C'est le propre des grandes choses, de celles qui sont extraordinairement belles et rares, d'attirer les yeux, et d'occuper l'esprit. Ainsi, vous verrez des gens qui y sont attachés avec plaisir, et qui ont de la peine à en retirer leurs yeux. Ah ! si cela est, comment ne point avoir d'application à la présence de Dieu, devant qui toutes les beautés les plus charmantes ne sont que de vilaines laideurs, devant qui tout ce qu'il y a de plus rare parmi les choses créées, soit dans la terre, soit dans le ciel même, ne mérite pas qu'on s'applique un moment à le regarder ? Est-il possible que ce Dieu qui fera toute l'occupation du Paradis, et dont l'occupation en fera la félicité, qui est un bonheur infini, soit ainsi dans l'oubli en ce monde ; et qu'étant partout, partout on ne le voie point ?
Mais dira-t-on, c'est qu'il est caché à nos yeux corporels. Réponse bien indigne de l'homme, qui n'a pas seulement un corps qui a des yeux, ce qui lui est commun avec les bêtes, mais une âme spirituelle, douée d'intelligence, qui lui fait discerner ce que les sens n'aperçoivent pas. Nous avons dit que plusieurs Philosophes, par la seule lumière naturelle, avaient connu la présence de la Divinité en toute chose. Mais réponse intolérable dans le Chrétien qui a reçu le don de la foi, qui est un œil spirituel qui lui découvre certainement la présence de Dieu qui est partout, et avec plus d'assurance que les choses qui sont plus présentes à ses sens. Est-ce donc que ce bel œil qui est même éclairé par la lumière divine, lui sera inutile, et qu'il n'en sera point d'usage ?
Quoi donc, il sera vrai que nous marcherons dans Dieu ; que si nous regardons, nos regards passent à travers de Dieu ; que si nous respirons, c'est en Dieu ; que l'être de Dieu est intimement présent à notre être, qu'il le pénètre, qu'il l'anime, qu'il le soutient, qu'il lui donne la vie, l'opération, et tout ce qu'il a, et que néanmoins nous ne le regarderons pas seulement, on n'y pensera pas ?
Cependant on regarde, on s'applique à tout ce qui tombe sous les sens, en sorte, dit saint Augustin, qu'il semble que l'homme soit devenu tout chair ; car il ne pense qu'à ce que ses yeux de chair lui découvrent. Étrange et malheureuse corruption ! Infâme extase bestiale, par la domination de la partie animale ! Ainsi, l'homme dépravé est tout occupé des choses sensibles, soit qu'il soit seul, soit qu'il soit en compagnie. Que l'on fasse réflexion sur l'occupation des hommes ; leur pauvre esprit n'est rempli que de créatures, de terre, et des choses de la terre, de maisons, de jardins, de bois, de rivières, d'ameublements, de chevaux, d'équipages, d'habits, d'honneurs, de plaisirs, et des biens temporels. C'est à quoi ils pensent, c'est ce qu'ils aiment. Voilà le sujet de leurs entretiens, la matière de leurs conversations, pendant, hélas ! que l'on passe sa vie dans la désoccupation du Créateur.
Un serviteur de Dieu, (et c'est ce que nous avons rapporté autre part, dans l'un des ouvrages que la divine Providence nous a fait donner au public) arrivant à Paris par la voie d'un carrosse public, entendant toutes les personnes de sa compagnie qui s'entretenaient des nouveaux bâtiments que l'on avait faits dans cette grande ville, et qui s'invitaient à la regarder. Hélas ! dit-il, et personne ne pense à dire que Dieu est ici, et personne ne pense à le regarder. Un autre faisant voyage sur l'eau dans un bateau plein de monde, comme quelques-uns ayant remarqué qu'il était tout pensif, et qu'il ne disait rien, lui en eussent demandé la cause ; hélas ! leur répondit-il, c'est que je pensais à l'intime présence de Dieu qui remplit ce bateau, et que personne n'y pense. Le même, dans plusieurs autres voyages, ne pouvait assez s'étonner, qu'il ne trouvait que des gens qui s'occupaient de tout ce qui se présentait à leurs yeux corporels, sans se souvenir de l'immense Majesté de Dieu qui remplit toutes choses. Mais ce qui le surprenait davantage, est que lorsqu'il leur montrait combien il était juste de s'y appliquer, une si grande vérité ne faisait aucune impression, ni sur leurs esprits, ni sur leurs cœurs. Ah ! disait-il en lui-même, il faut que l'esprit et le cœur de l'homme soient dans un épouvantable dérèglement ! On lui dit : voilà des bêtes, des maisons, des arbres : il les regarde, il en parle, il ne fait son entretien ; on lui dit : voilà Dieu, et il n'y pense pas, et il n'en parle point ! On plaignait la personne dont nous parlons, qui , dans un long voyage, se trouvait seule dans un carrosse public ; et elle ne pouvait assez admirer la l'aveuglement des gens qui ne considéraient pas qu'elle avait avec elle les trois Personnes divines de la suradorable Trinité. Si en passant par quelques lieux, et que l'on prît quelqu'un dans le carrosse, on lui marquait que ce lui serait une satisfaction d'avoir de la compagnie : ô pauvres aveugles, disait-elle en elle-même, j'en ai bien une autre ; et bien loin d'avoir du plaisir de celle des créatures, elles me donnent de la peine ; car elles ne servent qu'à divertir de celle du Créateur.
Ô qu'une âme qui découvrirait la présence de Dieu, y goûterait de délices, et qu'elle y trouverait de matière pour s'entretenir avec cette suprême Majesté ! Ô quelle différence entre la vie des sains Anachorettes, et celles des personnes qui vivent dans le siècle ! Les créatures du monde, à peine peuvent-elles supporter la retraite. Il leur faut toujours de la compagnie, et des divertissements qui ne sont que bagatelles. Elles passent leur vie à s'entretenir avec d'autres créatures leurs semblables, et une demi-heure que dure la célébration du très-saint Sacrifice de la Messe, leur paraît bien longue. On crie si un Prédicateur parle plus d'une heure des plus grandes vérités de la Religion. On dit qu'on a de la peine à s'entretenir avec Dieu l'espace d'une demi-heure ou d'une heure ; et cependant, où trouve-t-on de ces créatures du monde parfaitement contentes, même de celle qui jouissent davantage de ce que l'on y recherche le plus. Leurs jeux, leur bonne chère, leurs récréations, leurs plaisirs, leurs plus belles conversations, donnent-ils à leur cœur un repos entier ? C'est ce qu'ils ne peuvent faire, parce qu'ils n'ont rien de véritablement solide, ils ne sont qu'une pure vanité.
Au contraire les divins Solitaires, dans une entière séparation des créatures, sans avoir de conversation avec elles, sans leurs jeux, leurs divertissements, n'ayant que Dieu seul dans leurs déserts pour compagnie, qui était toutes leurs richesses, tout leur plaisir, possédaient une tranquillité que le monde ne connaît point. Une paix divine qui surpasse tout sentiment, demeurait dans leurs cœurs. Ils menaient une vie angélique, et ils commençaient à en goûter les joies célestes. Ô ! qui pourrait nous dire ce qui s'est passé dans l'intérieur du divin Paul, Hermite, qui a vécu plus de quatre-vingts ans dans le désert, sans jamais y avoir vu ni parlé à personne ; car il y avait plus de quatre-vingts ans qu'il s'y était retiré lorsqu'il y fut visité par saint Antoine. Certainement sa vie a été une vie du Paradis, toujours dans la contemplation de la Divinité.
