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vendredi 31 décembre 2021

Prière pour remercier Dieu de ses bienfaits, s'humilier de ses fautes, et lui promettre une vie plus fidèle


Voilà donc encore une année de ma vie qui vient de s'écouler, et avec quelle rapidité, ô mon Dieu ! l'année qui commence s'écoulera-t-elle moins rapidement ? En verrai-je la fin, et ne sera-t-elle pas la dernière des années d'une vie si courte et si fragile ?
Ô Dieu infiniment bon, je viens vous remercier des bienfaits sans nombre que j'ai reçus de vous pendant cette année ! Que de désirs, que de résolutions saintes ne m'avez-vous pas inspirées ! Que de fois aux pieds du ministre de votre miséricorde n'ai-je pas eu le pardon de mes fautes ! Que de fois au pied de cet autel n'ai-je pas reçu de vous le gage le plus touchant de votre amour dans une communion fervente ! Que de fois n'avez-vous pas parlé à mon cœur ! Combien de salutaires avis et d'exhortations touchantes n'ai-je pas entendues, enfin que de grâces privilégiées, que de faveurs célestes votre main libérale n'a-t-elle pas répandues sur moi ! Soyez-en éternellement béni, ô mon Dieu ! que le ciel et la terre, que les Anges et les hommes s'unissent à moi pour louer le Dieu de miséricorde qui ne cesse de combler de ses biens un enfant peut-être ingrat et coupable. N'ai-je pas jusqu'ici abusé de tous vos bienfaits ? et si à vos grâces perdues j'ajoute encore mes offenses si nombreuses, et à tout le bien que j'ai omis de faire, je joins tout le mal que j'ai fait, quel sujet de réflexions amères : Mais j'en prends la ferme résolution à vos pieds, ô mon Dieu ! désormais, chacun des jours que vous m'accorderez encore me trouvera plus reconnaissant et plus fidèle ; à mesure que le temps et le monde passeront à mes yeux, c'est avec un amour plus généreux et plus fort que je m'attacherai à vous seul, ô beauté divine qui ne passez pas ! et chaque moment qui m'approchera de votre éternité rendra ma vertu plus constante et ma persévérance plus digne de la récompense éternelle. Ainsi soit-il.


Reportez-vous à Sentiments d'une âme pénitente à un renouvellement d'année, Considérations sur la rapidité du temps, Méditation pour le dernier jour de l'année, De l'emploi du temps, Méditation sur l'emploi du tempsMéditation sur le bon usage du temps présent, et De la Circoncision, comprenant la lettre de nouvelle année de Saint François de Sales.










jeudi 30 décembre 2021

Considérations sur la rapidité du temps



Avant que dans les airs la terre suspendue
Au premier des humains eût prodigué ses dons ;
Avant que sur son sein on vit croître ces monts
Dont l'aride sommet perce et soutient la nue ;
Avant qu'on eût des temps mesuré la grandeur,
Et que de l'univers eût commencé l'histoire ;
Seul, au sein de la gloire,
Immobile, éternel, tu subsistais, Seigneur !
Nous ne vivons qu'en toi : ta force est notre asile,
Tu fais l'éternité, tu remplis tous les cieux ;
Suprême majesté ! tout s'éclipse à tes yeux ;
Mille ans sont comme un jour, un siècle est comme mille.
Que ton être est immense ! et que l'homme est petit !
Tu peux l'anéantir sans t'armer de la foudre ;
Parle... l'homme est en poudre !
Un souffle l'a fait naître, un souffle le détruit.
Hélas ! que sommes-nous, fiers habitants du monde ?
Un ruisseau qui serpente en des lieux enchanteurs,
Qui murmure un instant sur un tapis de fleurs
Et qui court s'engloutir dans une mer profonde ;
Un songe de la nuit qu'efface le réveil ;
Une fleur au matin de mille attraits ornée,
Et qui, le soir fanée,
Se sèche, tombe et meurt sous les feux du soleil.
Telles sont de nos ans les fugitives traces ;
Quinze lustres à peine en fournissent le cours :
La tristesse empoisonne encor nos plus beaux jours,
Le reste de la vie est semé de disgrâce.
Les soucis et les pleurs, homme, voilà ton sort !
Toi-même sous tes pieds as creusé ces abîmes,
Et les fruits de tes crimes
Sont l'effroi, les regrets, la souffrance et la mort.
Tremblez, faibles mortels ! craignez un Dieu sévère !
Ce Dieu vous met un terme, il en cache l'instant.
En père il vous supporte, en juge il vous attend ;
Et qui peut mesurer l'ardeur de sa colère ?
Ah ! que de tous mes jours le comte précieux
Vienne occuper mon cœur pour le rendre plus sage,
En lui montrant l'usage
De tous ceux que le ciel cache encore à mes yeux.

(Manuel des petits séminaires)


