cherché en quel patrimoine m’installer.
Alors le Créateur de l’univers m’a donné un ordre,
Celui qui m’a créée m’a fait dresser ma tente.
Il m’a dit : Installe-toi en Jacob,
Entre dans l’héritage d’Israël.
Dans la Tente sainte, en sa présence, j’ai officié ;
C’est ainsi qu’en Sion je suis établie,
Et que dans la cité bien-aimée
J’ai trouvé mon repos,
Qu’en Jérusalem j’exerce mon pouvoir.
Établie en Israël, la Sagesse y a vigoureusement poussé ses racines :
Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire,
Dans le domaine du Seigneur, en son patrimoine.


Elle y a pris des accroissements magnifiques. Elle y a porté des fruits incomparables de sainteté. Pour les décrire, l’auteur inspiré a recours aux comparaisons les plus poétiques, qu’il continue de placer dans la bouche de la Sagesse :

J’ai grandi comme le cèdre du Liban,
Comme le cyprès sur le mont Hermon.
J’ai grandi comme le palmier d’Engaddi,
Comme les plants de roses de Jéricho,
Comme un olivier magnifique dans la plaine,
J’ai grandi comme un platane.
Après ces comparaisons avec les arbres les mieux venus, ou dont les fruits sont les plus appréciés, en voici d’autres avec les parfums végétaux les plus recherchés :
Comme le cinnamonme et l’apalathe
J’ai donné du parfum,
Comme une myrrhe de choix, j’ai embaumé,
Comme du glabanum, de l’onyx et du stacte,
Comme la vapeur d’encens dans la Tente.
Enfin, deux dernières comparaisons nous disent sa prodigieuse fécondité :
J’ai étendu mes rameaux comme le térébinthe,
Ce sont des rameaux de gloire et de grâce.
Je suis comme une vigne aux pampres charmants,
Et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse.


Aussi, voyons-nous sortir de ce peuple privilégié d’illustres et saints personnages comme Moïse, Samuel, Élie, Élisée ; des poètes de génie qui nous ont laissé les Psaumes et les Livres sapientiaux ; de grands Voyants dont nous admirons les écrits prophétiques. L’Église s’en sert tout au long de son année liturgique.
Entre les cinq Livres sapientiaux, celui de « La Sagesse », composé au 1er siècle avant Jésus-Christ, a immédiatement préparé l’Évangile. Il déborde d’éloges sur les excellences, les beautés, les amabilités de la Sagesse Éternelle, et sur le désir qu’elle a de gagner le cœur de l’homme. Ce Livre, nous dit Montfort, a été écrit exprès pour cela : il faut le considérer comme une lettre d’une amante à son amant pour gagner son affection. Les désirs qu’elle y témoigne du cœur de l’homme sont si empressés, les recherches qu’elle y fait de son amitié sont si tendres, ses appels et ses vœux y sont si amoureux, qu’à l’entendre parler vous diriez qu’elle n’est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu’elle a besoin de l’homme pour être heureuse.
Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands chemins ; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes ; tantôt elle vient aux portes des villes ; tantôt elle entre jusque dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu’elle peut : O hommes ! O enfants des hommes, c’est à vous que ma voix crie depuis si longtemps. O viri, ad vos clamito, et vox mea ad filios hominum (Prov. VIII, 4). C’est vous que je désire, c’est vous que je cherche, c’est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi : je veux vous rendre heureux…
Et comme si les hommes craignaient encore, à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine, de s’approcher d’elle… elle leur fait dire qu’elle est d’un accès facile ; qu’elle se laisse aisément voir à ceux qui l’aiment ; qu’elle prévient ceux qui la désirent ; qu’elle se montre à eux la première, et que celui qui se lèvera matin, pour la chercher, n’aura pas beaucoup de peine, car il la trouvera assise à sa porte. (ASE, N° 65, 66, 69).
 