Malheur à nous, qui en sommes si peu occupés. Malheur à toi, ô monde, dans tes ténèbres, qui, ayant Dieu présent partout, et qui partout ne le regardes pas, et qui t'ennuies si-tôt dans le peu de temps que tu y penses, et que l'on te parle de sa suprême Majesté. Ô si tu savais quel honneur c'est que la permission qu'il nous donne de nous entretenir avec sa grandeur infinie, que ne serais-tu pas pour jouir d'un bien si divin ? Une âme éclairée voit bien que s'il fallait souffrir durant toute la vie pour avoir cette grâce seulement un moment, que ce serait peu de chose : et voici que nous pouvons, quand il nous plaît, et facilement avec le secours divin, jouir de cet honneur inestimable ; et nous le négligeons !
Ô vraiment, s'écriait la séraphique Thérèse, puisque mon Dieu est partout, je ne le laisserai pas sans avoir l'honneur de l'entretenir ! Certainement c'est une indignité insupportable à une chétive créature, de traiter de la sorte son Créateur. Hélas ! voudrait-on en user de cette manière avec une personne un peu considérable ? C'est ce qui paraîtrait insupportable à une créature, et il faut qu'un Dieu le souffre !
Mais d'où vient un aveuglement si excessif parmi les hommes ? C'est que les esprits sont aveuglés par la terre à laquelle ils sont attachés. Ô bienheureux ceux qui ont le cœur pur par le dégagement ; car ils verront Dieu. C'est à eux à qui il se manifeste avec des amours ineffables ; et c'est cette manifestation qui est le don de sa divine présence.
Toutes les créatures à la vérité, avec le secours de sa grâce, peuvent le voir partout, puisqu'il remplit tout de son immense Majesté. Mais dans la voie commune, il faut s'appliquer avec une attention spéciale pour découvrir son adorable présence. Les Chrétiens, avec la lumière de la Foi, s'y appliquent comme ceux qui cherchent quelque chose avec une chandelle durant l'obscurité de la nuit ; c'est avec une attention particulière, et avec peine. Mais il y en a à qui il se découvre par une lumière infuse, et qui marchent sans peine en sa présence, comme ceux qui cheminent pendant la clarté d'un grand jour, à qui les objets sont présents sans aucune difficulté. C'est le don que ce Dieu de toute bonté fait à ceux qui le servent en vérité, par un véritable renoncement à eux-mêmes, au monde, et à toutes les choses du monde. Il s'en est même trouvé qui ont eu ce don continuel : comme il est rapporté du saint Homme, le grand dévot de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, le vénérable Frère Alphonse Rodriguez, Religieux de la Compagnie de Jésus, comme lui-même l'assura un jour à plusieurs Pères de sa Compagnie, qui, disputant un jour sur ce sujet, estimaient que cela n'était pas possible. Mais ce qui ne l'est pas dans la voie ordinaire, l'est bien extraordinairement, quand il plaît à Dieu d'en faire la grâce.
Ce divin Souverain qui en est le Maître, en dispose comme bon lui semble. Toujours est-il vrai que ceux qui le cherchent le trouveront. Ainsi, le Chrétien, qui, se servant de la Foi, s'applique de temps en temps à son adorable présence, peu à peu avec son secours en aura la sainte habitude, et souvent s'en souviendra.
Il ne faut donc pas borner l'Oraison dans l'espace de nos Églises. L'Apôtre voulait qu'on priât Dieu en toutes sortes de lieux. Tout le monde, dit Saint Cyprien, est le Temple de la Divinité ; dans toute son étendue, l'on y trouve la société des trois Personnes divines de la suradorable Trinité, nous avons donc partout une belle compagnie. Que personne donc ne se plaigne de sa solitude. Que les Religieuses pensent à cette importante vérité, et leur retraite n'aura plus rien de rebutant pour elles ; et ce leur sera une peine d'aller aux parloirs. Les premières carmélites de la réforme de saint Thérèse, assuraient que ce leur était une espèce de martyre, quand elles étaient obligées de s'y rendre ; et leur grand soin était d'en sortir au plutôt. Que les pauvres, et les autres personnes délaissées se consolent, puisqu'elles ont avec elles ces Personnes divines qui font tout le bonheur du Paradis. Ô si elles savaient le don de Dieu ! Il est aisé de se passer des créatures quand on a le Créateur. Comment après cela désirer avec empressement la conversation des hommes, ou se plaindre d'en être privé ?
(Dieu présent partout, par M. H-M Boudon)
Reportez-vous à Dieu qui est partout, demande le respect intérieur, Dieu est partout avec toutes ses grandeurs, Dieu qui est partout, y est tout ce qu'il est, Dieu est présent partout, Fête de la Très-Sainte Trinité, Du Mystère de la très Sainte Trinité, Prière à la Très Sainte Trinité, Méditation sur la Très-Sainte Trinité : Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Instruction sur la Fête de la Très-Sainte Trinité, Méditation pour le Dimanche de la Sainte-Trinité, Le Dogme de l'unité de Dieu et de la Sainte Trinité, Aveuglement de l'homme, Preuves directes de la Trinité et de la divinité du Saint-Esprit. Méditation sur la présence de Dieu, Méditation sur l'oubli de la présence de Dieu, Méditation sur l'attention continuelle à la présence de Dieu, De la présence de Dieu, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, et Acte de la présence de Dieu en l'honneur de Saint Joseph.
samedi 2 avril 2022
Dieu qui est partout demande que l'on se souvienne de sa divine présence
mardi 22 juin 2021
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE, DEUXIÈME PARTIE, Leçon VI : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année
ABRÉGÉ DU CATÉCHISME DE PERSÉVÉRANCE
DEUXIÈME PARTIE
Contenant l'histoire et l'explication de la Religion
depuis la Naissance du Messie jusqu'à son Ascension
VIe LEÇON
VIE PUBLIQUE DE NOTRE-SEIGNEUR
PREMIÈRE ANNÉE
Q. Que fit le Sauveur après avoir choisi ses Apôtres ?
R. Après avoir choisi ses Apôtres, le Sauveur leur adressa, ainsi qu'à une multitude innombrable de peuple, l'admirable discours qu'on appelle le Sermon sur la montagne.
Q. Comment divisez-vous ce discours ?
R. Ce discours peut se diviser en deux parties : la première s'adresse particulièrement aux Apôtres et à tous les ministres de l'Évangile ; la seconde regarde tous les fidèles.
Q. Qu'enseigne le Sauveur dans la première partie ?
R. Dans la première partie, le Sauveur enseigne en quoi consiste le bonheur. Il réforme toutes les idées que l'homme s'en était faites depuis le péché originel, en disant qu'il n'est ni dans les richesses, ni dans les honneurs, ni dans les plaisirs, mais, au contraire, dans le détachement de toutes ces choses et dans le désir ardent et la pratique fidèle des vertus chrétiennes.
Q. Qu'enseigne-t-il encore ?
R. Il enseigne encore aux Apôtres, chargés de prêcher un jour toutes ces vérités, qu'ils doivent être bien saints, car ils sont la lumière du monde et le sel de la terre.
Q. Qu'enseigne le Sauveur dans la seconde partie ?
R. Dans la seconde partie, le Sauveur enseigne que la loi nouvelle est bien plus parfaite que la loi ancienne, qu'ainsi les Chrétiens doivent être bien plus saints que les Juifs ; et, après avoir recommandé le grand précepte de la charité et de l'amour des ennemis, il conclut en disant : Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Q. Quel est le premier moyen que le Sauveur nous donne d'arriver à cette perfection ?
R. Le premier moyen que le Sauveur nous donne d'arriver à cette perfection, c'est la prière. Demandez, dit-il, et vous recevrez ; si, tout imparfait que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste n'en donnera-t-il pas à ceux qui lui en demandent ! Or, voici comment vous prierez, vous direz : Notre Père, etc.