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jeudi 2 septembre 2021

Circonstances que nous devons observer en parlant



Mettez, Seigneur, des gardes à ma bouche, et une porte à mes lèvres pour les fermer. Saint Ambroise et Saint Grégoire, parlant des maux divers que cause l'intempérance de la langue, et nous exhortant à l'observation du silence pour les éviter ; font ensuite cette objection : Hé quoi, faut-il donc que nous devenions muets ? Nullement, répondent-ils ; car la vertu du silence ne consiste pas à ne parler point, mais à parler à propos, et à se taire quand il faut ; de même que la vertu de tempérance ne consiste pas à ne point manger, mais à manger sobrement et dans les temps réglés, à ne manger que ce qui est nécessaire, et à s'abstenir de tout le reste. Il y a, disent-ils encore, en rapportant ces paroles de l'Ecclésiaste, un temps de se taire, et un temps de parler ; ainsi il est nécessaire d'user de discernement, pour savoir faire à propos l'une et l'autre de ces choses ; car on peut manquer en ne parlant pas quand il le faut, de même qu'en parlant quand il ne faut pas. Or, ces deux choses, ajoutent-ils, nous sont marquées dans ces paroles du Prophète : Mettez, Seigneur, des gardes à ma bouche, et une porte à mes lèvres pour les fermer. David, dit Saint Grégoire, en demandant à Dieu qu'il mette des gardes à sa bouche, ne lui demande pas qu'il y élève une muraille, afin qu'elle ne s'ouvre jamais : il demande seulement qu'il y mette une porte ; et comme une porte est faite pour être ouverte, et pour pouvoir être fermée quand il est nécessaire, il nous donne à entendre par-là, que nous devons aussi ouvrir et fermer la bouche, selon qu'il en est besoin, et que c'est en cela que consiste l'essentiel de la vertu du silence. Le Sage, dans l'Ecclésiastique, demande la même chose à Dieu : « Qui mettra, dit-il, des gardes à ma bouche, et le sceau de la sagesse sur mes lèvres, afin qu'elles ne me fassent point tomber, et que ma langue ne me perde point ? » Il faut tant de circonstances et tant de conditions, pour ne parler que bien à propos, que ce n'est pas sans raison que le Sage craint que sa langue ne le perde ; et qu'il demande à Dieu le discernement nécessaire pour savoir ouvrir et fermer la bouche quand il le faut ; car il suffit de manquer à une seule circonstance en parlant, pour commettre une grande faute ; et au contraire, pour parler sagement, et ainsi qu'il convient, il est nécessaire que toutes les circonstances s'y rencontrent, et qu'on n'en omette aucune. Il y a cette différence du bien au mal, que pour qu'une action morale soit bonne, il faut que toutes les conditions requises y concourent toutes en même temps, au lieu que pour la rendre mauvaise, il suffit qu'il y en manque une seule.
Saint Basile, Saint Ambroise, Saint Bernard, et plusieurs autres Saints nous marquent les circonstances qui sont nécessaires pour bien parler ; et ils disent que la première et la principale est de bien considérer auparavant ce que l'on veut dire.
C'est le conseil que donne l'abbé Amon, rapporté par Saint Éphrem : « Avant que vous parliez, dit-il, communiquez premièrement avec Dieu ce que vous avez à dire, et les raisons que vous avez de le dire ; et après cela, parlez hardiment, comme un homme qui exécute la volonté de Dieu, qui vous a commandé de parler. » Voilà qu'elle est la principale circonstance pour bien parler ; pourvu que nous l'observions, nous observerons facilement toutes les autres.
La seconde circonstance à quoi nous devons prendre garde, est la fin et l'intention qui nous oblige de parler ; car il ne suffit pas que ce que nous disons soit bon, il faut aussi que la fin que nous nous proposons en le disant soit bonne.
Saint Basile dit qu'il faut en troisième lieu, que celui qui parle, considère et ce qu'il est, et à qui, et devant qui il parle.
La quatrième circonstance, dit Saint Ambroise, est de considérer le temps où il faut parler : car une des principales qualités de la prudence, est de savoir dire les choses dans leur temps : L'homme sage, dit l'Ecclésiastique, ne parlera point qu'il n'en soit temps : mais l'homme léger et imprudent, ne gardera ni temps, ni mesure. Et le Saint-Esprit, au Livre des Proverbes, parlant de ceux qui observent cette circonstance du temps, ajoute qu'une parole dite à propos, est comme des pommes d'or sur un lit d'argent. Mais aussi tout le contraire arrive, lorsqu'on ne garde point cette règle, car alors les meilleures choses perdent leur prix, et deviennent désagréables. Une parabole, dit le sage, ou une parole grave et sentencieuse, sera mal reçue de la bouche d'un fou : car il ne la dit point dans son temps. Cette circonstance du temps consiste encore à n'interrompre personne en parlant ; ce qui est également contraire aux règles de la bienséance, et à celles de l'humilité Chrétienne : c'est mal prendre son temps, que de parler quand une autre parle. N'interrompez personne au milieu de son discours, dit l'Ecclésiastique ; attendez qu'il ait achevé ce qu'il veut dire, et ensuite vous parlerez à votre tour. Ce qu'il ajoute, confirme ce qu'il vient de dire : « Ne répondez rien, dit Salomon, que vous n'ayiez bien entendu ce que l'on vous dit. Celui qui répond avant que d'avoir entendu ce qu'on lui a dit, fait voir qu'il est insensé, et digne de confusion. » Saint Basile donne encore ici un autre avertissement touchant le temps où l'on peut répondre : c'est que quand on adresse la parole à un autre qu'à vous, vous devez garder le silence ; et lorsque vous trouvant dans une compagnie, on y demandera le sentiment de tout le monde en général sur quelque chose que ce soit, si ce n'est point à vous qu'on adresse particulièrement la parole, vous ne devez pas vous charger de répondre pour tous les autres.
La cinquième circonstance que les Saints veulent qu'on observe pour bien parler, regarde la manière de parler ; c'est-à-dire, la composition du visage et le ton de la voix.
Saint Bonaventure comprend, sous cette circonstance, celle de parler avec un visage ouvert et serein, sans faire aucun signe irrégulier de la bouche ou des yeux : sans mouvement violent de la tête, sans gestes outrés. Saint Ambroise et Saint Bernard ajoutent à cette circonstance, que la voix ne doit être ni languissante, ni entrecoupée : qu'elle ne doit rien avoir d'affecté et d'efféminé : mais qu'elle doit être réglée, mâle et grave, comme il convient à un homme de l'avoir. Que s'il ne faut pas que la manière de parler soit languissante ni affectée, aussi ne faut-il pas qu'elle soit dure ni sèche, car, reprend Saint Bernard, comme je ne veux rien de mou ni d’efféminé, soit dans le son de la voix, soit dans la contenance et dans le geste, aussi je n'y veux rien trouver qui sente la rudesse et la grossièreté.
Saint Ambroise dit qu'il faut que les remontrances et les avertissements soient sans aigreur, et sans qu'il y ait rien qui puisse blesser : et il rapporte à ce sujet ce passage de l'Apôtre : « Ne reprenez personne avec rudesse, mais avertissez doucement les vieillards, comme vos pères : les jeunes hommes, comme vos frères, les femmes âgées, comme vos mères : et les jeunes femmes, comme vos sœurs. »
En un mot, il y a tant de circonstances à observer, pour parler comme il convient de le faire, qu'il est très-difficile qu'on n'y fasse quelque faute : c'est donc un excellent remède ou un puissant préservatif de demeurer dans le silence comme dans un port où nous serons à couvert de tous les inconvénients, et de tous les dangers qu'il y a à parler, suivent ces paroles du Sage : « Celui qui garde sa bouche et sa langue, garde aussi son âme de beaucoup d'afflictions. »
Personne n'ignore ce beau mot, de Saint Arsène, qu'il répétait souvent, et qu'il chantait même quelquefois, ainsi que le rapporte l'Auteur de sa vie : « Je me suis souvent repenti d'avoir parlé, disait-il, mais jamais de m'être tu. Une parole une fois échappée, ne revient jamais. » Saint Jérôme dit, qu'aussitôt qu'une parole est proférée, elle est comme une pierre que l'on ne peut plus retenir, dès qu'elle a été lancée, ni empêcher qu'elle fasse tout le mal qu'elle peut faire, si elle atteint quelqu'un.
Faisons donc une ferme résolution de régler notre langue, et disons avec le Prophète : « J'ai résolu de prendre garde à mes voies, afin que je ne pèche pas par ma langue. » Saint Ambroise, écrivant sur ces paroles, dit qu'il y a des voies que nous devons suivre, et d'autres auxquelles nous devons prendre garde. Nous devons prendre garde aux nôtres, de crainte de  nous y égarer, et de nous y perdre : nous y prendrons garde, conclut ce Saint Archevêque, si nous savons bien nous taire.

(Abrégé de la Pratique de la Perfection Chrétienne)


Reportez-vous à De la Médisance, Vivre dans le recueillement et dans le silence, c'est mener une vie douce et agréable, Le Silence est un moyen efficace pour acquérir la Perfection, Il est difficile, sans l'observation du Silence, de devenir homme d'oraison, Du Silence : Ses avantages et son utilité, Du Silence, par Saint Vincent Ferrier, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Purgatoire des paroles inconvenantes, Méditation sur les discours immodestes, Méditation sur les péchés de la langue, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Qu'il ne sorte aucun mauvais discours de votre bouche, Qu'il faut s'abstenir de toutes paroles de raillerie, et éviter toute contestation avec le prochain, Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !, et Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier.















mardi 3 août 2021

Le malheur du Monde dans ses occupations

 