Cependant, si malgré ces désirs empressés de la Sagesse Éternelle, des milliers d’années se sont écoulées avant son Incarnation, c’est que la réponse des hommes n’avait pas encore assez de force pour l’attirer du sein de son Père.
Les saints de l’ancienne Loi, il est vrai, ont demandé le Messie avec d’instantes prières. Ils gémissaient, ils pleuraient, ils s’écriaient : O nues, pleuvez le Juste ! O terre, germez le sauveur ! O Sagesse qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut… venez nous délivrer (Grande Antienne de l'Avent). Mais leurs appels et leurs sacrifices n’étaient pas d’un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces. Le peuple élu lui-même, malgré les avertissements, les remontrances de ses Prophètes, s’était montré tant de fois prévaricateur. Et le monde, au dire de saint Augustin, l’immense monde païen était indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père.
Il n’y a eu que l’humble Marie qui ait mérité, par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus, de voir le Verbe éternel, la Sagesse Éternelle, se faire homme en son sein. Ce qui nous montre quel Trésor infini est cette divine Sagesse, et quel ardent désir nous devons voir de la posséder, à l’exemple du Père de Montfort qui chantait :

Digne Mère de Dieu, Vierge pure et fidèle,
Communiquez-moi votre foi ;
J’aurai la Sagesse par elle,
Et tous les biens viendront en moi.
Sagesse, venez donc par la foi de Marie,
Vous n’avez pu lui résister ;
Elle vous a donné la vie,
Elle vous a fait incarner
.
(Cant. N° 74)

(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)


Reportez-vous à Élévation à Dieu à la vue de ses créaturesDieu béni dans les oiseaux, ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Nous sommes des grands blessés, Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Sur la vaine curiosité, L'inimitié entre Satan et Marie, La terre se couvrit de ronces et d'épines, et Je comparerai mes péchés aux péchés d'Adam.












samedi 2 janvier 2021

Les attraits de la Sagesse incarnée


Rencontre de Jésus et Saint Jean-Baptiste



LES ATTRAITS DE LA SAGESSE INCARNÉE



Comme nous allons le voir, Montfort les ramène tous à cette constante DOUCEUR qui rayonnait de son Humanité sainte.

La douceur de son TEMPÉRAMENT. Elle est née de la plus douce, de la plus tendre et de la plus belle de toutes les mères. Expliquez-moi la douceur de Jésus. Expliquez-moi auparavant la douceur de Marie, sa Mère, à qui il ressemble dans la douceur du tempérament. Jésus est l’enfant de Marie, et, par conséquent, il n’y a en lui ni fierté, ni rigueur, ni laideur, et encore infiniment moins que dans sa Mère, puisqu’il est la Sagesse Éternelle, la douceur et la beauté même.

« Les Prophètes à qui, par avance, cette Sagesse Incarnée a été montrée, la nomment une brebis et un agneau de douceur : Agnus mansuetus (Jér., XI, 19). Ils prédisent qu’à cause de sa douceur, elle n’achèvera pas de rompre un roseau demi rompu, ni d’éteindre une mèche encore fumante : calamum quassatum non conteret, et linum fumigans non extinguet (Is. XLII, 3). C’est-à-dire qu’elle aura tant de douceur que, lorsqu’un pauvre pécheur serait à demi brisé, aveuglé et perdu par ses péchés, elle ne le perdra pas à moins qu’il ne l’y contraigne.

« Saint Jean-Baptiste, qui fut près de trente ans dans les déserts pour y mériter, par ses austérités, la connaissance et l’amour de cette Sagesse Incarnée, ne l’eut pas plus de vue, qu’il s’écria, en la montrant du doigt à ses disciples : Ecce Agnus Dei… Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde (Jean, I, 29). Il ne dit pas, comme il semblait devoir dire : Voilà le Très-Haut, voilà le Roi de gloire, voilà le Tout-Puissant ; mais comme il le connaissait plus qu’aucun homme qui ait été et qui sera jamais : Voilà l’Agneau de Dieu, voilà cette Sagesse Éternelle qui, pour charmer les cœurs et remettre nos péchés, a uni en soi toute la douceur de Dieu et de l’homme, du Ciel et de la terre ».