Q. Quel est le second ?
R. Le second moyen, c'est le jeûne. Lorsque vous jeûnerez, dit-il, lavez votre visage, afin que les hommes ne connaissent pas que vous jeûnez, mais votre Père céleste qui vous en récompensera.
Q. Quel est le troisième ?
R. Le troisième moyen est l'aumône. Gardez-vous, dit le Sauveur, d'amasser des trésors sur la terre, la rouille peut les corrompre et les voleurs les enlever : placez vos trésors dans le Ciel, là ils seront en sûreté contre la rouille et les voleurs.
Q. Que remarquez-vous sur ces trois moyens ?
R. Je remarque, sur ces trois moyens, qu'ils sont opposés aux trois grandes passions de notre cœur, qui sont la cause de tous nos péchés et de tous les maux du monde.
Q. Qu'ajoute le Sauveur ?
R. Le Sauveur ajoute qu'il ne faut pas se laisser aller à des inquiétudes immodérées sur la nourriture et le vêtement. Il nous commande le travail, mais il défend la défiance sur les soins de sa providence.
Q. Que suit-il de là ?
R. Il suit de là que Notre-Seigneur abat d'un seul coup l'amour déréglé des richesses, des honneurs et des plaisirs, tristes fruits du péché ; et que, rappelant l'homme à sa perfection primitive, il assure son bonheur, même dès cette vie, et se montre véritablement son Sauveur.
Q. Que fit le Sauveur après le sermon sur la montagne ?
R. Après le sermon sur la montagne, le Sauveur voulut confirmer sa doctrine par des miracles : il guérit un lépreux et le serviteur du Centenier, qui était paralytique.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, je veux prier pour ceux qui me feront du mal.
Deuxième Partie : Leçon I : État du monde à la venue du Messie, Leçon II : Naissance du Messie, Leçon III : Vie cachée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon IV : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année, Leçon V : Vie publique de Notre-Seigneur, Première année.
Première Partie : Leçon I : Enseignement vocal de la Religion, Catéchisme, Leçon II : Enseignement écrit, Écriture et Tradition, Leçon III : Connaissance de Dieu considéré en Lui-même, Leçon IV : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 1er Jour de la Création, Leçon V : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 2e Jour de la Création, Leçon VI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 3e Jour de la Création, Leçon VII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 3e et commencement du 4e Jour de la Création, Leçon VIII : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, suite du 4e Jour de la Création, Leçon IX : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, 5e Jour de la Création, Leçon X : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Fin du 5e et commencement du 6e Jour de la Création, Leçon XI : Connaissance de Dieu par ses ouvrages, Suite du 6e Jour de la Création, Leçon XII : Connaissance de l'homme considéré en lui-même, Leçon XIII : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec les créatures, Leçon XIV : Connaissance de l'homme considéré dans ses rapports avec Dieu, Leçon XV : Connaissance des Anges, Leçon XVI : Chute de l'homme, Leçon XVII : Accord de la justice et de la miséricorde divine dans la punition et dans la transmission du péché d'Adam, Leçon XVIII : Nécessité et perpétuité de la Foi au Mystère de la Rédemption, Histoire de Job, Leçon XIX : Connaissance de la Religion, Nature et définition de la Religion, Leçon XX : Connaissance de la Religion, Que la Religion est une Loi, Leçon XXI : Le Messie promis et figuré : Adam et Abel, Leçon XXII : Le Messie promis et figuré, Noé, Troisième Figure du Messie, Leçon XXIII : Deuxième promesse et quatrième figure du Messie, Melchisédech, Leçon XXIV : Isaac, cinquième Figure du Messie, Leçon XXV : Le Messie promis et figuré, Jacob, Sixième Figure du Messie, Leçon XXVI : Le Messie promis et figuré, Joseph, Septième Figure du Messie, Leçon XXVII : L'Agneau pascal, Huitième Figure du Messie, Leçon XXVIII : La Manne, Neuvième Figure du Messie, Leçon XXIX : Les sacrifices et le serpent d'airain, Dixième et onzième Figure du Messie, Leçon XXX : Moïse, Douzième Figure du Messie, Leçon XXXI : Josué, Treizième Figure du Messie, Leçon XXXII : Gédéon, quatorzième Figure du Messie, Leçon XXXIII : Samson, Quinzième Figure du Messie, Leçon XXXIV : Sixième Promesse du Messie, Leçon XXXV : David, Seizième Figure du Messie, Leçon XXXVI : Salomon, Dix-septième Figure du Messie, Leçon XXXVII : Jonas, Dix-huitième Figure du Messie, Leçon XXXVIII : Le Messie prédit, Prophéties de David, Leçon XXXIX : Le Messie prédit, Prophéties d'Isaïe, Leçon XL : Le Messie prédit, Prophéties d'Osée, de Michée, de Joël et de Jérémie, Leçon XLI : Le Messie prédit, Prophéties d'Ézéchiel, Leçon XLII : Le Messie prédit, Prophéties de Daniel, Leçon XLIII : Le Messie prédit, Prophéties d'Aggée, de Zacharie et de Malachie, Leçon XLIV : Résumé général et application des promesses, des figures et des prophéties, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Leçon XLV : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Leçon XLVI : Le Messie préparé, Monarchie des Assyriens, Histoire de Judith, Leçon XLVII : Le Messie préparé, Histoire de Tobie, Leçon XLVIII : Le Messie préparé, Monarchie des Perses, Histoire d'Esther, Leçon XLIX : Le Messie préparé, Monarchie des Grecs et des Romains, Leçon L : Le Messie préparé, Histoire des Machabées, Leçon LI : Unité de la Religion et de l’Église.
samedi 1 mai 2021
Le malheur du Monde dans ses richesses
| Le mauvais riche dans l'Enfer (Tissot) |
Le monde est malheureux dans ses richesses ; car un Dieu a dit que les riches sont malheureux. C'est donc une vérité de la dernière certitude. Mais qui la croit, parmi ceux mêmes qui font profession de croire ce que Jésus-Christ a dit ? Il a dit que les riches étaient malheureux, parce qu'ils avaient leur consolation. C'est que les délices de cette vie qui passent bien tôt, sont les biens des réprouvés, et leurs maux sont les peines d'Enfer qui durent toujours. Au contraire les maux des Justes sont temporels, et leurs biens ne finissent point. Ainsi dans le saint Évangile, Abraham dit au riche enseveli dans l'Enfer, et qui voyait le Lazare pauvre dans le lieu de repos : Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu vos biens durant votre vie, comme Lazare ses maux ; maintenant il est consolé, et vous êtes tourmenté. Dans cette vue saint Basile s'écrie : Je suis saisi de frayeur, car je ne lis point dans l’Écriture d'autres causes de la damnation de ce riche, sinon qu'il était vêtu de pourpre et de foie, et qu'il se traitait tous les jours splendidement. Dieu qui se met en colère contre cet autre riche dont il est parlé encore en saint Luc, et jusqu'à le faire mourir, et qui l'appelle insensé, ce n'est pas à raison d'aucune injustice, mais pour la joie qu'il avait de ses biens ; et n'est-ce pas l'ordinaire des riches ? Mon âme, disait-il, tu as de grands biens amassés pour plusieurs années : repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu lui dit : Insensé, cette nuit on te redemandera ton âme ; et pour qui sera-ce que tu as amassé ? Il en est de même, dit notre Seigneur Jésus-Christ, de celui qui s'amasse un trésor. Voilà le malheur de tous ceux qui amassent des biens temporels. Un jour un Ecclésiastique de condition, qui avait carrosse, étant venu voir son Évêque, chez qui j'étais, me fit un discours de ses richesses et de ses honneurs. Alors la pensée me vint du riche dont nous venons de parler : et cet ecclésiastique, qui était en très-bonne santé, et qui n'était éloigné de sa belle maison qu'environ de 7 à 8 lieues, étant monté dans son carrosse, demeura malade en chemin et mourut.