Malheur au monde dans ses occupations, car il est tout attaché à ce qui passe ; et ce qui ne finira jamais, ne l'occupe point. Nous le savons de la propre bouche d'un Dieu, qu'il n'y a qu'une chose nécessaire, donc tout le reste ne l'est pas : et c'est cette unique chose nécessaire que le monde néglige, et c'est le reste à qui il donne toutes ses attentions. Vraiment c'est bien ici qu'il faut crier, Au monde renversé ; car c'est un étrange renversement de ne point s'appliquer à l'unique chose nécessaire, et de n'avoir de l'empressement que pour ce qui ne l'est pas. N'est-ce pas pour cela que la divine parole nous avertit que le nombre des fous est infini ? Car si l'on considère bien ce qui se passe dans le monde, on le verra tout plein de ces insensés.
Que l'on aille de ville en ville, de village en village, de Province en Province, de Royaume en Royaume, vous y trouverez des gens dont l'esprit, la mémoire et la volonté sont pleins de pensées, du souvenir et de l'affection des choses temporelles. L'attachement aux honneurs, aux plaisirs et aux richesses est l'esprit dominant de la terre : c'est où tendent les soins, les inquiétudes, les recherches et les poursuites de la plupart des hommes. La joie du monde est dans leur possession, sa tristesse dans leur privation. Tous cherchent leur intérêt, nous dit l'Apôtre, et cet intérêt ne regarde que la vie présente. C'est cet intérêt qui règne dans toutes les conditions, dans les grands et les petits, parmi les Magistrats et leurs Officiers, les Marchands et les Artisans, les Laboureurs et les Vignerons, et enfin dans les personnes de toutes sortes d'états.
Saint Jean Chrysostôme déplorant ce malheur du siècle, qui pense si peu à l'éternité, et tant à la terre, dit qu'il voudrait avoir une voix qui se fit entendre dans toutes les parties du monde, pour crier avec le Prophète : Ô enfants des hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cœur pesant ? Pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge ? C'est la terre et ce qui s'y passe qui donne le branle et le mouvement à toutes les entreprises. C'est ce qui fait le sujet des maux publics, des guerres qui désolent les Royaumes, et des maux des particuliers, les procès, les divisions et les querelles. C'est l'amour des biens de la terre, qui fait faire des voyages aux Marchands, et aller d'un bout du monde à l'autre : c'est ce qui leur fait exposer leurs vies à mille dangers, se priver des personnes qui leur sont plus chères, et de la douceur de leur patrie. Si l'on ouvrait les lettres des Postes, on les verrait pleines de nouvelles et d'affaires de la terre.
Ceux qui sont les sérieux dans le grand monde, qui éclatent davantage, qui y sont dans la plus haute estime, sont ceux qui sont le plus dans l'empressement des affaires, qui y sont les plus désoccupés du Créateur, et les plus occupés des créatures. La sagesse du monde consiste à amasser des biens, à en acquérir tous les jours de plus en plus, à bâtir des maisons, à dresser des jardins, à conduire des fontaines, et les faire venir de loin ; et tout d'un coup il faut mourir sans qu'il en reste rien. Les plaisirs du monde sont de tenir bonne table, de faire une idole de son ventre, ou d'attacher à des cartes, comme parle un serviteur de notre seigneur, un esprit immortel, qui n'est fait que pour être éternellement à Dieu. Si l'on se met au jeu, ajoute-t-il, ce n'est pas pour passer le temps, mais pour le perdre. Ha ! si ces gens voyaient les heures qui roulent sur leurs têtes, comme elles passent, et s'en vont dedans l'éternité, criant vengeance, creuses et vides qu'elles sont, ou pleines d'inutilités ! Si après le jeu on pénétrait dans leurs âmes, oh ! qu'on les verrait faibles, sans aucune bonne pensée, sans aucun sentiment de dévotion ! L'ardeur du jeu a tout tari ; elles ont perdu toutes leurs forces à ne rien faire. Grand Dieu, si nous devons payer à votre justice jusqu'à un moment mal employé, où trouveront ces personnes de quoi satisfaire pour tant d'heures si honteusement prodiguées ? Mais que répondront-elles à votre redoutable Tribunal aux plaintes de tant de pauvres qui ont souffert dans leurs besoins, après avoir dissipé si malheureusement leur argent ? Que diront-elles aux justes reproches de leurs créanciers que l'on ne payait point ; des artisans, des ouvriers, et même de leurs serviteurs ?
L'occupation des Dames est après des cheveux, à se regarder dans un miroir, en des ajustements, à parler de leurs jupes, de leurs habits, des modes. Il y en a, dit le serviteur de Dieu, que nous venons de citer, qui font vanité de la nudité de leurs gorges, et il se trouvera telle femme qui aura damné plus d'âmes par ses appas étudiés, que plusieurs Saints n'en ont gagné par beaucoup de travaux. Ô cieux ! ô terre ! dites-nous : Est-il possible que celles qui mettent les âmes en Enfer, puissent prétendre un Paradis ?
Combien y en a-t-il qui disent qu'ils ne savent que faire, qui passent leur vie dans l'oisiveté, qui est la cause, dit l'Écriture, de beaucoup de maux, et qui en a été appelée avec justice l'école et l'académie ? Le Saint-Esprit nous enseigne que l'oisiveté a été l'une des causes de l'iniquité de Sodome, et ensuite de sa totale ruine : mais les travaux de ceux qui font plus de bruit dans le monde, ne sont, comme parle le Prophète Isaïe, que des toiles d'araignées. Tous ces honneurs où ils ont été élevés, tous cet amas de biens qu'ils ont acquis, ne sont rien en effet ; ce sont des choses qui leur deviennent inutiles à leur mort, et comme des toiles d'araignées auxquelles ils se sont occupés toute leur vie ; et l'on peut dire de leurs années, pour parler avec le Psalmiste, qu'elles sont semblables à l'araignée. Ces gens que l'on appelle dans le siècle les gens d'affaires, ces gens toujours occupés, qui à peine ont le loisir de penser à Dieu ; semblables à l'araignée qui s'ôte les entrailles dans son travail, ils emploient tout leur esprit et toutes leurs forces. Et comme le travail de l'araignée des jours et des nuits, et dans les maisons des Rois, de même que dans celles des plus chétives personnes, se termine à prendre des mouches, aussi tous leurs travaux se réduisent à rien.
C'est de la manière cependant que se passent les choses parmi ce que le monde a de plus illustre, parmi la Noblesse et les plus grands Seigneurs ; c'est de la sorte que l'on emploie le temps qui est quelque chose de si précieux. Quels regrets, lorsque la valeur en sera connue, et que l'on verra le mauvais usage que l'on en aura fait ! S. Jean dans son apocalypse dit qu'il vit un Ange debout sur la mer et sur la terre, qui leva la main au ciel, et qui jura par celui qui vit dans les siècles des siècles, qui a créé le ciel et ce qui est dans le ciel, la terre et ce qui est dans la terre, la mer et ce qu'il  a dans la mer, qu'il n'y aurait plus de temps. Il faut que cette nouvelle soit étrangement terrible, puisque le Fils de Dieu l'annonce avec un jurement si solennel ; car c'était lui qui parlait par cet Ange.
Ô quelle chose effroyable de n'avoir plus de temps pour travailler à son salut ! Que ne voudraient point faire toutes les personnes qui sont en l'autre vie, où elles découvrent d'une manière inexplicable l'inutilité, la vanité, le rien de tous les emplois, que le monde appelle les grandes affaires. Ah ! si elles pouvaient avoir quelques moments d'une infinité qu'elles ont perdu si malheureusement !
Elles découvrent pour lors la grandeur de Dieu, et ensuite le prix de son sang ; et elles connaissent que le temps qui est donné aux hommes depuis le péché d'Adam, lui a coûté ce sang adorable, lui a coûté sa vie ; qu'une goutte de ce sang vaut plus que tout l'or, tout l'argent, tous les trésors de la terre, plus que toutes les Couronnes et les Empires, plus que tout le monde et les millions de mondes, plus que toutes les vies des Anges et des hommes ; et que cependant le temps est le prix de ce sang. Ah ! il est donc vrai, perdre un moment de ce temps est plus que de perdre toutes ces choses, si on les avait en sa possession. Perdre un moment de ce temps est un larcin d'un bien d'une valeur infinie. Mais si les hommes condamnent à la mort un voleur pour avoir dérobé quelque somme d'argent, quel jugement doivent attendre ceux qui ont dérobé à notre Sauveur ce qui lui a coûté sa vie ?
Après cela peut-on dire qu'il reste quelque peu de bon sens au monde et aux sages du monde, aux beaux Esprits du siècle ? Sachez encore, ô hommes, et nous en avons déjà remarqué quelque chose, qu'il n'y a point de moment dans le temps, dans lequel nous ne puissions acquérir la possession d'un Dieu. Ô hommes sans jugement, revenez à vous : insensés, devenez enfin sages. Voilà une affaire de grande conséquence, et elle est d'un conséquence infinie : ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment, est ce que l'œil n'a point vu, ni l'oreille entendu, ni le cœur de l'homme conçu ; car c'est lui-même qui se veut donner avec toutes ses grandeurs incompréhensibles. c'est pour ce bien infini que le temps nous est donné, et vous l'employez tout aux choses viles et basses d'une vie qui disparaît comme l'ombre.
Rentrez dans vous-mêmes, et considérez quelle part Dieu a dans tous vos désirs, tous vos desseins, tous vos emplois. Il faut s'acquitter des devoirs de son état. Les personnes destinées à l'étude doivent étudier, les Magistrats doivent s'appliquer à rendre la justice ; les Artisans, les Laboureurs, les Vignerons doivent travailler. Les pères et les mères, les maîtres doivent prendre soin de leurs enfants, de leurs familles, de leurs valets. Les serviteurs sont obligés à servir. Ce n'est pas ce que l'on blâme, mais c'est le peu de vue que l'on a de Dieu dans toutes ces choses. Les besoins de la vie présente demandent que l'on y pense, il est vrai ; mais comment penser si peu à ce qui doit arriver dans l'éternité ?