La douceur de son NOM. « Jésus est le nom propre de la Sagesse Incarnée. Que nous marque ce nom, si ce n’est une charité ardente, un amour infini et une douceur charmante ? Jésus, Sauveur, celui qui sauve l’homme, dont le propre est d’aimer et de sauver l’homme !

Nil canitur suavius,
Nil auditur jucundius,
Nil cogitatur dulcius
Quam Jesus, Dei Filius
.

« Aucun chant plus suave, aucune voix plus agréable, aucune pensée plus douce que Jésus, le Fils de Dieu.

« Oh, que ce nom de Jésus est doux à l’oreille et au cœur d’une âme prédestinée : c’est un miel très doux à la bouche, une mélodie agréable à l’oreille et une jubilation parfaite au cœur. Mel in ore, in aure melos, in corde jubilus (Saint Bernard) ».

La douceur de son VISAGE. « Ce très aimable Sauveur a un visage si doux et si débonnaire, qu’il charmait les yeux et les cœurs de ceux qui le voyaient. Les pasteurs, qui vinrent le voir dans l’étable, étaient tous si charmés de la douceur et de la beauté de son visage qu’ils demeuraient des jours entiers comme hors d’eux-mêmes à le regarder. Les rois eux-mêmes n’eurent pas plus tôt senti les traits amoureux de ce bel Enfant que, déposant toute fierté, ils tombèrent sans peine au pied de la crèche. Combien de fois se dirent-ils l’un à l’autre : Amis, qu’il est doux d’être ici ! On ne trouve point, dans nos palais, des plaisirs semblables à ceux qu’on goûte en cette étable à voir ce cher Enfants-Dieu.

« Jésus étant encore fort jeune, les personnes affligées et les enfants venaient, de tous les lieux circonvoisins, le voir pour se réjouir, et ils s’entre disaient : Allons voir le petit Jésus, le bel Enfant de Marie. La beauté et la majesté de sa face, dit saint Jean Chrysostome, était si douce et si respectable tout ensemble, que ceux qui le connaissaient ne pouvaient s’empêcher de l’aimer… Quelques auteurs assurent que, si les soldats romains et les Juifs lui voilèrent le visage, ce n’était que pour le souffleter et le maltraiter plus aisément, parce qu’il sortait de ses yeux et de son visage un éclat de beauté si doux et si ravissant qu’il désarmait les plus cruels ».

La douceur de ses PAROLES. « On ne l’a jamais entendu crier ni disputer, comme les Prophètes avaient prédit : Non contendet neque clamabit, neque audiet aliquis in plateis vocem ejus (Is., XLII, 2 ; Mat., XII, 19). Tous ceux qui l’écoutaient sans envie étaient si charmés des paroles de vie qui sortaient de sa bouche, qu’ils s’écriaient : Nunquam sic locutus est homo sicut hic homo (Jean, VII, 46) ; et ceux même qui le haïssaient, tout surpris de l’éloquence et de la sagesse de ses paroles, demandaient : Unde hui sapientia haec ? (Mat. XIII, 54). Jamais homme n’a parlé avec tant de douceur et de grâce. Où est-ce qu’il a reçu une telle sagesse dans ses paroles ?

« Plusieurs milliers de pauvres gens quittaient leurs maisons et leurs familles pour aller l’écouter jusque dans les déserts, passant plusieurs jours sans boire et sans manger, rassasiés de la douceur de sa seule parole. Ce fut par la douceur de ses paroles qu’il attira, comme avec un appât, ses apôtres à sa suite, qu’il guérit les malades les plus incurables et qu’il consola les plus affligés. Il ne fit que dire à Marie-Magdeleine toute désolée ce seul mot : Marie, et il la combla de joie et de douceur ».