Le Fils de Dieu a dit que les riches sont malheureux, à raison des dangers où ils sont de leur perte éternelle. Car son Apôtre conduit par son Esprit, nous enseigne que ceux qui veulent seulement devenir riches, tombent dans la tentation et dans les pièges de satan, et en beaucoup de désirs vains et nuisibles, qui plongent les hommes dans la mort et dans la damnation. Et adressant sa parole à son disciple Timothée qui était Évêque, il lui dit : Mais vous, ô homme de Dieu, éloignez-vous de ces choses. C'est le propre de l'homme de Dieu d'être détaché de toutes les choses de la terre, pour avoir le cœur recueilli en une seule chose, qui est Dieu seul, comme c'est le propre de l'homme du monde d'être distrait par une multitude de pensées, et de désirs du propre intérêt.
Le Fils de Dieu a dit que les riches sont malheureux ; car ils sont sujets à l'avarice, dont son Apôtre a écrit, qu'elle était la racine de tous les maux, qui a fait que quelques-uns de ceux qui l'ont aimée se sont éloignés de la foi, et elle les a engagés en beaucoup de peines. C'est que l'avare, dit un pieux et savant Interprète sur ces paroles, ne s'abstient d'aucun péché pour satisfaire à sa passion, témoin le traître Judas ; et il cite l'Ecclésiaste, qui déclare qu'il n'y a rien de plus mauvais que d'aimer l'argent : car celui qui l'aime, vendra même son âme. On n'épargne rien, ni amis, ni frères, ni sœurs, ni pères, ni mères. On quitte, on met bas toute sorte de considérations, quand il s'agit de l'intérêt. Les personnes les plus unies se divisent ; c'est une source d'une infinité de querelles et de procès ; en comment toutes sortes de crimes. Combien d'homicides arrivent par l'amour de l'argent ? Enfin le Saint-Esprit dans l'Ecclésiaste déclare qu'il n'y a rien de plus méchant que l'avare.
Il sacrifie à son argent comme à une idole : c'est pourquoi l'Apôtre en plusieurs lieux appelle l'avarice une idolâtrie ; parce que l'avare met toute sa confiance dans son argent. Il lui défère, dit S. Thomas, l'honneur qui est dû à Dieu, y occupant toutes ses pensées et toute sa vie. Nous avons rapporté de l'Apôtre, que les avares s'égarent de la foi ; parce que, comme enseigne encore l'Angélique Docteur, ils se forment une autre doctrine que celle du Fils de Dieu, par laquelle ils s'imaginent pouvoir se sauver, et particulièrement les usuriers. Et c'est pourquoi le même Apôtre avertit de ne se laisser séduire à personne par de vains discours ; car les riches avares ne manquent pas de prétextes pour couvrir leur dérèglement, et il n'y a que trop de personnes qui entrent dans leurs sentiments. Mais, continue l'homme Apostolique, gardez-vous d'avoir part avec eux. Il ne veut pas même que l'on nomme ce péché, que l'on en entende parler parmi les Chrétiens, pour en faire voir l'horreur. Le désordre en est si extrême, que l'on y donne tout son cœur et toutes ses affections. Ce que Dieu a quelquefois fait connaître miraculeusement, comme nous le lisons dans les Actes de la vie de saint Antoine de Padoue, qui prêchant aux funérailles d'un homme riche, assura à son auditoire qu'il était damné, parce que son cœur avait été tout à l'argent, et que pour témoignage de la vérité qu'il prêchait, on allât voir dans le coffre où était son trésor, et qu'on y trouverait son cœur : et en effet, il y fut trouvé. Notre Sauveur l'a enseigné dans l'Évangile, que là où est notre trésor, là est aussi notre cœur.
Cet adorable Sauveur nous avertit de nous garder de toute avarice. Il dit de toute avarice, pour nous marquer qu'il y en a de bien des espèces, que l'on se laisse aller à ce crime en bien des manières. Et il ajoute que quelques biens qu'un homme possède, ce n'est pas en leur abondance que sa vie consiste. Aussi dans la prière qu'il nous a enseignée, il veut que l'on demande à son Père le pain, c'est-à-dire, ce qui est nécessaire, et non pas des choses délicieuses et superflues.
Les riches sont malheureux, parce qu'il leur est difficile de satisfaire à leurs obligations, et il est rare qu'ils s'en acquittent. La plupart regardent le précepte de l'aumône, comme une chose d'une pure dévotion. Ainsi la part qu'ils font aux pauvres de leurs biens et revenus, est bien éloignée de ce qu'ils leur doivent donner. Cependant peut-on rien voir de plus fort que ce que le saint Évangile nous apprend sur ce sujet ? Peut-on jamais assez considérer que l'adorable Jésus, dans son redoutable jugement, y parle seulement du défaut de miséricorde, quand il y condamne les réprouvés aux flammes éternelles ; car il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui est préparé au diable et à ses anges ; car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais étranger, et vous ne m'avez pas logé ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et prisonnier, et vous ne m'avez pas visité. Alors ils lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim ou soif, ou étranger, ou nu, malade, ou prisonnier, et nous ne vous avons pas rendu tous ces offices ? Mais il leur répondra : En vérité, je vous dis, autant de fois que vous avez manqué de le faire à l'un de ces petits, vous avez manqué de le faire à moi-même ; et ils s'en iront au supplice éternel.
Après cela il ne faut pas s'étonner si le Saint-Esprit crie par l'Apôtre saint Jacques : Et vous, riches, pleurez, et jetez des cris de désespoir pour les afflictions qui vous doivent arriver. C'est, comme traduit un savant Interprète, le mot d'hurlement, et il dit que ces cris sont comme ceux que jettent les chiens, ou les loups, qui hurlent, lorsque la faim les réduit à la rage et à l'extrême douleur. Ainsi l'Apôtre veut que les riches jettent des cris semblables à ces hurlements des bêtes désolées, parce qu'ils seront sans espérance de secours et de consolation. La pourriture a perdu les richesses que vous aviez entassées ; c'est-à-dire, le bled que vous gardiez dans vos greniers, les viandes et les autres provisions, au lieu de les donner aux pauvres. Le ver a mangé vos habits, les gardant en trop grande quantité, et dont vous auriez dû revêtir les nus. La rouille a consumé votre or et votre argent ; ce qui ne serait pas arrivé, si on l'avait distribué à ceux qui sont dans le besoin. Et il ajoute : Vous vous êtes amassé un trésor de colère pour les derniers jours. Certainement il faut que les riches aient perdu tout sentiment, s'ils ne tremblent pas à ces vérités.
Cependant, après tout ce qu'un Dieu a dit, quelques terribles que soient ses divins jugements contre les riches qui ne donnent pas assez l'aumône, on vit, et l'on meurt dans une espèce de léthargie à cet égard. La seule loi naturelle nous apprend l'étroite obligation que l'on a d'assister le prochain dans l'extrême besoin ; alors il faut retrancher tout ce qui est superflu ; et l'on est coupable d'autant de morts, qu'on laisse mourir de personnes par défaut de secours, si on est dans le pouvoir de les assister. Nous écrivons ceci dans un temps des plus pressantes nécessités, grand nombre de personnes mourant de faim, et plusieurs dans les rues sans trouver où loger. Et néanmoins nous voyons le luxe régner dans les habits, la bonne chère sur les tables, de grandes dépenses dans les divertissements. Qui pourrait croire, si l'expérience n'ôtait pas tout lieu d'en douter. On emploie de l'argent au jeu, on le perd, et quelquefois des sommes considérables ; et Jésus-Christ souffre la faim, la nudité, les derniers besoins dans ses membres, et on le laisse, on l'abandonne. Si les Saints Pères ont vendu les vaisseaux sacrés de l'Église en de pareilles occasions pour assister les pauvres, comment les riches garderont-ils tant de meubles superflus ? comment peuvent-ils garder de l'argent dans leurs coffres ? ô aveuglement inconcevable ! Nous en avons su qui sont morts laissant à leurs héritiers d'autre part riches, des revenus considérables, et encore de grandes sommes d'argent amassées, en donnant une petite partie aux pauvres ; et dans les temps dont nous parlons. Mais comment les Confesseurs leur ont-ils pu administrer les Sacrements dans cet état ? Ô mort épouvantable, si l'on reçoit l'Évangile de Jésus-Christ !