Il y a vingt-quatre heures dans le jour ; combien en donne-t-on pour penser sérieusement à l'éternité et au grand Dieu de l'éternité ? Le monde est toujours le monde, c'est-à-dire, toujours un aveugle et un insensé : il ne manque pas de répondre que l'on a tant d'affaires, et nous l'avons déjà écrit, que l'on n'en a pas le loisir. Peut-on dire quelque chose de plus ridicule ? Ces affaires pourtant n'empêchent pas qu'on n'ait le loisir de manger, de boire, de dormir, et de prendre les autres besoins nécessaires pour le corps : et après tout on n'en a pas pour se sauver, pour acquérir une éternité de gloire, ou éviter une éternité de peines.
Il y a plus, dans le temps même que l'on destine pour penser à Dieu, ou l'on s'en oublie, ou l'on y pense mal, ou même on l'offense. Voyez les gens du monde ; leur pauvre esprit pendant leurs prières n'est plein que de pensées de la terre ; il y est tout rampant, lors même qu'il veut s'élever au Ciel. Leur coeur qui y est attaché, ne permet pas à leur esprit de s'en désoccuper : mais s'ils s'occupent de Dieu, oserait-on le dire ? ils le font avec moins d'attention qu'aux moindres de leurs affaires. Que l'on parle aux pauvres de leur salut, c'est ce qui leur fait peu d'impression ; qu'on leur parle de leurs misères, ils sont dans la dernière sensibilité. Nous écrivons ces vérités dans un temps où ces misères sont extrêmes, où l'on voit quantité de pauvres couchés dans les places, accablés de faim, de maladies, et proches de la mort ; et nous nous sommes souvent étonnés de n'en trouver pas presqu'un seul qui demandât les Sacrements, et qui se mît en peine de l'autre vie, pendant qu'ils crient, qu'ils gémissent, qu'ils pleurent sur leurs besoins.
Mais si l'on considère bien ce qui arrive et aux riches et aux pauvres, entre le grand nombre d'hommes qui meurent tous les jours, combien s'en trouvera-t-il qui puissent dire au jugement de Dieu, qu'ils ont donné autant d'attention à l'affaire de leur salut, qu'ils ont fait à un procès s'ils en ont eu, ou qu'ils auraient fait s'il leur en était arrivé ? Que l'on prenne garde à l'application que l'on a, quand l'on assiste au saint Sacrifice de la Messe, ou aux Offices divins, ou à celle que l'on donne à un procès, aux soins que l'on en prend dans l'examen des difficultés, dans la recherche des raisons pour le gagner, dans le choix des Avocats et des Procureurs, dans la sollicitation des Juges, dans les amis que l'on emploie, dans les peines que l'on se donne, n'ayant aucun égard ni aux saisons fâcheuses, ni à toutes les autres incommodités que l'on est obligé de souffrir ; parce que, dit-on, c'est pour un procès de conséquence. Ha Dieu ! quelle différence entre ces soins et ceux que l'on prend dans le temps que l'on destine pour penser à la grande affaire du salut ! mais quelle confusion au Jugement de Dieu, après un dérèglement si épouvantable, et que l'on ne pourrait jamais se figurer, si l'expérience n'en ôtait tout lieu d'en douter. S'il arrive parmi les gens du commun la perte d'un écu, on en sera plus touché, on y pensera davantage qu'à la perte de Dieu par un péché mortel. Si cette perte arrive par un enfant, on le châtiera ; par un domestique, on fera grand bruit. Que les enfants et domestiques offensent Dieu, ou l'on gardera le silence, ou l'on se contentera de dire, Cela n'est pas bien, sans s'en mettre beaucoup en peine.
Mais ce qui est encore plus terrible, c'est de remarquer à la mort l'occupation des gens du monde. On a encore l'esprit tout rempli des affaires de la terre, lorsqu'il la faut quitter : on ne parle, on y pense, on est dans l'inquiétude pour les affaires des enfants, des familles, on y donne ordre, on craint qu'elles ne réussissent pas bien, pendant que l'on pense faiblement à ses propres affaires, et qui sont d'une conséquence infinie, que l'on ne pense point du tout à ces affaires éternelles pour ses enfants et pour ses familles. Cependant y-a-t-il temps où l'on doive ouvrir les yeux, si ce n'est à la mort, et on les a encore fermés.
Considérons de plus en plus le malheur du monde dans ses occupations, et tremblons de crainte de le voir non seulement désoccupé de Dieu, dans le temps qu'il destine pour s'en occuper, mais encore dans l'offense même de sa Majesté infinie. Les irrévérences qui se commettent dans les Églises, les Maisons d'oraison, en y causant, en y manquant de respect, et qui ne sont que trop ordinaires, sont bien capables de nous en donner de l'horreur. C'est ce qui nous a pressé d'en donner un Traité entier au public, sous le titre des horreurs des profanations des Églises, dans lequel la divine Providence nous en a fait parler amplement.
Nous avons parlé du scandale des femmes. Il faut encore dire ici qu'elles le portent jusqu'au pied des Autels. Quand l'Apôtre leur ordonne d'être vêtues modestement, c'est particulièrement lorsqu'elles prient ; et il enseigne que toute femme qui prie Dieu sans être voilée, se déshonore elle-même ; qu'elle le doit faire à cause des Anges, soit des Esprits célestes qui sont présents parmi les Fidèles, soit des Prêtres. Il traite cela comme une vérité qui ne peut être contestée. Il en fait Juges les Corinthiens à qui il écrit. C'est dans sa première Épître au chapitre onzième. Il déclare que si quelqu'un soutient le contraire, que ce n'est point sa coutume, ni celle de l'Église de Dieu ; c'est-à-dire de contester sur ce sujet, ni de permettre aux femmes d'être sans voiles. Que les femmes et leurs partisans répondent à l'Apôtre, sous prétexte des coutumes du monde : qu'ils apprennent qu'elles sont contraires à la coutume de l'Église de Dieu, et aux coutumes mêmes des femmes païennes.
Mais ô l'horreur des horreurs, les femmes par le luxe de leur habits, et ce qui est infiniment effroyable, par leurs nudités, portent l'abomination de désolation dans le lieu saint. Elles s'y font voir, non pas seulement parées comme des Temples, pour parler avec le Prophète Roi, mais souvent beaucoup mieux que les Saints Autels, et elles y paraissent comme des Idoles, dont les démons se servent pour attirer les yeux et les cœurs des hommes ; en cela pires que les Démons mêmes qui tremblent en la présence de Dieu qu'elles outragent avec tant d'insolence. Maudites créatures, créatures vraiment de malédiction, qui viennent disputer à un Dieu, jusque dans sa propre maison, en sa propre présence, la conquête des cœurs pour lesquels il a donné tout son sang, et pour lesquels il réside dans des anéantissements incompréhensibles sous les espèces du divin Sacrement, et à qui il donne encore tous les jours son sacré corps ! Il y a même des lieux où ces malheureuses femmes se trouvent dans les Églises aux dernières Messes que l'on y célèbre, et où c'est le rendez-vous de ce qu'on appelle le beau monde ; et qui font des Temples du grand Dieu, un lieu infâme. Je n'oserais pas parler de la sorte, si saint Jean Chrysostôme ne l'avait écrit. C'est sur elles que la convoitise des yeux s'arrête, et les désirs du cœur. Elles regardent, et elles sont regardées ; et le grand Dieu des éternités est négligé, est délaissé, est offensé. Nous lisons dans la vie d'une sainte personne, que soupirant amèrement dans une Église, où elle voyait une de ces femmes parées, notre Seigneur lui fit connaître que dans peu elle serait damnée ; et elle mourut peu après.
Hélas ! nous offensons Dieu, misérables que nous sommes, en plusieurs manières : les Églises sont les lieux pour nous réconcilier avec ce Dieu de miséricorde, et par nos irrévérences nous en faisons un lieu de vengeance. Il y a des mères qui y apportent leurs enfants, et qui y badinent avec eux ; on les fait servir aux démons, en ce qu'ils donnent des occasions de distractions ; quand ils sont plus âgés, ils courent dans la Maison de Dieu, ils y jouent, ils s'accoutument de bonne heure aux profanations, qu'ils y continuent dans le progrès de leur vie. On y fait peu de réflexion, et à leur égard et à l'égard des personnes âgées, on n'oserait prendre le parti de Dieu ; à la moindre chose qui nous choque, on ne se tait pas. On voit Dieu traité avec irrévérence dans sa propre Maison, on garde le silence. Ce qui fait dire à saint Jean Chrysostôme, qu'il s'étonne comme les foudres du Ciel ne tombent pas pour écraser, et ceux qui commettent ces irrévérences, et ceux qui ne tâchent pas de les empêcher.
Continuons à gémir sur la désoccupation de Dieu et du salut dans les jours destinés pour s'y appliquer. On travaille les jours ordinaires, et dans les travaux on pense peu que la gloire de Dieu en doit être la fin. C'est pour cela que nous sommes créés, que nous sommes au monde ; c'est le motif que nous devons avoir en toutes sortes de choses. Il y a des jours de Dimanches et de Fêtes dans lesquels on cesse de vaquer aux travaux extérieurs, pour vaquer avec plus de loisir à l'affaire précieuse du salut et au Dieu du salut : et ces jours sont employés souvent aux divertissements. C'est un abus contre lequel saint Basile, saint Augustin, saint Grégoire de Naziance, saint Cyrille, saint Jean Chrysostôme, et les autres Pères ont écrit fortement. Et les Conciles des premiers temps aussi bien que ceux des derniers y ont défendu les spectacles, les danses et les chansons.
C'est de la manière que l'on passe sa vie dans le siècle, c'est ce qu'on appelle le monde, et ce que l'on fait, en disant qu'il faut faire comme les autres. Mais le Saint-Esprit dit par le Prophète Michée : Malheur à ceux qui s'occupent de choses inutiles. On doit convenir que le monde est bien malheureux. C'est ce que les infidèles ont même connu, et ont déploré au milieu de toutes leurs ténèbres. C'est cependant dans cette sorte de vie, si désoccupée du Ciel, de l'éternité, de Dieu, et si occupée du temps, de ce qui se passe, des affaires du siècle, que l'on élève les enfants, dont on leur remplit l'esprit et le cœur, les entraînant dans le malheur de leurs pères et mères.