La douceur de ses ACTIONS. « Jésus enfin est doux en ses actions et en toute la conduite de sa vie : Bene omnia fecit (Marc, VII, 37) ; il a bien fait toutes ses actions, c’est-à-dire que tout ce qu’a fait Jésus-Christ est fait avec tant de justesse, de sagesse, de sainteté et de douceur, qu’on n’y peut remarquer aucun défaut ni aucune difformité…

« Les pauvres et les petits enfants le suivaient partout comme leur semblable. Ils voyaient en ce cher Sauveur tant de simplicité, de bénignité, de condescendance et de charité, qu’ils faisaient la presse pour l’approcher. Un jour qu’il était à prêcher, les enfants s’empressèrent auprès de lui. Les apôtres les repoussaient. Jésus reprit ses apôtres et leur dit : Laissez venir à moi ces chers petits enfants (Marc, X, 14). Puis il les embrassa et les bénit en leur imposant les mains. Oh ! quelle douceur et quelle bénignité.

« Les pauvres, le voyant habillé pauvrement et simple en toutes ses manières, sans faste et sans fierté, ne se plaisaient qu’en sa compagnie, prenaient partout sa défense contre les riches et les orgueilleux qui le calomniaient et le persécutaient ; et lui, de son côté, leur donnait en toute rencontre mille louanges et bénédictions.

« Mais qui pourra expliquer la douceur de Jésus envers les pauvres pécheurs ! Avec quelle douceur il traitait Magdeleine la pécheresse ! Avec quelle douce condescendance il convertit la Samaritaine ! Avec quelle miséricorde il pardonnait à la femme adultère ! Avec quelle charité allait-il manger chez les pécheurs publics pour les gagner ! Ses ennemis ne prirent-ils pas occasion de cette grande douceur pour le persécuter, en disant qu’il faisait par sa douceur transgresser la loi de Moïse, et en l’appelant comme par injure l’ami des pécheurs et des publicains ? Avec quelle bonté et humilité tâcha-t-il de gagner le cœur de Judas qui le voulait trahir, en lui lavant les pieds et en l’appelant son ami ! enfin, avec quelle charité demanda-t-il pardon à Dieu son Père pour ses bourreaux, en les excusant à cause de leur ignorance !…

« Et qu’on ne s’imagine pas que Jésus, pour être maintenant triomphant et glorieux, en soit moins doux et condescendant. Au contraire, sa gloire perfectionne, en quelque manière, sa douceur : il n’a pas tant de désir de paraître que de pardonner, d’étaler les richesses de sa gloire que celles de ses miséricordes.

« Quand cette Sagesse incarnée et glorieuse s’est montrée à ses amis, elle leur a apparu non d’une manière tonnante et foudroyante, mais d’une manière douce et bénigne ; elle n’a pas pris la majesté d’une souveraine et du Dieu des armées, mais la tendresse d’un époux et la douceur d’un ami. Elle s’est quelquefois fait voir dans l’Eucharistie ; mais je ne me souviens pas avoir lu qu’elle y soit apparue autrement que sous la forme d’un doux et bel enfant…

« Après cela, n’aimerons-nous pas cette Sagesse Éternelle qui nous a plus aimés et nous aime encore plus que sa vie, et dont la beauté et la douceur surpassent tout ce qu’il y a de plus beau et de plus doux au ciel et sur la terre ! » (ASE N° 118 à 128 et 131).

On sait que, pendant la mission qu’il donnait à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en avril 1716, le Père de Montfort fut brusquement terrassé par la maladie. Se sentant cette fois frappé à mort, il voulut néanmoins monter en chaire, en raison de la présence de Mgr de Champflour, évêque de la Rochelle, venu présider l’une des cérémonies. Tremblant de fièvre, la poitrine oppressée, haletante, il parla sur la douceur de Jésus, et avec un tel amour, en des termes si pleins d’onction que tout l’auditoire fondit en larmes.