Mais que les riches ne se trompent pas malheureusement dans les aumônes qu'ils distribuent. Dans les derniers besoins, ce n'est pas assez de donner, mais il faut au moins donner, mais il faut au moins donner tout le superflu, et quelquefois se retrancher de quelque partie du nécessaire ; néanmoins l'illusion les tient comme enchantés. Ils tâchent d'apaiser leurs consciences en faisant à la vérité des aumônes, mais en ne distribuant pas ce qu'ils doivent donner. On ne laisse pas de leur donner de grandes louanges, et les pauvres même publient partout leurs libéralités, pendant qu'ils sont criminels aux yeux de Dieu. Car quand on nourrirait cent pauvres qui sont dans la dernière misère, si on est en état de donner du secours à plusieurs autres qui sont dans l'extrême besoin on se rend criminel devant Dieu, si on ne le fait pas. Ce n'est pas simplement un Casuiste, ni un Docteur, mais Jésus-Christ Dieu qui a dit : En vérité je vous dis, autant de fois que vous avez manqué d'assister l'un de ces petits, vous avez manqué de le faire à moi-même. Et ces gens, selon la doctrine du Fils de Dieu, qui n'est pas seulement probable, mais infaillible, s'en iront au supplice éternel. Faisant réflexion sur le même Évangile, où notre Maître condamne ceux qui ne l'ont pas logé, je ne comprends gère comment les Magistrats ne donnent pas ordre que l'on ait au moins quelques étables, ou quelques autres lieux pour retirer les pauvres qui meurent sur le pavé.
Ô qu'il est rare de trouver des riches qui s'acquittent de leurs devoirs, et des Confesseurs qui y veillent exactement ! Les Théologiens ont assez écrit sur cette matière, on n'ignore pas ce que l'on doit faire ; mais hélas ! on ne fait pas ce que l'on sait. Répétons-le : Qui donne le superflu dans les besoins extrêmes ? Mais quelquefois ceux qui doivent servir d'exemple, qui y doivent tenir la main, sont très-éloignés de s'acquitter de leurs obligations.
Toutes ces vérités font assez connaître la raison pour laquelle il est difficile qu'un homme riche soit sauvé. Mais écoutons avec crainte et tremblement les propres paroles de notre Maître céleste. Je vous dis, assure-t-il, il est plus facile qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille, qu'un riche entre dans le Royaume des Cieux. Néanmoins, dit S. Jean Chrysostome, il y a peu de personnes qui ne soient prises par l'intérêt. C'est une chose bien étonnante, ce que le Saint-Esprit nous apprend sur ce sujet par le Prophète Jérémie, qui le répète en deux différents chapitres : dans lesquels il déclare hautement, que tous sont attachés à l'avarice, depuis le plus petit jusqu'au plus grand ; il n'en excepte ni les Prophètes, ni les Prêtres, contre lesquels il invective fortement. Le grand Apôtre ne crie-t-il pas, que tout le monde cherche ses propres intérêts, et non pas ceux de Jésus-Christ. Ceux même qui dès leur entrée dans la Religion du Clergé, lorsqu'ils ont reçu la tonsure et l'habit de la sainte Religion, c'est comme parle l'Église, non seulement par le Supérieur d'une Maison régulière, mais par les mains de l'Évêque, qui ont protesté en sa présence, et aux pieds des Autels, qu'ils prenaient le Seigneur pour la part de leur héritage, tombent honteusement dans ce crime. C'est une chose lamentable de voir en plusieurs l'inquiétude qu'ils se donnent pour les biens temporels, les vues et l'application qu'ils ont à l'argent dans leurs fonctions, qui souvent sert de motif pour les faire agir ; les emportements où ils sont dans les poursuites empressées de ce qu'ils prétendent leur être dû, et où il y a quelquefois de l'excès. Leur avarice les aveugle tellement, qu'ils n'ouvrent pas les yeux à la mort, après les avoir eu fermés à la lumière de l'Évangile, quoiqu'ils l'aient prêchée durant leur vie. Ils meurent avec de l'argent amassé : et pour qui sera cet amas d'argent qui appartient aux pauvres ? Pour des héritiers qui le dissiperont, et qui se moqueront d'eux ; ô mort épouvantable !
Les Pères de l'Église n'ont parlé qu'avec horreur de ces Ecclésiastiques avares ; leur malheur est inexplicable, et celui de tous les Chrétiens qui sont attachés aux richesses, et qui ne pensent qu'à acquérir et à s'agrandir toujours. Car comment Dieu souffrira-t-il dans ceux qui font profession d'être à sa suite, à qui il a découvert le bonheur de la pauvreté, et du dégagement de toutes choses, après leur en avoir donné des exemples si pressants par sa vie pauvre, s'étant incarné, ce qu'il a condamné avec tant de force dans son ancien peuple, à qui les biens temporels étaient promis pour récompense ? C'est à ce peuple, à qui il dit par le Prophète Isaïe : Malheur à vous, qui joignez maison à maison, et qui ajoutez les terres aux terres, jusqu'à ce qu'enfin le lieu vous manque. J'ai appris ce que vous faites, dit le Seigneur des armées, et je vous déclare que cette multitude de maisons, ces maisons si vastes et si embellies seront toutes désertes ; elles le seront à la mort pour tous ceux qui ont pris tant de soins de les acquérir, ou de les bâtir.
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
Reportez-vous à Le malheur du Monde dans ses plaisirs, Le malheur du Monde, en ce qu'il ne connaît point Dieu, et son Fils Jésus-Christ, Le malheur du Monde dans les ténèbres, Ce que l'on entend par le Monde, Méditation sur les devoirs des riches dans les malheurs publics, Méditation sur les richesses, Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde, Méditation sur le goût de la dépense, Méditation sur la charité envers les Pauvres, Méditation sur l'inégalité des conditions, Méditation sur l'honneur que l'on rend à Dieu par l'aumône, Méditation sur le Luxe, Méditation sur l'abus des richesses, Méditation sur la distinction du nécessaire et du superflu, Aveuglement de l'homme, Du vrai Religieux, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De la vie mixte, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'homme intérieur, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Ce
qui s'est observé dans un Ordre Religieux durant le premier siècle
depuis son établissement, doit être regardé comme meilleur que tout ce
qu'on peut inventer dans la suite, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliques, Du monde, Méditation sur les dangers du monde, Méditation sur l'amour de la retraite, Méditation sur les moyens de se sanctifier dans le monde, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Premièrement, consulter Dieu, Que faut-il pour connaître sa vocation ? Deuxièmement, consultez-vous, vous-même, Que faut-il considérer dans le choix de la vocation ?, Quelle est ma vocation ?, Prière pour demander la grâce de connaître et d'accomplir la volonté de Dieu, Prière pour la vocation, Prière à Marie pour connaître sa vocation, Prière à Saint Joseph pour lui demander la grâce de connaître sa vocation, N'embrassez un état que par des motifs dignes d'une Chrétienne, En quelque état que vous soyez, rendez respectable, par vos sentiments et votre conduite, votre titre de Chrétienne, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.
vendredi 16 avril 2021
Ce que l'on entend par le Monde
Le Monde, dont parlent les divines Écritures avec horreur, n'est pas l'Univers, les éléments, la terre, ni une société civile de personnes dans les différents états et conditions qui s'y rencontrent. Ce n'est pas de ce monde dont le Fils de Dieu assure qu'il n'est point, ni ses Disciples ; mais c'est le monde qui vit selon la sensualité, l'orgueil et la curiosité : c'est de ce monde dont le Saint-Esprit nous déclare en la première Épître de saint Jean, que tout ce qui s'y trouve, est, ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie ; ce qui ne vient point du Père, dit le saint Évangéliste, car les inclinations corrompues du corps et de l'âme qui nous portent à user des choses avec dérèglement, ne viennent pas de Dieu ; c'est le péché qui en est la cause.