(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)


Reportez-vous à Le malheur du Monde dans son opposition à Jésus-Christ, Des divertissements, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'emploi du temps, De la conversation, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des amitiés, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, VIE CHRÉTIENNE : Travail et Négoce, VIE CHRÉTIENNE : Repas, Récréations, Conversations et Visites, Méditation sur les règles que l'on doit suivre dans l'usage des divertissements permis, Méditation sur les divertissements du monde, Méditation sur la passion du jeu, Du Devoir des Pères de famille, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur les devoirs des pères à l'égard de leurs enfants, Méditation sur la fidélité que la Religion nous inspire à l'égard des devoirs de notre état, Méditation sur l'Autorité, Le Malheur du monde pour les scandales, Méditation sur le péché de scandale, Excellence de la chasteté, Le malheur du monde dans les dangers où il se trouve, Le malheur du Monde dans ses honneurs, Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde dans ses richesses, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph SurinCe qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliquesDu mondeMéditation sur les dangers du mondeMéditation sur l'amour de la retraiteMéditation sur les moyens de se sanctifier dans le mondeMéditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.


















vendredi 20 novembre 2020

Préparation à la mort : Pensez-y bien


La mort du juste et la mort du pécheur

Nous ne sommes nés que pour mourir, personne n'en est exempt. Quand notre heure sonnera, nous descendrons dans la tombe. Dans quelques jours, dans quelques mois, tout au plus dans quelques années, si on parle de vous, ce sera pour dire : Il est mort (Il est à remarquer que la mort décime de nos jours les jeunes gens bien plus que les vieillards. Transportez-vous dans un cimetière, lisez les épitaphes des morts, et vous verrez que le nombre des jeunes gens que la mort a frappés l'emporte de beaucoup sur celui des vieillards). Considérez que vous êtes poussière et que vous retournerez en poussière ; vous pourrirez dans une fosse et vous servirez de pâture aux vers...
Transportez-vous auprès d'une personne qui vient de mourir ; voyez ce cadavre étendu sur son lit, la tête immobile, les cheveux épars et encore baignés des sueurs de la mort, les yeux enfoncés dans leur orbite, les joues creuses et livides : tout ce corps est glacé et insensible comme la pierre ; sa vue fait pâlir d'effroi. Combien de personnes ont changé de vie et quitté le monde à ce spectacle de mort ! Bientôt la putréfaction s'empare du cadavre, et déjà l'on ne peut plus supporter l'odeur infecte qu'il exhale : il faut ouvrir les fenêtres ; on se hâte de l'éloigner, on le cache dans la terre pour qu'il n'importune plus les vivants.
Il est hors de doute qu'une bonne mort conduit à un bonheur éternel ; il est également hors de doute qu'une mauvaise mort conduit à une mort sans fin ; et ne dit-on pas tous les jours : Telle vie, telle mort ? Afin de vous prémunir contre les effets effrayants et les suites funestes de la mort et de l'éternité malheureuse, ayez souvent ces trois paroles dans l'esprit : Un Dieu, un moment, une éternité. Dieu me regarde, il pèse toutes mes actions dans sa justice, il me jugera d'après le bien et le mal que j'aurai faits. Je n'ai peut-être que quelques moments pour gagner le ciel ; une éternité bienheureuse ou malheureuse m'attend après ma mort. Ô éternité ! Ô éternité ! entrez dans mon esprit, pénétrez toutes les puissances de mon âme, afin que vous soyez la règle de mes actions. Pour mourir de la mort des justes, que faut-il que nous fassions ? Nous devons nous préparer à bien mourir ; mais en quoi consiste cette préparation à la bonne mort ? Avant de vous le dire, il est bon de vous détromper d'une erreur dans laquelle tombent des personnes qui se persuadent que la préparation à la mort consiste surtout à être assisté, à l'heure de la mort, des secours de la religion. Sans doute nous ne saurions prendre trop de précautions pour ne pas être privés, à ce terrible instant, des consolations et des secours de la religion. Une des fins pour lesquelles Dieu a institué le saint Viatique et l'Extrême-Onction a été de nous disposer à faire une heureuse et sainte mort ; néanmoins combien de Saints règnent avec Dieu dans le ciel et n'ont pu recevoir les sacrements à leur dernière heure ! et combien de justes sont emportés par une mort subite ! combien aussi de pécheurs ont reçu tous les secours de l'Église et sont morts en réprouvés ! La préparation à la mort consiste donc en quelque autre chose de plus essentiel au salut, et voici en quoi elle consiste :
Il faut distinguer deux préparations à la mort : la préparation générale et continuelle, qui consiste à penser tous les jours à mourir comme si nous devions mourir à la fin de chaque jour. Cette préparation nous rendra doux, chastes, humbles, tempérants ; elle nous portera à fréquenter les sacrements ; enfin elle nous fera remplir tous les devoirs d'un vrai chrétien, et nous conduira infailliblement à une mort sainte et précieuse aux yeux du Seigneur.
La seconde préparation, que nous nommerons préparation particulière à la mort, consiste à prendre chaque mois un jour pour se rendre un compte sérieux de sa conscience et se renouveler dans ses bonnes résolutions et dans le ferme propos de profiter du temps qui nous est accordé, afin de pratiquer les vertus chrétiennes et de mériter la vie éternelle.
Les exercices de piété auxquels nous pouvons nous appliquer efficacement dans ce jour de préparation spéciale à la mort se réduisent à six ; ils consistent :

1. À prendre le dernier dimanche de chaque mois pour faire la préparation à la mort, et à faire, dès la veille de ce jour, une confession comme nous la ferions si c'était la dernière de notre vie.
2. À réfléchir sur la mort, sur sa certitude et sur l'incertitude où nous sommes du moment où nous mourrons, sur le bonheur d'une sainte mort et sur le malheur d'une mauvaise mort, et sur la nécessité de bien vivre pour bien mourir. Le jour et la veille du jour, il faut méditer sur le même sujet.
3. Le samedi et le dimanche, il faut, en nous réveillant, offrir notre pensée à Dieu, le prier très-dévotement de nous bénir, pour que nous passions ce jour à faire notre préparation à la mort. Il serait bon aussi d'implorer les lumières du Saint-Esprit en récitant quelques-unes des prières qui sont dans ce livre.
4. Il faut assister à la Messe comme si c'était la dernière fois de notre vie, et supplier le Seigneur de nous appliquer d'une manière toute spéciale les mérites infinis de son sang pour la rémission de nos péchés et pour nous disposer à faire une sainte mort.
5. Faire la sainte communion en nous figurant que nous la faisons en viatique, étendus sur notre lit de mort et attendant notre dernière heure.
6. Enfin, dans la matinée, soit avant, soit après la messe de communion, nous ferons les actes suivants :


Acte de Foi

Je sais, ô mon Dieu ! qu'une des plus grandes grâces que vous faites à vos élus, c'est de les faire vivre ici-bas d'une vie de foi et d'espérance, jusqu'à ce que la mort les fasse arriver à la vie de la lumière et de la gloire dans le ciel. Faites donc, ô mon Dieu ! que la foi anime toutes les actions de ma vie et qu'elle sanctifie toutes les souffrances de ma mort ; car c'est par une foi vive, accompagnée d'une charité ardente, que la mort des justes devient précieuse devant vous et conduit au ciel ; je crois donc maintenant, comme si j'étais à l'heure de ma mort, tout ce que l'Église m'ordonne de croire.