Ce fut son dernier sermon. Nous en avons toute la substance dans les pages que nous venons de méditer.


LES ORACLES DE LA SAGESSE INCARNÉE



Plus encore que par sa mansuétude, Jésus se révèle la sagesse Incarnée dans ses Oracles évangéliques. Aussi Montfort a-t-il recueilli et rassemblé les plus propres à maintenir nos esprits en face du sérieux de cet enseignement. Il se contente de rapporter les paroles du divin Maître, sans y mêler aucun commentaire ; mais le choix des textes et leur ordonnance heureuse prouvent combien son âme les a pesés et médités avant de nous les livrer.

Nous allons donc entendre la Sagesse Éternelle nous parler, non plus par les Patriarches et les Prophètes de l’ancienne Loi, ni dans les immortelles sentences des livres sapientiaux ; mais directement par elle-même, en un langage qui sonne à nos oreilles. En Jésus-Christ, c’est le Verbe, Sagesse substantielle et personnelle, qui a parlé aux hommes.

Partant du principe fondamental posé par cette Sagesse infinie, à savoir que, pour être son disciple, il faut se renoncer jusqu’à la croix (Luc, IX, 32), garder ses commandements (Jean, XIV, 23), chercher la paix avec nos frères (Mat., V, 23), Montfort entre aussitôt avec le Christ dans le détail des renoncements exigés :

- renoncement aux affections charnelles (Luc, XIV, 26) ;
- renoncement aux biens de ce monde (Mat., XIX, 21, 29) ;
- renoncement à la volonté propre (Mat., VII, 21, 24) ;
- renoncement à toute duplicité : se convertir et devenir comme des enfants (Mat., XVIII, 3) ;
- renoncement à l’esprit de violence et d’orgueil : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes (Mat. XI, 29).

Pour réaliser ces renoncements, toujours durs à la nature, il faudra prier de la manière recommandée par la Sagesse (Mat. VI, 5, 7-8 ; Marc, XI, 24-25) ;

Il faudra savoir maîtriser ses sens par le jeûne (Mat. VI, 16), et réparer le passé par la pénitence (Luc, XV, 7 ; V, 32) ;
Il faudra trouver son bonheur sans les persécutions du monde (Mat. V, 10 ; Luc, VI, 22-23). Si le monde vous hait et vous persécute, sachez qu’il m’a eu en haine le premier… (Jean, XV, 18-19).

Bien des fois, nous serons tentés de découragement. Mais la Sagesse n’est-elle pas là pour nous soutenir, nous consoler ? Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et chargés, et je vous consolerai (Mat., XI, 28).

N’est-elle pas le Pain de vie, capable de nous fortifier ? (Jean, VI, 51-52, 56-57).

Ne prend-elle pas soin de nous, quand les hommes nous font souffrit ?… Je vous promets que pas un cheveu de votre tête ne tombera que je n’en aie soin (Luc, XXI, 17-18).

Nous n’avons donc rien à craindre, pourvu toutefois qu’elle soit l’unique Souveraine de notre cœur, car personne ne peut servir deux maîtres à la fois…(Mat. VI, 24) ; et l’homme vaut ce que vaut son codeur. Si le cœur est mauvais, rien de bon n’en sortira (Mat., XV, 19-20 ; XII, 35).

Suivent quelques Conseils, dictés pareillement par l’Éternelle Sagesse :

Ne jamais regarder en arrière (Luc, IX, 62) et faire confiance au Sauveur (Luc, XII, 7 ; Jean, III, 17).

Aimer vivre dans la Lumière (Jean, III, 20) car Dieu est Esprit…(Jean, III, 20), et… la chair ne profite de rien… (Jean, VI, 64), et quiconque fait le péché se rend esclave du péché… (Jean, VIII, 34-35) ; mais celui qui est fidèle dans les petites choses comme dans les plus grandes (Luc, XVI, 10), celui-là fait des œuvres de lumière… (Mat., V, 16).