Par ces trois concupiscences le bien-aimé Disciple entend les trois sources de tous les péchés, lesquels selon la doctrine des Saints, sont les voluptés des sens, le désir des honneurs, et la curiosité de savoir ; c'est de ce monde dont il crie, que si quelqu'un l'aime, la charité du Père n'est pas en lui ; car son amour et celui de Dieu ne peuvent pas compatir ensemble. Il ne faut pas penser à les accorder l'un avec l'autre, ce qui fait dire à l'Apôtre : N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde ; et le grand et puissant motif qu'il en suggère, est que le monde passe, et sa concupiscence aussi, qu'il périt avec ses plaisirs, que nous touchons déjà à sa fin. C'est un motif dont le Saint-Esprit se sert en plusieurs lieux de l'Écriture pour nous déprendre de son malheureux attachement. Et saint Paul animé de cet Esprit divin a jugé qu'il était si fort et si efficace, qu'il le propose pour être dans le monde comme si on n'y était point ; ce qui lui fait dire aux Corinthiens : Je vous déclare, mes Frères, que le temps est court, et qu'il faut désormais que ceux qui sont mariés, vivent comme ne l'étant point ; ceux qui pleurent, comme ne pleurant point ; ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant point ; ceux qui achètent, comme ne possédant point ; ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant point, parce que la figure du monde passe.
Ici je me sens pressé de crier avec le Prophète Roi : Hommes sans jugement, revenez à vous : insensés, devenez enfin sages. Avec le Saint-Esprit : Souvenez-vous que la mort ne tardera guère à venir. En ce jour-là que deviendront vos pensées, vos inclinations, vos attaches pour le siècle ? Est-ce la peine de s'embarrasser, de s'inquiéter, de s'arrêter à ce qui passe si vite pour ne revenir jamais ? Hé que vous restera-t-il de ces faux biens de la terre, de ces honneurs trompeurs, de ces malheureux plaisirs ? Nous mourons tous les jours, nous approchons de notre dernière heure ; et l'enchantement où le péché nous met, et dont le Diable se sert, est si étrange, que nous vivons comme si nous ne devions jamais mourir. Le conçoive qui pourra ; car c'est ce qui paraît inconcevable, quand nous devrions éternellement demeurer en la terre, on ne pourrait pas s'y attacher davantage ; et quand on ne ferait que passer en l'autre vie pour quelques heures, on ne pourrait pas s'en mettre moins en peine.
Cependant, répétons-le avec l'homme Apostolique, le temps est court, la figure de ce monde passe ; mais l'expérience nous laisse-t-elle le lieu d'en douter. Que reste-t-il donc désormais, sinon que ceux qui usent de ce monde, y soient comme n'en usant point ? J'ai connu une jeune Demoiselle, riche, fille unique, et de qualité, qui étant pressée par sa mère de se marier, qui était demeurée veuve fort jeune, peut-être dans la pensée de faire trouver à sa fille un parti plus avantageux, elle lui demanda pour combien de temps elle pourrait espérer de demeurer dans le mariage. Sa mère lui ayant répondu que dans l'âge où elle était, elle pouvait bien demeurer dans cette condition quarante ou cinquante ans. Ha ! ma mère, répliqua-t-elle, ce n'est pas la peine de se marier ; et elle ne s'est point mariée, et ces années sont présentement passées. Au contraire j'ai connu un Ecclésiastique, qui avait bien de l'esprit humain, qui était d'une condition à entrer dans les premières dignités de l'Église, et qui ayant été touché particulièrement de Dieu, vivait d'une manière édifiante. Mais comme la mortification du corps et de l'esprit, qui est inséparable du véritable Chrétien, lui était dure, le démon s'en servit dans la pensée qu'il lui donna, qu'étant encore jeune il aurait longtemps à souffrir. Il adhéra aux illusions du malin Esprit, et il se relâcha beaucoup de sa manière de vie. Il me disait qu'il avait considéré que la vie était longue, et qu'il lui faudrait souffrir longtemps. J'appris peu de temps après sa mort, qui fut terrible. Le monde passe, et sa concupiscence aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement, parce qu'il s'attache à celui qui est éternel.
C'est de ce monde et de la concupiscence que nous parlons dans ce petit Traité, nous laissant à l'esprit de notre bon Sauveur Jésus-Christ, sous la protection de son immaculée Mère Vierge, qui nous sert, par une miséricorde inénarrable, de Protectrice et de Mère continuellement en toutes choses, des bons Anges et des Saints, pour en découvrir dans sa divine lumières les malheurs.
Cependant il nous faut remarquer qu'il y a des personnes dans le siècle, qui ne sont point de ce monde, et qu'il y en a qui en ont tout l'esprit, et qui en sont véritablement, quoiqu'elles en soient séparées par le Cloître, comme les personnes Religieuses, ou par la sainteté de leur état, comme les Ecclésiastiques. Combien y a-t-il eu de personnes qui, au milieu des embarras du siècle, ont usé du monde comme n'en usant point ? Que l'iniquité se ferme la bouche ; que le pécheur ne s'égare point en cherchant des excuses dans ses péchés. Les Rois et les Princes sont ceux sans doute qui sont plus dans le monde ; et il y en a eu plusieurs qui y ont été comme n'y étant point. Saint Louis Roi de France, saint Édouard Roi d'Angleterre, saint Étienne Roi de Hongrie, et un grand nombre d'autres Rois, de Princes et de Princesses y ont paru comme des morts par leur dégagement parfait, et un entier renoncement à eux-mêmes. On a vu un saint Henry Empereur, grand dans le siècles par ses victoires, par ses conquêtes, par des actions dignes d'une éternelle mémoire, se prosterner aux pieds d'un saint Abbé en plein Chapitre, en la présence de tous ses Religieux, lui demandant avec une humilité presque sans exemple l'habit de la Religion, étant dans le dessein de quitter l'Empire, si on lui eût permis, pour se soumettre à un simple Moine ; et cet incomparable Empereur passait les nuits en oraison, souffrait les injures avec une patience angélique, et est demeuré Vierge avec sainte Cunegonde son épouse, soutenu par la vertu de notre Seigneur Jésus-Christ, et le secours de la Reine des Vierges, la très-digne Mère de Dieu, à qui il avait une dévotion toute singulière. Que les Justes en voyant ces choses se réjouissent ; que la confusion couvre le pécheur ; que l'homme sage les observe, et que tous ensemble nous chantions les miséricordes du Seigneur.