Acte de désir et d'espérance de voir Dieu.


Acte d'Amour

Je vous aime, ô mon Dieu ! et je veux vous aimer de toutes les puissances de mon cœur et de mon âme, et afin de vous aimer dignement au moment de ma mort, où il me faudra cesser d'aimer toutes les choses de ce monde, je veux, dès à présent et jusqu'à ma mort, vous aimer de l'amour le plus pur et le plus parfait dont je serai capable, afin qu'à mon heure suprême mon âme puisse redoubler sa ferveur et sa tendresse pour la grâce que vous lui aurez faite de vous aimer uniquement, puisque le saint amour dont vous embrasez les âmes pures deviendra pour lors inviolable, et qu'il ne pourra jamais plus être détruit, ni en vous qui êtes éternel, ni en l'âme elle-même, que la mort unira enfin plus étroitement à vous dans une gloire qui ne finira jamais... Ô mon Dieu ! faites croître de plus en plus dans mon cœur cet amour pur et divin qui règne dans la cité céleste, cet amour des Élus qui conduit dans le ciel, qui fait le mérite et la félicité des bienheureux, et que mon dernier soupir soit un soupir de foi, d'espérance et d'amour.


Acte de contrition

Je vous supplie, ô mon Dieu ! d'imprimer jusqu'au fond de mon cœur un sensible regret et une parfaite contrition de tous mes péchés ; car toute ma peine, à ma mort, serait de mourir après tant de péchés et si peu de pénitence. N'entrez pas en jugement avec votre serviteur ; que votre miséricorde, qui m'a soutenu jusqu'ici, me défende encore contre votre justice ; souvenez-vous que, si vous êtes mon Juge, vous êtes aussi mon Rédempteur ; que, si je suis indigne d'être appelé votre enfant, je suis l'ouvrage de vos mains, le prix de votre sang, la conquête de votre croix, le gage de votre mort et l'objet de votre amour. J'ai péché contre le ciel et devant vous, ô le Dieu de mon âme ! j'ai péché, je le confesse, je m'en accuse ; je me repens de tout mon cœur de mes péchés, parce qu'ils vous ont offensé, vous qui méritez tous mes respects, tout mon amour, toutes mes adorations, et je suis résolu à tout perdre plutôt que de perdre jamais votre amour par le péché. Ainsi soit-il.


Dans l'après-midi, vous pourrez, soit avant, soit après Vêpres, réciter les actes et les prières suivantes :



Acte de demande et d'action de grâces


Père éternel, Dieu tout puissant, je vous demande, par les mérites infinis et par la précieuse mort de Jésus-Christ votre Fils, la grâce de mourir dans votre saint amour. Seigneur Jésus, vous pour qui je vis et pour qui je veux mourir, ne m'abandonnez pas dans ce dernier combat que les démons me livreront ; que vos saints Anges accourent auprès de moi pour me défendre contre les tentations.
Et vous, ô divine Marie ! secourez-moi dans ce dernier moment, afin que j'expire dans une sainte paix pour passer heureusement de ce lieu d'exil dans la céleste patrie. Ainsi soit-il.


Acte de bon propos pour le reste de ses jours.

Acte de résignation et d'acceptation de la mort.

Recommandation pour l'heure de la mort.


Aspirations

Ô Jésus qui êtes mort par amour pour moi ! faites-moi la grâce de mourir dans votre amour et de votre amour.
Ô mon aimable Rédempteur ! faites que je meure, comme votre sainte Mère, de l'ardent désir de me réunir à vous.
Ô Marie, ô ma tendre Mère ! au moment de mon agonie j'espère vous voir et vous dire : Ô Marie, Mère de grâce, Mère de miséricorde ! secourez-moi et conduisez-moi vers mon Bien-Aimé. Ainsi soit-il.

(Heures catholiques d'Ars)


Reportez-vous à Un Purgatoire plus long à qui n'a pas prié pour les mortsLe Cimetière au XIXe siècle : Le corps chef-d’œuvre de Dieu, Enterrements autour des églises, Immortalité de l'âme, Cérémonies de L’Église et prière pour les mortsDéfendre le CimetièreBénédiction du Cimetière, Puissance des démons sur les mortsNos devoirs à l'égard du CimetièreComment les peuples païens ont dissipé une grande partie du patrimoine de vérités reçu des pères du genre humain, mais ont conservé le dogme de l'existence et de l'immortalité de l'âmePar son nom, le cimetière prêche la résurrection de la chairL'erreur qui consiste à croire que la vie d'ici-bas c'est la vie, est de toutes les erreurs la plus radicale, la plus cruelle, la plus désastreuse et malheureusement la plus répandue de nos joursLa mort est ordinairement conforme à la vie : L'exemple de deux CurésSentiments et prières à l'occasion de la mort d'une personne qui nous était spécialement chèreChapelet pour le repos des âmes du PurgatoireExercice sur les quatorze stations du chemin de la Croix pour les âmes du PurgatoireLitanies pour les Fidèles TrépassésTu es poussière et tu retourneras en poussièreSuffrages conformes aux bonnes œuvres accomplies pendant la vie, Prière à Saint Pierre, pour obtenir de vivre et de mourir dans l'unité de la Sainte Église Romaine, ou pour demander une grâce quelconque, Méditation sur le fondement de l'espérance Chrétienne, Méditation sur l'Espérance Chrétienne, Prière à Marie pour ses parents en Purgatoire, Méthode pour s'exciter à la contrition, Prière après la Confession, pour s'appliquer les mérites de Jésus-Christ et des Saints, Méthode pour se bien confesser, Pratique de l'Examen de Conscience, La satisfaction, La confession : Qualités qu'elle doit avoir, Le ferme propos, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Moyens pour persévérer dans la sobriété et dans l'abstinence, Prière pour la PersévéranceRéponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur le Carême, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la sincérité de la pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la pénitence du cœur, Méditation sur l'obligation de mener une vie pénitente et mortifiée, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Première Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Intérieure, Deuxième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Surnaturelle, Troisième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Souveraine, Quatrième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Universelle, Méditation sur la pénitence du cœur, Première Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte de Foi, Deuxième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Crainte de Dieu, Troisième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Confiance en Dieu, Quatrième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte d'Amour de Dieu, Cinquième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Détestation du péché, Sixième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Résolution de devenir meilleur, Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (1/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (2/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (3/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (4/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (5/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (6/6), Conduite pour la Contrition, Premier Motif de Contrition : La Majesté de Dieu, Deuxième Motif de Contrition : La Justice de Dieu, Instruction sur la Contrition, Prière pour obtenir de Dieu miséricorde, Instruction sur la Grâce, De l'examen de conscience, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Cinq points dans l'examen général de la conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Prière à Saint Louis de Gonzague pour demander la contrition, Bien choisir le sujet sur lequel on doit faire l’examen particulier, Combien l'examen de notre conscience est important, Méditation pour la Fête de Sainte Marie-Madeleine, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur le souvenir des jours que l'on a passé dans l'oubli de Dieu et de ses devoirs, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Méditation sur la pénitence du cœur, Psaumes de la Pénitence, Méditation sur la mort dans le péché, Méditation sur la confiance qu'un Chrétien doit avoir en la miséricorde de Dieu, Hymne du Carême, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Exercice pour la confession, Litanies de Sainte Marie-Madeleine, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Catéchisme du Saint Curé d'Ars : Sur la confession, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Qu'il est très-utile d'ajouter quelques pénitences à l'examen particulier, Les peines du Purgatoire conformes aux fautes commises La conversion renvoyée au soir de la vie conduit l'âme à la cruelle faim du Purgatoire, Troisième méditation de préparation à la mort : Que me présenteront le passé, le présent et l'avenir ?, Instruction sur la Prière, Explication du premier commandement de Dieu, Explication du deuxième commandement de Dieu, Explication du quatrième commandement de Dieu, et Explication du cinquième commandement de Dieu.













mercredi 16 septembre 2020

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, PREMIÈRE PARTIE, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création

 

ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE


PREMIÈRE PARTIE


Contenant l'histoire et l'explication de la religion
depuis le commencement du monde jusqu'à la venue du messie.