Rechercher une justice abondante, plus que celle des scribes et des pharisiens (Mat., V, 20) ; une justice prête à tous les sacrifices… qu’il s’agisse d’un membre, si ce membre nous scandalise (Mat., V, 29 ; XI, 12) ; ou de trésors que la rouille peut corrompre et les voleurs dérober (Mat., VI, 19-20) ; ou surtout de jugement porté sur le prochain, car le même jugement nous sera appliqué (Mat., VII, 1-2).

Se montrer toujours circonspect, soit vis-à-vis des faux prophètes couverts d’une peau de brebis (Mat., VII, 15-16) ; soit vis-à-vis des plus petits enfants : il faut prendre garde de n’en mépriser aucun, car leurs anges dans le Ciel voient sans cesse la face du Père (Mat., XVIII, 10). De plus, se montrer vigilant, puisque nous ne savons ni le jour, ni l’heure où le Seigneur viendra (Mat., XXV, 13).

Ne s’inquiéter que du salut de son âme et du jugement de Dieu. Donc, ne pas craindre ceux qui ne peuvent tuer que le corps (Luc, XII, 4-5), et ne pas se tourmenter au sujet de la nourriture et du vêtement, car le Père céleste sait bien ce qui nous est nécessaire (Luc, XII, 22, 30) ; mais avoir la ferme conviction que tout ce qui est présentement caché et secret sera un jour découvert et révélé (Luc, VIII, 17).

Pratiquer enfin le bien vis-à-vis de tous, amis et ennemis (Mat., XX, 26-27) ; V, 44), dans un grand esprit de désintéressement, surtout vis-à-vis des richesses (Marc, X, 23 ; Luc, XVIII, 23). Malheur, en effet, à ceux qui ont leur consolation en ce monde (Luc, VI, 24).

Telle est la Porte étroite, indiquée par la Sagesse (Mat., VII, 13-14 ; XX, 16). Toujours, son humble disciple se souviendra qu’il doit donner (Act. XX, 35), pardonner (Mat., V, 39-40), prier sans jamais s’en lasser (Luc, XVIII, 1 ; Mat., XXVII, 41), faire l’aumône (Luc, VI, 41), et aimer s’humilier (Luc, XIV, 11).

Il aura alors accès aux Béatitudes promises et ce sera sa récompense, même dès ici-bas :

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des Cieux est à eux !
Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre !
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu !
… (Mat., V, 3-9)

Tout ceci est la révélation de Dieu aux humbles et aux petits : Je vous bénis, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux prudents du siècle, et les avez révélées aux petits… (Mat., XI, 25-26).

« Voilà, conclut Montfort, l’abrégé des grandes et importantes vérités que la Sagesse Éternelle est venue elle-même nous enseigner sur la terre, après les avoir pratiquées la première… Bienheureux ceux qui ont l’intelligence de ces vérités éternelles. Plus heureux ceux qui les croient. Mais très heureux ceux qui les croient, les pratiquent et les enseignent aux autres ; car ils brilleront dans le Ciel comme des étoiles pendant l’éternité » (ASE, N° 133-153).

Quel enrichissement dans ces pages sur tout ce qui avait déjà été dit pendant nos douze Jours préliminaires et pendant notre première Semaine ! Il sera bon de les relire et méditer souvent. Chaque fois, nous sentirons comme une grâce de réflexion profonde envahir notre entendement et le subjuguer. Remercions Marie, la Mère de la Sagesse Incarnée, pour tant de lumières déversées en nos âmes.