Mais d'autre part il a des personnes séparées du monde par leur état et par leur profession, qui y sont bien plongées en esprit et par leurs attachements. Un Religieux est un mauvais riche devant Dieu, qui après avoir fait vœu de pauvreté, a encore l'esprit de propriété, soit en se réservant des choses particulières : car parmi les personnes religieuses, tout à l'imitation des premiers Chrétiens, doit être mis en commun, et on doit distribuer ce qui est nécessaire à chacun selon son besoin. L'usage des pensions que l'on a introduit, et qui n'entre point entièrement dans le commun, a introduit un grand relâchement dans les Communautés régulières, d'autre part fort réglées, lorsqu'on en laisse la disposition aux particuliers. Si l'on considère l'esprit et la vie de tous les saints Fondateurs de chaque Ordre, et de tous leurs premiers Religieux, on verra quelle horreur ils auraient eue de ce dérèglement. Certainement saint François de Sales dans ces derniers temps où la concupiscence du monde règne, quoiqu'il ait donné à ses Religieuses des Constitutions d'une douceur admirable, comme les appelle l'Église, a bien pensé à remédier à ce désordre, lorsqu'il veut même que l'on change aux Religieuses leurs chapelets de temps en temps, de peur que la propriété ne s'y glisse. S'il ne veut pas qu'une Religieuse garde un chapelet, ce qui est d'un prix si modique, comment aurait-il permis de disposer d'une pension que les gens du siècle disent être accordée pour les menus plaisirs, à des personnes qu'il a voulu porter toutes extérieurement à une croix, pour les faire souvenir que leur vie doit être crucifiée ?
Les Ecclésiastiques qui sont séparés du monde par la sainteté de leur état, à même temps qu'ils reçoivent, en prenant la Tonsure, le saint habit de la Religion du Clergé, car c'est ainsi que l'Église l'appelle en conserve l'esprit, lorsque s'étant dépouillé de l'ignominie de l'habit séculier, c'est encore comme l'Église parle, ils le portent de telle manière, qu'à peine le peut-on distinguer d'avec les personnes séculières. Comment pourrait-on même penser que les Ecclésiastiques ne sont pas du monde, qui sont tout pleins des désirs des ses biens temporels, de ses honneurs, et de ses faux plaisirs, après cependant qu'ils ont déclaré au pied des Autels devant l'Évêque, et à la face de l'Église, qu'ils ont pris le Seigneur pour leur portion et héritage ? Ô combien il y a de personnes qui étant séparées du monde par leur état et profession, y demeurent d'esprit et de cœur, y vivent et y meurent !
(Extrait de Le malheur du Monde, par M. Henri-Marie Boudon)
Reportez-vous à Le malheur du Monde dans les ténèbres, Sur les trois mots qui furent dits à saint Arsène : Fuyez, taisez-vous, reposez-vous, Instruction sur les Conseils évangéliques, Du monde, Méditation sur les dangers du monde, Méditation sur l'amour de la retraite, Méditation sur les moyens de se sanctifier dans le monde, Méditation sur le détachement des biens de ce monde, Litanie pour se détacher des biens de ce monde, Méditation sur la gloire du monde, Méditation sur les obstacles que le monde oppose à notre salut, Méditation sur le renoncement au monde, Méditation sur deux règles qu'un Chrétien doit toujours observer pour faire son salut dans le monde, Méditation sur les affaires du monde comparées à celles du salut, Méditation sur l'affaire du salut, et Méditation sur ce qu'un Chrétien doit penser des richesses et des grandeurs du monde.
vendredi 15 janvier 2021
Prière d'une âme qui veut se détacher des vaines affections
Mon Dieu, quand cesserai-je de m'aimer, et de tant rechercher d'être aimée ? quand saurai-je, pour vous plaire, consentir à être méprisée, ou du moins, à n'être plus aimée ni estimée par les créatures ? N'est-ce pas à vous seul, Seigneur, qu'appartient toute la gloire ? N'êtes-vous pas seul infiniment aimable et digne d'être aimé ? Pourquoi donc voudrais-je attirer sur moi l'estime et l'affection des créatures ? Le désir habituel que j'éprouve d'être aimée et estimée devrait me couvrir de confusion ; car enfin je ne suis que misère et faiblesse, et à peine devrais-je me supporter moi-même, ou plutôt je ne devrais m'aimer que par charité, et comme on aime par charité un étranger inconnu. Vous seul, ô mon Dieu, méritez tout mon amour, mon cœur ne doit être occupé que de vous, vous devez posséder toutes ses affections. Si je m'aime, c'est pour ma perte ; si je veux être aimée des autres, c'est encore pour ma perte : votre amour seul est précieux, Seigneur. Quand on vous aime, le cœur devient pur et content ; et quand on a le bonheur d'être aimé de vous, on goûte la joie et la paix des enfants de Dieu. Il avait bien compris ce que vaut le pur amour, le Saint qui s'écriait : Mon Dieu et mon tout ! Elle l'avait également compris, cette illustre Sainte qui répétait avec effusion : Dieu seul ! Dieu seul ! Quel a été déjà jusqu'ici mon orgueil ! Que mon aveuglement a été profond ! je me suis aimée moi-même, j'ai voulu être aimée des autres, je me suis presque aimée seule, je n'ai aimé les autres que pour moi, et j'ai désiré qu'on me préférât aux autres. Ma vaine délicatesse s'affligeait à l'excès, à la moindre apparence d'oubli, d'indifférence ou de mépris, et lorsque les autres avaient besoin d'une charité affermie pour supporter mes défauts, lorsqu'il n'y avait en moi que des faiblesses désolantes et les plus profondes misères, créature idolâtre de moi-même, j'exigeais des attentions et des égards ; je déplore aujourd'hui ma folie, je renonce à la vanité de mes pensées et de mes désirs. Si Dieu a mis dans nos cœurs la faculté et le besoin d'aimer, c'est pour que nous nous attachions à lui ; et certes, s'il a rendu les autres capables d'aimer, ce n'est point pour que leur affection s'arrête à un objet si méprisable que moi. Dès ce moment, ô mon Dieu, je ne désire plus qu'on m'aime ni qu'on m'estime ; il suffit qu'on me supporte et qu'on me souffre pour l'amour de vous. Punissez-moi, ô mon Dieu, si je tourne encore les affections de mon cœur vers quelque objet créé ; punissez-moi, si je désire encore l'estime et l'affection des autres. Plus j'ai été délicate et sensible sur ce point, plus j'ai besoin d'être privée et corrigée. Désormais, ô mon Dieu, j'écouterai avec attention ces paroles que l'Église met dans la bouche du Prêtre : Sursum corda, Élevez vos cœurs, et toujours je répondrai avec sincérité : Le mien est à vous, Seigneur. Ainsi soit-il.