VIIIe LEÇON

CONNAISSANCE DE DIEU PAR SES OUVRAGES

SUITE DU QUATRIÈME JOUR DE LA CRÉATION




Q. Qu'est-ce que Dieu fit encore le quatrième jour ?
R. Le quatrième jour Dieu fit encore la lune pour présider à la nuit. Elle tempère l'obscurité profonde, que le soleil laisse en se retirant ; elle règle les travaux de la campagne ; elle éclaire l'homme qui a besoin de voyager durant la nuit, et nous révèle à chaque instant la sagesse du Créateur : car chaque jour la lune change, comme le soleil, le moment de son lever et de son coucher.

Q. Que Dieu fit-il encore ?
R. Dieu fit encore les étoiles, dont le nombre, la grandeur, le mouvement continuel et régulier, racontent la gloire de notre Père céleste et nous invitent à la reconnaissance.

Q. Comment cela ?
R. Parce que les étoiles nous rendent de grands services. L'étoile polaire, par exemple, dirige nos voyages par mer et par terre ; les autres tempèrent les ténèbres de la nuit en l'absence de la lune.

Q. Pourquoi Dieu créa-t-il le soleil et la lune ?
R. Dieu créa le soleil et la lune pour séparer le jour et la nuit, et pour régler l'ordre des saisons.

Q. Quels sont les bienfaits du jour ?
R. La lumière, la chaleur, la facilité de vaquer sans crainte à toutes nos occupations : voilà quelques-uns des bienfaits du jour.

Q. Quels sont les bienfaits de la nuit ?
R. 1° En nous ôtant la vue et l'usage des créatures, la nuit nous rappelle ce néant d'où nous sommes sortis, et ces ténèbres de l'idolâtrie d'où nous avons été tirés par l'Évangile ; 2° elle nous procure le repos et le sommeil ; mais elle le fait par degrés et avec respect, pour nous apprendre que toutes les créatures sont faites pour nous, et nous-mêmes pour Dieu ; 3° elle rafraîchit l'air et conserve les herbes et les plantes, qui périraient si le soleil était toujours sur l'horizon.

Q. Quel autre service nous rendent le soleil et la lune ?
R. L'autre service que nous rendent le soleil et la lune, c'est de régler l'ordre des saisons, sans lesquelles nous ne pourrions pas vivre ; car le printemps prépare les productions dont nous avons besoin, l'été les mûrit, l'automne nous les prodigue et l'hiver repose la terre fatiguée.

Q. Quels sont les bienfaits et les instructions de chaque saison ?
R. Le printemps ranime toute la nature et nous prêche la brièveté de la vie et la résurrection future ; l'été nous donne une partie de ce qui nous est nécessaire, et nous apprend que dans l'âge mûr il faut surtout travailler pour le Ciel ; l'automne remplit nos maisons de biens, mais il nous avertit en même temps de ne pas y attacher notre cœur ; enfin, l'hiver nous fait jouir de ce que les autres saisons nous ont donné, met sous nos yeux l'image de la mort et nous dit d'être charitables envers ceux qui ont froid et qui ont faim.


Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je me conformerai en tout à la volonté de Dieu.



Reportez-vous à Cantique des créatures ou Cantique de frère soleil, Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création.













 

lundi 24 août 2020

De l'enfance spirituelle

 


Jésus-Christ a dit : Laissez venir à moi les enfants, car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.
Il a dit encore en mettant un enfant au milieu de ses Apôtres : Si vous ne devenez comme cet enfant, vous n'entrerez point au royaume des cieux.
Un des sens de ces paroles du Sauveur est que, si l'on veut avoir le règne de Dieu en soi, il faut devenir, quant aux dispositions surnaturelles, ce qu'est un enfant par rapport aux dispositions naturelles. En un mot, il y a une enfance spirituelle ; et cet état est le premier pas pour entrer dans la vie intérieure. Il est impossible de se former l'idée de cette sainte enfance, autrement que par l'expérience ; elle est un don de Dieu ; on ne saurait l'acquérir par son travail ni par ses réflexions. Il faut que Dieu lui-même nous y introduise ; et, quand on a le bonheur d'y être admis, on éprouve en soi, tant pour l'esprit que pour le cœur, un changement inconcevable.
Pour concevoir cet état autant qu'il nous est possible, comparons-le avec celui des enfants. L'enfant ne raisonne pas, ne réfléchit pas ; il n'a ni prévoyance, ni prudence, ni malice. Il en est ainsi de l'enfance spirituelle. La première chose que fait Dieu quand il nous met dans cet état, est d'arrêter les opérations de l'esprit. Il suspend cette foule de raisonnements et de réflexions qui fourmillent sans cesse, et il les remplace par des opérations simples, directes, qui échappent, pour ainsi dire, à l'âme ; en sorte qu'elle croit ne pas penser, quoiqu'elle pense toujours, et d'une manière plus relevée et plus approchante de celle de Dieu qui n'a qu'une seule pensée infiniment simple.
L'âme ne raisonnant plus, ne réfléchissant plus, ne s'occupe ni du passé, ni de l'avenir, mais uniquement du présent ; elle ne forme plus des projets d'aucune espèce ; mais elle se laisse gouverner de moment en moment, au-dedans par l'esprit de Dieu, au-dehors par la Providence. Il n'y a plus de malice dans ses actions ni dans ses discours, parce qu'elle ne fait rien et ne dit rien à dessein et avec une vue préméditée. Dépouillée de sa propre prudence, elle est revêtue de celle de Dieu, qui la fait toujours agir à propos, tant qu'elle est fidèle à ne pas consulter son propre esprit. La dépendance où Dieu la tient à cet égard est si grande, qu'elle ne laisse pas à cette âme un seul instant où elle puisse agir par ses propres lumières.
L'enfant n'a aucun déguisement. Dès qu'il est capable de dissimulation, il n'est plus enfant. Rien, de même, n'approche de la candeur de l'enfant spirituel. Il ne compose point son extérieur ; son recueillement n'a rien de contraint ; ses actions, ses discours, ses manières, tout est naturel en lui ; ce qu'il dit, il le pense ; ce qu'il offre, il veut le donner ; ce qu'il promet, il veut le tenir. Il ne cherche point à paraître autrement qu'il est, ni à cacher ses défauts ; il dit de lui le bien et le mal avec la même simplicité ; et il n'a point de réserve pour ceux à qui il doit s'ouvrir. L'enfant témoigne son amour avec naïveté ; tout en lui exprime les sentiments de son cœur ; il est d'autant plus touchant et plus persuasif qu'il n'a rien d'étudié. Il en est de même de l'enfant spirituel dans les démonstrations de son amour pour Dieu et de sa charité envers le prochain. Il va à Dieu simplement, sans préparation ; il lui dit sans formules et sans choix de paroles tout ce que son cœur lui suggère ; il ne connaît point d'autre méthode pour l'oraison que celle de se tenir auprès de Dieu, de le regarder, de l'écouter, de le posséder, de lui exprimer tous les sentiments que la grâce lui inspire, tantôt avec des paroles, et le plus souvent sans parler. Il aime le prochain sincèrement, cordialement, ne lui porte aucune espèce d'envie, ne le raille point, ne le critique point, ne le méprise point, ne le trompe jamais ; il ne le flatte pas non plus ; il perd l'usage de ces vains compliments qui ne partent point du cœur ; il ne prend de la politesse que ce que l'Évangile autorise, et il s'élève au-dessus par la charité et la cordialité. Il n'aime pas moins lorsqu'il reprend que lorsqu'il loue, lorsqu'il con damne que lorsqu'il approuve ; il fait du bien aux autres sans affectation, sans ostentation, en vue de Dieu, sans attendre de reconnaissance.
L'enfant est docile, obéissant ; il sent qu'il n'est pas fait pour faire sa volonté. La première chose aussi à quoi l'enfant spirituel renonce, est sa propre volonté qu'il soumet entièrement à celle de Dieu, et de tout ce qui lui représente Dieu. Il ne veut se gouverner en rien, mais pour sa conduite intérieure, il s'abandonne sans réserve à l'esprit de Dieu et au ministre à qui il a donné sa confiance ; et, pour sa conduite extérieure, il cède volontiers à tous ceux qui ont autorité sur lui. Dans les choses indifférentes, il aime mieux s'accommoder à la volonté d'autrui que d'amener les autres à la sienne. Enfin, il ne veut rien, parce que c'est sa volonté, mais parce que c'est celle de Dieu. Aussi est-il ferme et inébranlable en ce qu'il veut.
L'enfant ne se connaît pas lui-même, ne réfléchit pas sur lui-même ; il est incapable de s'étudier, de s'observer. Il se laisse tel qu'il est et va toujours devant lui. L'enfant spirituel n'est pas non plus curieux de se regarder ni de voir ce qui se passe en lui. Il prend ce que Dieu lui donne, et il est content d'être à chaque moment ce que Dieu veut qu'il soit. Il ne juge point de la bonté de ses oraisons, de ses communions et de ses autres exercices, par les sentiments passagers qu'il a éprouvés, mais il en laisse à Dieu le jugement ; et, pourvu que la disposition intime de son âme ne change point, il s'élève au-dessus de toutes les vicissitudes de la vie spirituelle. Il sait qu'elle a ses hivers, ses tempêtes et ses nuages ; c'est-à-dire ses sécheresses, ses dégoûts, ses ennuis intérieurs, ses tentations. Il passe avec courage par toutes ces épreuves, et il attend en paix le retour du beau temps. Il n'est point inquiet sur ses progrès ; il ne se retourne pas pour voir combien il a fait de chemin ; mais il suit, sans penser même qu'il marche, sa route, et il avance d'autant plus, qu'il ne regarde pas s'il avance. Par là il ne se trouble point, il ne se décourage point. S'il tombe, il s'en humilie, mais il se relève aussitôt et court avec une nouvelle ardeur.
L'enfant est faible, et il sent sa faiblesse ; c'est ce qui le rend si dépendant, si défiant de lui-même et si confiant en ceux qu'il sait s'intéresser à lui. L'enfant spirituel sent pareillement qu'il est la faiblesse même, qu'il ne peut pas se soutenir ni faire un seul pas sans broncher. Ainsi il ne s'appuie jamais sur lui-même ; il ne compte jamais sur lui-même ; il ne compte jamais sur ses forces, mais il met en Dieu toute sa confiance ; il se tient toujours près de lui ; il lui tend la main, afin d'en être soutenu et porté dans les mauvais pas qui se rencontrent. Il est donc infiniment éloigné de s'attribuer le bien qu'il fait et les victoires qu'il remporte, mais il rend gloire de tout à Dieu. Il ne se préfère point aux autres, mais il est intimement convaincu que, si Dieu l'abandonnait, il tomberait dans les plus grands crimes ; et que si les autres avaient les mêmes grâces, ils en profiteraient mieux que lui. Par la même raison, comme il se sent faible, il ne s'étonne pas de ses chutes ; son amour-propre n'en est pas dépité ; mais, dans l'impuissance de se relever, il avertit Dieu par ses cris et l'appelle à son secours. Le sentiment de sa faiblesse est le principe de son courage, parce que Dieu fait toute sa force, et, assuré de la protection de Dieu, il ne voit rien qui puisse l'intimider ni l'ébranler. De lui-même il n'entreprend rien, il ne s'expose à rien ; mais dès que Dieu parle, il entreprend tout, il s'expose à tout, et il est sûr de réussir, malgré tous les efforts des hommes et de l'enfer.
L'innocence, la paix, la joie pure sont le partage des enfants ; ils sont heureux sans penser qu'ils le sont ; ils n'ont aucun souci. Les parents, les nourrices, les gouvernantes pensent à tout pour eux. Ils sont dans un état continuel de jouissance, image bien faible de l'enfant spirituel. Ce bonheur, comme celui de l'enfant, n'est ni aperçu, ni réfléchi, mais il est réel ; on en jouit. Dieu le répand lui-même dans l'âme ; il pense à tout, il pourvoit à tout. Ce bonheur se maintient au milieu des plus grands orages de la vie spirituelle, et il est inaccessible à tous les accidents de la vie humaine. Ce n'est pas que l'enfance spirituelle rende insensible ; mais elle nous élève par l'abandon à la volonté de Dieu, à une paix imperturbable et au-dessus de tout sentiment. Personne ne peut juger de ceci que par l'expérience. Mais aussi l'expérience en est telle, que tout l'univers réuni ne pourrait persuader à une telle âme qu'elle est dans l'illusion.