(Père Dayet, Exercices préparatoires à la consécration de Saint Louis-Marie de Montfort)



Reportez-vous à Litanies du Saint Nom de Jésus, Instruction sur la Fête de la Purification, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 31e Méditation : Il s'en alla ensuite avec eux à Nazareth, et il leur était soumis, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 30e Méditation : Après trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 29e Méditation : Quand Jésus eut atteint l'âge de douze ans, Marie et Joseph le conduisirent à Jérusalem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 28e Méditation : Le saint Enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 27e Méditation : Joseph, prenant la nuit même l'Enfant et sa Mère, se retira en Égypte, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 26e Méditation : Hérode voyant que les mages l'avaient trompé, entra dans une grande colère, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 25e Méditation : L'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, et fuyez en Égypte, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 24e Méditation : L'enfant que voilà est au monde pour la perte et le salut de plusieurs, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 23e Méditation : Il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, Discours sur la purification de Marie, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 22e Méditation : Ils portèrent Jésus à Jérusalem, afin de l'offrir au Seigneur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 21e Méditation : Cependant Marie ne perdait rien de toutes ces choses et les méditait dans son cœur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 20e Méditation : Ayant été averti en songe de ne point aller trouver Hérode, ils retournèrent en leur pays par un autre chemin, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 19e Méditation : Se prosternant, ils l'adorèrent ; puis ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe, Discours aux jeunes époux, du Pape Pie XII, durant l'Octave de l’Épiphanie, le 10 janvier 1940, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 18e Méditation : Voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient parut, allant devant eux, jusqu'à ce qu'elle vint s'arrêter sur le lieu où était l'enfant, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 17e Méditation : À la nouvelle de la naissance du saint Enfant, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 16e Méditation : Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 15e Méditation : Voici que les Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, Méditation pour le Jour des Rois : Que votre Règne arrive, Instruction sur la Fête des Rois, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages confessent Jésus-Christ devant les hommes, Méditation sur l’Épiphanie : Les Mages à Jérusalem, Méditation pour l’Épiphanie : La vocation des mages prédite et figurée, notre vocation à la foi de Jésus-Christ, Méditation sur l’Épiphanie : Les Rois-Mages, Méditation sur l’Épiphanie : Du ministère de Marie dans la vocation des Gentils à la Foi, Remerciement, offrande et prière au Verbe de Dieu incarné, pour l'Octave de l'Épiphanie, Méditation sur l’Épiphanie, Méditation sur la Nativité, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 14e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, Litanies du Saint Nom de Jésus, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 13e Méditation : On lui donna le nom de Jésus, nom qui lui avait été donné par l'ange, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 12e Méditation : Après huit jours, le saint Enfant fut circoncis, Instruction sur la Circoncision, Méditation sur la Circoncision, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 11e Méditation : Les bergers revinrent en glorifiant et en louant Dieu de tout ce qu'ils avaient vu et entendu, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 10e Méditation : Les bergers se disaient les uns aux autres : Allons jusqu'à Bethléem, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 9e Méditation : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 7e Méditation : Tout à coup l'Ange du Seigneur parut auprès d'eux, Salutation à Marie et à Jésus naissant, Litanies du Saint Enfant-Jésus, Méditation pour la Fête de Noël : Vous trouverez un Enfant enveloppé de langes, et couché dans une Crèche, Instruction sur la Fête de Noël, Pratique de la Dévotion à l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1re Méditation : Marie s'étant rendue avec Joseph à Bethléem, le temps de son divin enfantement arriva, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 2e Méditation : Je vous annonce un grand sujet de Joie, il vous est né aujourd'hui un Sauveur, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 3e Méditation : Marie mit au monde son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 4e Méditation : Marie, après avoir enveloppé de langes le saint Enfant, le coucha dans la crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 5e Méditation : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, Dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 6e Méditation : Il y avait là aux environs des bergers qui veillaient et se relevaient les uns les autres pendant la nuit, pour la garde de leurs troupeaux, Litanies du Saint Enfant-Jésus, et Dévotion au Saint Enfant-Jésus : Prière d'amour et Consécration.