Reportez-vous à Prière à Saint François d'Assise, pour demander le mépris du monde et un ardent amour pour Jésus-Christ, ou une grâce quelconque, Sur l'Amour de Dieu, Dieu seul, De l'amour parfait, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, De l'amour pur, Prière pour demander la victoire sur ses passions, Moyens d'acquérir l'amour de Dieu, Quels moyens prendrez-vous pour acquérir, conserver et augmenter en vous l'amour de Dieu ?, Prière d'une enfant coupable après sa conversion, Prière d'une âme coupable, mais repentante, Prière d'une jeune personne exposée à se perdre, Litanies de l'âme pénitente, Prière pour demander la paix intérieure, Prière dans l'affliction ou Credo de la douleur, Acte de bon propos pour le reste de ses jours, Méthode pour s'exciter à la contrition, Prière après la Confession, pour s'appliquer les mérites de Jésus-Christ et des Saints, Méthode pour se bien confesser, Pratique de l'Examen de Conscience, La satisfaction, La confession : Qualités qu'elle doit avoir, Le ferme propos, Prière pour la Persévérance, Réponse à quelques doutes touchant la Pénitence, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Méditation sur la promptitude et la vivacité de la vraie pénitence, Méditation sur les caractères de la vraie et de la fausse pénitence, Méditation sur la sincérité de la pénitence, Méditation sur la vraie pénitence, Méditation sur la réparation du péché, Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la pénitence du cœur, Méditation sur l'obligation de mener une vie pénitente et mortifiée, Première Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Intérieure, Deuxième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Surnaturelle, Troisième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Souveraine, Quatrième Condition que doit avoir la Contrition, soit parfaite, soit imparfaite : Universelle, Méditation sur la pénitence du cœur, Première Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte de Foi, Deuxième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Crainte de Dieu, Troisième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Sentiments de Confiance en Dieu, Quatrième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Acte d'Amour de Dieu, Cinquième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Détestation du péché, Sixième Disposition pour recevoir la grâce de la Justification : Résolution de devenir meilleur, Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (1/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (2/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (3/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (4/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (5/6), Troisième Motif de Contrition : La Bonté de Dieu (6/6), Conduite pour la Contrition, Premier Motif de Contrition : La Majesté de Dieu, Deuxième Motif de Contrition : La Justice de Dieu, Instruction sur la Contrition, Prière pour obtenir de Dieu miséricorde, Instruction sur la Grâce, De l'examen de conscience, par le R.-P. Jean-Joseph Surin, Cinq points dans l'examen général de la conscience, Trois temps pour l'examen particulier, Prière à Saint Louis de Gonzague pour demander la contrition, Bien choisir le sujet sur lequel on doit faire l’examen particulier, Combien l'examen de notre conscience est important, Méditation pour la Fête de Sainte Marie-Madeleine, Prière pour obtenir la persévérance dans le jeûne et la pénitence, Méditation sur le souvenir des jours que l'on a passé dans l'oubli de Dieu et de ses devoirs, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Méditation sur la pénitence du cœur, Psaumes de la Pénitence, Méditation sur la mort dans le péché, Méditation sur la confiance qu'un Chrétien doit avoir en la miséricorde de Dieu, Méditation sur la réparation du péché, et Méditation sur l'expiation du péché, Méditation sur la miséricorde de Dieu, Exercice pour la confession.
samedi 28 novembre 2020
LA CRAINTE DU PURGATOIRE FAIT TAIRE LA VOLUPTÉ
Ceux qui ont vécu dans les délices s'en éloigneront, dans la crainte des tourments. (Apoc. XVIII, 10)
L'un des freins les plus puissants aux entraînements de la nature vers les délices de la vie est sans contredit la pensée des tourments qui en seront un jour l'expiation. Tout esprit qui a de la droiture dans ses appréciations devrait se dire avec un saint moine, lorsqu'il est tenté de pécher : « Brevis voluptas, dolor perennis : Un plaisir bien court, et puis une douleur éternelle ! Comment hésiter sur le choix ? Ce qui me coûte maintenant ne sera qu'un combat d'un moment, tandis que la peine durerait si longtemps ! » Telle fut l'instruction donnée par un défunt, après son expérience personnelle, au vénérable Stanislas Choscoca, l'une des lumières de l'ordre de Saint-Dominique en Pologne.
Un soir que cet admirable religieux récitait le saint rosaire en se promenant au jardin, il entendit auprès de lui des soupirs et des plaintes, comme d'une personne à qui serait arrivé un grand accident. Il se tourne de tous les côtés, interroge du regard, et, ne découvrant rien, dit à haute voix : « Qui est-ce qui se lamente ici, et puis-je lui être de quelque secours ? » Point de réponse, mais de nouvelles plaintes, de nouveaux soupirs. Stanislas suspecte que ce pouvait être quelque ruse de l'esprit malin pour le distraire de sa prière. S'armant donc du signe de la croix : « Je t'ordonne au nom de Jésus-Christ, ajouta-t-il, de me dire qui tu es et ce que tu demandes ! » Alors il entendit ces mots : « Je suis une âme du purgatoire, condamnée par la justice de Dieu à faire ici pénitence, et j'y souffre d'une manière terrible. Que ne puis-je te faire comprendre ce qui attend le péché après le dernier soupir de l'homme ! Si les chrétiens en savaient une partie seulement, ils auraient horreur de ces plaisirs mondains qui les environnent de séductions et qui les trompent misérablement. Répète partout, car DIEU m'ordonne de te le dire, ce que je te révèle en ce moment : les moindres transgressions se paient bien cher au-delà de la vie, et ces satisfactions mensongères sont terriblement expiées. »
L'historien que nous suivons ne dit pas si ce fut la même âme qui apparut une autre fois au même Père Stanislas. Il dit seulement que, la voyant tout environnée de flammes au milieu desquelles elle semblait consumée, il eut le désir de savoir si ce feu était plus pénétrant que celui de la terre. L'âme répondit que le feu terrestre, comparé à celui du purgatoire, était comme un vent rafraîchissant et doux. Et, comme le bon religieux avait de la peine à le croire, il ajouta : « Je voudrais en faire l'épreuve, si cela est possible, à condition pourtant que ce fût autant d'ôté à mon expiation future. » — « Ah ! répondit l'âme, un homme encore vivant n'est point en état d'en ressentir même une partie. Cependant, pour vous convaincre, étendez vers moi la main, et je ne doute pas qu'à partir de cet essai vous ne fassiez tout pour en éviter les rigueurs. »
Stanislas, sans s'effrayer, étendit la main, sur laquelle le défunt laissa tomber une seule goutte, très petite, de sa sueur, ou plutôt d'un liquide qui en avait l'apparence. La douleur fut si affreuse que le patient jeta un cri perçant, et tombe par terre sans connaissance, comme s'il allait mourir. À ce cri, les frères accoururent et lui prodiguèrent tous leurs soins. Quand il fut revenu à lui à force de remèdes, ils s'informèrent de la cause de ce mal subit, qui, expliquée par Stanislas avec l'éloquence que lui communiquait l'effrayant événement, les remplit tous de terreur et fut la plus puissante leçon de détachement du monde et de ses plaisirs. Il leur recommande de ne point la garder pour eux seuls, mais de la faire savoir à tous ceux qu'ils auraient à instruire, afin de les préserver du malheur d'aller expérimenter par eux-mêmes des châtiments si redoutables. Il vécut encore un an, toujours en proie à la douleur de sa plaie. Sur le point d'expirer, il raconta de nouveau l'événement, rappelant au couvent assemblé pour l'assister la crainte des jugements de DIEU et la nécessité de faire ici-bas pénitence, si l'on veut être sauvé. Ce ne fut pas seulement dans ce monastère, mais dans tous les autres, que l'effet s'en fit ressentir. Chacun s'anime dans ses résolutions, en prit de nouvelles, combattit plus courageusement ses défauts, implora avec plus d'ardeur et d'humilité le secours divin, et se jugea plus sévèrement devant DIEU avant de s'approcher des sacrements. Nous nous abandonnons trop facilement aux petites fautes, persuadés que le juge éternel en tiendra à peine compte. Déplorable erreur, dont nous gémirons alors, mais qu'il ne sera plus temps de réparer ! La majesté divine est si sainte, qu'elle ne souffre pas la moindre tache dans ceux qu'elle veut couronner près d'elle : car ils fuiraient d'eux-mêmes, et n'oseraient jamais pénétrer dans cette gloire immaculée pour laquelle ils ont été créés.
Un poète a composé quelques beaux vers latins sur ce trait :
Vix in subjectam sudoris guttula dextram
Decidit, immensus guttula visa rogus.
oenarum, proli ! quuntus erit dolor æquore mersis,
Si tantam poenam stilla vel una dedit !
Ce qui se traduit ainsi : « À peine une petite goutte est-elle tombée sur cette main, qu'elle paraît un foyer consumant. Ah ! quelle sera donc l'ardeur qui brûlera les victimes jetées dans l'océan de feu, si une seule goutte produit de telles douleurs ! »
(V. J. Hautin, Patroc. animar., l. 1, ch. 6 ; Bzovius, année 1590)
(Les Merveilles Divines dans les Âmes du Purgatoire, par le P. G. Rossignoli, de la Compagnie de Jésus)
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que le nom de Dieu soit sanctifié, pour que son règne arrive, et pour
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