PRIÈRE

Ah ! Seigneur, puis-je penser au bonheur dont jouissent dès ici-bas vos enfants, sans vous conjurer de toute mon âme de me mettre au nombre de ces enfants qui sont vos délices, de ces enfants qui sont vos vrais adorateurs, qui dépendent absolument de vous, qui accomplissent en tout votre adorable volonté ? Souffrez, ô mon Sauveur ! que je m'approche de vous en cette qualité ! Prenez-moi entre vos bras, imposez-moi les mains, bénissez-moi ; ôtez-moi pour toujours mon propre esprit et substituez-y l'instinct de votre grâce ; ôtez-moi ma propre volonté et ne me laissez que le désir unique de faire la vôtre. Donnez-moi cette belle, cette aimable, cette sublime simplicité, qui est le premier et le plus grand de vos dons. Adam a été créé dans cette simplicité. Il l'a perdue, et pour lui et pour moi, par son péché. J'ai mérité moi-même, par mes fautes innombrables, d'en être privé à jamais. Mais, Seigneur, vous pouvez me la rendre ; vous le désirez, et, si je n'y mets pas obstacle, j'espère que vous me la rendrez. Alors vous pourrez recevoir de moi le tribut de louanges qui n'est parfait que dans la bouche des enfants. Ainsi soit-il.


(Extrait du Manuel des âmes intérieures)


Reportez-vous à De la jalousie de DieuDe la lumière divine, Vérités fondamentales touchant la vie intérieure, De la paix de l'âme, De la vie de l'âme, Du repos en Dieu, Sur l'Amour de Dieu, De la confiance en Dieu, De la prière continuelle, Dieu seul, Sur les réflexions dans l'oraison, De la pensée de l'éternité, Sur la pensée de la mort, Sur les paroles du Psaume LXXXll : Je suis devenu, en votre présence, comme une bête de somme, et je suis toujours avec vous, Marthe et Marie, De la pureté d'intention, Le prix d'une âme, De la Providence de Dieu sur ses enfants, De la générosité, De l'anéantissement, Du moi humain, Conduite à tenir à l'égard des tentations, De la violence qu'il faut se faire à soi-même, Des tentations, Du directeur, Du cœur humain, Du monde, Faiblesse et corruption du cœur humain, Aveuglement de l'homme, Remèdes à l'amour-propre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour du prochain, De l'esprit de Foi, De la fidélité aux petites choses, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, De l'emploi du temps, Ce que Dieu nous demande, et ce qu'il faut demander à Dieu, Commerce : Image de la vie spirituelle, De la liberté des enfants de Dieu, Instruction sur la Grâce, Instruction sur la Prière, Sur la sainteté, De la Crainte de Dieu, Conduite de Dieu sur l'âme, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Litanies de l'amour de DieuSoupir d'amour vers Jésus, Prière de Sainte Gertrude, Élan d'amour, Prière, Acte d'amour parfait, de Sainte Thérèse d'Avila, Prière de Saint Augustin, pour demander l'amour divin, Motifs et marques de l'amour de Dieu, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Se conformer en tout à la volonté de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Instruction sur la Charité, Méditation sur l'excellence de la Charité, Prière pour demander la charité, De la force en soi-même et de la force en Dieu, De la consommation en la Grâce, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la croix, De la Simplicité, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des Vertus, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'Union avec Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Le Paradis de la Terre, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la paix du cœur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la véritable Sagesse, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Avis important pour ceux qui ont des peines d'esprit, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur la vie nouvelle en Jésus-Christ, De l'activité naturelle, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie parfaite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la Mortification, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu, Idée de la vraie Vertu, De la vraie et solide dévotion, Degrés des vertus qu'on se propose d'acquérir, Pour bien faire l'oraison et pour en tirer le fruit qu'on a lieu d'en attendre, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, En quoi consiste l'exercice de la présence de Dieu, De la doctrine de Jésus-Christ, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Des Conseils Évangéliques, par le R.-P. Jean-Joseph Surin.